Jacques Chevalier (philosophe)

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Jacques Chevalier
Jacques Chevalier.jpg
Naissance
Décès
(à 80 ans)
Cérilly, Drapeau de la France France
Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
le réalisme, la discontinuité des ordres, la singularité des êtres, la transcendance de Dieu.
Œuvres principales
Histoire de la Pensée (4 t.) • Les Maîtres de la pensée française (Pascal, Descartes, Bergson)Cadences (2 t.)
Influencé par
A influencé
Distinctions
Ordre de la Francisque
Chevalier de la Légion d'honneur‎
Grand-croix de l'ordre d'Alphonse X le Sage‎ (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Jacques Chevalier, né à Cérilly (Allier) le et mort le dans la même ville, est un philosophe catholique français.

Il a été secrétaire d'État à l'Instruction publique, puis à la Famille en 1940-1941, dans les gouvernements Flandin et Darlan. En philosophie, il est le disciple de Bergson.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, études et carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Son père, le général Chevalier, est directeur du Génie au ministère de la Guerre, de 1910 à 1917. Il se lie alors au futur maréchal Philippe Pétain[1]. Après des études en province d'abord, puis aux Lycée Hoche et Lycée Henri-IV, Jacques Chevalier est reçu à l'École normale supérieure en 1900 dans la promotion d'Eugène Albertini, de Pierre-Maurice Masson, de Paul Hazard et de Maurice Legendre. En 1903, il est reçu second à l'agrégation de philosophie. Il passe alors deux années à Oxford après ses études auprès du professeur de cristallographie Henry Alexander Miers, et il y rencontre pour la première fois Lord Halifax, futur secrétaire d'État au Foreign Office. Chevalier effectue de nombreux séjour chez Lord Halifax père, qu'il a connu par le Père Portal. Il s'adonne à des recherches religieuses sur Newman, Pusey et le Mouvement d'Oxford puis sur les églises non conformistes et les réveils religieux[2].

De 1905 à 1908, il est pensionnaire de la Fondation Thiers et travaille sous la direction d'Émile Boutroux. Cette institution, qui dépend de l'Institut de France, est destinée, selon le vœu testamentaire d'Adolphe Thiers, aux jeunes chercheurs brillants pour mener leurs travaux à bien. Chevalier participe aux séances sous la direction de Portal d'études pour l'union des églises avec son ami Maurice Legendre.

Friedrich von Hügel visita Chevalier à la Fondation et l'introduisit au directeur Émile Boutroux, puis ils échangèrent une longue correspondance soit 23 lettres en 1907, plus qu'aucun autre moderniste français excepté Alfred Loisy qui dira de lui dans ses mémoires : « Des catholiques tels que Jacques Chevalier avaient mieux compris que Sabatier et même que von Hûgel la position que j'avais prise dans mes derniers livres »[3]. Jacques Chevalier commence alors une thèse sur les réveils religieux au Pays de Galles, d’après des documents inconnus avec lesquels il eut contact lors de son séjour à Oxford. Pour l'année scolaire 1908-1909, il prend une année sabbatique pour achever le travail de thèse. Il en retire une connaissance approfondie et plus intérieure de la forêt de Tronçais.

Il rencontre le père George Tyrrell, jésuite irlandais, qui sera excommunié pour des soupçons de modernisme. Il fut ensuite nommé professeur de philosophie au lycée de Châteauroux en septembre 1909, il y restera trois ans. André Bridoux (futur inspecteur général de philosophie) fut son élève et participa aux groupes de travail avec le père Pouget. Jacques Chevalier enseigne la philosophie à Lyon, au lycée Ampère et au fameux Lycée du Parc (l’un des grands lycées de France). Il eut à ce moment-là pour élève Henri Gouhier.

La thèse galloise sur les réveils religieux en Pays de Galles, terminée en 1911, est refusée par Ferdinand Lot[pourquoi ?], historien du Moyen Âge, archiviste paléographe à la Sorbonne, très renommé et influent. Cette thèse sera publiée dans les Annales de l'université de Lyon (Lyon-Paris, 1923).

