David Lloyd George

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David Lloyd George
Image illustrative de l'article David Lloyd George
Fonctions
53e Premier ministre du Royaume-Uni
7 décembre 191622 octobre 1922
5 ans, 10 mois et 15 jours
Monarque George V
Prédécesseur Herbert Henry Asquith
Successeur Andrew Bonar Law
Ministre des munitions
25 mai 19159 juillet 1916
Premier ministre Herbert Henry Asquith
Prédécesseur Nouvelle fonction
Successeur Edwin Samuel Montagu
Chancelier de l'Échiquier
12 avril 190825 mai 1915
Premier ministre Herbert Henry Asquith
Prédécesseur Herbert Henry Asquith
Successeur Reginald McKenna
Biographie
Date de naissance 17 janvier 1863
Lieu de naissance Manchester
Date de décès 26 mars 1945 (à 82 ans)
Lieu de décès Drapeau : Royaume-Uni Llanystumdwy
Nationalité britannique
Parti politique Parti libéral
Conjoint Margaret Lloyd George
Frances Stevenson
Profession avocat
Religion Non-conformisme

Signature

David Lloyd George
Premiers ministres du Royaume-Uni

David Lloyd George (17 janvier 1863 à Manchester - 26 mars 1945 à Llanystumdwy, Pays de Galles), 1er comte Lloyd George de Dwyfor, est un homme d'État britannique. Il fut le dernier Premier ministre à appartenir au parti libéral.

Jeunesse et débuts politiques (1863-1905)[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Né le 17 janvier 1863, Lloyd George est le fils de William George, enseignant, et d’Elizabeth Lloyd, gouvernante. Bien qu’il soit né à Manchester, il est Gallois, et retourne rapidement à Pembrokeshire, d’où son père est originaire. Lorsqu’il atteint l’âge d’un an, il perd son père d’une pneumonie. David et son frère William partent vivre chez leur oncle, Richard Lloyd, à Llanystumdwy, Caernarfonshire. Richard Lloyd est un cordonnier non conformiste, très impliqué dans la « Nonconformist denomination of Campbellite Baptists » [1]. Ses engagements ont une grande influence sur l’opinion politique de Lloyd George. L’enfance de Lloyd George est une période essentielle de sa vie. En effet, Lloyd George joue de ses origines sociales peu aisées pendant toute sa carrière, notamment pour redorer son image en période de crise, mais aussi pour appuyer certaines de ses politiques (notamment The People’s Budget) [1]. Il n’a jamais voulu être considéré comme faisant partie de l’élite britannique, qu’il appelle « The Dukes » (« Les Ducs »). En 1898 il confie à un journal[2] que son grand luxe étant petit était de manger un demi œuf le dimanche matin, laissant supposer qu’il venait d’une famille très modeste. En dépit de son appartenance au parti libéral, il informe le travailliste George Lansbury en 1931 qu’il « ne pourrait jamais trahir les intérêts des travailleurs parce que c’était la classe d’où il venait » [3]. Néanmoins, John Grigg a souligné l’exagération dont a fait preuve Lloyd George quant à son milieu d’origine. Notamment, des témoignages ont rapporté que les frères Georges étaient les mieux habillés du comté[4] et ont pu faire des études. Lloyd George, en partie autodidacte[5] et son frère ont de très bons résultats à l’école. Lloyd George apprend le français et le latin. Il choisit le droit car c’est un secteur qui présente de nombreux avantages : il procure rapidement une indépendance financière[6], et peut mener à la politique. Il intègre un cabinet d’avocats en 1879 à Porthmadog, et acquiert rapidement la réputation d’un fervent défenseur des gens du peuple contre les « puissants »[7]. Lloyd George est ambitieux et déterminé[8] : il passe avec succès l’examen de droit (Law Society) en 1884. En 1885, il crée son propre cabinet à Criccieth. Le cabinet qu’il tient avec son frère à partir de 1887, prospère. Connu comme « l'avocat des braconniers » à la suite d’un procès qu'il remporta, il fonda un syndicat d'agriculteurs et, en 1887, le journal Udgorn Rhyddid (Les Trompettes de la Liberté) dans lequel il défendait l'idée d'une autonomie pour le Pays de Galles. Parallèlement, il prêche à la Chapelle Baptiste, où il exerce ses talents d’orateur. Il acquiert une réputation de très bon prêcheur. En 1888 il se marie à Margaret Owen, fille d’un fermier aisé. Même si on ne sait pas exactement quand, il deviendra soudainement agnostique[9], et le restera toute sa vie.

