Seamus Heaney

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Seamus Heaney

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Seamus Heaney (à droite) en compagnie d'Antoni Milosz, en 2004

Naissance
Castledawson (en), comté de Londonderry, Irlande du Nord (Royaume-Uni)
Décès (à 74 ans)
Dublin, Irlande
Genres Poésie
Distinctions Prix Nobel de littérature (1995)

Seamus Heaney (API : ˈʃeɪməs ˈhiːni) est un poète irlandais, né le à Castledawson, dans le comté de Londonderry, Irlande du Nord, et mort à Dublin le (à 74 ans)[1].

Il est un des poètes anglophones les plus connus du XXe siècle et très apprécié dans le monde anglo-saxon, pour une poésie mêlant l'évocation sensuelle de la nature et du cadre celtique à la violence désespérée de la situation politique actuelle en Irlande du Nord. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1995.

Biographie[modifier | modifier le code]

Seamus Heaney a écrit plus de la moitié de la poésie irlandaise, selon ses propres dires. Il est l'aîné d'une famille catholique de 8 enfants[2] d'un propriétaire d'une petite ferme dans le comté de Londonderry en Irlande du Nord, qui s'intéressait surtout à l'élevage et à la vente du bétail. Sa mère était originaire d'une famille moins liée à la vie rurale traditionnelle : des membres de sa famille travaillaient à l'usine textile locale. Le poète a ainsi pu faire observer que ses ascendants représentent deux faces de l'Irlande : celle du passé gaélique tourné vers l'élevage et celle de l'Ulster de la révolution industrielle. Il y a vu une des tensions fondamentales qui l'ont façonné; une autre, également héritée de ses parents, étant la tension entre la parole d'une mère se liant facilement et le silence d'un père taciturne[3].

Heaney n'avait que 5 ans quand il vit des soldats américains en manœuvres, cantonnés à l'aérodrome voisin et prêts à s'embarquer pour la Normandie. Le poète s'en souvient comme d'une image de sa propre conscience, en équilibre entre « histoire et ignorance ».

Seamus Heaney fait ses études primaires à l'école de Anahorish. Il obtient une bourse pour étudier au collège de St. Columb's (Saint Colomban) à Derry, où il apprend le gaélique irlandais.

En 1957, il part pour Belfast où il étudie la langue et la littérature anglaises à l'université Queen's. Pendant un stage pédagogique il rencontre l'écrivain Michael MacLaverty, qui lui fait connaître la poésie de Patrick Kavanagh. C'est à cette époque, à partir de 1962, que Heaney commence à publier des poèmes. En 1963, Philip Hobsbaum, professeur à Queen's university, forme un groupe de jeunes poètes locaux, comme il l'a fait précédemment à Londres, ce qui vaut à Heaney de rencontrer d'autres poètes de Belfast comme Derek Mahon et Michael Longley.

En août 1965, Heaney épouse Marie Devlin (ils auront trois enfants : Michael, Chris et Catherine Ann), enseignante qui a elle-même publié un recueil de contes et légendes d'Irlande. En 1966, l'éditeur Faber and Faber publie un premier volume de poèmes de Heaney, Death of a Naturalist (Mort d'un naturaliste). Ce recueil, très bien reçu, vaut à Heaney de nombreuses récompenses. La même année il est nommé maître de conférences (lecturer) à Queen's university, où il reste jusqu'en 1972. La vie de Heaney se partage dès lors entre enseignement et écriture.

En 1972, Heaney quitte Belfast pour enseigner à Dublin, où il dirige le département d’anglais du Training College (formation d'enseignants) de Carysfort et travaille également comme journaliste indépendant pour la télévision irlandaise. Dans les années 70, il donne des lectures de son œuvre en Irlande, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il est élu Saoi (« Sage ») d'Aosdána, organisation irlandaise de promotion des arts. En 1981, Heaney quitte Dublin pour l'université Harvard où, en 1984, il est élu à la chaire Boylston de rhétorique et d’éloquence.

En 1983, il est cofondateur, avec Brian Friel et Stephen Rea, de la compagnie théâtrale Field Day.

En 1989, il occupe la chaire de poésie à l'université d'Oxford, poste qu'il conserve jusqu'en 1994. Ses lectures publiques rencontrent toujours le même succès.

En 1990, Heaney publie The Cure At Troy, une pièce basée sur la légende de Troie qui est acclamée par la critique.

