Toni Morrison

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Toni Morrison

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Toni Morrison en 2008

Nom de naissance Chloe Anthony Wofford
Activités Romancière, éditrice, universitaire
Naissance 18 février 1931 (83 ans)
Lorain, Ohio, Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue d'écriture Anglais américain
Genres dramatique, fantastique, historique
Distinctions prix Pulitzer
prix Nobel de littérature

Œuvres principales

Signature

Signature de Toni Morrison

Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford), née le 18 février 1931 à Lorain en Ohio, est une romancière, professeur de littérature et éditrice américaine, lauréate du Prix Pulitzer en 1988 , et du prix Nobel de littérature en 1993. Elle est à ce jour la huitième femme et le seul auteur afro-américain à avoir reçu cette distinction.

C’est le roman Beloved, dont l'édition française remonte à 1989, qui a fait connaître Toni Morrison en France. Mais sa notoriété américaine était venue dix ans plus tôt, coup sur coup, en l'espace de deux romans : Sula (1973) et Song of Solomon (1977).

Biographie[modifier | modifier le code]

Toni Morrison à la Foire internationale du livre de Miami, en 1986.

Née dans une famille ouvrière de quatre enfants, Toni Morrison s'intéresse très tôt à la littérature et se passionne en particulier pour les œuvres de Jane Austen et de Léon Tolstoï. Elle s'inscrit à l'Université Howard en 1949 pour étudier la littérature et soutient une thèse sur le thème du suicide chez William Faulkner et Virginia Woolf en 1953 à l'Université Cornell. Après son diplôme, elle entame une carrière de professeur à l'Université de Texas Southern, avant de retourner à Howard, alors « réservée » aux Noirs.

En 1958, elle épouse Howard Morrison, avec qui elle a deux enfants. Après son divorce en 1964, elle s'installe à Syracuse puis à New York et travaille comme éditrice chez Random House. Chargée du secteur de la littérature noire, elle contribue à sa promotion, en éditant notamment les autobiographies de Mohamed Ali et d'Angela Davis et une anthologie d'écrivains noirs, The Black Book, en 1973. Parallèlement, elle enseigne l'anglais à l'Université d'État de New York, avant d'obtenir un poste de professeur de littérature à l'Université de Princeton où elle reste en activité jusqu'en 2006. Elle vit actuellement à Princeton[1].

Elle écrit son premier roman, The Bluest Eye, à l'âge de 39 ans. Elle obtient le prix Pulitzer pour Beloved en 1988 et reçoit le prix Nobel de littérature le 7 octobre[2] 1993 pour l'ensemble de son œuvre. L'Académie suédoise récompense ainsi celle « qui, dans ses romans, marqués par une force visionnaire et une grande puissance poétique, ressuscite un aspect essentiel de la réalité américaine. »[3]. En 2005, elle est nommée Docteur honoris causa en Arts et Littérature de l'Université d'Oxford. En 2006, le jury du supplément littéraire du New York Times consacre Beloved « meilleur roman de ces 25 dernières années » et en novembre de la même année, le Musée du Louvre fait de Toni Morrison son invitée d'honneur, proposant un programme de lectures, rencontres et conférences avec l'auteur et ses amis artistes, écrivains ou professeurs. Depuis 2002, elle s'investit également dans la littérature pour enfants avec son fils Slade Morrison (qui décède en 2010 à l'âge de 45 ans[4]). Elle a récemment obtenu un poste à la direction du magazine The Nation.

Son roman le plus connu et le plus vendu, Beloved, a été adapté au cinéma en 1998 par Jonathan Demme avec Oprah Winfrey, Danny Glover et Thandie Newton dans les rôles principaux.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Graffiti représentant Toni Morrison à Vitoria-Gasteiz en Espagne.

