Thomas Edward Lawrence

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lawrence.
T. E. Lawrence
Lawrence en uniforme de l'armée britannique (1918).
Lawrence en uniforme de l'armée britannique (1918).

Surnom Lawrence d'Arabie, El Aurens
Naissance 16 août 1888
Tremadoc, Caernarfonshire, Pays de Galles
Royaume-Uni
Décès 19 mai 1935 (à 46 ans)
Camp de Bovington, Wareham, Dorset
Royaume-Uni
Origine Britannique
Allégeance Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Flag of Hejaz 1917.svg Royaume du Hedjaz
Arme Flag of the British Army.svg Armée de terre britannique
Ensign of the Royal Air Force.svg Royal Air Force
Grade Colonel, aicraftman
Années de service 19141918
19231935
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes Grande révolte arabe de 1916-1918 :
Distinctions Compagnon de l'Ordre du Bain
Ordre du Service distingué
Chevalier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1914-1918

Thomas Edward Lawrence CB DSO, dit Lawrence d’Arabie, né à Tremadoc, Caernarfonshire, dans le Nord du Pays de Galles le 16 août 1888 et mort près de Wareham (Dorset) le 19 mai 1935, est un archéologue, officier, aventurier, espion et écrivain britannique[1].

T. E. Lawrence accéda à la notoriété en tant qu’officier de liaison britannique durant la Grande révolte arabe de 1916 à 1918[2]. L’écho que connut son action pendant ces années est dû tant aux reportages du journaliste américain Lowell Thomas qu’à son autobiographie Les Sept Piliers de la sagesse[1]. Le caractère aventureux de sa vie et de sa carrière militaire, ainsi que le talent littéraire dont il fit preuve pour les décrire, ont assuré sa postérité en Occident comme dans le monde arabe.

Lawrence d’Arabie, le film réalisé par David Lean en 1962 avec Peter O'Toole dans le rôle de Lawrence, a rencontré un immense succès et remporté sept oscars.

La gloire et les mérites autoproclamés de T. E. Lawrence ne doivent pas faire oublier qu'il fut très contesté. Le lieutenant-colonel Brémond, chef de la mission française au Hejaz, dont le rôle d'appui à la révolte arabe au côté des Anglais est quelque peu oublié[3], le qualifie de : « indiscipliné », « insolent », « tenue négligée », affirme qu'il « parle un arabe plus qu'approximatif », « dilapide le trésor de Sa Majesté pour soudoyer les tribus », « méprise les Arabes », « est viscéralement francophobe »... et que nombre des exploits qu'il relate sont sur-estimés.

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Ses parents sont d’ascendance anglaise et irlandaise. Son père, Thomas Chapman, 7e baronnet, de Westmeath, en Irlande, avait quitté sa femme pour vivre avec la gouvernante de ses filles, Sarah Junner, qui portait aussi le nom de son père illégitime, Lawrence[4]. Thomas Edward Lawrence est le deuxième de leurs cinq fils. Ils habitèrent un temps Dinard, en France, puis séjournèrent à Langley, près de la New Forest avant de se fixer à Oxford.

Lawrence étudie au Jesus College à Oxford et se passionne pour l'histoire. Durant les étés 1907 et 1908, il parcourt la France à bicyclette et visite des forteresses médiévales (Château Gaillard, Coucy, Provins, Avignon, Aigues-Mortes, Carcassonne, Bonaguil, Châlus, Chinon, Fougères,...), et la cathédrale de Chartres. En 1909, il voyage au Liban et en Syrie pour étudier les châteaux bâtis par les Croisés. Il parcourt plus de 1 000 miles à pied en trois mois. Au cours de son périple, il aura pu admirer le Krak des Chevaliers, Safitha, le Margat et le Sahyoun. De retour en Angleterre, il obtient son diplôme avec mention après avoir rédigé une thèse sur L’Influence des croisades sur l’architecture militaire européenne à la fin du XIIe siècle (The Influence of the Crusades on European Military Architecture - To the End of the 12th Century)[5]. Cette thèse est en fait un mémoire qui établit que les Croisés ont implanté dans les défenses castrales de leurs États le donjon roman à quatre faces conçu en Europe mais sans ajouter de contreforts comme c'était souvent le cas en France durant le XIIe siècle, mais plutôt en plaçant ce que l'on appelle des pierres à bossage (demi-sphères en relief qui permettent de dévier les projectiles et quartiers de roc projetés par les mangonneaux). La grande différence tenait au fait qu'en Occident on séparait encore les étages par des planchers en bois, alors qu'au Levant il fallut immédiatement faire des plafonds en pierre, du fait de la rareté du bois, ce qu'a très bien montré Lawrence, comme le rappelle François Sarindar en faisant l'analyse de ce travail d'étudiant.