En 1995, l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature pour son œuvre singulière, « caractérisée par sa beauté lyrique et sa profondeur éthique qui fait ressortir les miracles du quotidien et le passé vivant. »[4]. Heaney devient le quatrième auteur irlandais à recevoir cette distinction après William Butler Yeats, George Bernard Shaw et Samuel Beckett[4]. The Spirit Level, publié en 1997, obtient le prix Whitbread Book of the Year, performance réitérée avec la parution de Beowulf: A New Translation en 1999.

En 2005, il reçoit le titre de docteur honoris causa de l'Université jagellonne de Cracovie[5].

En 2006, Heaney publie un nouveau recueil de poèmes, District and Circle.

Il décède le [4]. Ses obsèques ont lieu le 02 septembre à l’Église du Sacré-Cœur de Dublin en présence de nombreux admirateurs et personnalités dont le Président de la République irlandaise, le Premier ministre et Bono, le chanteur et leader du groupe de rock U2[4].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

La poésie d'Heaney, d'inspiration élégiaque, cherche à jouer de l'affrontement des contraires : éloge d'une nature douce et fascinante et brutalité de la situation politique évoquée ; clarté et souplesse du langage poétique et rugosité des références au réel[6]. Le cadre bucolique et rural de l'enfance, la végétation, la tourbe, la boue et les sels de la terre, nourrissent plusieurs recueils dont Mort d'un naturaliste, intimement lié à la résurrection des mythes et des légendes celtiques puis au panégyrique des paysages et du folklore irlandais[7]. Néanmoins, cette généalogie merveilleuse et sensuelle semble relever d'un paradoxe puisqu'elle ne fournit aucune paix au sujet poétique[6]. Dès Mort d'un naturaliste et Door into the Dark, Heaney clame son identité irlandaise mais la représente comme une entité douloureuse et déchirée[7]. Dans ses poèmes, la recherche d'un équilibre semble minée par le constat tragique de la vanité du monde[6]. Ce vide est rendu encore plus oppressant par l'évocation des morts qui hantent l'histoire irlandaise et l'esprit du poète : celle des victimes des attentats évoqués notamment dans Fouille et aussi celle de la mère. Dans Nord, cette contradiction est illustrée par l'exemple d'Antée et d'Héraclès : le premier enlace le monde et en tire sa force puis le second peut vaincre le premier par la possibilité qu'il a de le soulever dans les airs[6]. Pour Heaney, la composition poétique relève d'un effort herculéen car elle arrache des visions originales à la terre et se soustrait aux aspects trompeurs du monde. Sa poésie, en ce sens, se veut loin de toute abstraction et de tout rationalisme[6].

Heaney refusait de considérer son travail comme une activité intellectuelle[4]. En renvoyant à son origine paysanne, il se comparait volontiers à un agriculteur qui creuse le sol[4]. Pour lui, le poète devait creuser la langue afin d'y extraire des émotions et des images fortes[4].

En dehors de ses poèmes, il a également publié plusieurs essais critiques comme Préoccupations : proses choisies et Le Gouvernement de la langue.

Dès la parution de ses premiers recueils, Heaney a joui d'un prestige mondial[7]. Il était le poète irlandais le plus lu dans son pays et l'un des plus appréciés de la poésie anglophone contemporaine[4]. Pour Patrick McGuinness, « Heaney, toute sa vie, est resté fidèle à sa conviction première selon laquelle la poésie se doit d'être à la fois mystérieuse et accessible. [...] Il savait que ce qui est universel en poésie n'est jamais abstrait, mais concret. »[7].

À l'annonce de son décès, Bono, du groupe U2, dit de lui : « C’était un gentil génie en tant de choses, dont les mots nous mettaient en défi avec l’endurance et la beauté de la vie autant qu’ils nous apportaient le réconfort. Il écrivait avec une concision étrangement débordante. Nous lui envions tous sa façon de faire paraître aussi simples les trucs les plus compliqués, l’équilibre entre famille et travail... »[8].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Seamus Heaney en 1970.

Poèmes[modifier | modifier le code]

La plupart des ouvrages de Seamus Heaney sont publiés par Faber and Faber à Londres.

