Albert Lautman

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Albert Lautman (Paris, - Martignas-sur-Jalle, [1]) est un philosophe des mathématiques français. Issu d'une famille juive laïque, il s'intéresse à la philosophie. Proche des fondateurs du groupe Bourbaki, il défend le platonisme mathématique [2]. Soldat et résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, responsable de l'Armée secrète à Toulouse, il est fusillé par les Allemands. Il est par ailleurs l'oncle maternel d'Alain Krivine, personnalité politique d'extrême-gauche, et le grand-père d'Albert Lautman, directeur général de la Fédération nationale de la mutualité française.

« La réalité inhérente aux théories mathématiques leur vient de ce qu'elles participent à une réalité idéale qui est dominatrice par rapport à la mathématique, mais qui n'est connaissable qu'à travers elle »[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Albert Lautman naît le à Paris, dans le 9e arrondissement. Il est le fils de Sami Lautman, un Juif de Roumanie autrichienne, né à Braïla, médecin installé en France, qui a épousé en 1905 Claire Lajeunesse, issue d'une vieille famille juive de Lorraine. Albert a un frère, Jules, et une sœur aînée, Esther. En , peu après l'éclatement de la Première Guerre mondiale, son père s'engage volontairement dans la Légion étrangère. Grand mutilé de guerre, pratiquement aveugle à la suite d'une blessure reçue en Alsace en 1916, Sami Lautman s'installe avec sa famille à Nice, où Albert grandit et suit sa scolarité. Après des études au lycée Condorcet, où il entre en khâgne, Albert réussit en 1926 le concours d'entrée à l'École normale supérieure. Dans cet établissement prestigieux, il s'intéresse à la philosophie, particulièrement à la philosophie des mathématiques, et il est agrégé de philosophie en 1930.

Il épouse Suzanne Perreau-Detrie en septembre 1931, juste après son service militaire. Le couple part pour deux ans au Japon, où Albert enseigne la littérature et la philosophie française à l'Institut des langues occidentales d'Ōsaka. De retour en Paris, il publie à partir de 1934 plusieurs ouvrages de philosophie des mathématiques. Il se rapproche, durant cette période, du groupe Bourbaki. Il soutient en 1938 sa thèse de doctorat, Essai sur les notions de structure et d’existence en mathématiques, sous la direction de Léon Brunschvicg. Il enseigne ensuite la philosophie à la faculté de lettres de l'université de Toulouse. En 1940 s'installe dans la même ville un de ses cousins, André Lautman, médecin chef à l'hôpital militaire de la ville.

En 1938, bien qu'influencé par le pacifisme des socialistes, face à la montée du nazisme, il s'inscrit volontairement à un cycle assez lourd de perfectionnement pour officiers de réserve avec période au camp de Suippes.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À la mobilisation, alors qu'il n'est que lieutenant, il se voit confier le commandement d'une batterie. Lorsque la Seconde Guerre mondiale se déclare, il est capitaine de la 1021e batterie du 404e régiment d'artillerie DCA. Avec une batterie de DCA, il abat sept avions allemands, notamment lors de la débâcle fin mai 1940. Il est fait prisonnier sur la frontière belge et est envoyé au camp Oflag IV-D en Silésie, d'où il s'évade le avec d’autres officiers pour arriver en zone libre le .

Après avoir retrouvé Léon Brunschwig en Provence, Albert Lautman rejoint sa famille à Toulouse. Il prend contact avec la Résistance militaire et entre dans l'Armée secrète. Au sein du réseau Pat O'Leary, puis du réseau Françoise, il s'occupe de l'évasion vers l'Espagne des aviateurs américains, anglais et canadiens qui transitent par Toulouse. En , il cache un de ses neveux, fils de sa sœur Esther, Gérard Krivine (grand-frère d'Alain Krivine).

Ses qualités le font remarquer par Jean-Pierre Vernant. En , il rejoint l’état-major départemental de l'Armée secrète et devient, aux côtés d'Albert Carovis, un des responsables du 3e bureau du Secteur I (Grenade). Il est chargé d’organiser les maquis dans le nord-ouest de la Haute-Garonne.

Peut-être dénoncé par le patron d'un restaurant toulousain et victime d'une souricière tendue par la Gestapo, il est arrêté le alors qu’il cherche à prendre des nouvelles de son frère, Jules Lautman, également résistant et ayant été interné à la prison Saint-Michel à Toulouse.

Le , Albert Lautman est déporté avec d'autres résistants dans un train à direction de l'Allemagne dans le convoi du « Train fantôme »[4]. Après avoir été bombardé par l'aviation britannique à Parcoul-Médillac, près d'Angoulême, le train revient à Bordeaux le . Les prisonniers sont détenus presque un mois dans l'ancienne synagogue de la ville, réquisitionnée par les autorités allemandes pour servir d'annexe à la prison du fort du Hâ. Finalement, le , Albert Lautman et plusieurs prisonniers sont conduits au fort du Hâ, puis au camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle, où ils sont fusillés le 1er août par les autorités allemandes.

Son frère, Jules, déporté au camp de Neuengamme, décède d'épuisement en 1946.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Monuments[modifier | modifier le code]

Rue[modifier | modifier le code]

  • La première rue de Toulouse débaptisée après la guerre pour recevoir un nom de résistant lui a été dédiée.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Thèses de doctorat :
    • Essai sur les notions de structure et d'existence en mathématiques (1938)
    • Essai sur l'unité des sciences mathématiques
  • Symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique
  • Les Mathématiques, les Idées et le Réel physique

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Klarsfeld, 2012, sa date de naissance est 1er janvier 1908 et sa date de décès est le 19 août 1944.
  2. Hourya Benis-Sinaceur, « Idées : le platonisme phénoménologique d’Albert Lautman », Philosophiques, vol. 37, no 1,‎ , p. 27–54 (ISSN 0316-2923 et 1492-1391, DOI https://doi.org/10.7202/039711ar, lire en ligne, consulté le 6 février 2019)
  3. Communication au IXe Congrès international de philosophie, Paris, 1937, VI, p. 143. Actualités, n° 535, 1937.
  4. Son cas est évoqué par Francesco Nitti dans son livre 8 chevaux 70 hommes, Éditions Chantal, avril 1945.

Liens externes[modifier | modifier le code]