Syphilis

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Syphilis
Classification et ressources externes
Treponema pallidum.jpg
Le tréponème pâle, agent de la syphilis
CIM-10 A50-A53
CIM-9 090-097
MedlinePlus 001327
eMedicine med/2224  emerg/563derm/413
MeSH D013587
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale

La syphilis (populairement appelée vérole) est une infection sexuellement transmissible contagieuse, due au tréponème pâle. Elle se manifeste par un chancre initial et par des atteintes viscérales et nerveuses tardives, certaines manifestations survenant plusieurs années après la contamination.

Le tréponème pâle a été identifié par Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann à Berlin en 1905.

Sommaire

Étymologie [modifier]

Les différentes appellations du mal montrent bien le cheminement de la progression de la première épidémie.

  • « mal italien » (pour les Français)
  • « mal français » (pour les Italiens, les Espagnols, les Russes, les Allemands, les Anglais et les Polonais)
  • « mal espagnol » (pour les Portugais et les Néerlandais)
  • « mal anglais » (pour les Écossais)
  • « rash de Canton » / « ulcère chinois » (pour les Japonais)
  • « las bubas »
  • « maladie de Cupidon »

Spécificité (terme médical) :

  • Grande (ou « grosse ») vérole (la petite vérole étant la variole)
  • Le tabès est l'atteinte de la moelle épinière rencontrée dans la neurosyphilis.
  • La bactérie Treponema pallidum est à l'origine de cette maladie.

Transmission et stades [modifier]

La syphilis se transmet par des rapports sexuels non protégés (vaginal, anal et bucco-génital), par voie sanguine (transfusion ou rarement usage de matériel souillé) et par voie transplacentaire pendant la grossesse, de la mère à l'enfant. La période d'incubation est de 3 semaines à 1 mois.

Syphilis primaire [modifier]

Chancres d'inoculation sur un pénis lors d'une syphilis primaire.

Elle n'a pas toujours de signes apparents, et lorsqu'ils existent, ils n'apparaissent en général que 3 semaines après la contamination. Il s'agit d'une lésion caractéristique des muqueuses appelée le chancre d'inoculation (petite plaie rosée, creuse, propre, atone, à fond induré, à l'aspect cartonné au toucher, et indolore) : il correspond au point d'entrée de la bactérie. Cette ulcération généralement unique, se retrouve au niveau du fourreau de la verge, sur le gland, dans l'urètre (invisible), au niveau du col utérin (invisible), du vagin, de la vulve. D'autres localisations sont possibles, anus, amygdales (ce qui fait penser à une angine), lèvres, langue etc. Cette lésion s'accompagne d'une adénopathie importante, le plus souvent unique, mais qui peut être entourée de plusieurs autres plus petites dans la région de drainage lymphatique du chancre (Préfet de l'aine est le qualificatif pour le plus gros ganglion de l'aine). Ces adénopathies sont légèrement inflammatoires et indolores. Le malade est contagieux dès l'inoculation.

Les lésions syphilitiques sont toutes extrêmement contagieuses. Le prélèvement à la recherche de la bactérie en est donc facilité.

Syphilis secondaire [modifier]

Lésions syphilitiques dorsales lors d'une syphilis secondaire.

Elle apparaît trois à dix semaines après le chancre et dure de 4 mois à 2-3 ans. Il s'agit de la généralisation du tréponème par voie sanguine. Elle s'accompagne d'éruptions multiples sur la peau et/ou sur les muqueuses sans démangeaison : c'est la roséole (petites taches rose pâle sur la peau et rouge sur les muqueuses du gland, de l'anus, de la gorge, de la langue, des lèvres). Ces lésions peuvent se voir sur les paumes et la plante des pieds, mais encore sur le torse ou le dos, ce qui est assez rare pour une éruption dermatologique. Les signes visibles peuvent disparaître même sans traitement, mais la syphilis reste présente dans l'organisme et transmissible.

