Indochine française

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Union indochinoise[note 1]
Liên bang Đông Dương
សហភាពឥណ្ឌូចិន

18871954

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de l'Indochine française : localisation du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine, du Laos, du Cambodge et (en haut à droite) du Kouang-Tchéou-Wan.

Informations générales
Statut Fédération d'une colonie, de quatre protectorats et d'une concession chinoise, relevant de l'empire colonial français
À partir de 1946 : fédération d'États associés de l'Union française
Capitale Saigon (1887-1901)
Hanoi (1902-1953)
Langue français, vietnamien, khmer, lao
Monnaie piastre indochinoise
Superficie
Superficie 1945 ~737 000 km2
Histoire et événements
17 octobre 1887 Création
Ajout du Protectorat du Laos
Ajout de Kouang-Tchéou-Wan
Coup de force des Japonais
Début de la Conférence de Fontainebleau
Novembre-décembre 1946 Début de la Guerre d'Indochine
Indépendance du Cambodge
Accords de Genève, fin de la fédération, division du Viêt Nam

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L’Indochine française est un territoire de l'ancien empire colonial français. Appelée officiellement Union indochinoise puis Fédération Indochinoise, elle regroupe de 1887 à 1954 diverses entités possédées ou dominées par la France en Asie du Sud-Est.

L'Indochine française est créée par l'administration coloniale pour regrouper plusieurs territoires aux statuts officiels différents :

L'Indochine française est souvent appelée simplement « Indochine », ce qui crée une confusion avec la notion géographique d'Indochine – ou péninsule indochinoise – qui désigne les territoires situés entre l'Inde et la Chine, soit les pays sus-cités ainsi que la Birmanie, la Thaïlande et la partie continentale de la Malaisie.

Au XXe siècle, l'indépendantisme vietnamien gagne en puissance. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'Indochine est occupée par l'Empire du Japon, occupation qui se conclut en 1945 par la destruction de l'administration coloniale française : le vide du pouvoir à la fin de la guerre permet au Việt Minh, mouvement d'orientation communiste, de s'emparer du Nord du Viêt Nam avant le retour de l'armée française. L'Indochine est réorganisée sous la forme d'une Fédération indochinoise composée d'États associés à l'Union française. Mais les tentatives de conciliation avec le Việt Minh échouent, ce qui débouche, fin 1946, sur le déclenchement de la guerre d'Indochine.

Le conflit virant à l'impasse politique et militaire, la France doit se résoudre à abandonner l'Indochine. Le Viêt Nam, le Laos et le Cambodge voient leurs indépendances reconnues par les accords de Genève de 1954, qui officialisent également la partition du Viêt Nam, germe de la future guerre du Viêt Nam.

Histoire[modifier | modifier le code]

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Des premiers contacts avec l'Occident à la conquête française[modifier | modifier le code]

Premiers contacts avec la France[modifier | modifier le code]

Carte de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin, établie au XVIIe siècle par le père Alexandre de Rhodes.

Les premiers missionnaires catholiques — portugais, espagnols, italiens ou français — arrivent dans la péninsule indochinoise au XVIIe siècle. C'est à cette même époque que le jésuite français Alexandre de Rhodes érige la base des transcriptions en alphabet latin de l'écriture vietnamienne, le quốc ngữ. Le missionnaire François Pallu part pour le Tonkin (Nord du Viêt Nam actuel) en 1661 : des efforts d'évangélisation ont lieu entre 1658 et 1700 au Tonkin, en Cochinchine (Sud du Viêt Nam actuel) et au Cambodge. C'est dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, à l'occasion du conflit entre les Nguyễn et les Tây Sơn, que se nouent les premiers contacts importants avec la France : Nguyễn Anh, qui veut reprendre pied dans son fief de Cochinchine dont il a été chassé, reçoit alors le soutien de l'évêque français Mgr Pigneau de Béhaine. Ce dernier obtient que Louis XVI apporte son aide à Nguyễn Anh en échange de la propriété des îles de Touron (Hoi nan) et Poulo Condor (Côn Đảo) ainsi que d'un droit de commerce et d'établissement. Le projet de Pigneau de Behaine est bloqué par la mauvaise volonté des Établissements français de l'Inde, mais l'évêque, revenu en juillet 1789, parvient à lever une armée formée d'aventuriers et à prêter main-forte à Nguyễn Anh pour la reconquête[1]. Nguyễn Anh, victorieux, devient sous le nom de Gia Long l'empereur de l'Annam (nom alors utilisé par les Chinois et les Occidentaux pour désigner l'actuel Viêt Nam), qui demeure à l'époque un État vassal de l'empire chinois des Qing[2].

L'Annam se ferme ensuite à l'Occident, avec lequel il ne noue des échanges commerciaux que dans quelques ports. Gia Long se méfie en effet à la fois des tendances expansionnistes des Européens et de la communauté catholique, de plus en plus nombreuse au Viêt Nam. Du fait de sa gratitude envers Pigneau de Behaine, il s'abstient cependant d'expulser les missionnaires. Son successeur, Minh Mạng, se montre plus directement hostile au christianisme et, en 1825, interdit l'entrée du pays aux « prêtres étrangers » ; les missionnaires continuent cependant d'y entrer clandestinement. En 1835, le père Joseph Marchand, accusé d'avoir participé à une insurrection de Chrétiens, est torturé et exécuté. Les milieux catholiques en appellent alors au roi de France Louis-Philippe pour qu'il agisse contre les persécutions anti-chrétiennes. Outre les pressions des religieux, les militaires et les milieux d'affaires soutiennent eux aussi, pour des raisons qui leur sont propres, un projet d'intervention en Asie du Sud-Est. Le Royaume-Uni s'est en effet implanté en Chine à la faveur de la première guerre de l'opium, prenant de l'avance sur la France. La marine française — qui y voit par ailleurs une occasion de favoriser son propre développement — souligne notamment l'intérêt stratégique que présenterait la ville côtière de Tourane (actuelle Đà Nẵng) pour s'implanter en Extrême-Orient. Guizot envisage sérieusement de prendre possession de cette ville, au nom des accords naguère conclus par Pigneau de Behaine, mais la monarchie de Juillet recule finalement devant l'idée d'une intervention militaire[3].

Colonisation de la Cochinchine et protectorat sur le Cambodge[modifier | modifier le code]

Dans les années qui précèdent sa première intervention militaire dans la péninsule indochinoise, le gouvernement français fait l'objet d'une triple pression, à la fois religieuse, militaire et commerciale. Les milieux catholiques continuent, sous le Second Empire, de réclamer à Napoléon III de porter secours aux missionnaires et aux chrétiens annamites réprimés par l'empereur Tự Đức : le souverain français se montre sensible à leurs arguments car l'appui des catholiques lui est nécessaire sur le plan politique. Les amiraux français, soucieux de développer leur propre influence, continuent de prôner une extension en Asie. Les milieux économiques — notamment l'industrie lyonnaise du textile, qui cherche de nouvelles sources d'approvisionnement en Asie — souhaitent pour leur part rattraper l'important retard pris par la France sur le Royaume-Uni : en effet, alors que les Britanniques possèdent déjà Hong Kong à la suite de la première guerre de l'opium et multiplient les échanges commerciaux en Chine, les Français tardent à s'implanter en Extrême-Orient. Une intervention en Indochine — la conquête étant un préalable à l'investissement économique — pourrait remédier à cette situation, et permettre d'envisager la création d'un « Hong Kong français »[4],[5].

Prise de Saïgon par le corps expéditionnaire franco-espagnol, tableau d'Antoine Léon Morel-Fatio.

L'empire d'Annam — qui porte alors, en vietnamien, le nom officiel de Đại Nam —, ne dispose pour se défendre que d'une armée désuète. Il est en outre affaibli par de nombreux troubles sociaux, son économie ayant notamment pâti de diverses catastrophes naturelles[6]. Le contexte de l'arrivée des Français en Indochine est en outre indissociable de la révolte des Taiping en Chine, qui affaiblit dramatiquement les Qing et permet aux Occidentaux de poursuivre leur implantation en menant la seconde guerre de l'opium. Du fait de sa situation intérieure, la Chine est hors d'état d'intervenir dans la péninsulte indochinoise et de porter secours à son vassal annamite[7].

Charles de Montigny, consul de France à Shanghai en mission diplomatique au Siam, est chargé en 1856 de signaler à l'empereur annamite Tự Đức la désapprobation de la France, face à un nouvel édit de persécution des chrétiens. Un incident éclate avec une corvette que Montigny avait envoyée en reconnaissance à Tourane : se croyant menacé, le capitaine du navire bombarde la ville. Les mandarins locaux se déclarent alors prêts à négocier, mais Montigny n'arrive qu'en janvier 1857 pour proposer un traité entre la France et l'Annam. Les tractations traînant en longueur, Montigny s'en va en menaçant l'Annam de représailles si les violences antichrétiennes continuent : Tự Đức réagit en promulguant un nouvel édit de persécution. Montigny soumet alors au ministre français des affaires étrangères, le comte Walewski, un projet de conquête de la « Basse-Cochinchine » - soit du Viêt Nam méridional - où il assure que les Français seront accueillis en libérateurs par les indigènes. La participation française à la seconde guerre de l'opium retarde les opérations, mais l'expédition de Cochinchine trouve une nouvelle justification au début de 1857 quand Mgr Diaz, évêque espagnol au Tonkin, est décapité sur ordre de l'empereur. Après la signature du traité de Tianjin avec la Chine, les Français ont les mains plus libres pour intervenir, avec l'aide de l'Espagne[8].

L'amiral Charles Rigault de Genouilly est envoyé à Tourane, où il arrive en août 1858, à la tête d'un corps expéditionnaire franco-espagnol de 2 300 hommes. Le siège de Tourane se déroule dans des conditions difficiles : les Vietnamiens font traîner les pourparlers, le soutien escompté de la part des populations locales ne se matérialise pas et les assiégeants sont décimés par le climat et les maladies. Rigault de Genouilly, ayant fini par conclure que la conquête est une entreprise trop difficile, sollicite son remplacement : son successeur, le contre-amiral Page, quitte à son tour les lieux en mars 1860, en abandonnant à leur sort les catholiques vietnamiens qui s'étaient mis sous la protection des Français. À Saïgon, cependant, une garnison franco-espagnole de 800 hommes s'accroche et parvient à tenir jusqu'en octobre. La fin des hostilités en Italie et la signature de la convention de Pékin, qui marque en octobre 1860 la fin du conflit avec la Chine, donnent cependant à la France les moyens d'une intervention plus importante. Des renforts, conduits par l'amiral Charner, peuvent alors être envoyés depuis la Chine. Tự Đức, confronté dans le même temps à un soulèvement, doit se résoudre à négocier avec les Français. Le 5 juin 1862, le traité de Saigon est signé par les empires français et annamite : la France annexe trois provinces, ainsi que Poulo Condor. Trois ports, dont Tourane, sont offerts au commerce français et espagnol. Les territoires annexés dans ce que les Occidentaux appelaient la Basse-Cochinchine deviennent la colonie française de Cochinchine, dont l'amiral Bonard, signataire du traité, devient le premier gouverneur. L'Espagne ne reçoit par contre que des compensations financières. L'empire annamite renonce en outre à sa suzeraineté sur le Cambodge[9],[10].

Le roi du Cambodge Norodom, trouvant trop pesante la tutelle du Siam alors qu'il vient d'être libéré de celle des Vietnamiens, se tourne alors vers les Français. L'amiral de La Grandière prend l'initiative de signer avec lui, le 11 août 1864, un traité de protectorat : le Cambodge demeure un temps lié au Siam, dont l'influence décline cependant rapidement au profit de celle de la France[11],[10].