Il fut reçu docteur ès lettres en 1914 (avec mention très honorable)[4]; sa thèse principale portait sur La notion du nécessaire chez Aristote et chez ses prédécesseurs, particulièrement chez Platon ; sa thèse complémentaire était intitulée : Étude critique du dialogue pseudo-platonicien l'« Axiochos », sur la mort et l'immortalité de l'âme. Il soutient ses thèses à Lyon, avec Edmond Goblot. Le 25 mars 1915, il reçoit un ordre d'appel dans le service auxiliaire ; il sera interprète auprès de l’armée anglaise.

En 1919, il est nommé professeur de philosophie à la faculté des lettres de Grenoble. Le 24 juin 1931, il est élu doyen de la faculté des lettres de Grenoble à 49 ans, où il fait fonction de recteur durant l'année 1936-1937.

Henri Bordeaux, romancier catholique, membre de l’Académie française, écrit que Jacques Chevalier « a réussi à faire de sa petite chaire de faculté locale une chaire mondiale »[5].

Par l'intermédiaire de Antoine Sévat natif d'Isle-et-Bardais (Allier), lazariste qui deviendra missionnaire de Madagascar, il rencontre le Père Pouget en 1901, ce sera le début d'une longue amitié. Il y amènera de nombreux intellectuels chrétiens de sa génération ou d'une autre génération (Jean Guitton, Emmanuel Mounier, Gabriel Marcel), mais aussi Ernesto Buonaiuti, professeur d'histoire au séminaire romain destitué en 1906 pour modernisme et qui correspondait secrètement avec Pouget par l'intermédiaire de Chevalier[6].

Il visite, parfois quotidiennement, la célèbre cellule 104 du Père Pouget[7] (Guillaume Pouget), à la maison-mère des lazaristes, 95 rue de Sèvres, à Paris. Il est beaucoup question aussi du Père Pouget dans le livre de Jacques Chevalier, Cadences – mouvement d'idées, disciplines d'action, aspects de la vie morale : l'ordre, l'amour, l'apparence[8]. Gonzague Truc décrit l'influence de ce religieux sur Jacques Chevalier à qui celui-ci doit l'approfondissement d'une foi « où l'on voit l'intelligence féconder les dogmes »[9].

Il est le disciple et l'ami de Henri Bergson et l'un de ses exécuteurs testamentaires[10]. Lors de la condamnation du modernisme, la plupart des catholiques se détournent du bergsonisme, « à l'exception de certains d'entre eux proches de Maurice Blondel » note Hervé Serry[11]. Parmi ceux-ci, Jacques Chevalier, qui restera fidèle à Bergson jusqu'au-delà de la mort. Par ailleurs, il fut un proche de Maurice Blondel comme l'atteste sa correspondance[12].

Le rayonnement de Jacques Chevalier lui vaut des disciples de qualité : Guitton, Mounier, Husson, Garrone, etc. Les derniers seront les plus fidèles. En 1921, il rencontre Jean Guitton, âgé de vingt ans, qu'il incite à faire de la philosophie. C'est Guitton qui est introduit par Chevalier auprès du père Pouget.

Il anime l'Union nationale des membres de l'enseignement public. L'association avait été très active pour défendre les intérêts des catholiques qui s'estimaient brimés dans leur carrière dans l'Éducation nationale à cause de leur appartenance religieuse.

En 1931, Marcel Mauss a été nommé au Collège de France contre Chevalier, à une voix de majorité. Six mois plus tôt, Mauss et Chevalier avaient eu le même nombre de voix. Gilson qui avait voulu se présenter s'était retiré après le premier tour.

Par ailleurs, il est l'auteur d'une monumentale Histoire de la Pensée : « La meilleure histoire de la philosophie de langue française » (selon Étienne Gilson)[13].

Dans son édition des œuvres de Pascal (L'Œuvre de Pascal, La Pléiade, 1939), il propose une présentation des Pensées selon une reconstitution du plan projeté par l'auteur.

Il a été dès sa jeunesse l'ami de Joseph Malègue et il rédigera la préface de son roman inachevé réédité en 1958, Pierres noires. Les classes moyennes du Salut.