Des syphilides sont retrouvés, au niveau du visage, des paumes des mains et des pieds, et en périorificiel, petites papules brun cuivrée, polymorphes, très contagieuses : un simple contact d'une muqueuse syphilitique ou d'une syphilide contre une peau ayant une forme de lésion quelconque (grattage, coupure, brûlure ou autre forme de plaies) suffit à être contaminant.

Il existe d'autres lésions : plaques d'alopécie, plaques muqueuses, adénopathies cervicales et du trapèze, hépatosplénomégalie.

Syphilis tertiaire [modifier]

Manifestation sur la face du stade tertiaire de la syphilis. Collection de photos médicales du Dr. John A. Fordyce, léguées au archives historiques américaines (Historical Archives of “National Museum of Health & Medicine”)
Lésions osseuses crâniennes dues à une syphilis tertiaire.

Devenue très rare dans les pays occidentaux, elle n'apparaît qu'après des années de développement (3 à 15 ans en moyenne après le chancre, chez 10 % des patients non traités).

Elle s'aggrave sérieusement sans traitement par des atteintes cardio-vasculaires, nerveuses (en particulier céphalées intenses et dysarthrie), articulaires. Elle touche tous les organes de manière générale, et même soignée à temps et donc non contaminante après traitement, elle peut entraîner des signes secondaires comme les brûlures gastriques du tabès. Des épisodes parétiques transitoires sont caractéristiques (dont aphasie, hémiplégie et hémiparésie). Elle augmente également sérieusement le risque de transmission du VIH et elle se complique chez les personnes séropositives par une évolution plus rapide et des complications neurologiques plus fréquentes.

Moins souvent, la syphilis peut atteindre le cœur et les gros vaisseaux (aorte par exemple), entraînant une insuffisance cardiaque qui peut être mortelle. Les atteintes ostéo-articulaires avec des dommages au squelette sont fréquents (fractures spontanées et maux perforants plantaires).

Syphilis latente [modifier]

Il s’agit de la persistance du tréponème dans certains sites (œil, cerveau, aorte…). C’est une période asymptomatique qui est souvent décelée à l'occasion d'un examen sérologique de routine (prénuptial, prénatal, d'embauche…). La contagiosité est faible.

Nouvelle classification [modifier]

La stadification classique a été modifiée, avec une dichotomisation thérapeutique en deux temps :

  • précoce : moins d'un an depuis le chancre
  • tardive : plus d'un an, ou date inconnue

Neurosyphilis [modifier]

Elle peut se voir à la forme précoce ou tardive de la maladie.

Sans traitement, de 8 % à 10 % des personnes atteintes éprouvent des troubles neurologiques importants dix à vingt ans après le début de la maladie (voir Neurosyphilis). Un quart des patients non traités sont victimes d'une méningo-encéphalite (Syphilis cerebrospinalis) qui aboutit à la démence (avec parfois une augmentation transitoire des capacités mentales et cognitives des individus contaminés). Des changements extraordinaires dans la sensibilité ou le psychisme au cours de cette phase ont été décrits, mais ils ne sont pas systématiques. L'augmentation excessive de la libido et différentes sortes d'hallucinations ont été rapportées. Les malades peuvent aussi présenter une ataxie locomotrice, dite tabès syphilitique par destruction progressive des racines postérieures ou une dégénérescence des cordons postérieurs de la moelle épinière qui s'accompagne de douleurs invalidantes avec dysfonctionnements et de pertes de contrôle de la vessie et des intestins. L'évolution se fait vers la paralysie générale. Par ailleurs des troubles de la circulation ou des dommages au squelette sont fréquents. Dans les pays occidentaux ce n'est que rarement qu'on observe aujourd'hui une telle évolution, car les antibiotiques permettent une thérapie suffisante.

