Empire colonial français

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Empire colonial français (fr)

XVIe siècleXXe siècle

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après

Espaces colonisés par la France et autres territoires occupés par la France à diverses époques

Informations générales
Capitale Paris
Langue Français
Démographie
Population 110 631 000 habitants (en 1936, Métropole incluse)
Superficie
Superficie 12 898 000 km2 (en 1936, Métropole incluse) 21 500 000 (dans son ensemble entre 1534 et 1962)
Histoire et événements
24 juillet 1534 Grand Royal Coat of Arms of France.svg
Prise de possession et colonisation du Canada (début du premier espace colonial)
4 février 1794 Abolition de l'esclavage des noirs dans les colonies françaises
30 avril 1803 Vente de la Louisiane française (fin du premier espace colonial)
18 mai 1804 Grandes Armes Impériales (1804-1815)2.svg
L'Empire français est proclamé (début de l'époque napoléonienne)
5 juillet 1830 Prise d'Alger et colonisation de l'Algérie (début du second espace colonial)
27 avril 1848 Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises
6 mai - 15 novembre 1931 Exposition coloniale internationale de Paris
27 octobre 1946 Remplacement de l'Empire colonial français par l'Union française et les DOM-TOM, abolition de l'indigénat
4 octobre 1958 Armoiries république française.svg
Remplacement de l'Union française par la Communauté française (début des indépendances)
30 juillet 1980 Indépendance du Vanuatu

L’Empire colonial français était l'ensemble des colonies, protectorats, territoires sous mandat et territoires sous tutelle gouvernés ou administrés par la France. Commencé au XVIe siècle, il a connu une évolution très contrastée selon les époques, aussi bien par son étendue que par sa population ou sa richesse. Les possessions coloniales ont connu différents statuts et modes d'exploitation, des colonies antillaises esclavagistes du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle à l'Algérie française, partie intégrante de la France à certaines périodes, en passant par les protectorats de Tunisie et du Maroc et les territoires sous mandat de Syrie et du Liban.

On distingue généralement deux périodes concernant les empires coloniaux français, le pivot étant la période couvrant la Révolution et l'époque napoléonienne au cours desquelles la France perdit les derniers restes de sa première aventure coloniale. Le premier espace colonial, constitué à partir du XVIe siècle comprend des territoires nord-américains, quelques îles des Antilles, les Mascareignes et des établissements en Inde et en Afrique. Le Ier empire colonial s'étendait sur 8 013 624 km2. La Guerre de Sept Ans, qui met un frein aux ambitions coloniales de la France, se solde par la perte de la majorité des territoires nord-américains et en Inde à l'exception de quelques comptoirs. Il survit malgré tout et connaît une certaine prospérité grâce aux exportations antillaises (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe) de café et surtout de sucre entre 1763 et la fin des années 1780. Il s'effondre brutalement dans la décennie suivante avant de disparaître presque entièrement durant l'époque napoléonienne.

Le second espace colonial, constitué à partir des années 1830, se compose principalement de régions d'Afrique acquises à partir des anciens comptoirs, mais aussi d'Asie (Indochine) et d'Océanie (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides). Ce second empire colonial fut au cours de la seconde moitié du XIXe et au XXe siècle le deuxième plus vaste du monde, derrière l'Empire colonial britannique. Présent sur tous les continents, il s'étendait à son apogée, de 1919 à 1939, sur 12 347 000 km2. En incluant la France métropolitaine, les terres sous souveraineté française atteignaient ainsi la superficie de 12 898 000 km2, soit près d’1/10 de la surface de la Terre, abritant une population de 110 millions d'habitants à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit 5 % de la population mondiale à l'époque.

Aujourd'hui, les restes de ce large empire colonial constituent la France d'outre-mer (ou « DOM-TOM »), une douzaine de territoires insulaires dans l'Atlantique, les Antilles, l'océan Indien, le Pacifique Sud, au large de l'Antarctique, ainsi que la Guyane sur la côte nord de l'Amérique du Sud, pour une superficie émergée totale de 119 394 km2, soit à peine 1 % de la superficie de l'empire colonial à son apogée entre les deux guerres mondiales. D'une faible superficie émergée, ces DOM-TOM permettent toutefois à la France de revendiquer la 2e plus grande zone économique exclusive (ZEE) au monde, couvrant 11 035 000 km2 d'océans, juste derrière celle des États-Unis. Il vivait en 2013 dans ces territoires 2 691 000 personnes qui jouissent d'une représentation politique au niveau national, ainsi que de divers degrés d'autonomie.

