Roi Arthur

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Arthur
Hommage à Arthur, enluminure du XIVe siècle.
Hommage à Arthur, enluminure du XIVe siècle.
Titre
Rois légendaires de l'île de Bretagne
Prédécesseur Uther Pendragon
Successeur Constantin III
Biographie
Père Uther Pendragon

Le roi Arthur ou Arthur Pendragon est, d'après les romances médiévales, un seigneur breton qui aurait organisé la défense de la Grande-Bretagne face aux envahisseurs saxons à la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle. La légende d'Arthur est principalement inspirée par le folklore[1] et l'invention littéraire, et son existence historique n'est pas attestée. Les sources historiques d'Arthur sont recueillies sur de rares textes contradictoires, essentiellement des poèmes et contes en langue galloise, des annales et chroniques décrivant la romanisation et la christianisation de la Grande-Bretagne comme les Annales Cambriae et l’Historia Brittonum et la vie des premiers saints de l'île bretonne, comme Gildas le Sage. Le nom d'Arthur apparaît également dans d'anciens poèmes tel que le Y Gododdin. Son histoire se situe à une époque où le terme « Bretagne » désignait la grande moitié sud de l'actuelle Grande-Bretagne.

La figure légendaire d'Arthur s'est développée essentiellement grâce à l'Historia regum Britanniae (Histoire des rois de Bretagne) écrite par Geoffrey de Monmouth au XIIe siècle. Toutefois, antérieurement à cette œuvre, certains contes et poèmes gallois ou bretons, ainsi que des chroniques ou annales reprenant des traditions orales, font déjà apparaître Arthur comme un grand guerrier défendant la Bretagne des hommes et d'ennemis surnaturels ou comme une figure magique du folklore, parfois associée à Annwvyn, l'autre-Monde celtique. La part du récit de Geoffrey de Monmouth, écrit encore en latin, adaptée des sources antérieures et celle issue de sa propre imagination sont inconnues.

Bien que les thèmes, les événements et les personnages de la légende du roi Arthur varient considérablement de texte en texte, et qu'il n'existe pas de version unique, les événements contés dans l'Historia regum Britanniae servirent de base pour la plupart des histoires postérieures.

Geoffrey de Monmouth dépeint Arthur comme un roi ayant établi un empire rassemblant toute l'île de Bretagne, ainsi que l'Irlande, l'Islande, la Norvège, le Danemark et une bonne partie de la Gaule. En fait, beaucoup d'éléments qui font désormais partie intégrante de l'histoire du roi Arthur apparaissent dans l'Historia regum Britanniae : le père d'Arthur Uther Pendragon, Merlin l'enchanteur, l'épée Excalibur, la naissance d'Arthur à Tintagel, sa dernière bataille contre Mordred à Camlann et sa retraite finale à Avalon. Au XIIe siècle, l'écrivain français Chrétien de Troyes y ajoute Lancelot et le Saint Graal et initie le genre de la romance arthurienne (en puisant dans la Matière de Bretagne) qui devient un volet important de la littérature médiévale. Dans ces histoires, la narration se concentre souvent sur d'autres personnages, tels que les différents chevaliers de la Table Ronde au lieu de se focaliser sur le roi Arthur lui-même. La littérature arthurienne a prospéré pendant le Moyen Âge, avant de perdre de l'importance dans les siècles qui suivirent. Elle est redevenue un sujet à la mode depuis le XIXe siècle. Au XXIe siècle, le roi Arthur est toujours un personnage mis en scène, à la fois dans la littérature mais aussi dans les adaptations scéniques (festivals, spectacles vivants), au théâtre, au cinéma, à la télévision, dans les bandes dessinées, et d'autres médias.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le prénom Arthur était en rapport étymologique avec le nom celtique de l'ours, "artos" signifiant à la fois "ours" et "guerrier". On rapproche son nom avec celui de la déesse ourse Artio. Arthur s'expliquerait par *Arto-rix "roi-ours" ("roi des guerriers ?") par un intermédiaire latinisé *Artori(u)s[2].

On remarque au VIe siècle une certaine augmentation des noms tels Arzur, Arzul', Arthus, Artus ou Arthur[réf. nécessaire] qui laisse supposer l'existence d'un personnage ayant marqué les esprits. Le nom lui-même revêt un symbole de force, de stabilité et de protection, caractères bien présents dans sa légende : c'était un homme réputé fort, posé, et, en tant que roi, garant de la sécurité de ses sujets. Dans la civilisation celtique, l'ours est avant tout l'animal emblématique de la royauté.