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Il entre au parti libéral local, et devient conseiller municipal du Conseil de Caernarfon en 1889. Il prend part à des campagnes politiques, et défend l’idée de faire disparaître les impôts versés à l’Église. Il était pour la réforme de la terre : ses références étaient Thomas Spence, John Stuart Mill, Henry George, ou encore les pamphlets de George Bernard Shaw et Sidney Webb sur la société fabienne. Tous ces auteurs étaient en faveur d’une prise en main du problème de la propriété terrienne. Également en 1888, il gagne un procès important pour les Gallois : il obtient le droit pour les non-conformistes d’être enterrés selon leurs propres rites. C’est ce procès, vécu comme une victoire dans tout le Pays de Galles, qui a conduit Lloyd George le 27 décembre 1888 à être choisi pour représenter le parti libéral dans la circonscription de Caernarfon.

Député MP (Member of Parliament)[modifier | modifier le code]

En 1890, il est le candidat libéral pour la circonscription de Caernarfon à la Chambre des communes. Son programme[10] repose sur l’égalité religieuse au Pays de Galles, la réforme de la terre (« Land Reform »), un veto local pour procurer des licences pour la vente d’alcool, un impôt graduel et plus de libre-échange. Il remporte l’élection avec 19 voix d’avance, et devient MP, Member of Parliament (député) de Caernarfon en 1890, à l’âge de 27 ans, ce qui en fait le plus jeune membre du parlement. Il gardera son siège jusqu’en 1945, cinquante-cinq ans plus tard.

Être membre du parlement n’étant pas rémunéré à l’époque, il poursuit ses activités d’avocat. Il est toujours en partenariat avec son frère à Criccieth, et ouvre un autre cabinet à Londres, qui fusionne en 1897 avec celui de Rhys Roberts pour donner le « Lloyd George, Roberts and Co ».

Très vite, il est craint et respecté à la fois dans la Chambre des Communes. Il s’est fait reconnaître comme un homme d’énergie, à l’apparence et au caractère peu conventionnels[5]. Il est fort impliqué dans les débats qui concernent le Pays de Galles, qu’il essaie de soustraire à l’influence et l’autorité de l’Église anglicane. Lloyd George forme en 1894 la « Révolte des Quatre »[11] avec D.A.Thomas, Herbert Lewis et Frank Edwards pour demander davantage de représentation pour le Welsh Liberal Party. Il fonde aussi la même année le Cymru Fydd (« Ce que le Pays de Galles doit être »), qui défend l’idée d’un Home Rule pour le Pays de Galles, mais c’est un fiasco.

La seconde guerre des Boers divise le parti libéral en deux : les radicaux d’un côté et les impérialistes de l’autre. Ces derniers, qui comptent dans leurs rangs Herbert Henry Asquith, Richard Burdon Haldane, sont favorables à la guerre. Lloyd George et Chamberlain sont radicaux. En dépit de l’attention que lui attirait son art oratoire, on pariait que Lloyd George perdrait son siège aux élections de 1900 du fait de son opposition à la guerre des Boers (laquelle lui a pourtant procuré une notoriété nationale). Mais à Caernarfon, il était considéré comme la figure la plus importante du parlement, parce qu’il défendait les droits des gallois : il fut réélu.

