Bataille du cap Matapan

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Bataille du cap Matapan
Informations générales
Date 29 mars 1941
Lieu Près de Ténare, Grèce
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni Flag of Italy (1861-1946) crowned.svg Royaume d'Italie
Commandants
Andrew Cunningham Angelo Iachino
Forces en présence
1 porte avions
3 cuirassés
7 croiseurs légers
17 destroyers
1 cuirassé
6 croiseurs lourds
2 croiseurs légers
17 destroyers
Pertes
4 croiseurs légers légèrement endommagés[1]
1 bombardier torpilleur perdu
3 morts
1 cuirassé sévèrement endommagé
3 croiseurs lourds coulés
2 destroyers coulés
> 2 300 morts
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée

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Coordonnées 35° 20′ 53″ N 20° 57′ 40″ E / 35.348005555556, 20.96123055555635° 20′ 53″ Nord 20° 57′ 40″ Est / 35.348005555556, 20.961230555556  

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille du cap Matapan.

La bataille du cap Matapan qui se déroula le 29 mars 1941 est une bataille navale entre la marine italienne et la Royal Navy au large du Ténare (ou cap Matapan) dans le sud du Péloponnèse. Ce fut la première grande bataille navale de la Seconde Guerre mondiale et la seule hors du théâtre du Pacifique[2] qui mit en exergue la supériorité du porte-avions sur le cuirassé et marque de fait une transition entre la bataille navale de la Première Guerre mondiale où le cuirassé était roi et la bataille navale de la Seconde Guerre mondiale où le porte-avions allait bientôt démontrer sa supériorité.

Prélude[modifier | modifier le code]

La marine italienne constitue pour Benito Mussolini sa seule fierté, son aviation et son armée de terre étant dépassées technologiquement. Ainsi, il veut démontrer que l'Italie est la puissance dominante en Méditerranée. Il tente de prendre l'Égypte où il échoue, tout comme dans son invasion de la Grèce où il sera contraint d'appeler à l'aide le Troisième Reich. À l'époque la Regia Marina possédait 4 cuirassés, 9 croiseurs, 120 contre-torpilleurs et torpilleurs, 117 sous-marins [2]. La faiblesse de cette marine était son absence de porte-avions : le Duce considérait que les bases aériennes italiennes seraient suffisantes pour assister sa Marine, une aviation cependant bien faible.

De leur côté, les Britanniques étaient inférieurs en nombre dans cette Mare Nostrum et leurs navires étaient plus anciens que ceux des Italiens. Mais l'Amirauté y avait transféré un porte-avions et les cuirassés ainsi que les croiseurs anglais étaient dotés de radar, moyen de détection moderne qui démontra bientôt son utilité. Même si les navires anglais avaient bien souvent besoin de refonte, leurs équipages bénéficiaient d'une tradition maritime forte et étaient rompus aux exercices maritimes là où les marins italiens manquaient d'expérience[3]. La Mediterranean Fleet britannique se trouvait basée à Alexandrie jugée plus sûre que Malte.

Situation du théâtre d'opération[modifier | modifier le code]

Cela fait déjà plusieurs mois qu'a commencé le siège de Malte, considérée comme un porte-avions incoulable par l'Amirauté britannique, l'île est une épine dans le pied de l'Axe qui y voit une base navale et aérienne dangereuse pour ses convois à destination de la Libye. Elle multiplie donc les raids aériens contre l'île qui ne peut être ravitaillée que par voie maritime, voie dangereuse car la mer Méditerranée est une mer fermée où tous les endroits sont susceptibles d'être menacés par l'aviation ou les sous-marins. Mais le 27 mars 1941, la Marine italienne doit faire face aux débarquements de matériels et d'hommes en Grèce qui viennent aider le peuple hellène dans sa lutte contre l'Italie, le pays agresseur (27-28 octobre 1940). Après la sacrifice des aviateurs allemands au-dessus de Malte et les raids contre le port d'Alexandrie, elle doit démontrer sa puissance et se résout à tenter d'intercepter un convoi qui fait route d'Alexandrie au Pirée. Le commandement allemand espère ainsi empêcher les convois britanniques d'arriver en Grèce étant sous la double menace de l'aviation et de la marine.

La flotte italienne qui appareilla était la suivante :

Elle appareille donc le 26 mars. La flotte est divisée en deux groupes, le premier comprend le cuirassé et les croiseurs Trento, Trieste et Bolzano avec 7 destroyers. L'amiral Sansonetti commandait 3 contre-torpilleurs et les 3 croiseurs. L'autre groupe était commandé par l'amiral Cattaneo et comprenait les croiseurs Zara, Fiume, Pola, Abruzzi et Garibaldi soutenus par 6 escorteurs. Le groupe de Iachino devait patrouiller aux alentours de l'île de Ghavdo, Cattaneo devant lui patrouiller en mer Égée.

