Indochine française

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Union indochinoise[note 1]
Liên bang Đông Dương

18871954

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de l'Indochine française

Informations générales
Statut Fédération française de quatre protectorats et d'une colonie; à partir de 1946 : fédération d'États associés de l'Union française
Capitale Hanoi (1902-1953)
Saigon (1887-1901)
Langue français, vietnamien, khmer, laotien
Monnaie piastre indochinoise
Superficie
Superficie 1945 ~ 737 000 km²
Histoire et événements
17 Octobre 1887 Création
1899 Ajout du Protectorat du Laos
Coup de force des Japonais
Début de la Conférence de Fontainebleau
Novembre-décembre 1946 Début de la Guerre d'Indochine
Indépendance du Cambodge
Accords de Genève, fin de la fédération, division du Viêt Nam

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'Indochine française (Đông Dương thuộc Pháp en vietnamien) est une partie de l'ancien empire colonial français, création de l'administration coloniale, regroupant plusieurs territoires aux statuts officiels différents :

On l'appelle souvent « Indochine », ce qui crée une confusion avec la notion géographique d'Indochine – ou péninsule indochinoise – qui désigne les pays situés entre l'Inde et la Chine, soit les pays sus-cités ainsi que la Birmanie, la Thaïlande et la partie continentale de la Malaisie.

L'Union indochinoise est créée par l'union de différents territoires d'Asie du Sud-Est colonisés ou passés sous protectorat français au cours du XIXe siècle. Au XXe siècle, les différents mouvements indépendantistes vietnamiens gagnent en puissance : au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'affaiblissement de la métropole et l'occupation de l'Indochine par l'Empire du Japon, met fin à l'administration coloniale française le 9 mars 1945 (en juillet 1945 en Cochinchine). Le vide du pouvoir à la fin de la guerre permet au Việt Minh, mouvement indépendantiste vietnamien animé par le Parti communiste indochinois, de s'emparer du nord du pays. Les tentatives de conciliation et de réforme du statut de l'Indochine échouent et aboutissent en 1946 à la guerre d'Indochine. Devant l'impasse politique et militaire, la France doit se résoudre à abandonner l'Indochine, dont les composantes vietnamienne, laotienne et cambodgienne voient leurs indépendances reconnues par les accords de Genève de 1954, qui officialisent également la partition du Viêt Nam, comme le souhaitaient les Américains et les Chinois.

Sommaire

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin par le P. de Rhodes

Les premiers missionnaires catholiques de nationalités portugaise, espagnole, italienne et française mirent le pied en Indochine au XVIIe siècle. Le missionnaire François Pallu partit pour le Tonkin en 1661. L'évangélisation du Tonkin, de la Cochinchine et du Cambodge se fit entre 1658 et 1700. Mgr Pigneau de Béhaine marque l'histoire de la Cochinchine dans la seconde partie du XVIIIe siècle. Ce sont d'abord en grande partie des jésuites, comme Alexandre de Rhodes qui érigea la base des transcriptions en alphabet latin de l'écriture vietnamienne (voir Quốc ngữ), puis ils sont relayés par les prêtres des Missions étrangères de Paris (comme Théophane Vénard ou Paul-François Puginier), au XIXe siècle.

C'est donc un missionnaire, le père Alexandre de Rhodes, qui met au point une écriture vietnamienne fondée sur l'alphabet latin dans les années 1620. Toutefois, l'enseignement du Hán tự, le système d'idéogrammes chinois, continue dans les écoles. Le lettré vietnamien est profondément imprégné de la culture confucéenne, du taoïsme, etc. Témoins ces bannières rouges portant des maximes en caractères chinois en jaune fleurissant partout, sur tous les frontons des pagodes, sur l'autel des ancêtres, dans toutes les cérémonies officielles ou non. Le père de Rhodes avait fait la même tentative de transcription du chinois, mais peu de Chinois l'ont adoptée.

Au début du XXe siècle, le Quốc ngữ, le vietnamien alphabétisé, s'impose graduellement, malgré la résistance des lettrés : l'admiration de l'administration française pour l'alphabet, qui facilite l'apprentissage de la langue française (le Quốc ngữ est imposé dans les écoles au détriment du sino-vietnamien, jugé comme un patois déchu), n'y est pas étrangère[1].

Au XIXe siècle, à la veille de la conquête française, le Viêt Nam est un empire (empire d'Annam), dirigé par la dynastie des Nguyễn, qui s'étend du nord au sud de la péninsule indochinoise, sur sa côte orientale, du delta du Fleuve Rouge à celui du Mékong. Il est bordé à l'ouest par l'actuel Laos, morcelé en principautés, et au sud-ouest par le royaume khmer, entré dans une longue période de décadence.

Conquête[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]
Régions indochinoises sous domination française ou britannique, avec dates. Pour la partie française : Cochinchine (1864) ; Cambodge (1867, 1907) ; Annam (1874) ; Tonkin (1884) ; Laos (1893).
Expansion territoriale française et britannique en Indochine

Interventions militaires françaises[modifier | modifier le code]

Des expéditions du Second Empire à l'Union indochinoise[modifier | modifier le code]

Commission d'exploration du Mékong à Angkor Wat (1866): Garnier, Delaporte, Joubert, Thorel, Carné, Doudart de Lagrée

Les premières interventions militaires françaises remontent à 1858, à l'époque du Second Empire (1852-1871) avec comme prétexte la protection des missionnaires pendant la répression sanglante de l'empereur d'Annam Tự Đức (des communautés chrétiennes y avaient été fondées dès le XVIIe siècle), mais dans la troupe d'invasion se trouvait un très grand nombre de soldats espagnols. Les premières interventions furent la prise de Tourane (Danang aujourd'hui) et la campagne de Cochinchine. Des expéditions d'explorations géographiques ont lieu également, dont la plus connue est celle du Mékong en remontant vers la Chine d'Ernest Doudart de Lagrée et de Francis Garnier en 1866-1868.

À l'époque de la IIIe République, les intérêts économiques français (thé, café, charbon, caoutchouc) se trouvent au centre de la conquête de l'Indochine. Par exemple les membres de la Chambre de commerce de Marseille avaient affirmé leur intention de « faire de Saïgon un Singapour », qui était une colonie britannique à cette époque. Dans les milieux d'affaires liés aux républicains opportunistes, de Léon Gambetta à Jules Ferry, pour qui la colonisation devait permettre de résoudre la crise des débouchés industriels, le Tonkin semblait être un tremplin vers l'immense marché chinois. En effet, des négociants comme le trafiquant d'armes Jean Dupuis, les soyeux de Lyon (dont le marchand de soie Ulysse Pila (1843-1909) fut l'une des principales figures de l'Annam-Tonkin entre 1884 et 1906), de grands groupes industriels et financiers (Fives-Lille, Société de construction des Batignolles, Comptoir national d'escompte, Société générale, Crédit lyonnais, Banque de Paris et des Pays-Bas) souhaitaient se tailler une sphère d'influence en Chine. L'armée française prit progressivement possession des pays de la péninsule indochinoise qu'ils baptisèrent en 1887 « Union indochinoise ». Cette union comprenait cinq pays, en partie des créations coloniales : le Cambodge, le Laos (à partir de 1893), la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin. Alors qu'elle était une colonie de peuplement dès le début, la colonisation de l'Indochine par la France devint très rapidement une colonie d'exploitation de nature économique. De septembre 1881 à juin 1885 eut lieu la guerre franco-chinoise.

L'expédition du Tonkin de Jules Ferry[modifier | modifier le code]
L'amiral Courbet à la cour de Hué

En raison de certaines difficultés, les troupes françaises procédèrent à une évacuation en mars 1885 à Lang Son. Dans un article du périodique L'Histoire paru en , Jean-Michel Gaillard écrit que, pendant ce temps à Paris, en pleine nuit, le , Jules Ferry, président du Conseil depuis le et ministre des Affaires étrangères depuis le , eut un entretien avec Gabriel Hanotaux, homme de confiance de Ferry et membre de son cabinet chargé des dossiers extérieurs qui lui donnait la teneur d'une dépêche venant de Hanoï. Gaillard ajoute aussi dans sa chronique qu'il était possible de lire dans cette dépêche, qui fut signée par le général commandant les forces françaises en Indochine Brière de l'Isle, ce message : « Je vous annonce avec douleur que le général de Négrier, grièvement blessé, a été contraint d'évacuer Lang Son. Les Chinois, débouchant par grandes masses sur trois colonnes, ont attaqué avec impétuosité nos positions en avant de Ki Lua. Le colonel Herbinger, devant cette grande supériorité numérique et ayant épuisé ses munitions, m'informe qu'il est obligé de rétrograder sur Dong Song et Than Moï. […] L'ennemi grossit toujours sur le Song Koï [fleuve Rouge]. Quoi qu'il arrive, j'espère pouvoir défendre tout le delta. Je demande au gouvernement de m'envoyer le plus tôt possible de nouveaux renforts »[2].

En se rendant sur-le-champ au Quai d'Orsay, le lieu de résidence de Jules Ferry, il pénétra dans les appartements de celui-ci et lui délivra le contenu de la dépêche. Pour Jules Ferry, cet événement annonçait la chute du cabinet, car il indiqua à Gabriel Hanotaux qu'ils n'avaient plus qu'à porter la démission au président de la République française. Le 29 mars au matin, tout Paris bruissait du « désastre de Lang Son ». On parla de 1 800 soldats français tués, blessés ou prisonniers. On dit l'armée française en déroute. On évoqua des hordes chinoises déferlant sur le Tonkin. Pour beaucoup, c'était Sedan outre-mer. L'humiliation qu'aurait constituée une telle défaite était à la mesure de l'enjeu que représentait le Tonkin et de la façon dont le cabinet Ferry en avait géré la conquête. Depuis une décennie, forte de ses positions en Cochinchine et au Cambodge, la France tenait à mettre la main sur le Tonkin, car cette zone du delta du fleuve Rouge commandait l'accès au Yunnan et à la Chine du Sud. De plus, les richesses agricoles et minières du Tonkin tentaient les milieux d'affaires. L'accès au marché chinois, que les Britanniques voulaient atteindre en reliant la Birmanie au Yunnan, devint une priorité. Évidemment, pour les missionnaires catholiques, la conquête du Tonkin représentait pour eux un moyen de protéger les minorités chrétiennes du Viêt Nam qui étaient persécutées. Tout poussa donc à envahir le Tonkin, comme Gambetta (1838-1882) y invitait déjà en 1880 dans son journal, La République française: « Il faudra […] que la France s'établisse au Tonkin afin de mettre la main sur l'Annam, sur le royaume de Siam et sur la Birmanie, et d'avoir ainsi barre sur les Indes et d'aider la civilisation européenne contre la race jaune. »

Dès lors, les crédits de la Chambre ne manquèrent pas pour mener à bien l'opération. La France, sortie du recueillement qui avait suivi la défaite de 1870, était déjà lancée, comme les autres nations européennes, dans une grande aventure outre-mer, en Afrique et en Asie. Lorsque Jules Ferry revint au pouvoir en février 1883, la décision d'asseoir l'autorité de la France sur le Tonkin fut prise, au risque d'un affrontement avec la Chine. De fait, de novembre 1883 à mai 1884, Français et Chinois se battirent. Le , le traité de Tien-Tsin entérina la victoire française : la Chine retira ses troupes, reconnut le protectorat français et ouvrit ses frontières au commerce. Ferry avait fait du Tonkin son affaire. Il avait mené la conquête à coups de diplomatie secrète, de raids militaires, de débats parlementaires pour arracher les crédits nécessaires. Pour lui, c'était un triomphe qui serait de courte durée. La Chine rechigna à suivre le traité de Tien-Tsin et à retirer ses troupes. Par conséquent, cela obligea Jules Ferry à poursuivre la guerre, la négociation secrète, envoyant toujours plus de soldats, consommant toujours plus d'argent. Au début de l'année 1885, la presse s'inquiéta et la majorité s'interrogea, l'une et l'autre ne sachant pas ce qui se passait vraiment sur le terrain.

Campagne du Tonkin: marche des troupes vers Lang-Son avec artillerie

Ferry décida de conduire sa politique en solitaire. Il choisit de conquérir Lang Son (poste-clé situé près de la frontière chinoise, qui commandait l'accès au delta du fleuve Rouge et donc la sécurité du Tonkin contre les incursions chinoises qui étaient toujours venues de là), et de s'approcher des frontières chinoises pour forcer la Chine à céder enfin. Ce fut chose faite fin février 1885. Fort de ses succès militaires, Ferry négocia en secret avec les Chinois, à Berlin, puis à Londres et à Paris. Les concessions de la Chine allaient au-delà du traité de Tien-Tsin. La France mit la main sur l'Annam ; routes, canaux, voies ferrés du Tonkin furent prolongés en Chine : le rêve du Tonkinois fut réalisé. L'accord secret d'armistice fut conclu le 25 mars. Le gouvernement chinois signa officiellement le 30 suivant. Tout ceci fut ignoré par la Chambre, la presse et l'opinion publique qui n'avaient pas idée de ce qui s'était passé en coulisses[3].

