Édouard Daladier

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Édouard Daladier
Édouard Daladier en 1924.
Édouard Daladier en 1924.
Fonctions
108e président du Conseil des ministres français
et Ministre de la défense nationale
(120e chef du gouvernement)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Édouard Daladier (3)
Législature XVIe législature
Prédécesseur Léon Blum
Successeur Paul Reynaud
Vice-président du conseil et Ministre de la défense nationale
Président Paul Doumer
Gouvernement Camille Chautemps
Léon Blum
Prédécesseur Léon Blum
Successeur Camille Chautemps
Vice-président du conseil
Président Paul Doumer
Gouvernement Léon Blum
Prédécesseur Albert Dalimier
Successeur Léon Blum
99e président du Conseil des ministres français
et Ministre des affaires étrangères
(111e chef du gouvernement)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Édouard Daladier (2)
Législature XVe législature
Prédécesseur Camille Chautemps
Successeur Gaston Doumergue
96e président du Conseil des ministres français
et Ministre de la guerre
(108e chef du gouvernement)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Édouard Daladier (1)
Législature XVe législature
Prédécesseur Joseph Paul-Boncour
Successeur Albert Sarraut
Parlementaire français
Député 1919-1940
puis 1946-1958
Gouvernement IIIe République-IVe République
Groupe politique PRRRS
 Maire d'Avignon
1958
Prédécesseur Noël Hermitte
Successeur Henri Duffaut
Maire de Carpentras
19111914
Successeur Henri Dreyfus
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Carpentras (Vaucluse, France)
Date de décès (à 86 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité France Français
Parti politique Parti républicain, radical et radical-socialiste
Profession Professeur agrégé d'histoire
Résidence Vaucluse
Présidents du Conseil des ministres français

Édouard Daladier, né à Carpentras (Vaucluse) le , mort à Paris le , est un homme politique français, figure du Parti radical.

Débuts politiques[modifier | modifier le code]

Fils d'un boulanger de Carpentras, Édouard Daladier suit les cours de khâgne d'Édouard Herriot au lycée Ampère de Lyon. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire. Il est nommé professeur d'histoire à Nîmes en 1909.

En 1911, il est élu maire de Carpentras. Il part pour le front dès 1914 : il en revient en 1918 avec le grade de lieutenant, la Légion d'honneur et quatre citations. Après un premier échec en 1914, Édouard Daladier est élu député radical du Vaucluse de 1919 à 1940. Il est Président du Parti radical de 1927 à 1930 puis de 1936 à 1938. Édouard Daladier est surnommé « le taureau du Vaucluse » en politique ; Neville Chamberlain le surnommera cruellement « le taureau avec des cornes d'escargot[1] ».

Il participe aux gouvernements du Cartel des gauches (1924 - 1926) et des années qui suivent, comme ministre des Colonies (1924), de la Guerre (1925), de l’Instruction publique (1926), et des Travaux publics (trois fois entre 1930 et 1932). Il est lui-même nommé président du Conseil en 1933, puis en 1934, année où il doit démissionner à la suite de l'émeute pré-insurrectionnelle du 6 février 1934.

Lors du congrès radical de Nantes en 1934, il lance le thème des « Deux cents familles », repris par l'extrême-droite comme par les communistes (« Deux cents familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait, de la politique française »).

Chef du Parti radical, il participe au rassemblement de la gauche pour les élections de juin 1936, permettant ainsi l'alliance du PCF, de la SFIO et des radicaux. Il devient ministre de la Défense nationale dans le gouvernement du Front populaire de 1936 à 1937.

Il est à nouveau président du Conseil le 10 avril 1938.

Il a ainsi l'occasion de promulguer le décret-loi du 12 novembre 1938. Celui-ci prévoit l’internement des « indésirables étrangers » ; il est élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Ainsi, dès 1939 les camps d'internement français accueillent les réfugiés de la Guerre civile espagnole[2],[3],[4].

« L'homme de Munich »[modifier | modifier le code]

Initiateur le du « pacte quadripartite », signé avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie afin de favoriser l'intégration de l'Allemagne au sein de la Société des Nations, il est signataire, en tant que président du Conseil, des accords de Munich en 1938.

Daladier signe les accords de Munich.

Opposé à la négociation avec Hitler, il ne signe ces accords qu'à contrecœur[réf. nécessaire], poussé par la politique d'apaisement des britanniques Chamberlain et Lord Halifax. Par ailleurs, les informations de l’état-major français déplorant la faiblesse de son aviation, le désir de ne pas engager le pays sur la voie d'une nouvelle guerre contre l'Allemagne, le fort courant pacifiste présent en France, tout ceci l'incite à ratifier ces accords issus d'une rencontre qu'il qualifiera plus tard de « traquenard ».