Les dirigeants du parti libéral désapprouvent également le rôle de Lloyd George dans son opposition à la réforme de l’éducation de 1902. Il encourageait dans ses discours le peuple à ignorer la loi et à supporter John Clifford et son comité national de résistance passive. Environ 170 non conformistes ont été envoyés en prison pour avoir refusé de payer leurs frais de scolarité.

New Liberal (Nouveau libéral) 1905-1914[modifier | modifier le code]

President of the Board of Trade (Président du Bureau de Commerce)[modifier | modifier le code]

En 1905, le premier ministre Campbell-Bannerman offre un poste au Cabinet à Lloyd George, qui en devient le membre le plus jeune. Il devient Président du bureau du Commerce (the Board of Trade). Son sérieux lui vaut davantage de notoriété et de reconnaissance. Il met en œuvre de nombreuses lois comme le Merchant Shipping Act (Loi sur le commerce de la pêche) au cours duquel il consulte les propriétaires de bateaux pour ne pas les prendre de cours, le Patents Act (loi sur les brevets), le Port of London Act (Loi sur le Port de Londres) en 1908. Il évite même une grève ferroviaire en 1907 en s’interposant entre les patrons et les syndicats. Cela aide à effacer sa première réputation « d’homme sauvage »[12].

Chancellor of the Exchequer (1908-1915)[modifier | modifier le code]

En 1908 Campbell Bannerman se retire, et Lloyd George peut espérer obtenir une promotion, que lui donne Herbert Asquith qui succède au poste de premier ministre : Lloyd George devient Chancelier de l'Échiquier (ministre des finances). Il innove en mettant pour la première fois en place des pensions d’État, et déclare la guerre à la pauvreté. Pour financer les grandes réformes sociales auxquelles il aspire, ainsi que pour étendre la marine britannique, il taxe les propriétaires fonciers. Si cela pourrait sembler paradoxal venant d’un libéral, lui préféra dénoncer vivement l’aristocratie et les riches propriétaires terriens. On peut citer deux de ses réformes majeures :

« The People’s Budget »[modifier | modifier le code]

Lloyd George était un opposant farouche aux Poor Law (loi sur les pauvres). Il se disait déterminé à rendre la vie des pauvres « moins sombre ». Fortement influencé par les idées de Thomas Paine, il veut mettre en place un système de retraite, et prépare un Old Age Pensions Act (loi sur les retraites). Il s’agit de donner entre 1s et 5s par semaine aux plus de 70 ans. Pour financer cette réforme, il doit trouver 16 millions de livres par an. Pour ce faire, il annonce « Le Budget du Peuple » : ceux dont le revenu excède 3 000 £ devront payer plus d'impôt. Il ajoute un impôts supplémentaire pour ceux qui gagnent plus de 5 000 £ par an, augmente les droits de succession pour les riches, ainsi que les taxes prélevées sur les revenus de la propriété et de la vente de propriété[13]. Mais les conservateurs majoritaires à la Chambre des Lords, dont la plupart font partie de la tranche la plus riche du Royaume Uni, sont contre ce projet, et usent de leur veto pour empêcher la loi d’entrer en vigueur. Lloyd George fit alors campagne pour son budget en se rendant auprès des travailleurs, sur leurs lieux de travail, en dressant le portrait d’une noblesse usant de ses privilèges pour empêcher les pauvres de recevoir leur pension de retraite. Finalement, le gouvernement libéral décida de réduire les pouvoirs de la Chambre des Lords, qui d’ailleurs était déjà très impopulaire auprès du peuple. Il propose, en 1911, le Parliament Act. Henry Asquith demande au roi George V de rééquilibrer la chambre des Lords. Le roi accepte d’augmenter le nombre de Lords, en créant 250 nouveaux sièges de Lords, ce qui pourrait avantager les libéraux. Devant cette menace de renversement de la majorité à la Chambre des Lords, celle-ci accepte de voter le Parliament Act. Le Parliament Act retire le veto de la Chambre des Lords détenait jusqu’alors sur certains types de lois votées par la Chambre des Communes. Dès lors, les Lords ne peuvent plus empêcher le passage de lois de finances, et ne peuvent prolonger une autre loi au-delà des trois sessions du parlement. Le « Budget du Peuple » est voté.

