Artillerie

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On appelle artillerie l'ensemble des armes collectives ou lourdes servant à envoyer, à grande distance, sur l'ennemi ou sur ses positions et ses équipements, divers projectiles de gros calibre : obus, boulet, roquette, missile, pour appuyer ses propres troupes engagées dans une bataille ou un siège. Le terme serait apparu environ au XIIIe siècle, dérivant du vieux français artillier qui désignait les artisans, fabricants d'armes et équipements de guerre. Ces artisans ont été pendant longtemps les seuls spécialistes dans le service de ces armes puisqu'ils les fabriquaient et les essayaient avant livraison. C'est pourquoi, jusqu'au XVIIIe siècle, ils étaient commissionnés par les souverains pour les servir à la guerre.

Ainsi et par extension, le nom d'artillerie qui désignait l'ensemble des produits fabriqués par les artilleurs a fini par désigner aussi l'ensemble des troupes au sol chargées de mettre en œuvre ces armes, dès lors que des formations militaires spécialisées ont été créées. L'emploi de l'artillerie nécessite le renseignement, la surveillance, l'acquisition d'objectif, le réglage du tir, la transmission des informations, un approvisionnement en munitions et l'entretien des armes. De ce fait, tout au long de l'histoire militaire, elle donne naissance aux armes du génie, des transmissions, de l'aviation légère des armées de terre, du train des équipages (d'artillerie), du matériel (Parc d'artillerie) et, par transfert, aux chars de combats regroupés à l'origine sous le terme d'artillerie d'assaut. En raison sa complexité, elle reste longtemps l'arme scientifique par excellence, attirant nombre de savants. À partir de I794, en France, l'École polytechnique lui fournit de manière privilégiée ses cadres jusqu'à la deuxième Guerre mondiale. De plus, elle est le symbole de la puissance car elle nécessite des investissements importants. Sous Louis XIV, elle reçoit la devise d'"Ultima Ratio Regum", le dernier argument des rois. Elle est l'arme déterminante pour beaucoup de grands chefs militaires comme Napoléon Ier (qui était artilleur de métier). Ses évolutions conditionnent fortement la manière de faire la guerre.

Canon exposé devant la cathédrale de Montréal, Québec.

Sommaire

Histoire[modifier | modifier le code]

L'artillerie névrobalistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Artillerie médiévale.

Les Romains sont les premiers à utiliser une artillerie et déploient toute une gamme de lanceurs. Ils utilisent l'énergie mécanique soit à l'aide d'un contrepoids (trébuchet, mangonneau), soit par la tension d'un réseau de cordes (catapulte), soit par la torsion d'un cordage accumulée puis libérée instantanément (baliste). Les projectiles qui sont envoyés peuvent être des javelots, des pierres et rochers de différentes tailles, des projectiles incendiaires à base de poix voire des projectiles "bactériologiques" comme des carcasses d'animaux malades. En raison de leur manque de mobilité, la plupart de ces engins sont employés dans les opérations de siège, aussi bien dans l'attaque que dans la défense. Cependant, les légions romaines font quelquefois usage de machines légères comme les scorpions sur le champ de bataille.

Quelques types d'engins névrobalistiques :


Les débuts[modifier | modifier le code]

La poudre[modifier | modifier le code]

L’artillerie connaît un progrès important avec la découverte d'une énergie propulsive, rapidement et directement utilisable, la poudre noire. La poudre à canon elle-même est généralement reconnue pour avoir été découverte en Chine vers le IXe siècle, durant la dynastie Tang (618-907). La première mention de la formule date de 1044, dans le Wǔjīng zǒngyào 武經總要. Les premières descriptions de la poudre noire en Europe datent du milieu du XIIIe siècle, dans un ouvrage daté de 1249, attribué à un moine franciscain britannique, Roger Bacon. Simultanément, on retrouve une description à Cologne chez un certain Albertus Magnus. Après quelques essais décevants de fusées incendiaires, on imagina d'utiliser les gaz produits par la déflagration comme propulseur dans un tube pour lancer un boulet, la bombarde était née. Contrairement à la légende, le moine Berthold Schwartz (1310 - 1384) n'a pas inventé la poudre mais il a conçu et développé les premiers canons en bronze. La première apparition notable de l'artillerie a lieu lors de la bataille de Crécy en 1346 où les Anglais utilisent ouvertement des bombardes contre les soldats français. Elle devient navale à peu près à la même époque.

Le tube[modifier | modifier le code]

Après une utilisation anecdotique de tubes en bois, les premiers tubes en métal sont construits au début du XIVe siècle en Angleterre, mais aussi en Italie, en France, en Allemagne et en Espagne. La première image d'un canon date de 1326, sur un manuscrit anglais. La métallurgie médiévale ne permet pas de réaliser des canons d'un bloc, ceux-ci sont dans un premier temps réalisés d'une manière analogue aux tonneaux, avec des pièces de fer forgé (les douelles) ou même de bois tenues ensemble par des cerclages en fer ou même en cuir (en Italie par exemple), dans les cas de tubes à douelles.

Par la suite, les tubes à douelles sont remplacés par des tubes à spirales, constitués d'un fin feuillet de fer entouré autour d'une âme en bois dur, renforcé en l'entourant à chaud de plusieurs fines barres de fer de section carré, entourées en sens contraire.

Dans ces conditions, les tubes sont très souvent sujet à des éclatements inopinés dangereux voire fatals pour leurs utilisateurs au-delà d'une dizaine de coups. Les tubes étaient testés 8 fois devant l'acheteur et étaient garantis pour 400 coups, d'où l'expression "faire ses 400 coups". En raison de cette fragilité, les charges de poudre propulsive sont nécessairement limitées réduisant ainsi la portée et la puissance à l'impact. De plus, les charges perd beaucoup d'efficacité du fait de l'importante traînée des projectiles, le vent de boulet, difficile à maîtriser en raison du manque de régularité dans leur fabrication.

