Mo Yan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mo.
Dans ce nom, le nom de famille, Mo, précède le nom personnel.

Mo Yan

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Mo Yan en 2008.

Nom de naissance Guan Moye
Activités Romancier, nouvelliste, essayiste
Naissance mars 1956
Gaomi, Shandong, Chine
Langue d'écriture Mandarin
Mouvement Quête des racines
Genres roman, nouvelle
Distinctions Prix Nobel de littérature (2012)

Œuvres principales

Le Clan du sorgho

Mo Yan (chinois : 莫言 ; pinyin : Mòyán ; littéralement : « celui qui ne parle pas »), de son vrai nom Guan Moye (管谟业 / 管謨業, Guǎn mó yè), est un écrivain chinois, né le 17 février 1955[réf. nécessaire] ou en mars 1956[1],[2],[3] à Gaomi dans la province du Shandong en Chine. Le 11 octobre 2012, il a reçu le prix Nobel de littérature.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guan Moye est né au sein d'une famille paysanne du Shandong. De 1959 à 1961, sa famille connaît la faim en raison du Grand Bond en avant.

En 1966, pendant la Révolution culturelle, il est classé parmi les « mauvais éléments » et renvoyé de l'école[réf. nécessaire]. Sa famille vit dans une grande pauvreté durant cette période[4].

Il travaille en usine[4] avant d'intégrer en 1976 l’Armée populaire de libération, puis le Parti communiste en 1979[2].

Mo Yan est diplômé de l'Institut des arts et des lettres de l'Armée populaire de libération (zh) en 1986, puis de l'Université normale de Pékin[4], en 1991.

Son origine paysanne, à propos de laquelle Mo Yan évoque le rôle joué par les histoires racontées par sa grand-mère, et son éducation au sein de l'armée tranchent avec celles de nombreux autres écrivains, imprégnés de la lecture des grands romans classiques[2].

Ses parents lui ont appris, par prudence, à éviter de parler à l'extérieur. C'est la raison du choix de son pseudonyme, Mo Yan, « Celui qui ne parle pas »[5]. En 1981, il publie sa première nouvelle, Radis de cristal, et prend son nom de plume Mo Yan. Sa reconnaissance est immédiate, mais ce n’est qu’avec Le Clan du sorgho, qui est porté à l'écran sous le nom Le Sorgho rouge par Zhang Yimou en 1986, qu'il atteint sa notoriété actuelle.

Mo Yan démissionne de l'armée en 1999, où il travaillait jusque-là au département de la culture[2].

Le prix Nobel de littérature a été attribué en 2012 à Mo Yan, « qui avec un réalisme hallucinatoire unit conte, histoire et le contemporain » selon l'Académie suédoise[6],[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Son œuvre se rattache au mouvement de la « Quête des racines[3] ». Elle évoque l'histoire de sa province natale, le Shandong, d'un point de vue historique, avec Le Clan du sorgho (1986), politique, avec La Mélopée de l'ail paradisiaque (1988), ou ethnologique. L'autobiographie y occupe une part importante. Sur le plan formel, son écriture réaliste ne dédaigne pas de faire appel à l'humour, comme avec Les Treize Pas (1989), ou au fantastique[2]. Sa prédilection pour les personnages marginaux, ses descriptions s'attachant aux détails l'ont fait comparer en Chine à William Faulkner[1].

Le Pays de l'alcool, écrit après les événements de 1989, a pour but la dénonciation de la corruption des hauts cadres. Beaux seins, belles fesses (1995) est, comme Le Clan du sorgho, une saga familiale, qui a reçu le prix décerné par la revue Dajia en 1996, après avoir été censuré[8].

Son roman Wa (Grenouilles) dénonce les excès de la politique chinoise de l'enfant unique : « Chaque bébé est unique. Il ne peut pas être remplacé. Des mains ensanglantées pourront-elles jamais être nettoyées  ? L'âme ravagée par la culpabilité ne pourra-t-elle jamais devenir libre ? » - (extrait de Wa). Lors d'une interview en 2010 auprès de la chaîne Phoenix TV basée à Honk-Kong, il reconnaissait que son livre pouvait sembler sujet à controverses, mais que le sujet lui était profondément personnel  : cela avait obligé sa femme à avorter de son deuxième enfant.

