Roger Martin du Gard

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Roger Martin du Gard

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Roger Martin du Gard en 1937

Activités Romancier
Naissance 23 mars 1881
Neuilly-sur-Seine
Décès 22 août 1958 (à 77 ans)
Sérigny
Genres Roman
Distinctions Prix Nobel de littérature

Œuvres principales

Signature

Signature de Roger Martin du Gard

Roger Martin du Gard est un écrivain français né le 23 mars 1881 à Neuilly-sur-Seine et mort le 22 août 1958 à Sérigny (Orne). Il est lauréat du prix Nobel de littérature de 1937.

Biographie[modifier | modifier le code]

R. Martin du Gard est issu d'une famille aisée d'avocats et de magistrats. Son père Paul Martin du Gard est avoué de première instance au Tribunal de la Seine et sa mère, née Madeleine Wimy, est la fille d'un agent de change de la Bourse de Paris[1]. Ce milieu de la grande bourgeoisie parisienne lui permet de consacrer sa vie à la littérature. En 1892, il devient collégien à l'École catholique de Fénelon où l'enseignement de Marcel Hébert le marque profondément[2], puis entre comme externe en 1896 au lycée Janson-de-Sailly où il rencontre le jeune Gaston Gallimard enfin au lycée Condorcet[3].

Il a une vocation précoce d'écrivain, dont il a pris conscience en lisant le roman de Léon Tolstoï, Guerre et Paix, et rêve d'écrire des pièces tragiques en vers. Pour attendre d'affirmer sa vocation de romancier, il entreprend des études de lettres mais échoue à la licence à la Sorbonne[4]. Élève à l'École du Louvre, il décide alors de tenter le concours de l'École des chartes et obtient avec succès le diplôme d’archiviste paléographe en présentant une thèse sur l'abbaye de Jumièges.

Il se marie en février 1906 avec Hélène Foucault, fille d'un avocat du barreau de Paris, et en 1907 ils ont une fille, Christiane[5]. Lors de leur voyage de noces, il commença à écrire un roman Une Vie de saint.

La publication de son roman Jean Barois en 1913 lui permettra de se lier d'amitié avec André Gide et Jacques Copeau : refusé par Bernard Grasset, son ami d'enfance Gaston Gallimard transmet le manuscrit à Jean Schlumberger, puis à Gide, son livre étant finalement édité à la jeune maison d'édition de la NRF dont il devient le premier succès[6]. Dans l'étonnant « roman dossier » qu'est Jean Barois, R. Martin du Gard ne cherche pas à démontrer. Il n'émet aucun jugement, il ne condamne pas, il n’absout pas : il décrit avec une volonté d'objectivité l'évolution de la religion contemporaine avec le modernisme qui semble en saper les fondements ou la séparation des Églises et de l'État en 1905. Avec ses documents authentiques ou fictifs qui s'y trouvent insérés, la seconde partie constitue aussi la première représentation littéraire de l'Affaire Dreyfus et du procès Zola qui lui est lié. De la même façon qu'elle est aussi une des premières représentations littéraires de la crise moderniste. Charles Moeller oppose le Jean Barois de Roger Martin du Gard à l'Augustin de Joseph Malègue dans Augustin ou le Maître est là, un peu comme Victor Brombert. Pour le critique américain, le retour à la foi d'Augustin « n'est pas un retour soumis au bercail » (« is not a submissive return to the fold »), mais « une reconquête durement remportée à travers la souffrance et la lucidité » (« a reconquest hard won through pain and lucidity »), et qui n'est pas « une abdication de l'intelligence[7]. » Moeller pense que la foi avec laquelle renoue Jean Barois est du fidéisme[8].

Pour le théâtre, il écrit, Le Testament du père Leleu, farce paysanne (1913), qui semble avoir inspiré G. Puccini pour la composition de son opéra Gianni Schicchi. La mise en scène de cette farce par Jacques Copeau qui venait alors d'ouvrir le théâtre du Vieux-Colombier marque le début d'une amitié très forte, grâce à laquelle Martin du Gard envisage la réalisation de pièces satiriques dans le cadre d'une Comédie nouvelle dont il développe une première vision. Ces perspectives ne connaissent pas un aboutissement, cependant, en raison des refus successifs qu'oppose J. Copeau aux propositions et essais de RMG. Celui-ci revient alors vers le roman.