Peu à peu, la métallurgie trouve de meilleures techniques et matériaux pour la fabrication des pièces. Les armes en métal coulé, chargées par la bouche sont d'abord faites de fonte. À partir de 1450, le bronze s'impose comme matériau de construction privilégié. Bien que coûteux, il présente l'avantage de se déformer plutôt que d'éclater. La tendance est à l'allongement des tubes pour améliorer à la fois leur précision et leur portée. L'usage des moules, comme pour fondre les cloches, permet de réaliser des pièces d'un seul tenant, de les produire en grande série avec des calibres standardisés[1].

L'affût[modifier | modifier le code]

Parallèlement, on travaille aussi à rendre l'artillerie plus mobile et plus précise. Jusqu'en 1480, l'affût est un support inerte. À cette date, les frères Bureau développent l'affût à roue et les tourillons. Ces innovations marquent le passage de la bombarde au canon, car elles permettent un pointage plus aisé en portée comme en direction et une bien meilleure mobilité. Il semble que les premiers affûts aient fait leur apparition à la bataille de Marignan en 1515.

Le projectile[modifier | modifier le code]

Un autre problème est lié à la nature des projectiles. Ces derniers sont, dans un premier temps, en pierre et ont la fâcheuse tendance à s'écraser à l'impact d'un objectif solide comme une muraille d'enceinte. Ce dernier problème est résolu, au milieu du XVe siècle, d’abord en cerclant de fer les projectiles (innovation des frères Jean et Gaspard Bureau), puis en les remplaçant par des boulets en fer battu, plus résistants. Les boulets métalliques, trois fois plus denses et de tailles standardisées, font plus de dégâts, si bien qu'on peut réduire la calibre des tubes qui deviennent plus légers, plus transportables, ce qui favorise le développement de l'artillerie de campagne très mobile[1].

Mise en œuvre de l’artillerie classique[modifier | modifier le code]

La classification des pièces d'artillerie telle qu'établie par Maximilien d'Autriche (1459-1519) est très "poétique".

Pour l'artillerie lourde :

  • Le canon
  • Le demi-canon
  • Le quart de canon
  • Le basilic ou longue couleuvrine

Pour l'artillerie de campagne

  • La grande couleuvrine
  • La couleuvrine
  • Le faucon
  • Le fauconneau

Le chargement des canons se fait par la gueule. La première opération est le chargement :

  • la lanterne (ou cuillère, à long manche) sert à doser et déposer une charge de poudre (avant que ne soient utilisées des gargousses de toile),
  • le refouloir (en forme de tampon sur un manche) sert à enfoncer et tasser les deux bourres dans le canon (entre la poudre et le boulet, et devant le boulet pour éviter qu'il s'écarte en roulant de la poudre avant la mise à feu).

Une fois le canon chargé, la gargousse (qui contient la poudre) est crevée avec le dégorgeoir à gargousse qui passe par la lumière (trou dans le fût du canon); de la poudre fine est versée dans la lumière pour amorcer la charge, avant que la flamme soit apportée par le boutefeu (manche autour duquel est enroulée une mèche qui reste toujours allumée).

Une fois le coup tiré, le fût du canon est débarrassé des débris du tir avec une brosse (dotée d’un long manche), puis nettoyé avec un écouvillon (doux)[2].

Effets de l'artillerie [modifier | modifier le code]

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les effets de l'artillerie sont essentiellement fondés sur l'énergie cinétique du projectile. Pour ce qui est de l'artillerie de campagne, les tirs sont directs c'est-à-dire que les canons et les objectifs sont à vue. Il n'y a donc pas de défilement possible ni de tirs au-dessus des troupes. La visée se fait directement sur le tube. L'artillerie est particulièrement visible, notamment parce qu'elle doit occuper des points hauts et parce qu'elle émet quantité de fumée. Deux types d'effets physiques sont attendus, d'une part, dans le combat éloigné, le boulet renverse les lignes de fantassins ou de cavaliers en tombant et en rebondissant dans leur rangs. En combat rapproché la boite à mitraille projette des centaines de micro-projectiles comparables à un fusil de chasse. Les types de boulets sont divers, boulet simple, boulets ramés avec des chaines, boulets encastrés avec des "ailes", boulets conjugués, boulets chauffés à blanc, etc. Pour ce qui est de l'artillerie de siège, le tir peut être direct lorsqu'il s'agit de détruire une muraille visible ou atteindre des hommes placées sur celles-ci. Il peut être plongeant, c'est-à-dire avec un angle de tir supérieur à 45 ° pour détruire les objectifs militaires ou civils protégés au milieu de la citadelle. Cet effet physique créée un effet psychologique multiplicateur souvent décisif. C'est pourquoi, se développent des systèmes de fortifications "à la Vauban" qui mettent notamment à défilement les murailles des citadelles dans des fossés pour éviter les coups directs de l'artillerie sur la maçonnerie.

L'emploi tactique de l'artillerie[modifier | modifier le code]

À la fin du Moyen Âge, l'artillerie est pleinement entrée dans les modes de guerre. Elle est difficile à employer sur le champ de bataille en raison de son manque de mobilité. Toutefois, elle a un effet indéniable, elle tue et elle a un effet psychologique majeur. L'artillerie de siège est devenue si efficace que les techniques de fortification doivent être repensées de fond en comble. Il n'existe plus alors de fort imprenable, car plus un mur est haut, plus il est vulnérable au tir des boulets métalliques. En outre, les dommages faits aux habitations d'une ville assiégée sont considérables.

L'âge de raison[modifier | modifier le code]

Au début du XVII e siècle, l'artillerie demeure une arme auxiliaire. Elle fait l'objet d'une administration civile à part qui a pour responsabilité la fabrication du matériel, la logistique et la mise en œuvre. Elle déploie des matériels divers, pléthoriques et très peu standardisés. La guerre de Trente ans qui concerne toute l'Europe oblige à une rationalisation radicale.

Réorganisation de l'artillerie[modifier | modifier le code]

En 1630, le roi de Suède, Gustave-Adolphe constitue une nouvelle artillerie, plus mobile et plus légère. Il limite le nombre de calibres disponibles. Il établit une distinction entre l'artillerie lourde destinée aux sièges, à la guerre de position ou à la protection des franchissements, l'artillerie de campagne, qui appuie l'infanterie, l'artillerie légère qui est mise en œuvre par les fantassins eux-mêmes.