C'est un des écrivains les plus réputés en Chine et à l'étranger aujourd'hui. Son style se caractérise par son traitement très libre de thèmes comme le sexe, le pouvoir, la politique décrivant sans détours mais non sans humour les méandres psychiques et physiques de la Chine contemporaine. Son intelligence et son interprétation de la Chine contemporaine expliquent sans doute pourquoi il n'a jamais été encore censuré — à l'exception de certains passages lors des premières éditions de Beaux seins, belles fesses.

Critiques[modifier | modifier le code]

L'écrivain chinois Ma Jian a déploré le manque de solidarité et d'engagement de Mo Yan vis-a-vis des autres écrivains et intellectuels chinois réprimés et/ou mis en détention en violation de la liberté d'expression reconnue par la Constitution[9],[10].

Le 10  décembre 2012, l'écrivain et dissident chinois Liao Yiwu passe une nuit dans la prison de Stockholm où il entendait protester à la suite de la remise du prix Nobel de littérature à Mo Yan dont il dénonce l'ambiguïté envers le système de censure et d’oppression en Chine[11],[12].

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

L'écrivain japonais Kenzaburō Ōe, prix Nobel de littérature 1994 (au premier plan), dans le village natal de Mo Yan (au second plan), en 2005. (Photo prise par l'interprète.)

Quelque quatre-vingts romans, essais et nouvelles composent son œuvre.

  • 1984 : Touming de hong luobo (透明的红萝卜 / 透明的紅蘿蔔, tòumíng de hóng luóbo)
    Le Radis de cristal, trad. Pascale Wei-Guinot et Wei Xiaoping, Paris, Philippe Picquier, 1993
  • 1985 :
    • Qiushui
      Déluge (trad. dans Le Radis de cristal)
    • Ku he
      La Rivière tarie, trad. Gao Changhui et Danielle Turc-Crisa dans La Remontée vers le jour. Nouvelles de Chine (1978-1988), Alinéa, 1988
  • 1986 :
    • Zhulu
      Le Chantier, trad. Chantal Chen-Andro, Scanéditions, 1993, Le Seuil, 2007
    • Honggaoliang jiazu, (红高粱家族 / 紅高粱家族, hóng gāoliangjiāzú)
      Le Clan du sorgho, trad. Pascale Guinot et Sylvie Gentil, Arles, Actes Sud, 1993
    • Zuiguo
      La Faute, trad. Chantal Chen-Andro, dans Anthologie de nouvelles chinoises contemporaines, Gallimard, 1994
  • 1988 :
    • Tiantang suantai zhige
      La Mélopée de l'ail paradisiaque, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Messidor, 1990, Le Seuil, 2005
    • Yangmao zhuanyehu (chinois 養貓專業戶)
      (en) « The Cat Specialist », trad. Janice Wickeri, Renditions, no  32, 1989 [lire en ligne]
  • 1989 : Shisan bu (十三步, shísān bù)
    Les Treize Pas, traduction de Sylvie Gentil, Paris, Le Seuil, 1995
  • 1993 : Jiu Guo (酒国 / 酒國, jiǔ guó)
    Le Pays de l'alcool, traduction de Noël et Liliane Dutrait, Paris, Le Seuil, 2000. Prix Laure Bataillon 2000 de la meilleure œuvre de fiction traduite en français
  • 1995 : Fengru Feitun (丰乳肥臀, fēng rǔ féi tún)
    Beaux seins, belles fesses, traduction de Noël et Liliane Dutrait, Paris, Le Seuil, 2004
  • 2003 : Sishiyi pao (四十一炮, sìshíyī pào)
    Quarante et un coups de canon (zh), traduction de Noël et Liliane Dutrait, Paris, Le Seuil, 2008
  • 2009 : Wa (, ), Éditions d'art et de littérature de Shanghai (zh). Prix Mao Dun (en) 2011.
    Grenouilles (zh), traduction Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2011