Quand la nouvelle du « désastre de Lang Son » fit le tour de Paris, Ferry joua sa survie politique. Hanotaux le pressa de dire la vérité. Mais le président du Conseil craignait, s'il annonçait la signature du traité avant sa ratification prévue le 30 mars, de voir « la Chine reprendre ses manœuvres dilatoires ». Le 29 mars au soir, le cabinet tint conseil : on allait demander de nouveaux crédits militaires à la Chambre. La journée du 30 mars serait donc décisive. Jules Ferry dut intervenir devant les députés à 15 heures. Il savait déjà que la dépêche du 28 mars était exagérée. Des nouvelles rassurantes arrivèrent de Hanoï : la situation militaire au Tonkin était loin d'être aussi mauvaise qu'on l'avait cru. Toutefois, la ville de Paris fut très agitée. Les gens s'arrachaient les journaux, la foule grondait, des tramways furent arrêtés, des affiches placardées sur les murs : « Mort à Ferry ! À bas Ferry, le lâche ! » Trois mille personnes se rassemblèrent en début d'après-midi aux abords du Palais Bourbon et au Quai d'Orsay. À la Bourse, les valeurs chutèrent. À 15 heures, Jules Ferry gravit les marches qui le menaient à la tribune de l'hémicycle. Dès qu'il se mit à parler, les clameurs cessèrent. Il rassura sur la situation militaire, demanda un nouveau crédit de deux cents millions pour « la guerre de Chine » et annonça : « Pour ne mêler à un débat, qui doit demeurer exclusivement patriotique et national […] aucune considération d'ordre secondaire pour réunir dans un effort commun tous ceux qui, sur quelque banc qu'ils siègent et à quelque opinion qu'ils appartiennent, font passer avant toute chose la grandeur du pays et l'honneur du drapeau, nous vous déclarons que nous considérons nullement le vote des crédits comme un vote de confiance […] et que, si la politique énergique à laquelle nous vous convions est agréée par vous, en principe, vous pourrez déterminer librement par un vote ultérieur à quelles mains vous entendez en confier l'exécution. »

Lorsque le discours de Jules Ferry toucha à sa fin, les huées redoublèrent. Georges Clemenceau (1841-1929), irréductible ennemi politique de Ferry, bondit de son banc de député et commença un réquisitoire contre Ferry : « Je ne viens pas répondre à M. le président du Conseil. J'estime qu'à l'heure présente aucun débat ne peut s'engager entre le ministère à la tête duquel il est placé et un membre républicain de cette Chambre. Oui, tout débat est fini entre nous. Nous ne pouvons plus discuter avec vous des grands intérêts de la patrie. Nous ne vous connaissons plus. Nous ne voulons plus vous connaître. […] Ce n'est pas un ministre que j'ai devant moi, ce sont des accusés. Ce sont des accusés de haute trahison sur lesquels, s'il subsiste en France un principe de responsabilité et de justice, la main de la loi ne tardera pas à s'abattre. »

La Chambre n'accorda donc les crédits militaires qu'après le départ du ministère Ferry. Par 306 voix contre 149, il fut mis en minorité. La majorité qui avait soutenu Jules Ferry depuis plus de deux ans l'avait abandonné. Ferry prit brièvement la parole, annonça qu'il allait remettre sa démission. Pris à partie par les députés, tandis qu'au-dehors la foule grondait, il traversa le jardin du Palais Bourbon pour échapper à la vindicte, pénétra dans la cour du Quai d'Orsay, monta dans sa voiture et gagna l'Élysée par le pont Alexandre-III. Le président de la République française, Jules Grévy (1807-1891), accepta la démission de Jules Ferry.

À la nouvelle de la démission de Jules Ferry, les Parisiens s'enflammèrent de joie. Par exemple, la foule hurla : « À bas Ferry! Vive la France! À mort Ferry! » Lorsque Georges Clemenceau sortit du Palais Bourbon, il fut longuement acclamé.[réf. nécessaire] Au lendemain de cette journée, le quotidien Le Figaro écrivit: « C'est sous les huées, à coups de pied au derrière, avec le mépris de sa propre majorité que M. Jules Ferry s'est effondré piteusement, misérablement, sans lutte, sans débat, comme une vessie qui se dégonfle. » Pourtant, au moment où paraissaient ces lignes, la vérité éclata : un télégramme diplomatique venu de Pékin confirmait l'accord de la Chine sur le traité d'armistice conclu le  ; un autre de Hanoï réduisait la « défaite de Lang Son » à de plus justes proportions: « Évacuation Lang Son et surtout précipitation retraite dues à faiblesse de commandement, tout cela après réussite contre-attaque sans pertes sensibles ; en somme situation non compromise ». Curieuse ironie de l'histoire, Ferry avait été victime de sa diplomatie secrète (réussie, mais un jour trop tard), et de l'incurie des chefs militaires qui avaient mal manœuvré sur le terrain, et gonflé le récit de l'attaque chinoise pour expliquer leur retrait.

Instauration de l'administration française en Indochine[modifier | modifier le code]

Localisation de l'Indochine française.
Scène au quai d'Hanoï, Le Monde illustré, 1891
Paysans de Cochinchine vers 1910

Le , un nouveau ministère républicain s'installe, dirigé par Henri Brisson (avril-décembre 1885), député radical depuis 1876. En peu de jours, le calme est revenu à Paris. Le protectorat français sur toute l'Indochine est acquis, les préliminaires de la paix avec l'Empire chinois des Qing ayant été conclus le 4 avril de cette année. Le 9 juin, le nouveau traité de Tientsin est signé, la France finit par mettre la main sur le Tonkin. Malgré le mauvais souvenir de ces ides de mars qui ont causé sa mort politique, Jules Ferry, qui a voulu cette conquête, en a toujours revendiqué la paternité. Cinq ans plus tard, les passions apaisées, il est redevenu « le Tonkinois », mais dans un tout autre sens que celui qui prévalait en 1885. Il vient d'être choisi par les Français du Tonkin comme leur délégué au Conseil supérieur des colonies (Assemblée consultative des intérêts coloniaux qui groupe des représentants désignés par les Français d'outre-mer). Au même moment, il préface le livre de Léon Sentupery, Le Tonkin et la mère patrie, et termine son texte en affirmant porter « fièrement le titre de Tonkinois dont les méchants et les sots croient faire outrage ».

Deux ans plus tard, l'Indochine est devenue un sujet de consensus. Le 20 janvier 1892, il écrit aux colons dont il est le représentant, après le vote des crédits par la Chambre : « Il n'est pas besoin d'insister, j'imagine, sur la portée politique et financière de ces fermes résolutions. Mais il faut noter, comme la révélation d'un état d'esprit assurément nouveau, la facilité inattendue avec laquelle ces mesures nécessaires se sont réalisées. […] Il s'est formé dans la Chambre des députés une majorité de « coloniaux » incontestable et incontestée ; les nouveaux venus, les jeunes députés, lui sont presque tous acquis. C'est un des nouveaux élus, un jeune, M. Delcassé - gardez ce nom - qui a défendu votre cause devant la Chambre. Il l'a fait sans faiblesse et sans réticence, non seulement avec talent, mais avec autorité: l'autorité d'un homme nouveau, qui juge avec franchise, courage et bon sens, les querelles et les erreurs de ses aînés. Il n'y a pas de risque, je vous l'atteste que ces nouvelles générations républicaines méconnaissent, comme l'ont fait trop souvent leurs devancières, les grandeurs et les espérances de la politique coloniale. » L'Indochine finira par devenir un des fleurons de l'Empire français et une large et constante majorité politique soutiendra les ambitions coloniales de la République française. Sur le plan militaire, la conquête de l'Indochine, qui progressa du Sud vers l'ouest et le nord de la péninsule, fut officiellement achevée en 1896, mais la pacification de la région ne fut réelle qu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Pour autant, les acteurs de la conquête, tels que les généraux Gallieni (en Indochine de 1893 à 1895) et Pennequin (en Indochine de 1888 à 1898 puis de 1904 à 1913[4]), ne se faisaient aucune illusion sur l'avenir des possessions coloniales qui, pour eux, étaient appelées à reprendre leur indépendance un jour. Le 15 juillet 1910, le naufrage de la chaloupe-canonnière La Grandière sur les rapides du Mékong provoque la mort du gouverneur militaire de Saïgon, le général Léon de Beylié, du médecin-major Vincent Rouffiandis et de deux matelots.

Paul Doumer, gouverneur-général de 1896 à 1902: il se fit construire la Villa Blanche au cap Saint-Jacques

Après des années d'hésitation entre l'administration directe (le statut de colonie) ou indirecte (le régime du protectorat), les Français choisirent le « protectorat » pour le Cambodge et l'Annam. Ce mode d'administration indirecte d'une société colonisée reconnaissait la validité des institutions existantes et la nécessité de les utiliser. En même temps, il permettait d'alléger les dépenses de la France, mais le protectorat se mua rapidement en administration directe. Seule la Cochinchine fut à proprement à parler une colonie. Le Tonkin et le Laos eurent un régime mixte. Mais, les monarchies indochinoises furent réduites à des formes vidées de leur substance: une administration coloniale dirigeait en fait le pays, sous la responsabilité du gouverneur général et du ministère des Colonies. Dans leurs Mémoires, l'empereur d'Annam, Bao Daï (intronisé par les Français en 1932) et le roi du Cambodge Norodom Sihanouk (intronisé en 1941) ont évoqué avec humour leur rôle purement symbolique, qui leur permit à tous deux de mener des « vies de play-boy » pendant quelques années.

Illustration en couleur de l'occupation de Trat en 1904, montrant au premier plan des soldats français hissant leur drapeau, au second plan des soldats siamois et leur drapeau en train d'être baissé. L'image est titrée « La France au Siam ».
L'occupation de Trat par les troupes françaises en 1904.

Partages entre la France et l'Angleterre[modifier | modifier le code]

Les dernières conquêtes territoriales pacifiques de la France en Indochine furent les provinces de Mélou Prei et Tonlé Repou en 1904, de Battambang et Siem Reap en 1907, toutes rattachées au Cambodge.

Un traité conclu en 1896 par la France et le Royaume-Uni, prévoyait l'extension territoriale de leurs colonies et protectorats respectifs. Ce traité prévoyait la réunion au profit de la Birmanie du nord-ouest du Siam, et au profit de la Malaisie britannique, des provinces du sud récemment annexées par le Siam. La France de son côté, devait étendre son influence à tout le nord-est du Siam (Isaan). Le Siam aurait donc constitué selon les modalités de ce traité, un état-tampon entre les possession britanniques et française en Indochine. Finalement, seuls quelques territoires furent rattachés à la Birmanie, et les provinces de Mélou Prei et Tonlé Repou furent rattachées au Cambodge en 1904, et les provinces de Battambang et Siem Reap en 1907.

Administration économique[modifier | modifier le code]

En 1897, le gouverneur général Paul Doumer créa les structures administratives de l'Indochine, véritable État colonial, avec des services généraux et leurs annexes dans les cinq « pays », doté d'un budget général afin que la colonie ne pèse plus sur les finances de la France. À cette fin, Doumer organisa un système de prélèvement fiscal lourd et impopulaire. Devant l'insuffisance des rentrées de l'impôt foncier et de la capitation, et malgré une foule de taxes locales, l'administration s'arrogea le monopole du commerce de l'opium, du sel et de l'alcool de riz - les deux derniers étant essentiels pour la population indigène. Celui-ci fournit 20 % des rentrées du budget jusqu'en 1930, avec des sommets de 36,5 % en 1913 et 44 % en 1920.

Le gouverneur général Merlin et sa femme en chaises à porteurs à Yunnanfou en 1924.

L'Indochine était une colonie d'exploitation et non de peuplement : la mise en valeur des ressources du pays débuta dès la fin de la conquête. Des négociants comme Jean Dupuis, de grands groupes industriels et financiers (Fives-Lille, société des Batignolles, Comptoir national d'escompte, Société générale, Crédit lyonnais) s'implantèrent en Indochine pour avoir un accès au marché interne de la Chine et l'achèvement du chemin de fer du Yunnan reliant Haïphong à Yunnanfou concrétisa leur stratégie. Albert Sarraut, gouverneur-général radical-socialiste de 1911 à 1914, puis de 1916 à 1919, ministre des Colonies à partir de 1919, s'en fit le héraut. Il fonda l'Agence économique de l'Indochine pour la propagande en direction des milieux d'affaires. Il élabora le plan d'équipement de la péninsule, dit « plan Sarraut », en 1921. La Première Guerre mondiale, par l'importance de la contribution de l'Empire colonial à l'effort de guerre de la métropole française, confirma son intérêt économique.

Économie et développement des infrastructures[modifier | modifier le code]

Les Halles de Hanoï vers 1910
Billet de banquet (une piastre) de la Banque de l'Indochine

L'État français et les sociétés capitalistes jouèrent des rôles complémentaires dans cette œuvre de colonisation qui avait pour but de mettre en marche une exploitation économique. La Banque de l'Indochine (BIC) fondée en 1875 devint l'interlocutrice obligée du gouvernement général; elle contrôlait de fait l'économie indochinoise. Bénéficiant d'un statut unique parmi les banques privées françaises, car dotée du privilège d'émission de la piastre indochinoise, la Banque de l'Indochine était à la fois une banque d'affaires et une société financière. Son domaine d'action s'étendait à l'Asie entière et au-delà. En 1937, elle était partie prenante dans presque toutes les entreprises économiques. De grandes firmes financières et industrielles métropolitaines, du groupe Rivaud, spécialisé dans les affaires de caoutchouc, à la société Michelin, investirent aussi en Indochine. De toutes les colonies, mise à part l'Algérie, ce fut elle qui reçut le plus d'investissements, évalués à 6,7 milliards de francs-or en 1940.

