T. S. Eliot

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T. S. Eliot

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T. S. Eliot en 1934 par Lady Ottoline Morrell.

Nom de naissance Thomas Stearns Eliot
Activités Écrivain, poète, dramaturge
Naissance
Saint-Louis, Missouri
Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 76 ans)
Kensington, Londres, Angleterre
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue d'écriture Anglais
Mouvement Littérature moderniste
Distinctions Prix Nobel de littérature en 1948

Œuvres principales

Signature

Signature de T. S. Eliot

T. S. Eliot, de son nom complet Thomas Stearns Eliot ( - ) est un poète, dramaturge, et critique littéraire américain naturalisé britannique. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1948.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

T. S. Eliot est né dans une famille aisée de Saint-Louis dans le Missouri. Son père, Henry Ware Eliot, était un homme d'affaires influent et sa mère, Charlotte Champe Stearns, fut enseignante avant d'écrire de la poésie. Thomas était leur dernier enfant ; ses parents avaient 44 ans quand il est venu au monde, ses sœurs avaient de 11 à 18 ans de plus que lui, son frère 8 de plus.

Son grand-père, William Greenleaf Eliot, était un pasteur unitarien qui s'installa à Saint-Louis quand elle n'était encore qu'une ville-frontière et qui participa à l'établissement de plusieurs des institutions municipales, dont l'université Washington à Saint-Louis. L'un de ses lointains cousins était Charles William Eliot, Président de l'université Harvard de 1869 à 1909, alors qu'un autre, Tom Eliot, était chancelier de l'université de Washington.

Éducation[modifier | modifier le code]

De 1898 à 1905, Eliot est externe à la Smith Academy de St Louis, une classe préparatoire à l'Université Washington, il y étudie les lettres, le latin, le grec, le français et l'allemand. Il fait un an à la Milton Academy (en) dans le Massachusetts, près de Boston, où il fait la connaissance de Scofield Thayer qui publie plus tard son poème The Waste Land. Il étudie à Harvard de 1906 à 1909, où il publie ses premiers poèmes dans la revue The Harvard Advocate et où il se lie d'amitié avec Conrad Aiken. En 1910, il obtient son Master, puis continue ses études à la Sorbonne à Paris (1910-1911), où il suit notamment les cours de Henri Bergson et d'Alain-Fournier. Il se lie alors d'amitié avec un jeune Français étudiant en médecine, féru comme lui de littérature et de poésie, Jean-Jules Verdenal (né en 1890 à Pau, mort en 1915 dans les Dardanelles) avec lequel il correspond lors de son retour aux États-Unis. Il part en effet pour Harvard et il y poursuit des études de philosophie. Il achève brillamment une thèse sur le philosophe hégélien Bradley. Il se passionne pour la philologie indo-aryenne et le bouddhisme.

En 1914, il obtient une bourse pour étudier au Merton College d'Oxford. Il visite l'Allemagne et prévoit de faire un trimestre de philosophie à l'université de Marbourg pendant l'été, mais la Première Guerre mondiale éclate et il se rend au Royaume-Uni. Il n'est pas heureux au Merton College et décline une bourse de seconde année.

Il travaille sur sa thèse qu'il envoie à Harvard et qui est acceptée. En revanche n'étant pas présent pour sa soutenance, il n'obtient pas son PhD.

Durant ses années estudiantines, il côtoya George Santayana, Irving Babbitt, Henri Bergson, C.R. Lanman, Josiah Royce, Bertrand Russell et Harold Joachim.