Un temps, Lawrence songea à accepter un poste d'enseignant sur la poterie médiévale, mais abandonna rapidement cette idée et préféra occuper un poste d’archéologue au Moyen-Orient. En décembre 1910, il part pour Beyrouth, puis Jbail (Byblos), où il apprend l'arabe auprès des enseignantes de l'American Mission School. Il participe ensuite aux fouilles de Karkemish près de Jerablus, au sud de l’actuelle Turquie, sous les ordres de D. G. Hogarth et R. Campbell-Thompson. Un archéologue promis à un brillant avenir, Leonard Woolley, qui se fera connaître par la suite grâce à la découverte d'Ur, en Chaldée, partagera un peu plus tard avec lui la joie des découvertes.

À la fin de l’été 1911, il retourne au Royaume-Uni pour un bref séjour et revient dès novembre au Moyen-Orient afin de travailler brièvement avec Williams Flinders Petrie à Kafr Ammar en Égypte. Il retourne à Karkemish travailler avec Leonard Woolley, continue de visiter régulièrement le Moyen-Orient afin d’y mener des fouilles jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Ses nombreux voyages en Syrie, sa vie partagée avec les Arabes, à porter leurs vêtements, apprendre leur culture, les rudiments de leur langue et de leurs dialectes, allaient s’avérer des atouts inestimables durant le conflit.

En janvier 1914, sous couvert d’activités archéologiques, Woolley et Lawrence sont envoyés par l’armée britannique en mission de renseignements dans la péninsule du Sinaï. Lawrence visite notamment Aqaba et Pétra. De mars à mai, Lawrence retourne travailler à Karkemish. Après l’ouverture des hostilités en août 1914, sur le conseil de S. F. Newcombe, Lawrence décide de ne pas s’engager immédiatement. Il attend octobre pour le faire car la Grande-Bretagne entend ne pas provoquer la Turquie. Elle attend que cette dernière entre dans le conflit.

La Révolte arabe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande révolte arabe de 1916-1918.
Soldats (« Irregulars ») de l'émir Fayçal sur des dromadaires en 1917
T. E. Lawrence, Sir Herbert Samuel et l'émir Abdullah à l'aérodrome d'Amman en 1921

