Yves Bouthillier

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Yves Bouthillier
Image illustrative de l'article Yves Bouthillier
Fonctions
Ministre des Finances, ministre secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances (à partir du )
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval (5)
Flandin (2)
Darlan
Successeur Pierre Cathala
Ministre des Finances et du Commerce
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Philippe Pétain
Ministre des Finances
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Paul Reynaud
Prédécesseur Lucien Lamoureux
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Martin-de-Ré (France)
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Française
Diplômé de École centrale de Paris
Ministres des Finances

Yves Bouthillier, né le à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Inférieure) et mort le à Paris, est un haut fonctionnaire et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Louis Bouthillier, négociant-armateur, et de Mathilde Bouju, Yves Bouthillier fait ses études secondaires au collège Fénelon de La Rochelle[1]. De 1919 à 1921, il est étudiant à l’École centrale de Paris[1]. Le 3 août 1922, il épouse Germaine Bouju[1]. En 1925, il obtient sa licence en droit à la Faculté de Paris[1]. En 1927, il devient inspecteur des Finances[1].

Carrière professionnelle et politique[modifier | modifier le code]

Troisième République[modifier | modifier le code]

Attaché aux cabinets des ministres des Finances et du Budget de 1930 à 1932, Bouthillier devient directeur du contrôle des administrations financières et des dépenses engagées en 1932[1]. De 1933 à 1934, il est chef de cabinet du ministre des Finances ; en 1935, il est directeur du Budget et du contrôle financier ; de 1936 à 1938, il est directeur des finances de la ville de Paris et du département de la Seine[1].

De 1938 à 1940, il est secrétaire général du ministère des Finances sous l'autorité de Paul Reynaud[2].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Yves Bouthillier devient ministre des Finances et du Commerce le dans le cabinet Paul Reynaud[3]. Fervent partisan[4] de la signature de l'armistice[5], avec le maréchal Pétain, le général Weygand, Paul Baudoin et les amis d'Hélène de Portes, l'influente maîtresse de Reynaud, constituant le « clan des mous » opposés aux partisans de la conduite de la lutte armée, tels Georges Mandel et le général de Gaulle[6], il lâche le président du Conseil[7],[8] lors du Conseil des ministres du 16 juin 1940.

Bouthillier ayant fait partie de ceux qui ont aidé Pétain contre Reynaud[9], le maréchal le choisit comme ministre de l'Économie nationale et des Finances dans son gouvernement. En , il est de ceux, avec Paul Baudoin, qui préconisent de mettre « la République en sommeil » et d'avoir un gouvernement dirigé par des « grands commis »[10].

Ministre du régime de Vichy[modifier | modifier le code]

Bouthillier conserve son portefeuille de ministre des Finances dans les gouvernements Laval, Flandin et Darlan. Il est donc ministre de Pétain du au .

Qualifié par des historiens comme Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka de « réactionnaire marqué par une culture maurrassienne », il fait partie, dès le début du régime de Vichy, des proches du maréchal Pétain, tels Raphaël Alibert, Pierre Caziot ou Henry du Moulin de Labarthète qui mettent en œuvre les mesures les plus importantes de la Révolution nationale[11].

Tout ayant une forte aversion pour Pierre Laval et le considérant comme malhonnête[12], il appuie sa politique qui consiste à faire, depuis , des avances aux Allemands, dans les domaines géographiques, économiques et militaires afin d'établir une « coopération franco-allemande » dans le but de réduire les contraintes de l'armistice (ligne de démarcation, réduction des frais d'occupation, libération des prisonniers de guerre, retour du gouvernement à Paris) et d'« entraîner le peuple français aux côtés de l'Allemagne »[13]. Ainsi, lors d'un déplacement dans la capitale, en septembre, Bouthillier demande aux autorités d'occupation de fournir des contrats de guerre pour l'industrie française, même en zone libre, plutôt que de pratiquer le pillage, afin de favoriser la reprise économique et de résorber le chômage[13],[14]. Toutes ces démarches ne donne pratiquement aucun des résultats escomptés[13].

Lors du remaniement ministériel initié par Pétain, en , Bouthillier est satisfait du départ des anciens parlementaires et de leur remplacement par des « techniciens » car il a toujours souhaité un État dirigé par des hauts fonctionnaires[14].