Période britannique[modifier | modifier le code]

Dessin de Simon Fieldhouse

Dans une lettre à Conrad Aiken en décembre 1914, Eliot se plaint d'être toujours vierge, ajoutant « je suis dépendant des femmes. Je veux dire de la compagnie des femmes ». Quatre mois plus tard, il est présenté à Vivienne Haigh-Wood et ils se marient le . En 1960, Eliot écrivit « Je me suis convaincu être amoureux de Vivienne simplement parce que je voulais rester en Angleterre et me forcer à rester en Angleterre. Et elle s'est convaincue (sous l'influence de Pound) qu'elle pourrait sauver un poète en le forçant à rester en Angleterre. Le mariage ne lui a apporté aucun bonheur… À moi, il m'a mis dans un état d'esprit qui aboutira à The Waste Land. »

Admirateur de Charles Maurras, il fut déçu par sa condamnation par Pie XI en 1926 ; elle le détourna du catholicisme comme nombre de partisans de la High Church[1]. En 1927, T.S. Eliot devient citoyen britannique et se convertit à la religion anglicane.

Eliot se sépare de sa femme en 1933. Elle le poursuit, adhère même à l'Union britannique des Fascistes dans l'espoir de gagner les faveurs de son époux qui avait exprimé son admiration pour Mussolini et assiste à ses lectures publiques pour lui demander de revenir à la maison. Elle fut internée dans un asile psychiatrique pendant les neuf dernières années de sa vie sans qu'Eliot vienne lui rendre visite.

Son second mariage, bien que presque aussi court, fut heureux. Il épouse Esmé Valerie Fletcher, sa secrétaire depuis aout 1949 et qui est de 38 ans sa cadette, le . Valerie passa ses années de veuvage à préserver l'œuvre de son mari ; elle édite et annote les Lettres de T.S. Eliot ainsi que le facsimilé de The Waste Land.

Eliot meurt d'un emphysème à sa maison à Kensington en Londres, le . Ses cendres sont déposées en l'église de St Michael dans le village de East Coker d'où les ancêtres d'Eliot étaient originaires avant d'émigrer aux États-Unis. Au deuxième anniversaire de sa disparition, une plaque commémorative est apposée au Coin des poètes dans l'abbaye de Westminster.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

T.S. Eliot a passé sa vie au Royaume-Uni à partir de 1914. Auparavant, en 1910, il a séjourné à Paris dans le quartier du Montparnasse, où il a rencontré d'autres artistes éminents de son temps. Man Ray fera son portrait. Il s'absorbe dans l'étude du sanskrit et des religions orientales. Il est alors étudiant de Georges Gurdjieff.

Poésie[modifier | modifier le code]

En 1915, Ezra Pound, alors éditeur international du magazine Poetry, recommande à Harriet Monroe la publication de The Love Song of J. Alfred Prufrock, où le jeune poète de 22 ans a parfaitement réussi à capturer les états d'âme d'un homme dans la quarantaine.

En octobre 1922, Eliot publie The Waste Land (La Terre vaine) dans la revue qu'il a fondée, The Criterion (1922-1939)[2]. Ce poème, écrit au moment où Eliot souffre au niveau personnel et familial (son mariage va à vau-l'eau) entre en résonance avec les peines de l'époque et de la génération perdue qui revient de la Première Guerre mondiale ; il devient l'un des modèles de la nouvelle poésie britannique. Avant même sa publication en livre (décembre 1922), T.S. Eliot prend ses distances avec le ton du poème qu'il juge par trop sombre : « en ce qui concerne The Waste Land, c'est une chose du passé et je me sens tourné vers l'avenir et vers une nouvelle forme et un nouveau style » écrit-il à Richard Aldington en novembre de la même année.

En dépit de la forme complexe du poème, des changements brusques de narrateur, de temps, de lieux, en dépit des références nombreuses et élégiaques à d'autres cultures et d'autres religions, The Waste Land est devenu un phare de la littérature moderne dont certaines phrases sont entrées dans l'anglais courant : April is the cruellest month - « Avril est le mois le plus cruel » ; I will show you fear in a handful of dust – « je vais vous montrer la peur en une poignée de cendre » ou Shantih shantih shantih.