Le premier empire colonial[modifier | modifier le code]

Évolution de l'Empire colonial français
  •      Premier espace colonial
  •      Second espace colonial

Il est composé principalement par des possessions de la Nouvelle-France, aux Antilles, aux Indes, ainsi que des comptoirs et d'îles parsemées.

Le premier espace colonial français est l'espace colonial issu des conquêtes monarchiques. Les désignations suivantes lui correspondent : « premier empire colonial », « empire royal », « empire monarchique » car il a été créé majoritairement par des régimes monarchiques Royaume de France (Premier Empire), « empire colonial français moderne » (datant de l'époque moderne).

Les justifications de la colonisation française ont évolué avec le temps. À l'origine, la rivalité de puissance avec l'empire austro-espagnol de Charles Quint (François Ier exigeait de voir la « clause du testament d'Adam » qui avait laissé le monopole de l'Amérique aux Espagnols et aux Portugais lors de la signature de traité de Tordesillas).

Deuxième justification, la propagation de la foi chrétienne (missions). Au XVIIe siècle, les établissements des Antilles françaises vivent de contrebande et de piraterie aux dépens des colonies espagnoles et hollandaises plus prospères.

Puis vient la justification physiocratique : les colonies doivent fournir les cultures exotiques que la métropole n'assure pas (sucre, café, indigo). Comme les colons français sont peu nombreux, on fait venir en masse des esclaves africains.

À la Révolution, s'opposent les partisans du réalisme économique (pas de colonies sans esclaves) et ceux des principes égalitaires (« périssent les colonies plutôt qu'un principe »).

En Inde, les Français commencèrent à vouloir s'implanter de façon significative grâce à la politique de Joseph François Dupleix entre 1719 et 1763. Les efforts de ce dernier furent néanmoins ruinés après la conclusion du traité de Paris en 1763.

Les Antilles françaises

En Amérique, la Nouvelle-France s’accroît de façon spectaculaire et comprend presque la moitié de l'Amérique du Nord. Elle forme quatre colonies dont l'Acadie, le Canada, Terre-Neuve, et la Louisiane. Après le traités d'Utrecht en 1713, elle perd l'Acadie (partie sud), la Baie-d'Hudson, et Terre-Neuve (Plaisance). Cependant, elle forme deux nouvelles colonies : l'isle Royale et isle Saint-Jean. Tout s'écroule au traité de Paris en 1763, après la Guerre de Sept Ans, où elle perd le Canada, l'Acadie, isle Royale, isle Saint-Jean, et la partie est du Mississippi, qui faisait partie de la Louisiane, et la partie ouest qui revient à l'Espagne, pour sa perte de la Floride aux dépens des Anglais. La France reprit la Louisiane occidentale à condition de ne pas la vendre ni à l'Angleterre et ni aux Américains, ce que Napoléon fit trois ans plus tard, sans l'appui ou l'approbation de l'Assemblée Nationale en 1803. L'Amérique du Nord devient alors en majorité anglophone.

En 1804, les Français perdent le dernier fleuron de leur premier empire colonial : la colonie de Saint-Domingue proclame son indépendance et devient la République d'Haïti.

Après la chute du Premier Empire, la France ne conserve que quelques possessions : les cinq comptoirs des établissements français de l'Inde, la Réunion[1], l'île de Gorée au Sénégal, quelques îles des Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin…), ainsi que la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Second empire colonial[modifier | modifier le code]

Empire colonial français en 1920
Article détaillé : Second empire colonial français.

La politique coloniale du Second Empire porte l'empreinte de Napoléon III et de son ministre de la Marine et des Colonies Chasseloup-Laubat. Ce dernier entreprend une modernisation de la marine de guerre (cuirassés à hélices) qui doit permettre d'améliorer la capacité d'intervention des troupes coloniales. La superficie du domaine colonial triple sous le Second Empire jusqu'à atteindre un million de kme pour cinq millions d'habitants.

Chronologiquement, l'annexion définitive de la Nouvelle-Calédonie en 1853 constitue la première action coloniale de l'Empereur. En Afrique, il nomme Faidherbe au poste de gouverneur du Sénégal. S'ensuivront la fondation du port de Dakar et la création du corps des tirailleurs sénégalais. L'implantation du comptoir des Rivières du Sud en 1859, puis l'acquisition de la côte du Gabon en 1862 sont les principales étapes de la pénétration française en Afrique de l'Ouest.