Le National Insurance Act de 1911[modifier | modifier le code]

Cette loi procure un système d’assurance maladie et chômage. Chaque personne âgée de 16 à 70 ans et touchant un salaire doit cotiser. Chaque travailleur paie 4 d par semaine et l’employeur ajoute 3 d, l’État 2 d. En retour, les soins médicaux deviennent gratuits, et en cas de chômage n’excédant pas 15 semaines par an, 7 s par semaine sont versés.

Suite à ces deux réformes, Lloyd George fut accusé d'être un socialiste par les conservateurs. Ce n’était d’ailleurs pas la seule critique faite à son endroit.

Critiques et scandales[modifier | modifier le code]

Lloyd George aurait été critiqué par des politiciens comme James Keir Hardie, Fred Jowett et George Lansbury sur des questions économiques (budget trop bas, manque de moyens, etc…). En 1912, il est accusé de corruption par le journal hebdomadaire The Eye-Witness (« Le témoin oculaire »). Lloyd George aurait, avec la complicité de Herbert Samuel et de Rufus Isaacs, acheté des parts en se basant sur sa connaissance d’un contrat signé par le gouvernement avec la compagnie Marconi. C’est le « scandale Marconi ». Une enquête gouvernementale est lancée en janvier 1913 à la demande du journal : il fut en effet révélé au grand jour que Lloyd George avait acheté des parts à Isaacs, et qu’ils avaient tous deux profité de leur connaissance des politiques gouvernementales. Néanmoins, Lloyd George et Rufus Isaacs n’ont pas été jugés coupables de corruption pour autant.

Lloyd George et la Grande guerre[modifier | modifier le code]

Du pacifiste au patriote[modifier | modifier le code]

David Lloyd George, comme de nombreux libéraux anglais de cette époque-là se révèle être, à l’aube de la première guerre mondiale, un pacifiste convaincu (L’Angleterre de 1914-1915). En août 1914, il est le chancelier de l’échiquier (équivalent français du ministre des finances), et lorsque la guerre éclate, pour éviter le chaos financier, il décide de fermer les banques pendant trois jours, ce qui lui vaut les louanges de la City. Le 17 septembre 1914, dans un discours à Queens’ Hall, il appelle le peuple britannique à rallier cette guerre inévitable, et devient ainsi l’un des premiers libéraux à faire preuve d’un tel patriotisme.

Une ascension fulgurante[modifier | modifier le code]

Il argumente auprès du cabinet que les décisions importantes concernant la guerre doivent être prises par les gouvernants, et non par les membres de l’armée « Cette guerre est trop importante pour être laissée aux mains des militaires », il prend donc une place de plus en plus importante aux côtés d’Asquith, le premier ministre de l’époque. Cette position lui valut le mécontentement[14] de nombreux conservateurs tels que Lord Balfour qui voyaient en l’armée l’incarnation de la nation. Le gouvernement de coalition d’Asquith, le chef des libéraux, bat de l’aile à partir de 1915, année durant laquelle Lloyd George devient ministre des munitions. En 1916, alors ministre de la guerre, il propose de former un cabinet restreint de guerre, dont le premier ministre ne ferait pas partie et qui aurait en charge la mobilisation de la nation. Cette initiative provoque la scission du parti libéral et, le 6 décembre, Lloyd George remplace Asquith au poste de premier ministre. Le 11 décembre 1916, il est invité à former un gouvernement[15]. Il remplace Herbert Asquith au poste de Premier Ministre. Il donne un souffle nouveau à l’effort de guerre et une grande impulsion à la Grande-Bretagne, en centralisant le fonctionnement du gouvernement . De 1916 à 1918, il persuade la Royal Navy d’utiliser le système du convoi, et unifie les armées alliées sous le commandement du général français Foch[16]. Beaucoup considèrent qu’il a joué un grand rôle dans l’issue heureuse de la guerre. Le jour de l’Armistice, c’est-à-dire le 11 novembre 1918, il déclare : « Ce n’est pas un moment de paroles. Nos cœurs sont si pleins de gratitude qu’aucune langue ne pourrait l’exprimer réellement ». Il fut considéré comme l’homme qui avait gagné la guerre, de telle sorte que sa coalition gagna les élections de 1918. Par ailleurs, ces élections ont été les premières auxquelles les femmes, qui venaient d’acquérir le droit de vote, ont pu participer.