Louis Lavelle a souligné le fait qu'il est un « bergsonien catholique, et qui s'accorde avec Maurice Blondel pour penser que la philosophie, au lieu de rendre la révélation inutile, en prépare les voies »[14]. C'est à propos de l'ouvrage de réflexions personnelles Cadences (tome I, Paris, Plon, 1939 ; tome II, Paris, Plon, 1951) que Lavelle s’exprime ainsi.

Jacques Chevalier présentait la philosophie comme l'alliance d'une sagesse et d'un « effort pour parvenir à la représentation vraie des choses »[15].

Le groupe de travail en commun (1920-1940)[modifier | modifier le code]

La fondation du Groupe est décidée après un peu plus d'un an de gestation par circulaire du 5 décembre 1921. Il est établi entre Grenoble et à Lyon autour du philosophe Jacques Chevalier ; mais son titre délibérément neutre – Groupe de travail en commun – n’apparaît qu’en novembre 1922 dans une deuxième circulaire. Sur ces fondements succincts se développe une activité soutenue dont l'essentiel consiste en l'envoi aux membres du Groupe de documents polycopiés qui se veulent de simples instruments de réflexion non destinés à la publication. Ils y échangent notes et entretiens.

Le groupe connaîtra plusieurs secrétaires, poste occupé successivement par Belmont, par Husson et surtout par Jean Guitton, et enfin Carlhian en 1931. Il repose tout entier sur cette « croyance rationnelle en la Vérité » qui unit étroitement la raison humaine à la foi chrétienne, en désaccord d'un point de vue intellectuel, avec le thomisme « antimoderne » de Jacques Maritain ; sur une « métaphysique positive » qui s'oppose frontalement au rationalisme laïque d'un Léon Brunschvicg, alors hégémonique en Sorbonne. Chevalier s'opposait à l'orthodoxie rigide du catholicisme conservateur et cherchait plutôt une philosophie moderne au sein de la communauté catholique[16].

Le Groupe est complètement étranger à l'Action française de Charles Maurras. Il compte même dans ses rangs, en la personne de Joseph Vialatoux, l'un de ses plus rudes adversaires. Pour Véronique Auzépy-Chavagnac, dans son livre sur Jean de Fabrègues, préfacé par René Rémond, Jacques Chevalier constitue, dans le monde catholique, un groupe situé entre Maritain et Blondel[17].

Son unité n'est pas d’ordre confessionnel, bien que ses membres soient des catholiques déclarés. Tous entendent résolument se placer sur le seul terrain de l'intelligence en quête de vérité, au moyen d’une démarche inductive à partir des questions humaines, et non d'une démarche déductive à partir du dogme[18]. Malgré la forte présence d'historiens et de géographes (Pierre Deffontaines, André Fugier, André Latreille, Maurice Legendre, Henri Terrasse ou Jacques Zeiller), et celle de quelques juristes et économistes (André Rouast, professeur à l'Université de Grenoble, ou Henri Guitton, amené par son frère Jean), les philosophes et la philosophie dominent largement au sein du Groupe. Les plus âgés sont ses camarades de la rue d'Ulm, Émile Genty ou Maurice Legendre. Il y a aussi André Bridoux son élève à Châteauroux ; André Fugier, André Latreille, Henri Gouhier et Léon Husson ses élèves à Lyon ; Jean Anglès d'Auriac, Paul Belmont, Louis Bourgey, Louis Garrone, Jean Lacroix et bien sûr Emmanuel Mounier ses premiers étudiants à Grenoble[19]. Signalons par ailleurs la présence de Jules Monchanin et de son confrère de Grenoble Gabriel Garonne, futur cardinal, amené par son frère Louis.

Chevalier fait partager au Groupe ses connivences intellectuelles du moment, qui contribuent à en définir positivement l'esprit, par-delà le double refus de Brunschvicg et de Maritain. Le vieux lazariste Guillaume Pouget reste jusqu'à sa mort en 1933 une référence théologique pour le Groupe.

