Peter Handke

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Peter Handke

Peter Handke est un écrivain, auteur dramatique, scénariste, réalisateur et traducteur autrichien né à Griffen (Carinthie) le 6 décembre 1942.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Griffen (Autriche), Peter Handke est le fils d'une cuisinière d'origine slovène et d'un soldat allemand, employé de banque dans le civil, stationné en Carinthie[1]. Peu avant sa naissance elle épouse un soldat allemand, conducteur de tram dans le civil. Le jeune Peter vit avec sa mère à Berlin-Est avant de retourner à Griffen. L'alcoolisme grandissant de son beau-père Bruno Handke, et l'étroitesse des conditions de vie sociale dans cette petite ville isolée le conduisent plus tard à se révolter continuellement contre les habitudes et les restrictions de la vie.

En 1954, il entre en internat au lycée catholique et humaniste de Tanzenberg. Il se plonge dans la lecture de classiques et est impressionné, à 15 ans, par Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos qui « l'abreuve du sang noir du catholicisme »[1]. Dans le journal de l'internat, Fackel (La Torche), il publie ses premiers textes. En 1959, il entre à l'internat de Klagenfurt et y obtient en 1961 la Matura, diplôme qui sanctionne en Autriche la fin des études secondaires. Il entame alors des études de droit à Graz. Après ses premiers succès littéraires, il rejoint le groupe Forum Stadtpark der Grazer Gruppe et abandonne ses études en 1965, pour se consacrer entièrement à l'écriture, après que l'éditeur Suhrkamp a accepté son manuscrit Die Hornissen (Les Frelons).

À ses débuts, Peter Handke rejette les modèles dominants de la littérature et se lance dans une révolte langagière et narrative sous l'influence de l'absurde et du Nouveau Roman[2]. Il est également marqué par ses lectures de Franz Kafka, Samuel Beckett et William Faulkner qui l'amènent à réfuter avec violence le réalisme et à prôner une écriture expérimentale[2]. Il se revendique également du Wiener Gruppe dont il partage les valeurs et les techniques stylistiques. Cette influence transparaît dans ses romans (Le Colporteur, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty), ses pièces de théâtre (Gaspard, La Chevauchée sur le lac de Constance) et sa poésie, située entre rêve et évocation de la banalité quotidienne (L'Intérieur de l'extérieur de l'intérieur, Poème bleu)[3]. La thématique de ses textes se centre sur l'angoisse procurée par la société contemporaine, l'incommunicabilité et l'errance de l'être dans le monde comme dans le langage. L'auteur se montre soucieux de maîtriser ses effets et manifeste une grande retenue, mêlant un style inventif à des images marquantes[4]. Son travail sur la langue se situe volontairement du côté de la culture moderne littéraire et philosophique autrichienne qui analyse le langage et le met à distance (Karl Kraus, Ludwig Wittgenstein, Fritz Mauthner). L'auteur déclare : « La littérature, c'est le langage devenu langage; la langue qui s'incarne. J'écris avec la respiration, pour découvrir le sacré, celui de la vie. Je crois être un romantique décidé, qui rend grâce à la mémoire. »[1].

En 1966, il réussit une intervention spectaculaire lors de la rencontre du Groupe 47 à Princeton, où il présente sa pièce provocante et avant-gardiste Publikumsbeschimpfung (Outrage au public). Lors de la réception du prix Gerhart Hauptmann en 1967, il exprime sa colère et sa tristesse au sujet de l'acquittement d'un policier qui causa le décès d'un étudiant. Handke est largement marqué par les événements de mai 1968. Il est le cofondateur de « l'édition de Francfort des auteurs » en 1969 et membre de l'assemblée des auteurs de Graz de 1973 à 1977. Il reçoit le prix Büchner en 1973.

Dans Der kurze Brief zum langen Abschied (La Courte Lettre), il évoque l'échec de son mariage à travers l'histoire d'un Autrichien qui erre dans toute l'Europe et les États-Unis à la recherche de son épouse. Il part un temps s'installer en région parisienne avant de revenir en Autriche. Ultérieurement, il revient vivre en France.

Passionné de cinéma, Handke entame une collaboration avec Wim Wenders. En 1978 sort son film en tant que réalisateur, La Femme gauchère.