En effet, il apprendra ultérieurement que Chamberlain envisageait de signer un accord séparé avec l'Allemagne comportant une clause de rupture de l'alliance franco-anglaise et une attribution de colonie africaine à l'Allemagne, en l'occurrence tout ou partie du Congo belge, face au Congo français.[réf. nécessaire]

Après la signature des accords, à son retour en France, Daladier imagine qu'il sera hué pour avoir cédé à Hitler, les accords de Munich octroyant aux nazis une partie de la Tchécoslovaquie sans contreparties significatives, hormis des promesses de paix. Au Bourget, à sa sortie de l'avion, il est à sa grande surprise acclamé : en effet, on le voit comme le sauveur de la paix. Il se serait alors exclamé, selon Saint-John Perse qui était près de lui : « Ah les cons ! S'ils savaient ! »[5]. Dans ses Mémoires, Daladier dira de façon plus modérée : « Je m'attendais à recevoir des tomates et j'ai reçu des fleurs ».

Daladier, président du Conseil, quitte Munich pour Paris le après la signature des accords de Munich.
Il salue le ministre des affaires étrangères du Reich, Ribbentrop, de dos.

En mars 1939, l'armée allemande envahit la partie tchèque de la Tchécoslovaquie : la Bohème et la Moravie.

En août 1939, Daladier rappelle le général Weygand au service actif.

Le , quelques heures après la Grande-Bretagne, Daladier déclare la guerre à l'Allemagne à la suite de son attaque de la Pologne.

Par ailleurs, constatant l'existence d’un pacte de non-agression germano-soviétique et la participation des troupes de Staline à l'invasion de la Pologne, conjointement avec les nazis, enserrant le pays dans un étau, il prend des mesures à l'encontre du parti communiste français (PCF) et de ses élus : d’une part le PCF est mis hors la loi avec interdiction de parution de L'Humanité, d’autre part les élus communistes sont déchus de leurs mandats.

À la suite de la guerre d'Hiver contre la Finlande lancée par l’URSS[6], et de la non-intervention de la France, Daladier est renversé le . Il est néanmoins présent en tant que ministre de la Défense nationale et de la Guerre dans le cabinet de son successeur Paul Reynaud.

La tentative de poursuivre le combat et la prison[modifier | modifier le code]

Le 10 mai 1940, lors de l'attaque allemande contre la Belgique et les Pays-Bas, une crise gouvernementale éclate aboutissant à la démission de Paul Reynaud. Daladier et le généralissime Gamelin sont les adversaires de Reynaud qui a en tête de remplacer Gamelin. Du fait du déclenchement de l'offensive allemande, le président Lebrun refuse la démission du gouvernement. Daladier, qui a eu, dans les jours précédents, le projet de se rendre à Bruxelles dans le but d'inciter le gouvernement belge et le roi à déclarer la guerre à l'Allemagne, n’exécute pas ce projet, devenu dépassé. En effet, dès le 10, le roi et le gouvernement belge ont refusé l'ultimatum allemand qui souhaitait faire traverser la Belgique par la Wehrmacht, dans le but d'attaquer la France. Ce que Daladier ignore, ou ce dont il ne veut pas tenir compte, c'est que le général Gamelin, comme le révèlent ses mémoires[7], était en communication secrète avec le roi Léopold III depuis 1938. Tous les renseignements dont l'état-major belge et le roi pouvaient disposer quant aux plans d'attaque allemands étaient communiqués à Paris. Mais, en dépit des avertissements relatifs aux intentions allemandes d'attaquer par les Ardennes vers Sedan, Gamelin maintient son plan établi fin 1938 et fait entrer l'armée française en Belgique, dans le but de se porter au secours de la Belgique et des Pays-Bas.

Daladier obtient néanmoins de rencontrer Léopold III, le 12 au Casteau, sur la frontière franco-belge. À ce moment-là, le roi (qui avait quitté la capitale depuis le 10 mai pour rejoindre l'état-major belge au quartier général de Breendonck, au nord de Bruxelles) a déjà accepté de se soumettre aux ordres de l'état-major français. D'ailleurs, le général Champon, officier de liaison de Gamelin, est présent au côté de l'état major belge dès le 10 mai. Au demeurant, l'encombrement des routes et des voies ferrées envahies par les réfugiés, qui côtoient les régiments français montant vers le nord, rend dangereux le voyage de Daladier en direction de la Belgique, voire impossible. En outre, l'espace aérien belge est interdit à tout appareil qui n'est pas un avion de combat. Cette situation contredit certaines affirmations selon lesquelles Daladier serait accouru à Bruxelles pour tenter de convaincre les Belges de résister[8].

À la fin du premier jour d'hostilités, les Néerlendais battent en retraite précipitamment, laissant l'armée belge à découvert au nord, tandis que les défenses françaises et belges sont enfoncées dans les Ardennes après seulement trois jours de combat. Trois semaines plus tard, le rembarquement anglais de Dunkerque laisse les Belges à découvert au sud. L'armée allemande s’apprête à déferler vers le sud. Dans ces conditions, l'autorité des ministres français ne peut se maintenir que s'ils se soustraient à l'avancée allemande. Alors que huit millions de réfugiés sont jetés sur les routes, Daladier embarque, à Bordeaux, avec d'autres hommes politiques dont Pierre Mendès France, à bord du paquebot Massilia à destination du Maroc. À son arrivée, il est mis en état d'arrestation, en attendant d’être rapatrié en France au début du mois d'août. Interné sans jugement, il comparaît au procès de Riom avec Léon Blum et d'autres hommes politiques et officiers d'état-major, accusés d'être responsables de la défaite. Le procès, tournant à la confusion, est interrompu « pour supplément d'information ».

