Grand Jeu (géostratégie)

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Les Russes à Ispahan

Le Grand Jeu renvoie à la rivalité coloniale entre la Russie et la Grande-Bretagne en Asie au XIXe siècle, qui a amené entre autres à la création de l'actuel Afghanistan comme État tampon. Ce fut une caractéristique stratégique des luttes d'influence entre l'Empire russe et l'empire britannique, de 1813 à la convention anglo-russe de 1907. L'Asie centrale était alors un « ventre mou », encore indépendant au début du XIXe siècle de toute métropole coloniale.

L’expression apparaît dans le roman Kim, publié en 1901 par Rudyard Kipling[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Même si le terme de « Grand Jeu » n'apparaît qu'avec le roman Kim, les stratégies géopolitiques qu'il désigne existaient bien avant. Sources pour l'historique[2].

Prémices[modifier | modifier le code]

Pierre Ier de Russie est le premier Tsar qui tenta d'accéder directement aux ressources minières de l'Asie centrale, notamment celles situées près des rives de l'Oxus (Amou-Daria) et connues dès l'Antiquité (par exemple pour le lapis-lazuli). Khiva est une ville sur l'Oxus où régnait un Khan auquel Pierre Ier proposa d'assurer la sécurité personnelle et l'hérédité du trône pour ses descendants, en échange de privilèges commerciaux pour les Russes et de protection des caravanes contre les tribus turkmènes qui les pillaient. Sous ce prétexte, Pierre envoya une expédition lourdement armée en avril 1717 commandée par le prince Bekovitch. Après une avancée difficile dans le désert, où beaucoup d'hommes périrent de soif, Bekovitch arriva enfin à Khiva où le Khan lui fit un accueil apparemment chaleureux, tout en n'étant pas dupe. Il accepta de loger Bekovitch et ses hommes mais à l'entrée de la ville. Bekovitch accepta pour ne pas froisser son hôte. C'était une ruse, le Khan attaqua dans la nuit et seuls 40 Russes échappèrent au massacre. Khiva sauva ainsi son indépendance et la conserva encore un siècle et demi avant d'être finalement absorbée par l'Empire russe.

Un des premiers Britanniques à se mettre en travers des ambitions russes fut Henry Dundas. En 1798, une rumeur courait selon laquelle Napoléon voulait conquérir les l’Indes après son débarquement en Égypte et en Syrie. Puissance continentale, l'empire russe cherchait, au XIXe siècle, à poursuivre ses progrès autour de la mer Noire et vers le Caucase, initiés depuis la fin du XVIIIe siècle au détriment de l'Empire ottoman (voir les traités de Koutchouk-Kaïnardji-1774, Jassy-1794, Bucarest-1812, Andrinople-1829 et Constantinople-1832) et de la Perse (voir la guerre irano-russe de 1804-1813). Parallèlement les tsars avancèrent à travers la Sibérie jusqu'au Pacifique et vers l'Asie centrale. Ces conquêtes, la libération des peuples chrétiens des Balkans du joug ottoman et les visées russes vers les Détroits, accès à la Méditerranée, furent considérés comme une menace pour l'Empire britannique, première puissance maritime du monde et alliée de la Turquie.

XIXe siècle et début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'Empire britannique cherchait à étendre l’Empire des Indes, et y protéger ses intérêts. Une course pour la suprématie commença entre ces grandes puissances. Ainsi de 1813 à 1907 (mise en place de la Triple-Entente), l'Angleterre et la Russie deviennent ennemies, mais ne s'affrontent jamais directement (mis à part l'unique épisode de la guerre de Crimée). Au fil des années, les frontières des deux empires se rapprochent de plus en plus dans le Pamir notamment, avec l'avancée russe en Asie centrale et l'avancée des Britanniques au nord des Indes, obligeant les deux empires à définir leurs frontières au début du XXe siècle, en ménageant entre eux l'indépendance d'un « état-tampon » (l'Afghanistan) qui s'explique aussi par la farouche résistance des tribus locales dans un environnement montagneux difficile à contrôler.

Avide de symboles, la presse croqua tout au long du XIXe siècle des dessins satiriques mettant en scène l'ours russe, le lion de la couronne d'Angleterre, le sultan ottoman en homme malade de l'Europe et le chat (Shah) perse.

L'Iran sous la dynastie Kadjar.