Pause dans l'entreprise coloniale[modifier | modifier le code]

La commission d'exploration du Mékong, à Angkor Wat, en 1866 : Garnier, Delaporte, Joubert, Thorel, Carné, Doudart de Lagrée

La colonie de Cochinchine est, dans ses premières années, une pure création de l'« impérialisme naval » français. Jusqu'en 1879 — date de la nomination du premier gouverneur civil, Charles Le Myre de Vilers — son administration demeure de la compétence exclusive de la marine militaire, qui a joué un rôle essentiel dans sa création : c'est la période dite de la « Cochinchine des amiraux » (ou « ... des amiraux gouverneurs »)[7],[9].

Les Français ont pour priorité de pacifier le territoire, où ils sont confrontés à une guérilla. L'empereur Tự Đức tente quant à lui de négocier le rachat de ses provinces perdues, en envoyant en ambassade le mandarin Phan Thanh Giản. Les Vietnamiens proposent le passage à un régime de protectorat et la cession de certaines villes pour récupérer une partie de leurs territoires. La colonisation étant coûteuse, les milieux libéraux poussent Napoléon III à accepter cette offre. Un traité est signé en juillet 1864, mais le « parti colonial » alors en voie de formation et l'opposition républicaine mènent campagne à Paris pour que l'empereur français revienne sur sa décision, tandis que la marine et les milieux d'affaires mènent une campagne similaire à Saïgon ; le traité n'est finalement pas ratifié. En juin 1866, l'amiral de La Grandière prend l'initiative d'annexer trois nouvelles provinces annamites, celles de Châu Dôc, Hà Tiên et Vĩnh Long. Phan Thanh Giản, constatant l'échec de son ambassade avec les Français, se suicide[10].

Le 15 juillet 1867, un traité franco-siamois confirme le protectorat français sur le Cambodge. Les Français doivent encore affronter plusieurs soulèvements en Cochinchine — dont un mené par les fils de Phan Thanh Giản — et ont initialement des difficultés à gérer le vide administratif causé par le retrait des mandarins annamites, mais leur implantation dans le sud de la péninsule indochinoise est désormais réussie. L'entreprise coloniale en Extrême-Orient marque cependant une pause durant plusieurs années. La France est en effet occupée par l'intervention au Mexique puis par de graves troubles intérieurs (la chute de l'empire lors de la guerre de 1870 puis la Commune de Paris). Entretemps, cependant, la mission d'exploration géographique conduite entre 1866 et 1868 par les officiers Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier sur le Mékong, puis sur le Yangzi Jiang en Chine, fait apparaître l'intérêt pour la France d'obtenir un accès privilégié au Tonkin pour poursuivre son expansion économique en Extrême-Orient. Garnier — Doudart de Lagrée meurt de maladie au bout de deux ans d'expédition — revient en effet convaincu que la bonne voie pour créer une artère commerciale vers le Sud de la Chine n'est pas le Mékong mais le fleuve Rouge, dont le delta se trouve au Tonkin. Un lobby est bientôt formé par les milieux d'affaires français en Chine, les missions catholiques, la marine et l'administration de la Cochinchine, afin de pousser à une nouvelle expédition[12].

Entretemps, au Cambodge, les Français imposent en 1877 au roi Norodom une série de réformes visant à rationaliser l'administration, réduire le contrôle de la monarchie sur la propriété foncière et abolir l'esclavage. Les réformes ne sont finalement pas appliquées, mais cet épisode est le signe de la volonté des Français de renforcer leur contrôle sur le Cambodge. L'administration française y reste assurée pour l'essentiel par de jeunes officiers de marine, qui travaillent dans des conditions souvent précaires et périlleuses. Les forces militaires françaises aident le roi Norodom à réprimer diverses révoltes, qui demeurent fréquentes dans les années 1860-1870[13].

L'occasion d'une nouvelle expédition en Indochine se présente en 1873 lorsque le négociant Jean Dupuis — membre important du lobby d'affaires français en Chine, qui tente alors d'établir, via le fleuve Rouge, un flux commercial avec le Yunnan — est bloqué à Hanoï par les mandarins annamites. Dupré, gouverneur de la Cochinchine, envoie alors Francis Garnier avec la mission officielle de secourir Dupuis. Garnier a cependant des objectifs nettement plus ambitieux, Dupré l'ayant chargé d'obtenir, par la négociation ou par la force, l'ouverture du fleuve au commerce français, la colonisation de l'Ouest de la Cochinchine, voire un protectorat sur le Tonkin. Garnier n'obtenant rien des mandarins, sinon l'évacuation de Dupuis, il choisit l'épreuve de force, avec le soutien actif de l'évêque local Mgr Puginier. En novembre 1873, il proclame la liberté d'exploration sur le fleuve Rouge, puis s'empare de la citadelle de Hanoï et de divers points stratégiques, où il installe des autorités pro-françaises. L'entreprise de conquête de Garnier se déroule avec facilité, jusqu'à ce que le gouverneur de Sontay s'allie avec Liu Yongfu, chef des soldats irréguliers chinois appelés les Pavillons noirs. Les troupes de Garnier sont bientôt harcelées par ces derniers. Garnier repousse une attaque contre Hanoï, mais il est tué le 21 décembre lors d'un affrontement avec les Pavillons noirs. Ses hommes reçoivent ensuite de Dupré l'ordre de se retirer — abandonnant à leur sort leurs auxiliaires annamites — le gouvernement républicain préférant désavouer l'entreprise intempestive de Garnier[14],[15].

Le lieutenant de vaisseau Paul Philastre signe le 15 mars avec le gouvernement impérial un traité — dit « traité Philastre » — qui restitue les territoires conquis par Garnier, légalise une nouvelle fois le christianisme, reconnaît la souveraineté de Tự Đức sur le Tonkin et comporte des accords commerciaux et douaniers. Tự Đức, quant à lui, autorise une nouvelle fois le christianisme, et reconnaît la souveraineté française sur la Basse-Cochinchine. Ce traité constitue une sorte de protectorat, présenté dans des termes assez vagues, l'Annam acceptant de conformer sa politique intérieur à celle de la France. Tự Đức et ses ministres ne considèrent cependant le traité que comme un expédient temporaire, destiné à contenir la poussée des Français. L'Annam cherche dans le même temps un appui du côté chinois : Liu Yongfu est élevé à la dignité mandarinale et le gouvernement de Pékin, alerté, vient en aide à son vassal en difficulté en autorisant l'envoi de troupes[14],[16].

Poursuite de la conquête[modifier | modifier le code]

Expédition du Tonkin[modifier | modifier le code]
Jules Ferry, partisan de la conquête du Tonkin.
Campagne du Tonkin. Marche des troupes vers Lang-Son avec artillerie, illustration de Dick de Lonlay (1888).
Régions indochinoises sous domination française ou britannique, avec dates. Pour la partie française : Cochinchine (1864) ; Cambodge (1867, 1907) ; Annam (1874) ; Tonkin (1884) ; Laos (1893).
Expansion territoriale française et britannique dans la péninsule indochinoise

Après l'échec de 1873, l'entreprise de conquête, jugée risquée et coûteuse, marque une nouvelle fois le pas durant quelques années. Dans la deuxième moitié des années 1870, cependant, l'idée coloniale continue de gagner du terrain en France, avec le soutien d'un ensemble de lobbies. Les campagnes des intellectuels se conjuguent à celles de la marine militaire, qui considère l'expansion coloniale comme un outil idéal pour son développement, et à celles des milieux d'affaires. Outre la vision d'une mission civilisatrice qui incomberait à l'Occident, le colonialisme est motivé par les difficultés de l'économie française, alors en pleine stagnation industrielle. La situation impose de trouver pour les flux de capitaux de nouveaux débouchés, que les capitalistes français préconise de chercher dans les colonies : c'est d'ailleurs pendant cette période de ralentissement économique qu'est fondée la Banque de l'Indochine. Les républicains comme Léon Gambetta, Charles de Freycinet et Jules Ferry se rallient à l'idée d'un impérialisme offensif hors d'Europe, qui leur paraît la seule manière de sauvegarder le statut de grande puissance de la France. Une campagne d'opinion est lancée pour obtenir la révision du traité Philastre et la reprise de la conquête en Extrême-Orient. Les congrès de géographie et les chambres de commerce des villes industrielles multiplient les résolutions en faveur de l'annexion du Tonkin, vu comme une source de nouveaux débouchés, et la clé pour pénétrer le marché chinois, dont le potentiel est alors beaucoup surestimé ; les partisans d'une conquête du Tonkin reçoivent d'ailleurs le surnom de « Tonkinois »[17].

Jules Ferry, l'un des plus ardents défenseurs de l'entreprise coloniale, est en pointe dans ce projet d'avancée en Extrême-Orient, dont il fait une affaire personnelle[18]. Un premier budget pour une conquête du Tonkin est préparé dès 1881, sous le premier Cabinet Ferry, mais le courant des Républicains opportunistes hésite jusqu'en 1883. Un projet d'occupation totale est écarté au profit d'une intervention plus prudent, préparé par le cabinet Ferry avec le gouverneur de la Cochinchine, Le Myre de Vilers. En mars 1882, le cabinet Freycinet envoie à Hanoï le commandant Henri Rivière, avec pour mission de faire appliquer le traité de 1874. Sous la pression des commerçants du Tonkin et de Mgr Puginier, Rivière prend d'assaut la citadelle qu'il tient quelques jours avant de la restituer, puis poursuit son avancée. Le Đại Nam est alors gravement affaibli par les contrecoups des révoltes internes qui ont secoué la Chine dans les années précédentes, et la cour impériale est divisée quant à l'attitude à adopter face à la France. En janvier 1883, Tự Đức appelle une nouvelle fois à l'aide la Chine, qui intervient pour sauver sa suzeraineté sur l'empire annamite. Rivière, qui entreprend en mars d'occuper les villes du Delta, doit affronter l'armée chinoise et les Pavillons noirs. Il est tué le 19 mai, et sa mort permet à Jules Ferry — à nouveau président du Conseil depuis le mois de février — d'obtenir à la chambre le vote des crédits pour une expédition au Tonkin, commandée par le général Bouët et le contre-amiral Courbet , et destinée à « organiser le protectorat »[19],[18].

Les Français entament des opérations, mais ils sont bientôt soumis à un véritable harcèlement de la part des Pavillons noirs. Courbet mène alors une opération directe contre la capitale vietnamienne ; ses troupes s'emparent le 20 août des forts qui défendent Hué. La cour impériale, en plein désarroi — l'empereur Tự Đức est mort un mois plus tôt — signe un traité promettant de retirer ses troupes du Tonkin, de se soumettre au contrôle français et d'accepter l'annexion de nouveaux territoires à la Cochinchine. Mais les troupes annamites, les Pavillons noirs et les irréguliers chinois continuent de combattre au Nord ; cette prolongation des hostilités, de plus en plus coûteuse, pose des difficultés aux troupes françaises qui manquent de renfort et réveille les divisions politiques à Paris. Courbet repasse alors à l'offensive et prend la ville de Sontay, place-forte des Pavillons noirs. Cette victoire conforte Ferry, qui peut alors obtenir de nouveaux crédits et faire envoyer 7000 hommes en renfort. En mai 1884, Français et Chinois concluent l'accord de Tientsin (dit « convention Li-Fournier »), qui prévoit le retrait des troupes chinois du Tonkin. Le mois suivant, un nouveau traité de Hué (dit « traité Patenôtre », du nom du diplomate français signataire), confirme le protectorat français sur l'Annam ; le sceau impérial chinois est fondu, mettant symboliquement fin à la vassalité vietnamienne vis-à-vis de Pékin[20].

