Médaille militaire

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Médaille militaire
Illustration.
Avers
Medaille militaire de la Ve République
Conditions
Décerné par Drapeau de la France France
Type Médaille
Décerné pour Services militaires exceptionnels : Citation à l'ordre de l'armée, une ou plusieurs blessures de guerre, acte de courage au combat méritant récompense ou à l'ancienneté après un certain nombre d'années de service.
Éligibilité Militaires
Détails
Statut Toujours décernée
Statistiques
Création 22 janvier 1852, Louis-Napoléon Bonaparte
Ordre de préséance
Précédent Inférieur
Ordre national du Mérite
Équivalent
Supérieur
Ordre de la Libération
Suivant
Illustration.
Ruban de la médaille militaire

La médaille militaire est une décoration française, instituée le 22 janvier 1852 par Louis-Napoléon Bonaparte pour récompenser les militaires ou assimilés, non-officiers[1].

Elle est parfois appelée Médaille des braves ou bijou de la nation.

Présentation[modifier | modifier le code]

Elle récompense à la fois les soldats, gradés et sous-officiers, aspirants[2] et, à titre exceptionnel, les généraux ayant commandé en chef devant l'ennemi.

La médaille militaire a été, depuis sa création, la récompense des campagnes du Second Empire à nos jours elle a réuni sous sa devise : « Valeur et Discipline », les soldats les plus anonymes aux héros les plus populaires tels Georges Guynemer ou Jean Moulin. Elle compte parmi ses récipiendaires des chefs militaires français tels que (les maréchaux Joffre, Foch, Pétain, Gallieni, Lyautey, Leclerc, de Lattre, Juin, etc.) et alliés (les généraux Pershing, Montgomery...) ; à titre très exceptionnel quelques civils comme le président Roosevelt (à titre posthume) et Sir Winston Churchill.

Historique[modifier | modifier le code]

Par un coup d'État, dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, Louis-Napoléon, président de la Deuxième République, ouvre la voie à une restauration de l'Empire : l'Assemblée nationale et le Conseil d'État sont dissous, le suffrage universel est rétabli et un plébiscite est annoncé. Les 21 et 22 décembre, le pays apporte son soutien au prince-président. Le 14 janvier 1852, il promulgue une nouvelle constitution, lui donnant l'ensemble des pouvoirs pour une durée de dix ans.

Huit jours après, par décret daté du 22 janvier, il institue la Médaille Militaire : elle est destinée aux non-officiers qui sont désormais privés de Légion d'Honneur (hors cas très exceptionnels) ; c'est le soutien des officiers, dont nombre n'acceptaient pas de devoir partager cette distinction avec la troupe, à son coup d'État que Louis-Napoléon s'assure ainsi. C'est sa propre effigie avec son prénom « Louis-Napoléon » qu'il utilise sur l'avers de la médaille qu'il a créée et décrite dans un décret du 29 février[3], lequel en fixe également les attributions. Elle est de plus surmontée de l'aigle impériale, tenant deux éclairs de foudre dans ses serres.

Cette décoration venait en substitution de l'Ordre de la Couronne de fer d'Italie, institué par son oncle Napoléon Ier. La médaille militaire reprend, conformément à la tradition française, les couleurs du ruban et la dominante argent de la décoration qu'elle remplace.

En créant la médaille militaire, le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte entendait récompenser les mérites des meilleurs soldats et sous-officiers.
Le 22 mars 1852, face au carrousel du Louvre, il s'adresse ainsi aux 48 premiers récipiendaires  :

« […] Soldats, combien de fois ai-je regretté de voir des soldats et des sous-officiers rentrer dans leurs foyers sans récompense, quoique par la durée de leurs services, par des blessures, par des actions dignes d’éloges, ils eussent mérité un témoignage de satisfaction de la patrie ! […] C'est pour le leur accorder que j'ai institué cette médaille […]. Elle assurera 100 francs de rente viagère ; c'est peu, certainement ; mais ce qui est beaucoup, c'est le ruban que vous porterez sur la poitrine et qui dira à vos camarades, à vos familles, à vos concitoyens que celui qui la porte est un brave. »

Caractéristique et administration[modifier | modifier le code]

Attestation de la médaille militaire, reçu par la Grande Chancellerie.

La médaille est une couronne de laurier d'argent qui entoure un médaillon d'or où figure l'effigie de la République, entourée d'un cercle d'émail bleu où sont inscrits les mots : République française. Au revers, la médaille porte au centre du médaillon d'or, entouré d'un cercle bleu, la devise : Valeur et Discipline. Les feuilles et boutons de laurier sont liés de deux rubans entrecroisés en haut et en bas.

Son port et sa disposition réglementaire, la placent immédiatement après la Croix de la Libération (en troisième position par rapport à la Légion d'honneur). Il reste loisible de la porter avant tout autre ordre ou distinctions. L'insigne est suspendu à un ruban jaune bordé de vert des deux côtés.