La période qui suit sa conversion est, assez naturellement, religieuse, mais s'attache aussi à l'héritage britannique et à ses valeurs. En 1928, T.S. Eliot résume son sentiment dans la préface de son livre For Lancelot Andrewes « le point de vue général peut être décrit comme classique dans sa forme, royaliste dans ses idées et anglo-catholique (sic) dans ses convictions ». Cette période voit la publication du Mercredi des cendres – Ash Wednesday, Le Voyage des mages – The Journey of the Magi et Quatre quatuors – Four Quartets qu'Eliot considérait comme son chef d'œuvre et qui est basé sur les quatre éléments et quatre aspects du temps : théologique, historique, physique et humain. Les Quatre quatuors (en), écrits de 1935 à 1944, le souligneront pour le Prix Nobel qui lui sera décerné en 1948.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie et essais[modifier | modifier le code]

  • Prufrock and Other Observations ; 1917
  • Ara vos prec
  • La Terre vaine ; 1922 (The Waste Land)
  • The Hollow Men ; 1925
  • Ash Wednesday
  • Animula
  • Quatre quatuors ; (Four Quartets)
  • The Sacred Wood
  • On Poets and Poetry
  • Notes Towards a Definition of Culture
  • The Dark side of the Moon 1947

Théâtre[modifier | modifier le code]

Les pièces de théâtre écrites par Eliot, la plupart en vers.

Meurtre dans la cathédrale raconte la mort de Thomas Becket, Eliot raconte qu'il a été influencé, entre autres, par les œuvres du prêcheur Lancelot Andrewes. Cette œuvre a été créée en France et mise en scène par Jean Vilar en 1945 au théâtre du Vieux colombier à Paris, puis au festival d'Avignon. On a aussi pu en voir une version télévisée vers 1965 (en noir et blanc), avec Alain Cuny dans le rôle principal.

Autres[modifier | modifier le code]

Eliot est choisi pour faire partie du comité pour une nouvelle traduction de la Bible en anglais moderne.

En 1939, il publie un livre de poésie pour enfants, Old Possum's Book of Practical Cats qui, après sa mort, inspira la célèbre comédie musicale, Cats de Andrew Lloyd Webber.

Eliot est cité dans un épisode (L'Expérience Lazarus) de la série SF Doctor Who: « C'est ainsi que prend fin le monde, pas dans une explosion mais dans un murmure ».

Dans le film "A love song for Bobby Long", John Travolta cite T.S.Eliot:"Jamais nous ne cesserons notre exploration et le terme de notre quête sera d'arriver à l'endroit que nous avons quitté et de le percevoir tel qu'il est."

La compositrice russe Sofia Goubaïdoulina a écrit en 1987 un Hommage à T.S. Eliot pour octuor et soprano

Le groupe de metal progressif français Hord rend très largement hommage au poète dans ses concepts albums, The Waste Land (2010) et The Book of Eliot (avril 2013).

La lettre encyclique Lumen fidei, du 05 juillet 2013 cite l'un de ses poèmes, dans lequel il met en relation la foi et l'existence d'une société éduquée : "Avez-vous peut-être besoin qu'on vous dise que même ces modestes succès / qui vous permettent d'être fiers d'une société éduquée / survivront difficilement à la foi à laquelle ils doivent leur signification." [3]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Cattaui : T.S. Eliot, 1966
  • Stéphane Giocanti : T.S. Eliot ou le monde en poussières, Jean-Claude Lattès, 2002
  • Lyndall Gordon : T.S. Eliot, An Imperfect Life, Norton, New-York, 1999
  • Jean-Paul Rosaye : "T.S. Eliot poète-philosophe, essai de typologie génétique, Presses Universitaires du Septentrion, 2000

Récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stéphane Giocanti, Maurras – Le chaos et l'ordre, éd. Flammarion, 2006, p. 330.
  2. T.S. Eliot, L’unité de la culture européenne Causerie no 2 [Sur The Criterion], présentation par Pierre Malherbet, Paris : Ent'revues, La Revue des revues no 43, 2009, p. 3-13.
  3. 48] « Choruses from The Rock » in The Collected Poems and Plays 1909-1950, New Yhttp://www.vatican.va/holy_father/francesco/encyclicals/documents/papa-francesco_20130629_enciclica-lumen-fidei_fr.htmlumen-fidei_fr.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]