Ivan Bounine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Bounine » redirige ici. Pour les autres significations, voir Bounine (homonymie).

Ivan Bounine

Description de cette image, également commentée ci-après

Ivan Bounine en 1901.

Nom de naissance Ivan Alexeïevitch Bounine
Activités Écrivain, romancier, nouvelliste, poète
Naissance 22 octobre 1870
Voronej, Drapeau de la Russie Russie
Décès 8 novembre 1953 (à 83 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture russe
Genres roman, nouvelle, poésie
Distinctions Prix Nobel de littérature

Ivan Alexeïevitch Bounine (en russe : Иван Алексеевич Бунин), né à Voronej, en Russie centrale le 10/22 octobre? 1870 et mort à Paris le 8 novembre 1953, est un écrivain russe, auteur de poèmes, de nouvelles et de romans, lauréat du prix Nobel de littérature en 1933. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains de prose russes du XXe siècle[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Né au sein d'une célèbre famille de poètes — il est parent par son père des poètes Anne Pétrovna Bounine (1774-1829) et Vassili Andréïévitch Joukowsky (1783-1852) —, issue de l'ancienne noblesse du gouvernement d'Orel, d'une origine polonaise lointaine. Né dans la province de Voronej, il y passe les trois premières années de sa vie et vit ensuite dans le domaine familial d'Oziorki, à Boutirki près d'Ielets, où son éducation est confiée à des précepteurs. Il est envoyé au petit lycée d'Ielets à l'âge de onze ans en 1881, mais il retourne chez lui après cinq ans d'études. Son frère aîné, Jules Alexéïévitch[3] (1857-1921), le fait étudier et l'encourage alors à lire les classiques russes et à écrire.

À 17 ans, il publie son premier poème dans un magazine littéraire de Saint-Pétersbourg, La Patrie, et devient correcteur pour un journal local, Le Moniteur d'Orel. Il part pour Poltava avec l'une des collaboratrices du journal, Varvara Pachtchenko, devenue sa maîtresse, en dépit de l'interdiction de ses parents. Il publie à Orel son premier recueil de poèmes en 1891, puis Sous le ciel ouvert en 1898, puis Automne, pour lequel il reçoit le prix Pouchkine en 1901.

En 1889, il suit son frère à Kharkov et correspond avec Anton Tchekhov, dont il fait la connaissance en 1895, Maxime Gorki et Léon Tolstoï. Il descend le Dniepr sur le bateau Tchaïka (La Mouette), expérience qu'il transpose dans un de ses récits en 1898, et se rend sur la tombe de Tarass Chevtchenko, qu'il apprécie particulièrement et qu'il traduira régulièrement.

Il publie des nouvelles qui le font connaître, comme Les Pommes d'Antonov en 1900. Il reçoit le prix Pouchkine de l'Académie des sciences de Russie à trois reprises. Grâce à Maxime Gorki, il intègre les éditions de la Connaissance[1].

Débuts de carrière[modifier | modifier le code]

Portrait de Bounine par Tourjanski (1905)

Ivan Bounine épouse en 1899 Anna Nikolaïevna Tsakine.

Il traduit Henry Longfellow, George Gordon Byron, Alfred Tennyson, et Alfred de Musset. Il publie son premier roman, Le Village, en 1909. Reconnu par ses pairs comme l'un des écrivains russes les plus importants, il est élu, la même année, à l'Académie impériale de Russie[1]. Alors que, traditionnellement, depuis Ivan Tourgueniev, on s'était habitué à idéaliser le moujik, le portrait réaliste qu'il fait d'un village russe avec sa stupidité, sa cupidité, sa brutalité et sa violence provoque un certain scandale à sa parution à Moscou.

Deux ans plus tard, il publie un deuxième roman où il décrit sa famille.

Avant la Première Guerre mondiale, il voyage beaucoup : les Indes britanniques, Ceylan, Palestine, Égypte, Turquie, Afrique du Nord. Ces voyages ont une grande influence sur ses écrits. Il passe ses hivers à Capri en 1912, 1913 et 1914.

Après la Révolution[modifier | modifier le code]

Ivan Bounine en 1933 lors de l'obtention du prix Nobel.

Après la Révolution d'Octobre, il fuit Moscou le 21 mai 1918 pour s'installer dans le sud du pays, tenu par les armées blanches. Il quitte la Russie pour les Balkans en 1920, puis s'installe en France, où il vit à Paris et à Grasse. Il publie son journal extrêmement critique à l'égard du régime bolchévique.

Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1933. Dans les années qui suivent, il s'oppose au national-socialisme. Cependant, l'emprise du communisme sur l'intelligentsia européenne de l'époque étouffe la résonance de son œuvre. Il continue à publier en russe pour les Russes émigrés. Des extraits de ses récits paraissent régulièrement dans La Pensée russe et certains sont traduits en français, mais il faut attendre les années 1980 pour que son œuvre soit diffusée de manière plus large en France. Son œuvre est interdite en URSS et n'y est publiée qu'après la mort de Staline.