Quelques semaines plus tard, cependant, une colonne française doit se replier après avoir subi une embuscade chinoise à Lạng Sơn. Le camp belliciste à la cour de Pékin prend le dessus et dénonce l'accord de Tientsin, relançant la guerre franco-chinoise. Courbet réagit en attaquant le port de Fuzhou et en décrétant le blocus de Taïwan. Les hostilités s'étendent à terre alors que les Chinois lancent une invasion du Haut-Tonkin ; les Français doivent désormais affronter des unités d'élite mandchoues, en plus des Pavillons noirs. Ferry parvient à obtenir de nouveaux crédits et renforts. Le général de Négrier prend Lạng Sơn en février 1885, puis vise la frontière chinoise sur instruction de Ferry. Mais il est ensuite blessé dans les combats, et sa colonne décide finalement de rebrousser chemin. La « retraite de Lạng Sơn », fin mars, se traduit principalement par des pertes matérielles, mais lorsque la nouvelle atteint Paris, la rumeur la présente comme un véritable désastre militaire. Cette fausse nouvelle provoque en France une crise politique, surnommée l'« affaire du Tonkin » : « Ferry Tonkin » est conspué à la chambre et dans des manifestations pour avoir entraîné la France dans une aventure ruineuse. Mis en minorité, le gouvernement Ferry doit démissionner[21].

L'« honneur national » français étant en jeu, des renforts sont néanmoins envoyés au Tonkin. Le général Brière de l'Isle renforce la défense du delta, tandis que Courbet s'empare des îles Pescadores. Le gouvernement chinois, inquiet des tensions avec le Japon à propos de la Corée et occupé par une insurrection interne, finit par renoncer. Grâce à une médiation britannique, le nouveau traité met fin à la guerre franco-chinoise, et les Chinois évacuent le Tonkin tout en s'engageant à ne plus intervenir dans les affaires franco-annamites[22].

Après le départ des Chinois, les Français achèvent de conquérir le territoire vietnamien. À la cour de Hué, dans le même temps, le pouvoir est détenu par deux régents, les mandarins Tôn Thất Thuyết et Nguyễn Văn Tường, qui ont destitué ou tué trois empereurs successifs après la mort de Tự Đức : l'empereur en titre, Hàm Nghi, est un adolescent. Le nouveau commandant des troupes françaises, le général de Courcy, marche sur Hué dont il s'empare le 7 juillet. Tôn Thất Thuyết s'enfuit avec Hàm Nghi, lançant un mouvement d'insurrection baptisé le Cần Vương (« soutien au roi »). Les Français mettent sur le trône Đồng Khánh, un frère du souverain en fuite, sans pour autant calmer la révolte d'une partie des mandarins : les conquérants doivent affronter à la fois l'« insurrection des lettrés » et la piraterie, qui persiste dans la région en se drapant parfois d'atours patriotiques[23].

Renforcement du contrôle sur le Cambodge[modifier | modifier le code]

Au Cambodge, les Français, jugeant le fonctionnement de leur protectorat peu satisfaisant et trop coûteux, décident d'imposer un contrôle plus étroit à la cour de Phnom Penh. En 1884, ils obtiennent du roi Norodom de récupérer les taxes douanières pour payer le coût de leur administration. Charles Thomson, gouverneur de la Cochinchine, entame des négociations secrètes avec Sisowath, demi-frère de Norodom, en vue de remplacer ce dernier s'il se montrait trop rétif. Finalement, le 17 juin, Thomson impose à Norodom de signer une convention qui accepte une tutelle renforcée de la France sur la monarchie cambodgienne. Mais les réformes foncières et administratives que veulent imposer les Français - notamment l'abolition de l'esclavage - provoquent une révolte des élites cambodgiennes, moins préoccupées du sort du monarque que des bouleversements sociaux qui risquent de survenir. Dans l'ensemble du pays, des soulèvements éclatent début 1885, que les Français doivent réprimer avec l'aide des troupes vietnamiennes. Après avoir tenu Norodom en défiance, la France finit en juillet 1886 par obtenir son aide pour calmer la révolte, par la promesse que les coutumes cambodgiennes seront respectées. Après l'insurrection de 1885-1886, les Français continuent de renforcer progressivement leur contrôle sur le pays, en entourant le roi de conseillers khmers acquis à leur cause, et en repoussant sine die l'application de la plupart des clauses de la convention. Le roi continue de promulguer des lois et de nommer des mandarins, mais l'influence de la France se consolide inexorablement. À partir de 1893, la France gère directement les impôts au Cambodge ; en 1895, elle compte dix résidents généraux dans le pays[24].

Économie et développement des infrastructures[modifier | modifier le code]

Les Halles de Hanoï vers 1910
Billet de banquet (une piastre) de la Banque de l'Indochine

En 1897, le gouverneur général Paul Doumer crée les structures administratives de l'Indochine, véritable État colonial, avec des services généraux et leurs annexes dans les cinq « pays », doté d'un budget général afin que la colonie ne pèse plus sur les finances de la France. À cette fin, Doumer organise un système de prélèvement fiscal lourd et impopulaire. Devant l'insuffisance des rentrées de l'impôt foncier et de la capitation, et malgré une foule de taxes locales, l'administration s'arroge le monopole du commerce de l'opium, du sel et de l'alcool de riz - les deux derniers étant essentiels pour la population indigène. Celui-ci fournit 20 % des rentrées du budget jusqu'en 1930, avec des sommets à 36,5 % en 1913 et 44 % en 1920.

Le gouverneur général Merlin et sa femme en chaises à porteurs à Yunnanfou en 1924.

L'Indochine est une colonie d'exploitation et non de peuplement : la mise en valeur des ressources du pays débuta dès la fin de la conquête. Des négociants comme Jean Dupuis, de grands groupes industriels et financiers (Fives-Lille, société des Batignolles, Comptoir national d'escompte, Société générale, Crédit lyonnais) s'implantent en Indochine pour avoir un accès au marché interne de la Chine et l'achèvement du chemin de fer du Yunnan reliant Haïphong à Yunnanfou concrétise leur stratégie. Albert Sarraut, gouverneur-général radical-socialiste de 1911 à 1914 et de 1916 à 1919, puis ministre des Colonies à partir de 1919, s'en fait le héraut. Il fonde l'Agence économique de l'Indochine pour la propagande en direction des milieux d'affaires. Il élabore le plan d'équipement de la péninsule, dit « plan Sarraut », en 1921. La Première Guerre mondiale, par l'importance de la contribution de l'Empire colonial à l'effort de guerre de la métropole française, confirme son intérêt économique.

L'État français et les sociétés capitalistes jouent des rôles complémentaires dans cette œuvre de colonisation qui a pour but de mettre en marche une exploitation économique[25]. La Banque de l'Indochine (BIC) fondée en 1875 devient l'interlocutrice obligée du gouvernement général ; elle contrôle de fait l'économie indochinoise. Bénéficiant d'un statut unique parmi les banques privées françaises, car dotée du privilège d'émission de la piastre indochinoise, la Banque de l'Indochine est à la fois une banque d'affaires et une société financière. Son domaine d'action s'étend à l'Asie entière et au-delà. En 1937, elle est partie prenante dans presque toutes les entreprises économiques. De grandes firmes financières et industrielles métropolitaines, du groupe Rivaud, spécialisé dans les affaires de caoutchouc, à la société Michelin, investissent aussi en Indochine. De toutes les colonies, mise à part l'Algérie, c'est elle qui reçoit le plus d'investissements, évalués à 6,7 milliards de francs-or en 1940.

Le flux des investissements métropolitains converge principalement vers les mines, les plantations d'hévéas, de thé et de café, ainsi que vers certaines industries de transformation: les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries et le ciment. Les transports et les voies de communication, essentiels à l'expansion de l'économie coloniale, bénéficient d'une attention particulière de la part de la France. Saïgon devient bientôt un grand port d'Extrême-Orient qui prend place au sixième rang des ports français en 1937 ; le chemin de fer relie Hanoï à Saïgon à partir de 1936 (Trans-Indochinois). En 1939, Saïgon n'est plus qu'à trente jours de bateau de Marseille, et à cinq jours d'avion de Paris. Le télégraphe sans fil, plus rapide que la télécommunication par câbles sous-marins, fonctionne à partir de 1921. Un effort est également porté sur l'infrastructure routière et les réseaux de canaux.

Dans le domaine agricole, les travaux d'irrigation permettent un accroissement spectaculaire des surfaces cultivées. Entre 1893 et 1930, 35 000 hectares de terres marécageuses sont mises en culture. En Cochinchine, l'augmentation est de 421 % passant de 552 000 hectares cultivés au début du siècle à plus de deux millions en 1929[26].

Œuvre éducative et sociale[modifier | modifier le code]

La rue Paul-Bert à Hanoï avec le théâtre municipal, vers 1905

L'enseignement et la culture[modifier | modifier le code]

L'enseignement était l'autre instrument essentiel de la « conquête des cœurs et des esprits ». Dans ce domaine, les premières années furent dominées par la tentation de l'assimilation (faire des enfants d'Indochine de petits Français). Toutefois, dans les années 1920 et surtout 1930, du fait de la résistance rencontrée auprès de peuples de cultures anciennes, et aussi de la poussée en Europe de certaines idées subversives, des modifications furent apportées aux programmes d'enseignement. En 1930, le gouverneur général Pasquier exprimait ses doutes : « Depuis des milliers d'années, l'Asie possède son éthique personnelle, son art, sa métaphysique, ses rêves. Assimilera-t-elle jamais notre pensée grecque et romaine ? Est-ce possible ? Est-ce désirable ? […] Nous, Gaulois, nous étions des barbares. Et, à défaut de lumières propres, nous nous sommes éclairés, après quelques résistances, à celles qui venaient de Rome. Le liant du christianisme acheva la fusion. Mais en Asie, sans parler des éloignements de race, nous trouvons des âmes et des esprits pétris par la plus vieille civilisation du globe. »

Collège catholique de jeunes filles (1937) à Hanoï, aujourd'hui musée des beaux-arts du Viêt Nam

Le prédécesseur de Pasquier, Alexandre Varenne, faisait même ces recommandations aux enseignants : « Ne leur enseignez pas que la France est leur patrie. […] Veillez qu'ils aient un enseignement asiatique qui leur soit utile dans leur pays. » Il en résulta un compromis : l'« enseignement franco-indigène », doté de trois degrés, primaire, secondaire et supérieur dont les effectifs ne cessèrent de progresser, sans compter que les écoles publiques étaient doublées d'établissements privés catholiques ou laïques dont l'existence était antérieure et le nombre plus important. Le nombre d'élèves de l'enseignement public au Viêt Nam dans le primaire s'éleva de 126 000 en 1920 à plus de 700 000 en 1943-1944. Dans le secondaire, de 121 en 1919, leur nombre atteignit 6 550 en 1943-1944. Au Cambodge, 15 700 enfants étaient scolarisés dans le primaire public en 1930 ; ils étaient 32 000 en 1945. En outre, c'est également au Cambodge que l'instituteur français Louis Manipoud réforma avec succès les écoles de pagodes (bouddhiques) en introduisant des matières dans le cursus traditionnel. Ces écoles rénovées accueillaient 38 000 élèves en 1939 et cinquante-trois mille en 1945. Toutefois, sauf en Cochinchine, les campagnes ne furent pas dotées d'un réseau scolaire serré et, en 1942, 731 000 enfants étaient scolarisés sur une population totale de 24,6 millions.

Lycée Marie-Curie de Saïgon (1918)

Au Viêt Nam, l'enseignement du Quốc ngữ[note 2], la langue vietnamienne transcrite en caractères latins, et du français fut généralisé. La suppression en 1919 des concours traditionnels de recrutement des mandarins contribua de façon déterminante à séparer les nouveaux lettrés de l'univers intellectuel et moral sino-vietnamien empreint de valeurs confucéennes[note 3]. Les Vietnamiens surent intégrer dans leur pensée les apports de la France - une pluralité de références intellectuelles et politiques -, et contrairement à ce que nous pouvons penser, ils furent les propres créateurs de leur culture moderne.

