Ernest Ginsburger

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Ernest Ginsburger
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Photographie du grand-rabbin Ernest Ginsburger

Nom de naissance Ernest Ginsburger
Naissance
Héricourt
Décès (à 66 ans)
Auschwitz
Nationalité Drapeau : France Française
Pays de résidence Drapeau : FranceFranceDrapeau : Belgique Belgique, Drapeau : Suisse Suisse
Diplôme
Activité principale
Formation
Distinctions
Officier d'Académie, Médaille militaire en 1914, Croix de guerre avec plusieurs citations à l'ordre du Service de santé en 1917, Chevalier de la Légion d'honneur en 1926, à titre posthume, médaille de la Reconnaissance française, rue du Rabbin-Ernest-Ginsburger à Bayonne
Conjoint
Germaine Zivy
Descendants
Deux fils

Ernest Ginsburger est un rabbin français du XXe siècle né à Héricourt (Haute-Saône), et mort à Auschwitz le [1],[2]. Grand-rabbin de Genève, de Belgique puis de Bayonne, il participe comme aumônier à la Première Guerre mondiale. Dès le début de l'Occupation, il dénonce l'idéologie nazie dans des articles et des sermons. Arrêté en mars 1942, il meurt en déportation l'année suivante.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Le père d'Ernest Ginsburger, Emmanuel (alias Maurice) Ginsburger, est le président de la communauté israélite de Héricourt. Sa mère est Jeannette Bonef. Son cousin, dont il est très proche, est le rabbin Moïse Ginsburger[3], père de Roger Ginsburger devenu plus tard Pierre Villon, le résistant et homme politique communiste. La famille quitte Héricourt pour Lunéville, en Meurthe-et-Moselle et Ernest Ginzburger devient bachelier en 1893.

De 1894 à 1900, Ernest Ginsburger fait ses études rabbiniques au Séminaire israélite de France (SIF). Il étudie à la Sorbonne et à l'École des hautes études, section des sciences historiques et philologiques. Il est titulaire d'un diplôme de bachelier en droit, sanctionnant les deux premières années d'études en droit.

À Paris, il habite au 4, rue Fléchier, dans le 9e arrondissement[4]. Il dirige un cours d'instruction religieuse du Consistoire de Paris.

Ernest Ginsburger pose sa candidature, sans succès, au poste rabbinique de Dijon, en Côte-d'Or, en 1900, puis à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui appelé Châlons-en-Champagne), dans la Marne, puis à Remiremont dans les (Vosges) en 1902, et de nouveau à Dijon en 1907, mais à cet endroit il ne le peut, « pour cause... de célibat »[5], puis à Lyon en 1908.

Genève[modifier | modifier le code]

Ernest Ginsburger est élu grand-rabbin de Genève en 1908[6], position qu'il occupe jusqu'en 1923[7],[8].

Dans le cadre de ses fonctions, il met l'accent sur l'éducation juive et agit en faveur des réfugiés et persécutés juifs auprès de la Société des Nations et du Bureau international du travail. Il représente l'Alliance israélite universelle, l'Anglo-Jewish Association et l'American Jewish Joint Distribution Committee (Joint). Il préside la section suisse de la Ligue des amis du sionisme. Il demande de l'aide pour les étudiants juifs russes réfugiés en Suisse et qui sont démunis[9].

Par autorisation du gouvernement français il devient conseiller de la délégation turque à la conférence de Lausanne. Son action diplomatique concourt à l'établissement du passeport Nansen.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Première Guerre mondiale, Ernest Ginsburger s'engage comme aumônier[10],[11]. Il fait partie du 18e corps d'armée. En tant qu'aumônier, il assiste blessés et mourants en Belgique, successivement à Charleroi, Nieuport, Steenstrate[12],[13] et au mont Kemmel. Il réussit à faire interner en Suisse des milliers de prisonniers alliés. Il participe à l'Œuvre de secours aux prisonniers français. Il fonde l'Œuvre israélite de secours aux prisonniers de guerre. En 1916, il est transféré à une division d'infanterie algérienne puis en 1917, remplace le rabbin Léon Fridman[14],[15],[16],[17] au groupe des brancardiers de corps.

Vie familiale[modifier | modifier le code]

Le 17 février 1919, il épouse à Paris Germaine Zivy (née en 1894). Ils vont avoir deux fils[18]. Elle décède en 1928, à l'âge de 34 ans[19].

Bruxelles[modifier | modifier le code]

Ernest Ginsburger est élu grand-rabbin de Belgique en janvier 1924[20],[21],[22],[23]. Il s'installe à Bruxelles, le 30 mars 1924. En 1926, à la suite d'inondations, 4 000 travailleurs juifs perdent leur emploi en Belgique et Ernest Ginsburger lance un appel d'aide à la communauté juive en leur faveur[24]. Il démissionne de ses fonctions en 1929.