Comme membre du gouvernement, il est au nombre des signataires des lois sur le statut des Juifs d' et de [11],[15].

Adversaire déterminé des groupes de pression, il est l'instigateur des lois contre les trusts du et des lois contre les sociétés anonymes, votées les (cette loi limite le cumul à deux postes à la direction d'entreprises et augmente les responsabilités personnelles des dirigeants sociaux, en particulier en cas de faillite)[16] et , créant la fonction de président-directeur général, ainsi que des trois décrets de dissolution des centrales syndicales et patronales[4].

La veille de l'entrevue de Montoire du , entre Pétain et Hitler, il déplore le manque de volonté de collaborer du Troisième Reich, compte tenu des difficultés devant lesquelles se trouve le gouvernement vis-à-vis des besoins vitaux de la population[17]. À la suite de l'entrevue, il accompagne Laval à Paris, le 29 octobre, avec le général Huntziger, pour essayer de négocier des avantages de la politique de collaboration résultant de Montoire, politique qui est annoncée officiellement par Pétain dans son discours[18] du [19]. Le lendemain de ce discours, les trois ministres français réussissent néanmoins à faire progresser la négociation dans le sens d'une collaboration renforcée avec l'Allemagne[20]. Mais les Allemands reviennent aussitôt sur cette politique en pratiquant des mesures d'expulsion de 70 000 Lorrains vers la zone libre, plutôt que de libérer des prisonniers de guerre comme le souhaitaient les Français[20].

Il est contraint par Laval de céder l'or belge aux Allemands[21],[4]. À la suite de l'exigence de Ribbentrop, le , Laval lui donne l'ordre de faire transférer à Bruxelles, aux autorités d'occupation, 200 tonnes d'or de la Banque de France, représentant l'équivalent des quantités confiées par la Belgique en juin 1940 et mises en lieu sûr en AOF[22].

Craignant de perdre son ministère, il participe à l'éviction de Laval, auquel il est de plus en plus opposé, le [23],[24],[25] ; à la suite de quoi, comme tous les officiels de Vichy et la plupart des fonctionnaires il se voit interdit de se rendre en zone occupée par les Allemands et refoulé en gare de Moulins, alors qu'il se rendait à Paris pour négocier sur la taxe d'occupation[26]. Il rétablit le paiement des 400 millions de francs d'indemnité quotidienne, versés comme frais d'occupation à l'Armée allemande, qu'il avait suspendu le 6 décembre[27]. En , il déclare à Otto Abetz déplorer ces événements et souhaiter une meilleure coopération avec l'Allemagne[28],[29]. Selon l'historien Robert Paxton, contrairement à ce qui a été prétendu après-guerre, par, entre autres, Yves Bouthillier[28] et Marcel Peyrouton, l'éviction de Laval en décembre 1940 n'avait pas pour but de « renverser la vapeur après Montoire »[30] mais les raisons seraient plutôt à chercher dans la rivalité entre Pétain et Laval — affaire de l'installation du gouvernement français à Versailles que Pétain souhaitait, en opposition à Laval et aux Allemands, rôle devenant prépondérant de Laval, soutenu par Abetz, dans la « politique nouvelle » de collaboration —, ainsi qu'un certain nombre de conflits de personnes vis-à-vis des ambitions de Laval qui souhaitait s'emparer du ministère de l'Intérieur[23].

L'arrivée de Darlan à la tête du gouvernement, en , et qui le maintient à son ministère, est conforme aux souhaits de Bouthillier qui pense pouvoir ainsi mieux négocier des questions économiques en « technicien » avec les Allemands[31]. Mais des entretiens qui se déroulent en entre Darlan, quelques ministres et les autorités allemandes à Paris, ne résultent que de maigres concessions, comme la réduction temporaire des frais d'occupation, baissés à 300 millions par jour, mais payés en devises et en or et avec un contrôle des Allemands installé à la Banque de France[32].

En tant que ministre, les principales préoccupations de Bouthillier consistent à faire face aux exigences de l'occupant allemand, tout en essayant de limiter le fardeau de celles-ci pour l'économie française[1]. En particulier, il s'efforce d'empêcher la dépréciation du franc[33] et, continuant sur cette question la politique de son prédécesseur, Lucien Lamoureux, il met à l'abri en Afrique du Nord, puis en AOF, les réserves d'or de la Banque de France.