Le « Grand Jeu » dans un sens plus large s'applique aussi à la situation en Extrême-Orient, où les puissances occidentales profitent de la faiblesse temporaire de la Chine, alors très divisée, et se concurrencent mutuellement. Effet secondaire de cette situation, l'indépendance du Tibet est reconnue par les Britanniques le 7 septembre 1904 au traité de Lhassa signé dans le palais du Potala entre le représentant britannique et le gouvernement tibétain[3], mais cette indépendance ne durera qu'un demi-siècle avant que les Chinois n'y reviennent en force, tandis que celle de l'autre état vassal de la Chine, la Mongolie, sera reconnue en 1911 par les Chinois eux-mêmes sur deux-tiers du pays (la République de Mongolie) seul le dernier tiers (Mongolie-intérieure) restant chinois.

La défaite russe pendant la guerre russo-japonaise en 1905, où l'Angleterre soutenait le Japon, marque le déclin de la puissance russe, qui ne tiendra pas le choc de Première Guerre mondiale et s'effondrera lors de la révolution de février 1917, confisquée au bout de huit mois par le coup d'état bolchévik, l'Allemagne ayant financé le retour de Lénine en Russie en échange de la paix à l'Est (traité de Brest-Litovsk). Après la fondation de l’URSS, le « Grand jeu » devient triangulaire avec trois pôles : un pôle libéral issu de l'« Entente » qui donnera les « Alliés » occidentaux, un pôle communiste dont l’URSS est le pivot (son premier « état satellite » est la Mongolie dès 1924) et un pôle nationaliste et raciste (principalement fasciste, nazi et grand-nippon) qui donnera l’« Axe ». Ces trois pôles s'affrontent entre autres au travers de la guerre civile espagnole et de la Seconde Guerre mondiale, au début de laquelle le premier se trouve d'abord isolé (au point qu'entre fin juin 1940 et fin juin 1941 l'Angleterre est le seul pays Allié encore libre) jusqu'à ce que l'attaque allemande contre l'URSS et l'attaque japonaise contre les États-Unis changent l'équilibre du « Grand Jeu » en mettant du même côté les ressources des empires coloniaux britannique et français, les masses humaines de l'Armée rouge et la haute productivité de l'industrie nord-américaine.

« Grand Jeu » et « Guerre froide »[modifier | modifier le code]

Après la victoire des Alliés qui marque l'élimination militaire, sinon idéologique du « pôle nationaliste », le « Grand Jeu » se joue entre les vainqueurs, entre l'URSS et ses satellites auxquels se joignent en 1949 la Chine et en 1953 Cuba, et le « pôle libéral » : cet affrontement géopolitique porte la dénomination de « Guerre froide », est marqué sur le terrain par des frontières fortifiées et très contrôlées appelées « Rideau de fer » et localement, « Mur de Berlin », et se manifeste à travers le monde, notamment pendant et après la décolonisation, par un grand nombre de guerres localisées, coups d'état, mise en place de dictatures de droite et de gauche, mouvements de guérilla, guerres civiles soutenues par l'un ou l'autre « camp », où s'impliquent activement la CIA et le KGB, et dont les exemples les plus connus sont la guerre du Vietnam, la guérilla du « Che » Guevara en Bolivie, le renversement du Négus en Éthiopie et de Salvador Allende au Chili, les guerres en Afghanistan en bien d'autres (voir Chronologie de la guerre froide). Ces affrontements drainent, au détriment du développement et de la coopération internationale d'immenses ressources naturelles, scientifiques, technologiques, intellectuelles et en vies humaines. Les théâtres d'opérations, notamment africains et sud-asiatiques, en sortent exsangues, instables, fertiles en mouvements extrémistes, privés d'infrastructures leur permettant de profiter de leurs propres ressources, constellés de mines anti-personnel qui continuent à tuer, et affectés d'une émigration endémique notamment des personnes les plus instruites.

Il faut noter qu'à partir de 1970 la Chine communiste s'éloigne du bloc de l'Est et mènera sa propre politique, devenant de plus en plus une rivale de l'URSS.

Le « Grand Jeu » dans la géopolitique mondiale depuis 1990[modifier | modifier le code]

Après l’éclatement de l’URSS, le « Grand Jeu » continue, cette fois avec quatre « pôles » et des enjeux pétroliers, entre toujours le « pôle libéral » abusivement qualifié d’« Occident » (dont les États-Unis et l'Union européenne sont les pivots, mais qui comprend aussi l'Australie, l'Amérique latine, la Corée du Sud, Israël, le Japon, la Nouvelle-Zélande...), le « pôle ex-soviétique » (la CEI) devenu nationaliste, le « pôle chinois » (économiquement très actif en Afrique, Europe de l'Est, Amérique du Sud et Océanie) et le « pôle théocratique » présent dans le monde entier à travers des mouvements, des ONG, des missionnaires et des organisations politico-religieuses multiples (dont les pivots sont l'État du Vatican pour l'église catholique, le « Bible belt » américain pour les missionnaires néo-protestants très actifs notamment partout où il reste des peuples animistes, l'Iran pour les mouvements chiites et les états de la Péninsule Arabique pour les mouvements sunnites).

