Stratégie militaire

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La stratégie militaire est l'art de coordonner — au plus haut niveau de décision — l'action de l'ensemble des forces militaires de la Nation pour conduire une guerre, gérer une crise ou préserver la paix.

« La stratégie est l'art de faire la guerre intelligemment[1]. »

« La stratégie est l'art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit. »André Beaufre (Général)[2].

« La stratégie est l'art de faire la guerre sur des cartes ». Jomini (Général)

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot stratégie est dérivé primitivement du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire », et par suite de l'italien strategia.

Quelques définitions[modifier | modifier le code]

Selon l'OTAN dans son règlement AAP6 : « Composante d'une stratégie nationale ou multinationale, qui traite de la façon dont la puissance militaire doit être développée et appliquée dans l'intérêt du pays ou du groupe de pays. »

Pour Claude Le Borgne, général de corps d'armée et écrivain (La Guerre est morte) : « La stratégie est l'art de faire la guerre intelligemment ».

Différence entre les échelons politique, stratégique, opératif, tactique et technique[modifier | modifier le code]

Ces échelons sont spécifiques aux forces terrestres.

Il appartient à l'échelon politique de :

  • faire le choix de la paix ou de la guerre
  • fixer les grandes orientations
  • autoriser les ressources à mettre en œuvre par les militaires (sur le champ de bataille) et/ou les diplomates (dans des négociations)

Il appartient à l'échelon stratégique de mener les réflexions, de prendre les décisions de haut niveau et de long terme en vue de gagner la guerre, c'est-à-dire de planifier et de coordonner l'action des forces militaires d'un pays en organisant les actions défensives ou offensives pertinentes.

Il appartient à l'échelon opératif de positionner les forces terrestres de façon à leur assurer un avantage initial avant la bataille.

Il revient à l'échelon tactique, en cohérence avec l'art opératif, de cibler les enjeux plus locaux et limités dans le temps dans le but de gagner la bataille du terrain.

Il appartient à l'échelon technique, en cohérence avec le dispositif tactique de maximiser les effets des armes.

Différence entre niveaux politico-stratégique, opératif et tactique[modifier | modifier le code]

Ulm (1805) La manœuvre opérative d'enveloppement
Les trois niveaux de la campagne d'Ulm.

Les militaires combinent à leur tour sur trois niveaux leurs moyens et ressources en fonction des contingences :

  • le niveau stratégique généralement politico-militaire, où s'opère un dialogue itératif au plus haut niveau de l'État entre responsables politiques, diplomatiques et militaires ;
  • le niveau opératif, où est planifiée et conduite, sous la responsabilité du commandant du théâtre d'opérations, la campagne militaire interarmées qui répond aux objectifs fixés par le niveau stratégique.
  • le niveau tactique, où une opération ou une action, limitée dans le temps et/ou dans l'espace, est planifiée et conduite par l'échelon de commandement local. Le niveau tactique est en général lié à la notion "d'action en cours".
  • le niveau technique d'emploi des armes ( infanterie, cavalerie, artillerie, etc.).

Définition et mise en oeuvre de la stratégie[modifier | modifier le code]

La mise en œuvre de la stratégie consiste à définir et conduire des actions cohérentes intervenant selon une logique séquentielle pour réaliser ou pour atteindre un ou des objectifs. Au niveau opérationnel elle se décline en plans d'actions par domaines et par périodes, y compris éventuellement des plans alternatifs utilisables en cas d'évènements changeant fortement la situation.

L'établissement d'une stratégie exige :

d'une part, l'estimation de probabilités de réalisation des éventualités susceptibles d'être retenues ;
d'autre part, l'adoption d'une règle ou d'un indicateur de préférence permettant de classer les résultats escomptés par la mise en œuvre de différents scénarios.

La stratégie militaire se présente sous deux formes : le niveau d'organisation et le mode de conduite.

L’enveloppement stratégique consiste à attaquer au niveau supérieur des règles de conduite plutôt que d’affronter directement les forces vives.

Article détaillé : Enveloppement stratégique.

Pour s'opposer à un envahisseur et protéger une fortification ou une ville, la stratégie à adopter relève d'une défense.

Article détaillé : Défense stratégique.

(en) Strategic defence

On entend par forces stratégiques, les forces, qui mettent en œuvre la dissuasion nucléaire, dotées d'armes nucléaires stratégiques (emploi politique), délivrées par des bombardiers stratégiques ou des missiles balistiques stratégiques.