La flotte se fit repérer par un hydravion britannique à 150 km au sud-est de la Sicile[4]. Ainsi la situation italienne se complique, l'amiral Andrew Cunningham dirigeant la Mediterranean Fleet est au courant de cet appareillage en force de la Marine italienne. Il fait alors appareiller pour intercepter l'adversaire le 26 mars les navires suivants :

L'amiral Andrew Cunningham

À la suite de ce repérage, Iachino sait qu'il devra se mesurer à la flotte britannique, pour lui la partie s'annonce serrée. En effet, le haut-commandement lui a demandé de n'attaquer qu'avec une situation extrêmement favorable et avec un soutien de l'aviation qu'il ne peut obtenir que sur demande. Respectant le grand principe de non-dispersion des forces, Iachino demande à Cattaneo de le rallier.

Les Britanniques eux face à la menace ont non seulement fait appareiller la flotte, mais ils ont aussi vidé la mer des convois. Les cuirassés britanniques tout comme les croiseurs souffraient de leur ancienneté et le Barham n'avait jamais été modernisé depuis la bataille du Jutland[5]. Ils étaient de plus pénalisé par une vitesse inférieure. Le porte-avions Formidable embarquait lui 27 avions dont les vieux Swordfish et Albacore. Même les destroyers qui égalaient les Italiens par leur calibre ne pouvaient rivaliser en termes de vitesse (35 nœuds contre 39)[6].

La bataille[modifier | modifier le code]

Le 28 mars[modifier | modifier le code]

En cette journée du 28 mars, 3 croiseurs britanniques (HMS Orion, HMS Gloucester, HMS Ajax) et le croiseur australien HMAS Perth (en) ainsi que 4 destroyers dirigés par l'amiral Pridham-Wippell (en) appareillent du Pirée pour prendre en charge la défense du convoi. À ce moment, la flotte italienne est divisée en deux groupes naviguant à 18 kilomètres l'un de l'autre. Un hydravion italien repéra la petite flotte britannique et Iachino accéléra sa vitesse pensant que ces navires devaient signaler la présence d'un convoi. Ainsi, Sansonetti arriva à une vingtaine de kilomètres des Britanniques. Ces derniers, ignorant le nombre de navires, prennent le large malgré les tirs des croiseurs italiens[4]. Mais, ils ne sont pas assez rapides et Pridham-Wippell se dirige à 185 km au sud pour rejoindre Cunningham en espérant piéger les croiseurs adverses. Les Italiens suivaient une route parallèle aux Britanniques. Proche aussi se trouvait la flotte de Cattaneo qui néanmoins se replia sur ordre de Iachino.

Cependant, les Italiens ne les coursent pas et Pridham prend cela pour une fuite de l'adversaire qu'il pense inférieur en nombre. Il se met à poursuivre les croiseurs mais le cuirassé Vittorio Veneto ouvre le feu à 20 000 m sur les Britanniques. Les Britanniques sont moins rapides que les Italiens et Cunningham se trouve encore à plus de 150 km des Italiens, avec seulement quatre croiseurs, l'amiral Pridham n'a aucune chance de s'en sortir. Le chef de la Mediterranean Fleet apprenant le drame qui se joue envoie une escadrille composée de deux Fulmar et six Albacore. Deux Junkers Ju 88 sont abattus et les avions britanniques ont le champ libre. Le cuirassé se trouva la cible des avions mais il évolue et réussit à éviter les torpilles des Britanniques qui s'étaient pourtant divisée en deux sections, une à bâbord et l'autre à tribord. Les croiseurs britanniques eux s'enfuient et les Italiens font demi-tour, ils ont compris que le porte-avions Formidable risque de faire basculer le sort de la bataille du côté des Britanniques. L'amiral Iachino met le cap au Nord-ouest.

L'aviation en action[modifier | modifier le code]

Carte de la zone du combat

L'amiral Cunningham lui est en confiance et il décide de lancer à l'avant de sa flotte le porte-avions et deux destroyers. De nouveau, trois Albacore sont chargés de l'attaque sur le cuirassé italien qui évite les torpilles. L'aviation italienne est appelée à l'aide et un peu avant 13h, deux SAvoia 79 lancent deux torpilles sur le porte-avions mais sans réussite, il faudrait plus d'avions pour saturer la défense britannique. À 14 h, les Britanniques étaient de nouveau réunis, Iachino continuait de fuir, les Italiens malgré une flotte plus puissante que la Kriegsmarine avaient une peur viscérale de la Royal Navy, maîtresse des mers depuis déjà plusieurs siècles. Le seul avantage qu'ils possèdent est leur vitesse légèrement supérieure à celle des Britanniques (31 nœuds contre 30). Pour Cunningham, la seule chance de remporter un succès est d'appeler la RAF qui lance ses bombardiers Blenheim basés à terre. Leurs bombes n'obtiennent aucun résultat[7].