Le flux des investissements métropolitains convergeait principalement vers les mines, les plantations d'hévéas, de thé et de café, ainsi que vers certaines industries de transformation: les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries et le ciment. Les transports et les voies de communication, essentiels à l'expansion de l'économie coloniale, bénéficiaient d'une attention particulière de la part de la France. Saïgon devint bientôt un grand port d'Extrême-Orient qui prit place au sixième rang des ports français en 1937 ; le chemin de fer relia Hanoï à Saïgon à partir de 1936 (Trans-Indochinois). En 1939, Saïgon n'était plus qu'à trente jours de bateau de Marseille, et à cinq jours d'avion de Paris. Le télégraphe sans fil, plus rapide que la télécommunication par câbles sous-marins, fonctionna à partir de 1921. Un effort fut également porté sur l'infrastructure routière et les réseaux de canaux.

Œuvre éducative et sociale[modifier | modifier le code]

La rue Paul-Bert à Hanoï avec le théâtre municipal, vers 1905

L'enseignement et la culture[modifier | modifier le code]

L'enseignement était l'autre instrument essentiel de la « conquête des cœurs et des esprits ». Dans ce domaine, les premières années furent dominées par la tentation de l'assimilation (faire des enfants d'Indochine de petits Français). Toutefois, dans les années 1920 et surtout 1930, du fait de la résistance rencontrée auprès de peuples de cultures anciennes, et aussi de la poussée en Europe de certaines idées subversives, des modifications furent apportées aux programmes d'enseignement. En 1930, le gouverneur général Pasquier exprimait ses doutes: « Depuis des milliers d'années, l'Asie possède son éthique personnelle, son art, sa métaphysique, ses rêves. Assimilera-t-elle jamais notre pensée grecque et romaine ? Est-ce possible ? Est-ce désirable ? […] Nous, Gaulois, nous étions des barbares. Et, à défaut de lumières propres, nous nous sommes éclairés, après quelques résistances, à celles qui venaient de Rome. Le liant du christianisme acheva la fusion. Mais en Asie, sans parler des éloignements de race, nous trouvons des âmes et des esprits pétris par la plus vieille civilisation du globe. »

Collège catholique de jeunes filles (1937) à Hanoï, aujourd'hui musée des beaux-arts du Viêt Nam

Le prédécesseur de Pasquier, Alexandre Varenne, faisait même ces recommandations aux enseignants : « Ne leur enseignez pas que la France est leur patrie. […] Veillez qu'ils aient un enseignement asiatique qui leur soit utile dans leur pays. » Il en résulta un compromis : l'« enseignement franco-indigène », doté de trois degrés, primaire, secondaire et supérieur dont les effectifs ne cessèrent de progresser, sans compter que les écoles publiques étaient doublées d'établissements privés catholiques ou laïques dont l'existence était antérieure et le nombre plus important. Le nombre d'élèves de l'enseignement public au Viêt Nam dans le primaire s'éleva de 126 000 en 1920 à plus de 700 000 en 1943-1944. Dans le secondaire, de 121 en 1919, leur nombre atteignit 6 550 en 1943-1944. Au Cambodge, 15 700 enfants étaient scolarisés dans le primaire public en 1930 ; ils étaient 32 000en 1945. En outre, c'est également au Cambodge que l'instituteur français Louis Manipoud réforma avec succès les écoles de pagodes (bouddhiques) en introduisant des matières dans le cursus traditionnel. Ces écoles rénovées accueillaient 38 000 élèves en 1939 et cinquante-trois mille en 1945. Toutefois, sauf en Cochinchine, les campagnes ne furent pas dotées d'un réseau scolaire serré et, en 1942, 731 000 enfants étaient scolarisés sur une population totale de 24,6 millions.

Lycée Marie-Curie de Saïgon (1918)

Au Viêt Nam, l'enseignement du Quốc ngữ[note 2], la langue vietnamienne transcrite en caractères latins, et du français fut généralisé. La suppression en 1919 des concours traditionnels de recrutement des mandarins contribua de façon déterminante à séparer les nouveaux lettrés de l'univers intellectuel et moral sino-vietnamien empreint de valeurs confucéennes[note 3]. Les Vietnamiens surent intégrer dans leur pensée les apports de la France - une pluralité de références intellectuelles et politiques -, et contrairement à ce que nous pouvons penser, ils furent les propres créateurs de leur culture moderne.

Le musée Louis Finot (aujourd'hui musée d'histoire du Viêt Nam) construit par Ernest Hébrard en 1932 à Hanoï

Ainsi, une élite locale, en majorité des Vietnamiens et des citadins, émergea souvent issue de la classe des mandarins. En 1940, le groupe des diplômés de l'enseignement supérieur ou spécialisé était évalué à 5 000 personnes. L'université indochinoise connut elle aussi un accroissement d'effectifs (de 457 en 1938-1939, le nombre d'étudiants atteignit 1 575 en 1943-1944). On peut y ajouter les fonctionnaires (16 941 en 1941-1942), les enseignants (16 000 en 1941-1942), tous issus de l'enseignement primaire supérieur ou secondaire, ou de l'université indochinoise. Bien que minoritaires, ils formaient ce « tiers-état » auquel le gouverneur général Alexandre Varenne recommandait que l'on fît une place, considérant que, si des droits ne leur étaient pas octroyés, ils les réclameraient eux-mêmes.

Œuvre sanitaire[modifier | modifier le code]

Le statut des Indochinois et des Français[modifier | modifier le code]

Un pousse-pousse à Hanoï à la fin du XIXe siècle
Maison d'une famille française de l'époque coloniale à Hanoï
Photographie (1940) d'une réunion chez un administrateur colonial (René Schneyder)

Les enfants de l'œuvre civilisatrice française, de formation équivalente ou à diplômes identiques, se voyaient souvent refuser l'égalité de statut et de traitement avec les Français, car dans cette société coloniale, la minorité européenne occupait le sommet de la hiérarchie. Plus que la fortune, l'appartenance raciale était un indicateur du statut social d'une personne vivant en Indochine. Bien qu'un régime de séparation ethnique n'existât pas sous une perspective politique et juridique, une frontière invisible séparait les gens et les mettait à leur place dans la hiérarchie sociale, malgré une certaine diffusion des mariages mixtes. Par exemple, la liaison amoureuse que Marguerite Duras met en scène dans le roman L'Amant est une transgression du code de la société coloniale. En effet, cela paraissait plutôt normal qu'un Français prît une femme indochinoise pour concubine, souvent d'une manière temporaire, mais en revanche, une alliance même légitime entre une Française et un Indochinois était très mal perçue. Un Français se trouvant en Indochine vivait le plus souvent en célibataire. Dans ces conditions, il était inévitable que des couples se forment. Plus que les sentiments, ce furent les circonstances qui présidèrent à leur naissance.

À l'époque de la colonisation de l'Indochine, les Français, qui prenaient la décision de s'établir dans cette région asiatique, formaient une minorité : leur nombre ne dépassa jamais le seuil de 40 000 personnes (en 1940) sur une population totale de 22 655 000 habitants[5]. De toute évidence, ces Français furent en majorité des cadres de la fonction publique ou du secteur privé, ainsi que des ecclésiastiques, religieux et religieuses, et des commerçants, plus rarement des colons. En effet, en 1929, 6 000 fonctionnaires étaient présents en Indochine et leur principal privilège était le supplément colonial qui doublait la solde métropolitaine. Si le despotisme n'était pas pratiqué journellement par les Français et si un certain nombre d'entre eux avaient l'estime et l'affection des habitants indochinois de descendance ancestrale (Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens), il n'en demeurait pas moins qu'un Français coupable d'un meurtre sur la personne d'un Indochinois était frappé d'une peine relativement légère en vertu d'un « verdict de race » contre lequel le gouverneur général Albert Sarraut avait d'ailleurs mis en garde les juges. Si nous laissons de côté les facteurs conjoncturels, la politique coloniale française porte une lourde responsabilité dans la mesure où elle opposa une fin de non-recevoir aux Indochinois modérés comme aux radicaux. Faute de voir aboutir les revendications d'égalité et de liberté, exprimées dès 1906-1908 par un naturalisé français du nom de Gilbert Chieu, publiciste et entrepreneur, le mouvement s'amplifia dans les années 1920 où une grande partie de l'intelligentsia fut séduite par le marxisme-léninisme. Dans l'éventail des doctrines occidentales, ce dernier avait l'avantage d'offrir les réponses aux problèmes posés par la dépendance coloniale ; il trouvait un écho au sein de la paysannerie et du monde ouvrier, mais aussi un appui dans la métropole elle-même.

Conditions de vie des paysans et situation économique dans les années 1930[modifier | modifier le code]

Pendant la période où les Français administraient l'Indochine, la situation des paysans si elle s'améliora, ne parvint pas à combler son retard. Les surplus exportables étaient en effet soumis aux fluctuations des prix sur les marchés régionaux et mondiaux. L'endettement et l'absence de titres de propriété favorisaient l'accaparement des terres par les propriétaires les plus riches et les marchands, et le nombre des paysans sans terre allait en croissant, ce qui augmentait le nombre du petit peuple des villes. Parallèlement, l'économie coloniale ruinait les structures traditionnelles d'organisation et d'entraide de la communauté paysanne: l'institution multiséculaire des rizières communales connut une forte érosion au point d'avoir pratiquement disparu en Cochinchine à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La paysannerie manifesta son mécontentement de façon bruyante, voire violente, à plusieurs reprises, ainsi en 1930-1931 en Cochinchine et dans le nord de l'Annam, puis à nouveau entre 1936 et 1938. Le mécontentement paysan était instrumentalisé par des intellectuels marxistes et trouvait un écho chez les ouvriers. Faute de s'attaquer à la racine des maux dont souffraient les ruraux, l'administration coloniale était prisonnière de contradictions apparemment insolubles, qu'exprima le gouverneur général Jules Brévié à propos de l'occupation de concessions par des paysans sans terre en 1938 : « Lorsque nous protégeons les droits des uns, nous commettons une injustice et portons atteinte à l'équité à l'égard des autres. Lorsque nous négligeons ces droits, nous violons la loi et condamnons nos méthodes. »

La main-d’œuvre des plantations, des usines et des mines formait un prolétariat composite avec, souvent, un pied dans la rizière et l’autre dans l’entreprise coloniale. Il était soumis à un régime de travail sévère : retenues sur salaire et châtiments corporels étaient assez fréquents. Si l’oppression patronale ne différait pas de celle d’autres pays, en Indochine, elle fut identifiée à la présence étrangère et alimenta le mouvement nationaliste et communiste. Dans les années 1930, celui-ci connut deux grandes poussées sous l’effet de la crise économique mondiale du début des années 1930 causée par le krach boursier consécutif à la crise de 1929, et de l’extension des activités de la IIIe Internationale et de la stratégie « classe contre classe » du parti communiste français (PCF)[note 4]. Dans le même temps, une aile radicale de l’intelligentsia qui organisa les groupuscules communistes émergeait. Elle était souvent formée dans les écoles publiques françaises d'Indochine qui avaient semé l'idée de la Révolution française dans les esprits. Ainsi le lycée Albert Sarraut de Hanoï fut un vivier de futurs communistes indépendantistes, ou futurs nationalistes. En 1930, Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, unifia ces groupuscules sous le nom de parti communiste indochinois (PCI), d’abord section du PCF puis, à partir de mai 1931, reconnu comme section de l’Internationale. À partir de 1936, le triomphe du Front populaire en France et l’orientation du front antifasciste, alors que la menace d’une invasion japonaise se dessinait en Extrême-Orient, redonnèrent vigueur à l’opposition. En outre, la grande dépression économique qui toucha l’Indochine entre 1930 et 1934, et illustra la crise du régime capitaliste aboutit à accroître la puissance de la Banque d’Indochine à laquelle le gouvernement français confia l’assainissement de l’économie. Celle-ci fut la principale bénéficiaire des faillites, des expropriations et de la concentration des entreprises, ce qui provoqua un surcroît de mécontentement instrumentalisé par les communistes.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Entrée des troupes japonaises à Saïgon

La Seconde Guerre mondiale a été déterminante pour l'avenir de l'Indochine française. L'Empire du Japon, en guerre contre la Chine depuis 1937, profite de la défaite française en Europe (juin 1940) pour adresser un ultimatum aux Français. Il entend occuper la frontière nord de l'Indochine et couper la voie ferrée de Haïphong au Yunnan, une des voies de ravitaillement de Tchang Kaï-chek. Le gouverneur Catroux accepte, faute de moyens pour s'y opposer. Démis de ses fonctions le , il rejoint la France libre. L'amiral Decoux, qui lui succède le , est chargé d'appliquer à partir du 22 septembre l'accord passé le 30 août avec le Quartier-général impérial. Cet accord autorise la présence de 6 000 soldats japonais au Tonkin ainsi que l'utilisation d'aérodromes. En échange, le Japon reconnaît l'intégrité territoriale et la souveraineté française de principe en Indochine. Cet accord ne peut toutefois empêcher la violente occupation de Lang Son et le bombardement de Haïphong. L'Indochine reste sous l'autorité nominale de Vichy jusqu'en 1945. L'Indochine fidèle au régime de Vichy sous l'autorité de son Amiral gouverneur, applique les mesures de la métropole : lois anti-juives, anti-franc maçonne, traque des opposants (indochinois mais aussi français) et s'engage dans un modus-vivendi avec le Japon. En fait celui-ci n'intervient pas du tout dans les affaires coloniales, avant de virer totalement de cap par son coup de force du 9 mars 1945. La barque indochinoise est fort éloignée de la France de Vichy par la distance et le gouverneur Decoux est laissé presque seul. Il met en place une politique identitaire indochinoise destinée à vanter les races indochinoises face aux influences japonaises et thaïlandaises. Cette politique creuse un fossé envers le colonisateur et prépare les futures révoltes d'après 1945[6].