Syphilis congénitale [modifier]

Touchant les enfants pendant le 2e et 3e trimestre de la grossesse, si la mère présente une syphilis primaire ou secondaire, elle peut être fulminante et entraîner la mort du nouveau-né ou se transformer en syphilis latente et entraîner des malformations acquises congénitalement et après la naissance.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la syphilis congénitale était mal comprise, et était considérée à tort comme héréditaire par les tenants de la théorie de l'hérédosyphilis, faisant peser selon eux le risque d'une lente dégénérescence de l'espèce humaine.

Méthodes diagnostiques [modifier]

  • Examen direct au microscope sur fond noir à partir d'un frottis d'une lésion cutanée : tréponème facilement identifiable.
  • Sérologies syphilitiques : VDRL peu spécifique ; TPHA et FTA sont spécifiques des tréponèmatoses dans leur ensemble mais pas de la syphilis en particulier. TPHA et FTA se positivent en général avant le VDRL et restent positifs même après traitement chez les personnes immunocompétentes. Les différents tests sérologiques doivent être utilisés simultanément pour interpréter le statut du patient[1][2].

Traitements [modifier]

C’est la pénicilline parentérale qui représente le traitement de choix de la syphilis à tous ses stades. Ce traitement a prouvé son efficacité dès le milieu des années 1940[3]. Contrairement à beaucoup de germes vis-à-vis des antibiotiques, il n'a pas été retrouvé, depuis, de souches résistantes[4].

En dehors du traitement spécifique de la syphilis, tout patient infecté doit avoir un bilan à la recherche d'autres maladies sexuellement transmissibles. De plus ses partenaires sexuels doivent être dépistés et traités si nécessaire.

Syphilis précoce (primo-secondaire) [modifier]

  • Les instances internationales recommandent une injection unique en intramusculaire de 'benzathine pénicilline G (extencilline) à la dose de 2,4 millions d’unités [5]. À noter que l'injection est particulièrement douloureuse et qu'il est préférable d'administrer un anesthésiant dans le même temps.

Avec ce traitement la guérison survient dans plus de 95 % des cas mais un échec clinique ou sérologique ainsi qu'une réinfestation sont toujours possibles, ce qui justifie une surveillance clinique et sérologique[6].

  • En cas d’allergie aux bêtalactamines on peut utiliser en seconde intention des cyclines, sauf pour les enfants et les femmes enceintes chez qui ils sont contre-indiqués.

Syphilis tardive [modifier]

  • Extencilline, trois injections à une semaine d'intervalle
  • Si allergie : cyclines ou érythromycine

Pour une neurosyphilis, syphilis chez un immunodéprimé (SIDA), la pénicilline G en intraveineuse est recommandée.

En cas de diagnostic de syphilis, il est important que le ou les partenaires du patient (contemporains ou anciens) soient pris en charge médicalement pour le dépistage et le traitement de la syphilis, et qu'un dépistage IST complémentaire soit réalisé.

Épidémiologie [modifier]

Nombre de décès à la suite des infections de syphilis sur 100 000 habitants en 2004[7].
  •      Aucune donnée
  •      <35
  •      35-70
  •      70-105
  •      105-140
  •      140-175
  •      175-210
  •      210-245
  •      245-280
  •      280-315
  •      315-350
  •      350-500
  •      >500

Selon une estimation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), on a dénombré en 1995 quelque 12 millions de nouveaux cas de syphilis dans la population adulte mondiale[8]. Le plus grand nombre de cas répertoriés sont situés en Asie du Sud et du Sud-Est, suivie par l'Afrique subsaharienne.

En France, la syphilis était une maladie à déclaration obligatoire jusqu'en juillet 2000, date à laquelle elle a été retiré de la liste en raison de sa quasi-disparition. Mais selon une enquête[9],[10] de l'Institut de veille sanitaire (InVS), la syphilis est en recrudescence en France depuis les années 2000. Dans ce contexte, le ministère délégué à la Santé a décidé de mettre en place une stratégie de prévention sous forme d'actions de communication et d'actions ciblées vers les populations à risque. 455 cas de syphilis ont été dénombrés en 2006.