Autres œuvres :

  • Le Clan herbivore (食草家族, shí cǎo jiāzú)(non traduit)
  • La Forêt rouge (shí cǎo jiāzú红树林 Hong shulin)(non traduit)
  • Le Supplice du santal (檀香刑, tánxiāngxíng), 2001, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2006.
  • Explosion, traduction de Camille Loivier, Éditions Caractères, 2004.
  • La Carte au Trésor, (藏宝图 Cangbao tu), traduction d'Antoine Ferragne, Paris, Philippe Picquier, 2004.
  • Enfant de fer, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2004.
  • Le maître a de plus en plus d'humour, traduction de Noël Dutrait, Paris, Le Seuil, 2006.
  • La Joie (huānlè / 歡樂), traduction de Marie Laureillard, Paris, Philippe Picquier, 2007.
  • La Dure Loi du karma (en), (生死疲劳 / 生死疲勞, shēngsǐ píláo), traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2009.
  • La Belle à dos d’âne dans l’avenue de Chang’a, traduction de Marie Laureillard, Paris, Philippe Picquier, 2011.
  • Le Veau suivi de Le Coureur de fond, traduction de François Sastourné, Paris, Le Seuil, 2012.
  • Au pays des conteurs. Discours du Prix Nobel de littérature 2012, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2013.
  • Le Grand Chambard, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, 2013.
  • L'Enfant de fer, traduction de Chantal Chen-Andro, Paris, Le Seuil, collection « Points », 2013.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Adaptations au cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yinde Zhang, « La fiction du vivant. L’homme et l’animal chez Mo Yan », Perspectives chinoises, numéro 3, 2010 [lire en ligne]

Notes[modifier | modifier le code]


Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b André Lévy (dir.), Dictionnaire de la littérature chinoise, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 1994, rééd. 2000, p. 223.
  2. a, b, c, d et e Noël Dutrait, Petit Précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine, Philippe Picquier, 2002, p. 58-59.
  3. a et b Yinde Zhang, Histoire de la littérature chinoise, Ellipses, 2004, p. 92.
  4. a, b et c Christopher Clair, « IWP participant wins Nobel Prize for Literature », The University of Iowa, 11 octobre 2012.
  5. Martine Bulard, « Mo Yan, un Prix Nobel aux deux visages », Planète Asie, les Blogs du Diplo, 12 octobre 2012
  6. Communiqué de presse, Svenska Akademien, 11 octobre 2012.
  7. Discours de réception, trad. Chantal Chen-Andro, Svenska Akademien, 7 décembre 2012.
  8. Noël Dutrait, Petit Précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine, Philippe Picquier, 2002, p. 60-61.
  9. Chine: accusé d'être trop proche du Parti communiste, le Nobel Mo Yan se défendLe Point Culture, 12 octobre 2012
  10. « From cowherd to Nobel, it was a long lonely journey: Mo Yan », Business Standard,‎ 11 octobre 2012 (lire en ligne)
  11. Mariana Grépinet, Liao Yiwu : « En Chine, les valeurs sont polluées » Paris-Match, 15 janvier 2013
  12. Liao Yiwu, Français, qu'avez-vous fait de vos valeurs ?, Le Monde, 17 mai 2013, traduit du chinois par Marie Holzman
  13. « OUHK Hails 2012 Nobel Prize Winner Mo Yan », Open University of Hong Kong
  14. Mo Yan Wins Newman Prize for Chinese Literature, Université de l'Oklahoma.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Documents[modifier | modifier le code]

Entretiens
  • « Le Pays de l'alcool de Mo Yan », entretien avec l'auteur, Perspectives chinoises, 2000, vol. 58, no  58. [lire en ligne]
  • (en) « The Real Mo Yan », Humanities, vol. 32, no  1, 2011. [lire en ligne]
Lecture, séminaire
Documentaire
  • « Mo Yan », de Zhang Yimou, épisode de la série documentaire Arena (en), BBC, 1993.