Colonies françaises en 1891 (Le Monde Illustré)

En Afrique de l'Est, Napoléon III signe en 1862 un traité de commerce avec Madagascar où s'installe un consulat de France. La politique impériale vise principalement de ce côté de l'Afrique à contrer l'influence britannique. La même année, la France obtient d'un chef local la cession du petit territoire d'Obock sur la côte nord du golfe de Tadjourah, mais elle n'y procède à aucune occupation effective pendant vingt ans, se contentant de réaffirmer sa souveraineté de loin en loin en faisant hisser les couleurs nationales par l'équipage d'un bâtiment naval de passage[2]. Au Maghreb, il renforce la présence des conseillers militaires français dans l'armée du bey de Tunis.

Le Second Empire étend le domaine français en Algérie et entreprend la conquête de la Cochinchine et du Cambodge, de la Nouvelle-Calédonie, de nombreuses îles dans le Pacifique (aujourd'hui en Polynésie française) et du Sénégal. Un décret impérial du 2 juin 1848 crée les départements français d'Algérie.

En Europe, Napoléon III exerce sa politique expansionniste par l'annexion de la Savoie et du Comté de Nice en 1860 par le traité de Turin. Le Sénatus-consulte du 12 juin 1860 a enregistré les dispositions de ces annexions.

Plus limitée, et surveillée en Europe après la défaite napoléonienne, la France se lance dans la conquête de l'Afrique avec la campagne d'Algérie (1830-1847). Puis elle colonise la majeure partie de l’Afrique occidentale et équatoriale, l'Indochine, ainsi que de nombreuses îles d'Océanie. Ce second espace atteint son apogée après la Première Guerre mondiale, lorsque la France reçoit de la Société des Nations un mandat sur la Syrie et le Liban.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les territoires français d'Outre-mer sont un enjeu central : entre l'été 1940 et la mi-1943, la quasi-totalité bascule dans le camp des forces de résistance.

L'Empire triomphant

Malgré des tentatives d'intégration plus grande des colonies dans la République (Union française en 1946), celles-ci restent dans un état de sujétion, et leurs élites et populations ne se satisfont plus de cet état de fait. La décolonisation de l'Afrique occidentale et de l'Asie diminue drastiquement l'étendue de l'outre-mer français entre 1954 (accords de Genève) et 1962 (accords d'Évian). Celui-ci se limite alors aux départements d'outre-mer, déjà intégrés à la République, aux colonies du Pacifique, et à quelques possessions résiduelles. Entre 1975 et 1980, trois colonies obtiennent l'indépendance, achevant la décolonisation de l'Afrique : les Comores sauf Mayotte, les Afars et Issas et les Nouvelles-Hébrides.

Après cette date, la France oscille entre intégration croissante des territoires à la République (les DOM deviennent des régions d'outre-mer, Mayotte accède à ce statut en 2011), et reconnaissance de leurs spécificités, avec le statut de collectivité d'outre-mer. La seule ancienne colonie dont le statut pose problème depuis le milieu des années 1980 est la Nouvelle-Calédonie, dont l'indépendance sera soumise à référendum entre 2014 et 2020.

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution de la population entre les deux guerres mondiales[modifier | modifier le code]

Empire français 1919-1939.png
Population de l'Empire colonial français entre 1919 et 1939
 1921   1926   1931   1936 
France métropolitaine 39 140 000 40 710 000 41 550 000 41 500 000
Colonies, protectorats et mandats 55 556 000 59 474 000 64 293 000 69 131 000
Total 94 696 000 100 184 000 105 843 000 110 631 000
Pourcentage de la population mondiale 5,02 % 5,01 % 5,11 % 5,15 %
Source Insee[3], SGF[4]

L'esclavage dans l'Empire colonial français[modifier | modifier le code]

Entre les premières installations de colons au XVIe siècle et le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, soit deux siècles, environ quatre millions d’esclaves (2 millions nés en Afrique et 2 millions nés dans les colonies) ont vécu dans les territoires sous domination française[5].

Pendant cette période, le développement des plantations entraîne l'essor de ports négriers tels que Nantes et Bordeaux. Les échanges s'effectuent majoritairement avec les Antilles françaises et reposent sur le commerce triangulaire.