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Une nouvelle forme de gouvernance[modifier | modifier le code]

En 1916, il devient donc le 53e Premier Ministre du Royaume-Uni, le premier originaire du Pays de Galles. Sa conception de la gouvernance est claire dès le début : la personnalisation du pouvoir est poussée à l’extrême. Son gouvernement implique la formation immédiate, autour du premier ministre d’un cabinet restreint de cinq membres. Lloyd George, directement, ou à travers ses proches conseillers, intervient donc à tous les échelons. Le pouvoir est ainsi centré sur sa personne. En 1918, lors du premier vote auquel les femmes britanniques participent, il conserve la tête du gouvernement grâce à une coalition avec les conservateurs, ce qui le rend, en quelque sorte dépendant de ces derniers[17]. Lloyd George, en sa qualité de premier ministre apparait, au sortir de la guerre, comme le chef d’orchestre de la transition entre une économie de guerre et une économie de paix. Il réaffirme le besoin de s’appuyer sur l’agriculture et augmente le protectionnisme de l’État, limite les importations pour relancer l’économie intérieure[18].

Lloyd George et le traité de Versailles[modifier | modifier le code]

Il représente le Royaume Uni à la Conférence de paix de Paris de 1919 et au Traité de Versailles, se heurtant à la fois au président du conseil français Georges Clemenceau et au président des États-Unis Woodrow Wilson. Lloyd George veut punir l'Allemagne politiquement et économiquement, mais sans aller comme le souhaiterait Clemenceau jusqu'à anéantir sa puissance. Lorsqu'on lui demande ensuite comment il s'en est tiré à Versailles, il répond par un trait d'esprit : « Pas mal en considérant que j'étais assis entre Jésus Christ et Napoléon »[19]. Le traité de Versailles fut l’un des moments forts de la carrière de Lloyd George. Il n’a cessé de tenter de conserver les intérêts de la Grande-Bretagne tout en essayant de minimiser les réparations infligées à l’Allemagne pour que celles-ci soient abordables pour le grand perdant de la Grande Guerre.

Lloyd George et l'Irlande[modifier | modifier le code]

Son temps à la tête du gouvernement fut également marqué par les velléités d’indépendance de l’Irlande. Dès le début des hostilités, Lloyd George ne prend pas réellement position[6] quant à la situation de l’Irlande et de l’Ulster tant il est tiraillé par les deux bords de sa coalition. Au milieu de l’année 1921, Lloyd George entame de sérieuses négociations avec les Irlandais. Il offre à l’Irlande l’indépendance avec un statut de dominion qui créé l’État indépendant Irlandais. L’Irlande continue néanmoins d’appartenir à l’Empire avec un gouverneur général et des bases militaires pour la British Navy. L’Ulster continue d’appartenir au Royaume-Uni, mais la question de ses frontières reste floue. Ces discussions confirment les qualités de fin négociateur, déjà perçues à Versailles, de Lloyd George et aboutissent à un traité avec l’Irlande en décembre 1921. Même si ce traité débouche ensuite sur la guerre civile en Irlande et sur de violents affrontements en Irlande du Nord, de nombreux historiens affirment que cette solution trouvée par Lloyd George était la moins pire dans de telles circonstances. De la fin de la guerre jusqu’en 1922, la position de Lloyd George ne dépendait que du bon vouloir d’entente de sa coalition. En 1922, il n’est plus soutenu par les conservateurs qui décident de le remplacer par Bonar Law au 10, Downing Street. Malgré les difficultés internes de sa coalition, Lloyd George est parvenu à mener le Royaume-Uni à une sortie honorable de la guerre, et elle voit sa position à l’international renforcée grâce à lui. Il a su gérer des crises qui auraient pu être bien pire comme la grande grève de 1921 ou l’accès à l’indépendance de l’Irlande[20].

