Tampon « Juif » en France

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Cartes d'identité frappées du tampon « Juif », 1942, et étoile jaune.

Le tampon « Juif » est une mention apposée sur la carte d'identité des Juifs en France pendant l'occupation allemande. Cette mesure antisémite a été introduite à la suite d'une décision allemande du .

Historique[modifier | modifier le code]

Le Militärbefehlshaber (MilBfh), exige que le tampon « Juif » soit apposé sur des cartes d'identité par décision du . Les cartes d'identité des Juifs doivent être munies « d'un tampon d'1,5 cm sur 3,5 de couleur rouge portant la mention "Juif" ou "Juive" »[1],[2].

La date du circule également dans certaines documentations[3].

Le préfet du département de la Seine ordonne le , aux Juifs français de se présenter dans les commissariats de leur domicile pour recevoir des cartes d'identité portant la mention « Juif » ou « Juive » apposée au cachet rouge. Ils ont 24 jours pour suivre cet ordre, soit jusqu'au .

Mais la carte d'identité n'est pas encore généralisée en France. Il existe bien une « carte d'identité d'étranger » depuis un décret d'[4] mais elle ne concerne pas les Juifs de nationalité française. Pour faciliter le contrôle de la population et la mise en œuvre de ce type de mesures, le régime de Vichy ordonne donc par la loi du [5] que tout Français âgé de plus de seize ans justifie de son identité par la production d'une carte d'identité appelée la « carte d'identité de Français »[6],[7].

L'exigence de voir figurer le tampon « Juif » sur les cartes d'identité est rappelée en . La Feldkommandantur 748 de Rennes adresse en effet un courrier en allemand daté du à la préfecture des Côte-du-Nord ainsi traduit par les services de la préfecture : « Le Militärbefehlshaber en France avait ordonné que les cartes d'identité des juifs doivent porter un cachet rouge de 1cm5 x 3cm5 avec la mention "juif" ou "juive". Il est arrivé à plusieurs reprises que ce cachet n'a pas été apposé. Je vous prie de faire en sorte que l'apposition du cachet sur les cartes d'identité de tous les juifs ait lieu immédiatement et sans délai, si toutefois cela n'a pas déjà été fait »[2].

Après l'invasion de la zone sud en à la suite de l'opération Torch, le gouvernement de Vichy impose cette même politique avec la loi du [8],[9],[10]. La carte individuelle d'alimentation est alors concernée en plus de la carte d'identité.

Par la suite, le tampon est remplacé par une perforation de la pièce d'identité, pour empêcher les fraudes[11].

Résistance à cette mesure[modifier | modifier le code]

Fausse carte d'identité d'Esther Gorinsztejn sous le nom d'Esther Gorintin, 1944.

On trouve dans les commissariats, dans les gendarmeries, les préfectures et les mairies des fonctionnaires qui refusent d'accepter cette législation, et fournissent des papiers sans le tampon « Juif » ou des faux papiers[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives départementales des Côtes-d'Armor, 5W194, courrier de la Kreisskommandantur de Saint-Brieuc daté du et adressé à la préfecture des Côtes-du-Nord.
  2. a et b Archives départementales des Côtes-d'Armor, 5W194, courrier de la Feldkommandantur de Rennes daté du et adressé à la préfecture des Côtes-du-Nord.
  3. La répression de la Résistance en France : Des résistants déportés juifs témoignent, Cercle d'étude de la déportation et de la Shoah-Amicale d'Auschwitz, (ISBN 978-2-917828-10-6, lire en ligne), p. 14.
  4. Ilsen About, « Enregistrer et identifier les étrangers en France, 1880-1940 », Musée de l'Histoire de l'immigration.
  5. Loi du instituant la « Carte d'identité de Français », Journal officiel no 299 du , p. 5740-5741, sur Gallica.
  6. Pierre Piazza, chap. 3 « La « carte d'identité de français » sous Vichy » », dans Xavier Crettiez (dir.) et Pierre Piazza (dir.), Du papier à la biométrie : Identifier les individus (issu d'un collogue organisé par le Centre d'analyse et de régulation du politique, en , à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique », , 331 p. (ISBN 2-7246-0989-1, DOI 10.3917/scpo.crett.2006.01.0051), p. 51-69.
  7. Riadh Ben Khalifa, « Les étrangers et le problème des cartes d’identité dans l'arrondissement de Nice (1940-1944) : Le cas d'une juive allemande », Cahiers de la Méditerranée, no 69,‎ , p. 213–231 (DOI 10.4000/cdlm.815).
  8. Loi no 1077 du relative à l'apposition de la mention « Juif » sur les titres d'identité délivrés aux Israélites français et étrangers, Journal officiel no 294 du , p. 4058, sur Gallica.
  9. Marianne (Malka) Picard, « Le tampon “JUIF” en France », sur aloumim.org.il.
  10. Renée Poznanski, « Le fichage des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale et l'affaire du fichier des juifs », La Gazette des archives, nos 177-178 « Transparence et secret. L’accès aux archives contemporaines »,‎ , p. 250-270 (DOI 10.3406/gazar.1997.3475, lire en ligne).
  11. Jean Laloum, « Les familles juives à Paris sous l'Occupation », dans Jean-Pierre Azéma (dir.), Vivre et survivre dans le Marais : Au cœur de Paris du Moyen âge à nos jours (publié à l'occasion de l'exposition Du refuge au piège : Les Juifs dans le Marais organisée par la Mairie de Paris à l'Hôtel de ville du au ), Paris, Le Manuscrit, , 541 p. (ISBN 2-7481-5132-1, HAL halshs-00269180), p. 346 [lire en ligne].
  12. « Le choix de la désobéissance », sur yadvashem-france.org, p. 7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Piazza, « Rendre visible une sous-citoyenneté : L'apposition de la mention « Juif » », dans Histoire de la carte nationale d'identité, Paris, Odile Jacob, , 462 p. (ISBN 2-7381-1406-7), p. 238–243 [lire en ligne].

Articles connexes[modifier | modifier le code]