Contexte[modifier | modifier le code]

La traite atlantique, faite par les Européens et les Américains, a déporté 12 à 13 millions de Noirs, dont l'essentiel à partir de la fin du XVIIe siècle. En 1997, l'historien Hugh Thomas donnait un total de 13 000 000 d'esclaves « ayant quitté l'Afrique » lors de la traite atlantique, dont 11 328 000 arrivés à destination au moyen de 54 200 traversées[6]. Tous les grands ports européens ont pratiqué la traite négrière mais avec une importance différente. Les ports anglais sont en première ligne ; ainsi Liverpool organise 4 894 expéditions et Londres 2 704.

Population des colonies françaises esclavagistes[modifier | modifier le code]

En 1788-1790, le nombre d’esclaves, plus de 780 000, représentent près de 90% de la population des colonies françaises esclavagistes [7] :

Colonie Année Blancs Libres de couleurs Esclaves Total
Saint-Domingue 1790 27 717 21 800 495 528 546 835
Guadeloupe 1788 13 969 3 125 89 823 108 705
Martinique 1789 10 635 5 235 81 130 98 789
Réunion 1788 8 182 1 029 37 984 48 983
Maurice 1788 4 457 2 456 37 915 46 616
Sainte-Lucie 1788 2 159 1 588 17 221 22 756
Tobago 1788 425 231 12 639 15 083
Guyane 1789 1 307 494 10 748 14 338
Ensemble 54 069 35 958 782 988 873 015
Proportion 6% 4% 90% 100%

Origines géographique des esclaves[modifier | modifier le code]

Les esclaves africains importés dans les colonies françaises venaient essentiellement d'une région comprise entre le Sénégal et l'Angola.

Destination des esclaves dans les différente colonies[modifier | modifier le code]

Les destinations des esclaves importés dans les colonies étaient les suivantes:[8] :

Territoire Esclaves importés
Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti) 864 000
Martinique 366 000
Guadeloupe 291 000
Ile Bourbon (Réunion) 130 000
Ile de France (Ile Maurice) 80 000
Guyanne 51 000
Louisianne 10 000
Saint-Vincent, Sainte-Lucie, Tobago, Dominique, Grenade 137 000
Total 1 929 000

Les ports négriers français[modifier | modifier le code]

La France métropolitaine arma environ 4 220 navires négriers et se classe au troisième rang des nations négrières après la Grande-Bretagne et le Portugal[9]. La ville de Nantes organisa à elle seule 1 744 expéditions soit 41,3 % du total français. Suivent trois villes avec par ordre d'importance : Bordeaux, La Rochelle et Le Havre qui totalisent à elles trois 33,5 % des expéditions négrières[10].

La hiérarchie de la société coloniale[modifier | modifier le code]

Les colonies pratiquant l'esclavage, ont en en commun mise en place progressive d’une société tripartite composée de blancs, de « libres de couleur » (descendant d’Africain, métis ou non) et d’esclaves. Les Blancs se trouvent au sommet de cette hiérarchie et se divisent essentiellement en deux catégories : les négociants et les grands propriétaires fonciers dans le domaine du sucre. Viennent ensuite, les « libres de couleur » qui forment la seconde catégorie dans la hiérarchie coloniale. L'expression « libres de couleur » désigne une des classes juridiques instituées dans les colonies françaises avant l'abolition de l'esclavage. Elle apparaît dans les ordonnances locales et royales promulguées dans les années 1720 à Saint-Domingue pour marquer la distinction avec les « nègres affranchis ». Cet usage se démarque alors des articles du Code noir de 1685 qui ne faisait pas de différence entre l’ensemble des gens libres. Par la suite, l'expression « libre de couleur » désigne aussi bien les métis que les Noirs libres[11]. Les libres de couleurs restent malgré tout victime de ségrégation et ne bénéficie pas des mêmes droits que les blancs. Ainsi, par exemple, les affranchis, les Noirs et câpres libres sont écartés de la citoyenneté active. Les libres de naissance légitimes ou illégitimes, mulâtres et ceux plus clairs peuvent être électeurs mais seuls les mamelouks (1/16 de « sang noir ») légitimes sont éligibles. S’agissant de la hiérarchie entre les esclaves, la principale distinction est effectuée en fonction de la couleur. A Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Martinique, les union légitimes ou non entre Blancs et non-blancs sont fréquentes donnant lieu à un nombre significatifs de métis (12 à 14% des esclaves en Guadeloupe en 1770-1794 sont des métis). La systématisation et la radicalisation de l’emploi des nuances de métissage dans les registres paroissiaux arrivent après la guerre de Sept Ans (1756-1763). Les termes suivants étaient utilisés dans les registres paroissiaux puis dans les actes d'état-civil en fonction des différents degrés de métissage [12],[13],[14]:

Proportion d'ancêtres noirs Saint-Domingue Guadeloupe/Martinique
7/8 Sacatra -
3/4 Griffe Capre
5/8 Marabou -
1/2 Mulâtre Mulâtre
1/4 Quarteron Métis
1/8 Métis Quarteron
1/16 Mamelouk Mamelouk
1/32 Quarteronné -
1/64 Sang-mêlé -

Abolition de l'esclavage dans les colonies[modifier | modifier le code]

L'esclavage est aboli une première foi en 1794 (plus de 700 000 personnes sont alors esclaves), mais cela fut sans effet réel dans les colonies, sauf à la Guadeloupe, où la décision de 1794 commença à être appliquée.

En mai 1802 (27 Floréal an X), Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage selon les dispositions antérieures à 1789. Par ailleurs, en métropole, des mesures discriminatoires sont prises à l'encontre des Noirs et « gens de couleur  ». Le 29 mai 1802, les officiers de couleur sont excluts de l'armée ; le 2 juillet, le territoire métropolitain est interdit aux Noirs et « gens de couleur  » puis le 8 janvier 1803, les mariages mixtes « entre des blancs et des négresses  » et « entre des nègres et des blanches » sont interdits[15],[16].

Ce n'est qu'en 1848 que la France abolit définitivement l’esclavage dans ses colonies. Près de 248 500 esclaves sont alors libérés (plus de 87 000 en Guadeloupe, près de 74 450 en Martinique, plus de 62 000 à La Réunion, 12 500 en Guyane, plus de 10 000 au Sénégal).

Bilan de la colonisation française en Afrique[modifier | modifier le code]

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Politique[modifier | modifier le code]

Commandant Léon de Beylié en 1889

Les historiens, après les militants anticolonialistes en leur temps, soulignent classiquement l'incohérence existant entre l'affirmation des principes républicains par la France (« Liberté, Égalité, Fraternité ») et la pratique autoritaire de la colonisation, notamment par l'intermédiaire du Code de l'Indigénat et du travail forcé qui, malgré son interdiction par une Convention de 1930 de la Société des Nations – ratifiée par la France en 1937 – subsista dans les colonies françaises d'Afrique et en Nouvelle-Calédonie jusqu'en 1946[17].

L'idée que la colonisation en Afrique a bâti des États dont les frontières ne correspondent pas au découpage ethnique, séparant certaines ethnies entre plusieurs États, ou en rassemblant plusieurs dans le même, est un argument souvent utilisé. Néanmoins, de nombreux chercheurs la remettent en question : en premier lieu parce que le concept d'ethnie lui-même est contesté ; d'autre part parce que l'entreprise coloniale n'est pas un phénomène homogène : dans certains cas, les frontières ont en effet été tracées « à la règle », état de fait consultable sur n'importe quelle carte de l'Afrique, mais dans d'autres cas, le tracement fut effectué après expertise de missions dépêchées sur le terrain, qui recueillaient un certain nombre d'informations sur les régions concernées. Ainsi, la frontière entre le Niger et le Nigeria fut tracée suite à une expédition mené par le commandant Moll entre 1903 et 1904[18].

Le bilan politique général de la présence française en Afrique reste toutefois l'anéantissement ou la désorganisation des structures de pouvoir pré-existantes à l'entreprise coloniale (par exemple, l'empire toucouleur, installé sur une grande partie de la vallée du fleuve Niger) et leur remplacement par des États calqués sur le modèle français. Par ailleurs, l'action de l'administration coloniale a installé les conditions de la corruption politique dans les pays africains. En effet, l'éducation en langue française n'ayant été dispensée, durant la colonisation, qu'à une minorité d'africains, ceux à qui furent donnés les rênes de la plupart des pays lors des décolonisations, pour la plupart pacifiques, furent les membres de cette classe privilégiée récemment créée. Ainsi, dans un ouvrage sur la corruption en Afrique, les anthropologues Giorgio Blundo et Olivier de Sardan écrivent : « La situation coloniale engendre [...] une relation particulière à la gestion de la chose publique et cristallise une série de comportements et de rapports de pouvoir qui créent un terreau favorable à la corruption, entendue au sens moderne du terme[19] ». Cet état de fait pose aussi la question de l'inadéquation d'un modèle étatique construit selon les réalités du colon (le modèle français) et appliqués à la réalité des pays concernés : la plupart des États indépendants furent contrôlés, à la décolonisation, par des politiciens indigènes de langue française alors même que la majorité du peuple des pays concernés ne reconnaissait pas forcément l'usage de cette langue. Ces élites nouvelles eurent par ailleurs tendance, du fait de leur « avantage » linguistique, à développer des réseaux diplomatiques privilégiés avec la France : cela pose aujourd'hui la question du néocolonialisme.