Bouthillier est aussi l'auteur d'une restructuration des administrations financières de grande ampleur et en particulier du ministère dont il a la charge (loi du )[1]. Il est également à l'origine de la mise en chantier du plan comptable, de la création de l'Ordre des experts-comptables (loi du )[1],[34] et d'une réglementation de la profession bancaire (lois des 13 et , inspirées de l'idéologie corporatiste de Vichy)[1].

Lors du procès de Riom contre les hommes politiques de la Troisième République (février-avril 1942), il est de ceux qui sont hostiles à ce que celui-ci se déroule selon la justice ordinaire, prônant que le jugement prononcé par le maréchal Pétain est suffisant[35]. Son empressement à faire accuser Paul Reynaud de bellicisme et son opposition à ce que ce procès évoque les moyens de préparer la guerre s'explique par le fait que, comme secrétaire général du ministère des Finances du gouvernement Daladier, il est l'auteur d'un rapport, du 24 juillet 1939, qui préconise de faire des économies dans certains domaines de la Défense nationale au détriment d'autres, en particulier en réduisant la durée du travail de 60 heures par semaine à 40 heures dans certaines industries, afin de garantir les financements à long terme[36]. C'est ainsi, qu'à cette époque, il favorise la Marine plutôt que l'Armée de terre par un accord pris sans en référer au ministre, qui n'est autre que Reynaud[36].

Le retour de Laval comme chef du gouvernement de Vichy, le , entraine le départ de Bouthillier de son poste ministériel[37],[1]. Il est nommé procureur général près la Cour des comptes[1]. Le , par un acte constitutionnel, Pétain le fait figurer sur la liste des huit personnalités auxquelles son pouvoir sera remis en cas d'empêchement, avec l'amiral Auphan, le général Weygand, Pierre Caous (procureur général près la Cour de cassation), Alfred Porché (vice-président du Conseil d'État), Gilbert Gidel (recteur de l'université de Paris), Léon Noël (ambassadeur de France)[38],[39] et François Charles-Roux qui refuse[39]. Lors de la crise de novembre 1943, Laval ordonne que Bouthillier et Lémery, comme proches conseillers de Pétain, soient éloignés de Vichy[40]. En , il fait partie de la liste de hauts fonctionnaires et hommes politiques dont les Allemands demandent le départ[41].

Yves Bouthillier est arrêté en 1944 par la Gestapo et déporté en Allemagne[1] jusqu'en 1945.

Après la Libération et l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, la Haute Cour condamne Yves Bouthillier en 1947 à trois ans de prison[1].

Lors de son procès, Bouthillier, qui avait un assez grand mépris pour les parlementaires et se considérait comme un technicien[42], déclare n'avoir, durant toute sa carrière, jamais fait de politique ni appartenu à aucun parti et n'avoir eu qu'un rôle « purement administratif »[43]. Cependant, il faisait partie des hauts-fonctionnaires loin d'être politiquement neutres, qui, du temps de la Troisième République, contrôlaient les plus grands ministères, comme nombre de ses collègues ayant occupé des postes de la plus haute importance sous Vichy et issus des grands corps de l'État[43].

Après guerre[modifier | modifier le code]

Par la suite, Bouthillier est administrateur de la Banque commerciale de Paris (1951) et président de la Compagnie charentaise des transports maritimes à La Flotte-en-Ré (Charente-Maritime)[1].

Il est maire de Saint-Martin-de-Ré, sa ville natale, de 1958 à 1972[1]. Son action est orientée par la volonté de préserver le caractère de l'île de Ré d'où sa famille est issue, tout en préparant son développement.