Bayonne[modifier | modifier le code]

En 1929, Ernest Ginsburger devient le grand-rabbin de Bayonne, des Landes et des Basses-Pyrénées. Il s'installe à Bayonne le 28 décembre 1930. En 1931, il adresse un télégramme de félicitations à la jeune République espagnole. Il obtient du gouvernement républicain espagnol le droit pour des Juifs victimes du nazisme d'immigrer dans certaines provinces d'Espagne.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, à cause de son âge (63 ans), Ernest Ginsburger n'est pas mobilisé. Dès le début de l'Occupation, il lutte contre le nazisme par des sermons et des articles ouvertement anti-hitlériens. Dans un sermon de Pâques 1941, il compare la défaite de l'aviation allemande dans la Manche à l'engloutissement des armées égyptiennes dans la mer Rouge. Il diffuse des tracts clandestins. Il adresse une lettre au régime de Vichy pour protester contre la réquisition de la synagogue de Bayonne. Cette dernière est transformée en entrepôt des services du ravitaillement allemand.

Ernest Ginsburger est arrêté à Bayonne[25],[26],[27] en mars 1942. Il est interné au camp de Royallieu (Compiègne)[28], puis au camp de Drancy. Il est déporté, par le convoi no 47, en date du 11 février 1943[29]. L'historien Martin Gilbert mentionne la présence de Ernest Ginsburger dans ce convoi[30],[31]. Ernest Ginsburger est assassiné à son arrivée Auschwitz, le 14 février 1943.

Prises de positions[modifier | modifier le code]

  • En avril 1933, Ernest Ginsburger conseille aux réfugiés allemands en France d'agir discrètement et de ne pas manifester publiquement contre l'antisémitisme nazi[32].
  • En 1934, sa position sur le divorce lui vaut d'être pris à partie par La Tribune juive de Strasbourg, une publication juive orthodoxe. Le rabbin Joseph Saks prend sa défense au nom de l'Association des rabbins français.

Témoignage sur Ernest Ginsburger[modifier | modifier le code]

« Hier soir, pour 20 h 30, je suis allé assister à une causerie que devait faire le rabbin sur les origines des persécutions exercées contre les Juifs depuis l'époque où les Juifs ont commencé à fonder des communautés dans les villes et les pays bordant la Méditerranée et dans les différents pays de l'Europe. Cette causerie était très intéressante, et il nous a dit qu'il n'a pu trouver l'origine du mot « Juif », car en réalité on devrait les appeler « judéens », comme venant de la Judée. Ce sont les chrétiens, et en particulier le catholicisme, qui ont institué la persécution des Juifs. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Avec Moïse Ginsburger, Contribution à l'histoire des Juifs d'Alsace pendant la Terreur[35], 1903 ?
  • Histoire des Juifs de Carouge. Juifs du Léman et de Genève, Paris, 1923.
  • Divorce civil, répudiation judaïque, Paris, Librairie Lipschutz, 1932[36].
  • La Méthode juive d'abatage aux points de vue religieux, scientifique et historique, 1932.
  • Les Juifs de Belgique au XVIIIe siècle, 1932[37].
  • Leibele Hirsch. Contes, Paris, Librairie Lipschutz, 1934.
  • Grammaire hébraïque : éléments, analyses, vocabulaire français-hébreu, 1935.
  • Les Juifs de Peyrehorade, Paris, Vuibert, 1938[38].
  • Histoire des Juifs de Bayonne (en préparation, en 1942[39]).

Articles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

En éducation[modifier | modifier le code]

Médailles militaires[modifier | modifier le code]

À Bayonne[modifier | modifier le code]