Éducation[modifier | modifier le code]

La scolarisation de l'Indochine au sein de l'empire français atteint 25 %. En Algérie, elle passe dans les centres urbains, au cours de la guerre de libération nationale, de 15 % à un tiers[20].

En 1960, on compte deux millions d'enfants scolarisés en Afrique noire et à Madagascar. Dans la seule Afrique noire, 16 000 écoles primaires et 350 établissements secondaires, collèges et lycées, fonctionnaient.

La France a porté également ses efforts vers la formation puisque 96 % des instituteurs étaient africains au moment de l'indépendance. Les 4 % restant sont représentés par 28 000 enseignants français exerçant dans la seule Afrique (Afrique du Nord comprise), soit un huitième du corps professoral national.

Santé[modifier | modifier le code]

En matière de santé, de nombreuses maladies ont été éradiquées par la présence française. Adrien Loir, Albert Calmette, Alexandre Yersin, Émile Marchoux, Maurice et Charles Nicolle sont des microbiologistes et bactériologistes ayant fait leurs débuts dans la médecine militaire, navale, et dans les colonies qui deviennent terres d'élection de la bactériologie[21]. Alphonse Laveran est un pionnier de la médecine tropicale qui découvre en 1880 le parasite protozoaire responsable du paludisme. Le docteur Jean Robic, pour lutter contre la peste à Madagascar à la fin du XIXe siècle, et faute de temps, s'est lui-même transformé en cobaye afin de tester le vaccin pour gagner la course contre la mort. Leurs travaux sanitaire ainsi que la mise en place d'hôpitaux et d'une police sanitaire (cordons sanitaires, services de quarantaine dans les ports, lazarets) ont permis notamment de fortement diminuer la mortalité infantile dans l'Afrique noire colonisée[22].

À la date de 1960, la France avait fait bâtir en Afrique 2 000 dispensaires en état de fonctionnement, 600 maternités, 40 hôpitaux en Afrique noire et à Madagascar.

Infrastructures[modifier | modifier le code]

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À la décolonisation, les territoires colonisés par la France en Afrique comptaient un certain nombre d'infrastructures (maternités, hôpitaux, voies ferrées, routes, ports, aérodromes, écoles) construites sous l'administration coloniale. Certaines personnalités notent en conséquence le caractère « positif » de la colonisation, ce que d'autres contestent, en témoigne la polémique qui concerna, en 2005, le contenu de l'article 4 de la loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Cette question est traitée dans l'article suivant : Bilan économique de la colonisation en Afrique#D.C3.A9bats.

Bilan économique global[modifier | modifier le code]

Les colonies africaines n'ont pas, en première approximation, rapporté d'argent à la Métropole. Les investissements dans les infrastructures en Afrique et les subventions aux productions agricoles des colonies ont coûté plus cher que ce que les colonies ont rapporté à la métropole d'un point de vue strictement comptable. L'historien économique Jacques Marseille chiffre à 70 milliards de francs-or (courant 1913) le déficit global de la colonisation en Afrique, soit l'équivalent de trois fois le montant de l'aide Marshall pour la France[23]. Par contre, la colonisation a apporté les ressources (en personnel, minerais, hydrocarbures) nécessaires au développement de l'économie française[réf. nécessaire], ainsi qu'une influence politique qui aujourd'hui encore favorise l'exploitation de ressources par les entreprises françaises : exploitation de l'uranium au Niger par Areva, du pétrole et du gaz algérien par Total.

Héritage de la colonisation française en Afrique[modifier | modifier le code]

Apport à la présence de la langue française dans le monde[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Francisation Article détaillé : Organisation internationale de la francophonie

Anciennes colonies françaises d'Afrique subsaharienne[modifier | modifier le code]

Les Africains participent à la vie politique française, surtout à partir de 1946, date de l'adoption de la loi Lamine Guèye et de la naissance de l'Union française.