Hô Chi Minh, communiste indépendantiste vietnamien parfaitement francophone et adversaire implacable de la France, crée en 1941 le Viêt-Minh par la fusion du Parti communiste indochinois (fondé en 1930) et de groupes nationalistes. Il jette les bases d'une résistance d'abord antifrançaise et ensuite antijaponaise (les militaires japonais avaient une attitude conciliante à l'égard du Viêt Minh au début). Son mouvement se développe surtout à partir du début de 1945, grâce à l'aide matérielle des Américains qui dès Yalta et Potsdam avaient décidé de chasser la France d'Indochine.

Fin 1940, la guerre franco-thaïlandaise est déclenchée par la Thaïlande qui, armée par le Japon, profite de l'affaiblissement de la France depuis sa défaite face à l'Allemagne pour attaquer l'Indochine française. Le but est de récupérer les territoires situés au Laos et au Cambodge qui lui avaient ravis par la France en 1893, 1902, 1904 et 1907 et de reconstituer le royaume d'Ayutthaya. Le , à Phum Préav, se déroula une contre-offensive française lancée par le 5e régiment étranger d'infanterie qui, malgré une infériorité en hommes et en matériel du côté français fit subir de lourdes pertes aux forces thaïlandaises. Le lendemain, le , la flottille de la Marine nationale en Indochine coula la flotte thaïe lors de la Bataille de Koh Chang. Mais sous la « médiation » nipponne, le , la France est contrainte de signer un traité de paix, par lequel elle abandonne à la Thaïlande les provinces de Battambang et de Siem Reap, enlevées au Cambodge, et celles de Champasak et Sayaburi, prises au Laos. Ces provinces seront restituées à l'Union indochinoise en 1945.

Le , dans le cadre des Accords Darlan-Kato, le Quartier-général impérial impose le stationnement de 75 000 hommes dans le sud de l'Indochine, l'utilisation de plusieurs ports et aéroports, ainsi qu'une coopération économique, conditions auxquelles se plie l'amiral Jean Decoux. Ce dernier applique par ailleurs sans état d'âme à l'Indochine les principes de la Révolution Nationale du maréchal Pétain. Les lois de Vichy contre les juifs, les francs-maçons, les gaullistes sont appliquées.

Entre la fin de 1944 et le début de 1945, une terrible famine, causée par des désastres naturels et aggravée par le contexte de la guerre, se déclenche au Tonkin et se prolonge durant toute l'année 1945, faisant un nombre important de victimes, évalué au minimum à plusieurs centaines de milliers.

Le 9 mars 1945, les garnisons françaises sont attaquées par surprise par l'armée impériale japonaise. Sur les 34 000 Français métropolitains dans la région et 12 000 militaires d'origine européenne, plus de 3 000 ont été tués en moins de 48 heures, parfois exécutés par décapitation à coups de sabre. Les six mois de captivité ont coûté la vie à plus de 1 500 disparus. Cette opération détruit l'administration coloniale. Le Japon encourage la formation de régimes nominalement indépendants, dans le cadre de sa sphère de coprospérité de la grande Asie orientale, avec en particulier le soutien de l'empereur d'Annam Bao Daï[7]. À la fin de sa vie, le président américain Roosevelt ne fait pas mystère que la France ne doit pas retrouver l'Indochine à la fin de la guerre. Il propose même à Tchang Kaï-chek d'occuper entièrement l'Indochine, ce à quoi ce dernier se refuse[8].

Truman (qui succède à Roosevelt mort en avril), Staline et Churchill se réunissent à la Conférence de Potsdam en 1945. Truman et Staline, défavorables au colonialisme français, décident que le Viêt Nam serait divisé en deux parties : lors de la capitulation du Japon, les Chinois (dirigés par le généralissime Tchang Kaï-chek) s'installeraient dans le nord le (une semaine avant, le à Hanoï, le leader communiste Ho Chi Minh proclamait la République démocratique du Viêt Nam) et les Britanniques (commandés par le général Sir Douglas David Gracey (1894-1964, KCB, KCIE, CBE, MC and bar)[9]) dans le sud [10].

Un officier japonais se rend à la marine britannique à Saïgon en septembre 1945

Les Français, sous l'impulsion du général de Gaulle, décident de rétablir la souveraineté française sur l’Indochine après la Seconde Guerre mondiale, à une époque où d’autres puissances coloniales reprennent pied dans leurs colonies asiatiques (Birmanie et Malaisie pour le Royaume-Uni, Indonésie pour les Pays-Bas)[11]. En 1946, le 28 janvier, les troupes britanniques acceptent de quitter le Viêt Nam, tandis les Chinois se retirent également du nord du territoire vietnamien. En échange, les Français restituent à la République de Chine leurs droits sur les concessions françaises dans ce pays (Accord franco-chinois (1946)), elles aussi évacuées par les Japonais, le .

Guerre d'Indochine (1946-1954)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Indochine.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Au lendemain de l'évacuation japonaise, le Laos et le Cambodge parviennent à faire reconnaître leur souveraineté en douceur. Il n'en va pas de même au Viêt Nam, enjeu stratégique et économique d'une tout autre importance. Le Vietminh et d'autres groupes indépendantistes cherchent à établir leur autorité sur le pays. Le général Leclerc et la deuxième division blindée sont envoyés par le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, pour restaurer l'autorité de la France. Des négociations sont ouvertes et aboutissent aux accords du 6 mars 1946 aux termes desquels le Viêt Nam est reconnu par la France comme un « État libre » (mais pas indépendant, car il fait partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française). Ces accords, signés par Hô Chi Minh et Jean Sainteny, ne durent pas. Leclerc reconquiert la Cochinchine, mais estime qu'à terme, l'indépendance vietnamienne deviendra inévitable. Sa mort laisse le Vietminh sans interlocuteur. Celui-ci tente d'interdire aux Français le port de Haïphong, dont le bombardement par la flotte française rend le conflit inévitable. S'ensuit la Guerre d'Indochine, à l'issue de laquelle la France quitte la péninsule en 1954 après la défaite de Dien Bien-Phu. Les accords de Genève séparent le Viêt Nam temporairement en deux États, mais l'échec de la tenue des élections de réunification en 1956 conduit à la guerre du Viêt Nam en 1964.

Configuration des forces en présence[modifier | modifier le code]

La guerre oppose deux antagonistes principaux : la France, métropole lointaine, affaiblie par la Seconde Guerre mondiale et qui met longtemps à déployer ses forces ; et le Viêt-Minh, organisation politique disposant de moyens réduits à l'origine, mais qui arrivera à retourner la situation en sa faveur. Hô Chi Minh, son chef politique, et le jeune général Võ Nguyên Giáp, chef de la branche militaire, peuvent compter sur un encadrement discipliné et efficace. Leurs militants sont dans la population vietnamienne « comme le poisson dans l'eau ».

Du côté français, les chefs du gouvernement provisoire (le général de Gaulle, puis Léon Blum), puis les chefs des gouvernements successifs de la IVe République, délèguent des chefs militaires de valeur : le général Leclerc, remplacé à sa mort par l'amiral d'Argenlieu, puis les généraux de Lattre de Tassigny et Henri Navarre. Leurs forces, très hétérogènes, atteindront 350 000 hommes : Français de métropole et légionnaires, soldats de l'Union française, troupes des États associés d'Indochine (Cambodge, Laos, et forces de l'empereur Bao Daï rentré en grâce après un exil à Hong Kong), supplétifs levés dans les tribus montagnardes et financés par la culture de l'opium. D'abord réticents, les États-Unis finissent, au nom de la lutte anticommuniste, par financer en grande partie l'effort de guerre français, affecté par le scandale de l'affaire des piastres.

À partir de 1949, la victoire de Mao-Tsé-Toung en Chine permet au Viêt-Minh de recevoir un équipement important venu de Chine, de l'Union soviétique et des autres pays du bloc communiste. Il reçoit aussi un soutien moral considérable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, où le Parti communiste français (plus de 20 % de l'électorat à l'époque) fait campagne contre la « sale guerre ».

L'opinion française ne se sent pas vraiment engagée dans cette guerre, qui n'intéresse, pense-t-on, que quelques gros intérêts privés et l'armée française ne pourra jamais faire appel au contingent. Au contraire, le Viet-Minh arrive à marginaliser et éliminer les forces indépendantistes rivales et à élargir son emprise sur la population par la terreur, qu'il peut mobiliser dans le renseignement, le ravitaillement et le soutien logistique des combattants. C'est la clé de sa victoire contre les Français, et plus tard contre les Américains.

Enjeux[modifier | modifier le code]

La France, considérée par les États-Unis et l'URSS comme un pays vaincu, devait selon eux céder la place.

L'Indochine était donc devenue le terrain de jeu de ces grandes puissances, l'enjeu était principalement culturel et économique pour la France, alors que pour les États-Unis et l'URSS, il était avant tout politique. La question de rétablir la grandeur de la France - par la guerre s'il le fallait - faisait l'unanimité dans les sphères dirigeantes, de gauche (dont étaient issus la plupart des gouverneurs et des administrateurs coloniaux) comme de droite. Cette grandeur passait nécessairement par un empire colonial et un rayonnement culturel.

Cependant, les intérêts économiques, dans le cas de l'Indochine, étaient exceptionnellement importants, car il était aussi question de terres, d'industries, et de possessions de Français de métropole, influents auprès du Parlement, quand ils n'étaient pas eux-mêmes membre du Parlement.

Ainsi, comme l’écrivait Pierre Brocheux dans le dossier collectif L’Indochine au temps des Français publié dans la revue L'Histoire, « [l]’Indochine était une colonie d’exploitation et non de peuplement », ce qui veut dire que la France y voyait un potentiel économique. De plus, Brocheux ajoute qu’à l’exception de l’Algérie (qui n'était d'ailleurs pas une colonie), de toutes les colonies, l’Indochine avait reçu le plus d’investissements, évalués à 6,7 milliards de francs-or en 1940[12]

« Le flux des investissements métropolitains convergea principalement vers les mines, les plantations d’hévéas, de thé et de café, ainsi que vers certaines industries de transformation : les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries, le ciment. »

— Pierre Brocheux, « Un siècle de colonisation »,L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 28

Dans le répertoire plutôt large des histoires de la colonisation européenne du XXe siècle, l’Indochine française ne fut pas une exception, car des investissements d’envergure se sont placés en Indochine. Comme l’écrivait l’historien français Hugues Tertrais[13], 43 % des investissements industriels et miniers sont principalement situés au Tonkin, au nord du Viêt Nam actuel : charbonnages du Tonkin, qui extraient un bon anthracite en bordure de la baie d'Ha Long, cimenterie de Haïphong, qui avait participé aux travaux de fortification du Tonkin, cotonnières de Nam Dinh, exerçant plus difficilement son activité au sud de Hanoï. Les investissements en Indochine sont également importants — 34 % de l’ensemble — dans les plantations d’hévéa, qui couvrent 100 000 hectares au sud du Viêt Nam et au Cambodge.

De plus, la culture d’hévéa indochinoise a non seulement alimenté les industries françaises du caoutchouc (surtout pour la compagnie Michelin qui a commencé à investir en 1925), mais elle s’est aussi développée depuis le début du XXe siècle, quoique la Seconde Guerre mondiale ait durement frappé l’industrie de l’hévéa. Ces remarques sur la situation économique des investissements français portent à penser que la France fut très déterminée à garder ses colonies en Indochine, afin d'y exploiter ses ressources naturelles, comme par exemple le caoutchouc pour l'industrie automobile de plus en plus importante.

En parlant toujours du caoutchouc et de la culture de l’hévéa, Marianne Boucheret écrit que « le caoutchouc fait figure de symbole de la réussite coloniale », car non seulement les exportations étaient très importantes, mais la culture de l’hévéa rapportait beaucoup de dividendes qui « témoignent des succès obtenus par l’hévéaculture dans la péninsule [indochinoise] ». Mme Boucheret ajoute aussi que le succès de la culture de l’hévéa contribue à « l’arrivée massive de capitaux métropolitains en Indochine, attirés par des taux de profit élevé ». Ce qui se traduit par une croissance fulgurante. En 1939, les exportations de caoutchouc d'Indochine étaient huit fois plus élevées qu’elles ne l’étaient une quinzaine d’années auparavant. Par conséquent, ajoute-t-elle, « cela représente plus du quart de la valeur des exportations totales de la péninsule, contre moins de 5 % en 1924 ».

Selon le site Internet britannique Spartacus, l'Indochine était une colonie qui rapportait beaucoup de dividendes aux Français, car la région recelait du zinc, du charbon et aussi de l'étain, tandis que la population locale constituait un marché pour les produits manufacturiers de la métropole. En effet, à partir de 1938, au moins 57 % des exportations indochinoises étaient le fait de compagnies françaises[14].