Une fois engagé, il est nommé au Caire, où il travaille pour les services de renseignements militaires britanniques. Sa très bonne connaissance des Arabes en fait un agent de liaison idéal entre les Britanniques et les forces arabes. En juin 1916, il est envoyé dans le désert afin de rendre compte de l’activité des mouvements nationalistes arabes. Durant la guerre, il combat avec les troupes arabes sous le commandement de Fayçal ibn Hussein, un fils d'Hussein ibn Ali (chérif de La Mecque) qui mène une guérilla contre les troupes de l’Empire ottoman[6]. La contribution principale de Lawrence à l’effort britannique consiste à convaincre les Arabes de coordonner leurs efforts afin d’aider les intérêts britanniques. Il persuade notamment les Arabes de consolider leurs positions sur les côtes du Hedjaz, à Rabigh et Yenbo, et de ne pas chasser tout de suite les Ottomans de Médine, forçant ainsi les Turcs à conserver de nombreuses troupes pour protéger la ville. Les Arabes harcèlent le chemin de fer du Hedjaz qui approvisionne Médine, immobilisant davantage de troupes ottomanes pour protéger et réparer la voie et empêchant ainsi l'ennemi de disposer de renforts contre les Anglais dans le Sinaï puis en Palestine. En 1917, après la prise d'El Ouedj, la route du nord s'ouvre à Fayçal et à ses hommes. Lawrence organise une action commune entre les troupes arabes et les forces de Auda Abu Tayi, chef des Howeitat, jusqu’alors au service des Ottomans, contre le port stratégique d’Aqaba, et ce sans prendre l'avis de l'État-major anglais du Caire qui a déjà organisé une opération amphibie pour tenter de s'emparer de la place mais qui ne pouvait espérer la conserver si l'on ne prenait pas en même temps le contrôle de la voie menant d'Aqaba à Maan où stationnait une importante garnison ottomane. La nouveauté, ici, c'est que Lawrence n'a pas accepté de suivre la logique de Fayçal, qui préférait, comme Aouda, une opération combinée terre-mer, à l'exemple de ce qui s'était passé pour la prise d'El-Ouedj, et l'idée de Lawrence a été de ne venir que par l'intérieur des terres, ce qui a créé la surprise, et une surprise totale (les travaux de J. Wilson et F. Sarindar montrent que Lawrence a su trouver le moyen de convaincre Fayçal et Aouda). De fait, le 6 juillet 1917, Aqaba tombe aux mains des Arabes. En novembre, Lawrence échoue dans sa tentative de faire sauter à la dynamite l'important viaduc de Tell el-Shehab, sur le Yarmouk, affluent du Jourdain. Un peu plus tard, il aurait été appréhendé par les Turcs à Deraa alors qu’il menait une mission de reconnaissance déguisé en Arabe. Il ne semble pas être reconnu, bien que sa tête ait été mise à prix. Il aurait fait l'objet de sévices mais serait parvenu malgré tout à s’échapper. Notons cependant que de nombreux biographes ont émis des doutes à propos de cette capture par les Turcs et des violences physiques et sexuelles que Lawrence aurait endurées (Richard Aldington, Suleiman Moussa, Desmond Stewart, François Sarindar, chacun pour des raisons différentes). Un an plus tard, le 1er octobre 1918, Lawrence participe à la prise de Damas, libérée par des troupes anglo-australiennes, après avoir aidé à remporter l'une des seules batailles rangées livrées par les Bédouins à Tafilah puis avoir talonné les colonnes turques en retraite.

Lawrence porte le costume arabe, monte à chameau, adopte nombre de coutumes locales et devient bientôt proche du prince Fayçal. Vers la fin de la guerre, il cherche sans succès à convaincre ses supérieurs de l’intérêt de l’indépendance de la Syrie pour le Royaume-Uni et notamment par le détournement des Arabes des seuls principes religieux pour l'investissement dans une logique politique à la façon des États modernes (« Il était bon, pour la Révolte arabe, d'avoir à changer sitôt de caractère au cours de sa croissance. Nous avions travaillé désespérément à labourer un sol en friche, tentant de faire croître une nationalité sur une terre où régnait la certitude religieuse, l'arbre de certitude au feuillage empoisonné qui interdit tout espoir[7]. »). Néanmoins, il ne soutenait pas le projet du chérif Hussein de La Mecque de créer un grand royaume arabe comprenant le Hedjaz, la Jordanie, l'Irak et la Syrie. Pour lui, chacun de ces États devait être enfermé dans ses frontières propres : c'était l'intérêt des Britanniques de morceler le Moyen-Orient, même si, dans la logique de Lawrence, la Syrie devait acquérir une réelle indépendance. En juillet 1920, la colonne française du général Mariano Goybet, précédant le général Henri Joseph Eugène Gouraud, bat les troupes chérifiennes à Meissaloun et chasse Fayçal de Damas, brisant l’espoir de Lawrence de libérer durablement la Syrie, même si lui-même au fond reconnut plus tard que « ... si nous gagnons la guerre, les promesses faites aux Arabes seraient un chiffon de papier... »[8], faisant allusion aux accords secrets Sykes-Picot.

Pour ses actions d'éclat au cours du premier conflit mondial le lieutenant-colonel Lawrence reçut les distinctions suivantes :

L’après-guerre[modifier | modifier le code]

Lawrence sur sa motocyclette Brough Superior SS100

Dans l’immédiat après-guerre, Lawrence travailla pour le Foreign Office et assista à la conférence de paix de Paris entre janvier et mai 1919 en tant que membre de la délégation de Fayçal. Il fut ensuite conseiller de Winston Churchill au Colonial Office jusque vers la fin de 1921. C'est lui qui obtint, avec son amie l'orientaliste Gertrude Bell, que la couronne d'Irak fût remise à Fayçal, qui venait de perdre le trône de Syrie.