En France, à partir de 1668, l'administration de l'artillerie est militarisée. Six compagnies, quatre de canonniers et deux de bombardiers sont créées. En 1671 est créé le corps des fusiliers du roi qui a pour mission la garde et le service de l'artillerie royale. Une école d'artillerie jouxtant l'université de Douai est fondée par Louis XIV en 1679. Par la suite un grand nombre d'écoles d'artillerie, nationales et régimentaires sont créées. L'ensemble des unités est regroupé en 1693 dans un régiment, le Royal-Artillerie, qui prend rang entre le 63e et 64e régiment d'infanterie. En 1765, l'artillerie française est articulée en sept régiments. Le modèle des pièces est rationalisé et standardisé dans un système connu sous le nom de "système de Vallière".

L'artillerie est employée répartie sur l'ensemble de la ligne de bataille en batteries de quatre à dix pièces. Le combat commence par une canonnade puis, alors que la bataille se développe au contact de l'ennemi, elle tire "à mitraille".

Développements de nouveaux modèles de pièces[modifier | modifier le code]

Le mortier est inventé au début du XVIIe siècle pour surmonter l'amélioration des fortifications. Il est introduit peu à peu en Hollande puis en France. Le mortier est un tube court destiné à tirer des projectiles en tir plongeant par dessus des obstacles. Les projectiles peuvent être inertes, de grosses masses, ou explosifs. Ils prennent alors le nom de bombes. Celles-ci sont allumées séparément à l'aide d'un boute-feu par un servant ou par l'intermédiaire de la flamme du tir.

De mêmes, des projectiles creux explosifs sont adoptés avec l'invention de la fusée pour mettre à feu la charge. Un tube intermédiaire entre le canon et le mortier, l'obusier, est alors développé pour lancer de tels projectiles.

Des pièces d'artillerie légère "à la suédoise" développée en 1732 sont introduites avec beaucoup de réticence dans les régiments d'infanterie français.

Au milieu du XVIIIe siècle, le roi de Prusse, Frédéric II, invente l'artillerie à cheval capable de suivre et de soutenir la cavalerie.

L'artillerie prussienne sert de modèle à l'ensemble des artilleries du continent. Jean-Baptiste de Gribeauval est chargé de la réforme de l'artillerie française sur ce modèle. Il divise l'artillerie en quatre catégories, l'artillerie de campagne, l'artillerie de siège, l'artillerie de place et l'artillerie de côte. Pour améliorer la précision, il fait adopter la ligne de mire et la vis de pointage. Pour améliorer la cadence de tir, il fait adopter la gargousse standard, la cartouche à boulets et à mitraille. Pour améliorer la maintenance et l'interopérabilité, il fait construire des affuts selon un modèle type qui comprennent notamment deux positions pour les tourillons, position de transport et position de combat. Il invente la prolonge qui permet de manœuvrer la pièce sans dételer les chevaux et la bricole, sorte de harnais qui permet aux servants d'amener par eux-mêmes la pièce en position de tir. Il limite le nombre de calibres disponibles

À la Révolution, l'artillerie est devenue une arme nouvelle et qui compte de plus en plus sur les champs de bataille. Elle commence à intéresser les théoriciens comme du Puget, du Teil, Guibert et Scharnhorst. La France a pour réputation d'avoir la meilleure artillerie et surtout, de savoir s'en servir.

Influence du développement de l'artillerie sur la fortification[modifier | modifier le code]

Des leçons tirées de la guerre de Trente ans, Vauban conçoit un nouveau système de fortification adapté aux progrès de l'artillerie car bien moins vulnérable aux projectiles. De même, il conçoit un système d'emploi de l'artillerie pour venir à bout de ces mêmes fortifications.

L'artillerie, arme majeure du champ de bataille[modifier | modifier le code]

Pendant tout le XIXe siècle et jusqu'à la guerre de 1914, l'artillerie devient un élément déterminant du champ de bataille. Elle prend une nouvelle dimension avec les campagnes de la Révolution et de l'Empire, elle joue un rôle essentiel dans les conflits du XIXe et trouve l'apogée de son emploi pendant la Première Guerre mondiale où elle démontre à la fois sa puissance mais aussi ses insuffisances.

L'artillerie pendant la Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

Artilleur du train (à gauche) et à pied de l'époque napoléonienne.

Le 29 octobre 1790, l'artillerie française devient une arme à part entière. Elle dispose des sept régiments à deux bataillons de dix compagnies de l'Ancien Régime. Elle conserve surtout et beaucoup mieux que l'infanterie, les cadres de l'Ancien Régime comme Bonaparte qui ont cultivé l'excellence et qui la mette à disposition des armées de la République. Tout au long de la période, elle ne cesse de s'étoffer et de s'améliorer.

Au plan technique, l'artillerie de la Révolution et de l'Empire n'a guère évolué car elle reste essentiellement fondée sur le système de Gribeauval qui date de l'Ancien Régime. Il ne sera pas notablement amélioré pendant la période. La supériorité dont elle fait preuve tient à sa quantité et à son emploi stratégique et tactique.

L'emploi de l'artillerie française est caractérisé par trois points forts : sa mobilité, sa proximité de l'infanterie et sa capacité de concentration instantanée et la qualité professionnelle de ses personnels.

Mobilité[modifier | modifier le code]

La mobilité tactique de l'artillerie tient à ses batteries d'artillerie à cheval, surnommée "artillerie volante". Neuf compagnies d'artillerie à cheval sont créées en 1790. Elles deviennent une pièce maîtresse de la supériorité française dans les campagnes et sur les champs de bataille grâce à leur mobilité, leur souplesse, leur réactivité et leur esprit offensif. Elles acquièrent leur indépendance le 7 février 1794 sous le nom d'"artillerie légère".