De plus, l'Indochine, outre ses ressources internes, était une voie d'accès très prometteuse vers les marchés de la Chine du Sud, avec le chemin de fer du Yunnan, comme voie privilégiée de cette pénétration.

La guerre d'Indochine marque pour la France une double défaite, à la fois comme puissance coloniale cherchant à sauvegarder son Empire et comme membre du bloc occidental tentant d'endiguer l'expansion du communisme. Ce « goût amer d’échec », comme l’écrivit Philippe Franchini, traduit l'affaiblissement du statut international de la France dans le monde d'après 1945. Cette inquiétude face au communisme est très bien exprimée par Jean Chauvel, représentant de la France à l’ONU.

« Et on affecte alors de considérer Ho Chi Minh comme le chef d’une guérilla communiste résiduelle. En privé, le ton est plus inquiet. En témoignent les propos tenus par Jean Chauvel, représentant de la France à l’ONU, à une personnalité américaine : « Le temps devrait venir où les États-Unis et la Grande-Bretagne auraient à partager la charge de la France pour barrer la route du Sud au communisme, ou bien la France serait obligée de liquider ses engagements indochinois et d’abandonner l’Indochine à Moscou. » »

— Jacques Dalloz, « Pourquoi la France a perdu la guerre », Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41.

La lutte contre le communisme apparaissait comme un enjeu légitime pour les gouvernements de la IVe République, engagés dans le contexte de la Guerre froide. D'ailleurs, pendant la même période, des insurrections communistes sont étouffées par les Américains aux Philippines et par les Britanniques en Malaisie. Mais, dans ces deux pays, la guérilla communiste n'avait qu'une base populaire insuffisante et ne disposait pas, comme le Viet-Minh par la frontière chinoise, d'une voie de ravitaillement régulier. De plus, dans ces deux cas, les métropoles ont su se préparer à l'indépendance par une entente de longue date avec les élites locales.

Stratégies et tactiques[modifier | modifier le code]

Tout affrontement armé ressemble dramatiquement à un jeu d’échecs et seule l’intelligence, qui engendre des stratégies et des tactiques, permet au futur vainqueur de crier fièrement échec et mat en brandissant son drapeau. Ainsi conçue, la Guerre d’Indochine a donné l’occasion tant aux Français qu’au Viêt-Minh de déployer une panoplie de stratégies et de tactiques qui reflétaient leur désir de gagner.

Du côté Viêt Minh[modifier | modifier le code]

Lorsque la Guerre d’Indochine éclate en 1946, l’inégalité des forces entre le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) et le Viêt-Minh est flagrant, car le CEFEO dispose de matériel militaire moderne alors que le groupe nationaliste qu’il affronte ne bénéficie pas nécessairement de grands moyens auu début. Étant techniquement désavantagé, le Viêt-Minh ne peut s’offrir le luxe d’affronter les Français d’une manière traditionnelle en tout temps.

C’est pourquoi, il va jouer la stratégie de l’espace – en s’étendant pour disperser l’effort de l’adversaire -, mais plus encore celle du temps. En 1947, Truong Chinh, l’un des chefs du parti communiste vietnamien, conçoit la théorie de la guerre révolutionnaire qu’est la Guerre d’Indochine dans un opuscule intitulé Nous vaincrons certainement de cette manière en trois points :

  1. La lutte, essentiellement défensive, s’appuie sur la guérilla.
  2. La guerre de mouvement vient s’ajouter à la guérilla.
  3. Celle-ci se poursuit, mais le corps de bataille, qui a eu le temps de se constituer progressivement, est assez puissant pour passer à la contre-offensive générale, et remporter la victoire sur les colonialistes et leurs « fantoches ».

La guérilla signifie qu'il ne faut pas attaquer les troupes françaises de face, car, dans un affrontement à découvert contre le Corps expéditionnaire français, les membres du Viêt-Minh sont pleinement conscients qu’ils peuvent se faire écraser à plate couture. Jusqu’en 1949, le Viêt Minh mène donc des actions de guérilla, dont le général Giáp définit ainsi les principes : « Éviter l’ennemi quand il est fort, l’attaquer quand il est faible […]. Attaquer l’ennemi partout de sorte que, partout, il se trouve submergé par une mer d’hommes armés hostiles afin de miner son moral et d’user ses forces. […] Il est nécessaire de prendre l’anéantissement des forces vives de l’ennemi comme but principal du combat, et de ne jamais, pour la défense ou l’occupation d’un territoire, user les nôtres. »

Afin de bien s’organiser d’un point de vue militaire, Hô Chi Minh et Truong Chinh, s'assurent qu’une structure militaire soit rapidement mise en place. Elles reposent sur trois échelons : les milices populaires (au niveau du village) dont l’élite est versée dans les troupes régionales ; puis celles-ci, dont les meilleurs éléments passent dans les troupes régulières; vouées aux grandes opérations, ces dernières sont l’amorce de l’armée populaire vietnamienne. À tous les niveaux, un commissaire politique veille au respect de la ligne définie par le Viêt Minh, au besoin par la terreur.

Pour le Viêt-Minh, la montagne couverte de forêts tropicales offre un cadre particulièrement adapté à la guérilla, mais le pays n’est aucunement un pays homogène. En effet, des minorités ethniques montagnardes (souvent catholiques) ne soutiennent pas le combat d’indépendance du peuple vietnamien.

Pour obtenir leur collaboration, le Viêt-Minh utilise la persuasion, puis la terreur, afin d'assurer son autorité sur leurs villages. Vers la fin du conflit indochinois, le Viêt-Minh tenait dans ses mains plus de 5 000 villages sur 7 000. De plus, même dans les villes qui avaient l’air d’être bien administrées par les Français, le Viêt-Minh prélève l’impôt révolutionnaire. En bref la tactique du Viêt-Minh est d'être partout et nulle part, de se fondre dans la population, de disparaître subitement dans la nature, voire dans le sol.

Du côté français[modifier | modifier le code]

Les Français quant à eux lèvent des supplétifs, installent des postes ici ou là pour encadrer la population et l’empêcher de tomber sous l’emprise vietminh. Malgré cela, la présence française est plutôt molle et durant la nuit, les membres du Viêt-Minh font sentir leur présence.

Les membres du Viêt-Minh sont au courant des mouvements des troupes françaises même avant que celles-ci décident de passer à l’action. Ils peuvent prévoir sans aucune difficulté les mouvements du corps expéditionnaire, tributaire de sa lourde logistique, car il est espionné par toute une population. Il suffit souvent de lire les journaux pour connaître les actions. Un dirigeant du Viêt-Minh[Lequel ?] déclare même que le corps expéditionnaire français est « aveugle » (il ne voit pas l’adversaire), « sourd » (il n’est pas renseigné) et « boiteux » (ses communications sont difficiles). Dans ses Mémoires sur la Guerre d’Indochine, le général Giap décrit ce duel entre les Français et le Viêt-Minh comme étant « une guerre sans front ni objectif fixes, avec des vagues d’attaque imprévues, venant de directions jugées sans risque par l’ennemi » et il ajoute aussi que « la guérilla de mouvement dans notre résistance différait de beaucoup de la guerre de mouvement d’envergure des temps modernes. »

« […] nous avions remporté des succès éclatants […] à l’issue de combats nocturnes dans les zones montagneuses et boisées. En effet, ces dernières offraient des conditions propices à la progression de nos troupes qui cernaient l’ennemi (les troupes françaises) avant que celui-ci ne les repère et n’utilise ses armes. […] Durant plusieurs années sur les terrains découverts, nos hommes n’engageaient que de petits combats à condition de prendre l’ennemi par surprise rapidement pour aussitôt se replier. Il fallut attendre Diên Biên Phu pour assister au déploiement de grandes unités combattantes, durant des jours et des nuits, basé sur des points d’attaque et l’encerclement, un système d’abris et de boyaux[15]. »

Pendant la Guerre d’Indochine, même si la Chine communiste n’est pas sur l’échiquier du conflit, beaucoup ont été formés dans l’art de la guérilla dans le sud de la Chine[16]. Revenir au Viêt Nam n’était point difficile pour les membres du Viêt-Minh, car la défaite française à Cao Bang (près de la frontière chinoise) en a permis au Viêt-Minh de s'emparer de cette zone.

Les Français ont tenté par tous les moyens de mater le mouvement nationaliste en créant en 1949 un État du Viêt Nam dirigé par le dernier empereur de la dynastie Nguyen Bao Dai, et en exerçant un effort de contre-guérilla qui sera un échec. Dans le livre Histoire de la Guerre d’Indochine, le général Yves Gras, qui prit part au conflit, écrit que pour « pacifier » la Cochinchine, le général Valluy, commandant-en-chef, avait configuré les troupes du général Nyo à près de 40 % des forces du corps expéditionnaire : 23 de ses 69 bataillons d’infanterie, 9 groupes d’artillerie et 5 escadrons de cavalerie, soit 38 000 hommes, auxquels s’ajoutaient les 6 000 hommes de la garde cochinchinoise et la totalité des partisans soit environ 10 000[17].

« La principale faiblesse des troupes françaises venait de leur dispersion. De nombreuses missions de sécurité détournaient la plupart d’entre elles de la « chasse à l’ennemi ». Elles avaient à protéger, outre leurs propres bases, les axes de communication, les installations économiques, notamment les plantations d’hévéas, et la population des campagnes. »

Cela étant dit, l’auteur du livre Histoire de la Guerre d’Indochine précise davantage ses explications en spécifiant que ces stratégies et tactiques rendaient les hommes des troupes françaises immobiles. Cela avantageait donc considérablement le Viêt-Minh en termes de forces mobiles, car il pouvait saisir l’occasion « de se concentrer au moment et à l’endroit où il le voulait. » Une autre chose importante à mentionner : la difficulté de la guerre, pour les Français, était accrue par l’impossibilité de distinguer un Vietnamien ordinaire d’un guérillero.

Des centaines de milliers de réfugiés fuient le Nord Viêt Nam, après la victoire du Viêt Minh, comme ici à Haïphong en août 1954
Soldats français dans leurs tranchées de Dien Bien Phu

Finalement, la bataille de Diên Biên Phu, à la limite occidentale du Tonkin, dans les montagnes aux confins du Laos, a violemment mis un terme à la présence française en l’Indochine, les Américains attendant d'agir. Selon Laurent Henninger, chargé de mission au Centre d’études d’histoire de la défense, l’installation de sept campements portant un nom de code (Huguette, Lilie, Claudine, Éliane, Dominique) permettait au corps expéditionnaire français de garder « la route qui relie Hanoï au Laos et […] de saisir cette plaine coupée d’une rivière et entourée de collines formant comme un immense stade. »[18] D’ailleurs, pour l’état-major français, Diên Biên Phu devait être utilisé comme un point de fixation pour attirer le Viêt-Minh, adversaire insaisissable, dans une bataille rangée. L'état-major français compte sur sa supériorité aérienne pour clouer au sol et éliminer les forces ennemies. En fait, le Viêt Minh déjoue la surveillance aérienne en faisant passer hommes et matériels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des véhicules bricolés avec des carcasses de vélos. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'échapper aux bombardements aériens. Les premières vagues d'assaut (50 000 hommes du général Giáp contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp à la portée de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenée à pied d'œuvre par le Viêt Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillée que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le , après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe.

D’ailleurs, selon Laurent Henninger, « nul ne pouvait prévoir que le général Giap concentrerait autant d’artillerie sur des collines aussi escarpées et recouvertes de jungle. » La France avait demandé à son allié, les États-Unis, d’autoriser une intervention aérienne pour sauver le camp retranché, mais le président Eisenhower, qui ne voulait plus de présence française et qui craignait une extension du conflit par engagement de la Chine, avait refusé. À Paris, une nouvelle crise parlementaire fait tomber Georges Bidault et René Pleven, partisans de la poursuite des opérations, et amène au pouvoir Pierre Mendès France avec un programme de négociation. La conférence de Genève consacrée au règlement de la question indochinoise s’ouvre le lendemain de la chute de Diên Biên Phu.

Conclusion générale[modifier | modifier le code]

La conférence de Genève

Finalement, le président du conseil, Pierre Mendès-France, conclut la conférence de Genève le et ces accords, selon Jacques Dalloz, n’ont point donné « une issue définitive au problème vietnamien, mais permettent à la France de s’en dégager. » Le Viêt Nam sera coupé en deux parties à partir du 17e parallèle : au nord, la République démocratique du Viêt Nam (communiste), au sud, un Viêt Nam pro-occidental. Les États-Unis ne signent pas les accords de Genève, se « bornant à prendre acte »[19] laissant ainsi prévoir leur future implication. Le Sud Viêt Nam proteste de la façon dont l'armistice est conclu. Il est trop tard, les infiltrations de la guérilla communiste vers le Sud s'intensifient.

Des centaines de milliers de réfugiés fuient le Nord Viêt Nam vers le Sud.

Par la suite, l’indépendance du Viêt Nam (divisé en deux parties), du royaume du Laos et du royaume du Cambodge sont reconnues. Selon les accords de Genève, des élections devront être tenues dans les deux ans afin d’unifier le Viêt Nam. Mais le non-respect de cette échéance entraîne une reprise de la guérilla communiste (Vietcong) dans le sud. Pham Van Dông déclare: « Nous gagnerons l'unité du Viêt Nam comme nous avons gagné la paix. Aucune force au monde ne nous en détournera. Peuple du Viêt Nam et compatriotes du Sud, la victoire est à nous ! »[20]

À partir de 1964, les États-Unis soutiennent massivement, d’un point de vue militaire, le gouvernement sud-vietnamien et cela plonge le Viêt Nam dans une autre guerre.

