Sarah Churchill

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Sarah Churchill

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Sarah Churchill, duchesse de Marlborough, par Charles Jervas, vers 1714.

Nom de naissance Sarah Jennings
Naissance 29 mai 1660
St Albans
Décès 18 octobre 1744 (à 84 ans)
Westminster, Londres
Nationalité Anglaise
Pays de résidence Angleterre
Ascendants
Richard Jennings (père)
Frances Thornhurst (mère)
Conjoint
Descendants
Harriet Churchill
Henrietta Godolphin, deuxième duchesse de Marlborough
Anne Spencer, comtesse de Sunderland - John Churchill, marquis de Blandford
Elizabeth Egerton, comtesse de Bridgewater
Mary Montagu, duchesse de Montagu
Charles Churchill

Sarah Churchill, duchesse de Marlborough, née Jenyns[1] mais écrit Jennings dans la plupart des références modernes, née le 29 mai 1660 (calendrier julien) à St Albans et morte le 18 octobre 1744 à Londres, est la femme de John Churchill, premier duc de Marlborough. Elle est considérée comme l’une des femmes les plus influentes de l’histoire des îles Britanniques, du fait de sa proximité avec la reine Anne de Grande-Bretagne.

L'amitié entre les deux femmes et l'emprise qu'exerce alors Sarah Churchill sur Anne de Grande-Bretagne sont connues de tous et de nombreuses personnalités influentes approchent Sarah pour lui demander d'intercéder en leur faveur auprès de la reine. Lorsqu'Anne monte sur le trône, la connaissance parfaite qu'a Sarah du gouvernement et son intimité avec la nouvelle reine lui permettent de devenir une amie puissante et une ennemie dangereuse, la dernière de la longue lignée des favoris des Stuart.

À une époque où le mariage est souvent une histoire d'argent, et non d'amour, Sarah est extrêmement proche de son mari, John Churchill, 1er duc de Marlborough, avec lequel elle se marie en 1677. Sarah représente Anne auprès de son père, Jacques II d'Angleterre, déchu pendant la Glorieuse Révolution, et défend ses intérêts lors des règnes des successeurs de celui-ci : Guillaume III d'Angleterre et Marie II d'Angleterre. Quand Anne monte sur le trône après la mort de Guillaume III en 1702, le duc de Marlborough, aidé de Sidney Godolphin, 1er comte de Godolphin, prend la tête du gouvernement, en partie grâce à l'amitié de sa femme avec la reine. Quand le duc se trouve hors du royaume durant la guerre de Succession d'Espagne, Sarah le tient informé des intrigues de la cour tandis qu'il lui envoie ses demandes et conseils politiques qu'elle transmet à la reine[2]. Sarah a particulièrement soutenu le Parti whig et s'est beaucoup investie dans la construction du palais de Blenheim. Elle meurt en 1744 à l'âge de 84 ans[3].

C'était une femme résolue qui aimait suivre ses propres idées. Elle use la patience de la reine chaque fois qu'elle est en désaccord avec sa politique, la cour ou les nominations des hommes d'Église. Elle finit par se brouiller avec Anne en 1711, et est écartée de la cour, tout comme son mari. Elle n'y revient qu'après la mort de la reine, en 1714, sous le règne des Hanovre. Au cours de sa vie, elle se contrarie également avec d'autres personnages importants, notamment sa fille, la deuxième duchesse de Marlborough, l'architecte du palais Blenheim John Vanbrugh, le premier ministre Robert Walpole, le roi George II de Grande-Bretagne et sa femme la reine Caroline. L'argent dont elle bénéficie grâce à la confiance de son mari en fait une des femmes les plus riches d'Europe[4],[5].

Enfance[modifier | modifier le code]

Sarah Jennings naît le 5 juin 1660, probablement à Holywell House, à St Albans, dans le Hertfordshire[6]. Elle est la fille de Richard Jennings (ou Jenyns), membre de la Chambre des communes, et de Frances Thornhurst. Son oncle, Martin Lister, était un biologiste réputé. En 1664, Richard Jennings rencontre Jacques, duc d'York, (le futur Jacques II d'Angleterre, frère du roi Charles II d'Angleterre) pour des négociations en vue du rachat d'une propriété dans le Kent, le manoir d'Agney, qui avait appartenu à sa belle-mère, Susan Lister (née Temple). Il fait bonne impression devant le duc, et cette même année la sœur de Sarah, Frances, est nommée demoiselle d'honneur de la duchesse d'York Anne Hyde[7]. Bien que Frances doive renoncer à sa charge à cause de son mariage avec un catholique, Jacques n'oublie pas la famille Jennings, et en 1673 Sarah rentre à la cour en tant que demoiselle d'honneur de la seconde femme de Jacques II, Marie de Modène[7].