Le porte-avions HMS Formidable

Le Formidable lance alors ses avions torpilleurs Albacore couverts par les Fairey Swordfish, toutes les attaques échouent sauf celle du commandant Stead qui dirige la flottille et lance à 900 m du cuirassé avant de s'écraser en mer, touché par la DCA. Sa torpille est lancée de tellement près qu'elle est inévitable, elle explose au-dessus de l'hélice bâbord. Le cuirassé doit stopper et prend une légère gîte, une fois que les moteurs sont relancés, il ne peut avancer qu'à une vitesse de 12 nœuds (22 km/h). La situation est critique pour les Italiens qui risquent de perdre leur navire-amiral. Les cuirassés britanniques sont à peine plus rapides et malgré des machines poussées au maximum, la nuit approche et la mer reste désespérément vide d'ennemis. Le cuirassé se situe à 85 km en avant. Cunningham se voit alors obligé de lancer en avant ses cuirassés rapides qui obtiennent un contact radar à 19 h 25. Les six Albacore et les deux Swordfish du Formidable décollent en direction de l'adversaire. La DCA italienne oppose un tir de barrage qui contraint les Britanniques à se disperser. Les canonniers italiens perdent ensuite de leur efficacité en tirant dans tous les sens et bientôt le croiseur Pola est obligé de stopper, car une torpille britannique a fait exploser et a noyé ses machines.

Le combat de nuit[modifier | modifier le code]

Face à ce nouveau drame, Iachino détache la 1re division de croiseurs pour aider le Pola en détresse. Les radars britanniques repèrent alors la flotte ennemie, tandis que la flotte italienne ne pouvait voir les Britanniques approcher. Ces derniers allument leur faisceaux lumineux sur les croiseurs italiens pris complètement par surprise et les canonnent à bout portant. Les canons de 381 mm des cuirassés causent un massacre. Le croiseur Pola est achevé et les croiseurs Zara et Fiume sont eux aussi coulés avec deux torpilleurs ; les destroyers Vittorio Alfieri et Giosué Carducci sont aussi détruits. Mais la nuit sauvera le cuirassé italien qui s'enfuit. Les avions britanniques n'ont pas retrouvé leur porte-avions, ils doivent se poser sur les aérodromes crétois. L'amiral Iachino arrive ainsi à Tarente et là, étonnamment, apprend par la radio qu'il a perdu cinq navires.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Les Italiens avaient perdu trois croiseurs et deux destroyers ; les Britanniques un bombardier-torpilleur.

Cette bataille est une victoire totale pour les Britanniques qui ont démontré leur supériorité avec notamment l'utilisation de l'aviation navale, qui allait être la future grande composante de la guerre sur mer. Elle a permis aux Britanniques de ralentir les Italiens sur le point de s'échapper en endommageant deux navires. Quant aux cuirassés, ils ont démontré qu'ils n'étaient pas encore périmés, même si cela devait bientôt arriver, car grâce à la nuit et au radar qui montra son efficacité, ils purent causer de lourdes pertes à une marine italienne dépassée d'un point de vue non seulement stratégique mais aussi technologique. Les Britanniques ont eu à déplorer la perte d'un seul avion. Côté italien, le cuirassé italien engagé a été torpillé et sévèrement endommagé. Les marins italiens ont eu à déplorer la mort de 2 300 de leurs marins. Il est à noter que ces pertes ont été limitées par l'intervention humanitaire des Britanniques, qui avaient appelé un navire-hôpital, le Gradisca, au secours des naufragés. À un moment où Cunningham et sa flotte se trouvaient sous la menaces des actions de la Luftwaffe (qui avait été étonnamment absente lors de cette bataille et qui n'intervint que trop tardivement et sans réussite).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rivista Marittima (it)
  2. a et b Koenig 1978, p. 183
  3. Koenig 1978, p. 184
  4. a et b Antier 1983, p. 448
  5. Koenig 1978, p. 186
  6. Un nœud est égal à 1,8 km/h à peu près
  7. Antier 1983, p. 450

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • S.W.C. Pack, La bataille de Matapan, France Empire,‎ 1961
  • William John Koenig, Grands combats navals, Fernand Nathan,‎ 1978, 256 p.
  • Jean-Jacques Antier, La Bataille de Malte : 1940-1943, Presses de la Cité,‎ 1983, 280 p. (ISBN 9782258011939)