Mobilisé en 1914, il est affecté comme fourrier à un groupe automobile de « Transport Matériel » attaché au premier corps de cavalerie[9]. Témoin des atrocités du front, il ne veut pas écrire sur ce sujet mais exprime son pacifisme idéaliste dans ses lettres et son journal écrits à cette époque[10].

Après la Première Guerre mondiale, Roger Martin du Gard conçoit le projet d'un long roman-fleuve (ou roman de longue haleine) dont le sujet initial s'intitule « deux frères ». De fait, le roman en huit volumes ensuite intitulé Les Thibault va l'occuper des années 1920 à 1940, date de publication du dernier volume, Épilogue. De nombreux souvenirs d'enfance vont marquer cette saga notamment quand, entre 1890 et 1895 il habita Maisons-Laffitte dans une maison de l'avenue Albine au no 26 qui porte actuellement une plaque gravée de marbre blanc sur un des deux piliers du portail. À travers l'histoire de Jacques et Antoine Thibault qui sont liés à la famille de Fontanin, le romancier fait le portrait d'une classe sociale, la bourgeoisie parisienne, catholique ou protestante, universitaire, mais aussi en révolte dans le cas de Jacques Thibault, apprenti écrivain qui découvre le socialisme. Conçus comme une conclusion à une œuvre dont la réalisation menaçait de durer trop longtemps, les deux derniers volumes sont consacrés à la disparition des deux héros et mettent l'accent sur la Première Guerre mondiale. L'Été 1914 décrit la marche à la guerre que ne peuvent empêcher ni les socialistes, ni les autres groupes pacifistes : révolutionnaire de cœur, Jacques Thibault ne saura que se sacrifier en lançant sur les tranchées un appel à la fraternisation des soldats allemands et français. Racontant la lente agonie d'Antoine Thibault gazé pendant le conflit, Épilogue évoque la « marche à la paix » et s'interroge sur les propositions du président Wilson qui aboutiront à la création de la Société des Nations.

En 1930 paraît Confidence africaine, une histoire d'inceste. Ce livre joue un rôle dans le roman épistolaire de Katherine Pancol, Un homme à distance (Albin Michel, 2002).

C'est en 1937, juste après la publication de L'Été 1914, que R. Martin du Gard se voit attribuer le prix Nobel de littérature. Il passe ensuite une majeure partie de la guerre 1939-1945 à Nice, où il prépare un roman resté inachevé, les Souvenirs du lieutenant-colonel de Maumort, qui sera publié à titre posthume dans une édition procurée par André Daspre.

Soutenue par l'engagement d'un groupe d'admirateurs, la publication de ses œuvres posthumes complexifie sa figure d'écrivain. De nombreux textes posthumes vont faire apparaître Martin du Gard comme un styliste spontané, attentif aux autres, parfois jovial. Commencé pendant la Première Guerre mondiale, son Journal décrit une vie familiale parfois difficile, raconte les réussites de l'amitié, fait la revue critique des textes contemporains et permet d'approcher la vie littéraire de l'époque : précédé de « souvenirs », il a été publié par C. Sicard sous la forme de trois gros volumes. Ce sont également les joies de l'amitié ainsi que les aléas de la vie littéraire autour de la Nouvelle Revue française que mettent en lumière les très nombreuses lettres regroupées désormais dans de très intéressants volumes de correspondances (avec André Gide, avec Jacques Copeau, avec Eugène Dabit, avec Georges Duhamel, avec Jean Tardieu, à côté d'une Correspondance générale en dix volumes).

Des nouvelles figurent aussi parmi les posthumes (La Noyade intégré au volume du Lieutenant-colonel de Maumort, Genre motus) : elles s'inscrivent dans la continuité de celles que l'écrivain avait publiées de son vivant (Confidence africaine).

Tombe de l'écrivain au cimetière du monastère de Cimiez

Publiées peu après la mort d'André Gide, les Souvenirs sur André Gide évoquent une des amitiés les plus importantes et enrichissantes qu'ait connues cet admirateur de Tolstoï, de Flaubert et de Montaigne.