Le musée Louis Finot (aujourd'hui musée d'histoire du Viêt Nam) construit par Ernest Hébrard en 1932 à Hanoï

Ainsi, une élite locale, en majorité des Vietnamiens et des citadins, émergea, souvent issue de la classe des mandarins. En 1940, le groupe des diplômés de l'enseignement supérieur ou spécialisé était évalué à 5 000 personnes. L'université indochinoise connut elle aussi un accroissement d'effectifs (de 457 en 1938-1939, le nombre d'étudiants atteignit 1 575 en 1943-1944). On peut y ajouter les fonctionnaires (16 941 en 1941-1942), les enseignants (16 000 en 1941-1942), tous issus de l'enseignement primaire supérieur ou secondaire, ou de l'université indochinoise. Bien que minoritaires, ils formaient ce « tiers-état » auquel le gouverneur général Alexandre Varenne recommandait que l'on fît une place, considérant que, si des droits ne leur étaient pas octroyés, ils les réclameraient eux-mêmes.

Œuvre sanitaire[modifier | modifier le code]

Le statut des Indochinois et des Français[modifier | modifier le code]

Un pousse-pousse à Hanoï à la fin du XIXe siècle
Maison d'une famille française de l'époque coloniale à Hanoï
Photographie (1940) d'une réunion chez un administrateur colonial (René Schneyder)

Les enfants de l'œuvre civilisatrice française, de formation équivalente ou à diplômes identiques, se voyaient souvent refuser l'égalité de statut et de traitement avec les Français, car dans cette société coloniale, la minorité européenne occupait le sommet de la hiérarchie. Plus que la fortune, l'appartenance raciale était un indicateur du statut social d'une personne vivant en Indochine. Bien qu'un régime de séparation ethnique n'existât pas sous une perspective politique et juridique, une frontière invisible séparait les gens et les mettait à leur place dans la hiérarchie sociale, malgré une certaine diffusion des mariages mixtes. Par exemple, la liaison amoureuse que Marguerite Duras met en scène dans le roman L'Amant est une transgression du code de la société coloniale. En effet, cela paraissait plutôt normal qu'un Français prît une femme indochinoise pour concubine, souvent d'une manière temporaire, mais en revanche, une alliance même légitime entre une Française et un Indochinois était très mal perçue. Un Français se trouvant en Indochine vivait le plus souvent en célibataire. Dans ces conditions, il était inévitable que des couples se forment. Plus que les sentiments, ce furent les circonstances qui présidèrent à leur naissance.

À l'époque de la colonisation de l'Indochine, les Français, qui prenaient la décision de s'établir dans cette région asiatique, formaient une minorité : leur nombre ne dépassa jamais le seuil de 40 000 personnes (en 1940) sur une population totale de 22 655 000 habitants[27]. De toute évidence, ces Français furent en majorité des cadres de la fonction publique ou du secteur privé, ainsi que des ecclésiastiques, religieux et religieuses, et des commerçants, plus rarement des colons. En effet, en 1929, 6 000 fonctionnaires étaient présents en Indochine et leur principal privilège était le supplément colonial qui doublait la solde métropolitaine. Si le despotisme n'était pas pratiqué journellement par les Français et si un certain nombre d'entre eux avaient l'estime et l'affection des habitants indochinois de descendance ancestrale (Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens), il n'en demeurait pas moins qu'un Français coupable d'un meurtre sur la personne d'un Indochinois était frappé d'une peine relativement légère en vertu d'un « verdict de race » contre lequel le gouverneur général Albert Sarraut avait d'ailleurs mis en garde les juges. Si nous laissons de côté les facteurs conjoncturels, la politique coloniale française porte une lourde responsabilité dans la mesure où elle opposa une fin de non-recevoir aux Indochinois modérés comme aux radicaux. Faute de voir aboutir les revendications d'égalité et de liberté, exprimées dès 1906-1908 par un naturalisé français du nom de Gilbert Chieu, homme d'affaires et patron de presse, le mouvement s'amplifia dans les années 1920. Une grande partie de l'intelligentsia fut alors séduite par le communisme. Dans l'éventail des doctrines occidentales, ce dernier avait l'avantage d'offrir les réponses aux problèmes posés par la dépendance coloniale ; il trouvait un écho au sein de la paysannerie et du monde ouvrier, mais aussi un appui dans la métropole elle-même.

Conditions de vie des paysans et situation économique dans les années 1930[modifier | modifier le code]

Pendant la période où les Français administraient l'Indochine, la situation des paysans si elle s'améliora, ne parvint pas à combler son retard. Les surplus exportables étaient en effet soumis aux fluctuations des prix sur les marchés régionaux et mondiaux. L'endettement et l'absence de titres de propriété favorisaient l'accaparement des terres par les propriétaires les plus riches et les marchands, et le nombre des paysans sans terre allait en croissant, ce qui augmentait le nombre du petit peuple des villes. Parallèlement, l'économie coloniale ruinait les structures traditionnelles d'organisation et d'entraide de la communauté paysanne: l'institution multiséculaire des rizières communales connut une forte érosion au point d'avoir pratiquement disparu en Cochinchine à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La paysannerie manifesta son mécontentement de façon bruyante, voire violente, à plusieurs reprises: ainsi en 1930-1931 en Cochinchine et dans le nord de l'Annam, puis à nouveau entre 1936 et 1938. Le mécontentement paysan était instrumentalisé par des intellectuels marxistes et trouvait un écho chez les ouvriers. Faute de s'attaquer à la racine des maux dont souffraient les ruraux, l'administration coloniale était prisonnière de contradictions apparemment insolubles, qu'exprima le gouverneur général Jules Brévié à propos de l'occupation de concessions par des paysans sans terre en 1938 : « Lorsque nous protégeons les droits des uns, nous commettons une injustice et portons atteinte à l'équité à l'égard des autres. Lorsque nous négligeons ces droits, nous violons la loi et condamnons nos méthodes. »

La main-d’œuvre des plantations, des usines et des mines formait un prolétariat composite avec, souvent, un pied dans la rizière et l’autre dans l’entreprise coloniale. Il était soumis à un régime de travail sévère : retenues sur salaire et châtiments corporels étaient assez fréquents. Si l’oppression patronale ne différait pas de celle d’autres pays, en Indochine, elle fut identifiée à la présence étrangère et alimenta le mouvement nationaliste et communiste. Dans les années 1930, celui-ci connut deux grandes poussées sous l’effet de la crise économique mondiale du début des années 1930 causée par le krach boursier consécutif à la crise de 1929, et de l’extension des activités de la IIIe Internationale et de la stratégie « classe contre classe » du Parti communiste français[note 4]. Dans le même temps, une aile radicale de l’intelligentsia qui organisa les groupuscules communistes émergeait. Elle était souvent formée dans les écoles publiques françaises d'Indochine qui avaient semé l'idée de la Révolution française dans les esprits. Ainsi le lycée Albert-Sarraut de Hanoï fut un vivier de futurs communistes indépendantistes, ou futurs nationalistes. En 1930, Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, unifia ces groupuscules sous le nom de Parti communiste indochinois (PCI), d’abord section du PCF puis, à partir de mai 1931, reconnu comme section de l’Internationale. À partir de 1936, le triomphe du Front populaire en France et l’orientation du front antifasciste, alors que la menace d’une invasion japonaise se dessinait en Extrême-Orient, redonnèrent vigueur à l’opposition. En outre, la grande dépression économique qui toucha l’Indochine entre 1930 et 1934, et illustra la crise du régime capitaliste aboutit à accroître la puissance de la Banque d’Indochine à laquelle le gouvernement français confia l’assainissement de l’économie. Celle-ci fut la principale bénéficiaire des faillites, des expropriations et de la concentration des entreprises, ce qui provoqua un surcroît de mécontentement instrumentalisé par les communistes.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Entrée des troupes japonaises à Saïgon

La Seconde Guerre mondiale est déterminante pour l'avenir de l'Indochine française. L'Empire du Japon, en guerre contre la Chine depuis 1937, profite de la défaite française en Europe (juin 1940) pour adresser un ultimatum aux Français. Il entend occuper la frontière nord de l'Indochine et couper la voie ferrée de Haïphong au Yunnan, une des voies de ravitaillement de Tchang Kaï-chek. Le gouverneur Catroux accepte, faute de moyens pour s'y opposer. Démis de ses fonctions le , il rejoint la France libre. L'amiral Decoux, qui lui succède le , est chargé d'appliquer à partir du 22 septembre l'accord passé le 30 août avec le Quartier-général impérial. Cet accord autorise la présence de 6 000 soldats japonais au Tonkin ainsi que l'utilisation d'aérodromes. En échange, le Japon reconnaît l'intégrité territoriale et la souveraineté française de principe en Indochine. Cet accord ne peut toutefois empêcher la violente occupation de Lang Son et le bombardement de Haïphong. L'Indochine reste sous l'autorité nominale de Vichy jusqu'en 1945. L'Indochine fidèle au régime de Vichy sous l'autorité de son amiral gouverneur, applique les mesures de la métropole : lois anti-juives, anti-franc maçonne, traque des opposants (indochinois mais aussi français) et s'engage dans un modus-vivendi avec le Japon. En fait celui-ci n'intervient pas du tout dans les affaires coloniales, avant de virer totalement de cap par son coup de force du 9 mars 1945. La barque indochinoise est fort éloignée de la France de Vichy par la distance et le gouverneur Decoux est laissé presque seul. Il met en place une politique identitaire indochinoise destinée à vanter les races indochinoises face aux influences japonaises et thaïlandaises. Cette politique creuse un fossé envers le colonisateur et prépare les futures révoltes d'après 1945[28].

Hô Chi Minh, communiste indépendantiste vietnamien parfaitement francophone et adversaire implacable de la France, crée en 1941 le Viêt-Minh par la fusion du Parti communiste indochinois (fondé en 1930) et de groupes nationalistes. Il jette les bases d'une résistance d'abord antifrançaise et ensuite antijaponaise (les militaires japonais avaient une attitude conciliante à l'égard du Viêt Minh au début). Son mouvement se développe surtout à partir du début de 1945, grâce à l'aide matérielle des Américains qui dès Yalta et Potsdam avaient décidé de chasser la France d'Indochine.

Fin 1940, la guerre franco-thaïlandaise est déclenchée par la Thaïlande qui, armée par le Japon, profite de l'affaiblissement de la France depuis sa défaite face à l'Allemagne pour attaquer l'Indochine française. Le but est de récupérer les territoires situés au Laos et au Cambodge qui lui avaient été ravis par la France en 1893, 1902, 1904 et 1907 et de reconstituer le royaume d'Ayutthaya. Le , à Phum Préav, se déroule une contre-offensive française lancée par le 5e régiment étranger d'infanterie qui, malgré une infériorité en hommes et en matériel du côté français, fait subir de lourdes pertes aux forces thaïlandaises. Le lendemain, le , la flottille de la Marine nationale en Indochine coule la flotte thaïe lors de la Bataille de Koh Chang. Mais, sous la « médiation » nipponne, le , la France est contrainte de signer un traité de paix, par lequel elle abandonne à la Thaïlande les provinces de Battambang et de Siem Reap, enlevées au Cambodge, et celles de Champasak et Sayaburi, prises au Laos. Ces provinces seront restituées à l'Union indochinoise en 1945.