Parallèlement, intervient la tentative d'Emmanuel Mounier pour faire endosser par le Groupe (devenu Groupement) la création de sa revue. On en veut pour preuve sa circulaire confidentielle du 11 mai 1931, à en-tête du Groupement. Sûrs y écrit-il, de l’appui de Chevalier et de Jacques Maritain, « nous pensons organiser une forte équipe de prospection qui ne laissera passer aucun événement, aucun livre important, sans nous en envoyer la substance. Le groupe est tout désigné, par sa diversité, par son esprit, à former le noyau résistant de cette équipe ». Et le manifeste imprimé de décembre 1931 fait figurer pas moins de 10 membres du Groupement parmi les futurs collaborateurs de la revue. Pourtant, cette tentative de rapprochement échoue. Jacques Chevalier se récuse, tout comme ses proches[pourquoi ?] : Léon Husson se retranche ainsi derrière des raisons de forme pour décliner l'offre qui lui est faite. Seul Jean Lacroix suit Mounier, au point de devenir le pilier du groupe Esprit de Lyon. Le départ de Mounier pour Paris avait distendu ses liens avec Chevalier.

Le Groupe, puis Groupement, de travail en commun est mort des inconvénients qui constituaient l'envers de ses avantages. Réseau souple fédérant autour de Chevalier de jeunes intellectuels catholiques des années 1920, hors de tout dogmatisme et dans une perspective spiritualiste, il ne résiste pas aux tempêtes socio-politiques des années 1930. Malgré cela le Groupe a permis à de jeunes universitaires catholiques de concilier leur engagement professionnel et leur engagement spirituel[20].

Dans le gouvernement de Vichy[modifier | modifier le code]

Avant de faire partie du gouvernement de Vichy, Jacques Chevalier avait accepté en 1937 une mission de réorganisation de l'enseignement espagnol auprès de Franco, dans une Espagne alors en pleine guerre civile. Comme il n'avait pas prévenu le gouvernement, ainsi qu'il était coutume de le faire, Jean Zay, alors secrétaire d'État à l'Éducation nationale, signa une circulaire prescrivant « qu'aucun universitaire français ne pourrait accepter une mission officielle d'un gouvernement étranger sans l'autorisation de son ministre » de tutelle[21].

Secrétaire général à l'Instruction publique du 11 septembre au 13 décembre 1940, il dénonce auprès de Philippe Pétain la naïveté[Quoi ?] du secrétaire d’État à l’Instruction publique et à la Jeunesse Georges Ripert et contribue à son renvoi, le 13 décembre 1940.

Il obtient alors le poste de secrétaire d'État à l'Instruction publique et à la Jeunesse, à la suite du départ de Georges Ripert qu'il conserve du 14 décembre 1940 au 23 février 1941. Contre sa propre administration restée fidèle au principe de laïcité, il mène une action visant à réintroduire Dieu à l'école[1], par un décret ministériel du 23 novembre 1940 dans les horaires scolaires de l'enseignement secondaire, à raison d'une heure et demi par semaine. Cet enseignement est considéré comme une option.

Ceux-ci[Lesquels ?] avaient été inclus dans le plan d'études des écoles primaires élémentaires publié le 18 janvier 1887, supprimés le 23 janvier 1923 et rétablis, discrètement dans de nouvelles institutions signées de Léon Bérard ministre de l'instruction publique et datées du 20 juin 1923[22]. Le Doyen de la faculté des lettres de Grenoble ne croyait pas faire une révolution lorsqu'il fit la loi du 6 janvier 1941 de l'instruction religieuse un enseignement à option. L'article 4 du concordat négocié entre la République française et le Saint-Siège au premier semestre de 1940 prévoyait cette mesure[23].

La confiance de Pétain en Chevalier ne tient pas à la religion. Elle vient des activités secrètes de Chevalier : le Maréchal se soucie de ne pas aller jusqu'à la rupture avec la Grande-Bretagne. Chevalier trouve un intermédiaire auprès de Halifax et de Churchill, Pierre Dupuy chargé d'affaires du Canada lequel transmit à Chevalier le 4 décembre 1940 ce message oral de Lord Halifax : « Dites bien à nos amis que nous sommes dans une situation extrêmement délicate. Nous ne pouvons pas nous sauter au cou. Il faut maintenir entre eux et nous un état de tension artificielle [...] mais derrière une façade de mésentente, il faut nous entendre »[24].

La contestation violente vient de la presse collaborationniste de Paris (L'Œuvre de Marcel Déat, Les Nouveaux Temps de Jean Luchaire) pour son attitude au moment de la mort d'Henri Bergson[Laquelle ?], pour avoir présenté des condoléances officielles à la veuve du philosophe à la radio de Vichy, et pour sa politique cléricale.

