Henri Massis

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Henri Amédée Félix Massis, né le dans le 18e arrondissement de Paris et mort le dans le 14e arrondissement[1], est un critique littéraire, essayiste politique et historien de la littérature[2]. Il créa des revues comme Roseau d'Or et la Revue universelle qu'il mit sur pied avec son ami Jacques Bainville, et est connu pour sa participation à l'Action française.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Un intellectuel de la droite catholique maurrassienne[modifier | modifier le code]

Élève d'Alain au lycée Condorcet, Henri Massis poursuit en lettres à la Sorbonne une licence de philosophie qu'il obtient en 1908. Pendant ses études, il publie son premier ouvrage de critique littéraire, Comment Émile Zola composait ses romans alors remarqué par Emile Faguet comme début prometteur. Politiquement, le jeune Massis est alors barrèsien. Massis est très tôt attiré par Charles Maurras et l'Action française. Fervent polémiste, il rejette la diffusion de la culture allemande à la Sorbonne et le déclin de la culture classique (enquête avec Alfred de Tarde sous le pseudonyme d'Agathon). Un second « Agathon » suivit en 1913 : « Les Jeunes gens d'aujourd'hui » dont il applaudit le goût de l'action, la foi patriotique, la renaissance catholique et le réalisme politique.

Durant les années 1920, Massis renouvelle ce type de critique à propos des écrivains de son temps comme André Gide ou Romain Rolland. Au premier il reproche, notamment, ses mœurs « sataniques » et ses attaques contre l'institution familiale (Nourritures terrestres) ; il dénonce le penchant socialiste du second et voit en lui un traître qui pactise avec « l'ennemi ».

Massis s'est longuement consacré au journalisme. Il a fait ses débuts à L'Opinion avant d'être rédacteur en chef à la Revue universelle, proche de l'Action française, de 1920 à 1936, puis directeur de ce même journal de 1936 à 1944.

Pour faire contre-feu à la condamnation de l'Italie par la Société des Nations en 1935 après l'invasion de l'Éthiopie, Massis, partisan d'une entente avec le régime fasciste de Mussolini, se fait le porte-parole d'une certaine droite lorsqu'il rédige le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe. Comme pour ses confrères de l'Action française, la germanophobie de Massis lui fait condamner — logiquement — le régime hitlérien (Chefs, 1939). Il manifestera son appui au dictateur Salazar.

Face à la NRF, Henri Massis essaie de mettre sur pied avec Maritain une sorte de NRF catholique avec la collection du Roseau d'Or publiée chez Plon.

Journaliste et pétainiste sous l’Occupation[modifier | modifier le code]

La Revue universelle qu'il dirige s'installe à Vichy en 1940 et y défend le régime de Vichy et sa Révolution nationale. Massis est désigné membre en 1941 du Conseil national mis en place par Vichy. Il obtient la Francisque. Son nom figura dans la Liste des écrivains indésirables dressée par le Comité National des écrivains en 1944. Néanmoins, en retrait, il échappa à l’Épuration[3].

Académicien en 1960[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, il se consacre en particulier à des études biographiques, s'intéressant entre autres à Renan, Barrès, Proust et Salazar. Candidat déclaré dès 1955[4], il est élu le 19 mai 1960 membre de l'Académie française et reçu en juin 1961[5]. Massis est alors membre du comité de patronage d'un cercle parisien politico-littéraire né en 1948 autour de la Librairie des Amitiés françaises du docteur Louis Rousseau, le cercle des Amitiés françaises, aux côtés d'Académiciens ( Henry Bordeaux, Jérôme Carcopino, Daniel-Rops, Antoine de Lévis-Mirepoix, Maurice Genevoix ), d'intellectuels comme Daniel Halévy ou Gabriel Marcel, d'Edmond Michelet, de Mgr Rupp, du pasteur Marc Boegner. Ce cercle donne un dîner en son honneur pour son élection à l'Académie en décembre 1960, auquel prennent part notamment l'amiral Moreau, François Piétri, le duc de Castries, le duc Joseph Pozzo di Borgo, René Gillouin, André Thérive, Louis Salleron, Jacques Hérissay, président de l'association des écrivains catholiques. Il est élu président de ce cercle en mars 1962, avec comme vice-présidents Gilbert Tournier et Pierre Masquelier[6].