La mobilité stratégique tient en grand partie à son organisation. Un ensemble complet de soutiens adapté à ses qualités est progressivement créé. Le transport effectué par des entreprises civiles sous l'Ancien Régime est progressivement militarisé. Le train des équipages est officiellement créé le 26 mars 1807. Les pontonniers destinés à faciliter ses franchissements sont créés en une spécialité séparée attribuée au génie le 23 octobre 1793. Sont ajoutées progressivement à l'ensemble des compagnies d'ouvriers, des unités de vétérans chargés de mettre en œuvre l'artillerie de place, des unités d'artillerie côtières et des fonctionnaires chargés de l'entretien et de la surveillance des matériels au sein de parcs d'artillerie, centre de réparation et de stockage. Par ailleurs, dix sept compagnies coloniales sont créées le 3 avril 1804 pour protéger les colonies et une artillerie de la Garde est constituée.

Proximité de l'infanterie et capacité de concentration instantanée[modifier | modifier le code]

Le principe consiste à faire en sorte que l'artillerie soit proche de l'infanterie pour la soutenir à tout moment. Dès le début de la Révolution, deux pièces sont attribuées à chacun des bataillons de la Garde nationale. Au cours des années 1810-1811, Napoléon fait distribuer deux pièces d'artillerie à chacun des régiments d'infanterie pour rapprocher l'artillerie du cœur du combat, renforcer les fantassins et compenser ainsi leur moindre qualité. Cependant, à tout moment, l'artillerie est capable de se concentrer rapidement aux ordres de l'Empereur ou du général en chef dans une "grande batterie" pour appuyer l'effort majeur de la bataille et forcer ainsi la décision.

Qualité professionnelle de ses personnels[modifier | modifier le code]

L'artillerie bénéficie d'une gestion particulière de ses personnels. Elle cultive une excellence qui s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui. Elle reçoit les gens les plus brillants. L'artilleur est un soldat très aguerri. Son apprentissage est long et repose sur un entraînement minutieux répété incessamment et quelles que soient les conditions du combat.

Généralisation de ces règles d'emploi aux autres artilleries[modifier | modifier le code]

Tout au long de la période, les adversaires de la Révolution et de l'Empire n'ont de cesse que d'imiter le modèle napoléonien qui est un des facteurs indéniables de la supériorité des armées françaises.

Des développements considérables dus à l'industrialisation[modifier | modifier le code]

Dès de début du XIXe siècle, l'artillerie fait l'objet d'études nombreuses tant pour améliorer le matériel, tubes, poudres, etc, que pour optimiser la balistique. Ces évolutions changent son emploi et sa mise en œuvre du tout au tout.

Les poudres[modifier | modifier le code]

Depuis le Moyen Âge, l'artillerie utilisait exclusivement de la poudre noire dont les défauts étaient clairement identifiés. Outre la fumée qu'elle générait au départ, qui la faisait immanquablement repérer et qui recouvrait le champ de bataille du "brouillard de la guerre", sa puissance laissait à désirer et son dosage précis était très difficile ce qui limitait automatiquement la maîtrise des effets et de la portée. Au XIXe siècle, des études permettent d'inventer de nouvelles poudres. Dès les années 1830, de nouveaux explosifs sont inventés. Plus puissants que la poudre noire, ils ont l'avantage de faire peu de fumée. Un mélange de coton, sciure de bois et acide nitrique est inventé par une chimiste français Henri Braconnot. De même, la nitroglycérine est découverte en Italie et la nitrocellulose aux États-Unis. Toutefois, ces explosifs sont instables et après des essais infructueux, ils ne peuvent être produits en masse. Il faut donc attendre le début des années 1880 pour trouver des formules de stabilisation. La nitrocellulose est plastifiée avec un mélange d'éther et d'alcool. Le fulmicoton et la nitroglycérine sont de même stabilisés pour donner un mélange du nom de cordite.

Ces poudres servent à la fois à l'amorçage, à la propulsion et à l'explosion des munitions.

Jusqu'au XIXe siècle, l'amorçage est assuré par de la poudre noire finement moulue, le pulvérin, que l'on met dans la "lumière", sorte de trou fait dans la partie arrière du canon, et qui doit être allumé à l'aide d'un boute-feu, sorte de tige en corde dont un bout se consume. Outre le fait que le boute-feu est source de risques car il peut enflammer la poudre ambiante, le pulvérin craint l'humidité et peut faire "long feu", c'est-à-dire ne pas transmettre la flamme ou le faire après un certain délai. Les nouvelles poudres sont conditionnées sous formes d'étoupilles, sortes de capsules hermétiques dans lesquelles sont mises des poudres relativement instables et qui sont mises à feu par la percussion d'une amorce. Ces étoupilles sont mises dans une "lumière" ou directement incluses dans les douilles des projectiles et transmettent ainsi l'explosion aux gargousses.

De même, la propulsion était assurée par de la poudre noire qui était grossièrement dosée à l'aide de cuillers, introduite par la bouche de la pièce, tassée par un écouvillon et éventuellement complétée par une bourre. Naturellement, avec des facteurs aussi approximatifs, la portée des canons était très aléatoires et la cadence de tir très lente, était dépendante de longues périodes d'entraînement des servants. Avec les nouvelles poudres dont la composition est très précisément contrôlée et dont le conditionnement, en gargousses correspondants à des charges très rigoureusement dosées, les portées sont maîtrisées. Des tables de tir, résultat d'expérimentations normées, sont établies et comprennent la portée exacte générée par la combinaison charge / angle de tir ainsi que la "fourchette" qui correspond à l'écart probable circulaire obtenu lors des essais.

Enfin, en ce qui concerne les projectiles, deux progrès majeurs sont faits, l'obus et la fusée.

Les projectiles[modifier | modifier le code]

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, l'effet de l'artillerie contre les troupes et contre les fortifications est essentiellement mécanique, (cf. Les effets de l'artillerie). Dès 1776, on s'aperçoit que la forme optimale d'un projectile d'artillerie est la forme cylindro-ogivale mais ce n'est qu'à partir de 1886, qu'il devient le projectile de base de l'artillerie en raison notamment de l'invention des nouvelles poudres qui sonne ainsi la fin du boulet. Il est fabriqué en acier, et rempli de mélinite. Sa forme permet d'obtenir une pénétration optimale dans l'air. Elle rend les canons plus efficaces car elle augmente de manière significative leur portée. Elle permet une augmentation importante de la charge explosive pour un même calibre et permet une multiplication des types de projectiles. Enfin, elle assure une meilleure maniabilité des munitions pour le servant comme pour la logistique.