Mariage[modifier | modifier le code]

John Churchill en tenue de l'ordre de la Jarretière, par Sir Godfrey Kneller vers 1704

Dans les années 1675, Sarah devient très proche de la jeune princesse Anne, et leur amitié grandit au fur et à mesure des années. Alors qu'elle a seulement 15 ans, elle commence à fréquenter John Churchill, avec qui elle a dansé à l'occasion de divers bals[8]. Ce dernier, qui a été auparavant l'amant d'une des maîtresses de Charles II, Barbara Palmer, duchesse de Cleveland, a peu de biens à lui offrir, et ses comptes sont fortement débiteurs. Sarah a pour rivale Catherine Sedley, comtesse de Dorchester, une riche maîtresse de Jacques II, qui a la préférence de Winston Churchill, le père de John Churchill, soucieux de restaurer la fortune familiale. John espère peut être un temps prendre Sarah comme maîtresse à la place de la duchesse de Cleveland, récemment partie pour la France, mais des lettres de Sarah à John parvenues jusqu'à nous montrent qu'elle est peu encline à accepter ce rôle de maîtresse[9],[10]. En 1677, Ralph, le frère de Sarah, meurt. Frances et elle deviennent alors cohéritières des propriétés des Jennings dans le Hertfordshire et le Kent. John Churchill la préfère finalement à Catherine Sedley, et le mariage morganatique est célébré dans l'hiver 1677. Ils sont tous les deux protestants, au cœur d'une cour dominée par les Catholiques, une position qui influencera plus tard leurs alliances politiques. Bien qu'aucune date ne soit définie, le mariage est annoncé à la duchesse d'York et à un groupe restreint d'amis. De cette manière, Sarah peut conserver sa position de demoiselle d'honneur à la cour[11]. Lorsqu'elle tombe enceinte, son mariage est annoncé publiquement (le 1er octobre 1678) et elle se retire de la cour pour donner naissance à son premier enfant, Harriet, qui meurt quelques semaines après sa naissance. Quand le duc d'York décide de partir en exil en Écosse suite au scandale du complot papiste, John et Sarah l'accompagnent, et Charles II récompense la fidélité de John en le nommant baron Churchill d'Eyemouth en Écosse. Sarah devient Lady Churchill. Le duc d'York revient en Angleterre après l'apaisement des tensions religieuses et Sarah devient Lady of the Bedchamber de la reine Anne après son mariage en 1683.

Règne de Jacques II (1685–1688)[modifier | modifier le code]

Le début du règne de Jacques II se révèle relativement fructueux, bien que l'on ne s'attendait pas à ce qu'un roi catholique puisse prendre le pouvoir dans un pays si farouchement protestant et anticatholique[12]. Cependant, quand le roi tente de modifier la religion nationale, un certain mécontentement s'installe envers lui et son gouvernement. En 1688, un groupe de politiciens connus comme les Immortal Seven invitent Guillaume III d'Angleterre, mari de la fille protestante de Jacques Ier, Marie, à envahir l'Angleterre et à écarter Jacques II du pouvoir. La conspiration est cependant très vite dévoilée. Le roi garde encore une certaine influence et il ordonne que Lady Churchill et la princesse Anne soient placées en résidence surveillée à la maison d'Anne (Cockpit-in-Court[Note 1]) dans le palais de Whitehall. Leurs maris respectifs, malgré leur loyauté envers Jacques, prêtent allégeance à Guillaume d'Orange. Dans ses mémoires, Sarah indique cependant qu'elles se sont échappées facilement pour trouver refuge à Nottingham :