Elle est administrée par la chancellerie de la Légion d'honneur. Elle ne peut être concédée que pour des services militaires exceptionnels et un minimum de huit ans de campagne. L'attribution de la médaille militaire comportait à sa création, une rente annuelle insaisissable de cent francs-or, qui assurait au récipiendaire le pain et le tabac à vie. Cette rente est en 2006 d'un montant annuel de 4,57 euros.

Une médaille dépourvue de grade[modifier | modifier le code]

Le maréchal Canrobert décorant un caporal-chef l'illustre sobrement, quand il lui dit : « Et maintenant tu es autant que moi, nous sommes égaux ». Dépourvue de grades, elle est la seule manifestation honorifique qui mette sur un pied d'égalité ceux auxquels elle est attribuée, du plus humble au plus prestigieux.

Palais de Salm[modifier | modifier le code]

Le palais de Salm à Paris abrite la grande chancellerie de la Légion d’honneur, qui administre depuis 1852 la médaille militaire. Le palais ayant été incendié sous la Commune en 1871, beaucoup d'archives ont été détruites. Il fut reconstruit grâce à une souscription lancée parmi les légionnaires et les médaillés militaires.

Maisons d'éducation de la Légion d'honneur[modifier | modifier le code]

Depuis 2005 (Décret no 2005-301 du 31 mars 2005 art. 1, Journal officiel du 1er mars 2005), les maisons d'éducation de la Légion d'honneur peuvent également accueillir en leur sein les filles, petites-filles et arrières-petites-filles de médaillés militaires

La fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fourragère.

Il s'agit d'un cordon tressé aux couleurs (jaune et verte) de la médaille militaire. Le port de cette fourragère n'est pas le privilège des régiments et unités décorées de la médaille militaire. Il est réservé aux régiments et unités formant corps qui ont été cités quatre ou cinq fois à l'ordre de l'armée. Le port de deux fourragères de la Légion d'honneur et de la médaille militaire est réservée aux régiments et unité qui ont été cités douze à quatorze fois à l'ordre de l'armée, ce qui n'est jamais arrivé au cours du même conflit ; cette fourragère n'a jamais été décernée.

Les unités dont le drapeau a été décoré de la médaille militaire sont beaucoup plus rares que les unités portant la fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire. La médaille militaire est la décoration collective la plus rare et partant la plus prestigieuse de l'armée française.

Décorés[modifier | modifier le code]

Camerone[modifier | modifier le code]

Monument aux morts à Agde (34), commémoratif de la bataille de Camerone (Mexique)

1863 : Mexique, Camerone

Une compagnie de Légion étrangère de soixante cinq hommes résiste près d'une journée à trois mille Mexicains, en met près de cinq cents hors de combat, permettant à un convoi d'or et de munitions d'atteindre sans encombre sa destination. Les trois combattants encore debout à l'issue du combat furent les premiers médaillés militaires de la campagne du Mexique. Chaque année, l'anniversaire de ce fait d'armes est célébré avec un faste particulier dans toutes les unités de la Légion étrangère.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale marque une étape importante dans l’histoire de la Légion d’honneur et de la Médaille militaire.

Au total, l’immense hécatombe de la Première Guerre mondiale a entraîné l’attribution de 1 400 000 Médailles Militaire, la plupart à titre posthume. Environ 185 000 médailles militaires ont été conférées durant les hostilités (1er tableau spécial); 58 000 par arrêtés ministériels postérieurs à la cessation des hostilités (2e tableau spécial). Au 24 octobre 1923, environ un million de médailles militaires avaient déjà été décernées à titre posthume à des militaires et marins morts pour la France. L'effectif légal (nombre de titulaires en vie) était de 320 255 au 1er juin 1923[4],[5].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, 500 000 Médailles Militaires ont été attribuées.

Femmes décorées[modifier | modifier le code]

Les deux premières femmes à avoir obtenu la médaille militaire, le 17 juin 1859, furent :

  • Madame Rossini, née Barbe Jeanne Marie, cantinière aux zouaves de la Garde
  • Madame Trimoreau, née Dagobert Madeleine, cantinière au 2e Zouaves.

Unités décorées[modifier | modifier le code]

Armée de terre[modifier | modifier le code]

Par le décret du 24 février 1918 :

  • les bataillons de chasseurs à pied.