Notons néanmoins qu'à l'époque où naît la légende arthurienne (XIIe siècle), la place de l'ours comme animal emblématique est prise par le lion[3]. Ainsi dans l'Historia Regum Britanniae, Arthur rêve à un combat entre un ours et un dragon. Mais Arthur est le dragon, et non l'ours.

La transcription latine basée sur cette racine celtique donnerait le nom Artorius[réf. nécessaire], ce qui appuierait l'hypothèse romaine identifiant le roi Arthur au personnage de Lucius Artorius Castus. Néanmoins l'assimilation d'Arthur à Artorius repose sur des bases très fragiles.

Le roi Arthur dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Les diverses hypothèses[modifier | modifier le code]

L'hypothèse galloise[modifier | modifier le code]

Géographie de la Bretagne vers l'an 500

Cette hypothèse se base sur le fait que le roi Arthur apparaît pour la première fois dans les légendes et élégies galloises, bien avant d'être repris dans les romans de chevalerie du XIIe siècle. Arthur serait né vers 470/475[4] et serait originaire du Pays de Galles, ou de l'ouest de l'Angleterre, mais l'emplacement exact de sa cour, connue sous le nom de Camelot, reste un mystère. Il aurait repoussé l'invasion des Saxons au début du VIe siècle bien qu'il n'ait jamais été couronné roi. En effet, la chronique de Nennius (IXe siècle) le désigne comme un dux bellorum (chef de guerre) combattant « avec les rois bretons » et les textes médiévaux en gallois ne lui donnent jamais le titre de roi, mais l'appellent amerauder (« empereur »). Certains auteurs en feraient un grand propriétaire terrien romanisé ayant constitué, comme c'était alors courant, sa propre troupe de bucellaires, mercenaires à la solde d'une personne riche et payés en nourriture, d'où leur nom (buccelus = biscuit), et ayant prêté main-forte aux rois bretons contre les Saxons. En outre, dès le IVe siècle, les corps de bucellaires sont constitués majoritairement de cavaliers. La légende d'un corps de cavaliers d'élite servant Arthur n'est pas loin…

L'hypothèse romaine[modifier | modifier le code]

Kemp Malone[5], pensait avoir retrouvé le vrai Arthur dans le personnage de Lucius Artorius Castus. La parenté de nom est en effet assez troublante. Ce préfet romain, installé à York, a commandé (l'épigraphie l'atteste) la VIe Légion Victrix, chargée de combattre les Calédoniens (peuple de l'actuelle Écosse) au-delà du mur d'Hadrien. Il a remporté contre eux (et non contre les Saxons) une suite de victoires entre 183 et 185 après J.-C. Ensuite, il aurait été envoyé en Armorique mater une rébellion, mais de récentes recherches tendent à prouver qu'il aurait été envoyé en Arménie. À l'occasion de cette expédition, il portait le titre de dux, ce qui n'est pas sans rappeler le titre de dux bellorum rapporté par la chronique de Nennius.

Selon Geoffrey Ashe[6], reprenant la thèse de Léon Fleuriot, le légendaire Arthur est inspiré du personnage réel de Riothamus, qui aurait porté le titre de « roi des Bretons » entre 454 et 470. Celui-ci aurait fait campagne en Gaule au cours des années 468 et 469 pour prêter main forte aux Gallo-romains contre les Wisigoths, avant d'être battus par ces derniers à la bataille de Déols.

Plus récemment, C. Scott Littleton et Linda A. Malcor ont repris ces deux dernières hypothèses et affirment que le Arthur de Camelot est la synthèse du Romain Lucius Artorius Castus et du Britannique Riothamus[7]. Pour ces deux chercheurs, le nom d'Arthur est la « celticisation » d'Artorius. Mais ce dernier, personnage assez mineur dans l'Histoire de Bretagne, ne peut plus être considéré comme le modèle du roi Arthur[Pourquoi ?].