Toni Morrison a donné un nouveau souffle à la littérature américaine de la seconde moitié du XXe siècle en général et aux lettres afro-américaines en particulier[5]. Son style allie précision, violence, lyrisme et acuité de l'observation psychologique et sociale[6]. La plupart de ses romans se rapproche du réalisme magique latino-américain[7]. Entre rêve et réalité, ils décrivent la misère des Noirs aux États-Unis depuis le début du XXe siècle dont ils restituent les voix passées ou présentes et le folklore. Avec l'approche d'une conteuse, Morrison en recompose, fragment par fragment, la mémoire dense et complexe[8]. Son œuvre revisite systématiquement l'histoire de son pays du point de vue des laissés-pour-compte et se dote de techniques narratives singulières, puisant son inspiration dans le jazz, l'oralité et la culture populaire[9]. L'auteur mêle une peinture minutieuse de l'esclavage et du ségrégationnisme américains à des éléments narratifs irrationnels ou merveilleux, pour la plupart inhérents aux croyances et aux mythes afro-américains[10].

Ses récits, qui refusent le manichéisme, trouvent un écho contemporain et évoquent les difficultés internes à l'éthique de la communauté noire qui, outre le racisme et la pauvreté, se voit déchirée entre l'héritage culturel des ancêtres et le modèle de promotion sociale des Blancs. Les thèmes de l'identité bafouée, de l'origine insaisissable et du déracinement occupent une place centrale dans son œuvre[11].

The Bluest Eye relate le parcours de Pecola, jeune fille détestée par sa mère et violée par son père adoptif[10]. Sula raconte l'histoire de Sula Peace, jeune habitante anticonformiste et hédoniste d'un quartier noir de l'Ohio au début du XXe siècle, qui devient le bouc émissaire de toute une ville. Song of Solomon prend pour point de départ la quête d'identité d'un adolescent, Macon « Milkman » Dead III, dont la tante Pilate nourrit l'imaginaire par des récits mystiques[10]. Tar Baby décrit la relation amoureuse entre deux Noirs d'un milieu social différent, Son et Jadine, et étudie le conflit intérieur de l'héroïne, diplômée de la Sorbonne et tiraillée entre sa formation européenne et le souvenir lointain et fantasmé de son ascendance africaine[10]. Beloved explore le sort tragique de Sethe, hantée par le spectre de sa fille qu'elle égorgea afin de lui épargner la condition d'esclave[6]. Dans Jazz, Morrison prend le prétexte d'un crime passionnel pour dépeindre l'univers de Harlem[11]. Avec Un don, elle représente, dans une parabole morcelée et bucolique où diverses temporalités et voies narratives s'entremêlent, un XVIIe siècle dans lequel la servitude n'est pas encore liée à la question raciale[6],[12]. Home se conçoit comme un voyage initiatique et épique au cœur de l'Amérique raciste des années 1950[13].

Ses fictions ont presque toutes pour personnage principal des femmes généralement martyrisées, ce qui lui a valu l'étiquette d' « écrivain féministe » qu'elle n'a jamais revendiquée, déclarant à ce sujet : « Cela dévoierait certains lecteurs qui pourraient croire que je me suis engagée dans l'écriture d'un tract féministe. Je ne souscris pas au patriarcat mais je ne crois pas qu'il doive être supplanté par un matriarcat. Je pense que c'est une question de droit équitable et de portes ouvertes sur toutes sortes de choses. »[14].

La romancière se déclare défiante envers toute identité figée et prend également ses distances avec un certain discours idéologique sur l'identité noire[11],[12]. Ses ouvrages, dans lesquels cohabitent le registre tragique et un questionnement métaphysique, atteignent une forme d'humour qui passe par une tonalité burlesque et fantastique[11].

Opinions politiques[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les propos de Toni Morrison concernant Bill Clinton ont fait grand bruit lorsqu'elle a qualifié celui-ci de « premier Président noir américain », expliquant son idée par le fait que « Clinton présente toutes les caractéristiques du citoyen noir : un foyer monoparental, une origine très modeste, une enfance dans la classe ouvrière, une grande connaissance du saxophone et un amour de la junk food digne d'un garçon de l'Arkansas. »[15]. Cette opinion a été adoptée par les supporters de Clinton notamment au Congrès électoral des Noirs américains (« The Congressionnal Black Caucus »: the CBC)[16] ou au contraire tournée en dérision par ses détracteurs. L'animateur républicain et conservateur Rush Limbaugh fait souvent référence, de manière sarcastique, à l'ancien président en ces termes. Toni Morrison a apporté publiquement son soutien à Barack Obama lors de l'investiture démocrate puis pour sa campagne aux élections présidentielles de 2008 et 2012[12],[17]. Le président Barack Obama la décore par ailleurs de la Médaille pour la Liberté fin 2012[17].