En 1784, le lieutenant anglais Shrapnel invente un projectile plein de poudre et de billes en acier qui explose en l'air à une distance donnée et qui a des effets dévastateurs sur l'infanterie. Il est utilisé en quantité à Waterloo en 1815.

À l'issue de cette évolution, la gamme des obus disponibles permet de varier de manière considérable les effets obtenus en fonction des caractéristiques de l'objectif. Cette variété est multipliée grâce à l'invention de la fusée, dispositif qui permet de commander leur explosion.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les projectiles sont rarement explosifs. Lorsqu'ils le sont, les dispositifs de mise à feu du projectiles sont sommaires et peu fiables. Soit, la mise à feu est indépendante, au moment du tir, l'obus est amorcé à l'aide d'un pulvérin ou d'une mèche auquel un servant met le feu grâce à un boute feu, soit on compte sur le feu de la poudre de propulsion pour allumer le dispositif. Outre le fait qu'ils sont dangereux, ces moyens sont très approximatifs notamment parce que le calcul du retard est très difficile. La fusée inventée à partir des années1880, permet de régler avec précision le point d'explosion de l'obus. Elle est soit fusante, pour faire exploser l'obus en l'air à proximité du sol et neutraliser ainsi les fantassins et les objectifs "mous", soit percutante. La percussion peut se faire au contact ou elle peut être retardée afin de laisser l'obus s'enfoncer dans le sol par l'énergie cinétique et détruire ainsi les tranchées ou les fortifications enterrées. Leur mode de fonctionnement peut être très varié. Elles peuvent être pyrotechniques comme sur l'obus explosif fusant de 75 où un serpentin de poudre est percé au niveau de retard désiré et mis à feu avec la poudre de propulsion. Elles peuvent être percutantes, à l'aide d'un simple dispositif d'amorce qui explose au contact. Elles peuvent être mécaniques, à l'aide d'un dispositif d'horlogerie comme la fusée MTSQ correspondant à l'obus de 155 M 107 standard de l'OTAN. Elles peuvent être radioeléctriques et déclenchées à une distance donnée du sol.

Les tubes[modifier | modifier le code]

L'évolution de la technologie des tubes se fait selon cinq critères: la solidité, la légèreté, les rayures, le chargement par la culasse et la maîtrise du recul.

La solidité[modifier | modifier le code]

L'amélioration de la solidité est nécessaire pour que le tube résiste aux pressions générées par les nouvelles poudres et les aménagements apportés aux projectiles.

Le bronze est donc remplacé par l'acier dès le milieu du XIXe siècle et montre sa supériorité.

La légèreté[modifier | modifier le code]

L'amélioration de la légèreté permet de rendre l'artillerie de campagne plus mobile et plus apte à suivre au plus près les troupes de mêlée. Le remplacement du bronze par l'acier en est un facteur déterminant. L'enjeu consiste par ailleurs à établir un double équilibre entre la minceur des parois du tube et sa résistance à l'éclatement d'une part et entre la longueur du tube/ le calibre et les performances désirées d'autre part, tout en gardant aussi une vue sur sa longévité (coups compensés : nombre de coups à charge maximales autorisés dans la vie du canon) et sa solidité/rusticité.

Les rayures[modifier | modifier le code]

Les rayures permettent d'améliorer notablement la précision et la portée du canon. Elles sont associées à des ceintures de forcement placées sur le corps de l'obus. D'une part, elles donnent au projectile un mouvement de rotation qui assure une stabilité et un équilibre quasi parfait sur la trajectoire à la manière d'un gyroscope. D'autre part elles limitent les déperditions des gaz de propulsion et permettent ainsi de jouer précisément sur le dosage de la poudre pour maîtriser la portée.

Le chargement par la culasse[modifier | modifier le code]

Le chargement par la culasse amène deux améliorations majeures. D'une part, il favorise la rapidité du tir en limitant les déplacements et les manœuvres des servants pour recharger la pièce. D'autre part, il permet d'installer sur les canons des boucliers qui protègent ces mêmes servants des tirs d'infanterie ou des éclats d'obus pour qu'ils puissent agir au plus proche des lignes de front. Il oblige, par ailleurs, un conditionnement standard de la munition, des charges pesées avec précision et conditionnées dans des gargousses numérotées et, pour certains calibres, des douilles en métal mou.

La maîtrise du recul[modifier | modifier le code]

Le maîtrise du recul favorise la rapidité du tir car elle permet de tirer plusieurs projectiles à la suite sans avoir à repointer la pièce, tâche très souvent critique dans la mise en œuvre de l'artillerie. Elle fait l'objet d'une concurrence technologique effrénée entre les nations et entre les fabricants de canon. Depuis le Moyen Âge, de nombreuses techniques avait été recherchées pour limiter les effets du recul mais ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'il est convenablement maîtrisé.

Les premiers dispositifs anti-recul sont fondés sur des cordes qui lient la pièce à un point fixe puis des patins ou de sabots mis sur les roues de l’affût et la bêche qui permet d'ancrer la flèche dans le sol. Mais s'ils le limitent, ils ne le suppriment pas.

La deuxième génération est fondée sur le principe du frein hydraulique que Krupp développe dès les années 1880 mais que les Français maîtrisent brillamment avec le canon de 75 mm modèle 1897 qui leur donne des années d'avance en matière d'artillerie de campagne.

L'amélioration des techniques de pointage[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la veille de la Première guerre mondiale, l'artillerie agit en soutien de l'infanterie en tir quasiment direct. L'artilleur voit son objectif. À partir des années 1890 grâce à l'allongement des portées, les techniques de pointage s'améliorent pour lui permettre d'effectuer des tirs indirects plongeant ou verticaux. Ce développement a plusieurs avantages. L'artillerie n'est plus à vue directe de l'adversaire et peut se placer derrière des obstacles ou des défilement, à des distances qui la protège des tirs d'infanterie et des tirs directs de l'artillerie adverse ce qui réduit d'autant sa vulnérabilité. Ses feux sont devenus de plus en plus imprévisibles et l'effet psychologique de ses coups en est largement augmenté. Toutefois, pour ce faire, il lui faut de nouvelles techniques et de nouvelles procédures de tir.