Tout se passe comme si certains auteurs médiévaux avaient voulu réécrire l'histoire en imaginant que la bataille de Déols se soit conclue par la victoire des Bretons. Après s'être rendu maître de toute l'île de Bretagne, Arthur aurait ainsi conquis l'Irlande, l'Islande, la Norvège, le Danemark et une bonne partie de la Gaule. Il aurait même vaincu les légions romaines en Burgondie (Bourgogne), au cours d'une expédition qui l'aurait mené jusqu'à Rome

On peut également évoquer l'hypothèse du décalage chronologique. Dans ce cas, la bataille de Camlann contre l'usurpateur Mordred aurait eu lieu vers 490, alors qu'Arthur revenait de son expédition en Gaule, où il serait allé prêter main forte aux troupes gallo-romaines confrontées à l'invasion des Francs. Selon ce scénario, la bataille du Mont Badon se serait déroulée vers 475 et l'arrivée des Saxons en Bretagne remonterait alors aux environs de 428.

Un personnage nommé Jules César est présent dans la légende arthurienne. Il faut peut être lire en césar la fonction de vice-empereur tenue par le dernier empereur reconnu d'Occident Julius Nepos, plutôt que le nom du conquérant des Gaules. Cette mise au point permettrait de mettre un terme au thème de Merlin l'Enchanteur, capable de traverser le temps et l'espace, parce qu'il est ainsi avéré qu'il existait bien un dénommé Jules, « césar » de son état, contemporain de la jeunesse du personnage connu aujourd'hui sous le nom du Roi Arthur, mais qui reste encore à identifier parmi les responsables britto-romains de son époque[réf. nécessaire].

Selon l'historienne Norma Goodrish, la tombe d'Arthur datant du IIIe siècle se trouve dans la Civil parish (la "commune") d'Arthuret (en) où s'est déroulée la Bataille d'Arfderydd près du mur d'Hadrien, région dans laquelle Lucius Artorius Castus défendait le limes romain[8].

L'hypothèse syncrétique[modifier | modifier le code]

Lancelot et Guenièvre sur la tombe d'Arthur, par Dante Gabriel Rossetti

Le patronyme « Arthur » pouvait être courant à l'époque celtique et aurait pu ainsi désigner plusieurs chefs. L'amalgame du récit de différentes vies aurait pu servir à constituer celle du personnage mythologique. Ce nom connait d'ailleurs une vogue très importante dans l'aristocratie celtique dans les années qui suivent la Bataille de Camlann, où serait mort Arthur, entre 537 et 542.

L'hypothèse de Withaer[modifier | modifier le code]

Pour Withaer, auteur d'une histoire des guerres de ce prince, Arthur fut le dernier roi des Bretons siluriens.

Après avoir défendu longtemps son pays avec succès contre les Angles du nord, les Saxons de l'occident et les Danois qu'il vainquit en douze batailles successives, il aurait été complètement défait à Camlann, vers 542. Blessé mortellement, il se fit transporter en un lieu inconnu où il termina sa glorieuse vie. Ses soldats étonnés de ne pas le voir reparaître allèrent à sa recherche et, comme ils ne trouvèrent nulle part son tombeau, ils se persuadèrent qu'il n'était pas mort. Bientôt, se répandit la croyance populaire qu'Arthur reviendrait un jour régner sur la Bretagne affranchie du joug étranger, et qu'il y ramènerait le siècle d'or. Les chants patriotiques des bardes le représentaient tantôt guerroyant en Palestine contre les Infidèles, et tantôt errant dans les forêts des deux Bretagnes. Cette espérance du retour d'Arthur s'accrut à mesure que le peuple était opprimé.

Elle fut assez générale sous la domination despotique des rois normands.[réf. nécessaire]

En 1191, Henri II, à qui elle inspirait de vives inquiétudes, imagina un moyen pour la faire cesser. Il se rendit à Glassenbury (ou Glastonbury), où des moines de l'abbaye annoncèrent avoir découvert la tombe d'Arthur et de Guenièvre quelques années après l'incendie de leur église en 1184. Sa reconstruction nécessitait des fonds importants, d'où l'idée des moines, selon l'érudit britannique le docteur Robert Dunning, de broder à partir d'une supposée tombe royale toute une légende autour d'Arthur, de Joseph d'Arimathie, du Saint-Graal ou du chevalier Lancelot, en s'inspirant des écrits de leur évêque Geoffroy de Monmouth. Cette légende ne manquerait pas ainsi d'attirer d'importants donateurs et d'accroître sa renommée par rapport à sa rivale l'Abbaye de Saint Denis[9]. Ces fouilles furent faites en un lieu que des vers chantés par un pâtre indiquaient comme l'endroit de la sépulture d'un grand homme. Giraud de Barri, aumônier du roi Henri II Plantagenêt rapporte qu'on en retira, parmi divers débris, un cercueil de pierre décoré d'une petite croix de plomb, sur laquelle était inscrit :

« Hic jacet sepultus inclutvs rex Arturius cum Wenneveria uxore cum sua secunda in insula Avallonia », inscription qu'il traduit ainsi : Ci gît le célèbre roi Arthur enseveli avec Wenneveria, sa seconde femme, dans l’île d’Avallonie[10].

