Bletchley Park

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51° 59′ 47″ N 0° 44′ 34″ W / 51.9965, -0.74276

Bletchley Park

Bletchley Park est un manoir en Angleterre, situé dans l'actuel Comté de Milton Keynes dans le Buckinghamshire.

Sous le commandement d'Alastair Denniston (jusqu'en 1942), puis d'Edward Travis, ce lieu fut le quartier général des services du Chiffre britannique durant la Seconde Guerre mondiale.

L'ensemble est désigné Government Code and Cypher School, GC&CS, ou Station X.

Ces services se sont notoirement attaqués aux codes et aux chiffres italiens, japonais et allemands[1].

Aux États-Unis, cette mission est l'affaire de l'OP-20-G (US Navy) et du Signal Intelligence Service (US Army). En Allemagne, un service de la Kriegsmarine, le B-Dienst, s'attaque aux codes et aux chiffres britanniques, en particulier ceux des convois de l'Atlantique[2].

Les cryptologues de Bletchey Park sont plus particulièrement connus pour avoir déchiffré des messages chiffrés au moyen de la machine Enigma et de la machine de Lorenz. Les travaux fructueux d'équipes animées par Alan Turing, mais aussi Frank Birch, Peter Twinn, Harry Hinsley, Hugh Alexander, Gordon Welshman, Dilly Knox, Leslie Yoxall, et encore beaucoup d'autres, inconnus en France, contribueront de manière indéniable à l'effort de guerre et au futur développement de l'informatique, comme Max Newmann et Tommy Flowers, par la conception et la fabrication de Colossus, le premier ordinateur, plus rapide que les machines électromécaniques des Polonais.

Sommaire

Histoire [modifier]

À compter de 1939, la GC&CS réunit progressivement un effectif qui, au fil des années de guerre, totalisera plus de 7 000 personnes. Cette véritable armée fut rassemblée en grand secret dans une grande propriété proche de la ville de Bletchley, au nord-ouest de Londres. Cette propriété avait tout spécialement été achetée par Stewart Menzies, chef du MI6. Bletchley est située à égale distance d'Oxford et de Cambridge, sièges des deux plus prestigieuses universités du pays.

Bletchley Park héberge des militaires de carrière et des civils, mobilisés ou non. Elle réunit non seulement des cryptologues de métier, mais encore des mathématiciens, des linguistes, des joueurs d'échecs, des érudits en tout genre comme six cruciverbistes virtuoses, recrutés sous couvert d'un concours organisé en 1942 par le Daily Telegraph[3].

Les travaux aujourd'hui les plus connus concernent les messages allemands chiffrés au moyen de la machine électromécanique Enigma. Les cryptologues de Bletchley Park sont munis de moyens sophistiqués pour l'époque, les bombes, machines électromécaniques spécialement conçues pour la cryptanalyse (voir Cryptanalyse d'Enigma pour plus de détails). Cette machinerie formidable permet aux Alliés de prendre connaissance d'une partie significative des communications des autorités militaires allemandes[4].

Les renseignements obtenus, classés sous le nom de Source Ultra, ne sont communiqués qu'à une infime minorité de hauts responsables civils et militaires. Les informations collectées sont traitées afin de camoufler leur origine. Elles sont exploitées avec précaution, de peur que les Allemands ne se rendent compte que leurs codes et leurs chiffres ne sont pas hermétiques et qu'ils ne compliquent davantage leur système[5].

Les activités de Bletchley Park se déroulaient dans le secret le plus strict. Ce secret est maintenu après la guerre, d'autant que la GC&CS poursuit ses activités, sous un autre nom, puisque bien des codes et des chiffres sont alors toujours en service, de même plusieurs machines ont été développées sur le principe d'Enigma. Les premières indiscrétions ne sont commises qu'au milieu des années 1970[6]. Les documents permettant de reconstituer les procédures de décryptage de messages Enigma ne sont déclassés qu'après 2000[7].