Statuts[modifier | modifier le code]

L'ex-Indochine française

La création de l'Indochine française, plus précisément Union indochinoise, résulte du décret du 17 octobre 1887, créant le « gouverneur général civil de l'Indo-Chine » et confiant à celui-ci « l'administration supérieure de la colonie de la Cochinchine et des protectorats du Tonkin, de l'Annam et du Cambodge ».

À l'intérieur de cette entité, le Laos (régime mixte) et le Cambodge (protectorat, monarchie sous tutelle française) gardent leur nom, mais le Viêt Nam n'existait pas en tant que tel. Trois États occupaient son territoire :

  • le Tonkin (du vietnamien Đông Kinh, « capitale de l'Est »), régime mixte ;
  • l'Annam (« Sud tranquille », l'un des noms du Viêt Nam sous occupation chinoise), protectorat (monarchie sous tutelle française) ;
  • la Cochinchine (contrée nommée ainsi parce que située sur la route maritime entre Cochin sur la côte orientale de l'Inde, et la Chine), colonie.

Population[modifier | modifier le code]

Troupe de théâtre à Angkor vers 1918 (collection Albert Kahn)
Temple de la Lumière à Hué, construit en 1848

Dans cette entité, les peuples ViêRet, Khmer et Lao sont majoritaires. Les minorités(Muong, Tay, Cham, Rhade, Jarai, etc.) sont principalement présentes dans les zones montagneuses[note 5]. Les Chinois, bien présents dans les villes, sont des commerçants très actifs. L'ensemble compte environ 12 millions d'habitants à la fin du XIXe siècle, puis 16,4 millions en 1913. Plus de 95 % de la population est rurale, ce qui rend les décomptes et recensements difficiles.

La religion dominante est le bouddhisme, fortement influencé par le confucianisme chinois. Pendant la période coloniale, les missions catholiques, notamment les Missions étrangères de Paris, très actives, ont obtenu de nombreuses conversions surtout au Tonkin, touchant environ 10 % de la population indigène. Les Missions étrangères de Paris sont notamment présentes dans le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale et le vicariat apostolique du Tonkin. Dans la première moitié du XXe siècle sont apparues de nouvelles sectes comme le caodaïsme, syncrétismes de croyances occidentales et asiatiques.

La population coloniale française, en 1940 (présence maximale), n'est que de 40 000 individus civils (Français ou Européens parmi lesquels des Britanniques, des Italiens, et des Américains blancs considérés comme Européens, et autant de militaires par la suite). Contrairement à l'Algérie française (1 million d'Européens contre 9 millions d'Algériens en 1954), l'Indochine française ne fut une colonie de peuplement qu'au début de la colonisation française, mais elle se transforma vite en une colonie d'exploitation économique en raison de ses ressources naturelles.

Économie[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Inauguration du train Saïgon-Cholon en 1881

L'Indochine était une colonie d'exploitation. Le général Pasquier a affirmé ainsi : « Il faut que les profits de l'Indochine reviennent aux Français ». On y prélève des impôts (impôt foncier, capitation, taxes locales), mais surtout, l'administration française a le monopole des commerces de l'opium, du sel et de l'alcool de riz. Ce monopole compte pour 44 % dans les rentrées du budget en 1920, et 20 % en 1930. Du côté financier, la banque de l'Indochine, fondée en 1875, banque privée française, domine l'ensemble de l'économie vietnamienne. Elle dispose du monopole de la frappe de la piastre indochinoise. L'Indochine est, après l'Algérie, la colonie qui reçoit le plus d'investissements français (6,7 milliards de francs-or en 1940). Au cours des années 1930, les Français exploitaient différentes ressources naturelles dans les pays formant l'Indochine française. Par exemple, on trouvait au Cambodge du riz et du poivre. Le Viêt Nam (qui était formé de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin), quant à lui, permettait aux Français de mettre la main sur du thé, du riz, du charbon, du café, du poivre, de l'hévéa, du zinc et de l'étain. Le Laos était le seul pays de l'Indochine à n'avoir aucun potentiel économique aux yeux de la France.

Marché du caoutchouc[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, les besoins de l'industrie automobile favorisent l'essor du caoutchouc indochinois. Une activité qui bénéficie de l'afflux de capitaux attirés par l'annonce de fabuleux bénéfices. Dans l'histoire de la présence française en Indochine, l'exploitation de l'hévéa, le « bois qui pleure », occupe une place particulière. En effet, le caoutchouc fait figure de symbole de la réussite coloniale, puisqu'il garantira une source de revenu pour la France. L'importance des superficies plantées, l'envol des exportations, les progrès de la recherche agronomique, les dividendes rapportés témoignent des succès obtenus par la culture de l'hévéa dans la péninsule indochinoise. Cette entreprise est vécue, au moins dans les premiers temps, comme une véritable aventure par les planteurs, fiers de voir reculer une nature jugée hostile au profit d'une culture bien ordonnée et servant le progrès industriel. Toutefois, il est aussi important de savoir que le caoutchouc est aussi le symbole du rejet de la domination française, exprimé par les ouvriers des plantations dans les années 1930.

Les premières grandes plantations apparaissent au début du XXe siècle. Les troncs droits à l'écorce grise s'élancent le long de lignes monotones dans les terres méridionales de la péninsule, d'abord dans les « terres grises » situées à proximité des grands centres habités, puis dans les « terres rouges », plus riches mais aussi plus lointaines, moins peuplées, exigeant plus de travail, plus de capitaux et posant le problème du recrutement de la main-d'œuvre. L'armée des saigneurs s'avance à l'aube, incise l'écorce et recueille la sève de plusieurs centaines d'arbres. Le latex ainsi ramassé est apporté à l'usine, installé au cœur de la plantation, où il est mêlé à de l'acide. La coagulation effectuée, la précieuse substance est passée dans les laminoirs puis séchée et emballée. Ce sont les besoins croissants en caoutchouc des fabricants de bicyclettes puis de l'industrie automobile, mais surtout, l'annonce des 100 000 francs de bénéfices que réalisa en 1906 Belland, le commissaire central de la Sûreté de Saïgon, lequel avait fait planter des hévéas dès 1898, qui fit naître des vocations. D'importantes sociétés voient alors le jour, telle la Société des plantations des terres rouges ou la Société des plantations d'hévéas. Toutefois, une société de l'envergure de Michelin n'investit qu'en 1925 en Indochine.

Cela étant dit, ce n'est que des années 1920, ou en d'autres mots les Années Folles, que date le véritable essor du caoutchouc indochinois : il faut en effet compter six à sept années entre le moment où la terre est défrichée et celui où les arbres produisent. Les exportations de caoutchouc de la péninsule deviennent alors substantielles, d'autant plus que les planteurs profitent de cours mondiaux en hausse en 1925 et 1926. Dans le même temps, on assiste à l'arrivée massive de capitaux métropolitains en Indochine, attirés par des taux de profit élevés. Bénéficiant de prix rémunérateurs et de capitaux croissants, les planteurs multiplient les surfaces consacrées à la culture de l'hévéa. Cependant, le marché mondial connaît des fluctuations brutales avec les débuts de la crise et l'effondrement de la demande des plus gros consommateurs mondiaux, les États-Unis en particulier. À partir de 1930, le cours du caoutchouc descend en dessous de celui de 1922, et le gouvernement général de l'Indochine est appelé à l'aide. Les autorités accordent des primes, des prêts, veillent à ce que la réglementation internationale mise en œuvre à partir de 1934 ne lèse pas les intérêts des sociétés françaises. La Banque d'Indochine intervient, elle, en accordant des avances et en se rendant parfois maîtresse des plantations.

Finalement, passé le cap des turbulences de la crise du krach boursier de 1929 qui avait commencé aux États-Unis, la culture de l'hévéa en Indochine prend un nouvel essor, au prix d'une concentration accrue des sociétés. Les planteurs ne misent plus tant sur des cours exceptionnels que sur une production massive, permise par la mise en saignée des surfaces plantées avant la crise mais aussi par l'amélioration des rendements. En 1939, l'Indochine exporte huit fois plus de caoutchouc qu'une quinzaine d'années auparavant ; cela représente plus du quart de la valeur des exportations totales de la péninsule, contre moins de 5 % en 1924. À partir de 1941, les troubles entraînés par l'invasion japonaise (1940) puis la guerre d'Indochine perturbent production et exportation. Toutefois, il n'est pas mis un terme à l'activité des plantations. Celle-ci se maintient jusque dans les années 1970. Entre-temps, l'avenir du caoutchouc naturel semble compromis par un recours croissant au caoutchouc « régénéré » fabriqué soit à partir d'articles de récupération, soit de façon synthétique. Ces procédés sont employés par les États-Unis lors du conflit mondial puis des guerres d'indépendance en Asie. Cependant, les Américains veillent, période de la Guerre froide oblige, à ne pas bouleverser les économies du Sud-Est asiatique et continuent donc à s'approvisionner en caoutchouc de plantation. Dès 1962, le caoutchouc synthétique rejoint le caoutchouc naturel dans la consommation mondiale. Aujourd'hui les deux types apparaissent comme des produits plus complémentaires que concurrentiels.

Condition de vie des travailleurs de la culture d'hévéa[modifier | modifier le code]

Durant la colonisation de l'Indochine, les Français s'y rendaient surtout pour l'exploitation de l'hévéa qui permettait de produire des caoutchoucs. De toute évidence, les colonisateurs français faisaient toujours appel à des travailleurs vietnamiens, puisque l'hévéa se trouvait au Viêt Nam, ou plutôt en Cochinchine si les divisions coloniales sont prises en considération. En 1932, Andrée Viollis (1879-1950), une journaliste féministe française travaillant au quotidien Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l'Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d'édition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dénonce les méthodes de la colonisation française :

« Vous pouvez me croire, dit-il. J'ai vécu, moi comme employé des plantations. À Kratié, là-bas, au Cambodge, à Thudaumot, à Phu-Quoc… J'ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l'espoir de manger à leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques : la malaria, le béribéri ! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflées d'œdèmes, rongées, traversées par une espèce de sale insecte, le san-quang; le rendement diminue-t-il avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misère ? Les cais les attachent à des troncs d'arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun, après avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses.
Le matin, à l'aube, quand la fatigue les tient collés à leur bat-flanc, où ils ont essayé de dormir malgré les moustiques qui tuent, on vient les chasser des tanières où ils sont entassés, comme on ne chasse pas des troupeaux de l'étable.
À midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allégée d'une centaine de grammes, ils doivent d'abord préparer le repas des cais et, la dernière bouchée avalée, se remettre à la corvée, même couverts de plaies à mouches, même grelottants de fièvre. Tout cela pour 1 fr. 20 à 2 francs par jour qu'ils ne touchent jamais entièrement à cause des retenues, des amendes, des achats. […] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimée. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s'ils regagnent leur village, ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir ; mais auparavant, ils sèment autour d'eux des germes de maladie, de révolte, de haine… C'est comme ça qu'on prépare les révolutions. »

— Andrée Viollis, Indochine SOS, nlle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116

Administration coloniale de l'Indochine française[modifier | modifier le code]

Gouverneurs généraux de l'Indochine française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des gouverneurs d'Indochine.

Hauts commissaires de France en Indochine[modifier | modifier le code]

Le , la DGER fait parachuter deux équipes avec à leur tête un commissaire de la République : Pierre Messmer pour le Nord, Jean Cédile pour le Sud.