La problématique des techniques de pointage consiste à relier géométriquement l'objectif avec les batteries dans un système commun de référence en trois dimensions.

Pour acquérir l'objectif, un observateur qui doit être au plus prêt des troupes appuyées devient nécessaire. Il doit déterminer les coordonnées de l'objectif dans le système de référence commun et régler les tirs au mieux. À cet effet, il lui faut des matériels topographiques légers et performants (jumelles, longues-vues, télémètres, théodolites, boussoles, etc.) et des matériels de transmission des données qu'il acquiert (Estafettes, téléphone, radio, etc.), nonobstant des protections pour lui permettre d'effectuer ses opérations sous le feu (Boucliers, observatoires cuirassés, etc.) à partir d'une situation dominante donc facilement repérable. Les données ainsi acquises sont transmises à la batterie où elles sont transformées en termes d'artillerie pour la batterie entière (type d'objectif, effet physique à obtenir, dimension géographique de l'effet à obtenir, modification des termes pendant le tir, etc.) et pour chaque pièce (type d'obus, type de charge, type et réglage des fusées, azimut, angle et instructions de coordination). La batterie elle-même doit être précisément repérée dans le système de référence commun. Son efficacité se fonde donc sur une topographie précise, en situation comme en angles, acquise grâce à des théodolites, des télémètres, des goniomètres, des jalons et des techniques de calcul performantes mais simples, pour réagir rapidement et limiter les erreurs.

L'organisation[modifier | modifier le code]

En 1827, le système Gribeauval est remplacé par le système Vallée qui consiste essentiellement dans l'amélioration des affûts et dans la simplification des calibres. La batterie de quatre à huit pièces devient l'unité élémentaire de l'artillerie. Elle regroupe la partie artillerie proprement dite et sa logistique immédiate, le train de combat qui la rend plus autonome et permet sa répartition au sein des divisions. Cette répartition reste la règle quasiment jusqu'à nos jours.

Le cas particulier de l'artillerie de marine[modifier | modifier le code]

L'insuffisance de l'artillerie pendant la Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Bilan du développement de l'artillerie en 1914[modifier | modifier le code]

En 1914, l'artillerie atteint un apogée technologique. Si certaines conclusions sont communes, son évolution chez les principaux États acteurs de la course mondiale aux armements est largement conditionnée à la fois par les conceptions stratégiques et tactiques de ceux-ci et par la structure de leur recherche et de leur industrie.

Artillerie camouflée de tranchées.
Artillerie allemande, 1915.
En France[modifier | modifier le code]
Une industrie et une recherche entièrement dans les mains de l'État[modifier | modifier le code]
L'artillerie de campagne[modifier | modifier le code]
L'artillerie lourde[modifier | modifier le code]

Compte tenu de la conception tactique très dynamique du commandement français, l'artillerie lourde est la parente pauvre de l'artillerie. Devant l’avènement de la guerre de positions, de grands efforts sont entreprit pour contrebalancer l'avantage allemand.

La portée maximale des meilleures pièces de l'artillerie lourde sur voie ferrée française en service en 1918 était de 37 000 mètres pour le 340 B Saint-Chamond rayée à 6°. Les pièces allemandes de 380 et 355 atteignaient déjà respectivement 47 000 et 62 000 m de portée, aussi en mars 1918 lorsque les Pariser Kanonen tirèrent sur Paris à 120 kilomètres de distance, il fut décidé de créer un programme de Matériel à Très Longue Portée.

Une pièce désigné comme " canon de 340/224 de 150 calibres à rallonge lisse, monté sur affût- truck Schneider N° 47 969 - avec affût oscillant et berceau " ou plus prosaïquement 340/224TLP[3] mit en service entre 1929 et 1931 réalisa lors d'un tir d'un obus de 224 mm modèle 1929 de 142 kg à une vitesse initiale de 1 520 m/s le record absolu de portée obtenue par un matériel d'artillerie français a 127 800 m le 21 novembre 1929[4].

L'artillerie de forteresse[modifier | modifier le code]
En Allemagne[modifier | modifier le code]
Une industrie et une recherche partagée entre l'industrie lourde allemande et l'armée[modifier | modifier le code]
L'artillerie de campagne[modifier | modifier le code]
L'artillerie lourde[modifier | modifier le code]
L'artillerie de tranchée[modifier | modifier le code]
L'artillerie de forteresse[modifier | modifier le code]
En Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]
Dans les autres pays[modifier | modifier le code]

Le feu tue mais n'anéantit pas[modifier | modifier le code]

Diversification des vecteurs d'artillerie[modifier | modifier le code]

Le retour de l'artillerie lourde[modifier | modifier le code]
La construction de canons de grande puissance et à très longue portée.[modifier | modifier le code]
La diversification des châssis[modifier | modifier le code]
L'artillerie de tranchée[modifier | modifier le code]
L'artillerie d'assaut et la naissance des chars[modifier | modifier le code]
La conquête de la troisième dimension[modifier | modifier le code]
L'aérostation[modifier | modifier le code]
L'aviation[modifier | modifier le code]
L'artillerie sol-air[modifier | modifier le code]

Les apports de la deuxième guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les progrès faits par l'artillerie de forteresse[modifier | modifier le code]

Le développement d'une artillerie antichar spécifique[modifier | modifier le code]

Les canons d'assaut[modifier | modifier le code]

L'évolution à l'issue de la deuxième guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'avènement du missile[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin de la guerre froide, l'artillerie résiste plutôt bien à l'évolution des conflits modernes[modifier | modifier le code]

Un rôle de moins en moins évident dans les conflits asymétriques d'aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les grands artilleurs[modifier | modifier le code]