On trouve à l'assemblée nationale les Sénégalais Lamine Gueye et Léopold Sédar Senghor, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, le Dahoméen Sourou Migan Apithy, le Congolais Jean-Félix Tchicaya ; Léopold Sédar Senghor entre au gouvernement comme secrétaire d'État à la présidence du Conseil en 1955, et Félix Houphouët-Boigny en 1956 et « participera à la loi cadre qui prépare l'indépendance (...) de l'Afrique noire sous domination française[24]. »

Africains subsahariens en France métropolitaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Noirs en France.

« On peut s'appuyer sur les recensements qui font passer la population d'Afrique subsaharienne résidant en métropole de 13 517 personnes en 1946 à 17 797 personnes en 1962. »[25]

Anciennes colonies françaises d'Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Pour ce qui concerne les anciennes colonies maghrébines musulmanes d'Afrique française du Nord, les choses se sont passées différemment et pour plusieurs raisons. De 1940 à 1945, 500 000 Maghrébins prirent part au conflit dans les forces françaises. De 1947 à 1954, le nombre d'immigrés en provenance du Maghreb dépassera le million[26]. Pascal Blanchard, Eric Deroo, Driss El Yazami, Pierre Fournié, Gilles Manceron disent à ce sujet : « Dans son étude sur les flux migratoires venus d'Algérie, Jacques Simon rappelle[27] que, pour ces « travailleurs », la venue en France apparaît comme « le seul moyen d'échapper à la misère et à l'oppression coloniale ». Ils dressent la description suivante des conditions d'hébergement : « des lieux parfaitement impropres à l'habitation humaine ont été découverts à Paris, notent les services sociaux de la préfecture de la Seine, des caves, des greniers, d'anciens abris bétonnés, des tours d'usine servant de refuge à une population misérable. » Apparaissent les bidonvilles comme à Nanterre où vivent près de huit mille Maghrébins[28] »[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encore appelée île Bourbon à l'époque.
  2. Henri Brunschwig, Une colonie inutile: Obock, 1862-1888, Cahiers d'études africaines, 1968, vol. 8, no 29, p. 34.
  3. (en) Insee, « TABLEAU 1 – ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE » (consulté le 3 novembre 2010)
  4. (en) Statistique générale de la France, « Code Officiel Géographique – La IIIe République (1919–1940) » (consulté le 3 novembre 2010)
  5. Frédéric Regent, La France et ses esclaves, Pluriel, 2012, p.9
  6. Cf. Hugh Thomas, "La traite des Noirs, 1440-1870", éd. R. Laffont pour la traduction française, Paris 2006, pp.870-871 : "Statistiques approximatives". Voir aussi la note consacrée à ces statistiques, pp. 933-935, où l'auteur retrace la succession d'estimations depuis les années 1950.
  7. Frédéric Régent, « Blancs, demi-Blancs, libres de couleur et esclaves dans les colonies françaises avant 1848 », Séminaire « La traite négrière, l'esclavage et leurs abolitions : mémoire et histoire », 10 mai 2006 au Carré des Sciences à Paris
  8. Frédéric Regent, La France et ses esclaves, Pluriel, 2012, p.51
  9. Jean Mettas et Serge Daget, Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle, L'Harmattan, , 972 p.
  10. http://hgc.ac-creteil.fr/spip/La-traite-des-Noirs-en-30 Académie de Créteil : La traite des Noirs en 30 questions par Éric Saugera
  11. Florence Gauthier, De la Révolution de Saint-Domingue à l’Indépendance d’Haïti. Comment sortir de l’esclavage ? 1789-1804, (version en ligne)
  12. Frédéric Regent, Esclavage, métissage et liberté, Grasset, 2004, p.14
  13. Gérard Etienne, François Soeler, La femme noire dans le discours littéraire haïtien: éléments d'anthroposémiologie, Balzac-Le Griot, 1998, p.27
  14. Regent Frédéric, « Structures familiales et stratégies matrimoniales des libres de couleur en Guadeloupe au XVIIIe siècle », Annales de démographie historique 2/2011 (n° 122) , p. 69-98
  15. Alain-Jacques Tornare, La Révolution française, EDI8, 2012, p.247
  16. Jean-Simon Loiseau, Dictionnaire des arrêts modernes, Clament, 1809, volume 2, p.449