Le , dans le cadre des Accords Darlan-Kato, le Quartier-général impérial impose le stationnement de 75 000 hommes dans le sud de l'Indochine, l'utilisation de plusieurs ports et aéroports, ainsi qu'une coopération économique, conditions auxquelles se plie l'amiral Jean Decoux. Ce dernier applique par ailleurs sans état d'âme à l'Indochine les principes de la Révolution Nationale du maréchal Pétain. Les lois de Vichy contre les juifs, les francs-maçons, les gaullistes sont appliquées. En secret, les Japonais arment des éléments nationalistes et exacerbent les sentiments anti-français.

Entre la fin de 1944 et le début de 1945, une terrible famine, causée par des désastres naturels et aggravée par le contexte de la guerre, se déclenche au Tonkin et se prolonge durant toute l'année 1945, faisant un nombre important de victimes, évalué au minimum à plusieurs centaines de milliers.

Le 9 mars 1945, les garnisons françaises sont attaquées par surprise par l'armée impériale japonaise. Sur les 34 000 Français métropolitains dans la région et 12 000 militaires d'origine européenne, plus de 3 000 sont tués en moins de 48 heures, parfois exécutés par décapitation à coups de sabre. Des femmes d'officiers sont violées avant d'être tuées. Les soldats qui échappent aux massacres ou aux arrestations prennent la brousse ou franchissent la frontière chinoise au terme d'une longue marche. Pour les prisonniers européens, les six mois de captivité coûtent la vie à plus de 1 500 d'entre eux (notamment torturés par la Kenpeitai dans les grottes de Ky-Lua ou dans le camp de la mort de Hoa Binh). Les supplétifs indochinois sont utilisés comme bêtes de somme par les Japonais et meurent par centaines.

Cette opération détruit l'administration coloniale. Le Japon encourage la formation de régimes nominalement indépendants, dans le cadre de sa sphère de coprospérité de la grande Asie orientale, avec en particulier le soutien de l'empereur d'Annam Bảo Đại[29]. Celui-ci proclame l’indépendance de l'empire du Viêt Nam le 11 mars, et abolit tous les accords passés avec la France. Les statues des colonisateurs français sont détruites. Au sud Laos (avec le capitaine Dumonet et ses chasseurs laotiens) et au nord Laos (avec le capitaine Rottier et ses hommes, appuyés par les partisans du Tranninh du chef Méo Touby), la présence militaire française se maintient, malgré les attaques japonaises et les violentes réactions des ressortissants annamites, soulevés par le Việt Minh. Le roi du Laos apporte son soutien aux Français.

À la fin de sa vie, le président américain Roosevelt ne fait pas mystère que la France ne doit pas retrouver l'Indochine à la fin de la guerre. Il propose même à Tchang Kaï-chek d'occuper entièrement l'Indochine, ce à quoi ce dernier se refuse[30].

Truman (qui succède à Roosevelt mort en avril), Staline et Attlee se réunissent à la Conférence de Potsdam en 1945. Truman et Staline, défavorables au colonialisme français, décident que le Viêt Nam serait divisé en deux parties : lors de la capitulation du Japon, les Chinois (dirigés par le généralissime Tchang Kaï-chek) s'installeraient dans le nord le (une semaine avant, le à Hanoï, le leader communiste Ho Chi Minh proclamait la République démocratique du Viêt Nam) et les Britanniques (commandés par le général Sir Douglas David Gracey (1894-1964, KCB, KCIE, CBE, MC and bar)[31]) dans le sud [32].

130 000 soldats chinois et leurs supplétifs ont pour mission de désarmer 35 000 soldats japonais, ce qui sera fait avec lenteur, le temps de piller le Tonkin (départ des derniers soldats chinois de Lu Han, seigneur du Yunnan, le 18 septembre 1946).

Un officier japonais se rend à la marine britannique à Saïgon en septembre 1945

Les Français, sous l'impulsion du général de Gaulle, décident de rétablir la souveraineté française sur l’Indochine après la Seconde Guerre mondiale, à une époque où d’autres puissances coloniales reprennent pied dans leurs colonies asiatiques (Birmanie et Malaisie pour le Royaume-Uni, Indonésie pour les Pays-Bas)[33]. En 1946, le 28 janvier, les troupes britanniques acceptent de quitter le Viêt Nam, tandis les Chinois se retirent également du nord du territoire vietnamien. En échange, les Français restituent à la République de Chine ses droits sur les concessions françaises dans ce pays (Accord franco-chinois (1946)), elles aussi évacuées par les Japonais, le .

Guerre d'Indochine (1946-1954)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Indochine.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Au lendemain de l'évacuation japonaise, le Laos et le Cambodge parviennent à faire reconnaître leur souveraineté en douceur. Il n'en va pas de même au Viêt Nam, enjeu stratégique et économique d'une tout autre importance. Le Viet Minh et d'autres groupes indépendantistes cherchent à établir leur autorité sur le pays. Hô Chi Minh lance l'appel à l'insurrection générale le 13 août 1945 et le 19 août, le Viet Minh prend possession de tous les services publics d'Hanoi. Le 20 août, tout le Tonkin est aux mains des comités révolutionnaires du peuple. Des exactions sont commises contre les citoyens français (il y a 17 000 Français à Hanoi). Bảo Đại abdique le 25 août, sous la pression de Ho Chi Minh. Le général Leclerc et la deuxième division blindée sont envoyés par le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, pour reprendre le contrôle du pays. Au Cambodge, le premier ministre pro-japonais et pro-vietminh mis en place par le Japon le 9 mars 1945 est enlevé par Leclerc et deux aides de camp à Phnom Penh le 15 octobre 1945. Les Japonais stationnés au Cambodge se rendent aux troupes britanniques sans difficultés. Le sud de l'Annam et la Cochinchine sont partiellement pacifiés par l'armée française en février 1946, malgré la poursuite de nombreuses attaques par le Viet Minh, dissimulé dans la jungle ou parmi la population. Le Cambodge, le sud du Laos et les hauts plateaux Moïs sont pacifiés à la même époque.Le 6 mars 1946, l'armée française débarque à Haiphong, au Tonkin. Les Chinois du général Wang tirent sur les bateaux avant de se retirer. Les Français ne ripostent pas (29 Français tués). Le 18 mars, Leclerc entre à Hanoi et est salué par la population française.

Des négociations sont ouvertes et aboutissent aux accords du 6 mars 1946 aux termes desquels le Viêt Nam est reconnu par la France comme un « État libre » (mais pas indépendant, car il fait partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française). Ces accords, signés par Hô Chi Minh et Jean Sainteny, ne durent pas. Leclerc reconquiert la Cochinchine, mais estime qu'à terme, l'indépendance vietnamienne deviendra inévitable. Sa mort laisse le Việt Minh sans interlocuteur. Celui-ci tente d'interdire aux Français le port de Haïphong, dont le bombardement par la flotte française rend le conflit inévitable. S'ensuit la Guerre d'Indochine, à l'issue de laquelle la France quitte la péninsule en 1954 après la défaite de Dien Bien-Phu. Les accords de Genève séparent le Viêt Nam temporairement en deux États, mais l'échec de la tenue des élections de réunification en 1956 conduit à la guerre du Viêt Nam en 1964.

Configuration des forces en présence[modifier | modifier le code]

La guerre oppose deux antagonistes principaux : la France, métropole lointaine, affaiblie par la Seconde Guerre mondiale et qui met longtemps à déployer ses forces ; et le Viêt-Minh, organisation politique disposant de moyens réduits à l'origine, mais qui arrivera à retourner la situation en sa faveur. Hô Chi Minh, son chef politique, et le jeune général Võ Nguyên Giáp, chef de la branche militaire, peuvent compter sur un encadrement discipliné et efficace. Leurs militants sont dans la population vietnamienne « comme le poisson dans l'eau ».

Du côté français, les chefs du gouvernement provisoire (le général de Gaulle, puis Léon Blum), puis les chefs des gouvernements successifs de la IVe République, délèguent des chefs militaires de valeur : le général Leclerc, remplacé à sa mort par l'amiral d'Argenlieu, puis les généraux de Lattre de Tassigny et Henri Navarre. Leurs forces, très hétérogènes, atteindront 350 000 hommes : Français de métropole et légionnaires, soldats de l'Union française, troupes des États associés d'Indochine (Cambodge, Laos, et forces de l'empereur Bảo Đại rentré en grâce après un exil à Hong Kong), supplétifs levés dans les tribus montagnardes et financés par la culture de l'opium. D'abord réticents, les États-Unis finissent, au nom de la lutte anticommuniste, par financer en grande partie l'effort de guerre français, affecté par le scandale de l'affaire des piastres.

À partir de 1949, la victoire de Mao-Tsé-Toung en Chine permet au Viêt-Minh de recevoir un équipement important venu de Chine, de l'Union soviétique et des autres pays du bloc communiste. Il reçoit aussi un soutien moral considérable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, où le Parti communiste français (plus de 20 % de l'électorat à l'époque) fait campagne contre la « sale guerre ».

L'opinion française ne se sent pas vraiment engagée dans cette guerre, qui n'intéresse, pense-t-on, que quelques gros intérêts privés et l'armée française ne pourra jamais faire appel au contingent. Au contraire, le Viet-Minh arrive à marginaliser et éliminer les forces indépendantistes rivales et à élargir son emprise sur la population par la terreur, qu'il peut mobiliser dans le renseignement, le ravitaillement et le soutien logistique des combattants. C'est la clé de sa victoire contre les Français, et plus tard contre les Américains.

Enjeux[modifier | modifier le code]

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La France, considérée par les États-Unis et l'URSS comme un pays vaincu, devait selon eux céder la place.

L'Indochine était donc devenue le terrain de jeu de ces grandes puissances, l'enjeu était principalement culturel et économique pour la France, alors que pour les États-Unis et l'URSS, il était avant tout politique. La question de rétablir la grandeur de la France - par la guerre s'il le fallait - faisait l'unanimité dans les sphères dirigeantes, de gauche (dont étaient issus la plupart des gouverneurs et des administrateurs coloniaux) comme de droite. Cette grandeur passait nécessairement par un empire colonial et un rayonnement culturel.

Cependant, les intérêts économiques, dans le cas de l'Indochine, étaient exceptionnellement importants, car il était aussi question de terres, d'industries, et de possessions de Français de métropole, influents auprès du Parlement, quand ils n'étaient pas eux-mêmes membre du Parlement.

Ainsi, comme l’écrivait Pierre Brocheux dans le dossier collectif L’Indochine au temps des Français publié dans la revue L'Histoire, « [l]’Indochine était une colonie d’exploitation et non de peuplement », ce qui veut dire que la France y voyait un potentiel économique. De plus, Brocheux ajoute qu’à l’exception de l’Algérie (qui n'était d'ailleurs pas une colonie), de toutes les colonies, l’Indochine avait reçu le plus d’investissements, évalués à 6,7 milliards de francs-or en 1940[34]

« Le flux des investissements métropolitains convergea principalement vers les mines, les plantations d’hévéas, de thé et de café, ainsi que vers certaines industries de transformation : les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries, le ciment. »

— Pierre Brocheux, « Un siècle de colonisation »,L'Histoire, no 203, (octobre 1996), p. 28

Dans le répertoire plutôt large des histoires de la colonisation européenne du XXe siècle, l’Indochine française ne fut pas une exception, car des investissements d’envergure se sont placés en Indochine. Comme l’écrivait l’historien français Hugues Tertrais[35], 43 % des investissements industriels et miniers sont principalement situés au Tonkin, au nord du Viêt Nam actuel : charbonnages du Tonkin, qui extraient un bon anthracite en bordure de la baie d'Ha Long, cimenterie de Haïphong, qui avait participé aux travaux de fortification du Tonkin, cotonnières de Nam Dinh, exerçant plus difficilement son activité au sud de Hanoï. Les investissements en Indochine sont également importants — 34 % de l’ensemble — dans les plantations d’hévéa, qui couvrent 100 000 hectares au sud du Viêt Nam et au Cambodge.