La séroprévalence de la syphilis augmente depuis quelques années dans les grandes villes des États-Unis[réf. nécessaire].

Historique [modifier]

Symptôme dermatologiques de la syphilis
Affiche du gouvernement américain promouvant un traitement rapide de la syphilis.
"Syphilis ... six sur dix guéris car ils n'ont pas attendu trop longtemps"

Histoire de la connaissance de la maladie [modifier]

Selon les pays, elle est appelée « mal de Naples », «  mal des Anglais  », «  mal des Français  ». Personne ne veut en revendiquer l'origine. Elle n'épargne pas les monarques François Ier et Charles Quint.

Le nom de syphilis est utilisé pour la première fois par Girolamo Fracastoro en 1530 dans son œuvre « Syphilis sive de morbo gallico », où il décrit l'histoire allégorique d'un berger nommé Syphilus qui aurait été le premier à contracter la maladie pour avoir mis en colère les dieux.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'infection sera reconnue cliniquement et bien définie dans sa symptomatologie. Avant 1870, les écrits médicaux ne donnent pas une image angoissante de la syphilis. Elle pose un grave problème de santé publique associée à la propagation vénérienne habituelle. Les traitements à base de mercure sont largement diffusés mais les médecins ont souvent des difficultés à convaincre leurs patients de traiter cette maladie peu spectaculaire. Le mercure, remède pluricentenaire, et l'iodure de potassium semblaient capables à eux deux de régler toutes les situations. En fait, le mercure tuait autant que la syphilis elle-même.

En 1837 Philippe Ricord montre que la gonorrhée et la syphilis sont deux maladies distinctes.
Ricord distingue en outre l'infection syphilitique primaire, des infections secondaire et tertiaire.

Dans les années 1850, le Dr Joseph-Alexandre Auzias-Turenne, s'inspire du traitement de la variole pour tester un vaccin contre la syphilis[11]. Cette syphilisation, basée sur des conceptions erronées, est un échec.
Vers 1898 Albert Neisser tente un sérum curatif : c'est encore un échec et un drame, qui ne furent pas sans conséquences réglementaires[12].

En 1905 le Pr.Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann isolent le tréponème pâle du sérum d'un patient atteint de syphilis secondaire. L'année suivante August Von Wasserman, Albert Neisser et Carl Bruck mettent au point un test diagnostic.

En 1913 Hideyo Noguchi démontre la présence de Treponema pallidum dans le cerveau d'un patient atteint de paralysie générale.

Dans les premières années du XXe siècle, les composés arsenicaux remplacent les médicaments à base de mercure. Le premier médicament véritablement efficace est mis au point en 1908 par Sahachiro Hata dans le laboratoire de Paul Ehrlich. Il est commercialisé en 1910 sous le nom de Salvarsan. Délivré en injection, il connait un succès immédiat et mondial, mais a des effets secondaires parfois très graves. Certains malades soignés au Salvarsan rechutèrent. Un procès fut même intenté à Ehrlich afin de faire interdire le Salvarsan, sans succès. Ehrlich met alors au point le Néosalvarsan, moins efficace, mais plus facile d'administration, et causant moins d'effets secondaires. Il perfectionne aussi la technique d'injection.

En 1921, Ernest Fourneau, à l'Institut Pasteur, met au point le Stovarsol, autre dérivé de l'arsenic. Contrairement au Salvarsan il est stable et actif par voie orale[13]. L'année précédente (en 1920), Carl Voegtlin et Homer Smith (en) ont isolé l'agent actif du Salvarsan, dont la molécule est introduite en thérapeutique en 1934 sous le nom de Mapharsen.