Défense de Pétain[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage intitulé Le Drame de Vichy, il a défendu, en 1953, le régime de Vichy et le maréchal Pétain :

« [...] L'action ne consiste pas à créer un idéal, mais à réaliser une œuvre. La place que choisit le Maréchal était noble et périlleuse, sa tâche l'exposait à un malheur sans compensation. C'est que s'il n'y a qu'une terre de France, il y a deux peuples français. Le paysan de l'Artois ignorait qu'une tradition, la tradition jacobine, unit le nationalisme et la gloire militaire d'un côté, la volonté de fonder une société sans structures naturelles de l'autre. L'explosion qui le brisa en 1945 s'explique ainsi. Les abstractions sont sans pitié. La lente agonie du Maréchal dura six années. Il pardonna, oublia et, du fond du cœur, accepta l'épreuve injuste. »

Pour l'historien Robert Paxton, « le plaidoyer » rédigé après la guerre par Bouthillier en faveur de la politique menée par Vichy dès l'été 1940 — assurer la présence des services de l'État et « répondre aux besoins les plus criants d'un peuple malheureux » —, est démenti par ses déclarations faites à l'ambassadeur Abetz, lors de leur première rencontre, en septembre 1940, où il lui parle de l'instauration d'un « ordre économique et social nouveau »[44]. En effet, parmi les pays européens occupés, la France est la seule « à ne pas se contenter de s'administrer, elle fait une révolution intérieure de ses institutions et de ses valeurs morales[44]. »

Ouvrage[modifier | modifier le code]

  • Le Drame de Vichy, tome I : Face à l'ennemi, face à l'allié, Paris, Plon, 1950, 320 p. ; tome II : Les Finances sous la contrainte, Paris, Plon, 1951, 552 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q « Yves Bouthillier », sur economie.gouv.fr, Centre des archives économiques et financières,‎ .
  2. Ferro 1987, p. 381.
  3. Paxton 1997, p. 60.
  4. a, b et c Pierre Thibault, Philippe Masson (dir.), La Seconde Guerre mondiale – Les acteurs, Paris, Larousse, coll. « Références Larousse-Histoire », 1992, 385 p. (ISBN 978-2037200769), p. 78.
  5. Kupferman 2006, p. 145.
  6. Ferro 1987, p. 59-60, 63, 65-67 et 70.
  7. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Éditions Perrin, 1997 ; rééd. Perrin, coll. « Tempus », 2000 et 2004, 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 29.
  8. Ferro 1987, p. 251.
  9. Ferro 1987, p. 86, 112.
  10. Kupferman 2006, p. 258, 261 et 272.
  11. a et b Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 181-182.
  12. Kupferman 2006, p. 272.
  13. a, b et c Paxton 1997, p. 110-113.
  14. a et b Kupferman 2006, p. 297.
  15. Loi portant statut des Juifs ; Loi sur les ressortissants étrangers de race juive ; Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs, textes repris du Journal officiel, sur amgot.org.
  16. Paxton 1997, p. 266-267.
  17. Paxton 1997, p. 94 et 113.
  18. Paxton 1997, p. 121-122.
  19. « Pétain, Philippe : Message du 30 octobre 1940 », Themenportal Europäische Geschichte, sur le site europa.clio-online.de, consulté le 26 mai 2009.
  20. a et b Ferro 1987, p. 197-199.
  21. Ferro 1987, p. 195.
  22. Kupferman 2006, p. 310.
  23. a et b Paxton 1997, p. 144-146.
  24. Kupferman 2006, p. 313-314, 317.
  25. Ferro 1987, p. 201, 204-205.
  26. Kupferman 2006, p. 321.
  27. Kupferman 2006, p. 324.
  28. a et b Paxton 1997, p. 138.
  29. Paxton 1997, p. 161.
  30. Paxton 1997, p. 143.
  31. Kupferman 2006, p. 335-336.
  32. Kupferman 2006, p. 345.
  33. Paxton 1997, p. 433.
  34. « L'histoire de la profession », sur experts-comptables.fr, Ordre des experts-comptables,‎ (consulté le 7 décembre 2014).
  35. Ferro 1987, p. 369-370.
  36. a et b Ferro 1987, p. 381-382.
  37. Kupferman 2006, p. 365, 370 et 378.
  38. Texte des actes constitutionnels de Vichy – Acte no 4 sextiès relatif à la succession du chef de l'État, sur le site de la Faculté de droit et des sciences économiques de l'université de Perpignan, mjp.univ-perp.fr, consulté le 15 juillet 2006.
  39. a et b Ferro 1987, p. 495.
  40. Ferro 1987, p. 504.
  41. Kupferman 2006, p. 503-504.
  42. Ferro 1987, p. 720.
  43. a et b Paxton 1997, p. 315-319.
  44. a et b Paxton 1997, p. 63.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Archives[modifier | modifier le code]