  • Le 12 juin 1983, une rue de Bayonne est nommée rue du Rabbin-Ernest-Ginsburger[44].
  • Le Centre communautaire de Bayonne porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ernest Ginsburger (1876 Héricourt-1943 Auschwitz).
  2. Extraits du Dictionnaire biographique des rabbins par Jean-Philippe Chaumont et Monique Levy. Article Zivy.
  3. Moïse Ginsburger. Rabbin, historien et fondateur de la Société d'histoire du judaïsme d'Alsace et de Lorraine. 1865-1949.
  4. Revue des études juives, volume 55.
  5. Archives israélites, volume 68.
  6. Il est élu grand-rabbin de Genève durant l'élection du dimanche 6 septembre 1908, avec une voix de majorité : 47 voix, contre 46 voix au rabbin Mathieu Wolf, de Sedan. Voir Ernest Ginsburger. Archives israélites, volume 69, p. 303.
  7. En 1923, Ernest Ginsburger publie une Histoire des Juifs de Carouge. Juifs du Léman et de Genève. Voir Histoire de la communauté juive de Genève. Factsheet. 10 septembre 2009. Fédération suisse des communautés israélites, p. 15.
  8. Communauté israélite de Lausanne 1848-1948. La Chronique de cent ans de vie communautaire.
  9. (en) American Jewish Year book, volume 2, octobre 1910.
  10. Il apprend l'hébreu au père de Renée Neher-Bernheim. Voir Renée Neher-Bernheim. André Bernheim, médecin, vice-président du Consistoire central, collectionneur d'art juif (Paris, 25 octobre 1877-Paris, 2 décembre 1963). Archives juives 2/2004 (vol. 37).
  11. Philippe-E. Landau. La presse des anciens combattants juifs face aux défis des années trente. Archives juives 1/2003 (vol. 36), p. 10-24.
  12. Steenstrate est un hameau de Flandre-Occidentale (Belgique).
  13. Steenstrate.
  14. En 1927, Léon Fridman est le grand-rabbin d'Alger. Voir Cimetière israélite de Saint-Eugène Bologhine. Le Monument aux Morts.
  15. Léon Fridman, grand-rabbin d'Algérie reçoit en novembre 1922 la médaille du roi Albert de Belgique, pour services rendus à l'armée belge. Voir ajcar archives 1923-1924. Appendix 1.
  16. Une photo du grand-rabbin Léon Fridman est exposée sur le site suivant : Le corps rabbinique d'Alger en 1920.
  17. En 1901, Léon Fridman est le rabbin de Toul. Voir Léon Fridman rabbin de Toul.
  18. Un de ses fils s'appelle Philippe Ginsburger. Voir Bayonne Magazine no 148, septembre-octobre-novembre 2007.
  19. Ils se marient à la mairie du 8e arrondissement de Paris. Germaine Zivy habitait au 27, boulevard de Courcelles à Paris. Elle est la fille de Léopold Zivy et de Valérie Hélène Silz.
  20. Voir (en) ajcarchives 1924.
  21. Le Consistoire : une histoire bicentenaire. Consistoire israélite de Belgique. 2011.
  22. La date varie selon la source : 1923 ou 1924.
  23. Les Grands Rabbins de Belgique. Fondation de la Mémoire contemporaine.
  24. (en)Four Thousand Jewish Workers Suffer from Floods in Belgium.
  25. (en) Curt Leviant et Erika Pfeifer Leviant, Life and Times. Get to know the other Bayonne.
  26. (en) Zosa Szajkowski, Jews and the French Revolutions of 1789, 1830 and 1848, p. 265.
  27. Claude Nataf, « Le judaïsme religieux au lendemain de la Libération : rénovation ou retour au passé », Les Cahiers de la Shoah 1/2001, no 5, p. 71-104.
  28. Voir le témoignage de Benjamin Schatzman, interné dans le même camp, publié en 2005.
  29. Klarsfeld, 1978.
  30. (en) Martin Gilbert, The Holocaust: A History of the Jews of Europe During The Second World War, 1987, p. 640.
  31. C'est le seul nom que Martin Gilbert mentionne pour ce convoi
  32. (en) Vicky Caron, Uneasy Asylum. France and the Jewish Refugee Crises, 1938-1942, 2002, p. 99-100.
  33. Voir p. 194 : « Le rabbin de Bayonne remplit les fonctions de chef du camp juif. »
  34. Schatzman, 2005, p. 368.
  35. Moïse Ginsburger et Ernest Ginsburger, Contribution à l'histoire des Juifs d'Alsace pendant la Terreur.
  36. Grand-rabbin Ernest Ginsburger, Divorce civil, répudiation juridique.
  37. (en) Jews of Belgium. Yale University Library Catalog.
  38. Ernest Ginsburger, Les Juifs de Peyrehorade.
  39. Non complété, lorsque Ernest Ginsburger est arrêté par les Allemands. Le travail se trouve dans les Archives de la Communauté juive de Bayonne. Voir Ernest Ginsburger, Histoire des Juifs de Bayonne.
  40. Didier Hemmert, Les familles juives de la vallée inférieure de la Blies de la fin du XVIIe au début du XVIIIe siècle, p. 414.
  41. Voir Dominique Berthommé. Les Juifs de Bayonne 1492-1992.
  42. Benjamin Schatzman, Journal d'un interné : Compiègne, Drancy, Pithiviers 12 décembre 1941-23 septembre 1942, 2005.
  43. Margaret Teboul, Lectures juives des Deux sources de la morale et de la religion dans les années trente, Archives juives 2/2003, vol. 36, p. 101-120, note 59.
  44. Voir rue du Rabbin-Ernest-Ginsburger, à Bayonne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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