« La princesse alla se coucher à l'heure habituelle pour écarter tout soupçon. J'allais la voir peu après et par l'escalier de service de son cabinet, son Altesse Royale [la Princesse Anne], Lady Fitzharding [une des plus proches amies de Sarah] et moi-même, accompagnées d'une servante, descendîmes jusqu'à la voiture où nous trouvâmes l'évêque (de Londres) et le comte de Dorset. Ils nous conduisirent passer la nuit à l'archevêché dans la City, et le lendemain chez Lord Dorset à Copt-Hall. De là nous allâmes chez le comte de Northampton puis à Nottingham, où la population se rassembla autour de la princesse ; rien ne la rendit plus sure d'être en sécurité que de se voir entourée par les amis du prince d'Orange[13] »

Après cette nouvelle déconvenue, Jacques II s'enfuit du pays[12]. Bien que Sarah prétend avoir agi pour la sécurité de la princesse, il est plus probable qu'elle ait cherché à se protéger elle-même et son mari[14]. Si Jacques avait vaincu les troupes de Guillaume d'Orange, il les aurait probablement fait emprisonner et exécuter tous les deux pour trahison. Il n'est cependant pas certain qu'il aurait fait subir à sa fille le même traitement[14].

Une alliée indésirable : Guillaume III et Marie II[modifier | modifier le code]

La vie de Sarah pendant le règne de Marie et Guillaume est difficile. Bien que le nouveau roi accorde à John le titre de comte de Marlborough, lui et sa femme jouissent de moins de faveurs que sous le règne de Jacques II[15]. Le nouveau duc de Malborough avait soutenu le roi Jacques, maintenant exilé. Et à ce moment-là, l'influence de Sarah sur Anne et ses tractations avec les membres du gouvernement pour promouvoir les intérêts d'Anne étaient largement connus. Marie II réagit en demandant à Anne de renvoyer Sarah, ce qu'elle refuse. Ce refus crée une profonde mésentente entre Mary et Anne, qui ne sera jamais apaisée[16].

D'autres problèmes surgissent. En 1689, les soutiens d'Anne (les Marlborough et le duc de Somerset, Charles Seymour) demandent que lui soit versée une annuité parlementaire de £50 000, une somme qui lui aurait permis de ne plus dépendre de Mary et Guillaume[14]. Sarah fut perçue comme l'instigatrice de cette demande, créant ainsi entre elle et la cour une nouvelle inimitié. Guillaume répondit à cette demande en lui offrant la somme mais prélevée sur la Privy Purse, pour qu'Anne reste dépendante de sa générosité. Cependant Anne, influencée par Sarah, refusa, indiquant qu'une subvention parlementaire était plus sure qu'une « charité » accordée par la Privy Purse[14]. Finalement, elle reçut l'argent du parlement, et l'estima dû aux efforts de Sarah[14].

Les succès de Sarah comme leader de l'opposition n'ont réussi qu'à accentuer l'animosité de Mary envers les Marlborough. Bien qu'elle ne puisse pas renvoyer Sarah du service d'Anne, elle réussit à l'éloigner en expulsant Sarah de ses logements au palais de Whitehall. Anne réagit en quittant elle aussi la cour et s'installa avec Sarah chez leurs amis Charles Seymour et Elizabeth Seymour 6e duc et duchesse de Somerset à Syon House. Anne continue à défier la demande de la reine pour le renvoi de Sarah, bien qu'on ait découvert un document compromettant signé par le duc de Marlborough soutenant James II récemment banni et ses partisans. Ce document fut probablement fabriqué par Robert Young, un faussaire réputé, et disciple de Titus Oates. Ce dernier était connu pour avoir répandu une forte atmosphère anti-catholique en Angleterre entre 1679 et le début des années 1680[14]. Le duc est emprisonné à la tour de Londres[14]. La solitude de Sarah pendant cette période la rapprocha encore d'Anne[14].

Après la mort de Mary II de la variole en 1694, Guillaume III redonne à Anne ses honneurs, s'efforçant ainsi de regagner sa popularité auprès des Anglais et lui fournit des appartements au palais St. James. Il rétablit aussi le duc de Marlborough dans ses fonctions et honneurs et le blanchit des accusations passées. Cependant, par crainte de l'influence de Sarah, Guillaume garde Anne à l'écart du gouvernement et ne lui confie pas la régence du royaume lors de ses absences[17],[Note 2].