Son successeur, Jérôme Carcopino, a rapidement fait disparaître ces initiatives et les références à Dieu[Lesquelles ?] ont été remplacées par des références à d'autres notions universelles. Il devient alors secrétaire d'État à la Famille et à la santé, poste qu'il occupe du 23 février 1941 au 12 août 1941, qui est marqué par quelques réformes concernant la mise en place d’allocations de retraite aux vieux travailleurs et une loi facilitant l'adoption[25]. Une extrême fatigue, la déception devant les difficultés de l'action, une tension nerveuse insupportable chez cet intellectuel activiste contraignent Chevalier à se retirer en août 1941[26]. Profondément hostile aux tendances hégémoniques de l'Allemagne, il eut le courage, pendant son passage au pouvoir, de ne jamais transiger sur ce point de sa doctrine.

Après le départ du gouvernement[modifier | modifier le code]

En octobre 1942, après un long repos il reprend alors sa charge de professeur et de doyen et devient notamment responsable de l'application du Service du travail obligatoire à Grenoble. Chevalier multiplie les efforts pour protéger les étudiants de la Faculté de Grenoble contre les nazis. Les services de le Faculté étaient devenus, en partie grâce à lui, une officine de faux papiers, destinés à éviter aux jeunes le travail en Allemagne[27].

Il n'hésita pas non plus à inscrire pour les protéger plusieurs jeunes filles israélites ainsi que deux jeunes républicains espagnols[28].

À la Libération[modifier | modifier le code]

L'année 1944 fut particulièrement agitée pour l'ancien ministre. Il se permit au cours d'une conférence à Paris de dénoncer la présence de l'occupant, mais souffrant de voir la campagne bourbonnaise livrée à des bandes armées qui prétendaient agir au nom des Forces Françaises de l'Intérieur, il écrivit des lettres à divers responsables gouvernementaux de Vichy dans lesquelles il réclamait des armes pour des « hommes sûrs » afin de lutter contre la subversion communiste en ce printemps 1944[29]. Sans oublier que Chevalier avait connu les atrocités commises lors de la Guerre d'Espagne et il craignait que cela se produise en France. Une bande armée de résistants sans réel contrôle hiérarchique et au nom des F.F.I., ayant intercepté l'une de ses lettres au gouvernement de Vichy, arrêta Jacques Chevalier le 25 juin 1944 dans sa maison de Cérilly. Il est tenu prisonnier dans la forêt de Tronçais, puis transféré au Centre pénitentiaire de Fresnes le 24 mars 1945. Il témoigne au procès du Maréchal Pétain le 7 août 1945 au sujet des négociations franco-britanniques. Puis pour raison de santé il est mis en liberté provisoire le 7 novembre 1945, jusqu'à que se tienne son procès le 11 mars 1946 ; Marcel Héraud, son compatriote de Cérilly, fut son avocat[30]. Le 12 mars 1946, il est condamné à vingt ans de travaux forcés[31], à la dégradation nationale et à la confiscation de la moitié de ses biens, mais n'ayant pas eu de sentiment pro-germanique, il ne fut pas soupçonné de collaboration. Sa peine sera commuée en quatre ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l'État » en raison de ses menées contraires aux principes laïques de la constitution française.

Il bénéficie d'une mesure de libération conditionnelle le 8 mars 1947 et est gracié par décret le 7 août 1947.

Il se retire alors à Cérilly pour se consacrer à la rédaction de ses travaux philosophiques, notamment sa monumentale Histoire de la Pensée.

Vie familiale[modifier | modifier le code]

Jacques Chevalier est le père de l'universitaire François Chevalier (1914-2012).

Travaux[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Jacques Chevalier sont conservés aux Archives nationales sous la cote 684AP[32].