  • Cette prétendue découverte ne produisit pas néanmoins l'effet qu'il en attendait. L'espérance bretonne continua à régner. Elle était si vive au temps d'Alan de Tewkesbury, que ce savant a écrit dans ses explications des prophéties de Merlin :

« On serait lapidé en Bretagne, si l'on osait dire qu'Arthur est mort. » (Explanat. in proph. Merlini, p. 19, lib. i.)[11].

  • Ces tombes furent visitées par beaucoup de personnes, et déplacées vers une nouvelle sépulture en 1278. Celle-ci fut détruite pendant la Réforme anglaise du XVIe siècle.

L'hypothèse mythologique[modifier | modifier le code]

D'autres pensent qu'Arthur serait un demi-dieu celte incarné, tel que le dieu de la mer Lir (supposé incarné par le Roi Lear), ou même un personnage fictif comme Beowulf (loup des abeilles, un surnom de l'ours). Cette théorie serait renforcée par le fait que d'autres Britanniques de cette période, comme Ambrosius Aurelianus, ont combattu les Saxons à la bataille du Mont Badonicus.

Chronologie approximative[modifier | modifier le code]

  • Vers 425 (ou 446) : Avènement de Vortigern.
  • Vers 428 (ou 449) : Vortigern fait appel à des mercenaires saxons pour lutter contre les Pictes et les Scots.
  • Vers 468 : Mort ou départ en exil de Vortigern (dates variables entre 446 et 488).
  • Vers 469 : Uther Pendragon conçoit Arthur avec Ygern, épouse du chef des Bretons de Cornouaille[12]
  • Vers 470 : Naissance d’Arthur (dates variables entre 456 et 492).
  • Vers 480 : Mort d’Ambrosius Aurelianus (dates variables entre 455 et 530).
  • Vers 485 : Mort d’Uther Pendragon (dates variables entre 460 et 495).
  • Vers 500 : Avènement d’Arthur (dates variables entre 460 et 510).
  • Vers 516 (ou 518) : Victoire des Bretons sur les Saxons au Mont Badon (dates variables entre 460 et 540).
  • Vers 535 (ou 542) : Arthur affronte Mordred et est blessé à mort.

Les premières légendes du roi Arthur[modifier | modifier le code]

Le roi Arthur est apparu pour la première fois dans la littérature galloise. Dans le premier poème gallois retrouvé, le Y Gododdin[13], Aneirin (vers 575-600) écrit au sujet d'un de ses personnages qu'« il nourrissait des corbeaux noirs sur les remparts, alors qu'il n'était pas Arthur » (en gallois : « Gochorai brain du fur caer/ Cyn ni bai ef Arthur. », traduit en anglais par « he fed black ravens on the ramparts, although he was not Arthur »). Mais ce poème composé d'une série d'épopées élégiaques peut être interprété de différentes manières.

Une autre ancienne référence au roi Arthur se trouve dans l'Historia Brittonum attribuée au moine gallois Nennius, qui aurait écrit cette Histoire galloise vers 830. Le roi Arthur est décrit comme un « chef de guerre » plutôt que comme un roi.

Le roi Arthur apparaît aussi dans l'histoire galloise Kulhwch et Olwen, habituellement associé avec les Mabinogion.

Les dernières parties du texte les Triades galloises font mention d'Arthur et situent sa cour à Celliwig en Cornouailles. Celliwig serait l'actuelle Callington ou Kelly Rounds, une colline fortifiée près d'Egloshayle.

Le roi Arthur (ou roi Artus) est aussi parfois décrit comme le chef des chasses fantastiques, comme la Chasse-galerie (un groupe de chasseurs mythiques), non seulement dans les Îles britanniques, mais aussi dans toute l'Europe occidentale.

