Isaïe

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Isaïe par Ugolino di Nerio.
Michel-Ange, Isaïe, Fresques de la Chapelle Sixtine


Isaïe ou Ésaïe est un prophète de l'Ancien Testament (ou Tanakh selon la tradition hébraïque), qui aurait vécu sous le règne de Ézéchias (Hizkiya) puisqu'il est fait mention de « la quatorzième année du roi Ézéchias ». Un livre de l'Ancien Testament — qui traite de la déportation du peuple juif à Babylone puis de son retour et de la reconstruction du Temple de Jérusalem sur les ordres du Grand Roi achéménide Cyrus II — lui était attribué avant que l'exégèse moderne n'invalide cette hypothèse. C'est un personnage biblique considéré comme saint chrétien. Il est fêté le 9 mai en Orient[1] et le 6 juillet en Occident[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Figure biblique, Isaïe aurait vécu à Jérusalem au VIIIe siècle av. J.-C., approximativement entre 766 et 701. Son époque est marquée par la montée en puissance de l'Assyrie face au royaume de Juda qui voit toutefois une période de prospérité. Isaïe dénonce le relâchement des mœurs de ses concitoyens qui attire la colère de Dieu. Le roi Manassé, fils d'Ézéchias, a fait persécuter plusieurs contemporains d'Isaïe. Selon l'Ascension d'Isaïe, écrit apocryphe, torturé sur ordre de Manassé, Isaie est coupé en deux par une scie mais son âme est ravie au ciel juste avant de manière à ce qu'il ne souffre pas[3].

Isaïe ou Ésaïe ?[modifier | modifier le code]

En français, les traditions juive, catholique et orthodoxe utilisent habituellement la forme Isaïe, alors que les protestants ont coutume de prononcer et d'écrire Ésaïe probablement pour différencier le nom du prophète de celui du père du roi David, car les protestants nomment Isaïe le père de David, tandis que la tradition catholique l'appelle Jessé. La forme anglaise, y compris pour les protestants, est Isaiah.

Isaïe est considéré comme l'un des quatre grands prophètes, avec Jérémie, Ézéchiel et Daniel (non pas du fait de la longueur de leurs livres mais à cause de la précision de leurs prophéties sur la venue du Messie). En hébreu, le nom ישעיהו, se prononce « Yéshayahou ». « Yésha » (ישע) peut se traduire « il sauve » ou « [le] salut » ; « Ya » (י) est une forme abrégée du nom de Dieu, comme dans « alléluia » ; « hou » (הו) = pronom personnel « lui ». Le nom d'Isaïe signifie donc « Lui, Dieu, sauve » ou « Lui, Dieu, est salut »[4].

Le Livre d'Isaïe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Livre d'Isaïe.
Le Livre d'Isaïe dans une Bible anglaise
Entre la nuit et l'aurore - Manuscrit byzantin du Xe siècle

Sous l'apparence d'un livre unique de 66 chapitres, le livre d'Isaïe se présente en fait en trois parties bien distinctes qui auraient pu former trois livres séparés :

  • Chapitres 1-39 : Isaïe présente le contexte historique, avec la montée en puissance de l'Assyrie, jusqu'à la tentative de prise de Jérusalem par Sennachérib ;
  • Chapitres 40-55 : Isaïe évoque la montée en puissance de Cyrus II, le roi de Perse, annonçant la fin de l'exil à Babylone ;
  • Chapitres 56-66 : Isaïe se penche sur la situation à Jérusalem peu de temps après le retour d'exil. Cette section regroupe probablement les prophéties de plusieurs prophètes.

Les chapitres 40 à 66 ont vraisemblablement été écrits et compilés autour de l'exil à Babylone, entre le VIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle av. J.-C.[5].

Prophéties messianiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Messie dans le judaïsme.

La lecture et la compréhension des prophéties messianiques d'Isaïe diffèrent selon les traditions religieuses, chrétiennes ou juives. Pratiquement toutes les références (sauf (Isaïe 11,12)) renvoient à un messie qui ne concerne pas un peuple spécifique et cela, bien que le Messie soit désigné comme étant un descendant de Jessé, le père du roi David.

« Un rameau sortira de la souche de Jessé / un rejeton jaillira de ses racines » (Isaïe 11.1)

Mais on trouve des références traitant des temps futurs – sans préciser que ces changements dépendent de la venue du messie – dans pratiquement tous les livres bibliques et celles-ci désignent explicitement la maison d'Israël ou les Juifs.

  • « Les juges et les conseillers seront rétablis » (Isaïe 1.26) ;
  • « Il sera un arbitre entre les nations et le percepteur de peuples nombreux (...) » (Isaïe 2.4) ;
  • « (...) Seul Dieu sera grand en ce jour. » (Isaïe 2.17) ;
  • « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu » (Isaïe 11.2) ;
  • « Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays (...) du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Isaïe 11.4) ;
  • « (...) Les nations se tourneront vers lui. » (Isaïe 11.10) ;
  • « Il sera un messager de paix » (Isaïe 52.7) ;
  • « Car Ma Maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations. » (Isaïe 56.3-7).

Interprétation chrétienne du messianisme[modifier | modifier le code]

L'exégèse chrétienne voit dans certains passages d'Isaïe une pré-Annonciation de la naissance du Christ enfanté par une vierge, au contraire de l'interprétation juive.

« Le Seigneur vous donnera un signe Voici que la jeune femme (traduit parfois par « vierge ») est enceinte et enfante un fils » (Isaïe 7.14)

« Car un enfant nous est né / un fils nous a été donné » (Isaïe 9.5)

La tradition chrétiennne considère également que le "Serviteur souffrant" des « Chants du Serviteur » (42.1-9 ; 49.1-7 ; 50.4-11 ; 52.13-53.12) annonce Jésus-Christ et sa Passion.

Manuscrit retrouvé à Qumran[modifier | modifier le code]

En 1947, parmi les manuscrits découverts à Qumrân appelés « Manuscrits de la mer Morte », seul le livre d'Isaïe a été retrouvé dans son intégralité sous la forme d'un rouleau de cuir. Ce manuscrit date du IIe siècle av. J.-C. Des manuscrits incomplets de ce même livre ont également été retrouvés. On peut les découvrir au musée d'Israël à Jérusalem, au Sanctuaire du Livre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Saints pour le 9 mai du calendrier ecclésiastique orthodoxe
  2. Nominis: Saint Isaïe
  3. http://www.ccel.org/c/charles/otpseudepig/martisah.htm
  4. Jean-Pierre Prévost, Pour lire les prophètes, Cerf - Novalis, 1995, p. 78.
  5. Jacques Vermeylen dans Thomas Römer (éd.), Jean-Daniel Macchi (éd.) et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009, p=418-419

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adrian Schenker, Douceur de Dieu et violence des hommes. Le quatrième chant du serviteur de Dieu et le Nouveau Testament, coll. Connaître la Bible, n° 29, Bruxelles, Lumen Vitae, 2002, 80 p. ISBN 2-87324-186-1.
  • Gaston Duchet-Suchaux, Michel Pastoureau La Bible et les Saints.- Guide iconographie, Flammarion, Collection Tout l'Art, Paris, 1994, Première édition 1990 (ISBN 2-08-012256-8).

Article connexe[modifier | modifier le code]