De plus, la culture d’hévéa indochinoise a non seulement alimenté les industries françaises du caoutchouc (surtout pour la compagnie Michelin qui a commencé à investir en 1925), mais elle s’est aussi développée depuis le début du XXe siècle, quoique la Seconde Guerre mondiale ait durement frappé l’industrie de l’hévéa. Ces remarques sur la situation économique des investissements français portent à penser que la France fut très déterminée à garder ses colonies en Indochine, afin d'y exploiter ses ressources naturelles, comme le caoutchouc pour l'industrie automobile de plus en plus importante.

En parlant toujours du caoutchouc et de la culture de l’hévéa, Marianne Boucheret écrit que « le caoutchouc fait figure de symbole de la réussite coloniale », car non seulement les exportations étaient très importantes, mais la culture de l’hévéa rapportait beaucoup de dividendes qui « témoignent des succès obtenus par l’hévéaculture dans la péninsule [indochinoise] ». Mme Boucheret ajoute aussi que le succès de la culture de l’hévéa contribue à « l’arrivée massive de capitaux métropolitains en Indochine, attirés par des taux de profit élevé ». Ce qui se traduit par une croissance fulgurante. En 1939, les exportations de caoutchouc d'Indochine étaient huit fois plus élevées qu’elles ne l’étaient une quinzaine d’années auparavant. Par conséquent, ajoute-t-elle, « cela représente plus du quart de la valeur des exportations totales de la péninsule, contre moins de 5 % en 1924 ».

Selon le site Internet britannique Spartacus, l'Indochine était une colonie qui rapportait beaucoup de dividendes aux Français, car la région recelait du zinc, du charbon et aussi de l'étain, tandis que la population locale constituait un marché pour les produits manufacturiers de la métropole. En effet, à partir de 1938, au moins 57 % des exportations indochinoises étaient le fait de compagnies françaises[36].

De plus, l'Indochine, outre ses ressources internes, était une voie d'accès très prometteuse vers les marchés de la Chine du Sud, avec le chemin de fer du Yunnan, comme voie privilégiée de cette pénétration.

La guerre d'Indochine marque pour la France une double défaite, à la fois comme puissance coloniale cherchant à sauvegarder son Empire et comme membre du bloc occidental tentant d'endiguer l'expansion du communisme. Ce « goût amer d’échec », comme l’écrivit Philippe Franchini, traduit l'affaiblissement du statut international de la France dans le monde d'après 1945. Cette inquiétude face au communisme est très bien exprimée par Jean Chauvel, représentant de la France à l’ONU.

« Et on affecte alors de considérer Ho Chi Minh comme le chef d’une guérilla communiste résiduelle. En privé, le ton est plus inquiet. En témoignent les propos tenus par Jean Chauvel, représentant de la France à l’ONU, à une personnalité américaine : « Le temps devrait venir où les États-Unis et la Grande-Bretagne auraient à partager la charge de la France pour barrer la route du Sud au communisme, ou bien la France serait obligée de liquider ses engagements indochinois et d’abandonner l’Indochine à Moscou. » »

— Jacques Dalloz, « Pourquoi la France a perdu la guerre », Histoire, no 203, (octobre 1996), p. 41.

La lutte contre le communisme apparaissait comme un enjeu légitime pour les gouvernements de la IVe République, engagés dans le contexte de la Guerre froide. D'ailleurs, pendant la même période, des insurrections communistes sont étouffées par les Américains aux Philippines et par les Britanniques en Malaisie. Mais, dans ces deux pays, la guérilla communiste n'avait qu'une base populaire insuffisante et ne disposait pas, comme le Viet-Minh par la frontière chinoise, d'une voie de ravitaillement régulier. De plus, dans ces deux cas, les métropoles ont su se préparer à l'indépendance par une entente de longue date avec les élites locales.

Stratégies et tactiques[modifier | modifier le code]

Tout affrontement armé ressemble dramatiquement à un jeu d’échecs et seule l’intelligence, qui engendre des stratégies et des tactiques, permet au futur vainqueur de crier fièrement échec et mat en brandissant son drapeau. Ainsi conçue, la Guerre d’Indochine a donné l’occasion tant aux Français qu’au Viêt-Minh de déployer une panoplie de stratégies et de tactiques qui reflétaient leur désir de gagner.

Du côté Viêt Minh[modifier | modifier le code]

Lorsque la Guerre d’Indochine éclate en 1946, l’inégalité des forces entre le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) et le Viêt-Minh est flagrant, car le CEFEO dispose de matériel militaire moderne alors que le groupe nationaliste qu’il affronte ne bénéficie pas nécessairement de grands moyens au début. Étant techniquement désavantagé, le Viêt-Minh ne peut s’offrir le luxe d’affronter les Français d’une manière traditionnelle en tout temps.

C’est pourquoi, il va jouer la stratégie de l’espace – en s’étendant pour disperser l’effort de l’adversaire -, mais plus encore celle du temps. En 1947, Truong Chinh, l’un des chefs du parti communiste vietnamien, conçoit la théorie de la guerre révolutionnaire qu’est la Guerre d’Indochine dans un opuscule intitulé Nous vaincrons certainement de cette manière en trois points :

  1. La lutte, essentiellement défensive, s’appuie sur la guérilla.
  2. La guerre de mouvement vient s’ajouter à la guérilla.
  3. Celle-ci se poursuit, mais le corps de bataille, qui a eu le temps de se constituer progressivement, est assez puissant pour passer à la contre-offensive générale, et remporter la victoire sur les colonialistes et leurs « fantoches ».

La guérilla signifie qu'il ne faut pas attaquer les troupes françaises de face, car, dans un affrontement à découvert contre le Corps expéditionnaire français, les membres du Viêt-Minh sont pleinement conscients qu’ils peuvent se faire écraser à plate couture. Jusqu’en 1949, le Viêt Minh mène donc des actions de guérilla, dont le général Giáp définit ainsi les principes : « Éviter l’ennemi quand il est fort, l’attaquer quand il est faible […]. Attaquer l’ennemi partout de sorte que, partout, il se trouve submergé par une mer d’hommes armés hostiles afin de miner son moral et d’user ses forces. […] Il est nécessaire de prendre l’anéantissement des forces vives de l’ennemi comme but principal du combat, et de ne jamais, pour la défense ou l’occupation d’un territoire, user les nôtres. »

Afin de bien s’organiser d’un point de vue militaire, Hô Chi Minh et Truong Chinh, s'assurent qu’une structure militaire soit rapidement mise en place. Elles reposent sur trois échelons : les milices populaires (au niveau du village) dont l’élite est versée dans les troupes régionales ; puis celles-ci, dont les meilleurs éléments passent dans les troupes régulières; vouées aux grandes opérations, ces dernières sont l’amorce de l’armée populaire vietnamienne. À tous les niveaux, un commissaire politique veille au respect de la ligne définie par le Viêt Minh, au besoin par la terreur.

Pour le Viêt-Minh, la montagne couverte de forêts tropicales offre un cadre particulièrement adapté à la guérilla, mais le pays n’est aucunement un pays homogène. En effet, des minorités ethniques montagnardes (souvent catholiques) ne soutiennent pas le combat d’indépendance du peuple vietnamien.

Pour obtenir leur collaboration, le Viêt-Minh utilise la persuasion, puis la terreur, afin d'assurer son autorité sur leurs villages. Vers la fin du conflit indochinois, le Viêt-Minh tenait dans ses mains plus de 5 000 villages sur 7 000. De plus, même dans les villes qui avaient l’air d’être bien administrées par les Français, le Viêt-Minh prélève l’impôt révolutionnaire. En bref la tactique du Viêt-Minh est d'être partout et nulle part, de se fondre dans la population, de disparaître subitement dans la nature, voire dans le sol.

Du côté français[modifier | modifier le code]

Les Français quant à eux lèvent des supplétifs, installent des postes ici ou là pour encadrer la population et l’empêcher de tomber sous l’emprise vietminh. Malgré cela, la présence française est plutôt molle et durant la nuit, les membres du Viêt-Minh font sentir leur présence.

Les membres du Viêt-Minh sont au courant des mouvements des troupes françaises même avant que celles-ci décident de passer à l’action. Ils peuvent prévoir sans aucune difficulté les mouvements du corps expéditionnaire, tributaire de sa lourde logistique, car il est espionné par toute une population. Il suffit souvent de lire les journaux pour connaître les actions. Un dirigeant du Viêt-Minh[Lequel ?] déclare même que le corps expéditionnaire français est « aveugle » (il ne voit pas l’adversaire), « sourd » (il n’est pas renseigné) et « boiteux » (ses communications sont difficiles). Dans ses Mémoires sur la Guerre d’Indochine, le général Giap décrit ce duel entre les Français et le Viêt-Minh comme étant « une guerre sans front ni objectif fixes, avec des vagues d’attaque imprévues, venant de directions jugées sans risque par l’ennemi » et il ajoute aussi que « la guérilla de mouvement dans notre résistance différait de beaucoup de la guerre de mouvement d’envergure des temps modernes. »

« […] nous avions remporté des succès éclatants […] à l’issue de combats nocturnes dans les zones montagneuses et boisées. En effet, ces dernières offraient des conditions propices à la progression de nos troupes qui cernaient l’ennemi (les troupes françaises) avant que celui-ci ne les repère et n’utilise ses armes. […] Durant plusieurs années sur les terrains découverts, nos hommes n’engageaient que de petits combats à condition de prendre l’ennemi par surprise rapidement pour aussitôt se replier. Il fallut attendre Diên Biên Phu pour assister au déploiement de grandes unités combattantes, durant des jours et des nuits, basé sur des points d’attaque et l’encerclement, un système d’abris et de boyaux[37]. »

Pendant la Guerre d’Indochine, même si la Chine communiste n’est pas sur l’échiquier du conflit, beaucoup ont été formés dans l’art de la guérilla dans le sud de la Chine[38]. Revenir au Viêt Nam n’était point difficile pour les membres du Viêt-Minh, car la défaite française à Cao Bang (près de la frontière chinoise) en a permis au Viêt-Minh de s'emparer de cette zone.

Les Français ont tenté par tous les moyens de mater le mouvement nationaliste en créant en 1949 un État du Viêt Nam dirigé par le dernier empereur de la dynastie Nguyen Bảo Đại, et en exerçant un effort de contre-guérilla qui sera un échec. Dans le livre Histoire de la Guerre d’Indochine, le général Yves Gras, qui prit part au conflit, écrit que pour « pacifier » la Cochinchine, le général Valluy, commandant-en-chef, avait configuré les troupes du général Nyo à près de 40 % des forces du corps expéditionnaire : 23 de ses 69 bataillons d’infanterie, neuf groupes d’artillerie et cinq escadrons de cavalerie, soit 38 000 hommes, auxquels s’ajoutaient les 6 000 hommes de la garde cochinchinoise et la totalité des partisans soit environ 10 000[39].

« La principale faiblesse des troupes françaises venait de leur dispersion. De nombreuses missions de sécurité détournaient la plupart d’entre elles de la « chasse à l’ennemi ». Elles avaient à protéger, outre leurs propres bases, les axes de communication, les installations économiques, notamment les plantations d’hévéas, et la population des campagnes. »

Cela étant dit, l’auteur du livre Histoire de la Guerre d’Indochine précise davantage ses explications en spécifiant que ces stratégies et tactiques rendaient les hommes des troupes françaises immobiles. Cela avantageait donc considérablement le Viêt-Minh en termes de forces mobiles, car il pouvait saisir l’occasion « de se concentrer au moment et à l’endroit où il le voulait. » Une autre chose importante à mentionner : la difficulté de la guerre, pour les Français, était accrue par l’impossibilité de distinguer un Vietnamien ordinaire d’un guérillero.