Partisan d'une certaine forme de réalisme, s'inscrivant dans la continuité du spiritualisme français, Jacques Chevalier écrit que « Toujours le réel nous échappe par quelque endroit »[33].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Auteur[modifier | modifier le code]

  • La Forêt de Tronçais, notice descriptive et historique, par Jacques Chevalier et G. Raffignon, éditions : Limoges Ducourtieux et Gout, 1913, réédité en 1941.
  • Étude critique du dialogue pseudo-platonicien l'Axiochos, sur la mort et sur l'immortalité de l'âme, Alcan, Paris, 1914.
  • La Notion du nécessaire chez Aristote et chez ses prédécesseurs, particulièrement chez Platon. Avec des notes sur les relations de Platon et d'Aristote et la chronologie de leurs œuvres, Alcan, Paris, 1915
  • Essai sur la formation de la nationalité et les réveils religieux au Pays de Galles, des origines à la fin du sixième siècle, avec une carte du Pays de Galles Rey, Lyon, Félix Alcan Paris 1923 - 439 pages
  • Bergson et les relations de l'âme et du corps, conférence prononcée à Lyon le 26 janvier 1929. Brochure de 23 pages.
  • Bergson, Libr. Plon, Nourrit et Cie, coll. « Les Maîtres de la pensée française », (réimpr. 1947).
  • Descartes, Libr. Plon, Nourrit et Cie, coll. « Les Maîtres de la pensée française », (réimpr. 1937).
  • Pascal, Libr. Plon, Nourrit et Cie, coll. « Les Maîtres de la pensée française », (réimpr. 1944, 15e éd.), XIV + 388 p.
  • Pascal – Pensées sur la vérité de la religion chrétienne, Librairie Lecoffre, collection « Les Moralistes Chrétiens », Paris, 1927, en 2 volumes.
  • L'habitude : essai de métaphysique scientifique, Boivin & Cie, 1929, 256 pages.
  • La Forêt. Tronçais en Bourbonnais, Paris, Chronique des Lettres françaises, 1930, 122 pages. Bois en couleurs de Paul Devaux.
  • La légende de la forêt Tronçais en Bourbonnais. Illustations d'Alma Jouin, éditions Crépin-Leblond, 1950, 101 pages.
  • Trois conférences d'Oxford. Saint Thomas - Pascal - Newman, Éditions Spes, 1928 - 80 pages Paris, 2e édition en 1933.
  • Sainte Thérèse et la vie mystique. Juan Domínguez Berrueta, Jacques Chevalier, éditions Denoël et Steele, 1934, 270 pages.
  • La vie morale et l'au-delà, E. Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique (Paris), 1938, 211 pages.
  • Cadences - mouvement d'idées - disciplines d'action - aspects de la vie morale : l'ordre - l'amour - l'apparence, Librairie Plon, 1939. T. I
  • Cadences - voies d'accès au réel - principes de l'humanisme - images de France, Librairie Plon, 1951. T. II
  • La Vie de l'esprit, B. Arthaud, Grenoble, 1940 - 87 pages 4e édition. [Suivi d'une lettre de M. Paul Langevin ].
  • France – Pétain m'a dit – Les préceptes du Maréchal - Appel aux jeunes, Éditions de la chronique des lettres françaises, Paris, 1941.
  • L'Idée et le Réel, B. Arthaud, Grenoble, 156 pages, deuxième édition en 1941
  • Leçons de philosophie, T. I : Psychologie et logique. T. II : Morale et métaphysique, Arthaud, Grenoble/Paris, 1943
  • Histoire de la Pensée en quatre tomes : 1. La pensée antique ; 2. La pensée chrétienne ; 3. La pensée moderne de Descartes à Kant ; 4. La pensée moderne de Hegel à Bergson, Paris, Flammarion, publiés respectivement en 1955, 1956, 1961 et 1966. Les Éditions Universitaires ont republié les deux premiers tomes en quatre volumes : Vol. 1. Des présocratiques à Platon. Préface de Pierre Aubenque, 1991. Vol. 2. D'Aristote à Plotin. Préface de Rémi Brague, 1991. Vol. 3. De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin. Préface de Serge-Thomas Bonino, 1992. Vol. 4. De Duns Scot à Suarez. Préface de Bruno Pinchard, 1992.
  • en collaboration avec Jacques Des Gachons, Fauteuil VII. Henri Bergson, Librairie Félix Alcan, collection « Les Quarante », Éditions de la Lampe d'Argile, Paris, 1928.
  • Bergson et le père Pouget, préface de François Mauriac, Paris, Plon, 1954, 80 pages.
  • Édition de Blaise Pascal : Œuvres complètes. Bibliothèque de la Pléiade. Éditions Gallimard.
  • Entretiens avec Bergson, Paris, Plon, 1959, 315 pages.

