Edward Gibbon

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Edward Gibbon

Edward Gibbon (8 mai 1737 - 16 janvier 1794) est un historien britannique. Son œuvre la plus connue, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, reste une référence pour les historiens romains et byzantinistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gibbon est né le 8 mai 1737 à Putney, un village près de la Tamise proche de Londres et aujourd'hui un quartier du borough londonien de Wandsworth. Son grand-père fit la fortune de la famille dans la South Sea Company et la perdit après l'explosion de la bulle spéculative dont elle faisait l'objet. Gibbon était enfant unique et il se désignait lui-même comme un « enfant faiblard » dans ses mémoires. Sa mère mourut alors qu'il était âgé de 10 ans, après quoi il entra à la Kingston Grammar School et séjourna à la pension de sa « tante Kitty ». À l'âge de 14 ans, il fut envoyé par son père au Magdalen College (Oxford) où il s'inscrivit en tant que « gentleman commoner » (roturier de classe sociale élevée).

L'atmosphère de l'école ne s'accordait pas au caractère de Gibbon. Événement remarquable à l'époque, il se convertit au catholicisme romain le 8 juin 1753. Les controverses religieuses faisaient alors rage sur le campus d'Oxford et plus tard son goût pour les sous-entendus ironiques lui fit dire qu'il était un « fanatique de la chicane religieuse ».

Peu après sa conversion, son père le retira d'Oxford et l'envoya chez M. Pavilliard, un pasteur calviniste et précepteur à Lausanne, où il resta cinq ans. Ce temps passé à Lausanne laissera une marque profonde sur le caractère et la vie de Gibbon. Il se reconvertit très vite au protestantisme, mais, plus important, il y gagna le goût de l'étude et de l'érudition. De plus, il y rencontra l'amour de sa vie en la personne de la fille d'un pasteur, Suzanne Curchod, qui deviendra plus tard la femme de Necker et la mère de Madame de Staël. Son père s'opposa à ce mariage et intima au jeune Gibbon de retourner immédiatement en Grande-Bretagne. Gibbon aurait écrit : « J'ai soupiré comme un amant, j'ai obéi comme un fils. »

Peu après son retour en Grande-Bretagne, Gibbon publia son premier livre en 1758, Essai sur l’étude de la littérature. Il passa les années de 1759 à 1763 dans la milice du Hampshire. Ensuite, il s'embarqua pour un tour de l'Europe qui incluait la visite de Rome. C'est là que Gibbon conçoit pour la première fois l'idée d'écrire sur l'histoire de l'Empire romain.

« C'était le 15 octobre, dans l'obscurité mystérieuse de la soirée, alors que j'étais assis à méditer sur le Capitole, tandis que des fidèles aux pieds nus chantaient leurs litanies dans le temple de Jupiter, que m'est venue la première conception de mon histoire. » (Memoirs of My Life)

En 1772, son père mourut, et bien que les affaires ne fussent pas florissantes, il restait néanmoins au jeune Gibbon de quoi s'installer confortablement à Londres. Il commença à écrire son histoire en 1773, et le premier volume de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain parut en 1776.

Gibbon souffrait d'une maladie que l'on a identifié comme étant une hydrocèle. Cette maladie faisait que ses testicules se remplissaient de liquide dans des proportions qui lui causaient gêne et douleur dans les dernières années de sa vie.

Cette inflammation chronique lui causa beaucoup d'inconfort physique à une époque où la mode était aux haut-de-chausses serrés. Il y fait référence indirectement dans ses mémoires avec ce commentaire : « Je ne puis me souvenir que de quatorze jours vraiment heureux dans ma vie […] Je ne suis jamais si content que quand j'écris dans la solitude ». L'hygiène personnelle durant le XVIIIe siècle était au mieux facultative, et pour Gibbon elle était marginale. L'humiliation sociale que Gibbon endura du fait de son absence d'hygiène et de sa protubérance fut chroniquée. Dans un temps où la manière de monter à cheval donnait la valeur d'un homme, Gibbon était un genre à part. Un incident le vit faire une révérence à une dame; alors appuyé sur un genou, elle lui intima : « Monsieur, relevez-vous, s'il vous plaît. », Gibbon répondit : « Madame, je ne le puis. »

Critique[modifier | modifier le code]

Le talent littéraire de Gibbon, son style soutenu, ses épigrammes piquantes et son ironie brillante n'auraient pas laissé à son travail la reconnaissance universelle qu'il a aujourd'hui, sans la volonté œcuménique, l'exactitude extraordinaire et la précision du jugement rarement égalées dans la prose historique.[non neutre] Churchill nota[réf. insuffisante] : « J'ouvris Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain de Gibbon et je fus dominé à la fois par l'histoire et le style. J'ai dévoré Gibbon. Je l'ai parcouru triomphalement de bout en bout ». Il imita plus tardivement le style de Gibbon dans ses écrits[réf. nécessaire], sans atteindre le niveau de son inspirateur.[non neutre]

De façon inhabituelle pour le XVIIIe siècle, Gibbon n'appréciait pas les écrits de seconde main quand les sources originales étaient disponibles. « J'essayais toujours, dit-il, de partir depuis la source; ma curiosité, aussi bien que mon sens du devoir, m'ont toujours commandé d'utiliser les originaux; et s'ils échappaient parfois à ma recherche, j'ai soigneusement noté la preuve secondaire sur la foi de laquelle un passage ou un fait était réduit à en dépendre ». Par son insistance sur l'importance des sources originales, Gibbon est considéré par beaucoup[Qui ?] comme étant un des premiers historiens modernes.

Le verdict de Gibbon sur le Moyen Âge est contenu dans cette déclaration fameuse : « J'ai décrit le triomphe de la barbarie et de la religion ». Il est important de comprendre les critères auxquels Gibbon souscrivait, car cette phrase est souvent mal comprise. Gibbon fut un enfant des Lumières : il avait étudié Locke et Montesquieu avec sympathie et peu apprécièrent plus que lui les avantages de la liberté politique alors octroyée en Grande-Bretagne. En bref, le critère par lequel Gibbon jugeait une civilisation était le progrès par le bonheur accordé aux hommes, et il considérait la liberté politique comme une condition nécessaire à ce bonheur.

L'Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain a eu aussi ses détracteurs, presque toujours des commentateurs et des historiens religieux que choquait sa défiance à l'égard de l'histoire officielle de l'Église, mais aussi à l'égard des saints et des savants de l'Église. En particulier, le quinzième chapitre, qui documente les raisons de la rapide expansion du christianisme dans l'Empire romain, fut fortement vilipendé et plusieurs pays interdirent la diffusion du livre jusqu'à récemment (l'Irlande, par exemple, leva l'interdiction au début des années 1970).

Néanmoins, l’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain reste un des travaux historiques parmi les mieux composés et une inspiration pour les historiens et les étudiants en littérature anglaise, et, surtout, une brillante critique argumentée et extraordinairement judicieuse de la faillibilité de la condition humaine.[non neutre]

Toutefois sa critique de l'empire Carolingien reste très succincte, et son analyse de l'avènement des Francs partiale. Il est jaloux de la France du XVIIIe siècle et le fait sentir[réf. nécessaire].

La traduction qu'en a fait François Guizot est l'une des meilleures et restitue parfaitement l'esprit incisif de Gibbon.[non neutre]

Influence sur d'autres écrivains[modifier | modifier le code]

Le sujet des écrits de Gibbon, ainsi que ses idées et son style, ont influencé bon nombre d'autres écrivains. Hormis Churchill, Gibbon fut un modèle pour Isaac Asimov dans l'écriture de son Cycle de Fondation.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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