Des centaines de milliers de réfugiés fuient le Nord Viêt Nam, après la victoire du Viêt Minh, comme ici à Haïphong en août 1954
Soldats français dans leurs tranchées de Dien Bien Phu

Finalement, la bataille de Diên Biên Phu, à la limite occidentale du Tonkin, dans les montagnes aux confins du Laos, a violemment mis un terme à la présence française en l’Indochine, les Américains attendant d'agir. Selon Laurent Henninger, chargé de mission au Centre d’études d’histoire de la défense, l’installation de sept campements portant un nom de code (Huguette, Lilie, Claudine, Éliane, Dominique) permettait au corps expéditionnaire français de garder « la route qui relie Hanoï au Laos et […] de saisir cette plaine coupée d’une rivière et entourée de collines formant comme un immense stade. »[40] D’ailleurs, pour l’état-major français, Diên Biên Phu devait être utilisé comme un point de fixation pour attirer le Viêt-Minh, adversaire insaisissable, dans une bataille rangée. L'état-major français compte sur sa supériorité aérienne pour clouer au sol et éliminer les forces ennemies. En fait, le Viêt Minh déjoue la surveillance aérienne en faisant passer hommes et matériels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des véhicules bricolés avec des carcasses de vélos. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'échapper aux bombardements aériens. Les premières vagues d'assaut (50 000 hommes du général Giáp contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp à la portée de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenée à pied d'œuvre par le Viêt Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillée que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le , après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe.

D’ailleurs, selon Laurent Henninger, « nul ne pouvait prévoir que le général Giap concentrerait autant d’artillerie sur des collines aussi escarpées et recouvertes de jungle. » La France avait demandé à son allié, les États-Unis, d’autoriser une intervention aérienne pour sauver le camp retranché, mais le président Eisenhower, qui ne voulait plus de présence française et qui craignait une extension du conflit par engagement de la Chine, avait refusé. À Paris, une nouvelle crise parlementaire fait tomber Georges Bidault et René Pleven, partisans de la poursuite des opérations, et amène au pouvoir Pierre Mendès France avec un programme de négociation. La conférence de Genève consacrée au règlement de la question indochinoise s’ouvre le lendemain de la chute de Diên Biên Phu.

Conclusion générale[modifier | modifier le code]

La conférence de Genève

Finalement, le président du conseil, Pierre Mendès-France, conclut la conférence de Genève le et ces accords, selon Jacques Dalloz, n’ont point donné « une issue définitive au problème vietnamien, mais permettent à la France de s’en dégager. » Le Viêt Nam sera coupé en deux parties à partir du 17e parallèle : au nord, la République démocratique du Viêt Nam (communiste), au sud, un Viêt Nam pro-occidental. Les États-Unis ne signent pas les accords de Genève, se « bornant à prendre acte »[41] laissant ainsi prévoir leur future implication. Le Sud Viêt Nam proteste de la façon dont l'armistice est conclu. Il est trop tard, les infiltrations de la guérilla communiste vers le Sud s'intensifient.

Des centaines de milliers de réfugiés fuient le Nord Viêt Nam vers le Sud.

Par la suite, l’indépendance du Viêt Nam (divisé en deux parties), du royaume du Laos et du royaume du Cambodge sont reconnues. Selon les accords de Genève, des élections devront être tenues dans les deux ans afin d’unifier le Viêt Nam. Mais le non-respect de cette échéance entraîne une reprise de la guérilla communiste (Vietcong) dans le sud. Pham Van Dông déclare: « Nous gagnerons l'unité du Viêt Nam comme nous avons gagné la paix. Aucune force au monde ne nous en détournera. Peuple du Viêt Nam et compatriotes du Sud, la victoire est à nous ! »[42]

À partir de 1964, les États-Unis soutiennent massivement, d’un point de vue militaire, le gouvernement sud-vietnamien et cela plonge le Viêt Nam dans une autre guerre.

Population[modifier | modifier le code]

Temple de la Lumière à Hué, construit en 1848

Dans cette entité, les peuples Viêt, Khmer et Lao sont majoritaires. Les minorités (Muong, Tay, Cham, Rhade, Jarai, etc.) sont principalement présentes dans les zones montagneuses[note 5]. Les Chinois, bien présents dans les villes, sont des commerçants très actifs. L'ensemble compte environ 12 millions d'habitants à la fin du XIXe siècle, puis 16,4 millions en 1913. Plus de 95 % de la population est rurale, ce qui rend les décomptes et recensements difficiles.

La religion dominante est le bouddhisme, fortement influencé par le confucianisme chinois. Pendant la période coloniale, les missions catholiques, notamment les Missions étrangères de Paris, très actives, ont obtenu de nombreuses conversions surtout au Tonkin, touchant environ 10 % de la population indigène. Les Missions étrangères de Paris sont notamment présentes dans le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale et le vicariat apostolique du Tonkin. Dans la première moitié du XXe siècle sont apparues de nouvelles sectes comme le caodaïsme, syncrétismes de croyances occidentales et asiatiques.

La population coloniale française, en 1940 (présence maximale), n'est que de 40 000 individus civils (Français ou Européens parmi lesquels des Britanniques, des Italiens, et des Américains blancs considérés comme Européens, et autant de militaires par la suite). Contrairement à l'Algérie française (1 million d'Européens contre 9 millions d'Algériens en 1954), l'Indochine française ne fut une colonie de peuplement qu'au début de la colonisation française, mais elle se transforma vite en une colonie d'exploitation économique en raison de ses ressources naturelles. Moins de 1 % de la population savait parler le français, surtout les membres de l'élite ou les familles aisées. Au début de la colonisation, les Français ne cherchèrent pas à imposer la langue française. Souvent, les colons apprenaient les langues locales, ou le Chinois, comme les néerlandais aux Indes néerlandaises. La France ne cherchera à installer la langue française qu'à partir de la fin des années 1920, pour recruter par exemple du personnel administratif indigène[réf. nécessaire], et former des fonctionnaires .

Le vietnamien, qui était au départ un ensemble de dialectes des Viets (Tonkinois, Annamites, et Cochinchinois), est unifié en une seule langue standard entre 1920 et 1950, à partir de l'alphabet établi par Alexandre de Rhodes, vers le milieu du XVIIe siècle. Les langues du Laos (dont le lao soum), et le khmer du Cambodge était déjà reconnues comme langues par l'administration coloniale. Le chinois mandarin et hakkah était aussi utilisé par les colons, et les Chinois qui vivaient en Indochine depuis des générations.

Économie[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Inauguration du train Saïgon-Cholon en 1881

L'Indochine était une colonie d'exploitation. Le général Pasquier a affirmé ainsi : « Il faut que les profits de l'Indochine reviennent aux Français ». On y prélève des impôts (impôt foncier, capitation, taxes locales), mais surtout, l'administration française a le monopole des commerces de l'opium, du sel et de l'alcool de riz. Ce monopole compte pour 44 % dans les rentrées du budget en 1920, et 20 % en 1930. Du côté financier, la banque de l'Indochine, fondée en 1875, banque privée française, domine l'ensemble de l'économie vietnamienne. Elle dispose du monopole de la frappe de la piastre indochinoise. L'Indochine est, après l'Algérie, la colonie qui reçoit le plus d'investissements français (6,7 milliards de francs-or en 1940). Au cours des années 1930, les Français exploitaient différentes ressources naturelles dans les pays formant l'Indochine française. Par exemple, on trouvait au Cambodge du riz et du poivre. Le Viêt Nam (qui était formé de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin), quant à lui, permettait aux Français de mettre la main sur du thé, du riz, du charbon, du café, du poivre, de l'hévéa, du zinc et de l'étain. Le Laos était le seul pays de l'Indochine à n'avoir aucun potentiel économique aux yeux de la France.

Exploitation et marché du caoutchouc[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, les besoins de l'industrie automobile favorisent l'essor du caoutchouc indochinois. Une activité qui bénéficie de l'afflux de capitaux attirés par l'annonce de fabuleux bénéfices. Dans l'histoire de la présence française en Indochine, l'exploitation de l'hévéa, le « bois qui pleure », occupe une place particulière. En effet, le caoutchouc fait figure de symbole de la réussite coloniale, puisqu'il garantira une source de revenu pour la France. L'importance des superficies plantées, l'envol des exportations, les progrès de la recherche agronomique, les dividendes rapportés témoignent des succès obtenus par la culture de l'hévéa dans la péninsule indochinoise. Cette entreprise est vécue, au moins dans les premiers temps, comme une véritable aventure par les planteurs, fiers de voir reculer une nature jugée hostile au profit d'une culture bien ordonnée et servant le progrès industriel. Toutefois, le caoutchouc est aussi le symbole du rejet de la domination française, exprimé par les ouvriers des plantations dans les années 1930[réf. nécessaire].

Les premières grandes plantations apparaissent au début du XXe siècle. Les troncs droits à l'écorce grise s'élancent le long de lignes monotones dans les terres méridionales de la péninsule, d'abord dans les « terres grises » situées à proximité des grands centres habités, puis dans les « terres rouges », plus riches mais aussi plus lointaines, moins peuplées, exigeant plus de travail, plus de capitaux et posant le problème du recrutement de la main-d'œuvre. L'armée des saigneurs s'avance à l'aube, incise l'écorce et recueille la sève de plusieurs centaines d'arbres. Le latex ainsi ramassé est apporté à l'usine, installé au cœur de la plantation, où il est mêlé à de l'acide. La coagulation effectuée, la précieuse substance est passée dans les laminoirs puis séchée et emballée. Ce sont les besoins croissants en caoutchouc des fabricants de bicyclettes puis de l'industrie automobile, mais surtout, l'annonce des 100 000 francs de bénéfices que réalisa en 1906 Belland, le commissaire central de la Sûreté de Saïgon, lequel avait fait planter des hévéas dès 1898, qui fit naître des vocations. D'importantes sociétés voient alors le jour, telle la Société des plantations des terres rouges ou la Société des plantations d'hévéas. Toutefois, une société de l'envergure de Michelin n'investit qu'en 1925 en Indochine.

Ce n'est que des années 1920 que date le véritable essor du caoutchouc indochinois : il faut en effet compter six à sept années entre le moment où la terre est défrichée et celui où les arbres produisent. Les exportations de caoutchouc de la péninsule deviennent alors substantielles, d'autant plus que les planteurs profitent de cours mondiaux en hausse en 1925 et 1926. Dans le même temps, on assiste à l'arrivée massive de capitaux métropolitains en Indochine, attirés par des taux de profit élevés. Bénéficiant de prix rémunérateurs et de capitaux croissants, les planteurs multiplient les surfaces consacrées à la culture de l'hévéa. Cependant, le marché mondial connaît des fluctuations brutales avec les débuts de la crise et l'effondrement de la demande des plus gros consommateurs mondiaux, les États-Unis en particulier. À partir de 1930, le cours du caoutchouc descend en dessous de celui de 1922, et le gouvernement général de l'Indochine est appelé à l'aide. Les autorités accordent des primes, des prêts, veillent à ce que la réglementation internationale mise en œuvre à partir de 1934 ne lèse pas les intérêts des sociétés françaises. La Banque d'Indochine intervient, elle, en accordant des avances et en se rendant parfois maîtresse des plantations.