En 1927, Julius Wagner-Jauregg obtint le Nobel pour sa découverte de la malariathérapie : le parasite du paludisme était inoculé aux patients gravement atteints par la syphilis, et la forte fièvre provoquée par la malaria améliorait l'état de certains d'entre eux[14].

Avant la découverte des antibiotiques, la syphilis pouvait entraîner la mort. Grâce à eux, elle se guérit facilement aujourd'hui. Depuis 1999, elle est pourtant en recrudescence, en France et dans la plupart des pays. Elle peut être associée à l'infection par le VIH[15] et, comme pour le VIH, le préservatif ou la connaissance du statut sérologique du partenaire stable sont les meilleurs moyens de se protéger.

Débat sur les origines de la syphilis [modifier]

Les origines de la syphilis sont inconnues, et débattues depuis plus d'un siècle[16] [17]. On a longtemps cru qu'elle venait du Nouveau Monde, importée dans l'Ancien lors du premier voyage de Christophe Colomb, mais cette théorie n'est plus aujourd'hui unique. Une légende voulait en effet que les conquistadors l'aient attrapé avec des femmes indigènes étant elles même contaminées par leurs époux bergers qui allaient garder des lamas, ces animaux étant selon cette légende l'espèce-réservoir du germe[18].

Au XIXe siècle plusieurs auteurs estiment que la maladie existe depuis l'antiquité, dont Pierre Louis Alphée Cazenave qui donne pour appuyer cette idée une longue liste d'indices et leurs sources[19]. En effet, déjà sous l'Antiquité, Hippocrate semble avoir fait la description de la forme tertiaire de la maladie.

En 1963, Hackett estime que le tréponème pâle provient d'un autre tréponème, le Treponema caracteum ayant également engendré le Treponema pallidum sub species endemicum également nommé bejel.

Pour l'archéologue, trois tréponématoses (le béjel, le pian et la syphilis) sur les quatre tréponématoses connues produisent une syphilis osseuse dont les séquelles osseuses sont faciles à identifier, mais ne suffisant pas à distinguer laquelle des 3 formes de la maladie était en cause[20]. Des recherches archéologiques montrent qu'une ou plusieurs formes de tréponématoses sont anciennes en Europe, par exemple présentes dans la ville grecque de Métaponte en Italie au VIe siècle av. J.-C.[21]; La découverte à Pompéi de dents présentant des cannelures, déformations caractéristiques d'enfants infectés durant la grossesse par leur mère atteinte de la maladie, paraît confirmer cette antériorité. Avant 1493, de nombreux indices européens archéologiques sont cependant incertains (confusion possible avec d'autres maladies, dont la lèpre, les syphilitiques ayant peut-être également pu être confondus avec les lépreux et regroupés dans les léproseries [22].
La preuve la plus marquante d'une forme de syphilis dans l'Europe médiévale a été trouvée lors des fouilles d'un monastère augustinien datant des XIIIe et XIVe siècles dans le port de Kingston-upon-Hull au nord-est de l'Angleterre, avec 2/3 des squelettes présentant des déformations osseuses typiques du troisième stade de la maladie. Ces stigmates touchaient notamment les squelettes proches de l'autel, ce qui signifie que les riches donateurs du monastère, les membres de la classe privilégiée de Kingston-upon-Hull, comptaient parmi ceux touchés par la maladie. La datation au carbone confirmerait que ces squelettes ont été enterrés pendant la période active du monastère[23], ce qui s'accorde difficilement avec la théorie de l'origine américaine[24] (Kingston-upon-Hull était alors, après Londres, le deuxième port le plus important d'Angleterre et une ville portuaire à vocation internationale.
En 1993 les archéologues trouvent en France à Costebelle (Hyères, Var), en place dans la cavité pelvienne du squelette de sa mère[25], les restes d'un fœtus du IVe siècle portant les symptômes (lésions osseuses[26]) d'une syphilis congénitale[27][28], ce qui a motivé un colloque international, « L'origine de la syphilis en Europe - avant ou après 1493 ? »[29]. On en trouve des indices aussi dans l'ancienne colonie grecque de Métaponte et d'Héracléa (VIe-IIIe siècles av. J.-C.)[30] et en France, à Lisieux (Calvados, Normandie)[31], (5 cas paléopathologiques avec indices forts d'infection osseuse à tréponèmes, dans une nécropole du Bas-Empire (contemporaine de celle de Costebelle)[32].