Dans les années 1980, il évolue vers une production littéraire plus conventionnelle, ce qui lui vaut des critiques de la part de l'intelligenstia qui lui reproche d'être le « chantre d'un idéalisme néo-romantique ou néo-classique »[5],[1]. Il voyage alors en Alaska, au Japon et en Yougoslavie. Ces récits de voyage Eine winterliche Reise zu den Flüssen Donau, Save, Morawa und Drina oder Gerechtigkeit für Serbien (Voyage hivernal vers le Danube), parus en 1996, où il présente les Serbes comme victimes de la guerre civile, soulèvent de violentes controverses qui perdurent encore jusqu'à ce jour. Yves Laplace analyse notamment la « déroute » de Peter Handke à ce sujet dans son ouvrage Considérations salutaires sur le massacre de Srebrenica. En 1999, Handke condamne les bombardements de l'OTAN sur la République serbe[1]. En 2005, l'ex-président Slobodan Milošević, accusé de génocide et de crime contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye, cite Peter Handke comme témoin pour sa défense. Même si Handke refuse de répondre à cette demande, il écrit un essai s'intitulant Die Tablas von Daimiel (Les Tables de Daimiel) qui porte comme sous-titre Ein Umwegzeugenbericht zum Prozeß gegen Slobodan Milošević (Un rapport testimonial détourné pour le procès contre Slobodan Milošević).

Peter Handke a vécu à Graz, Düsseldorf, Berlin, Paris, Kronberg in Taunus, aux États-Unis (1978-79), à Salzbourg (1979-88) et, depuis 1991, à Chaville en Île-de-France et il retourne parfois à Salzbourg. Il a traduit en allemand des œuvres d'Emmanuel Bove, René Char, Francis Ponge et Patrick Modiano[1]. Outre-Rhin, il a également contribué à faire connaître l'un des premiers romans de Julien Green[1].

Il a deux filles, Amina Handke, qui a étudié la peinture et les médias, et Léocadie.

Controverse relative aux funérailles de Milošević[modifier | modifier le code]

Ses écrits ont déclenché la polémique lorsqu'il est intervenu en faveur de la Serbie. Le 18 mars 2006, à l'occasion des funérailles de Slobodan Milošević auxquelles il assiste, il déclare : « Le monde, le soi-disant monde sait tout sur la Yougoslavie, la Serbie. Le monde, le soi-disant monde, sait tout sur Slobodan Milošević. Le soi-disant monde connaît la vérité. C'est pour ça que le soi-disant monde est absent aujourd'hui, et pas seulement aujourd'hui, et pas seulement ici. Le soi-disant monde n'est pas le monde. Moi, je ne connais pas la vérité. Mais je regarde. J'écoute. Je ressens. Je me souviens. Je questionne. C'est pour ça que je suis aujourd'hui présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic. »[1].

Cette intervention entraîne l'annulation par l'administrateur général de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet, des représentations de sa pièce Voyage au pays sonore ou l'art de la question prévues pour 2007. Peter Handke bénéficie du soutien du monde de la culture qui, dans son ensemble, considère cet acte comme une censure injustifiée[6]. Une pétition contre la censure de son œuvre circule et rassemble Emir Kusturica, Patrick Modiano, Paul Nizon, Bulle Ogier, Luc Bondy ou encore sa compatriote Elfriede Jelinek, lauréate du prix Nobel de littérature en 2004[6].

La même année, une polémique éclate à Düsseldorf où le prestigieux prix Heinrich Heine est décerné à Handke. Mais le conseil de la ville refuse de lui remettre la récompense, spécialement dotée de 50 000 euros pour célébrer le 150e anniversaire de la mort du poète. De même, deux jurés du prix démissionnent pour protester contre ce choix. Afin de ne pas faire enfler la polémique, Peter Handke renonce finalement à la distinction. Il décline également l'offre des comédiens Rolf Becker et Käthe Reichel de lui offrir un prix Heine alternatif de la ville de Berlin, dotée d'une somme équivalente et déclare que cela le « renforcerait dans le statut de paria et de coupable ; celui d'avoir commis le crime de penser différemment et d'avoir un autre point de vue sur l'histoire de la Yougoslavie. »[7].