  • Jean Bureau révolutionne l'artillerie médiévale. Avec son frère Gaspard, il est le véritable initiateur de l'artillerie de campagne, c'est-à-dire de l'emploi de canons mobiles sur le champ de bataille. Cette mutation profonde de la technologie militaire au milieu du XVe siècle, permettra aux troupes françaises de prendre un ascendant décisif sur l'armée anglaise, et de mettre ainsi fin à la guerre de Cent Ans. Sous son impulsion, le boulet en pierre est remplacé par le boulet en fer, les tubes en fonte font leur apparition. Jean Bureau met fin au chaos des calibres utilisés en imposant les sept calibres de France.
  • Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789), ingénieur, participe à la modernisation et à l'amélioration de l'artillerie. Son nom est resté attaché au « canon Gribeauval » qui contribue à la victoire française de Valmy
  • Napoléon Ier (Napoléon Bonaparte, 1769-1821), nommé lieutenant en second d’artillerie le 1er septembre 1785. Au début du mois suivant, il reçut ordre d’aller joindre à Valence, en Dauphiné, le régiment d’artillerie de La Fère, qui était en garnison dans cette ville ; à son arrivée, on le plaça dans une des compagnies de la brigade des bombardiers. Par la suite, tout au long de sa carrière militaire puis lors de son règne, il fut dans l'histoire le premier des stratèges militaires à concevoir ses plans de bataille d'abord et avant tout autour de l'utilisation de l'artillerie, notamment lors du siège de Toulon (1793) ou de la bataille d'Austerlitz (1805), inaugurant ainsi l'ère moderne de la stratégie militaire par une gestion rationnelle de la puissance de feu et de ses effets. Son intérêt pour la cartographie, sa manière de préparer ses plans de bataille très à l'avance à partir des éléments cartographiques, et sa gestion rigoureuse de la logistique sont également typiques d'un artilleur qui se devait de baliser le terrain sur lequel il aurait à déclencher des feux en utilisant ses munitions disponibles.
  • Émile Rimailho (1864-1954) apporta divers perfectionnements aux canons en usage dans l'armée française après la défaite de 1870 : limitation du recul, sécurisation de la mise à feu, meilleure mobilité. Ses travaux sont notamment à l'origine du canon de 75 et du canon de 155, appelé « rimailho » (du nom de son concepteur) pendant la Première Guerre mondiale.

L'artillerie aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Draguignan, qui est la « capitale » française de l'artillerie : elle accueille depuis 1976 l'école de spécialisation de cette arme. Sainte Barbe, fêtée le 4 décembre, est la patronne des artilleurs.

La chanson des artilleurs la plus célèbre est « L'artilleur de Metz », cette ville ayant accueilli dès 1720, une école d'application d'artillerie, fusionnée en 1794 avec l’École d'application du génie de Mézières puis avec l’École d'artillerie de Châlons en 1807 et fermée en 1871 lors de l'annexion allemande.

Durant la Première Guerre mondiale, 1 373 000 hommes furent mobilisés dans cette arme et eurent à déplorer 82 000 morts soit 5,96 % de pertes[5].

Durant ce conflit, cette arme a pris une part de plus en plus importante au sein des forces françaises :

Matériels 1914 1918
Canon de 75 de campagne 3 840 5 484
Canon de 65 mm de montagne (en) 120 96
Canons lourds de campagne 308 5 000
Canon lourds grand puissance et marine - 740
Canons antiaérien 1 404
Mitrailleuses 2 000 18 000

En France, on désigne sous le terme d'« artillerie sol-sol » les unités et systèmes d'armes qui prennent à partie des objectifs au sol et « artillerie sol-air » ceux qui prennent à partie des aéronefs. L'artillerie sol-sol est, de manière générale, l'arme des tirs indirects. Les unités d'artillerie utilisent des armements d'un calibre supérieur ou égal à 20 mm. Comme le génie, l'artillerie est une arme d'appui (par opposition à l'infanterie et à l'arme blindée cavalerie qui sont les armes de mêlée). L'artillerie française possède différents types d'unités :

les unités d'appuis indirects : qui servent le TRF1 (canon tracté de 155 mm), l'AUF1 (canon automoteur de 155 mm). Toutes les unités « AIN » (appuis indirects) ont le mortier de 120 mm en double dotation.

Canon F2 de 20 mm de la Marine française.

Les unités de défense sol-air : qui servent le ROLAND, le MISTRAL ou le HAWK (qui sont trois missiles sol-air différents et complémentaires)

Il existe également un régiment spécialisé dans la mise en œuvre de télédynes légers télépilotés appelés drones pour obtenir des images numériques des zones survolées. L'information tirée de l'analyse de ces images sert à élaborer ce que l'on appelle le « renseignement d'origine image » ou ROIM.

Autrefois, la distinction entre « canon » et « mortier » se faisait sur la hausse. Les canons tiraient en tir plongeant (angle de hausse inférieur à 45° - ou 800 millièmes en termes d'artillerie) et les mortiers tiraient en tir vertical (angle de hausse supérieur à 45°). Aujourd'hui, tous les canons d'artillerie sont capables d'effectuer des tirs tendus (pour lesquels la flèche de la trajectoire est inférieure à la demi-hauteur de l'objectif), comme les chars et du tir vertical. Le critère de la hausse est donc inadéquat et le critère pour différencier un canon d'un mortier est le nombre de calibres qui est un nombre sans dimension déterminé par le rapport entre la longueur de la partie rayée et le calibre. En France, une pièce d'artillerie dont le nombre de calibres est inférieur à 20 est un mortier, un canon si ce nombre est supérieur ou égal à 20. Aux États-Unis, par exemple, cette valeur est de 25 et variable selon les pays.

Matériel de l'armée française[modifier | modifier le code]

Le matériel de l'armée française est des années 1990/2000 composé de :

  • Canon de 155 mm appelé TRF1 (TRacté modèle F1), utilisé notamment pendant la guerre du Golfe par la France en Irak.
  • Canon de 155 mm monté sur châssis de Char AMX 13 appelè AMF3 (AutoMouvant modèle F3). Pièce mis en œuvre par une équipe de 10 soldats (cannoniers).
  • Canon de 155 mm monté sur châssis de char AMX-30 appelé AuF1 (AUtomoteur modèle F1), à grande cadence de tir (GCT, chargement automatique). En cadence de tir maximale, appelée « efficacité », l'AuF1 peut tirer jusqu'à 6 obus à la minute à une distance de 30 kilomètres.
  • Canon de 155 mm sur camion appelé Caesar[6].
  • Mortier 120 mm Rayé Tracté Modèle F1 (MO 120 RT)
  • Systèmes sol-air Hawk (retiré), Roland (châssis d'AMX-30) (retiré), Mistral.
  • Le lance-missile nucléaire Hadès (retiré).
  • Le VOA ou véhicule d'observation d'artillerie, la plupart du temps monté sur un châssis d'AMX-10, permettant aux officiers observateurs de se déplacer sur la ligne de front tout en réglant les tirs déclenchés plusieurs kilomètres à l'arrière par les batteries de canons (artillerie sol-sol).
  • Le LRM (Lance-roquettes multiples) (retiré) pouvait tirer 12 roquettes jusqu'à 30 km contenant 644 grenades chacune. Une roquette couvrait l'équivalent de la superficie d'un terrain de football. Les grenades sont à double effet : anti-personnel (rayon des éclats dangereux : 30 m) et anti-blindé léger (transperce 70 mm d'acier).