Il demeure fidèle au "nationalisme intégral" de l'Action française; participant en faveur de Charles Maurras emprisonné à un meeting organisé par Aspects de la France en décembre 1949, avec Pierre Boutang, Gabriel Marcel, Daniel Halévy, le colonel Rémy[7], collaborant à Aspects de la France dans les années 1950 et 1960 et à La Nation française, acceptant de parrainer le Centre d'études nationales en 1962, qui entend "enseigner l'oeuvre des maîtres du nationalisme français et de l'ordre chrétien"[8] ou prenant part ainsi au banquet de la Restauration nationale (France) en 1966[9].

La revue catholique traditionaliste Itinéraires publie un numéro spécial en son honneur en 1961[10]. Il a présidé le congrès de la Cité catholique du contre-révolutionnaire Jean Ousset en 1960[11]. Lors des polémiques qui opposèrent la Cité catholique à ses détracteurs au début des années 1960, Massis, ainsi que colonel Rémy, Gustave Thibon, Michel de Saint-Pierre, le maréchal Alphonse Juin, Gilbert Tournier et d'autres signèrent une déclaration collective en sa faveur en 1962[12].

Durant la guerre d'Algérie, il a signé le contre-manifeste d'intellectuels de droite d'octobre 1960 en réaction au Manifeste des 121.

Son épouse est décédée en 1968.

Un écrivain antimoderniste[modifier | modifier le code]

Massis fut un témoin engagé des bouleversements sociaux et politiques de la France du XXe siècle. En homme de droite, catholique et antimoderniste, il a pris part à de nombreux débats de son temps en se démarquant du pangermanisme, du protestantisme et de l'engouement pour le communisme. Loin du modernisme littéraire, il garde la mémoire d'écrivains qui sont restés dans l'ombre de Proust et du surréalisme, tels que Ernest Psichari et Jacques Rivière. Ses témoignages sur Barrès et Maurras sont de précieux documents pour la compréhension de la genèse des idées d'extrême droite après l'affaire Dreyfus. « Figure majeure de la scène intellectuelle française, Henri Massis est encore, un des maurrassiens les plus diffusés à l'étranger. [Il peut d'ailleurs être] considéré comme l'ambassadeur de la culture maurrassienne[13]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Comment Émile Zola composait ses romans, 1905.
  • Le Puits de Pyrrhon, 1907.
  • La Pensée de Maurice Barrès, 1909.
  • Agathon (et Alfred de Tarde) L'Esprit de la nouvelle Sorbonne, 1911.
  • Agathon (et Alfred de Tarde) Les Jeunes Gens d'aujourd'hui, 1913.
  • Romain Rolland contre la France, 1915.
  • Luther prophète du germanisme, 1915.
  • La Vie d'Ernest Psichari, 1916.— Réédité en 2008, à la suite du Voyage du centurion d'Ernest Psichari (Paris, Éditions Saint-Lubin (ISBN 9782917302026)).
  • Impressions de guerre, 1916.
  • Le Sacrifice (1914-1916), 1917.
  • La Trahison de Constantin, 1920.
  • Jérusalem le Jeudi-Saint de 1918, 1921.
  • Jugements I : Renan, France, Barrès, 1923.
  • Jugements II : André Gide, Romain Rolland, Georges Duhamel, Julien Benda, les chapelles littéraires, 1924.
  • De Lorette à Jérusalem, 1924.
  • Le Réalisme de Pascal, 1924.
  • Jacques Rivière, 1925.
  • En marge de "Jugements", 1927.
  • Réflexions sur l'art du roman, 1927.
  • Défense de l'Occident, 1927.
  • Avant-postes, 1928.
  • Évocations. Souvenirs (1905-1911), 1931.
  • Dix ans après, 1932.
  • Débats, 3 vol., 1934.
  • Les Cadets de l'Alcazar, 1936.
  • Notre ami Psichari, Ernest Flammarion, Collection « Chefs de file », décembre 1936.
  • Le Drame de Marcel Proust, 1937.
  • L'Honneur de servir, 1937.
  • Chefs. Les Dictateurs et nous, 1939.
  • Le Siège de l'Alcazar (avec Robert Brasillach), Plon, 1939
  • La Guerre de trente ans (1909-1939), 1940.
  • Les Idées restent, 1941.
  • La Prière de Lyautey, 1942.
  • Découverte de la Russie, 1944.
  • D'André Gide à Marcel Proust, 1948.
  • Allemagne d'hier et d'après-demain, 1949.
  • Portrait de M. Renan, 1949
  • Maurras et notre temps, 2 vol, 1951.
  • L'Occident et son destin, 1956.
  • Visage des idées, 1958.
  • À contre-courant, 1958.
  • L'Europe en question, 1958.
  • De l'homme à Dieu, 1959.
  • Salazar face à face, 1961.
  • Maurras et notre temps, éd. définitive et augmentée, 1961.
  • Barrès et nous, suivi d’une correspondance inédite (1906-1923), 1962.
  • Au long d'une vie, 1967.
  • Préface: "Robert Brasillach" en: R. B.: Œuvres complètes Vol XII. Au Club de l'honnête homme, 1964, p. X - XVI