Le pouvoir derrière le trône : la reine Anne[modifier | modifier le code]

Anne de Grande-Bretagne, par un artiste inconnu, d’après Sir Godfrey Kneller, date inconnue

En 1702, le roi guillaume meurt, permettant à Anne de monter sur le trône. Elle offre aussitôt à John Churchill un duché, que Sarah refuse initialement. Elle était consciente que la charge d'un duché plomberait les finances familiales. Une famille ducale était tenue à l'époque de montrer son rang par des fêtes somptueuses[18]. Anne insiste en offrant aux Malborough une pension de £5000 par an à vie du parlement et une autre de 2 000 £ par an de la Privy Purse : le couple accepte le duché. Sarah est rapidement faite maîtresse de la garde-robe (le plus haute fonction à la cour royale qui puisse être tenue par une femme) Groom of the Stole Keeper of the Privy Purse et Ranger of Windsor Great Park. Le duc est également fait chevalier de l'ordre de la Jarretière et capitaine général des armées[19].

Durant une grande partie du règne d'Anne, le duc de Marlborough fut envoyé à l'étranger pour la guerre de Succession d'Espagne, alors que Sarah restait en Angleterre. En dépit de son statut de « femme la plus puissante d'Angleterre derrière la reine », elle apparait rarement à la cour(1705), préférant superviser la construction d'une nouvelle propriété, le manoir de Woodstock (site du futur palais de Blenheim), un cadeau de la reine après la victoire du duc à bataille de Blenheim[20]. Néanmoins, Anne lui envoie des nouvelles de la vie politique dans ses lettres et lui demande conseil dans de nombreux domaines[21].

Sarah était réputée pour dire à la reine exactement ce qu'elle pensait et non des flatteries[22]. Elles avaient inventé des surnoms dans leur jeunesse qu'elles continuaient à utiliser même après l'accession au trône d'Anne : Mrs Freeman (Sarah) and Mrs Morley (Anne)[23]. En vrai chef d'entreprise, Sarah contrôlait la vie de la reine, depuis ses dépenses jusqu'aux personnes admises en sa présence[24],[25].

Influence hésitante[modifier | modifier le code]

Anne cependant s'attendait à de la bonté et de la compassion de le part de son amie la plus proche. Sarah n'était pas très conciliante à ces sujets là et dominait fréquemment Anne. Un de leur principaux désaccords politiques se produisit quand Sarah insista pour que son gendre, Charles Spencer (3e comte de Sunderland) soit admis au conseil privé. Sarah s'était alliée fortement aux Whigs, qui soutenaient le duc de Marlborough durant la guerre, et ces dernier espéraient se servir de la position de Sarah comme favorite royale[26]. Anne refusa d'admettre Sunderland au conseil. Elle n'aimait pas le parti Whig qu'elle considérait comme une menace pour ses (Royal Prerogative) prérogatives royales[14]. Sarah usa de son amitié avec le comte de Godolphin, en qui Anne avait confiance, pour assurer ces nominations, mais continua à faire elle-même pression sur Anne. Elle envoya à Anne un programme du parti Whig à lire, pour la convaincre de lui donner sa préférence[27]. En 1704, Anne confie à Lord Godolphin qu'elle ne pense pas qu'elle et Sarah puissent être encore de vrais amies.

Duel de personnalité[modifier | modifier le code]

La Duchesse de Marlborough (à droite) jouant aux cartes avec une amie proche, Barbara, Lady Fitzharding, par Sir Godfrey Kneller vers 1702

La franchise de Sarah et son indifférence à l'égard de son rang, tant admiré auparavant par Anne, apparaît maintenant comme indésirable. Contrairement aux femmes de son époque, qui n'avaient aucune influence sur les décisions de leurs maris, Sarah avait une grande influence sur les deux hommes les plus puissants du royaume : John Churchill et Sidney Godolphin. Ce dernier, grand ami de Sarah, a malgré tout envisagé de refuser les hautes fonctions qu'on lui proposait, après l'accession d'Anne au trône, préférant une vie tranquille et loin de la politique et du côté autoritaire de Sarah, qui lui aurait certainement imposé sa volonté lorsque le duc n'était pas là[28]. Sarah, femme dans un monde d'homme, aussi bien au niveau de la politique nationale qu'internationale, était toujours prête à lui donner des conseils, à clamer son opinion, contrarier la censure, et insister pour donner son avis à chaque occasion possible[29]. Elle possédait néanmoins un charme et une vivacité admirée par beaucoup, et elle charmait facilement ceux qu'elle rencontrait par son esprit[29].