En 2014, on prévoit, après de grandes coupes dans le parc :

  • 13 LRU (Lance Roquettes Unitaire)[7]. Le LRU consiste en une modernisation du parc LRM avec une dotation de munitions à précision métrique, guidée par GPS et dotée d’une charge unitaire. Il offre une capacité de tir de frappe de précision avec des effets modulables à longue portée (70 km) par tous temps.
  • 37 AuF1 (au 40e Régiment d'Artillerie uniquement à terme)
  • 77 Caesar[8]
  • 43 TRF1
  • 128 MO 120 RT
  • 144 postes de tir Mistral

Unité de base de l'artillerie dans l'armée française[modifier | modifier le code]

L'unité de base de l'artillerie française est la batterie, composée d'une centaine d'hommes, commandée par un capitaine avec quatre lieutenants – ou ayant rang – pour le seconder. Une batterie comprend six à huit canons, positionnés à l'arrière et commandés par le lieutenant de tir, une section de reconnaissance (E.R.T Équipe de Reconnaissance Topographique) commandée par le lieutenant de reconnaissance et qui sert à reconnaître les positions où se déplacera la batterie après quelques salves afin de ne pas être repérée, les équipes d'observations, ou encore appelées DLOC, se chargent de la composante "avant" de l'artillerie française. Ils sont équipés de VOA, RATAC, VAB OBS.

Artillerie et santé[modifier | modifier le code]

Dans les premiers temps de l'artillerie, il n'était pas rare que le canon lui-même, ou sa culasse puissent exploser, tuant ou blessant gravement ses servants et assistants.

Les artilleurs n'étant normalement pas exposés en première ligne ils ont souvent été relativement épargnés sur les champs de bataille, mais leurs postes de tir sont aussi devenus des cibles stratégiques pour l'artillerie ennemie puis finalement pour l'aviation et les missiles balistiques.

Les artilleurs ont toujours été nombreux à être victimes de surdité temporaire, la surdité devenant parfois définitive pour les plus exposés. Ils sont en effet très soumis au bruit et aux effets directs et indirects traumatiques des détonations. L'oreille humaine, en l'absence de protection auditive, subit 150 décibels pour un tir d'artillerie moyen, perçu depuis une distance de 150 mètres (500 pieds)[réf. nécessaire]; c'est un bruit au moins aussi fort que celui d'un moteur à réaction au décollage. Près du canon, le tympan peut même être déchiré. Dans ce dernier cas c'est la nature explosive du bruit (« blast auriculaire » ou « effet de souffle ») qui provoque ce qu'on appelle une « surdité de transmission ». Si le tympan cicatrise et si la détonation n'a pas détachée la cochlée de ses ancrages, la surdité ou hypoacousie ne sera que temporaire ou partielle, sinon, elle sera incurable. Diverses combinaisons de surdité sont possibles : « de transmission », « de perception » ou « mixte ».

Les artilleurs étaient et sont encore en outre exposés aux vapeurs et microparticules et nanoparticules dégagées par l'explosion de la charge, d'autant plus s'ils sont confinés dans un bunker ou le poste de tir d'un navire.
Une petite quantité de ces vapeurs est particulièrement toxique (à cause par exemple de la vapeur de mercure provenant du fulminate de mercure de l'amorce de la douille, ou à cause de la vapeur de plomb (neurotoxique) de l'azoture de plomb qui a peu à peu remplacé le fulminate mercuriel. L'artilleur de la Première Guerre mondiale respirait aussi de la vapeur de plomb issue des charges spéciales utilisées pour « lubrifier » le tube des canons. L'artilleur de la Première Guerre mondiale est également susceptible d'inhaler du cuivre arraché à la ceinture des obus. Les tubes de certains canons à longue portée (type Pariser Kanonen) étaient durant la Première Guerre mondiale surchauffés à chaque tir et ne pouvaient tirer plus de quelques dizaines de coup sans perdre de leur puissance à cause de l'usure interne du tube.

Dans les guerres modernes, que ce soit dans un char ou dans un bunker, l'artilleur est moins protégé depuis l'invention de nouvelles munitions antiblindage perforantes très puissantes (et soupçonnées d'être également toxiques dans le cas des munitions à uranium appauvri).

Vers la mort de l'artillerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Stéphane W. Gondoin, Châteaux forts : assiéger et fortifier au Moyen Âge, Éditions Cheminements,‎ 2005, p. 282-283
  2. § d’après Françoise Deshairs et Véronique Faucher, Briançon, ville forte du Dauphiné, livre + CD-ROM, La Maison d'à-côté et Fortimédia, ISBN 2-930384-15-8, 2006, sur le CD-ROM
  3. D'Iberville, « l'autre "Canon de Paris" », sur Saviez-vous que...,‎ 8 mai 2009 (consulté le 16 novembre 2014).
  4. « Pièces à longue (L.P.) et très longue portée (T.L.P.) »,‎ 22 avril 2002 (consulté le 16 novembre 2014).
  5. Nicolas, Meaux, Marc Combier, Regard de soldat, Acropole, 2005, (ISBN 2-7357-0257-X)
  6. www.giat-industries.fr
  7. http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/terrestre/le-lru-lance-roquettes-unitaire
  8. http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/terrestre/le-caesar-camion-equipe-d-un-systeme-d-artillerie