Roger Martin du Gard repose avec sa femme au cimetière de Cimiez sur les hauteurs de Nice.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Devenir ! (1908)
  • L'Une de Nous (1909)
  • Jean Barois (1913)
  • Le Testament du père Leleu, farce (1913)
  • Les Thibault : Le Cahier gris (1922)
  • Les Thibault : Le Pénitencier (1922)
  • Les Thibault : La Belle Saison (1923)
  • Les Thibault : La Consultation (1928)
  • Les Thibault : La Sorellina (1928)
  • Les Thibault : La Mort du père (1929)
  • Un Taciturne (1931)
  • Vieille France (1933)
  • Les Thibault : l'Été 1914 (1936)
  • Les Thibault : l'Épilogue (1940)
  • Œuvres complètes dans la collection de la Pléiade avec une préface d'Albert Camus (1955)
  • In memoriam [en souvenir de Marcel Hébert] in RMDG Œuvres complètes, La Péiade, Gallimard, Paris, 1955, p. 561-576.
  • Correspondance avec André Gide (posthume 1968)
  • Correspondance générale 1 1896-1913 (posthume 1980)
  • Le Lieutenant-colonel de Maumort (posthume 1983)
  • Journal I Textes autobiographiques 1892-1919 (posthume 1992)
  • Journal II 1919-1936" (posthume 1993)
  • Journal III 1937-1949 Textes autobiographiques 1950-1958 (posthume 1993)
  • Correspondance générale X 1951-1958" (posthume 2006)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daix, Pierre, Réflexions sur la méthode de R. Martin du Gard, Paris, les éditeurs français réunis, 1957.
  • Jacques Brenner, Martin du Gard, Gallimard, 1961, 236 p.
  • Melvin Gallant, Le Thème de la mort chez Roger Martin Du Gard, Paris, Klincksieck,‎ 1971, 299 p.
  • Garguilo, René, La Genèse des Thibault de R. Martin du Gard, Paris, Klincksieck, 1974, 843 p.
  • Sicard, Claude, R. Martin du Gard. Les Années d'apprentissage littéraire, Paris, Champion, 1976.
  • Daspre, André, et Schlobach, Jochen, R. Martin du Gard, études sur son oeuvre, Paris, Klincsieck, 1984, 308 p.
  • Alluin, Bernard, R. Martin du Gard romancier, Paris, Aux amateurs des livres, 1989.
  • Santa, Angels, et Parra, Montse, Relire L'Eté 1914 et L'Epilogue de R. Martin du Gard, Espagne, Université de Lléida, 2000, 367 p.
  • Schlobach, Jochen, Livres, lectures, envois d'auteur, Catalogue de la bibliothèque de R. Martin du Gard, Paris, Champion, 2000.
  • Daspre, André, et Tassel, Alain, R. Martin du Gard et les crises de l'Histoire (colonialisme, seconde guerre mondiale), Presses Universitaires de Nice-Sophia Antipolis, 2001, 276 p.
  • Hélène Baty-Delalande et Jean-François Massol, R. Martin du Gard et le biographique, Grenoble, ELLUG, 2009, 164 p.
  • Hélène Baty-Delalande, Une politique intérieure, la question de l'engagement chez R. Martin du Gard, Paris, Champion, 2010.
  • Pandelescu, Silvia, Techniques narratives et descriptives dans l'oeuvre de R. Martin du Gard, 2e éd. revue et augmentée, Roumanie, Editura universitàtii din bucuresti, 2013, 327 p.
  • Jean-François Massol, Roger Martin du Gard. Êcritures de la guerre, Gallimard,‎ 2014, 272 p.

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Les Thibault : feuilleton télévisé de 2003
  • "Le cahier gris", lecture critique de Jean-Claude Lebrun, La bibliothèque Gallimard, 2000

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Brenner, Martin du Gard, Gallimard,‎ 1961, p. 17
  2. Réjean Robidoux, Roger Martin du Gard et la religion, Aubier,‎ 1964, p. 32
  3. Jacques Brenner, op. cit., p. 19.
  4. Jean-François Massol, De l'institution scolaire de la littérature française : 1870-1925, Éditions littéraires et linguistiques de l'université de Grenoble,‎ 2004, p. 259
  5. Jacques Brenner, op. cit., p. 20.
  6. Maaike Koffeman, Entre classicisme et modernité. La Nouvelle Revue Française dans le champ littéraire de la belle époque, Rodopi,‎ 2003, p. 115
  7. Victor Brombert The Intellectual Hero. Studies in French Novel, The University of Chicago ( & Midway reprint (for this 2nd edition)), Chicago, 1974, p. 226.
  8. Charles Moeller, Littérature du XXe siècle et Christianisme, Tome II La foi en Jésus-Christ, Casterman, Tournai, 1967, p. 412.
  9. Jacques Brenner, op. cit., p. 24.
  10. Jean-Jacques Becker, « Les origines de la Première Guerre mondiale, dans l'été 1914 de Roger Martin du Gard », Relations internationales, no 14,‎ été 1978, p. 143-158