La romance du roi Arthur[modifier | modifier le code]

L'épée d'Arthur Caledfwlch (Excalibur)
La Dame du Lac offrant Excalibur, par Alfred Kappes (1880)

En 1133, Geoffroy de Monmouth écrivit son Historia Regum Britanniae. Ce livre fut l'équivalent d'un best seller médiéval, et attira l'attention d'autres écrivains, tels que Wace et Layamon, sur ces histoires. Ces écrivains en profitèrent pour améliorer les histoires du roi Arthur.

Même si de nombreux érudits s'accordent sur le fait que Geoffroy a suscité l'intérêt médiéval pour le roi Arthur, une autre hypothèse existe. Les histoires concernant Arthur pourraient venir des traditions orales bretonnes, disséminées dans les cours royales et de la noblesse d'Europe grâce aux jongleurs professionnels. L'écrivain médiéval français Chrétien de Troyes raconta des histoires provenant de cette mythologie à la moitié du XIIe siècle, de même que Marie de France dans ses lais, des poèmes narratifs. Les histoires provenant de ces écrivains et de beaucoup d'autres seraient indépendantes de Geoffroy de Monmouth.

Ces histoires, réunies sous le vocable de matière de Bretagne, devinrent populaires à partir du XIIe siècle. Dans ces histoires, Arthur rassembla les chevaliers de la Table ronde (en particulier Lancelot, Gauvain et Galaad). Cette assemblée était en général située à Camelot dans les derniers récits. Le magicien Merlin, dit « l'Enchanteur », y participait de temps en temps. Ces chevaliers participèrent à des quêtes mythiques, comme celle du Saint Graal. D'autres histoires du monde celtique s'associèrent à la légende d'Arthur, telle que la légende de Tristan et Iseut. Dans les dernières légendes, la romance entre le champion d'Arthur, Lancelot, et la reine Guenièvre devint la cause principale de la chute du monde arthurien.

Robert de Boron écrivit dans son Merlin qu'Arthur obtint son trône en tirant une épée d'un rocher et d'une enclume. Cet acte ne pouvait être effectué que par le Vrai Roi, ce qui signifie le roi choisi par (les) Dieu(x), ou l'héritier d'Uther Pendragon. Cette épée est dans certaines versions la célèbre Excalibur. Dans d'autres récits, Excalibur sort d'un lac, portée par Viviane, la Dame du Lac - une demoiselle sorcière - et est remise à Arthur peu de temps après le début de son règne. L'épée pouvait trancher n'importe quoi, et sa gaine rendait son porteur invincible.

La mort du roi Arthur[modifier | modifier le code]

La Mort du roi Arthur par James Archer (18231904)

Le dernier combat d'Arthur, la bataille de Camlann, contre les forces de Mordred vit sa perte. Des histoires montrent que Mordred était un chevalier de la Table ronde et le fils incestueux d'Arthur et de sa sœur Morgane ou bien de sa demi-sœur Morgause. Le Roi Arthur fut mortellement blessé lors de cette bataille, et emmené à Avalon. Là, ses mains furent soignées ou son corps enterré dans une chapelle. D'autres textes disent qu'il n'est pas mort, mais qu'il s'est retiré dans Avalon, monde insulaire mystérieux ; le roi Arthur est en dormition et reviendra un jour. De nombreux lieux sont revendiqués comme étant l’Avalon dont parle la légende : Glastonbury (dans le Somerset, en Angleterre), l'île d'Avalon (un îlot sur la commune de Pleumeur-Bodou dans les Côtes-d'Armor), Burgh by Sands, ancienne forteresse Aballaka du Mur d'Hadrien, en Cumberland, à l'embouchure de l'Eden… Mais il faut préciser que les peuples celtiques transportent leurs légendes et les transposent au fur et à mesure de leurs émigrations. Ceci explique donc qu'il y ait plusieurs forêts de Brocéliande, plusieurs Cornouailles

La légende du roi Arthur s'est répandue dans toute l'Europe. Des images d'Arthur ont été retrouvées à de nombreux endroits. En particulier, dans la cathédrale de Modène en Italie, une gravure datée entre 1099 et 1120 représente Arthur et ses chevaliers attaquant un château. Une mosaïque de 1165 dans la cathédrale d'Otrante, près de Lecce, en Italie contient la représentation curieuse d'Arturus Rex portant un sceptre et chevauchant une chèvre. Des marchands du XVe siècle baptisèrent un Hall arthurien à Gdańsk, en Pologne. De nombreux lieux évoquent le roi Arthur en Bretagne, notamment la forêt de Brocéliande ou la Grotte Artus en forêt de Huelgoat.