Fin de carrière : 1922-1945[modifier | modifier le code]

Pendant les années 1920, on continuait de penser que Lloyd George retournerait au pouvoir, mais cela n’est jamais arrivé[21]. En 1926, il succède à Asquith à la tête du parti libéral. Depuis les désastreux résultats des élections de 1924, le parti libéral n’est plus que le troisième parti. Pour regagner des voix, Lloyd George finance de sa poche des candidats, et mise sur de nouvelles idées innovantes en matière de politiques d’emploi. Avec l’aide de John Maynard Keynes, il écrit « We can Conquer Unemployment ». Mais les résultats de l’élection de 1929 sont toujours décevants. C’est la même année que Lloyd George devient le « Père de la Chambre », c’est-à-dire celui qui y a exercé le plus longtemps. En 1931, son mauvais état de santé l’empêche d’entrer au Gouvernement National. À partir des années 1930, Lloyd George glisse à la marge de la vie politique Britannique. Il n'est bien sur pas le seul libéral dans ce cas. En effet, le parti libéral perd de plus en plus de voix, à mesure que le parti travailliste monte. Néanmoins, par intermittence, Lloyd George revient sur le devant de la scène, notamment lorsqu’il publie ses Mémoires de Guerre. De 1934 à 1935 il préside le London Welsh Trust[22]. En Janvier 1935, il annonce un programme de réformes économiques, qu’il appelle le « Lloyd George’s New Deal », sur le modèle du « New Deal » (nouvelle donne) Américain. Il s’agit essentiellement des mêmes propositions de réformes keynésiennes qu’en 1929. En Mars, il soumet un mémoire de 100 pages au Cabinet. Après avoir été examiné d’Avril à Juin, son programme ne gagne pas la faveur de la Chambre de Communes. D’ailleurs, de nombreux conservateurs membres du gouvernement de coalition ont menacé de démissionner si Lloyd George y entrait[23]. En septembre 1936, Lloyd George se rend en Allemagne pour discuter avec le dictateur Adolf Hitler. Ce dernier lui signa une autographe sur une photo de lui-même, et lui dit qu’il était ravi de rencontrer « l’homme qui avait gagné la guerre ». Lloyd George aurait été ému par cet acte, et aurait répondu qu’il était honoré de recevoir un tel cadeau « du meilleur Allemand qui soit »[24]. Quand il rentre au Royaume Uni il écrit un article dans le Daily Express du 17 septembre 1936 dans lequel il fait l’éloge d’Hitler. En 1940, en pleine guerre mondiale, Lloyd George fait un discours à la Chambre. Son intervention est considérée comme la plus importante et la meilleure de sa carrière en ce qu’elle a permis de destituer Neville Chamberlain du poste de premier ministre, pour que Winston Churchill puisse finalement y accéder. Churchill offrit un poste au Cabinet à Lloyd George, qui refusa. Il pensait que la Grande-Bretagne allait perdre la guerre. Par exemple, il écrivit au Duc de Bedford en septembre 1940 une lettre[25] dans laquelle il se disait en faveur d’une paix avec l’Allemagne après la Bataille de la Grande-Bretagne[26] . Lorsqu’il fait un discours pessimiste le 7 mai 1941, Churchill le compare à Philippe Pétain.