Finalement, passé le cap des turbulences de la crise du krach boursier de 1929, la culture de l'hévéa en Indochine prend un nouvel essor, au prix d'une concentration accrue des sociétés. Les planteurs ne misent plus tant sur des cours exceptionnels que sur une production massive, permise par la mise en saignée des surfaces plantées avant la crise mais aussi par l'amélioration des rendements. En 1939, l'Indochine exporte huit fois plus de caoutchouc qu'une quinzaine d'années auparavant ; cela représente plus du quart de la valeur des exportations totales de la péninsule, contre moins de 5 % en 1924. À partir de 1941, les troubles entraînés par l'invasion japonaise (1940) puis la guerre d'Indochine perturbent production et exportation. Toutefois, il n'est pas mis un terme à l'activité des plantations.

Dénonciation des conditions de vie des travailleurs[modifier | modifier le code]

À partir de la mutinerie de Yen Bai en 1930, des journalistes et des écrivains critiquent le fonctionnement de cette société coloniale et pointent du doigt les médiocres conditions de vie des employés locaux.

Ainsi, en 1932, Andrée Viollis (1879-1950), une journaliste féministe française travaillant au quotidien Le Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l'Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d'édition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dénonce les méthodes de la colonisation française et l'inhumanité des conditions de travail dans les plantations d'hévéas[43].

Administration coloniale de l'Indochine française[modifier | modifier le code]

Gouverneurs généraux de l'Indochine française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des gouverneurs d'Indochine.

Hauts commissaires de France en Indochine[modifier | modifier le code]

Le , la DGER fait parachuter deux équipes avec à leur tête un commissaire de la République : Pierre Messmer pour le Nord, Jean Cédile pour le Sud.

Liste des hauts commissaires
Nom Année
Jean Cédile (par intérim) -
Philippe de Hauteclocque dit Leclerc (par intérim) -
Georges Thierry d'Argenlieu -
Émile Bollaert -
Léon Marie Adolphe Pascal Pignon -
Jean de Lattre de Tassigny -
Jean Letourneau -

Commissaires généraux[modifier | modifier le code]

Liste des commissaires généraux
Nom Durée du mandat
Jean Letourneau -
Maurice Dejean -
Paul Ély -
Henri Hoppenot -

L'Indochine dans la culture[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Habitation française à Hanoï en 1898
Deux femmes à Haïphong en 1904 vêtues de la tunique traditionnelle (ao ngu than)
Bibliothèque de Saïgon construite par les Français

Personnalités[modifier | modifier le code]

Elles y sont nées :

Le théâtre municipal de Hanoï vers 1905
Pêcheuses au panier à Doson au Tonkin vers 1905
Le square Chavassieux à Hanoï vers 1900
La Villa Blanche construite par Paul Doumer au Cap Saint-Jacques
La gare de Hanoï vers 1912

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études générales [modifier | modifier le code]

  • René Bail et Jean-Pierre Bernier, Indochine 1945-1954, 2de partie : Haiphong-Hanoi…, éditions Heimdal 1988.
  • Pierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine : la colonisation ambiguë 1858-1954, La Découverte,‎ (ISBN 978-2707134127)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Études sur des aspects particuliers[modifier | modifier le code]

  • Alain Forest, Le Cambodge et la colonisation française : Histoire d'une colonisation sans heurts (1897 - 1920), vol. 1, Éditions L'Harmattan, coll. « Centre de documentation et de recherches sur l'Asie du Sud-Est et le monde insulindien »,‎ , 546 p. (ISBN 9782858021390).
  • Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Seuil,‎ (ISBN 978-2020094832) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre-Richard Féray, Le Viêt-Nam, Presses universitaires de France,‎ (ISBN 978-2130516934)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, Pygmalion - Gérard Watelet,‎ 1988, tome 1 (ISBN 978-2857042662) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, Pygmalion - Gérard Watelet,‎ 1988, tome 2 (ISBN 978-2857042679) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Seuil,‎ (ISBN 978-2020094832) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • David Chandler, Une histoire du Cambodge, Les Indes savantes,‎ (ISBN 978-2846542876) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, Perrin, 2005, (ISBN 2-262-02345-X), 478p.
  • Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, Denoël, coll. « Destins croisés », 1992, 584 p.
  • Alain Ruscio, La Guerre française d’Indochine, Bruxelles, Éditions complexe, coll. « 1945-1954 – La mémoire du siècle », 1992, 234 p.
  • Hugues Tertrais. « Les Intérêts français en Indochine entre 1954 et 1975 », dans Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois, sous la direction de Pierre Brocheux, Paris, Éditions complexe, 2000, p. 37-52.
  • Raymond Toinet. Une guerre de trente-cinq ans, Paris, Lavauzelle, 1998, 529 p.
  • Sébastien Verney, L'Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. Riveneuve, 2012, 520 p.

Magazines[modifier | modifier le code]

  • Claude Aziza. « Les Soldats perdus de Pierre Schoendoerffer », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 46-47
  • Martin Benoist, « L'Indochine, le "joyau de l'Empire" », La Nouvelle Revue d'histoire, no 9H, Automne-Hiver 2014, p. 50-53
  • Pierre Brocheux. « Un siècle de colonisation », L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 26-33
  • Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », Histoire, no 203, (octobre 1996), p. 40-45
  • Jean-Michel Gaillard. « La France en Indochine – Une guerre perdue d’avance », Histoire, no 248, novembre 2000, p. 21-22
  • Indochine, Viêt Nam. Colonisation, guerres et communisme, « Les collections de l'Histoire », no 23, avril-juin 2004
  • Christophe Dutrône et Étienne Le Baube, L'Indochine en guerre 1940-1945, Batailles hors série no 3, Histoire & collections, 2005.
  • Yann Mahé, Étienne Le Baube et Guillaume Le Baube « Les Opérations terrestres de la guerre franco-thaïlandaise. 1940-1941 », Champs de bataille no 19.
  • Revue historique des armées no 194, Indochine 1939-1954, SHAT, 1994.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Devenu « Fédération indochinoise » en 1946
  2. Au XVIIe siècle, pour les besoins de l'évangélisation, des missionnaires catholiques portugais, espagnols, italiens et français mirent au point une transcription en alphabet latin de la langue vietnamienne. Le jésuite français Alexandre de Rhodes en fut le principal diffuseur et passa longtemps pour l'avoir inventée. L'historien français Pierre Brocheux affirme que des recherches approfondies et non encore publiées relativisent aujourd'hui son rôle.
  3. Les mandarins, recrutés par concours triennaux, étaient les fonctionnaires de l'ancien Viêt Nam
  4. La IIIe Internationale (ou Komintern) fut fondée par Lénine en 1919 et dissoute par Joseph Staline en 1943. La stratégie « classe contre classe » - à l’inverse de celle, antifasciste, de Front populaire – consistait à refuser tout compromis ou toute alliance avec les démocrates et les socialistes qualifiés de bourgeois ou de « social-fascistes ».
  5. Le Viêt Nam compte à lui seul cinquante quatre ethnies, présentées au Musée Ethnographique de Hanoi.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Franchini 1988, tome 1, p. 67-68.
  2. Franchini 1988, tome 1, p. 78-79.
  3. Franchini 1988, tome 1, p. 69-70.
  4. Brocheux et Hémery 2004, p. 25-35.
  5. Féray 2001, p. 23-24.
  6. Franchini 1988, tome 1, p. 81-82.
  7. a et b Brocheux et Hémery 2004, p. 25-34.
  8. Franchini 1988, tome 1, p. 72-77.
  9. a et b Franchini 1988, tome 1, p. 82-87.
  10. a, b et c Brocheux et Hémery 2004, p. 34-35.
  11. Chandler 2011, p. 135-136.
  12. Brocheux et Hémery 2004, p. 35-36.
  13. Chandler 2011, p. 137-138.
  14. a et b Brocheux et Hémery 2004, p. 36-37.
  15. Franchini 1988, tome 1, p. 97-98.
  16. Franchini 1988, tome 1, p. 98-99.
  17. Brocheux et Hémery 2004, p. 37-48.
  18. a et b Franchini 1988, tome 1, p. 99-101.
  19. Brocheux et Hémery 2004, p. 49-51.
  20. Franchini 1988, tome 1, p. 101-103.
  21. Franchini 1988, tome 1, p. 103-105.
  22. Franchini 1988, tome 1, p. 105.
  23. Franchini 1988, tome 1, p. 106-107.
  24. Chandler 2011, p. 138-140.
  25. Carte Indochine Française économique tirée de Géographie universelle pittoresque - Nouvel Atlas Larousse de Léon Abensour aux éditions Larousse Carto-mondo.fr
  26. Martin Benoist, « L'Indochine, le "joyau de l'Empire" », La Nouvelle Revue d'histoire, no 9H, Automne-Hiver 2014, p. 50-53
  27. Pierre Brocheux. Et encore, ces 40 000 personnes sont des « Européens » majoritairement Français, mais il y avait aussi des Italiens, des Allemands, et des Britanniques, et il y avait aussi 1 500 Américains, qui travaillaient surtout pour les usines Ford(Caoutchouc). « Un siècle de colonisation », L'Histoire, no. 203, octobre 1996, p. 31. Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, parle pour sa part de 34 000 Français présents en 1940.
  28. Sébastien Verney, L'Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. Riveneuve, 2012, 520 p.
  29. (fr) Le coup de force du 9 mars 1945
  30. (en) Barbara Wertheim Tuchman, The march of folly: from Troy to Vietnam, Random House, Inc., 1985, p. 235, ISBN 0-345-30823-9
  31. Biographie (en) du général Gracey sur le site du King's College de Londres; Liddell Hart Centre for Military Archives
  32. (en) Vietnam War Overview, Spartacus. Consultée le 13 avril 2006
  33. (fr) Première guerre d'Indochine, page consultée le 17 avril 2006
  34. Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 42
  35. Dans l’ouvrage collectif Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois placé sous la direction de Pierre Brocheux
  36. Spartacus. « Viêt Nam War Overview », (page consultée le 13 avril 2006), [En ligne], Adresse URL: http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/VietnamWar.htm
  37. Vo Nguyen Giap. Mémoires - 1946-1954, tome 1 « La résistance encerclée », Paris, Éditions Anako, coll. « Grands Témoins », 2003, p. 197
  38. Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre », L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41
  39. Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, Denoël, coll. « Destins croisés », 1992, p. 177
  40. Laurent Henninger. « Dien Bien Phu : Qu’allaient-ils faire dans cette « cuvette » ? », Histoire, no. 287, (mai 2004), p. 30
  41. Jacques de Folin, « Les belligérants à la table des négociations », in La Guerre d'Indochine, Paris, éd. Tallandier, 1999, p. 88
  42. Jacques de Folin, op. cité, p. 87
  43. « Vous pouvez me croire, dit-il. J'ai vécu, moi comme employé des plantations. À Kratié, là-bas, au Cambodge, à Thudaumot, à Phu-Quoc… J'ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l'espoir de manger à leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques : la malaria, le béribéri ! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflées d'œdèmes, rongées, traversées par une espèce de sale insecte, le san-quang; le rendement diminue-t-il avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misère ? Les cais les attachent à des troncs d'arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun, après avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses.
    Le matin, à l'aube, quand la fatigue les tient collés à leur bat-flanc, où ils ont essayé de dormir malgré les moustiques qui tuent, on vient les chasser des tanières où ils sont entassés, comme on ne chasse pas des troupeaux de l'étable.
    À midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allégée d'une centaine de grammes, ils doivent d'abord préparer le repas des cais et, la dernière bouchée avalée, se remettre à la corvée, même couverts de plaies à mouches, même grelottants de fièvre. Tout cela pour 1 fr. 20 à 2 francs par jour qu'ils ne touchent jamais entièrement à cause des retenues, des amendes, des achats. […] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimée. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s'ils regagnent leur village, ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir ; mais auparavant, ils sèment autour d'eux des germes de maladie, de révolte, de haine… C'est comme ça qu'on prépare les révolutions. »

    , Andrée Viollis, Indochine SOS, nlle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116

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