Le symbolisme du roi Arthur[modifier | modifier le code]

Le Roi Arthur par Charles Ernest Butler (1903)

Le roi unique et incontesté n'a jamais existé dans la civilisation celtique. Les divisions tribales (chefs de clans vassaux de rois des provinces eux-mêmes vassaux d'un roi suprême) ont permis à Jules César de prendre le contrôle de la Gaule. En contrepartie, l'imaginaire populaire s'est emparé d'un roi, plus ou moins attesté, paré des atouts les plus nobles de sa charge : un homme fort, bon guerrier mais sage, fédérateur et bien conseillé. Même après sa disparition, il porte encore les espoirs d'un peuple : son sommeil n'est que temporaire, et il reviendra unir les « deux Bretagnes » et sauver les Bretons.

Mythe et politique[modifier | modifier le code]

Illustration de "Idylls of the King and Other Poems" d'Alfred Tennyson
Photo de Julia Margaret Cameron, dans l'édition anglaise de 1874

En 1066, Guillaume le Conquérant s’impose en maître de l’Angleterre… Mais comment faire accepter un Normand comme roi, alors qu'il est issu d'un peuple minoritaire ? En s’appuyant sur la légende arthurienne et sur Arthur, sa figure de proue, unificateur de la Grande-Bretagne et du peuple breton. Car sur le continent se trouvent les descendants de Bretons partis de l'île quelques siècles plus tôt. Pour monter son armée, Guillaume a utilisé les services d'un certain nombre de nobles descendants de ces Bretons émigrants. En favorisant la diffusion du mythe de la survivance d’Arthur, de sa dormition dans l’île d’Avalon et de son retour prochain, Guillaume rendait populaire sa lutte contre les Angles et les Saxons et comptait bien se rallier les Gallois. Ce fut le début de « l’espoir breton ».

De même, Henri II Plantagenêt se servit du mythe arthurien pour asseoir son pouvoir, maintenir son autorité et unifier l’île de Bretagne. Couronné en 1154 après moult difficultés (petit-fils d'Henri Ier, désigné comme successeur mais écarté du trône par le neveu du roi défunt), il confisque la légende à son profit. Afin d’estomper les origines non-anglaises de la dynastie des Plantagenêt, Henri II préférera s’appuyer sur la civilisation bretonne en se présentant comme le digne successeur d’Arthur, bel et bien mort lors de l’ultime bataille. Car le monarque doit affirmer son autorité : vassal du roi de France pour le duché de Normandie, il a besoin du soutien breton contre les revendications saxonnes qui ont du mal à accepter la domination normande sur l’Angleterre. Afin de renforcer cette analogie, il tente même sans succès de conquérir l’Irlande et l’Écosse afin de réunir sous sa bannière l’ensemble du royaume supposé d’Arthur.

Arthur a aussi beaucoup servi pendant la Seconde Guerre mondiale chez les Britanniques pour raviver les efforts de la population face au risque d'invasion de l'Allemagne nazie.

Dans l'imaginaire en Bretagne continentale, il représente l'unité du peuple breton, puisqu'il était roi des deux Bretagnes. Les auteurs du Moyen Âge l'ont actualisé selon les canons courtois de l'époque en en faisant un modèle de noblesse et de vertu chrétienne.

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Arthur est le fils d'Uther Pendragon, roi des Bretons, et d'Igraine (ou Ygerne), veuve de Gorlois (ou Gorlais), duc des Cornouailles. Il est le frère d’Anna (Morgause), épouse du roi Loth d'Orcanie, et aussi de la fée Morgane. Il épouse Guenièvre, fille de Léodagan, roi de Carmélide. Certaines œuvres lui attribuent la paternité de Lohot, et de Mordred, né d'une relation incestueuse avec sa demi-sœur.

Héraldique[modifier | modifier le code]

La vie des chevaliers de la Table Ronde est antérieure à l'apparition de l'héraldique, mais la notoriété du roi Arthur lui a valu l'attribution d'armes qui, du fait de l'anachronisme, relèvent des armoiries imaginaires.

Hiérosme de Bara, dans son ouvrage Le Blason des Armoiries, énonce ceci : « De Artus, qu'on dit avoir été roy de la grande Bretaigne, quelques-uns ont dit qu'il n'avoit que trois couronnes, les autres six, un autre neuf, tantost mises en triangle maintenant en pal, et ainsi diversement. »[14]

Concernant la variante à 13 couronnes, Pastoureau pense à une mauvaise lecture de treis[réf. souhaitée].