Le 11 juin 1942, il fait son tout dernier discours à la Chambre des Communes. Il vote pour la dernière fois le 18 février 1943, pour défendre le Welfare State dont il avait participé à la création. Dans ses dernières années, il est beaucoup affaibli physiquement. Il continue d’aller régulièrement à la Chapelle Baptiste de Londres, pour finalement retourner au Pays de Galles. Le 1er janvier 1945, Lloyd George est fait pair du Royaume, et élevé au rang de Comte Lloyd-George de Dwyfor et de Viscount Gwynedd, de Dwyfor dans le Comté de Caernarvonshire. Autrement dit, il a été fait Lord, mais n’a pas vécu assez longtemps pour siéger à la Chambre des Lords. Il meurt du cancer le 26 mars 1945, à l’âge de 82 ans, sa femme Frances et sa fille Megan à son chevet. Il est enterré le long de la rivière Dwyfor, à Llanystumdwy. Non loin de là, on trouve le Musée Lloyd George, qui a ouvert ses portes en 1963[27].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Lloyd George a eu une grande réputation de séducteur, d’où son surnom « le bouc »[28] . Margaret meurt le 20 janvier 1941[29]. À l’âge de 80 ans, en octobre 1943, et contre l’avis de ses enfants, il se marie à sa secrétaire et maîtresse Frances Stevenson (1888-1972), leur liaison ayant commencé en 1913[30]. Il avait eu cinq enfants de sa première femme : Richard (1889–1968), Mair (1890–1907, qui meurt d'une appendicectomie), Olwen (1892–1990), Gwilym (1894–1967) et Megan (1902–1966), et peut-être une fille de Frances Stevenson, Jennifer (1929-2012)[31]. Gwilym et Megan ont suivi ses pas en politique. Tandis que Gwilym a fait carrière au Parti Conservateur, sa sœur est quant à elle devenue Member of Parliament du Parti Travailliste en 1957.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ian Packer, Lloyd George, Macmillan press, Londres, 1998, p. 5.
  2. H. du Parcq, Life of David Lloyd George, Caxton, Londres, 1912, volume 1, page 14.
  3. Correspondance Lloyd George to Lansbury, 16 février 1931, Lloyd George MSS G/11/4/2( House of the Lords record office)
  4. William George, My brother and I, Faber & Faber, Londres, 1976, cité dans David Lloyd George
  5. a et b http://www.number10.gov.uk/past-prime-ministers/david-lloyd-george/
  6. a et b http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/PRgeorge.htm
  7. Ibid.
  8. Ian Packer, Lloyd George, op. cit. p 8-9
  9. Frank Owen, Tempestuous Journey: Lloyd George, His Life and Times, Hutchinson, Londres, 1954, page 31
  10. Ian Packer, Lloyd George, op. cit., page 14
  11. Ian Packer, Lloyd George, op. Cit., pages 16-17
  12. Ian Packer, Lloyd George, op. Cit., pages 21-25
  13. Gilbert, "David Lloyd George: Land, The Budget, and Social Reform" in The American Historical Review Vol. 81, N°5, Décembre 1976, pages 1058–1066
  14. Marx, Roland, l’Angleterre de 1914 à 1945, Armand Colin, 2ème édition, Paris, 1998, p 50-55.
  15. http://www.number10.gov.uk/past-prime-ministers/david-lloyd-george
  16. http://www.bbc.co.uk/history/historic_figures/george_david_lloyd.shtml
  17. Packer, Ian, Lloyd George, op. cit., pages 65-67
  18. Peden, G.C., British economic and social policy : Lloyd George to Margareth Thatcher, Atlantic Highlands Edition, Londres, 1985, page 63.
  19. Marx, Roland, L’Angleterre de 1914 à 1945, op. cit., pages 54-55
  20. Marx, Roland, L’Angleterre de 1914 à 1945, op. cit., page 69
  21. John Campbell, The Goat in the Wilderness, J. Cape, Londres, 1977, cité dans en:David_Lloyd_George|David Lloyd George]]
  22. http://www.londonwelsh.org/archives/1796
  23. Thomas Jones, Lloyd George, Oxford University Press, Londres, 1951, pages 238-39
  24. Thomas Jones, Lloyd George, op. cit., page 247
  25. David Reynolds, From World War to Cold War: Churchill, Roosevelt, and the International History of the 1940s, Oxford University Press, Oxford, 2006, page 79
  26. Paul Addison, The Road to 1945. British Politics and the Second World War, Pimlico, Londres, 1994, pages 224–225
  27. http://www.gwynedd.gov.uk/gwy_doc.asp?doc=13265&Language=1&p=1&c=1
  28. John Grigg, "Lloyd George, the people's champion, 1902–1911", Eyre Methuen, 1978, page 146, cité dans David Lloyd George
  29. Ruth Longford, "Frances, Countess Lloyd George: more than a mistress", Gracewing Publishing, 1996, page 6, cité dans David Lloyd George
  30. Ibid., pages 11–12
  31. Jennifer Longford, Memories of David Lloyd George, 2001, accessible sur le site internet http://lloydgeorgesociety.org.uk/en/article/2007/130322/memories-of-david-lloyd-george-by-jennifer-longford