En 1922, il mit fin à sa carrière de conseiller politique pour les affaires proche-orientales et contracta un engagement comme simple soldat dans la Royal Air Force, mais des journalistes ayant appris le fait il dut, à son grand regret, la quitter.

Sous le pseudonyme de « Shaw », il s’engagea en 1923 dans le Royal Tank Corps. Cet engagement ne lui plaisant pas, il fit de multiples demandes pour rejoindre la RAF et cela lui fut finalement accordé en août 1925. À la fin de l’année 1926, il fut assigné à une base en Inde où – envoyé en mission secrète, à Miramshah, à la frontière afghane dans une zone instable – il surveilla les partisans de l'ancien califat ottoman. Officiellement, il ne bougea point de la base alors qu'à la même époque, un certain « Pir Karam Shah », un saint homme, fait son apparition dans la zone pachtoune de la frontière et prêche contre le roi Amanullah Khan d'Afghanistan. Bien des témoins accusèrent ce dernier d'être Lawrence déguisé en Afghan, et il aurait été reconnu par des Occidentaux. L'information fait la une des journaux européens, américains, et, bien sûr, bolchéviks. Face à l'importance de ce scandale naissant, les Britanniques prétendirent que ces rumeurs étaient infondées mais rapatrièrent Lawrence en 1929. Aujourd'hui encore, il existe deux versions de l'histoire : l'une, pro-britannique, qui prétend que Lawrence, qui se faisait appeler "Shaw", n'était qu'un soldat de la RAF, et l'autre le contraire. On peut se poser la question : « Pourquoi le colonel Lawrence a-t-il accepté d'aller dans une zone hostile aux Britanniques et à lui-même avec un pseudonyme et un grade subalterne ? » Seule réponse possible : « il avait une mission particulière dans la région ». Reste le fait que, après sa guerre contre l'Empire ottoman, Lawrence abandonna son grade, son nom, et refusa toute responsabilité au sein de l'armée pour servir comme simple mécanicien.

Par la suite, il travailla à la mise au point de canots à grande vitesse pour le sauvetage des pilotes d'hydravion tombés en mer, au sein de la base RAF de Plymouth (« Air Sea Rescue »). Il faut dire qu'en février 1931, il vit de ses yeux un Iris Blackburn, le S238,crasher en mer, et cela, comme l'explique F. Sarindar, lui rappela la mort de son frère William le 23 octobre 1915 alors qu'il effectuait une reconnaissance en avion et que l'engin avait disparu en mer, et c'est ainsi que Thomas Edward s'intéressa à la conduite de vedettes rapides en suivant également de près leur construction (l'auteur rappelle aussi à cette occasion que le grand-père maternel de Lawrence, John, était charpentier de marine). Il dut quitter à regret l’armée à la fin de son contrat en mars 1935.

Quelques semaines plus tard, il périt des suites d’un accident de moto à deux pas de son cottage de Clouds Hill dans le Dorset, à l'âge de 46 ans.

Le théoricien de l'insurrection[modifier | modifier le code]

Portrait de T. E. Lawrence par Augustus John, National Portrait Gallery, Londres.

Au-delà du mythe, Lawrence d’Arabie reste l’un des officiers les plus influents dans le développement d’une doctrine insurrectionnelle au XXe siècle. En 1946, le général français Raoul Salan reçut le général vietnamien Võ Nguyên Giáp. Ce dernier sera vainqueur de la bataille de Diên Biên Phù, en mai 1954, lors de la guerre d'Indochine contre les Français. Le général Giap disait : « Lawrence combinait la sagesse, l’intégrité, l’humanité, le courage et la discipline avec l’empathie, soit l’aptitude à s’identifier émotionnellement aussi bien avec les subordonnés qu’avec les supérieurs. »

Pendant ces entretiens de 1946, Salan a été frappé par l’influence de Lawrence sur la pensée de Giap. Il a dit à Salan : « Les Sept Piliers de la sagesse de T. E. Lawrence est mon évangile du combat. Il ne me quitte jamais. »

L’essence de la théorie de la guérilla à laquelle se réfère Giap peut être trouvée à deux endroits. La première et la plus accessible est constituée par les nombreuses éditions des Sept Piliers de la sagesse, notamment le chapitre 33. La deuxième est un article portant le titre The Evolution of a Revolt, publié en octobre 1920 dans le Army Quarterly and Defense Journal. Toutes deux sont basées sur l’évaluation pratique et réfléchie par Lawrence de la situation à laquelle faisaient face les forces arabes dans la région du Hedjaz, au sein du désert saoudien, en mars 1917.