Par le décret du 5 juillet 1919 :

« Héroïque régiment qui a surpassé, au cours de la campagne, les plus glorieuses traditions d'une histoire qui lui avait déjà valu la croix de la Légion d'honneur. Engagé à fond, dès le 22 août 1914, sur la Sambre, il fait énergiquement tête à l'ennemi, le 23 à Oret, le 24 à Florennes et le 29 à Guise, où il enlève à la baïonnette la ferme de Bertaignemont. Les 15, 16 et 17 septembre, après l'héroïque résistance de Cuts (Oise), il marque, à Tracy-le-Mont et à Quennevières, le terme définitif de l'offensive des armées allemandes sur la route de Noyon à Paris. Le 25 septembre 1915, il prend, à la bataille de Champagne, une part des plus glorieuse, attache ensuite son nom à la défense de Verdun, où il déploie pendant deux années consécutives, ses plus belles qualités militaires : inébranlable dans le sacrifice, irrésistible dans l'attaque. Héroïquement, il arrête la ruée allemande à Louvemont les 23, 24 et 25 février 1916, et à Avocourt, d'avril à juillet. Le 15 juillet, il engage, devant Fleury, la magnifique contre-offensive qui se poursuivra ensuite sans arrêt jusqu'au 15 décembre 1916, date à laquelle dans un élan splendide, il rejette définitivement l'ennemi en Woëvre, au-delà du Bois la Chaume. Après avoir cueilli une nouvelle palme, le 16 avril 1917, devant Brimont, il termine la brillante série de ses combats devant Verdun par l'enlèvement de la côte 344, le 25 novembre 1917. Porté devant Amiens en avril 1918, il contient l'ennemi, reprenant le terrain perdu pied à pied pendant trois mois. Enfin, les 8, 9 et 10 août, il brise le front allemand en enlevant le bois de Moreuil, le Plessier, Guerbigny, dans une course de 22 kilomètres qui ouvre la route de Roye. Transporté sur la Divette, il s'empare de vive force de Noyon, Chauny, Tergnier, bouscule l'ennemi dans une poursuite ardent jusqu'aux portes de La Fère. À peine retiré des combats, il est reporté de nouveau sur la Serre et continue la poursuite en direction d'Hirson et de la Belgique où il s'arrête le 11 novembre, à Baileux, capturant, au cours de cette magnifique épopée, 73 canons dont 19 lourds, plus de 1000 prisonniers et un énorme matériel de guerre. »

— Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la Médaille Militaire au drapeau du 2e régiment de tirailleurs algériens (2e R.M.T)[6]

Par décret du 26 août 1919 :

Par le décret du 14 décembre 1983 :

Écoles des sous-officiers[modifier | modifier le code]

Récipiendaires à titre exceptionnel[modifier | modifier le code]

Officiers généraux[modifier | modifier le code]

Elle peut aussi être concédée à titre exceptionnel aux maréchaux de France et aux généraux, grands-croix de la Légion d'honneur, qui ont exercé en temps de guerre un commandement en chef devant l'ennemi tel les généraux Nivelle, Debeney ou Monclar, les maréchaux Joffre, Foch, Lyautey ou Pétain, qui quand il était le chef de l'État français ne portera que cette seule décoration. L'amiral Henri Rieunier, grand-croix de la Légion d'honneur, ministre de la Marine et député fut décoré pour services éminents rendus à la Défense nationale.

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, seuls les généraux Monsabert et Giraud la reçoivent tandis que le Général de Gaulle la refuse[7]. Le général Jean Simon, héros de la France libre, Compagnon de la Libération, grand-croix de la Légion d'honneur, est le dernier officier général à avoir reçu la Médaille en tant que tel, et ce, par décret du 16 octobre 2002[8].

Récipiendaires étrangers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le duc de Morny lui avait alors rappelé l’insigne du mérite militaire institué par Louis XV.
  2. Le grade d'aspirant est particulier : par simplification, on le considère souvent comme le premier grade d'officier, mais au sens strict l'aspirant est un militaire non officier, aspirant à le devenir.
  3. Le texte intégral du décret parait dans le no 65 du Moniteur officiel du 3 mars 1852.
  4. Chancellerie de la Légion d'honneur, 24 octobre 1923, Site du Ministère de la culture, Dossier : 19800035/0058/7031
  5. Les tableaux spéciaux – tableaux de concours de la Légion d’honneur et de la Médaille militaire publiés pendant la durée de la guerre en faveur des militaires et des fonctionnaires civils mobilisés qui avaient mérité l’une de ces récompenses – dispensèrent de l’établissement du dossier et permirent aux titulaires de porter la décoration sans attendre la régularisation officielle. Celle-ci n’intervint qu’après un vote par les Chambres d’une loi spéciale, le 26 février 1921. En outre, les conséquences humaines dramatiques de la guerre engendrèrent la création de deux catégories supplémentaires de décorés : les posthumes (décret relatif à l’attribution des décorations posthumes du 1er octobre 1918) et les mutilés à 100 % (loi du 2 janvier 1932).
  6. Bulletin des lois de la République française, éd. Imprimerie royale, Paris, 1919, p. 2032
  7. Olivier Forcade, Eric Duhamel et Philippe Vial (dirs.), Militaires en République : les officiers, le pouvoir et la vie publique en France : actes du colloque international tenu au Palais du Luxembourg et à la Sorbonne les 4, 5 et 6 avril 1996, Publications de la Sorbonne,‎ 1999, p. 359, 366
  8. « La Médaille militaire », Musée de la Légion d'honneur,‎ 2006 (consulté le 8 novembre 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]