Condamnation du Nouvel Observateur[modifier | modifier le code]

Le 4 décembre 2007, la 17e chambre civile du TGI de Paris a jugé l'hebdomadaire coupable de diffamation envers Peter Handke pour un article publié le 6 avril 2006, sous la signature de Ruth Valentini, sous le titre « Handke à Pozarevac », dans la rubrique « Sifflets »[8], article auquel est reproché par le tribunal l'allégation selon laquelle, par sa présence aux obsèques de Slobodan Milošević, Peter Handke aurait pu « approuver le massacre de Srebrenica et d'autres crimes dits de purification ethnique », le tribunal ayant rejeté l'excuse de la bonne foi[9]. Le journal et son directeur de la publication devront payer un euro de dommages et intérêts ainsi que 2 500 € au titre de frais de justice.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Frelons (1966)
  • Bienvenue au conseil d'administration (1967)
  • Le Colporteur (1967)
  • Espaces intermédiaires (1969)
  • L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty (1970)
  • Le Vent et la mer (pièces radiophoniques) (1970)
  • La Courte lettre pour un long adieu (1972, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • J'habite une tour d'ivoire (1972)
  • Le Malheur indifférent (1972)
  • L'Heure de la sensation vraie (1975, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Faux mouvements (1975)
  • La Femme gauchère (1976, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Le Poids du monde (1977, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Lent retour (1979, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • La Leçon de la Sainte-Victoire (1980, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Histoire d'enfant (1981, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • L'Histoire du crayon, carnet (1982, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Le Chinois de la douleur (1983)
  • Le Recommencement (1986)
  • L'Absence (1987, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • L'Après-midi d'un écrivain (1987, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Poème à la durée (1987, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Essai sur la fatigue (1989)
  • Encore une fois pour Thucydide (1990, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • Essai sur le juke-box (1990)
  • Essai sur la journée réussie (1991)
  • Mon année dans la baie de personne (1994)
  • Quelques notes sur le travail de Jan Voss (1995)
  • Un voyage hivernal vers le Danube (1996)
  • Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille (1997, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • La Perte de l'image ou Par la Sierra de Gredos (2002)
  • Milos Sobaïc, avec Dimitri Analis (essai sur le peintre yougoslave) (2002)
  • Don Juan (2004)
  • À ma fenêtre le matin, Paris, Verdier (2006)
  • Kali (2006, trad. Georges-Arthur Goldschmidt)
  • La Nuit Morave (2008, trad. Olivier Le Lay)
  • Coucous de Velika Hova (2011, trad. Marie-Claude Van Lendeghem)
  • Hier en chemin : Carnets, novembre 1987-juillet 1990 (2011, trad. Olivier Le Lay)
  • Les beaux jours d'Aranjuez - un dialogue d'été (2012)
  • Toujours la tempête (2012, trad. Olivier Le Lay)
  • Une année dite au sortir de la nuit (2012, trad. Anne Weber)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Outrage au public (1966)
  • Introspection (1966)
  • Prédiction (1966)
  • Appel au secours (1967)
  • Gaspard (1967)
  • Le Pupille veut être tuteur (1969)
  • Quodlibet (1970)
  • La Chevauchée sur le lac de Constance (1971)
  • Les Gens déraisonnables sont en voie de disparition (1974)
  • Par les villages (1981, Über die Dörfer)
  • Voyage au pays sonore ou l'Art de la question (1989)
  • L'Heure où nous ne savions rien l'un de l'autre (1992)
  • Préparatifs d'immortalité (1997)
  • Souterrain-Blues (2013)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Thierry Clermont, « Peter Handke, l'insaisissable », Le Figaro,‎ 28 avril 2011 (lire en ligne)
  2. a et b « Peter Handke, phases révolutionnaires » par Julien Hervier sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 12 novembre 2013.
  3. Peter Handke sur l'encyclopédie Larousse.
  4. Œuvre de Peter Handke sur l'encyclopédie Larousse.
  5. Peter Handke sur l'encyclopædia Universalis.
  6. a et b René Solis, « Jelinek soutient Peter Handke », Libération,‎ 3 mai 2006 (lire en ligne)
  7. Source Homepage du Heinrich-Heine-Preis: Homepage zum Berliner Heinrich-Heine-Preis
  8. Ruth Valentini, « Peter Handke à Pozarevac », rubrique « Sifflets », Le Nouvel Observateur no 2161, 6 avril 2006.
  9. « Le Nouvel Observateur condamné pour diffamation », 4 décembre 2007, NouvelObs.com.

Liens externes[modifier | modifier le code]