L’écrivain[modifier | modifier le code]

Thomas Edward Lawrence est l'auteur des Sept Piliers de la sagesse. Il eut également une correspondance fournie, notamment avec Edward Thurlow Leeds,Charles M. Doughty, D.G. Hogarth, George Bernard Shaw et son épouse Charlotte, Thomas Hardy et son épouse, Lionel Curtis, John Buchan, Siegfried Sassoon, Edward Elgar, Winston Churchill, Nancy Astor, Robert Graves et Edward Morgan Forster. Plusieurs recueils épistolaires furent publiés, dont certains furent expurgés par sa famille et par leurs éditeurs.

Il écrivit La Matrice (« The Mint »), le récit de ses expériences en tant que simple soldat dans la Royal Air Force, publié à titre posthume. Travaillant à partir de ses notes écrites lors de son service dans la RAF, Lawrence raconte la vie quotidienne des soldats et son envie de faire partie de la RAF.

Il traduisit aussi L'Odyssée d'Homère et Le Gigantesque, un roman français peu connu d'Adrien Le Corbeau[9].

Orientation sexuelle[modifier | modifier le code]

Selim Ahmed (Dahoum) photographié par Lawrence

Les Sept Piliers de la sagesse sont dédiés à « S. A. », avec un poème qui commence par :

I loved you, so I drew these tides of men into my hands
and wrote my will across the sky in stars
To earn you Freedom, the seven-pillared worthy house,
that your eyes might be shining for me
When I came[10].

Dans certaines éditions des Sept Piliers de la sagesse, la dernière ligne de ce poème est « When we came » (« Quand nous sommes arrivés »). L’édition de 1922 publiée à Oxford porte cependant « When I came ». Le poème complet est composé de quatre strophes.

L’identité de « S. A. » n’a jamais été élucidée. On a supposé que ces initiales correspondent à un homme, une femme, une nation ou une combinaison des précédents. « S. A. » pourrait être Selim Ahmed, surnommé Dahoum, un jeune Arabe qui travailla avec Lawrence dans un chantier archéologique avant la guerre et dont Lawrence aurait été très proche, mais on n'en a absolument pas la certitude. Dahoum mourut en 1918 du typhus. Cependant, certains, comme Jeremy Wilson, affirment[Qui ?] que Dahoum était seulement un ami très proche de Lawrence comme cela arrivait au XIXe siècle et au début du XXe siècle, ce qui impliquait souvent des contacts physiques, mais à caractère non sexuel.

