Imre Kertész

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Dans le nom hongrois Kertész Imre, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Imre Kertész, où le prénom précède le nom.

Imre Kertész

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Imre Kertész en 2007.

Activités Écrivain
Naissance 9 novembre 1929 (85 ans)
Budapest, Drapeau de la Hongrie Hongrie
Langue d'écriture hongrois
Distinctions Prix Nobel de littérature

Œuvres principales

Imre Kertész ([ˈimrɛ],[ˈkɛrteːs]), né à Budapest le 9 novembre 1929 est un écrivain hongrois, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille juive modeste, d'un père marchand de bois et d'une mère petite employée, Imre Kertész est déporté à Auschwitz en 1944, à l'âge de 15 ans, puis transféré à Buchenwald. Cette expérience douloureuse nourrit toute son œuvre, intimement liée à l'exorcisation de ce traumatisme. L'édification d'une patrie littéraire constitue le refuge d'un être qui constate l'absurdité du monde car on lui a un jour « refusé le statut d'être humain »[1]. Ses ouvrages ouvrent une réflexion sur les conséquences dévastatrices du totalitarisme et la solitude de l'individu, condamné à la soumission et la souffrance silencieuse[2].

Revenu à Budapest en Hongrie, en 1945, il se retrouve seul, tous les membres de sa famille ayant disparu. En 1948, il commence à travailler comme journaliste. Mais le journal dans lequel il travaille devient l'organe officiel du Parti communiste en 1951, et Kertész est licencié. Il travaille alors quelque temps dans une usine, puis au service de presse du Ministère de l'Industrie.

Congédié à nouveau en 1953, il se consacre dès lors à l'écriture et à la traduction. La découverte de L'Étranger d'Albert Camus lui révèle, à 25 ans, sa vocation. La philosophie de l'absurde devient un modèle fondateur pour son œuvre. À partir de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, il écrit des comédies musicales pour gagner sa vie. Il traduit de nombreux auteurs de langue allemande comme Friedrich Nietzsche, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Sigmund Freud, Joseph Roth, Ludwig Wittgenstein et Elias Canetti qui ont une influence sur sa création littéraire. Dans les années 1960, il commence à écrire Être sans destin, récit d'inspiration autobiographique qu'il conçoit comme un « roman de formation à l'envers »[3]. Ce roman sobre, distancié et parfois ironique sur la vie d'un jeune déporté hongrois, constitue le premier opus d'une trilogie sur la survie en camp de concentration. Il évoque notamment le point de vue de la victime dans l'histoire et son conditionnement occasionnel, voire banal, à l'entreprise de déshumanisation menée par l'Allemagne nazie. Cette acceptation passive et ordinaire de l'univers concentrationnaire peut être distinguée du témoignage de Primo Levi dans Si c'est un homme. L'ouvrage ne peut paraître qu'en 1975, pour un accueil assez modeste. C'est seulement après sa réédition, en 1985, qu'il connaît le succès.

Tenu à l'écart par le régime communiste, Kertész ne commence à être reconnu comme un grand écrivain qu'à la fin des années 1980. Il obtient en 2002 le prix Nobel de littérature, « pour une œuvre qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'histoire »[4].

Aujourd'hui, il réside essentiellement à Berlin. En 2003, il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin[5] et reçoit en 2004 la croix de grand officier de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (Großen Bundesverdienstkreuz mit Stern). En 2011, il publie Sauvegarde, autoportrait d'un homme à l'hiver de sa vie, affrontant la maladie de Parkinson et le cancer de son épouse. Kertész y circonscrit réflexions littéraires et notes, souvenirs et anecdotes sur son parcours, notamment sa fuite vers l'Allemagne et l'antisémitisme dont il a à nouveau fait l'objet en Hongrie après son retour des camps[6].