Liste des hauts commissaires
Nom Année
Jean Cédile (par intérim) -
Philippe de Hauteclocque dit Leclerc (par intérim) -
Georges Thierry d'Argenlieu -
Émile Bollaert -
Léon Marie Adolphe Pascal Pignon -
Jean de Lattre de Tassigny -
Jean Letourneau -

Commissaires généraux[modifier | modifier le code]

Liste des commissaires généraux
Nom Durée du mandat
Jean Letourneau -
Maurice Dejean -
Paul Ély -
Henri Hoppenot -

Administration territoriale de l'Annam[modifier | modifier le code]

Chargés d'affaires[modifier | modifier le code]

Liste des chargés d'affaires siégeant à Hué (applicable pour le Tonkin)
Nom Durée du mandat
Pierre Paul Rheinart 1875 - 1876
Paul-Louis-Félix Philastre 1876 - 1879
Pierre Paul Rheinart 1879 - 1880
Louis Eugène Palasme de Champeaux 1880 - 1881
Pierre Paul Rheinart 1881 - 1883
Jules Harmand 1883 - 1884

Résidents généraux[modifier | modifier le code]

Liste des résidents généraux (à Hué)
Nom Durée du mandat
Pierre Paul Rheinart (provisoire) -
Victor-Gabriel Lemaire -
Philippe Marie André Roussel de Courcy -
Paul Bert -
Alexandre Vial (par intérim) -
Paul Louis Georges Bihouard -
Étienne Antoine Guillaume Richaud 1888
Pierre Paul Rheinart -

Résidents supérieurs[modifier | modifier le code]

Liste des résidents supérieurs
Nom Durée du mandat
Charles Dillon 1886 - 1888
Séraphin Hector 1888 - 1889
Léon Jean Laurent Chevassieux 1889
Séraphin Hector 1889 - 1891
Ernest Albert Brière - 1897
Jean Calixte Alexis Auvergne 1897 - 1898
Léon Jules Pol Boulloche - 1900
Jean Calixte Alexis Auvergne - 1904
Jean-Ernest Moulié 1904 - 1906
Fernand Lévecque 1906 - 1908
Élie Jean-Henri Groleau 1908 - 1910
Henri Victor Sestier 1910 - 1912
Georges Marie Joseph Mahé 1912 - 1913
Jean François Eugène Charles 1913 - 1920
Général Pierre Pasquier 1920 - 1927
Jules Fries 1927 - 1928
Aristide Eugène Le Fol 1928 - 1931
Yves Charles Châtel 1931 - 1934
Maurice Fernand Graffeuil 1934 - 1940
Émile Louis François Grandjean 1940 -
Masayuki Yokoyama (occupation japonaise) - 1945
Jean Sainteny - Vers
Chanson Vers 1948 -
Raoul Salan -
Georges Émile Le Blanc 1953 - ?
Gabriel-Louis-Marie Bourgund Aucune information disponible

Administration territoriale du Tonkin[modifier | modifier le code]

Résidents supérieurs[modifier | modifier le code]

Liste des résidents supérieurs (siégeant à Hanoï et subordonnés à l'Annam jusqu'en 1888)
Nom Durée du mandat
Alexandre Vial 1886
Jean Thomas Raoul Bonnal 1886 - 1887
Poste aboli 1887 - 1888
Eusèbe Irénée Parreau - 1889
Ernest Albert Brière 1889 -
Léon Jean Laurent Chavassieux 1891 - 1893
François Pierre Rodier 1893 - 1895
Poste aboli 1895 - 1897
Léon Jules Pol Boulloche 1897
Augustin Julien Fourès 1897 - 1904
Jean-Henri Groleau 1904 - 1907
Georges Maspero
Louis Alphonse Bonhoure - 1907
Louis Jules Morel 1907 - 1909
Jules Simoni 1909 - 1912
Léon Louis Jean Georges Destenay -
Maurice Joseph Le Gallen 1915 - 1916
Jean Baptiste Édouard Bourcier Saint-Gaffray 1917 - 1921
Maurice Antoine François Monguillot 1921 - 1925
Eugène Jean Louis René Robin 1925 - 1930
Auguste Eugène Ludovic Tholance 1930 - 1937
Yves Charles Châtel 1937 - 1940
Émile Louis François Grandjean 1940 - 1941
Pierre Abel Delsalle 1941 - 1942
Camille Auphelle  ? -
Kumao Nishimura (résident japonais) -
Pierre Messmer (par intérim) -
Jean Sainteny - 1946
Jean Valluy mars 1946 - 1946
Jean Crépin 1946 -
Louis Morlière - Vers
Yves Digo Vers 1948
Marcel Alessandri  ? -
Pierre Boyer de Latour -
Raoul Salan (par intérim) -
François de Linares -
René Cogny - 1955

Administration territoriale de la Cochinchine[modifier | modifier le code]

Gouverneurs militaires (1858-1879)[modifier | modifier le code]

Liste des gouverneurs militaires
Nom Durée du mandat Lieu de résidence
Charles Rigault de Genouilly - 1859 Tourane (Da Nang)
Théogène François Page -
Charles Rigault de Genouilly - 1859 Saïgon
Jean Bernard Jauréguiberry (par intérim) 1859 -
Théogène François Page -
Joseph Hyacinthe Louis Jules d'Ariès (remplaçant de Théogène François Page) -
Léonard Victor Joseph Charner
Louis Adolphe Bonard
Pierre-Paul de La Grandière
Marie Gustave Hector Ohier
Joseph Faron (par intérim)
Alphonse Jean Claude René Théodore de Cornulier-Lucinière
Marie Jules Dupré
Jules François Émile Krantz (par intérim)
Victor Auguste, Baron Dupérré
Louis Charles Georges Jules Lafont

Gouverneurs (1879-1887)[modifier | modifier le code]

Liste des gouverneurs
Nom Durée du mandat
Charles Le Myre de Vilers -
Charles Anthoine François Thomson -
Charles Auguste Frédéric Bégin -
Ange Michel Filippini -
Noël Pardon (par intérim) -
Jules Georges Piquet (par intérim) -

Lieutenants gouverneurs (1887-1911)[modifier | modifier le code]

Liste des lieutenants gouverneurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Ernest Constans -
Auguste Eugène Navelle - 1888
Poste aboli 1888 - 1889
Augustin Julien Fourès 1889
Henri Danel 1889 - 1892
Augustin Julien Fourès 1892 - 1895
Alexandre Antoine Étienne Gustave Ducos 1895 - 1897
Ange Eugène Nicolai 1897 - 1898
Édouard Picanon 1898 - 1901
Henri Félix de Lamothe 1901 - 1902
François Pierre Rodier 1902 - 1906
Olivier Charles Arthur de Lalande de Calan 1906 - 1907
Louis Alphonse Bonhoure -
Jules Maurice Gourbeil 1909 - 1911

Gouverneurs (1911-1954)[modifier | modifier le code]

Liste des gouverneurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Nom Durée du mandat
Jules Maurice Gourbeil 1911 - 1916
Maurice Joseph La Gallen 1916 - 1921
Maurice Cognacq 1921 - 1926
Paul Marie de la Brosse 1926 - 1929
Auguste Eugène Ludovic Tholance (par intérim) 1929
Jean-Félix Krautheimer 1929 - 1934
Pierre André Michel Pagès 1934 - 1939
René Veber 1939 - 1940
André Georges Rivoal 1940 - 1942
Hoeffel 1942 - 1945
Minoda Fujio (occupation japonaise) -
Jean Cédile - 1946
Albert Torel 1946 - 1947
 ? 1947 - 1954

Administration territoriale du Cambodge[modifier | modifier le code]

Représentants du Protectorat au Cambodge (1863-1885)[modifier | modifier le code]

Liste des Représentants du Protectorat au Cambodge
Nom Durée du mandat
Ernest Doudart de Lagrée -
Armand Pottier -
Jean Moura -
Armand Pottier (par intérim) -
Jules Marcel Brossard de Corbigny (par intérim) -
Jean Moura -
Étienne François Aymonier (par intérim) -
Augustin Julien Fourès (par intérim) -

Résidents généraux (1885-1889)[modifier | modifier le code]

Liste des Résidents généraux
Nom Durée du mandat
Jules Victor Renaud (intérim) -
Pierre de Badens (provisoire) -
Jules Georges Piquet -
Louis Eugène Palasne de Champeaux -

Résidents supérieurs (1889-1945)[modifier | modifier le code]

Liste des Résidents supérieurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Nom Durée du mandat
Louis Albert Huyn de Vernéville -
Félix Léonce Marquant -
Louis Albert Huyn de Vernéville -
Alexandre Antoine Étienne Gustave Ducos -
Louis Paul Luce -
Léon Jules Pol Boulloche -
Charles Pallier -
Henri Félix de Lamothe -
Jules Louis Morel -
Olivier Charles Arthur de Lalande de Calan -
Louis Paul Luce -
Ernest Outrey -
Xavier Tessarech -
Maurice Le Gallen -
François Marius Baudouin -
Joseph Létang (en place de Baudouin) -
Victor Édouard Marie L'Helgoualc'h (en place de Baudouin) -
Aristide Eugène Le Fol -
Achille Louis Auguste Silvestre -
Fernand Marie Joseph Antoine Lavit -
Achille Louis Auguste Silvestre (jusqu'au ) -
Henri Louis Marie Richomme -
Léon Emmanuel Thibaudeau -
Jean de Lens -
Georges Armand Léon Gauthier -
André Joseph Berjoan (prisonnier des Japonais 9 mars/) -
Kubo (Japonais) -
André Joseph Berjoan 1945 -

Commissaires de la République au Cambodge (1945-1953)[modifier | modifier le code]

Liste des Commissaires de la République au Cambodge (subordonnés aux Haut-Commissaires de France en Indochine)
Nom Durée du mandat
Huard -
Romain Victor Pénavaire -
Léon Marie Adolphe Pascal Pignon -
Lucien Vincent Loubet -
Jean Léon François Marie de Raymond (assassiné) -
Yves Digo -
Jean Risterucci -

Administration territoriale du Laos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Protectorat français du Laos.

Le protectorat du Laos possède un régime particulier : n'étant pas un État unifié, il est divisé originellement en deux régions, le Haut-Laos et le Bas-Laos. Lors de l'intégration du pays à l'Union indochinoise, Paul Doumer unifie les deux régions et les place sous l'autorité d'un résident supérieur, subordonné au gouverneur général et installé à Vientiane. Le Laos est divisé en dix provinces : le royaume de Luang Prabang garde un régime spécial de protectorat, le roi conservant le pouvoir de légiférer, entouré d'un conseil de dignitaires, mais flanqué d'un commissaire du gouvernement et de fonctionnaires français, qui représentent le gouvernement général. Les neuf autres provinces, au statut de principautés, sont placées sous administrations directes de résidents français.

Repères chronologiques - De la conquête à la décolonisation[modifier | modifier le code]

Canonnière Le Pluvier ayant participé à l'expédition du Tonkin
Soldats français au Tonkin vers 1890, in Corneille Trumelet-Faber , Aventuriers du monde, p. 115
  •  : Conclusion entre la France et l'empereur de l'Annam du Traité de Saigon, stipulant que les trois provinces orientales du sud du Dai Nam deviennent la colonie de Cochinchine.
  •  : Négociations entre la France et l'empereur d'Annam qui aboutissent au deuxième Traité de Saigon, complété le 31 mars.
  • 1882-1897 : le centre et le nord du Viêt Nam ainsi que les principautés lao passent sous la tutelle française.
  • 1900-1926 : Le nationalisme vietnamien réformiste et radical fait son apparition.
  • 1925 : Nguyen Ai Quoc, un homme bientôt connu sous le nom d'Hô Chi Minh, fonde l'Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne.
  • 1936-1937 : Grand mouvement social : grèves, occupations de terres.
9 mars : Coup de force japonais. L'indépendance des trois monarchies indochinoises est proclamée.
11 mars : Proclamation de l'indépendance de l'Empire du Viêt Nam par l'empereur Bao Dai qui abdique quelques mois plus tard.
24 mars : Déclaration du gouvernement provisoire de la République française sur l'Indochine.
13-14 août : Début de la révolution d'Août.
15 août : L'amiral Thierry d'Argenlieu est nommé haut commissaire en Indochine.
22 août : Jean Sainteny arrive à Hanoï.
2 septembre: Capitulation japonaise. Le Vietminh prend le pouvoir au Tonkin et au nord de l'Annam et proclame l'indépendance de la République démocratique du Viêt Nam (RDV).
11 septembre : Arrivée des Chinois à Hanoï.
5 octobre : Leclerc débarque à Saïgon.
31 octobre : Arrivée de l'amiral d'Argenlieu à Saïgon.
6 mars : Débarquement français à Haïphong.
18 mars : Entrée du général Leclerc à Hanoï.
1er juin : Proclamation de la république de Cochinchine.
6 juillet : Début de la conférence de Fontainebleau.
23 novembre : Bombardement français de Haïphong.
19 décembre : Insurrection à Hanoï.
5 mars : Bollaert remplace d'Argenlieu.
23 décembre : Le Laos et le Cambodge adhèrent à l'Union française. Paris récuse toute perspective de négociations avec Hô Chi Minh.
5 juin : Accords de la baie d'Along ; un Gouvernement central provisoire du Viêt Nam réunit l'Annam et le Tonkin, en attendant de pouvoir fusionner avec la Cochinchine.
8 mars : Accords établis entre Vincent Auriol et Bao Dai revenu en grâce.
14 juin : Création de l’État du Viêt Nam, associé à l'Union française et dirigé par le chef d’État Bao Dai, dernier empereur de la dynastie Nguyen.
19 juillet : Le Laos devient État associé.
1er octobre : Mao-Tsé-Toung, chef du Parti communiste chinois, proclame la République populaire de Chine après avoir remporté une guerre civile, qui avait commencé en 1946, contre les troupes nationalistes dirigées par le général Tchang Kaï-chek, ancien commandant en chef des forces alliés en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes nationalistes s'enfuient vers l'île de Formose (devenue Taïwan) pour former un gouvernement indépendant face à la Chine.
8 novembre : Le Cambodge devient État associé.
Décembre : Accords franco-vietnamiens. Arrivée des troupes communistes chinoises à la frontière du Tonkin.
  • 1950
Janvier : Reconnaissance de la République démocratique du Viêt Nam par la République populaire de Chine, puis par l'Union soviétique. Ratification par l'Assemblée nationale française des accords d'association des États d'Indochine.
7 février : Les États-Unis reconnaissent le gouvernement Bao Dai.
25 juin : Début de la guerre de Corée (1950-1953)
3-8 octobre : Défaite française à Cao Bằng.
31 octobre : Intervention de « volontaires chinois » en Corée.
Décembre : Le général de Lattre est nommé haut-commissaire en Indochine.
11 janvier : Mort du général de Lattre.
Avril : Raoul Salan devient commandant en chef.
Octobre : Offensive vietminh en pays thaï.
  • 1953
Mars : Offensive vietminh dans le nord du Laos.
27 juillet : Armistice en Corée.
  • 1954
25 janvier : Ouverture de la Conférence de Berlin. Le communiqué final annonce qu’une prochaine Conférence, sur les questions asiatiques, se tiendra à Genève.
13 mars : Début de la bataille de Dien Bien Phu.
26 avril : Conférence de Genève.
7 mai : Défaite française à Dien Bien Phu.
8 mai : Début de la phase indochinoise de la Conférence de Genève.
4 juin : Traités franco-vietnamiens.
20 juillet : Signature des accords de Genève.
9 octobre : Les Français évacuent Hanoï.
1er novembre : Début de la guerre d'Algérie.
Décembre : Accords entre la France, le Laos, le Cambodge et le Sud-Vietnam.
15 mai : Les dernières troupes françaises quittent le Nord-Vietnam.
21 juillet: Les dernières troupes françaises quittent le Sud-Vietnam.