Dans son livre[11], François Sarindar livre une autre interprétation : ce serait Sherif Aurens auquel Thomas Edward aurait dit adieu au moment de se séparer de son patronyme de Lawrence avec l'intention d'adopter sous peu de nouvelles identités (J. H. Ross, puis T. E. Shaw). Du coup, celui qui allait devenir le simple soldat Ross puis Shaw se serait adressé à S. A. comme à une personne extérieure à lui-même. Il faudrait y voir, avec la déception éprouvée par Thomas Edward à la suite de son échec pour obtenir une indépendance durable pour les Syriens, le rejet du nom sous lequel il avait agi pendant la guerre et en même temps celui d'une identité sous laquelle ses parents avaient caché leur concubinage, ce que Thomas Edward ne supportait pas. Rappelons que la mère de Lawrence, Sarah Maden, était elle-même la fille illégitime de John Lawrence, constructeur de bateaux, et l'on comprend alors pourquoi Thomas Edward a vraiment voulu se défaire de ce nom (Lawrence pour les Britanniques, et Aurens pour les Arabes, S.A. ou Sherif Aurens dans les Sept Piliers), un nom qui n'était pas celui de son père, Thomas Chapman, qui n'avait jamais pu divorcer d'Edith Hamilton Boyd, son épouse, et qui pour cette raison n'avait jamais pu donner son nom à Sarah et à leurs enfants. Mort des conséquences de l'épidémie de grippe espagnole qui sévit en Europe en 1919, Thomas Chapman a laissé une lettre culpabilisante qui faisait porter sur les épaules de ses fils une partie de la responsabilité de leur naissance bâtarde ("ce sont nos enfants possibles qui tourmentent notre chair", dira lui-même Thomas Edward qui, de fait, refusera toute sa vie de "donner la vie, cadeau douteux à une âme non encore née"), et ce document découvert après la disparition de son père a laissé sur Ned des traces durables : changement d'identité, désir de se faire punir dans sa chair par la flagellation (ce qui lui rappelait les fouettées reçues des mains de sa mère durant l'enfance), engagement comme simple soldat sous un nom d'emprunt dans l'espoir assez vain de connaître une renaissance dans une forme de vie anonyme. Dans cette hypothèse, S.A., bien sûr, ne serait pas Dahoum ou Selim Ahmed, mort en 1918, mais bien Lawrence lui-même, qui se serait amusé aux dépens de ceux qui chercheraient à percer l'identité de ce mystérieux personnage, mais qui aurait toutefois commencé à nous mettre sur la piste en écrivant à l'une de ses connaissances, son biographe Robert Graves, en marge d'un exemplaire de ce qui allait devenir Lawrence et les Arabes : "Vous avez pris mes paroles trop à la lettre, S.A. existe toujours, mais hors de portée de moi, car j'ai changé" (cf T.E. Lawrence to his biographer Robert Graves, Faber & Faber, London,1938, pp. 16–17). Cette nouvelle manière de penser les choses nous aiderait donc à aller nettement plus loin que John E. Mack n'avait pu le faire dans son ouvrage intitulé : Lawrence of Arabia, a Prince of our Disorder. Ce serait aussi une avancée, sur ce point précis, par rapport aux travaux très documentés de Jeremy Wilson, étrangement moins convaincant sur ce sujet.

Lawrence lui-même, peut-être pour masquer les pistes, a affirmé que « S. A. » était un personnage inventé. Cependant, dans plusieurs lettres, il cite « S.A. » et parle d'un arabe qu'il a particulièrement aimé et à qui il voulait faire cadeau de l'indépendance de son peuple[12].

De plus, certains passages[réf. à confirmer] des écrits de Lawrence sont clairement homo-érotiques et laissent à penser que Lawrence avait des goûts masochistes. Un jeune Écossais répondant au nom de John Bruce aurait déclaré lui avoir administré plusieurs fois des coups de cravache sur les fesses (il est intéressant de relire son témoignage dans Les Vies secrètes de Lawrence d'Arabie[13]). Déjà, enfant, il était régulièrement battu par sa mère, ce qui peut expliquer ce penchant. Ses tendances masochistes sont au moins un fait avéré et un point sur lequel tous les biographes de Lawrence sont d'accord : Knightley et Simpson, John E. Mack, Desmond Stewart, Michael Yardley, Malcolm Brown, Jeremy Wilson, Lawrence James, Michael Asher, André Guillaume, François Sarindar et Michael Korda, etc. (et beaucoup ne manquent pas de rappeler le lien qui existe entre les coups de fouet qu'il put recevoir pendant son enfance et ceux qu'il se fit administrer adulte).Resté célibataire, sans aucune relation féminine connue, il pourrait avoir été asexuel[14], mais, hormis ses goûts masochistes,rien ne peut être affirmé quant à ses orientations et expériences sexuelles.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Depuis 1923, Lawrence s'était découvert une passion pour les motocyclettes. Il en eut sept, qu'il baptisa toutes du nom « George », et d'un numéro selon l'ordre de possession. Le 13 mai 1935, alors qu'il roulait à grande vitesse sur la moto « George VII », il perdit le contrôle de sa machine en voulant éviter deux jeunes cyclistes. Il mourut le 19 mai. Il est inhumé dans le petit cimetière de la commune de Moreton, dans le Dorsetshire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres tirées de ou inspirées par la vie de T.E. Lawrence[modifier | modifier le code]

Cinéma
Films télévisés
  • A Dangerous Man: Lawrence After Arabia, (1990)
  • Lawrence of Arabia: Master Illusionist, (1983)
Documentaires
  • Great Adventures of the 20th Century: Lawerence of Arabia, (1996)
Jeu vidéo
Bande dessinée