Préfacier[modifier | modifier le code]

  • Auguste Bouchayer. Les Chartreux, maîtres de forges, Grenoble éditions Didier et Richard, 1927.
  • Daguet. Mémoires d'un piqueux, Paris édition les Quatre fils Aymon, (Presses de l'Acanthe), 1960.
  • René Descartes. Discours de la méthode, aux éditions de la Chronique des lettres françaises aux Horizons de France, 1927.
  • Paul Devaux. Moulins 12 bois en couleurs, Argenteuil : impr. R. Coulouma, 1931
  • Bernard Grasset. Comprendre et inventer : essai sur la connaissance, (Paris) : Grasset, 1953
  • Pierre Imbart de La Tour. Les Origines de la Réforme, T. II. L'Église catholique, la crise et la Renaissance, Melun, Librairie d'Argences 1944.
  • Joseph Malègue. Pierres noires, les classes moyennes du salut : roman, éditions Spes, Paris, 1958.
  • Père Pouget. Logia, propos et enseignements, présentés par Jacques Chevalier, Paris, B. Grasset ; 1955.
  • Père Pouget. Mélanges, Paris, Plon, 1957.
  • Jean Secret. L'Alpiniste, essai critique, Bordeaux : Delmas, 1937.
  • Pierre de Sornay, Isle de France, île Maurice, sa géographie, son histoire, son agriculture, ses industries, ses institutions. General Printing & Stationery Cy., 1950
  • Joseph Vialatoux. Le Discours et l'intuition. Leçons philosophiques sur la connaissance humaine et la croyance, introductives à l'étude de la logique et de la métaphysique, Paris, libr. Bloud et Gay, 1930.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michèle Cointet, article Chevalier (Jacques), dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 154.
  2. Emmanuel Bourel, p. 22.
  3. The Politics of Heresy: The Modernist Crisis in Roman Catholicism, Lester R. Kurtz, University of California Press, 1986, p. 123.
  4. Maurice Malleret, Encyclopédie des auteurs du pays Montluçonnais et de leurs œuvres (de 1440 à 1994), Éditions des Cahiers Bourbonnais, 1994, p. 205.
  5. Jean-Louis Vieillard-Baron, « Jacques Chevalier : Un philosophe catholique entre les deux guerres », Transversalités 4/ 2012 (no 124).
  6. Monsieur Portal et les siens, 1855-1926, Régis Ladous, 1985, éditions du Cerf, p. 102.
  7. N° spécial de Mission et charité, Le Père Pouget, avec interview et nombreux témoignages de Jacques Chevalier.
  8. Librairie Plon, 1939.
  9. Gonzague Truc, Histoire de la littérature catholique contemporaine, Casterman, Paris, 1961, p. 29.
  10. Voir ses Entretiens avec Bergson, librairie Plon, 1959, p.II.
  11. Serry 2004, p. 77.
  12. Université du Louvain où est conservé la correspondance de Blondel
  13. (google books), Histoire de la Pensée, Volume 1.
  14. Louis Lavelle, Psychologie et Spiritualité, Paris, Albin Michel, 1967, p. 11-12.
  15. Jacques Chevalier, Leçons de Philosophie p. 8.
  16. Donald James Horton, André Laurendeau : la vie d'un nationaliste, 1912-1968, p. 98.
  17. Jean de Fabrègues et la jeune droite catholique : aux sources de la Révolution nationale, Presses universitaires du Septentrion, Lille, 2002, p. 69.
  18. Étienne Fouilloux, Bulletin de la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon, année 2002, tome XXXII, p. 361-377.
  19. Logia, p. 106
  20. (Google Livres). Voir à ce propos Naissance de l'intellectuel catholique par Hervé Serry aux éditions La Découverte, 2012, qui montre comment, dans le contexte d'effervescence spirituelle qui caractérise la fin du siècle, des intellectuels laïcs s'engagent collectivement dans des polémiques littéraires.