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Filiation sur Wikifrat (fraternelle.org) Fraternelle : l’encyclopédie biographique de l’Homo erectus
  2. selon le site de l'Académie Française
  3. Le Monde, 5/2/1981 ; lettre de Jean Massis faisant état d'une ordonnance de classement prise par le commissaire du gouvernement près la Cour de justice de Riom le 10 octobre 1946
  4. Le Monde, 7/5/1955
  5. Le Monde, 5/6/1981, 7/6/1961: Retard dû aux travaux de réfection dans les bâtiments de l'Académie
  6. Notre XVIe, janvier 1961, avril 1962. Sur ce cercle lié à la librairie du même nom fondée en 1948, qui accueille des conférenciers comme Pierre Boutang, Daniel Halévy, Thierry Maulnier, Gustave Thibon, André Thérive, Jean Madiran, René Gillouin, Louis Rougier, Michel de Saint-Pierre ( Massis assiste à la conférence de ce-dernier dans les salons de Mme Louis Rousseau, vice-présidente du cercle, en 1959, ou bien à l'assemblée générale du cercle de 1959 et à son dîner au cercle interallié, présidé par Daniel-Rops: Notre XVIe, avril 1959, juin 1959 ). Cf. Guillaume Gros, Philippe Ariès, un traditionaliste non-conformiste, Presses univ. du Septentrion, p. 105 et Sébastien Laurent, Daniel Halévy, Grasset, 2001. Ce cercle s'est doté de filiales: les Amitiés franco-hongroises ( présidées par Gabriel Marcel ), les Amitiés franco-canadiennes, les Amitiés franco-irlandaises ( présidée par Daniel Rops ), les Amitiés franco-portugaises ( 1959 ): cf. Notre XVIe ( mensuel parisien de Stanislas Sicé, président du cercle jusqu'en 1962 )
  7. Le Monde, 22/12/1949, Témoignage de Paul Sérant sur le meeting de 1949 dans Pierre Boutang, Les dossiers H/ L'Age d'homme, Lausanne, 2002, p. 71
  8. Le Monde, 7/81962: Ce Centre est issu d'un cercle maurrassien, le Cercle du bocage normand constitué en 1960: cf. Gérard Bourdin, "Groupuscules et cultures de nostalgie: l'Orne et l'Algérie française, 1958-1965", dans Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault ( dir. ), La France en guerre, 1954-1962, Autrement, 2008. Autres parrains: le colonel Rémy, Raymond Dronne, Raymond Le Bourre, des colonels, le professeur Drieu La Rochelle
  9. Le Monde, 14/1/1966
  10. Itinéraires, n° 49, janvier 1961, avec des articles de Marcel Clément, Henri Rambaud, Jean de Fabrègues, Louis Salleron, Jean Ousset, Henri Clouard, le général Maxime Weygand, Henry Bordeaux, etc.
  11. Le Monde, 4/7/1960
  12. "Verbo", n° 9-19, 1962, p. 127
  13. Michel Leymarie, Olivier Dard, Jacques Prévotat, Neil McWilliam, Le maurrassisme et la culture, Presses Univ. Septentrion, 1er juin 2010 - 370 p., p. 220