Le retrait apparent de l'affection d'Anne pour Sarah est arrivé pour plusieurs raisons. Elle était tout d'abord vexée par les longs séjours de Sarah hors de la cour, et, malgré de nombreuses lettres à Sarah sur ce sujet, celle-ci ne venait que rarement et s'en excusait dans ses lettres. Il y avait aussi un problème politique entre elles : Anne faisait partie des Tories (le « parti de l'Église », la religion était l'une des principales préoccupations d'Anne) et Sarah des Whigs (qui avaient soutenu la guerre des Marlborough). La reine ne voulait pas que cette différence soit un problème entre elles. Mais Sarah, qui pensait toujours à son mari, voulait qu'Anne soutienne davantage le parti Whig, ce qu'elle n'était pas disposée à faire[30].

Sarah doit se rendre en 1703 à Cambridge, au chevet de son seul fils, John, marquis de Blandford, qui a contracté la variole. Le duc de Marlborough rentre lui aussi de la guerre et est au côté de son fils lors de sa mort, le 20 février 1703[15]. Sarah est durement éprouvée par la mort de son fils et vit en recluse pendant un certain temps, exprimant sa douleur en se coupant de la vie publique et d'Anne, ne répondant pas à ses lettres ou alors seulement d'une manière froide et cérémonieuse[31]. Elle ne permet néanmoins pas à Anne de faire de même quand celle-ci subit la même perte. Après la mort du mari d'Anne, Georges de Danemark, en 1708, Sarah arrive à l'improviste au palais de Kensington, où elle trouve Anne auprès de la dépouille du prince. Elle fait pression sur la reine éplorée pour pouvoir partir au palais St. James à Londres, ce que la reine refuse adroitement, et au lieu de cela, elle ordonne à Sarah de demander à Abigail Masham de la suivre. Consciente de l'influence grandissante de cette dernière sur la reine, Sarah lui désobéit et lui fait la morale pour la peiner de la mort du prince. Bien qu'Anne se soit finalement résignée à rentrer à Saint James, l'insensibilité de Sarah et l'a gravement offensée et a tendue encore davantage leur relation[32].

La disgrâce[modifier | modifier le code]

Abigail Masham : la rivale politique[modifier | modifier le code]

Sarah avait précédemment présentée à la cour sa pauvre cousine, Abigail Hill, avec l'intention de lui trouver une place. Fille aînée de la tante de Sarah, elle travaille comme servante pour Sir John Rivers du Kent. Sarah l'emploie dans sa propre maison, à St Albans et, satisfaite de son service, la nomme Lady of the Bedchamber de la reine Anne en 1704. Sarah a plus tard écrit dans ses mémoires qu'elle avait traité Abigail « comme une sœur[33] ».

Abigail était aussi la cousine du dirigeant tory Robert Harley, plus tard premier comte d'Oxford. Flatteuse, rusée et effacée, elle était à l'opposé de Sarah, qui était dominatrice, franche et caustique[4]. Durant les fréquents séjours de Sarah hors de la cour, l'amitié entre Anne et Abigail grandissait. Elle était non seulement heureuse de lui accorder la bonté et la compassion, chose que Sarah ne lui avait jamais donnée, mais elle exerçait aussi une pression politique sur la reine. Anne répondait à ses flatteries et son charme par le pathétique[34]. Elle était présente au mariage secret d'Abigail et Samuel Masham, 1er baron Masham, « groom of the bedchamber » du prince Georges, en 1707, sans que Sarah soit au courant[14].

Sarah n'avait pas réalisée que l'amitié entre Anne et Abigail était aussi forte et fut donc étonnée de découvrir qu'elles se voyaient fréquemment en privé[14]. Ayant eu connaissance plusieurs mois après du mariage secret d'Abigail, elle alla immédiatement voir la reine pour l'en informer. Anne commit alors l'erreur de dire à Sarah qu'elle avait été informée du mariage. Sarah commence alors à comprendre ce qui est vraiment arrivé[14]. Après avoir interrogé la cour pendant une semaine sur ce sujet, elle découvre qu'Anne était présente au mariage et a même donné en guise de dot 2000£ directement prélevées sur sa bourse privée. Cela prouve la complicité d'Anne. En tant que gardienne de la bourse privée, Sarah aurait dû être tenue informée de ce don[35].