  21. Jean Zay, Souvenirs et solitude, Paris, Belin, , 565 p. (ISBN 9782701157030)
  22. Jacques Duquesne, Les catholiques français sous l'occupation.[réf. incomplète]
  23. Jean-Louis Clément, Les évêques au temps de Vichy, Éditions Beauchesne, 1999, p. 113.
  24. Michel Cointet, L'Église sous Vichy, p. 122.
  25. biographie de J. Chevalier.
  26. Jacques Chevalier dira lors de son procès : « Je suis parti parce que j'étais en désaccord complet avec l'amiral Darlan sur tous les points », cité in Xavier de Bourbon, Les accords secrets franco-anglais de décembre 1940, Plon, 1949, p. 87.
  27. Robert Aron, Histoire de Vichy, Tome I, éditions Fayard, 1966, p. 238.
  28. Emmanuel Bourel, Une vision chrétienne de la Révolution nationale (été 1940 – été 1941) p. 305.
  29. Emmanuel Bourel, Une vision chrétienne de la Révolution nationale (été 1940 – été 1941), p. 306.
  30. « Mémoire de Cérilly et ses environs ».
  31. Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison : Les épurés à Fresnes après la Libération, Paris, Gallimard, 2006, p. 298.
  32. Archives nationales
  33. Jacques Chevalier, Leçons de philosophie, p. 8.
  34. Le comité des travaux historiques et scientifiques.
  35. Article du Monde, datant du 21.04.1962.
  36. J. Chevalier.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Archambault, La vivante philosophie d'un vivant : Jacques Chevalier, 16 pages, in Le Correspondant, 10 janvier 1929, [lire en ligne http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4152035/f42.image.r=jacques%20chevalier%20archambault.langFR Gallica].
  • Emmanuel Bourel, Une vision chrétienne de la Révolution nationale (été 1940 – été 1941), Tours, 1993.- Dir. Michèle Cointet, mémoire de maîtrise d'Histoire.
  • Paul Claudel et Stanislas Fumet, Correspondance, 1920-1954 : histoire d'une amitié, L'Âge d'homme, 1er janvier 1997, p. 121.
  • Jeanne Dubois, Deux architectes pour reconstruire la France : Frédéric Mistral et Jacques Chevalier, Avignon, Les Livres Nouveaux, .
  • Michèle Cointet, L'Église sous Vichy, Perrin, 1998, p. 106.
  • Michèle Cointet-Labrousse, Vichy et le fascisme : les hommes, les structures et les pouvoirs, Éditions Complexe, , p. 128 (disponible sur Google Print).
  • Thierry Gosset, L'écheveau d'une amitié, les relations de Jean Guitton avec Jacques Chevalier, Les Cahiers bourbonnais, no 233 (Charroux-en-Bourbonnais, automne 2015), p. 62-72.
  • Thierry Gosset, Un philosophe dans la forêt, Les Cahiers bourbonnais, no 232 (Charroux-en-Bourbonnais, été 2015), p. 71-78.
  • Alain Guy, Métaphysique et intuition : le message de Jacques Chevalier, C. Lavauzelle & Cie, Paris 1940, 190 p.
  • Gérard Lurol, Emmanuel Mounier : Genèse de la personne, Paris, Éditions L'Harmattan, 2000, p. 31.
  • Jacques-Guy Petit, La jeunesse de Monchanin : 1895-1925 : mystique et intelligence critique, Paris, Éditions Beauchesne, 1983, p. 181.
  • Jean-François Petit, Jacques Chevalier (1882–1962) et la philosophie française, éditions P.I.E. Peter Lang, 2015, 256 p.
  • Joannès Praz, Mgr Alexandre Caillot (1861 - 1957): Évêque de Grenoble, Éditions L'Harmattan, Paris 2013 - p. 189 par exemple
  • Pierre de Senarclens, Le mouvement « Esprit » : 1932-1941, L'Âge d'homme, 1974, p. 11.
  • Hervé Serry, Naissance de l'intellectuel catholique, Paris, La Découverte, , 201 p. (ISBN 2-7071-3985-8)
  • Angelo Tasca et Denis Peschanski, Vichy 1940-1944. Archives de guerre, Feltrinelli Editore, , p. 387.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]