Il ne semble pourtant pas y avoir eu de grandes épidémies de syphilis en Europe avant le XVIe siècle. Le continent américain, voire africain aurait donc pu fournir à l'Europe un agent pathogène mutant et plus virulent.
L'archéologie montre aussi chez les amérindiens de fréquentes lésions osseuses apparemment syphilitiques depuis les périodes précolombiennes. Ces squelettes donnent des indices bien plus abondants que dans l'Europe ancienne[33] [34]. L'anthropologue canadien Mark Skinner [35], ou la paléopathologiste américaine Mary-Lucas Powell [36] estiment qu'il y a bien eu des tréponématoses anciennes en Amérique précolombienne mais selon eux, les témoignages de formes congénitales propres à la forme vénérienne de la maladie, sont tous postérieurs au XVIe siècle. Antérieurement, le mot "syphilis" serait impropre pour l'Amérique précolombienne. Della Collins Cook[37] les rejoint mais sur la base de l'étude dentaire des squelettes précolombiens. La syphilis vénérienne serait selon cet auteur apparue en Amérique « après la conquête, amenée par les Européens et peut-être par les esclaves noirs arrachés à l'Afrique équatoriale ».
Une hypothèse pourrait être que cette nouvelle forme de syphilis, plus contagieuse, aurait fait son apparition en 1494 à Naples, apportée par des marins espagnols de l'équipage de Christophe Colomb qui participaient à une campagne militaire de Charles VIII.

En 2008, une étude redonne un fort crédit à l'hypothèse de l'origine américaine[38] ; montrant par l'étude génétique de différentes souches de sous-espèces de Treponema pallidum que le plus proche « parent » de Treponema pallidum sous-espèce pallidum (T. pallidum pallidum) (agent de la syphilis) semble être la souche américaine de Treponema pallidum sous-espèce pertenue (T. pallidum pertenue) (agent d'une tréponématose cutanée, le pian ou yaws, tréponème transmissible par simple contact cutané, donc non-vénérien). Les auteurs estiment que T. pallidum pertenue serait liée à l'espèce humaine depuis l'apparition même de l'homme (des tréponèmes simiens sont très proches de cette souche). Il aurait migré avec lui dans le monde, avec quelques mutations. Les compagnons de Christophe Colomb auraient rapporté cette souche en Europe et, lors de ce transfert sur un hôte nouveau, pour une raison inconnue, une dernière mutation aurait renforcé son pouvoir pathogène et modifié son mode de transmission. C'est alors que serait apparu T. pallidum pallidum, agent de la syphilis. Le pian peut entraîner des lésions osseuses avec déformations, ce qui ne contredit pas les précédentes constatations.

Une autre hypothèse, n'excluant pas l'origine américaine, a été proposée pour expliquer la grande virulence de l'épidémie de 1493 « qui n'a rien de commun, tant dans la sévérité des symptômes que dans l'extrême gravité du pronostic, avec la syphilis actuelle »[28], et qui pourrait éventuellement être expliquée par la conjonction d'une diffusion du tréponème avec celle d'une immunodéficience d'origine virale à transmission également vénérienne (une sorte de SIDA ?, qui aurait pu être importé d'Afrique par les esclavagistes) comme le Professeur Louis André le propose en 1994[39].