Opéras[modifier | modifier le code]

  • 1986 : Dreaming Emmet

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • 1970 : The Bluest Eye (Holt, Rinehart & Winston). L'œil le plus bleu, 1994
  • 1973 : Sula (Knopf). Sula, 1992
  • 1977 : Song of Solomon (Knopf). Le Chant de Salomon, 1996
  • 1981 : Tar Baby (Knopf). Tar Baby, 1996
  • 1987 : Beloved (Knopf). Beloved, 1989
  • 1992 : Jazz (Knopf). Jazz, 1998
  • 1994 : Paradise. Paradis, 1998
  • 2003 : Love. Love, 2004
  • 2008 : A Mercy. Un don, 2009
  • 2012 : Home (Knopf). Home, 2012 (ISBN 978-2-267-02383-1)

Essais[modifier | modifier le code]

  • 1992 : Playing in the Dark-Whiteness and the Literary Imagination (Harvard University Press)
  • 1992 : Racing Justice, Engendering Power: Essays on Anita Hill, Clarence Thomas and the Others on the Constructing of Social Reality (Chatto and Windus)

Littérature pour enfants (avec Slade Morrison)[modifier | modifier le code]

Des livres cosignés avec son fils Slade Morrison.

  • 2003 La Cigale ou la fourmi (Who's Got Game ?: The Ant or the Grasshopper), fable adaptée d'Ésope et illustrée par Pascal Lemaître,
  • 2003 Le Lion ou la souris (Who's Got Game ?: The Lion or the Mouse?)

Article de presse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Au Louvre, Toni Morrison invite l'"Étranger" à se forger sa culture - 20Minutes.fr, information en continu.
  2. Universalia, Encyclopaedia universalis France, 1994
  3. Propos traduits de l'anglais: « who in novels characterized by visionary force and poetic import, gives life to an essential aspect of American reality. » (source: Site officiel de la Fondation Nobel, in "Nobelprize laureates for literature", partie consacrée à Toni Morrison (1993)
  4. « About the Artist », SladeMorrison.com (consulté le 14 mai 2011)
  5. Toni Morrison sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  6. a, b et c « Critique d'"Un don" de Toni Morrison », Le Magazine littéraire,‎ 6 avril 2009 (lire en ligne)
  7. Claude Le Fustec, « Le réalisme magique : vers un nouvel imaginaire de l’autre? », Amerika, revue de littérature américaine,‎ février 2010 (lire en ligne)
  8. Œuvre de Toni Morrison sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 07 novembre 2013.
  9. Biographie de Toni Morrison sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 07 novembre 2013.
  10. a, b, c et d « Toni Morrison » sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  11. a, b, c et d « Reconstruire une identité bafouée » sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  12. a, b et c Philippe Coste, « Toni Morrison : "En France, on ne m'aurait jamais donné un job" », L'Express,‎ 23 avril 2009 (lire en ligne)
  13. Philippe Boulet-Gercourt, « "Home", voyage dans l'Amérique raciste », Le Nouvel Observateur,‎ 3 septembre 2012 (lire en ligne)
  14. Traduction de l'anglais: « it's off-putting to some readers, who may feel that I'm involved in writing some kind of feminist tract. I don't subscribe to patriarchy, and I don't think it should be substituted with matriarchy. I think it's a question of equitable access, and opening doors to all sorts of things. » (en) Jaffrey Zia, « The Salon Interview with Toni Morrison », Salon.com,‎ 2 février 1998 (lire en ligne)
  15. Propos traduit de l'anglais: « the First black president », « Clinton displays almost every trope of blackness: single-parent household, born poor, working-class, saxophone-playing, McDonald's-and-junk-food-loving boy from Arkansas. » (source: "Clinton as the first black President," The New Yorker, octobre 1998, accessible depuis février 2007
  16. Page=/Nation/archive/200110/NAT20011001e.html "Congressional Black Caucus," CNSNews.com, octobre 2001
  17. a et b Philippe Boulet-Gercourt, « Toni Morrison, star de la rentrée », Le Nouvel Observateur,‎ 26 septembre 2012 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]