On parle parfois d'un « Nouveau grand jeu » pour indiquer la lutte d'influence contemporaine entre les États-Unis et la Russie en Asie[4].

Le « Grand Jeu » a été réactivé par les conflits socio-ethniques des années 1992-1993, consécutifs à la dislocation de l'URSS et de la Yougoslavie, surtout en Bosnie, au Kosovo, en Moldavie, dans le Caucase et en Asie centrale ex-soviétique (l'Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan se trouvant confrontés à de graves problèmes économiques et politique avec la chute de la zone rouble en 1993, la fin des subventions de Moscou et l'afflux de pétrodollars assortis d'idéologies religieuses visant à ré-islamiser ces pays laïcs où la pratique religieuse est faible[5]), et qui provoquent une guerre civile au Tadjikistan (1992-1997) et des massacres en Ouzbékistan. La Russie laisse donc dans une certaine mesure la place à l'influence de la Turquie, elle aussi laïque mais alliée des États-Unis, qui cherchent à prendre pied dans la région. L'Iran, inquiet de cette influence à tendance laïque, entre en scène.

Dans ce contexte, en 1997, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président des États-Unis Jimmy Carter, publie Le Grand Échiquier qui prône une version du « Grand Jeu » adaptée au XXIe siècle, visant à « contenir » tant la Russie, que la Chine et l'islamisme (cf. aussi en:New Great Game).

La politique américaine, souvent imbriquée avec des intérêts privés pétroliers, se trouve dans une position ambiguë qu'illustre la situation en Afghanistan. Les États-Unis soutiennent d'abord les talibans[6], puis changent peu à peu d'orientation à partir de 2000 et surtout après les attentats du 11 septembre 2001.

Les Américains refusent toutefois d'abandonner leur unilatéralisme, et s'apprêtent à intervenir en Irak, ce qui provoque de la part de la Russie la création avec la Chine et les pays de l'Asie centrale de l'Organisation de Coopération de Shanghai. Le « Grand Jeu », qui aurait pu être évité par un renforcement de la lutte anti-terroriste commune entre Américains et Russes, est donc réactivé en 2002-2003[7].

La position de la Russie s'explique selon leur nouvelle représentation stratégique qui s'élabore à la fin des années 1990. L'incapacité des organisations internationales à gérer les crises, et surtout la vision unipolaire et néo-conservatrice de l'administration Bush qui instrumentalise les nouveaux entrants dans l'Union européenne (discours sur la Vieille Europe de Donald Rumsfeld et Dick Cheney), avec l'affaire des boucliers anti-missiles, ainsi que la position américaine vis-à-vis de l'Irak et de l'Iran, déterminent les Russes à réintroduire la « Grand Jeu » dans leur relation avec l'Occident. À Moscou, l'idée d'un consensus global et d'un rapprochement entre la Russie et l'Occident, avec ses modèles sociaux et politiques, est enterrée : place au nationalisme, à la soviéto-nostalgie, à l'affrontement, à une gouvernance autoritaire, à une presse aux ordres, à l'assimilation de tout ce qui vient de l'Ouest au « fascisme ». C'est la nouvelle ligne, que les experts qualifient de pessimisme stratégique poutinien[8].

Cette persistance du « Grand Jeu » va de pair avec le succès, dans beaucoup d'instances dirigeantes et d'académies militaires, économiques et politiques, de l'idée, popularisée par le politologue Samuel Huntington, que le monde serait le théâtre d'un « choc de civilisations » opposées, campées chacune sur un continent, idée combattue par l'économiste Joseph Stiglitz[9] selon lequel, s'il y a bien un choc de civilisations sur notre planète mondialisée, il n'est pas tant géopolitique ou militaire, que social et individuel : c'est à l'intérieur de chaque société, et dans la mentalité de chaque citoyen que se télescopent des visions du monde, des ressources et de l'« autre » héritées de l'Antiquité, du Moyen Âge, du XIXe siècle ou plus modernes, avec les différents modèles familiaux, identitaires, économiques, sociaux et politiques qui en sont issus, et qui se confrontent dans l'arène politique et culturelle, dégénérant parfois en guerres civiles.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Le roman Kim de Rudyard Kipling raconte la vie d'un espion, Kimball O'Hara, à la solde de l'Angleterre durant le Grand Jeu. Ce roman a pu être été l'une des sources d'inspiration de l'écrivain Ian Fleming, créateur du personnage de James Bond.

Dans les arts visuels, la guerre anglo-afghane est largement représentée, notamment par Elizabeth Thompson, Lady Butler, ou du côté russe par Vassili Verechtchaguine.