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie de référence[modifier | modifier le code]

Richard Lloyd George, Lloyd George, F. Muller, Londres, 1960.

Martin Pugh, Lloyd George, Longman, New York, 1988.

Constantine Stephen, Lloyd George, Routledge, Londres, 1992.

Hugh Purcell, Lloyd George, Haus publication, Londres, 2006.

Chris Wrigley, Lloyd George, Blackwell, Oxford, 1992.

Peter Rowland, Lloyd George, Barrie and Jenkins, Londres, 1975.

Kenneth O. Morgan, Lloyd George, Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1974.

Thomas Jones, Lloyd George, Oxford University Press, Londres, 1951.

John Grigg, The young Lloyd George, HarperCollins, Londres, 1997.

John Grigg, Lloyd George, the people's champion, 1902–1911, Eyre Methuen, Londres, 1978.

John Grigg, Lloyd George, from peace to war, 1912-1916, Penguin Books, Londres, 1997.

John Grigg, Lloyd George, war leader, 1916-1918, Penguin Books, Londres 2003.

Ruth Longford, Frances, Countess Lloyd George: more than a mistress, Gracewing Publishing, 1996.

Gilbert, “David Lloyd George: Land, The Budget, and Social Reform," in The American Historical Review Vol. 81, No. 5 (Dec., 1976).

H. du Parcq, Life of David Lloyd George, Caxton, Londres, 1912-13.

Ian Packer, Lloyd George, Macmillan press, Londres, 1998.

William George, My brother and I, Faber & Faber, Londres, 1976.

Frank Owen, Tempestuous Journey: Lloyd George, His Life and Times (1955), Londres, 1954

Ouvrages écrits par Lloyd George[modifier | modifier le code]

Souvenirs de guerre, Éditions de la Nouvelle revue critique, 1937.

Mémoires de guerre, traduction de Charles Bonnefon, A. Fayard, Paris, 1934-1935, 2 vol.

My darling Pussy : the letters of Lloyd George and Frances Stevenson 1913-41, A.J.P. Taylor.

La vérité sur les réparations et les lettres de guerre, 1932, traduction Georges Blumberg, Gallimard, Paris.

Lien externe[modifier | modifier le code]


Précédé par
Herbert Henry Asquith
(1908 à 1916)
Drapeau du du Royaume-Uni
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1916 à 1922
Suivi par
Andrew Bonar Law
(1922 à 1923)