Œuvres dans lesquelles Arthur tient un rôle essentiel[modifier | modifier le code]

C'est l'un des Neuf Preux des romans de chevalerie du XIVe siècle.

Le roi Arthur dans la culture moderne[modifier | modifier le code]

Le personnage du roi Arthur a été l'objet de nombreuses fictions, et son rôle y a été notamment interprété par :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Leslie Alcock, Arthur's Britain, Penguin History.
  • Martin Aurell, La légende du roi Arthur, Paris, Librairie académique Perrin, novembre 2007, 692 p.
  • (en) Glyn S. Burgess and Karen Pratt (éd. et tr.), The Arthur of the French: The Arthurian Legend in Medieval French and Occitan Literature, Cardiff, University of Wales Press, 2006.
  • Marguerite-Marie Dubois, Le roman d'Arthur et des chevaliers de la Table Ronde de Malory, introduction, traduction, notes, Aubier, 1948).
  • Marguerite-Marie Dubois, Le Morte Darthur, illustré par Aubrey Beardsley, Quimper, éd. Corentin, 1993.
  • Alban Gautier, Arthur, Paris, Ellipses, 2007.
  • Claudine Glot et Marc Nagels, Excalibur ou l'aurore du royaume, 2009.
  • Catalina Gîrbea, La couronne ou l’auréole, royauté terrestre et chevalerie célestielle dans la légende arthurienne (XIIeXIIIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007, 603 p.
  • Didier Kahn, « Littérature et alchimie au Moyen Âge : de quelques textes alchimiques attribués à Arthur et Merlin », Le Crise dell’Alchimia / The Crisis of Alchemy, actes du colloque de Lausanne, 8-10 novembre 1993, dans Micrologus, 3 (1995), p. 227-262.
  • Jean Markale, Le Roi Arthur et la société celtique, Paris, 1976–1992.
  • Jean Marx, La Légende arthurienne et le Graal, Paris, Presses Universitaires de France, 1952.
  • Michael Morpurgo, Le Roi Arthur, illustré par Michael Foreman, Folio Junior, 1995.
  • Goulven Péron, Dictionnaire des lieux arthuriens, Ar Strobineller, s.d., 80 p.
  • Christopher Snyder, À la recherche du roi Arthur, Le Pré aux Clercs.
  • Marion Zimmer Bradley, Les Dames du lac et Les Brumes d'Avalon, 1983.
  • Hélène Destrem, La Légende du futur, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Aurell, émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 6 avril 2011
  2. X. Delamare, Dictionnaire de la langue gauloise.
  3. Danielle Quéruel, Le Pouvoir et la Royauté ; CURLEY Michael J., Physiologus, Austin, University of Texas Press, 1979. ; http://www.abdn.ac.uk/bestiary/ ; concernant la symbolique du lion au Moyen Âge, on peut aussi se référer à la courte notice du Dictionnaire de la France Médiévale de Jean Favier. Voir aussi les raisons de l’abandon de l'ours (et du sanglier) en faveur du lion dans le rejet de l'église pour les anciens symboles païens : Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Seuil - Points Histoire 2012 p. 69.
  4. Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Bordas,‎ 1983, p. 67
  5. « The historicity of Arthur », Journal of English and German Philology, 1924
  6. Geoffrey Ashe, The Discovery of King Arthur, New York, Doubleday, 1985
  7. C. S. Littleton et L. A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York-Oxon, 2000, 1re édition 1994
  8. (en) Norma L. Goodrish, King Arthur, Harper Perennial,‎ 4 janvier 1989, 436 p. (ISBN 0060971827)
  9. (en) Robert Dunning, Christianity in Somerset. Taunton, Somerset County Council,‎ 1976, 132 p. (ISBN 9780950361529)
  10. Giraud de Barri, De principis instructione, vers 1193
  11. In « Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue française » par Pierre Marie Quitard, Paris, p. 357/358. P. Bertrand, Libraire-Éditeur
  12. Source: Le roi Arthur Livre d'Alex Voglino et de Sergio Guiffrida aux éditions Belin
  13. Cette élégie n'est conservée que dans un manuscrit des années 1250, le Livre d'Aneirin, conservé à la bibliothèque de Cardiff.
  14. Hiérosme de Bara, Le Blason des Armoiries, p. 166 [réf. incomplète]