Il meurt d'une crise cardiaque à Paris en 1953. Il est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

Il existe aujourd'hui trois musées Bounine en Russie : à Orel, à Ielets et à Iefremov, ainsi que plusieurs rues qui portent son nom, dont une à Moscou.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Opposés à la modernité et l'avant-garde, les textes Bounine revendiquent une culture littéraire classique[2]. Rapproché du réalisme, l'écrivain se veut le chantre de la nature et le peintre exhaustif de la Russie de sa jeunesse dont il ressuscite le folklore et les traditions agricoles[4]. Il est également réputé pour délaisser l'intrigue, réduite au strict minimum, au profit de l'étude psychologique et l'art de la description[2]. Dans sa jeunesse, l'auteur publie des poèmes dans la tradition d'Alexandre Pouchkine, Mikhaïl Lermontov, Afanassi Fet, Iakov Polonski et Alexis Konstantinovitch Tolstoï[1]. Nouvelles du pays (1893) et Terre noire (1904) reconstituent avec fidélité la vie rurale et Au hameau (1892) évoque les propriétés nobilières reculées, abandonnées et délabrées[1],[2]. Sa nouvelle Les Pommes d'Antonov (1900) circonscrit souvenirs et observations charnelles de la campagne, détaillant avec minutie les sons, les images, les odeurs, les sensations, les saveurs et la splendeur de cette dernière[2]. Par le scandale qu'il provoque, Le Village (1910) lui vaut la célébrité en Russie et à l'international[2]. Ce roman décrit le quotidien pénible, la misère et la profonde mélancolie d'un village isolé et s'éloigne de l'image d’Épinal du moujik exalté et jovial[1]. D'un profond pessimisme, Bounine continue à mettre en scène, avec Conversation nocturne (1911) et Zakhar Vorobiev (1912), la décadence de la société tsariste et la pauvreté paysanne dans une série de tableaux violents et cruels[1].

Ses voyages en Asie lui donnent la matière de récits regroupés sous le titre Le Temple du soleil (1907-1912)[2]. Le Monsieur de San Francisco (1915), sa nouvelle la plus connue, s'inscrit dans une interrogation métaphysique sur la fatalité des civilisations amenées à s'éteindre, les mirages de l'existence et l'attente de la mort[2]. L'Amour de Mitia (1925) dénote une inspiration plus érotique et sensuelle à travers l'histoire d'amours malheureuses[2]. Dans son journal Jours maudits, il évoque avec tristesse la Révolution bolchévique de 1917 et son départ vers l'ouest[2]. Le roman La Vie d'Arséniev (1938) puise une nouvelle fois des images de l'ancienne Russie et dévoile des motifs autobiographiques en évoquant la rupture douloureuse avec le pays natal et la souffrance de l'expatrié[2]. Son recueil de récits Les Allées sombres (1946), qui a pour thème central l'amour et la femme, est publié sept ans avant son décès[2].

Bien que fidèle à une veine réaliste, Bounine se nourrit d'influences diverses : panthéisme, christianisme, monde antique, islam et symbolisme affleurent dans une œuvre où tragique et lyrisme se condensent en une méditation sur l'âme russe et l'essence humaine[4]. Il est un écrivain vanté pour la puissance d'évocation de sa prose, la beauté de ses images, la rigueur et la concision de son écriture et sa capacité à magnifier les perceptions[2],. Considéré comme le maître des petites sommes littéraires (courts récits, nouvelles), il est souvent comparé aux frères Goncourt, Gustave Flaubert et Thomas Hardy pour son art du détail, ses tableaux de la vie provinciale, sa critique acerbe de la société et son culte de la perfection formelle[5].

Sur l'exemple d'Anton Tchekov, son modèle, il est également connu pour mettre son lecteur à contribution dans sa représentation du monde et sa construction narrative[5]. Il est par ailleurs rapproché de Tourgueniev pour son sens du rythme et la dimension musicale de son style[5]. Gorki, qui admirait Bounine, le considérait comme le plus grand styliste de sa génération[1].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Le Village (1910)
  • La Vie d'Arséniev (1930-1933)
  • Le Sacrement de l’amour (L'Amour de Mitia) (1925)

Nouvelles et recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Au hameau (1892)
  • Nouvelles du pays (1893)
  • Les Pommes d'Antonov (1900)
  • Meliton (1901)
  • Terre noire (1904)
  • Conversation nocturne (1911)
  • Zakhar Vorobiev (1912)
  • Le Temple du soleil (1907-1912)
  • Le Monsieur de San Francisco (1915)
  • Le Calice de la vie (1915)
  • Les Allées sombres (1946)

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Poèmes, 1887-1891 (1891)
  • Sous le ciel couvert (1898)
  • Automne (1901)
  • Poèmes, 1903 (1903)
  • Poèmes, 1903-1906 (1906)
  • Poèmes, 1907 (1907)
  • Selected Poems (1929)
  • Mon cœur pris par la tombe, choix de poèmes traduits du russe et présentés par Madeleine de Villaine, avant-propos par Vladimir Nabokov, Éditions de la Différence, coll. « Orphée », Paris, 1992.

Récits autobiographiques et journaux[modifier | modifier le code]

  • À la source des jours (1910-1926)
  • Jours maudits (1925-1926)
  • Mémoires. Sous le marteau et l'enclume (1950)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h « Le peintre de la Russie » par Jean Bonamour sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 14 novembre 2013.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Ivan Bounine sur le site de l'encyclopédie Larousse, consulté le 14 novembre 2013.
  3. Lui-même sera un célèbre poète, journaliste et écrivain pré-révolutionnaire.
  4. a et b « Témoin de son peuple » par Jean Bonamour sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 14 novembre 2013.
  5. a, b et c « Le culte du style » par Jean Bonamour sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 14 novembre 2013.