Simon Sabiani

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Simon Sabiani
Image illustrative de l'article Simon Sabiani
Fonctions
Parlementaire français
Député
Gouvernement Troisième République
Groupe politique Ind. (1928-1932)
GI (1932-1936)
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Bouches-du-Rhône
Signature.
Simon Sabiani, Paul Carbone et François Spirito.

Simon Pierre Sabiani, né le à Casamaccioli et mort le à Barcelone, est un politicien et homme d'affaires français, héros de la Première Guerre mondiale, puis collaborateur du Régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Socialiste marseillais, il rejoint brièvement le Parti communiste français (PCF) après la Révolution d'octobre avant de rejoindre le Parti d'action socialiste de Paul-Louis, qui deviendra le Parti d'unité prolétarienne (PUP), situé entre le PC et la SFIO. Exclu en 1931 de celui-ci en raison de son virage nationaliste, il finit par rejoindre le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, qui embrassera la collaboration.

Biographie[modifier | modifier le code]

Grande guerre[modifier | modifier le code]

Il participe à la Grande Guerre, incorporé au 15e corps d'armée au sein du 112e régiment d'infanterie de ligne, il perd un œil au bois de la Gruerie en juin 1915 après avoir dirigé contre l'ennemi six contre-attaques en six heures. Surnommé par ses compagnons d'armes « Le Lion de L'Argonne », « Le Bayard Corse », il reçoit quatre citations à l'ordre de l'Armée, est décoré sur le champ de bataille de la légion d'honneur, reçoit la médaille militaire ainsi que la croix de guerre ornée de 4 palmes, 2 étoiles d'argent.

Il avait quatre frères, et une sœur. Trois de ces frères furent tués sur le front lors de la première guerre mondiale.

  • Jean-Luc était lieutenant d'active. Chevalier de la Légion d'honneur ; croix de guerre, tombé au champ d'honneur, dans une attaque en Champagne.
  • Joseph, était sergent-major au 4e régiment de zouaves, tombé au champ d'honneur à Provins, en 1914.
  • François, avocat au barreau de Marseille, était sergent, croix de guerre, est tombé au champ d'honneur le 16 août 1918, lors du torpillage du navire le Balkan. Pierre Anfriani seul survivant de l'état major, précisera dans son rapport à l'autorité maritime que François Sabiani aurait pu se sauver s'il ne s'était occupé de porter secours à des passagers en perdition. Une plaque de marbre en son honneur était apposée sur les murs du palais de justice.
  • Don-Pierre a été fait prisonnier de guerre, après blessures reçues dans un combat à Bois-le-Prêtre (cinquante-deux mois de captivité).

Engagement dans les partis de gauche (1919-1936)[modifier | modifier le code]

Après guerre, Simon Sabiani adhère à différentes organisations marxistes. Il est d'abord membre de la SFIO ; en 1919, il commanda des groupes musclés qui sèment le trouble dans les réunions électorales de la droite, empêchant ainsi Léon Daudet de prendre la parole à Marseille[1]. En 1922, le service d'ordre du Parti socialiste tue un de ses militants. Pour les protéger désormais, il décide de recruter des nervis, petits malfrats marseillais[2]. Il rejoint un moment le PCF, puis fonde en 1923 le Parti d'action socialiste[réf. nécessaire].

Il est élu conseiller général des Bouches-du-Rhône en 1925 et député en 1928 avec l'appui du PCF, le candidat communiste se désistant au second tour à son profit, ce qui permet d'évincer le candidat sortant, membre de la SFIO [3]. Il avait adhéré en effet à toutes les clauses de la coalition électorale menée par le PCF, le Bloc ouvrier et paysan, mis à part celle préconisant «la défense de l'URSS contre toute attaque impérialiste»[3].

Il devient premier adjoint du maire de Marseille de 1929 à 1935. En 1931 à la mort de Siméon Flaissières, si Georges Ribot est maire, Sabiani domine la ville[4].

De plus en plus patriote voire nationaliste, Sabiani se fait exclure en janvier 1931 du Parti d'unité prolétarienne, dirigé par Paul Louis et dans lequel s'était fondu le Parti d'action socialiste. L'un des motifs de son exclusion est en effet constitué par sa participation à la manifestation du 11 novembre en compagnie de personnalités officielles ainsi qu'à une réunion militariste où il aurait tenu un discours chauvin [3]. Malgré cette exclusion, il est réélu député en 1932 avec 51,8% des voix, obtenant le soutien d'une partie de la droite opposée au candidat de la SFIO [3]. La Fédération républicaine (droite) retire même son soutien à son candidat, Paul Morazzani, pour contrer la SFIO, lequel ce présente indépendamment mais n'obtient que 9% des voix (contre 19% en 1928) [3]. Se rapprochant de Jacques Doriot, en dissidence avec le PCF, il lance le , lors d'un meeting à l'Alcazar de Marseille le mot d'ordre «Ni gauche, ni droite: France d'abord!» [3].