  17. Selon les gouverneurs assistant à la Conférence de Brazzaville (janvier-février 1944), 45 000 travailleurs au Sénégal, 55 000 en Côte d'Ivoire, 80 000 en Guinée, 70 000 au Cameroun, 24 400 à Madagascar étaient "réquisitionnés" durant la guerre pour les besoins de l'État et des planteurs. Aucun chiffre ne fut donné pour l'Afrique équatoriale française. Les gouverneurs, sauf un, demandèrent le maintien du travail forcé des Africains et Malgaches pendant encore au moins cinq ans, et c'est avec une certaine difficulté qu'il fut finalement aboli le 11 avril 1946. Ch.-R. Ageron, "La conférence de Brazzaville", in Présences françaises outre-mer (XVIe- XXIe siècles), sous la direction de P. Bonnichon, P. Gény et J. Nemo, ASOM - Karthala, Paris, 2012, Tome I, p. 840.
  18. Philippe Bonnichon & Pierre Gény, Présences françaises outre-mer XVIe - XXIe siècles, Karthala, , 1188 p., p. 616
  19. Giorgio Blundo & Olivier de Sardan, Etat et corruption en Afrique, Karthala, , 376 p., p. 49
  20. Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Francis Delabarre, Images d'empire: 1930-1960, trente ans de photographies officielles sur l'Afrique française, Editions de la Martinière, , p. 164
  21. Jacques Léonard, La médecine entre les savoirs et les pouvoirs: histoire intellectuelle et politique de la médecine française au XIXe siècle, Aubier-Montaigne, , p. 326
  22. Michel Devèze, La France d'outre-mer de l'empire colonial à l'Union française, 1938-1947, Hachette, , p. 64
  23. thèse de doctorat du professeur Jacques Marseille, directeur de l'Institut d'histoire économique à la Sorbonne, Empire colonial et capitalisme français, histoire d'un divorce, 1984
  24. Philippe Dewitte, « L'Immigration : l'émergence en métropole d'une élite africaine », Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Paris, Éditions Autrement, 2004, p. 202-203.
  25. Philippe Dewitte, « L'Immigration : l'émergence en métropole d'une élite africaine », Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Paris, Éditions Autrement, 2004, p. 202
  26. Pascal Blanchard, Éric Deroo, Driss El Yazami, Pierre, Gilles Manceron, L'immigration : l'installation en métropole des populations du Maghreb, in Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Éditions Autrement 2004, p. 213.
  27. Jacque Simon, L'Immigration algérienne en France des origines à l'indépendance, Paris-Méditerranée, 2000, et Neil Mac Master, Colonial Migrants and Racism: Algerians in France, 1900-1962, St-Martin's, 1997.
  28. Abdelmalek Sayad, Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles, Autrement, 1995.[réf. incomplète]
  29. Pascal Blanchard, Éric Deroo, Driss El Yazami, Pierre, Gilles Manceron, L'Immigration : l'installation en métropole des populations du Maghreb, in Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Éditions Autrement 2004, p. 216.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mickaël Augeron et Robert DuPlessis, dir., Fleuves, rivières et colonies. La France et ses empires, XVIIe-XXe siècle, Paris, Les Indes savantes, 2010.
  • Dimitri Casali, L'Empire colonial français. Quand la France rayonnait dans le monde 1608-1931, Grund, 2015
  • Jules Duval, Les Colonies et la Politique coloniale de la France, Arthus Bertrand, 1864. Consultable en ligne : http://www.manioc.org/patrimon/FRA11039 (consulté le 25 février 2012)
  • Gabriel Hanotaux, Alfred Martineau, Histoire des colonies françaises et de l’expansion française dans le monde, Paris, Plon, 6 vol., 1930-1934
  • Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, histoire d'un divorce, Albin Michel, 1984.
  • Jean Meyer, Jean Tarrade, Annie Rey-Goldzeiguer, Jacques Thobie, Gilbert Meynier, Catherine Coquery-Vidrovitch, Charles-Robert Ageron, Histoire de la France coloniale, Paris, Armand Colin, 2 vol., 1991 (vol. 1, «Des origines à 1914») et 1990 (vol. 2, «1914-1990»)
  • Olivier Le Cour Grandmaison Coloniser, exterminer : sur la guerre et l’État colonial, Paris, Fayard, 2005
  • Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron, Les harkis dans la colonisation et ses suites, Paris, Atelier, 2008
  • Sébastien Jahan, Alain Ruscio, Histoire de la colonisation. Réhabilitations falsifications et instrumentalisations, Les Indes savantes, 2008
  • Dimitri Casali et Nicolas Cadet, L'Empire colonial français, Gründ, 2015, 208 pages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Au sens du colonialisme français 
Au sens de l'Empire français