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michel Laurès, T.E Lawrence avant l’Arabie 1888-1914, L’harmattan,‎ 2002, 228 p. (ISBN 2-7475-1973-2, lire en ligne), p. 12-13.
  2. Robert Mantran, « Lawrence Thomas Edward - (1888-1935) », sur l'Encyclopædia Universalis (consulté le 30 juin 2013).
  3. Lawrence d'Arabie et les Français, L'Express, 26/05/1994
  4. Encyclopedia of World Biography, 2e éd., 17 vol., Gale Research, 1998.
  5. Science and Its Times, vol. 6, 1900 - 1949., Gale Group, 2000.
  6. Encyclopædia Universalis, s.a. Étiemble, professeur honoraire à l'université de Paris-IV, 2008.
  7. Les Sept Piliers de la sagesse, p. 410.
  8. Les Sept Piliers de la sagesse, p. 345.
  9. Pseudonyme d'un auteur roumain
  10. Qu'on peut traduire par :
    « Je t'aimai ; c'est pourquoi, tirant de mes mains ces marées d'hommes,
    Je traçai en étoiles ma volonté dans le ciel
    Afin de te gagner la Liberté, la maison digne de toi, la maison aux sept piliers
    Ainsi tes yeux brilleraient pour moi
    Lors de ma venue. »
    Mais cette dédicace pourrait être crypto-onaniste car « When I came » peut aussi signifier « quand je jouirais » (à rapprocher de « tirant de mes mains ces marées d'hommes »)
  11. Lawrence d'Arabie, Thomas Edward, cet inconnu, pp.219-228 et 240-244
  12. Lawrence of Arabia and the Tides of Men
  13. Philipp Knightley et Colin Simpson, Les Vies secrètes de Lawrence d'Arabie Robert Laffont, 1970, (ISBN 2221028023)
  14. Harold Orlans, T.E. Lawrence : biography of a broken hero, p. 21

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeremy Wilson, Lawrence d'Arabie, la biographie autorisée de T.E. Lawrence, Denoël, Paris, 1994.
  • Jean Béraud Villars, Le Colonel Lawrence ou la recherche de l'Absolu, Albin Michel, Paris, 1955.
  • Flora Armitage, Lawrence d'Arabie, le désert et les étoiles, Payot, Paris, 1957.
  • Christian Destremau, Lawrence d'Arabie, Perrin, 2014.
  • Philipp Knightley et Colin Simpson, Les vies secrètes de Lawrence d'Arabie, Robert Laffont, 1968.
  • Maurice Larès, T.E Lawrence avant l’Arabie 1888-1914, L’harmattan,‎ 2002, 228 p. (ISBN 2-7475-1973-2)
  • Maurice Larès, T.E. Lawrence, la France et les Français, Publications de la Sorbonne, 1980.
  • Raphaël Lahlou, Lawrence d’Arabie ou l’Épopée des sables, Paris : B. Giovanangeli, coll. « Biographies express », 2005, 143 p. (ISBN 2-909034-72-0)
  • Patrick et Olivier Poivre d’Arvor, Lawrence d’Arabie, la quête du désert, Place des Victoires, Paris, 2006.
  • Jacques Benoist-Méchin, Lawrence d’Arabie, ou Le Rêve fracassé (première biographie du Rêve le plus long de l’Histoire).
  • François Sarindar, Lawrence d'Arabie, Thomas Edward, cet inconnu, Collection Comprendre le Moyen-Orient, L'Harmattan, 2010, (ISBN 978-2-296-11677-1)
  • Vincent-Mansour Monteil, Lawrence d'Arabie le lévrier fatal, Hachette, 1987.
  • Michel Renouard, Lawrence d'Arabie, Folio, Gallimard, 2013.
  • Philippe Squarzoni, Portrait inconnu de John Hume Ross, Édition Le 9e Monde, Paris, 2006.
  • Guy Penaud, Le Tour de France de Lawrence d’Arabie, 336 p., Éditions de la Lauze, Périgueux, 2007/2008, (ISBN 97 8-2-35 249-024-1)
  • (en) John E. Mack, A Prince of Our Disorder: A Life of T.E. Lawrence’', 1976, prix Pulitzer de la biographie 1977.