Benjamin Schatzman

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Benjamin Schatzman
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 65 ans)
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Nationalité
Français (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Enfant

Benjamin Schatzman (1877-1942) est un dentiste français d'origine roumaine, victime de la Shoah et auteur d'un journal publié en 2006 sous le titre Journal d'un interné - Compiègne, Drancy, Pithiviers, 12 décembre 1941-23 septembre 1942 (Fayard).

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Benjamin Schatzman est né le 5 janvier 1877 à Tulcea en Roumanie.

En 1882, ses parents émigrent en Palestine, alors province ottomane[1]. Sa famille s’installe à Zikhron Yaakov, une colonie soutenue par le baron Edmond de Rothschild. À l’école les cours sont dispensés en français.

Après son brevet, Benjamin Schatzman part étudier l’agriculture à l’école de Grignon en région parisienne pendant trois ans.

Il travaille ensuite comme colon en Algérie puis décide d’émigrer en Nouvelle-Zélande où reste de 1902 à 1905.

Installation en France[modifier | modifier le code]

En 1905, il s’installe en France. Il passe son diplôme de chirurgien-dentiste (trois ans d’étude à l’époque). Il obtient la nationalité française en 1907 et se marie l’année suivante avec Cécile Kahn, fille du secrétaire du consistoire israélite de Paris. Il a alors 31 ans.

En 1914, alors que son premier enfant, Danny, vient de naitre, il est mobilisé. Il passe la guerre dans les services de santé de l’armée à s’occuper des blessés de la face.

Après la guerre (1920), un second enfant Evry nait. Benjamin Schatzman travaille dans une clinique tout en enseignant dans l’école odontotechnique de la rue Garancière, dans le 6e arrondissement de Paris. Il publie de nombreux articles professionnels. Il est même nommé officier d’Académie en 1936.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 12 décembre 1941, il est arrêté, comme Jean-Jacques Bernard et Georges Kohn, au cours de la rafle des notables juifs[2].

Il est transféré au camp de Royallieu près de Compiègne le lendemain. À ce moment, le camp est le seul en France tenu par des militaires allemands. Ils imposent des conditions de détentions inhumaines aux Juifs contrairement aux internés politiques ou russes.

Benjamin Schatzman a 65 ans mais malgré sa santé fragile ne peut être libéré.

Le 31 janvier 1942, il commence à rédiger son journal sur les bouts de papier qu’il peut trouver. Les premiers mots de son journal sont : « Je suis dans un état de déficience physique et mentale d’autant plus surprenant que je me croyais plus riche en potentiel. » Il souffre terriblement de la faim et est obsédé par l’idée de manger. De longues entrées du journal sont d’ailleurs consacrées à l’alimentation. Le froid accroit son désarroi. La neige s’est installée durablement. Il n’a ni les chaussures, ni les chaussettes qui permettent de s’en protéger convenablement.

Les internés attendent sans bien savoir ce que sera leur sort. Ils attendent « l’événement», c’est-à-dire leur départ synonyme pour eux de libération. Diverses rumeurs qualifiées de « bobards » par Schatzman circulent.

Le 21 février il note : « Il faut se résigner à vivre dans l’attente de l’inconnu et ne rien préparer pendant cette attente[3]. » En effet, « l’événement» est sans cesse retardé. Mais l’attente accroit son pessimisme et son désespoir.

À l’hôpital de Compiègne[modifier | modifier le code]

Il est hospitalisé à Compiègne à partir 11 mars 1942[4]. Le voici « d’une façon inattendue et inespérée […] dans des conditions humaines et normales. » Il peut de nouveau manger à sa faim et même savourer des fruits. Il dort dans un vrai lit avec de vrais draps. Sa femme peut lui rendre visite à l’hôpital. Il est probable que Schatzman lui ait remis à ce moment-là les pages de son journal. Il écrit le 15 mars : « Je me sens maintenant un autre homme[5]. »

Il échappe donc au premier convoi en partance pour l’Est du 27 mars 1942. Mais le 27 avril un détenu communiste s’évade de l’Hôpital. Tous les autres malades sont renvoyés au camp le lendemain. Le 5 juin un nouveau convoi de Juifs part pour l’Est. Ce jour là Benjamin Schatzman a l’autorisation de s’installer à l’infirmerie du camp presque vide.

La déportation[modifier | modifier le code]

Le 23 juin Benjamin Schatzman est transféré à Drancy avec 160 autres détenus juifs[4]. Il y arrive au moment où le camp devient un camp de transit en vue de la déportation vers l’Est. Le 2 septembre 1942, il envoie un colis où se trouvent d’autres pages de son journal et une dernière lettre à sa femme. Il est ensuite conduit à Pithiviers comme les 2000 juifs de nationalité française internés à Drancy qui ne sont théoriquement pas déportables. Mais très vite, les Allemands demandent leur déportation, à l’exception des conjoints d’aryen afin de remplir les quotas imposés. Benjamin Schatzman est transféré pour une journée à Beaune-la-Rolande avant de revenir à Drancy le 22 septembre[4]. Il est déporté le lendemain à Auschwitz par le convoi no 36 dont il ne restera que 26 survivants en 1945 sur les 1000 juifs déportés. Il peut jeter une dernière lettre sur la voie. Il meurt dans des conditions qui n’ont jamais été éclaircies (est-il mort dans le train ou à son arrivée ?). L’acte officiel date son décès au 28 septembre 1942.

Le journal de Benjamin Schatzman[modifier | modifier le code]

Après-guerre, Cécile Schatzman qui a conservé tous les écrits de son mari les tape à la machine. Mais son témoignage n’est pas publié.

En 1998, le cinéaste Marcel Rodriguez consacre un film à Evry Schatzman devenu un astrophysicien reconnu. Le film se termine sur la lecture de la dernière lettre de Benjamin Schatzman.

Evry et sa femme Ruth récupèrent les écrits de Benjamin Schatzman qu’ils s’acharnent à reconstituer (le papier est très usé), les souvenirs laissés par Cécile Schatzman. Le texte est publié une première fois par les éditions du manuscrit en 2005 avec le concours du mémorial de la Shoah. Il est ensuite publié aux éditions Fayard en 2006.

Le journal de Benjamin Schatzman est un texte de grande valeur. Il s’agit de notes personnelles sans soucis immédiat de transmissions. L’auteur y décrit minutieusement l’évolution de sa condition physique et morale et celle de ses compagnons. Il constate que pour faire face aux épreuves, les internés se regroupent par unité de deux ou trois personnes au sein de laquelle s’organise l’entraide. Les plus riches qui peuvent acheter au marché noir du camp s’en sortent évidemment mieux. Les prix des denrées atteignent des sommes exorbitantes aux yeux de Schatzman qui se croyait pourtant dans l’aisance financière. Les différents aspects de la vie matérielle prennent une place démesurée dans la vie quotidienne et la pensée de Schatzman comme le nombre de gâteaux secs ou de morceaux de sucre distribués. Il s’interroge aussi sur ce qui l’a amené au camp de Royallieu et à Drancy. Il pointe l’antisémitisme et la désorganisation de l’Europe.

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Journal d'un interné - Compiègne, Drancy, Pithiviers, 12 décembre 1941-23 septembre 1942, Fayard, 2006 extraits en ligne ici et

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent », , 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 479
  2. Dictionnaire de la Shoah, p. 479
  3. Journal d'un interné - Compiègne, Drancy, Pithiviers, 12 décembre 1941-23 septembre 1942, Fayard, 2006, p. 78
  4. a, b et c Dictionnaire de la Shoah, p. 480
  5. Journal d'un interné, p. 158