Grands théoriciens militaires[modifier | modifier le code]

  • Sun Tzu (ou Sun Zi) : stratège chinois qui vivait à l'époque des Royaumes Combattants (475-221 av. J.-C.). Œuvre : L'Art de la guerre. Il analyse la guerre comme un acte central pour l'État, dont la paix dicte le sens. Pour Sun Tsu, l'habileté suprême est de vaincre sans combattre, et la guerre est l'art de la tromperie (War is the art of deception). Napoléon ne respectera jamais le précepte de Sun Tsu de « construire des ponts d'or à l'ennemi en fuite », préférant au contraire les cannonner copieusement à ce moment-là afin de les éliminer des batailles futures[3].
  • Carl von Clausewitz : général prussien (1780-1831). Œuvre De la guerre. Tirant les leçons des guerres de la Révolution et de l'Empire, il est le théoricien de la guerre totale, même si celle-ci, dans son œuvre, est présentée plus comme un concept (celui de « la montée aux extrêmes ») que comme une réalité effective. Un contemporain de Jomini, mais dont les conceptions stratégiques et philosophiques transcendent à beaucoup d'égards son époque. Pour Clausewitz, la guerre est avant tout la continuation de la politique par d'autres moyens.
Antoine Jomini.
  • Antoine de Jomini : général d'origine suisse qui participa à de nombreuses campagnes dans la Grande Armée, puis devint général en chef dans l'Armée russe. En 1806, il avait déjà compris comment l'Empereur ferait pour abattre l'Armée autrichienne, pratiquement au détail près. Il est l'un des rares généraux de l'époque à avoir saisi l'essence même des opérations militaires, sans les rattacher à la période ou aux techniques. Au XXIe siècle, sa pensée inspire notamment l'armée américaine. Son obsession pour les lignes d'opération et les lignes stratégiques est cependant la cause d'un certain vieillissement de son œuvre.
  • Alfred Mahan : officier de marine qui a écrit plusieurs ouvrages sur la stratégie maritime, qui ont si fortement inspiré les militaires américains qu'ils ont ensuite axé une grande part de leur stratégie sur ses écrits. Certains pensent[Qui ?] que leur opération pour prendre le canal de Panama fut déclenchée notamment grâce aux révélations de Mahan. C'est un disciple de Jomini, qui a traduit pour les questions maritimes les principes de L'Art de la guerre.
Edward Luttwak.
  • John Boyd : colonel d'aviation et inventeur du cycle OODA.

Théorie des contextes[modifier | modifier le code]

Opérations, de la bataille de Médénine à celle de Kasserine

Dans la hiérarchie des niveaux de contrainte ou de dépendance de la Théorie des contextes d’Anthony Wilden, le niveau politique est celui du choix entre la paix et la guerre et de l’attribution des ressources à la paix ou la guerre. Alors, la politique oriente, délimite et organise les stratégies militaire et diplomatique pour réaliser les buts de guerre ou paix. La stratégie, à son tour, oriente, délimite et organise les batailles dans lesquelles se trouvent des combats tactiques.

Le maréchal Rommel volait de victoires tactiques en victoires tactiques (Tobrouk, etc) vers la défaite stratégique de la bataille d’Afrique du Nord (par consomption logistique et par manque d'effectifs : 200 chars allemands contre 600 britanniques à El-Alamein, 160 contre 600 pour la bataille de Médédine sur la ligne Mareth).

La défaite de l’Axe en Afrique du Nord a conduit directement aux débarquements en Sicile et en Italie, annonciateurs du débarquement en Normandie du commencement de la fin pour l’Axe.

Une stratégie sans politique est la perte d’une guerre, comme la Première Guerre d’Indochine d’Indépendance du Viêt Nam et la Deuxième Guerre d’Indochine de réunification du Viêt Nam ou Guerre du Viêt Nam. Ces guerres ont été conduites dans la hiérarchie de contrainte ou de dépendance, de la politique à la stratégie jusqu’aux combats tactiques à l’intérieur d’une bataille choisie et organisée par une stratégie militaire[4].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Général Claude Le Borgne, La Guerre est morte, mais on ne le sait pas encore, Grasset, 1987.
  2. Son but est « d'atteindre la décision en créant et en exploitant une situation entraînant une désintégration morale de l'adversaire suffisante pour lui faire accepter les conditions qu'on veut lui imposer ». André Beaufre (Général), Introduction à la stratégie (1963), Fayard/Pluriel, 2012.
  3. source : Guerre et paix
  4. [PDF] erudit.org