Après l'invasion de la zone libre, Daladier est livré aux Allemands. Interné le 4 avril 1943 dans la région de Weimar, à proximité du camp de Buchenwald, il est transféré le 2 mai 1943 au château d'Itter, dans le Tyrol[9]. Il y reste détenu en compagnie de Léon Jouhaux et de sa compagne Augusta Bruchlen, de Paul Reynaud avec sa collaboratrice et future épouse Christiane Mabire, des généraux Gamelin et Weygand, du colonel de la Rocque, de Michel Clemenceau et de Jean Borotra ; la cohabitation y est difficile en raison des différends politiques entre ces diverses personnalités. Ils sont libérés par les Américains deux ans plus tard, le 5 mai 1945.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Il échoue aux élections d'octobre 1945 pour la première Assemblée nationale constituante mais est élu à la seconde Constituante en juin 1946. Réélu député aux élections législatives de novembre 1946, il conserve son mandat lors des élections de 1951 et de 1956 et conquiert la mairie d'Avignon en 1953. Il soutient le cabinet de Pierre Mendès France et sa tentative de rénovation du Parti radical. Il préside le Rassemblement des gauches républicaines en 1957. En juin 1958, il vote contre l'investiture du général de Gaulle et l'attribution des pleins pouvoirs au Gouvernement. Arrivé en troisième position au premier tour des élections législatives de novembre 1958, il ne maintient pas sa candidature pour le second tour. Il démissionne alors de son mandat de maire d'Avignon.

Il meurt le 10 octobre 1970. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris (division 72).

Carrière ministérielle[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth du Réau, Edouard Daladier, éd. Fayard, Paris, 1993.
  • René Rémond, J. Bourdin (dir.), Edouard Daladier chef de gouvernement, FNSP, Paris, 1977.
  • René Rémond, J. Bourdin, La France et les Français en 1938-1939, FNSP, Paris, 1978.
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), éd. Perrin, Paris, 2007, 916 p.

Note[modifier | modifier le code]

  1. « Hors Série 1940 : La débâcle et le désespoir », Le Monde,‎ mai-juin 2010, p. 23
  2. « Fermeture et répression : 1931-1944 », Musée de l'histoire de l'immigration (consulté le 8 février 2014)
  3. Anne Vallaeys, « Quand Daladier disait «Welcome» », liberation.fr,‎ 25 mars 2009 (consulté le 8 février 2014)
  4. « Qu'est-ce qu'un "indésirable" français ? (été 1940) », Amicale du camp de Gurs (consulté le 8 février 2014)
  5. Cette exclamation est attestée, mais sous la forme plus simple de « Ah, les cons ! », ceci par Jean Daladier, son fils, dans le film-documentaire Les dessous des accords de Munich (Die Wahrheit über das Münchner Abkommen) de Christine Rütten, diffusé le 17 septembre 2008 sur Arte. Jean-Paul Sartre la rapporte à la fin de son roman Les Chemins de la liberté, Gallimard (1945-1949), citation reprise en quatrième de couverture de l'édition "Folio", 1976 (ISBN 2-07-036866-1)).
  6. L'URSS est encore officiellement alliée de l’Allemagne à la suite du pacte germano-soviétique et de l'attaque conjointe de la Pologne en septembre 1939, elle craint toutefois une intervention allemande contre la Finlande qui menacerait son propre accès à la mer Baltique, dans la cas d'un encerclement de Leningrad et des pays baltes.
  7. Servir, Gén. Gamelin, 2 vol., Ed. Plon, Paris, 1946-1947
  8. Il n'existe aucune trace, dans aucun ouvrage d'auteurs sérieux, qu'ils soient belges ou français, d'un voyage de Daladier à Bruxelles, contrairement à l'affirmation de Max Gallo dans son livre 1940, de l'abîme à l'espérance, page 92, Paris 2010.
  9. Édouard Daladier, Journal de captivité, p. 207

Article connexe[modifier | modifier le code]

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Chronologies[modifier | modifier le code]

Précédé par Édouard Daladier Suivi par
Joseph Paul-Boncour
Président du Conseil
-
Albert Sarraut
Camille Chautemps
Président du Conseil
-
Gaston Doumergue
Léon Blum
Président du Conseil
-
-
-
Paul Reynaud
Joseph Paul-Boncour
Ministre français des Affaires étrangères
1934-1934
Louis Barthou
Georges Bonnet
Ministre français des Affaires étrangères
1939-1940
Paul Reynaud
Paul Reynaud
Ministre français des Affaires étrangères
1940-1940
Paul Reynaud
Maurice Sarraut
Président du Parti radical-socialiste
1927-1931
Édouard Herriot
Édouard Herriot
Président du Parti radical-socialiste
1936-1939
Théodore Steeg
Édouard Herriot
Président du Parti radical-socialiste
1957-1958
Félix Gaillard