Il est très proche de deux parrains de la pègre de l'époque, François Spirito et Paul_Carbone. Lorsque l'affaire Stavisky éclate en 1934, l'inspecteur Bonny désigne Carbone, Spirito et Gaëtan de Lussats coupables de l'assassinat d'Albert Prince, conseiller à la Cour d’appel de Paris. Les trois hommes, rapidement mis hors de cause, sont soutenus par Sabiani au moyen d'affiches apposées dans la ville. Par ses relations, il entraîne la ville vers le clientélisme et la corruption[5].

En 1935, Henri Tasso devient maire de Marseille, moment qui marque le début de l'opposition entre les deux hommes[4].

Il rejoignit également la LICA (Ligue internationale contre l'antisémitisme, actuelle LICRA) et participe à des rassemblements de dénonciation des persécutions hitlériennes[6].

Engagement au PPF (1936-1945)[modifier | modifier le code]

Extrait sonore d'une enquête orale réalisée en 1979 par des historiennes relatant un témoignage sur la vie politique à Marseille.

Le , il annonce devant 15 000 personnes son ralliement au Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot [3], dont il devient membre du bureau politique. Trois jours avant, le Parti social français (PSF) du colonel de La Rocque avait rassemblé, lui, 40 000 personnes [3].

Sabiani est à la tête de la section locale du PPF à partir de 1936. Parmi ses amis et agents électoraux on trouve les figures du milieu marseillais: les futurs gangsters collaborateurs Paul Carbone et François Spirito, ainsi que le futur gangster résistant Antoine Guérini. Sabiani systématise la fraude électorale déjà très présente à Marseille, et qui suscite d'ailleurs une abstention pouvant aller à 50% [3], tandis qu'il organise en véritable milice fasciste les bandes de Carbone et compars, rebaptisées « phalanges prolétariennes » et composées de marins, dockeurs ainsi que de chômeurs [3].

Durant la Seconde Guerre mondiale, il gère notamment le bureau marseillais de recrutement de la LVF («Légion des volontaires français contre le bolchevisme»), dont il est le secrétaire général. Il sera un collaborateur radical, surtout après la mort de son fils François engagé dans la LVF sur le front russe[7].

Son fils, François Sabiani, étudiant en droit âgé de 20 ans, s'engage dans la LVF. Il voulait s'engager dans les Forces françaises libres et se trouvait déjà sur un bateau à Port-Vendres où son père l'obligea à débarquer. Dans son livre, Et j'ai cassé mon fusil, Jean-Baptiste Emmanuelli écrit qu’il s’est lui-même engagé dans la LVF à la demande de la mère de François Sabiani avec pour mission d’aller convaincre son fils de quitter la LVF. Il a été cité à l'ordre de la Légion : « Avait une haute conception de son devoir. S’était distingué le 29 mai 1942, au cours d’une patrouille de reconnaissance, par son calme et son mépris du danger. A été blessé mortellement, le 2 juin 1942, en accomplissant une mission de liaison ». Il meurt sur le Front de l'Est, non loin de Smolensk lors d'une opération de la LVF, le 2 juin 1942.

Exil (1944-1956)[modifier | modifier le code]

Simon Sabiani est condamné à mort par contumace, à cause de sa politique de « collaboration ». Il part à Sigmaringen (auprès du gouvernement en exil du régime de Vichy), puis se réfugie en Italie, en Argentine, et enfin en Espagne sous le nom de Pedro Multedo. Il meurt le 29 septembre 1956 à Barcelone, à la clinique Notre-Dame de Lourdes. Il serait revenu « clandestinement » en Corse pour revoir sa mère. Il repose aujourd'hui dans la chapelle familiale de son village de Casamaccioli.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 234.
  2. Jean-Louis Planche, « Modèle de souveraineté français. Incivilités et violences à Oran et Marseille (1919-1939) », Cahiers de la Méditerranée, vol. 61,‎ 2000, p. 91-119 (DOI 10.3406/camed.2000.1293, lire en ligne)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Jean-Paul Brunet, «Un fascisme français : le Parti populaire français de Doriot (1936-1939)», Revue française de science politique, Année 1983 Volume 33 Numéro 2 pp. 255-280.
  4. a et b Marie-Françoise Attard-Maraninchi, Le Panier, village corse à Marseille, Paris, Autrement,‎ (ISBN 9782862606828), p. 108
  5. (ar) Jean-Michel Verne, Main basse sur Marseille... et la Corse: La protection des hautes personnalités de De Gaulle à Hollande, Nouveau Monde éditions (ISBN 9782369420187, lire en ligne)
  6. « Le grandiose meeting de Marseille », Le Droit de vivre, juin 1933.
  7. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 235.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Simon Sabiani, Colère du peuple, Les Œuvres Françaises, 1936 (préface de Jacques Doriot)
  • Simon Sabiani, La Vérité sur l'attentat de Marseille, Grandes Conférences des Ambassadeurs, 1934

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Simon Sabiani », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Jean-Baptiste Nicolaï, Simon Sabiani, un chef à Marseille, 1919-1944, Olivier Orban, 1991
  • Paul Jankowski, Communism and Collaboration. Simon Sabiani and Politics in Marseille (1919-1944), New Haven-Londres, Yale University Press, 1989.
  • Jean-Baptiste Emmanuelli, Et J'ai Cassé Mon Fusil, Robert Laffont

Liens externes[modifier | modifier le code]