  • Death of a Naturalist, 1966. Mort d'un naturaliste.
  • Door into the Dark, 1969. Porte vers le noir.
  • Wintering Out, 1972. Endurer l'hiver.
  • North, 1975. Nord.
  • Field Work, 1979. Fouille.
  • Selected Poems 1965-1975, 1980.
  • Sweeney Astray. A Version from the Irish, 1983 (inspiré d'un poème médiéval irlandais). Tr. fr. Les Errances de Sweeney, Le Passeur, 1994, trad. Bernard Hoepffner.
  • Station Island, 1984. Île de pèlerinage.
  • Poèmes 1966-1984, Paris, Gallimard, 1988, coll. "Du monde entier", trad. Anne Bernard Kearney et Florence Lafon. Contient des poèmes des recueils : Mort d'un naturaliste, Porte vers le noir, Endurer l'hiver, Nord, Fouille et Ile de pélérinage.
  • The Haw Lantern, 1987. Tr. fr., La Lanterne de l'aubépine, Le Temps des Cerises, 1996, trad. Gérard Cartier.
  • New Selected Poems, 1966-1987, 1990.
  • Seeing Things, 1991. Tr. fr., La Lucarne, Paris, Gallimard, 2005, coll. "Du monde entier", trad. Patrick Hersant.
  • Sweeney’s Flight, 1992.
  • The Spirit Level, 1996. Tr. fr., L'étrange et le connu, Paris, Gallimard, 2005, coll. "Du monde entier", trad. Patrick Hersant.
  • Electric Light, 2001.
  • District and Circle, 2006.
  • Human Chain, 2010.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Laments de Jan Kochanowski, 1995, en collaboration avec Stanislaw Baranczak
  • Beowulf, 1999, traduit du vieil anglais

Essais[modifier | modifier le code]

  • Preoccupations. Selected Prose 1968-1978, 1980
  • The Government of the Tongue: The 1986 T.S. Eliot Lectures and Other Critical Writings, 1988
  • The Place of Writing, 1989
  • The Redress of Poetry: Oxford Lectures, 1995

Divers[modifier | modifier le code]

  • The Rattle Bag, 1982 anthologie de poésie pour enfants en collaboration avec Ted Hughes
  • The Cure at Troy: A Version of Sophocles' Philoctetes, 1990
  • The Midnight Verdict, 1993, traduction en vers du Cúirt an Mheán-Oíche de Brian Merrimanla

Le personnage de Shague Ghintoss ,dans le roman "Eureka Street" de Robert Mcliam Wilson fait clairement référence au poète .

Publications[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Seamus Heaney, Caen, Presses Universitaires, 1987.
  • Collectif, Seamus Heaney et la création poétique, sous la dir. de Jacqueline Genet et Elisabeth Hellegouarc’h, Caen, Presses Universitaires, (Groupe de recherches anglo-irlandaises de l’Université de Caen), 1995, ISBN 2-84133-043-5.
  • Joanny Moulin, Seamus Heaney: l’éblouissement de l’impossible, Paris, Honoré Champion, 1999, coll. "Bibliothèque de littérature générale et comparée", ISBN 2-7453-0044-X.
  • (en) The Poetry of Seamus Heaney (A reader's guide to essential criticism), Elmer Kennedy-Andrews ed., Cambridge, Icon Books, 2000, ISBN 1-84046-137-3.
  • Seamus Heaney (trad. de l'anglais, notes Bernard Hœpffner, postface Theo Dorgan), Les errances de Sweeney, (Sweeney Astray), Nantes, 1994, Le Passeur-CECOFOP, coll. « Bibliothèque de l'Arc atlantique », (ISBN 2-907913-22-0).
  • "Heaney, la remontée des enfers" par Yves Leclair, Paris, Gallimard, NRF n°576, Paris, Gallimard, 2006.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. AFP, « Mort du Nobel de littérature Seamus Heaney », dans Libération du 30 août 2013.
  2. AFP, « Mort du poète Seamus Heaney, grand barde irlandais », dans La Presse du 30 août 2013
  3. Les Prix Nobel. The Nobel Prizes 1995, édité par Tore Frängsmyr, [Fondation Nobel], Stockholm, 1996
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Tirthankar Chanda, « Disparition de Seamus Heaney, "le plus grand poète irlandais après Yeats" », RFI,‎ 4 septembre 2013 (lire en ligne)
  5. (pl) Doktorzy honoris causa, sur le site de l'université jagellonne de Cracovie
  6. a, b, c, d et e Lettres européennes, histoire de la littérature européenne, sous la direction d'Annick Benoït-Dusausoy et Guy Fontaine, édition Hachette, 1992, Paris, p. 994
  7. a, b, c et d Florence Noiville, « Mort du poète irlandais Seamus Heaney, Prix Nobel de littérature », Le Monde,‎ 30 août 2013 (lire en ligne)
  8. (en) Emma McMenamy, « Seamus Heaney: Bono reveals he's "absolutely broken-hearted" after death of his pal », Irish Mirror,‎ 1er septembre 2013 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]