Les quartiers [modifier]

Une grande partie des travaux est conduite à l'intérieur du manoir et de ses dépendances, écuries, cottages des domestiques. D'autres bâtiments sont élevés à mesure du développement du centre. Outre les célèbres « huttes » construites en bois, plusieurs bâtiments de briques, les « blocs ». Les murs sont doublés de parapets anti-souffle, tandis que les toits sont couverts de revêtements de protection contre les retombées d'éclats d'obus antiaériens. L'affectation des locaux, qui a évolué au cours de la guerre, illustre la complexité des recherches. D'un local à l'autre, les chercheurs ne savent pas ce que font leurs voisins.

Huttes de bois :

  • Hutte 1 – au début, station TSF, puis administration, bureau transports, service dactylographie et service entretien des bombes ;
  • Hutte 2 – foyer ;
  • Hutte 3 – renseignements : traduction et analyse de décryptages, Luftwaffe et Heer (armée de terre allemande)
  • Hutte 4 – renseignement naval : analyse de décryptages (Enigma navale et machine C-36) ;
  • Hutte 5 – renseignement militaire (chiffres italiens, espagnols, portugais) et codes des polices allemandes ;
  • Hutte 6 – cryptanalyse d'Enigma, Luftwaffe et Heer ;
  • Hutte 7 – cryptanalyse des codes navals et des services de renseignements japonais ;
  • Hutte 8 – cryptanalyse de l'Enigma navale ;
  • Hutte 10 – codes du Secret Intelligence Service, départements Air et Météo ;
  • Hutte 11 – fabrication de bombes ;
  • Hutte 14 – centre de transmissions ;
  • Hutte 15 – SIXTA (Hut Six Traffic Analysis): analyse du trafic décrypté dans la Hutte 6 ;
  • Hutte 16 – ISK (Intelligence Service Dilly Knox), trafic radio de l'Abwehr, chiffre Enigma ;
  • Hutte 18 - ISOS (Intelligence Section Oliver Strachey): trafic radio de l'Abwehr, chiffres manuels.

Bâtiments de briques, ou « blocs » :

  • Bloc A – renseignement naval ;
  • Bloc B – briseurs de codes italiens (aviation et marine) et de codes japonais ;
  • Bloc C – fichier des cartes perforées ;
  • Bloc D – Enigma (extension des Huttes 3, 6 et 8) ;
  • Bloc E – émetteurs/récepteurs radio et machines Typex ;
  • Bloc F - analyses (« Newmanry », « Testery ») et aviation militaire japonaise ;
  • Bloc G – analyse de trafic et opérations de déception ;
  • Bloc H – machines Lorenz et Colossus (aujourd'hui National Museum of Computing).

En 1991, pour sauver le site qui devait être détruit pour laisser place à des habitations, d'anciens employés et amateurs d'histoire ont créé une association pour sauver le site en y créant un musée de l'informatique (ouvert en 1994), aidé par English Heritage, mais avec quelques difficultés financières[8].

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Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Michael Smith, The Emperor's codes, Biteback Publishing, 2010
  2. voir Bataille de l'Atlantique, para 2.4.1 Renseignement
  3. Sinclair McKay, The secret life of Bletchley Park, Aurum, 2010
  4. Michael Smith, The secrets of Station X, Biteback Publishing, 2011
  5. Par exemple, en Méditerranée, lorsque la position d'un navire ennemi était connue suite à l'interception et au décryptage de messages, avant toute opération militaire consécutive, les Alliés envoyaient un avion de reconnaissance qui était censé l'avoir repéré « par hasard » cf F.H. Hinsley et Alan Stripp, Codebreakers, Oxford University Press, 1994
  6. Frederic Winterbotham, The Ultra secret, Weidenfeld & Nicolson, 1974
  7. Hugh Sebag-Montefiore, Enigma, the battle for the code, Phoenix, 2011
  8. Article du journal Le Monde intitulé « Alan Turing ou la difficile réhabilitation de la mémoire d'un pionnier de l'informatique  », du 2009/08/31 (consulté 2009/10/02)
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