L'Indochine dans la culture[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Habitation française à Hanoï en 1898
Deux femmes à Haïphong en 1904 vêtues de la tunique traditionnelle (ao ngu than)
Bibliothèque de Saïgon construite par les Français

Personnalités[modifier | modifier le code]

Elles y sont nées :

Voir aussi : Catégorie:Naissance en Indochine

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Devenu « Fédération indochinoise » en 1946
  2. Au XVIIe siècle, pour les besoins de l'évangélisation, des missionnaires catholiques portugais, espagnols, italiens et français mirent au point une transcription en alphabet latin de la langue vietnamienne. Le jésuite français Alexandre de Rhodes en fut le principal diffuseur et passa longtemps pour l'avoir inventée. L'historien français Pierre Brocheux affirme que des recherches approfondies et non encore publiées relativisent aujourd'hui son rôle.
  3. Les mandarins, recrutés par concours triennaux, étaient les fonctionnaires de l'ancien Viêt Nam
  4. La IIIe Internationale (ou Komintern) fut fondée par Lénine en 1919 et dissoute par Joseph Staline en 1943. La stratégie « classe contre classe » - à l’inverse de celle, antifasciste, de Front populaire – consistait à refuser tout compromis ou toute alliance avec les démocrates et les socialistes qualifiés de bourgeois ou de « social-fascistes ».
  5. Le Viêt Nam compte à lui seul cinquante quatre ethnies, présentées au Musée Ethnographique de Hanoi.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/vietnam.htm
  2. Jean-Michel Gaillard, « Le désastre de Lang Son », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 34
  3. Comme le disait Jean-Michel Gaillard dans une chronique publiée dans le magazine L'Histoire intitulée Le désastre de Lang Son
  4. (fr) « Le Général PENNEQUIN, biographie », sur www.anai-asso.org (consulté le 25 juin 2010)
  5. Pierre Brocheux. Et encore, ces 40 000 personnes sont des "Européens" majoritairement Français, mais il y avait aussi des Italiens, des Allemands, et des Britanniques, et il y avait aussi 1 500 Américains, qui travaillaient surtout pour les usines Ford(Caoutchouc). « Un siècle de colonisation », L'Histoire, no. 203, octobre 1996, p. 31. Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, parle pour sa part de 34 000 Français présents en 1940.
  6. Sébastien Verney, L'Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. Riveneuve, 2012, 520 p.
  7. (fr) Le coup de force du 9 mars 1945
  8. (en) Barbara Wertheim Tuchman, The march of folly: from Troy to Vietnam, Random House, Inc., 1985, p. 235, ISBN 0-345-30823-9
  9. Biographie (en) du général Gracey sur le site du King's College de Londres; Liddell Hart Centre for Military Archives
  10. (en) Vietnam War Overview, Spartacus. Consultée le 13 avril 2006
  11. (fr) Première guerre d'Indochine, page consultée le 17 avril 2006
  12. Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 42
  13. Dans l’ouvrage collectif Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois placé sous la direction de Pierre Brocheux
  14. Spartacus. « Viêt Nam War Overview », (page consultée le 13 avril 2006), [En ligne], Adresse URL: http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/VietnamWar.htm
  15. Vo Nguyen Giap. Mémoires - 1946-1954, tome 1 « La résistance encerclée », Paris, Éditions Anako, coll. « Grands Témoins », 2003, p. 197
  16. Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41
  17. Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, Denoël, coll. « Destins croisés », 1992, p. 177
  18. Laurent Henninger. « Dien Bien Phu : Qu’allaient-ils faire dans cette « cuvette » ? », Histoire, no. 287, (mai 2004), p. 30
  19. Jacques de Folin, « Les belligérants à la table des négociations », in La Guerre d'Indochine, Paris, éd. Tallandier, 1999, p. 88
  20. Jacques de Folin, op. cité, p. 87

Annexes[modifier | modifier le code]

Le théâtre municipal de Hanoï vers 1905
Pêcheuses au panier à Doson au Tonkin vers 1905
Le square Chavassieux à Hanoï vers 1900
La Villa Blanche construite par Paul Doumer au Cap Saint-Jacques
La gare de Hanoï vers 1912

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres [modifier | modifier le code]

  • Armangaud, Lang-Son, Chapelot, 1901 ;
  • Gabriel Aubaret, Histoire et description de la Basse-Cochinchine, Imprimerie impériale, 1863 ;
  • René Bail et Jean-Pierre, Bernier, Indochine 1945-1954, 2de partie : Haiphong-Hanoi…, éditions Heimdal 1988.
  • Danielle Bal, Caroline Herbelin, Jean-François Klein et Roland Mourer. Le Général de Beylié 1849-1910 - collectionneur et mécène. Milan : Musée de Grenoble – Éditions 5 Continents, 2010 ;
  • Barrow, Voyage en Cochinchine, traduction de Castera, Buisson, 1805 ;
  • Bernard, Petite guerre coloniale . Une campagne dans le Haut-Tonkin, Lavauzelle, ;
  • Auguste Bonifacy, L'emploi des partisans au Tonkin, L . Fournier, 1913 ;
  • Pierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine. La colonisation ambiguë, 1858–1954, La Découverte, 2001.
  • Chabrol, Opérations militaires au Tonkin, Lavauzelle, ;
  • Henri Cordier,
    • La France et l'Angleterre en Indochine, Brill Leide, 1903 ;
    • Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales, Alcan, 1901 ;
  • Henri Copin,
    • L'Indochine dans la littérature française des années vingt à 1954, L'Harmattan, 1996.
    • L'Indochine des romans, Kailash, 2000.
  • Christian Culas, Jean-François Klein (éd.), double numéro spécial « Việt Nam. Histoire et perspectives contemporaines », Moussons. Recherches en sciences humaines sur l'Asie du Sud-Est, n° 13-14 ; 2009-1 ; 426 p.
  • Prosper Cultru, Histoire de la Cochinchine française, des origines à 1883, Challamel, 1910 ;
  • Amiral Jean Decoux, À la barre de l'Indochine, Plon, 1949.
  • Dutreb, L'amiral Dupré et la conquête du Tonkin, Paillard, 1924 ;
  • Jules-Léon Dutreuil de Rhins, Le royaume d'Annam et les Annamites, Plon-Nourrit, 1889 ;
  • Faure, Mgr. Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran, Challamel, 1891 ;
  • Alain Forest, Le Cambodge et la colonisation française : Histoire d'une colonisation sans heurts (1897-1920), Éditions L'Harmattan, 1993, (ISBN 978-2-85802-139-0), 542 p.
  • Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine,Perrin, 2005, (ISBN 2-262-02345-X), 478p.
  • Alain Gandy, La Légion en Indochine 1885-1955, Presses de la cité, 1988.
  • Vo Nguyen Giap, Mémoires - 1946-1954, tome 1 « La Résistance encerclée », Paris, Éditions Anako, coll. « Grands Témoins », 317 p.
  • Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, Denoël, coll. « Destins croisés », 1992, 584 p.
  • François Graveline, Des hévéas et des hommes : L'aventure des plantations Michelin, Éd. Nicolas Chaudun, 2006.
  • Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d’Indochine, Paris, Perrin, 2005, p. 141-161, 169-194, (ISBN 2-262-02345-X).
  • Alain Gandy, La Légion en Indochine 1885-1955, Presses de la cité, 1988.
  • Pierre Jacques le Mounier de la Bissachère,
    • Etat actuel du Tonkin, de la Cochinchine et des Royaumes de Cambodge, Laos et Lac-tho, Galignani, 1812 ;
    • Anthologie franco-indochinoise : morceaux choisis des écrivains français accompagnés de notes grammaticales et historiques.,  Hanoï : impr. Le Van Tan, 1927 ;
    • Exposé statistique du Tunkin, de la Cochinchine, du Cambodge, du Tsiampa, du Laos, du Lac-Tho,  Londres : impr. de Vogel et Schulze, 1811 .
  • Jean-François Klein, Un Lyonnais en Indochine. Ulysse Pila ' Vice-roi' de l'Indochine (1843-1909), Lyon, Lugd, 1994.
  • Jean François Alphonse Lecomte,
    • Corps expéditionnaire du Tonkin, Marche de Lang-Son à Tuyen-Quang (première birgade Giovanelli), Berger-Levrault, 1888,
    • La vie militaire au Tonkin, Berger-Levrault, 1888,
    • Lang-Son, combats, retraite et négociations, Lavauzelle, 1895 ;
  • Michel Ledet & Christophe Cony, L'aviation française en Indochine : des origines à 1945, Lela Presse,‎ 2012, 640 p. (ISBN 978-2-914017-63-3, présentation en ligne)
  • Loir, L'escadre de l'amiral Courbet, Berger-Levrault, 1892 ;
  • Louvet, Mgr d'Adran, Saïgon, imprimerie de la Mission, 1896 ;
  • Noguès, De la tranchée de Reims à la brousse Tonkinoise, Lavauzelle, 1924 ;
  • Palanca Guttierez, Récit historique de expédition de CochinchineLiberato Montells, Carthagène, 1869 ;
  • Pallegoix, Description du Royaume thai ou Siam, Paris, 1864 ;
  • Phạm, Phúc Khánh (1923-....) , Lược sư ̕ Ðịa phận Lạng Sơn, Lm. Phạm Phúc Khánh, Cannes , Phạm Phúc Khánh, 1994 ;
  • Jean Le Pichon ``Récits et lettres d'Indochine et du Viêt Nam 1927-1957``, (les Indes Savantes, imprimerie ``les Presses de l'Imprimerie Graphique de l'Ouest au Poiré-sur-Vie [Vendée], 2010, 638 pages, ISBN 978-2-84654-219-7) .
  • Félix Renoir de Sainte-Croix, Voyage commercial et politique aux Indes orientales, aux Philippines, à la Chine, Clament frères, 1810 ;
  • Contre-amiral Paul Romé. Les oubliés du bout du monde : Journal d'un marin d'Indochine de 1939 à 1946, Brest, Éditions Danclau, 1998, 275 p.
  • Alain Ruscio, La Guerre française d’Indochine, Bruxelles, Éditions complexe, coll. « 1945-1954 – La mémoire du siècle », 1992, 234 p.
  • Schreiner, Abrégé de l'Histoire d'Annam, Saïgon ;
  • Hugues Tertrais. « Les Intérêts français en Indochine entre 1954 et 1975 », dans Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois, sous la direction de Pierre Brocheux, Paris, Éditions complexe, 2000, p. 37-52.
  • Raymond Toinet. Une guerre de trente-cinq ans, Paris, Lavauzelle, 1998, 529 p.
    • Histoire de la marine française en Indochine de 1939 à 1945.
    • Le Petit Larousse Illustré, Paris, Larousse, 2001, p. 1214, 1408, 1458, 1476, 1745.
  • Truong-Vinh-Ky, Cours d'histoire de l'Annam, Saïgon, Imprimerie du gouvernement, 1879 .
  • Sébastien Verney, L'Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. Riveneuve, 2012, 520 p.

Magazines[modifier | modifier le code]

  • Pierre Assouline. « Duras, l'Indochinoise », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 46-47
  • Claude Aziza. « Les Soldats perdus de Pierre Schoendoerffer », L'Histoire, n° 203, octobre 1996, p. 46-47
  • Mariane Boucheret. « Le triomphe du caoutchouc », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 39
  • Pierre Brocheux. « Un siècle de colonisation », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 26-33
  • Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », Histoire, n° 203, (octobre 1996), p. 40-45
  • Jean-Michel Gaillard. « Le Désastre de Lang Son », L'Histoire, n° 203, octobre 1996, p. 34-35
  • Jean-Michel Gaillard. « La France en Indochine – Une guerre perdue d’avance », Histoire, n° 248, novembre 2000, p. 21-22
  • Indochine, Viêt Nam. Colonisation, guerres et communisme, « Les collections de l'Histoire », n°23, avril-juin 2004
  • Laurent Henninger. « Dien Bien Phu : Qu’allaient-ils faire dans cette « cuvette » ? », Histoire, n° 287, mai 2004, p. 29-30
  • Christophe Dutrône et Étienne Le Baube, L'Indochine en guerre 1940-1945, Batailles hors série n°3, Histoire & collections, 2005.
  • Yann Mahé, Étienne Le Baube et Guillaume Le Baube« Les Opérations terrestres de la guerre franco-thaïlandaise. 1940-1941 », Champs de bataille n°19.
  • Revue historique des armées n°194, Indochine 1939-1954, SHAT, 1994.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]