Charles Platon

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Charles Platon
Charles Platon
Charles Platon en 1942.

Nom de naissance Charles Jean Guillaume Platon
Naissance
à Pujols, Gironde
Décès (à 57 ans)
à Valojoulx, Dordogne
(fusillé)
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'État français État français
Arme Civil and Naval Ensign of France.svg Marine nationale
Grade Amiral
Conflits Seconde Guerre mondiale
Autres fonctions Secrétaire d'État aux Colonies

Charles Platon, né le à Pujols (Gironde) et exécuté le à Valojoulx (Dordogne), est un amiral et homme politique français. Membre du gouvernement de Vichy de 1940 à 1943, il est partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1939, contre-amiral et proche du maréchal Pétain[1], il commande les secteurs maritimes du Nord (Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer)[1]. Il dirige en , sous le commandement de l'amiral Abrial et avec le commandement britannique, l'évacuation du port, permettant l'évacuation de 338 000 soldats français et britanniques.

L'attaque sur Mers el-Kébir renforce son anglophobie[1]. Il est nommé secrétaire d'État aux Colonies dans le premier gouvernement du régime de Vichy en septembre 1940. Il est un des rares protestants évoluant dans l'entourage du chef de l’État français. Témoignant de vifs sentiments anti-gaullistes et anti-britanniques et d'un fanatisme à l'encontre des fonctionnaires juifs[1], il est partisan d'une politique de collaboration avec l'Allemagne nazie et propose la reconquête des colonies d'Afrique-Équatoriale française qui ont rallié de Gaulle[2]. Il soutient la démarche de Darlan à l'été 1941 d'une alliance militaire avec l'Allemagne. Laval, qui se méfie de son fanatisme, le tient à l'écart des grandes décisions relevant de son ministère[1].

Revenu malade d'une longue tournée africaine, il est hospitalisé plusieurs semaines à partir de [1]. Promu vice-amiral, il est néanmoins en avril 1942, écarté du gouvernement par Pierre Laval. Mais du fait de sa proximité avec le maréchal[1], il obtient un strapontin[1] dans le nouveau gouvernement où il est secrétaire d'État chargé de la coordination des forces armées[2]. Il est également au même moment à la tête de la police anti-maçonnique[2]. Lors du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord le , il est partisan d'une alliance avec l'Allemagne et s'oppose à l'amiral Auphan qui est favorable à un arrêt des combats entre Français et Américains.

Charles Platon est finalement écarté du gouvernement en mars 1943 par Laval qui trouve son zèle excessif et ses manières maladroites[2]. Il se rapproche des ultras de la collaboration et multiplie les déplacements auprès de responsables allemands à Paris[1]. Il envisage l'intégration de marins français dans la Kriegsmarine[1]. Il ne cesse alors de comploter pour renverser Laval[1]. Il est porteur en juillet 1944 d'une « déclaration sur la situation politique[2] » auprès du maréchal Pétain, déclaration signée, entre autres, par Marcel Déat, Jean Luchaire et Fernand de Brinon visant à remettre en cause Laval, qu'ils jugent trop tiède face à l'offensive anglo-américaine en Normandie. Il propose même sa candidature à la présidence du Conseil[1]. Cette tentative échoue et Charles Platon est assigné à résidence dans son domicile en Gironde.

Mort[modifier | modifier le code]

Le , il est capturé dans sa maison de Pujols par un commando de maquisards FTP de la Dordogne (6e bataillon) des Forces françaises de l'intérieur. Il est conduit au PC du sous-secteur C de la Dordogne à Saint-Jean-d'Eyraud où il est traduit en cour martiale avant d'être, une première fois, condamné à mort. Quelques jours plus tard, il est transféré au domaine de la Querrerie (commune de Valojoulx), près de Montignac, avant d'être traduit devant une nouvelle cour martiale et d'être à nouveau condamné à mort[3].

Il est fusillé le dans les allées du domaine de la Querrerie à 22 h 40, commandant lui-même le peloton d'exécution[3].

Une rumeur[1], soutenue par Robert Aron dans son Histoire de l'Épuration et par André Figueras dans son livre Onze amiraux dans l'ouragan, dit qu'il aurait été écartelé, suivant les versions entre deux ou quatre camions, des GMC, ou bien des 15 CV Citroën[1],[4], des tracteurs[5], voire par des bœufs. Cette version est également mentionnée par Jean-Marc Van Hille dans un ouvrage consacré à l'amiral Platon[6].

Il est inhumé dans le caveau familial de Pujols (Gironde) en 1956.

Le témoignage de 1973[modifier | modifier le code]

En novembre 1973, la librairie Jules Tallandier, éditrice de la revue Historia dont le directeur était alors Christian Melchior-Bonnet, recevait le témoignage d’un résistant témoin des derniers instants de l’amiral Platon. L’auteur, un maquisard hostile à Vichy et aux idées de l’amiral, rapporte qu’un certain N. lui a annoncé le lundi la décision d’exécuter Platon. Le commandant R. lui ordonne de faire creuser un trou, ce qu’il fit « à quelques pas d’une large allée bordée d’ormes centenaires ». À 21 h 40, les terrassiers ayant terminé leur tâche, trois hommes du peloton d’exécution prennent leurs armes (un Mauser, un Enfield, une Sten) et emmènent Platon dans l’allée. D’après ce témoin, l’amiral aurait prononcé les paroles suivantes : « Avant de mourir, je tiens à proclamer que j’ai toujours aimé mon pays, que j’ai toujours cru le servir jusqu’au sacrifice suprême… » avant de commander lui-même : « En joue ! Feu ! » Ces dernières paroles consignées précautionneusement par le témoin sur un morceau de carton ont été dictées par lui au secrétaire de mairie de Thonac, lui-même résistant. Ce témoignage est signé X.X.X[7].

Les anciens Francs-Tireurs et Partisans de la Dordogne ont confirmé ce témoignage dans un ouvrage collectif paru en 1990[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m et n Philippe Valode, Le Destin des hommes de Pétain : de 1945 à nos jours, Nouveau Monde éditions, (ISBN 978-2-36583-987-7), p. 122-123.
  2. a b c d et e Jean-Paul Cointet (dir. et auteur) et Michèle Cointet (dir.), Dictionnaire historique de la France sous l'Occupation, Tallandier, coll. « Dictionnaires », , 732 p. (ISBN 978-2-235-02234-7), « Platon (Charles, amiral) ».
  3. a et b Patrice Rolli, « L’Exécution de l’amiral Platon où les errements d’un soldat perdu », Le Périgord dans la Seconde Guerre mondiale, Chronique des années noires du Mussidanais et de l'Ouest de la Dordogne, Éditions l'Histoire en Partage, 2012.
  4. Marie-Thérèse Viaud, « L'épuration en Dordogne », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, vol. 104, no 199-200, Les années quarante dans le Midi, Toulouse, Éditions Privat, 1992, p. 418, 421.
  5. Robert Arnaut et Philippe Valode, Les Dossiers secrets de la Seconde guerre mondiale, Paris, Éditions First, , 336 p. (ISBN 978-2-7540-2313-9, lire en ligne).
  6. Jean-Marc Van Hille, L'Amiral Platon ou les risques d'un mauvais choix, Pyregraph, 2007.
  7. X.X.X., « J'ai vu fusiller l'amiral Platon », Document exclusif publié dans la revue Historia no 324, novembre 1973, p. 179-188.
  8. Francs Tireurs et Partisans en Dordogne, 5e partie, Tulle, 1990, p. 508 et 620-622.

Liens externes[modifier | modifier le code]