Des relations tendues[modifier | modifier le code]

la duchesse de Marlborough avec le symbole de sa charge et de son autorité : la clé d'or. Sir Godfrey Kneller, 1702

En juillet 1708, John Churchill, avec son allié Eugène de Savoie-Carignan, remporte la bataille d'Audenarde. Sur la route les conduisant à la célébration d'une action de grâce, à la cathédrale Saint-Paul, Sarah a une violente altercation avec Anne sur le choix des joyaux qu'Anne porte pour la cérémonie et elle lui montre une lettre du duc de Marlborough où il dit expressément qu'il espère que la reine saura exploiter politiquement sa victoire. Cette insinuation de Marlborough à vouloir que la reine exprime publiquement son soutien aux Whigs l'offusque et, pendant la cérémonie, Sarah dit à la reine de «se taire» alors qu'Anne continue à discuter, contrevenant ainsi aux règles de respect qui lui sont dues[36]. Anne écrit à Marlborough pour l'encourager à ne pas laisser sa rupture avec Sarah devenir de notoriété publique, mais il ne peut empêcher les indiscrétions de son épouse. Sarah continue à soutenir avec véhémence les whigs dans des lettres et des conversations avec Anne, ce avec le soutien de Godolphin et d'autres ministres whigs. Les nouvelles de l'appui du public pour les whigs parviennent à Marlborough dans des lettres de Sarah et de Godolphin, ce qui influence les conseils politiques qu'il donne à la reine. Anne, déjà en mauvaise santé, se sent épuisée et harcelée et a un besoin absolu de se confier[4]. Elle trouve refuge et confort auprès de la douce et paisible Abigail Masham[37].

Anne a expliqué plus tard qu'elle ne voulait pas que le public sache que ses relations avec Sarah étaient mauvaises, car un seul signe que Sarah n'était plus en grâce à la Cour aurait un impact négatif sur l'autorité du duc de Marlborough en tant que capitaine général. Sarah est maintenue dans toutes ses fonctions, par simple volonté d'assurer la position de son mari, le capitaine-général de l'armée et les tensions entre les deux femmes persistent ainsi jusqu'au début de 1711[38]. Cette année-là va voir la fin de leurs relations.

Sarah était toujours jalouse de l'affection d'Anne pour Abigail. Avec le soutien du duc de Marlborough et d'une partie des Whig, elle tente d'obliger Anne à la renvoyer. Ces tentatives échouent, même quand Anne fut menacée par une requête parlementaire des Whigs, qui s'étaient méfiés de l'influence tory d'Abigail sur elle, pour le renvoi d'Abigail[39]. Le scénario entier répercute le refus d'Anne de céder à Sarah durant le règne de Guillaume et Mary. Mais la menace des interférences du Parlement a fait échouer toutes les tentatives contre Anne dans les années 1690[17]. Anne fut finalement gagnante : elle eut des entretiens avec les représentants des deux partis et les pria, « les larmes aux yeux », de s'opposer au mouvement[17].

L'amitié qu'elle affichait pour Abigail, et son refus obstiné de la renvoyer, mit Sarah tellement en colère qu'elle fit courir le bruit que les deux femmes entretenait une liaison[40]. Durant la période de deuil d'Anne après la mort de son mari, Sarah fut la seule à refuser de porter les vêtements de deuil. Cela a donné l'impression qu'elle ne considérait pas le chagrin d'Anne comme sincère[41]. Finalement, suite à l'assistance massive du duc dans la guerre d'Espagne[42], Anne décide qu'elle n'a plus besoin de lui et le renvoie soi-disant pour détournement de fonds[43].