Au cinéma, Les Lanciers du Bengale, Gunga Din, Les 55 Jours de Pékin, La Charge de la brigade légère ou L'Homme qui voulut être roi marquent les esprits à l'Ouest, tandis qu'en U.R.S.S. c'est plutôt Le Soleil blanc du désert. Dans la série des James Bond , le « Grand Jeu » ne se joue plus selon le schéma classique « Empire britannique versus URSS » conforme à la vision de Samuel Huntington, mais selon le schéma « MI-16 allié à la CIA et au KGB ou au MSS chinois, contre le « Spectre », organisation mafieuse et terroriste internationale, et contre divers autres trafiquants, entrepreneurs et magnats de presse mégalomanes, qui incarnent l'ennemi, illustrant le vœu des scénaristes de voir les États lutter ensemble contre les abus et les appétits d'acteurs économiques sans scrupules[10], conformément à la vision de Joseph Stiglitz[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Xavier Raufer, « Caucase, Asie centrale : la zone des tempêtes », numéro spécial de Notes et stratégies, novembre 1995, p. 4
  2. Alexandre de Marenches (dir.) Atlas géopolitique, éd. Stock 1988, ISBN 2-7242-4325-0 ; Yves Lacoste (dir.) Dictionnaire géopolitique, Flammarion 1993-ISBN 2-08-035101-X ; André et Jean Sellier (dir.) série des Atlas des Peuples, éd. La Découverte : « Europe occidentale » : 1995-ISBN 2-7071-2505-9, « Europe centrale » : 1992-ISBN 2-7071-2032-4, « Orient » : 1993-ISBN 2-7071-2222-X, « Asie » : 2001-ISBN 2-7071-3556-9, « Afrique » : 2003-ISBN 2-7071-4129-1 et « Amérique » : 2006-ISBN 2-7071-4820-2 ; Gérard Chaliand (dir.), Atlas du nouvel ordre mondial, Robert Laffont 2003, ISBN 2-221-10039-5, Virginie Raisson, Frank Tétart, Jean-Christophe Victor (dir.), série Le dessous des cartes, Arte-éditions/Tallandier, « Atlas géopolitique » 2005-ISBN 2-84734-234-6, « Atlas d'un monde qui change » 2007-ISBN 978-2-84734-466-0 et « Itinéraire géopolitique » 2011-ISBN 978-2-84734-823-1.
  3. Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, 1997, Fayard, p. 235. ISBN 978-2-213-59502-3
  4. Jacques Sapir, op.cité p. 162.
  5. Jacques Sapir, op.cité p. 162 sq.
  6. Madeleine Albright parle de « pas positif » lorsque les talibans prennent Kaboul en 1996, cf Le Grand Jeu op. cité.
  7. "La politique américaine peut ainsi se résumer en un refus de la main tendue par les Russes dans cette région si critique pour la stabilité de la masse continentale euro-asiatique. Si un retour au Grand Jeu semble pouvoir être évité en 2002, dès l'été 2003, il était devenu évident qu'il n'en serait rien". cf Jacques Sapir, op. cité p. 169.
  8. Jacques Sapîr, op.cité, p. 169 sq.
  9. Joseph Stiglitz: La grande désillusion, Plon 2002 et Livre de Poche, 2003
  10. Tony Bennett et Janet Woollacott, Bond and Beyond : the Political Career of a Popular Hero, éd. Les escoumins, Quebec, Canada, Jean-Michel Tremblay, 1986, 256 p. ; Steven J. Rubin, The Complete James Bond Movie Encyclopedia, Contemporary Books, 1990, 467 p. Françoise Hache-Bissette (dir.), Fabien Boully (dir.) et Vincent Chenille (dir.), James Bond (2)007 : anatomie d'un mythe populaire, Belin, coll. "Histoire et société", 2007, 397 p., ISBN 978-2-7011-4656-0 et James Bond 007 : figure mythique, Paris, Autrement, 2008, 185 p., ISBN 978-2-7467-1188-4.
  11. Joseph Stiglitz : Principes d'économie moderne, De Boeck, 1999 et 2004 et Aux frontières de l’économie du développement (avec Gerhard Meier).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Sapir (dir.) et Jacques Piatigorsky (dir.), Le Grand Jeu, enjeux géopolitiques de l'Asie centrale, éditions Autrement, Paris, 2009
  • Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier, Hachette, Paris, 2000
  • Le grand jeu, Officiers espions en Asie Centrale, Peter Hopkirk, Essai (broché). Paru en 05/2011

Titre original : The Great Game, The Struggle for Empire in Central Asia, May 15, 1992, Kodansha Globe

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]