Les tréponèmes sont des germes fragiles et qui se conservent mal, mais les progrès de la paléopathologie et de la paléomicrobiologie pourront peut être permettre de trouver des restes d'ADN sur des fragments osseux prélevés sur des spécimens paléopathologiques (comme on l'a déjà fait pour des restes d'ADN de Mycobacterium tuberculosis , Mycobacterium leprae et Yersinia pestis responsables respectivement de la tuberculose, de la lèpre et de la peste)[22].

Campagnes médiatiques [modifier]

  • Bilan IST complémentaire : "une IST peut en cacher une autre".
  • Vaccinations hépatite B (et hépatite A dans le cas de rapport homosexuels masculins) recommandées en l'absence d'immunisation et de contre-indication.

Cas historiques [modifier]

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Clef: S—Cas suspecté; —Mort de syphilis

Notes et références [modifier]

  1. Guide to interpretation of serologic tests for syphilis
  2. Diagnostic sérologique de la syphilis, publié par l'InVS
  3. Moore JE, Mahoney JF, Schwartz W et als. The Treatment of early syphilis with penicillin , JAMA, 1944;126:67-73
  4. Douglas Jr JM, Penicillin treatment of syphilis, clearing away the shadow on the land, JAMA, 2009;301:769-771
  5. Centers for Disease Control and Prevention. CDC 2010 Guidelines - Sexually Transmitted Diseases (STDs) - pages sur la syphilis, en ligne
  6. E. Caumes, M. Janier, « Syphilis », sur www.therapeutique-dermatologique.org, septembre 2005. Consulté le 23 juillet 2012
  7. (en) WHO Disease and injury country estimates, sur Organisation mondiale de la santé (OMS), 2004. Consulté le 11 novembre 2009
  8. Gerbase AC, Rowley JT, Heymann DHL, Berkley SFB, Piot P. Global prevalence and incidence estimates of selected curable STDs. Sex Trans Infection 1998 ; 74 : 12-6. abstract pubmed
  9. Actualités épidémiologiques sur le VIH, le sida et les IST
  10. Épidémiologie des infections sexuellement transmissibles (IST) en France
  11. http://www.bium.univ-paris5.fr/sfhd/ecrits/inocul.htm
  12. http://www.bmj.com/archive/7070nd1.htm
  13. E. Fourneau, « Sur l'emploi des acides oxyaminophénylarsiniques et des acides arylarsiniques en général dans le traitement des spirilloses et des trypanosomiases », Ann. Inst. Pasteur, vol. 35, 1921, p. 571 .
  14. Malaria.
  15. (fr) Recrudescence Syphilis, Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, 14 novembre 2002. Consulté le 28 février 2008
  16. O. Dutour, G. Pálfi, J. Bérato, J.P. Brun (eds.), L'origine de la syphilis en Europe : avant ou après 1493 ?, Errance, Paris.
  17. Hackett C.J. (1963). On the Origin of the Human Treponematosis. Bulletin of the World Health Organization, 29: 7-41
  18. (en) Lawrence Charles Parish et Vincenzo Ruocco, « The origin of syphilis and the llama myth », Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, vol. 3, no 1, janvier 1994, p. 97-97 [lien DOI] 
  19. 1843, Traité des syphilides ou Maladies vénériennes de la peau : précédé de considérations sur la syphilis, son origine, sa nature, etc., Ed Labbé (accompagné d'un atlas in-folio contenant douze planches), disponible en Livre numérisé par Google)
  20. Blondiaux J., Welti C, Hanni C, Soufflet L. & Flipo F.M. (1995). La syphilis osseuse en France : Pré ou postcolombienne ? Revue du Rhumatisme, 62/10 : 709