Style[modifier | modifier le code]

La vision littéraire de Kertész se rapproche de Franz Kafka et de l'esthétique propre à la Mitteleuropa[7]. Il est également lié à Camus et Samuel Beckett tant pour ses recherches narratives et formelles que pour le thème de l'absurde et du désespoir qui hantent son œuvre. Son expression fonctionne en périodes distinctes et joue du ressassement et de l'ironie mordante, parfois cruelle, mêlés à plusieurs références d'ordre historique, politique, philosophique et artistique[7]. L'auteur se veut un styliste du verbe et combine témoignage autobiographique, délires, ambiguïté, considérations universelles et dimension analytique du langage, héritée de la tradition littéraire austro-allemande dont il est familier[7]. Précise, riche en métaphores et suggestive, son écriture est marquée par le goût des parenthèses juxtaposées avec un aspect très plastique de la phrase au galbe raffiné[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Sorstalanság (1975), Être sans destin, Arles, Actes Sud, 1998 (voir critique).
  • A nyomkereső (1977), Le chercheur de traces, Arles, Actes Sud, 2003.
  • Detektívtörténet (1977), Roman policier, Arles, Actes Sud, 2006.
  • A kudarc (1988), Le Refus, Arles, Actes Sud, 2001.
  • Kaddis a meg nem született gyermekért (1990), Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, Arles, Actes Sud, 1995.
  • Az angol lobogó (1991), Le Drapeau anglais, Arles, Actes Sud, 2005.
  • Gályanapló, 1992, Journal de galère, Arles, Actes Sud, 2010.
  • Jegyzőkönyv, 1993, Procès verbal" dans "Le Drapeau anglais, Arles, Actes Sud 2010.
  • A holocaust mint kultúra (1993), L'Holocauste comme culture dans : L'Holocauste comme culture. Discours et essais, Arles, Actes Sud, 2009.
  • Valaki más: a változás krónikája (1997), Un autre, chronique d'une métamorphose, Arles, Actes Sud, 1999.
  • A gondolatnyi csend, amíg a kivégzőosztag újratölt, 1998.
  • A száműzött nyelv, (2001), L'Holocauste comme culture. Discours et essais, Arles, Actes Sud, 2009.
  • Felszámolás, (2003), Liquidation, Arles, Actes Sud, 2004.
  • A K. dosszié (2006), Dossier K, Arles, Actes Sud, 2008.
  • Mentés másként (2011), Sauvegarde. Journal 2001-2003, Arles, Actes Sud, 2012.
  • A végső kocsma (2014), L’Ultime Auberge, Arles, Actes Sud, 2015.

Citations[modifier | modifier le code]

Les citations sont extraites de l'édition Babel et traduite en français du livre Le Refus.

" Il est également incroyable que la vue des fours crématoires... éveille en lui "l’impression d'une farce de potache" "

" Oui, si la mort est une absurdité, comment la vie pourrait-elle avoir un sens? Si la mort a un sens, à quoi bon vivre? Où ai-je perdu ma salutaire impersonnalité? Pourquoi ai-je écrit un roman et surtout, oui, surtout, y ai-je placé toute ma confiance? "

" Mon roman n'est rien d'autre qu'une réponse au monde, le seul type de réponse que, visiblement, je sois capable d'apporter. À qui aurais-je pu adresser ma réponse puisque, comme on le sait, Dieu est mort? Au néant, à mes frères humains inconnus au monde. Ce n'est pas devenu une prière, mais un roman. "

" Je ne vais pas me faire enfermer rien que pour devenir une attraction éphémère. "

" Celui qui vit sous le charme du destin, se libère du temps. "

" Puisque pour un écrivain il n'y a pas de couronne plus précieuse que l'aveuglement de son époque à son égard, et l'aveuglement accompagné du mutisme est une pierre précieuse de plus. "

" On prenait possession de ma conscience, elle était cernée de toutes parts : on m'éduquait. "

Références[modifier | modifier le code]

  1. Article Encarta sur Imre Kertész
  2. « Imre Kertész : la trilogie » par Fridun Rinner sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 10 mai 2014.
  3. Florence Noiville, « Imre Kertész le survivant », Le Monde,‎ 11 juillet 2005 (lire en ligne)
  4. Communiqué de presse de l'Académie suédoise pour le prix Nobel 2002, consulté le 06 novembre 2013.
  5. (de) Imre Kertész - Seit 2003 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Literatur sur le site de l'Akademie der Künste
  6. Bruno Corty, « Sauvegarde d'Imre Kertész », Le Figaro,‎ 26 septembre 2009 (lire en ligne)
  7. a, b, c et d « Imre Kertész : la langue comme recours » par Fridun Rinner sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 10 mai 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]