  21. Fomaciari G., Naccarato A.G., Fabbri P.F. & Mallegni F. (1994). Un cas de tréponématose diffuse du squelette au Bas Moyen Âge en Italie Méridionale. In : 0. Dutour, Gy, Palfi, J. Bérato, J.P. Brun (eds) : L'origine de la syphilis en Europe : avant ou après 1493 ? Paris : Errance. 211-214.
  22. a et b György PÁLFI et Olivier DUTOUR, L'Europe a-t-elle contaminé l'Amérique ou est-ce l'inverse ?, La Recherche
  23. Ce monastère, comme beaucoup, fut détruit sur ordre d'Henri VIII en 1539, à la suite de la réforme anglicane)
  24. Hull City Council : Home
  25. Borréani M. & Brun J.P. (1990). Une exploitation agricole antique à Costebelle (Hyères, Var) Huilerie et nécropole. Revue Archéologique de Narbonnaise, 23: 117-15 1.
  26. Bérato J., Dutour 0. & Palfi Gy. (1994). Lésions pathologiques de «Cristobal», fœtus du Bas-Empire romain (tombe n°1, Costebelle, Hyères). In: 0. Dutour, Gy. Palfi, J. Bérato, J.P. Brun (eds). L'origine de la syphilis en Europe : avant ou après 1493? Paris . Errance: 133-138.
  27. Bérato J., Borréani M., Brun J.P., Dutour 0. & Palfi Gy. (1997): Le fœtus antique de Costebelle (Hyères, Var) et ses lésions pathologiques. In: L. Buchet (éd.) : L'enfant, son corps, son histoire - Actes des 7e Journées Anthropologiques de Valbonne, APDCA, 63-80
  28. a et b Gy. Palfi, 0. Dutour, J. Bérato et J.P. Brun, La syphilis en Europe dans l'Antiquité : le fœtus de Costebelle et les autres nouvelles données ostéoarchéologiques ; Vesalius, VI, 1, 55 - 63, 2000
  29. G. Pálfi et al., International Journal of Osteoarchaeology, 2 , 245, 1992
  30. M. Henneberg, R. Henneberg, « Treponematosis in an ancient Greek colony of Metaponto, Southern Italy, 580-250 BCE », In O. Dutour et al., (eds.), L'origine de la syphilis en Europe : avant ou après 1493 ?, Errance, Paris, p. 92, 1994.
  31. Blondiaux J. & Aiduc-le-Bagousse A. (1994). Une tréponématose du Bas-Empire Romain en Normandie ? In: 0. Dutour, Gy. Palfi, J. Bérato, J.P. Brun (eds). L'origine de la syphilis en Europe, avant ou après 1493 ? Paris: Errance: 99-100.
  32. J. Blondiaux et al., Revue de Rhumatisme, 62/10 , 709, 1995
  33. M.D. Grmek, Les maladies à l'aube de la civilisation occidentale, Paris, Payot, 1983
  34. B.J. Baker et G.J. Armelagos, Current Anthropology, 29 , 703, 1988
  35. Mark Skinner, de l'Université Simon Fraser, de Burnaby
  36. Mary-Lucas Powell, paléopathologiste à l'Université du Kentucky
  37. Della Collins Cook de l'université de l'Indiana
  38. PLoS Neglected Tropical Diseases: On the Origin of the Treponematoses: A Phylogenetic Approach
  39. André L. (1994). Le mal ramené du Nouveau Monde en 1493 était-il le SIDA ? In: 0. Dutour, Gy. Palfi, J. Bérato, J.P. Brun (eds): L'origine de la syphilis en Europe: avant ou après 1493 ? Paris: Errance: 274-277.
  40. Comment la syphilis emporta Maupassant - La Revue du Praticien, sur www.larevuedupraticien.fr. Consulté le 3 mai 2013

Annexes [modifier]

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Bibliographie [modifier]

  • La Méthode Curatoire de la maladie vénérienne vulgairement appelée grosse Vérole et de la diversité de ses symptômes. Paris, Arnoul L'Angelier, 1552 ; Paris, Nicolas Pepingué, 1660. Il s'agit du premier ouvrage français sur la syphilis, écrit par Thierry de Héry.

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]