Le renvoi[modifier | modifier le code]

Palais de Kensington, où Anne et Sarah se rencontrent pour la dernière fois

La dernière tentative de Sarah pour sauver son amitié avec Anne arrive en 1710, lors de leur dernière rencontre. Un compte rendu, écrit par Sarah peu après cette rencontre, montre qu'elle a essayé d'obtenir une explication sur la fin de cette amitié, mais Anne n'a pas bougé. Informé des faits, Marlborough comprend qu'Anne veut renvoyer Sarah. Il lui demande alors de les garder tous les deux en fonctions pendant encore neuf mois, le temps de terminer la campagne, pour qu'ils puissent se retirer honorablement. Anne lui répond que, pour son honneur [celui d'Anne], Sarah doit démissionner immédiatement et lui rendre sa clé d'or, le symbole de son autorité dans la maison du roi, dans les deux jours[44]. Des années passées à user de la patience de la reine ont finalement aboutit à son renvoi. Quand elle apprend la nouvelle, Sarah, dans un élan de fierté, demande au duc de rendre la clé immédiatement à la reine[44].

En janvier 1711, Sarah est démise de ses fonctions de maîtresse de la garde-robe et Groom of the Stole et remplacée par Elizabeth Seymour, duchesse de Somerset. Abigail est nommée gardienne de la bourse privée. Cette promotion trompe la promesse faite par Anne à Sarah de nommer ses enfants à ces fonctions de cour[45].

Les Marlborough perdent aussi leurs aides financières pour la construction du palais de Blenheim. La construction est donc interrompue pour la première fois depuis le début des travaux, en 1705. Maintenant en disgrâce, le couple quitte l'Angleterre et parcourt l'Europe. Grâce aux succès du duc dans la guerre d'Espagne, la famille est accueillie avec les honneurs par la cour allemande et le Saint-Empire romain germanique.

Sarah, cependant, n'aime pas être loin de l'Angleterre et se plaint souvent qu'ils soient reçus avec beaucoup d'honneur en Europe mais en disgrâce dans leur propre pays. Sarah trouve difficile cette vie de voyages de Cour en Cour, faisant remarquer à quel point ces cours sont remplies de personnes ennuyeuses[46]. À cause de sa mauvaise santé, elle effectue une cure thermale à Aix-la-Chapelle et correspond avec tous ceux qui, en Angleterre, peuvent la renseigner sur les commérages politiques et se laisse tenter par le catholicisme[47].

Le retour en grâce[modifier | modifier le code]

George Ier de Grande-Bretagne, successeur protestant de la reine Anne, par Sir Godfrey Kneller vers 1714

Sarah et la reine n'ont jamais mis à plat leur divergences, même si un témoin oculaire affirme avoir entendu la reine demander si les Marlborough ont atteint les rivages d'Angleterre, ce qui laisserait supposer qu'elle les aurait incités à revenir[48]. Anne meurt le 1er août 1714 au palais de Kensington. Les conseillers privés protestants Whig ont insisté pour être présents, empêchant ainsi Henri Saint Jean, 1er vicomte de Bolingbroke, de nommer Jacques François Stuart successeur d'Anne. Les Marlborough rentrent en Angleterre l'après-midi suivant la mort de la Reine[49]. L'acte d'établissement de 1701 garantit un successeur protestant à Anne, même si une cinquantaine de catholiques se trouvent avant dans l'ordre de succession au trône[50]. Cet acte permet donc à Georges Ludwig, électeur de Hanovre (arrière-petit-fils de Jacques Ier d'Angleterre par sa mère, Sophie de Hanovre) de devenir le roi George Ier de Grande-Bretagne.

Le nouveau roi est soutenu par les Whigs, qui sont pour la plupart des protestants loyaux[51]. Les Tories sont suspectés d'avoir soutenu le prétendant catholique[52]. George Ier récompense les Whigs en leur faisant former le gouvernement. Lors de son accueil à la Maison de la Reine à Greenwich, il s'entretient avec eux mais ne parle pas aux Tories[53]. Sarah approuve ce choix[54].

Le roi a aussi beaucoup d'amitié pour les Marlborough ; le duc s'est battu à ses côtés lors de la guerre d'Espagne et le couple a souvent été reçu à la cour d'Hanovre pendant son exil[15]. Les premiers mots en tant que roi de Georges au duc sont : « Monsieur le duc, j'espère que vos ennuis sont maintenant terminés »[55]. Marlborough reprend ses anciennes fonctions de capitaine général des armées[56].

Le duc de Marlborough après sa congestion cérébrale vers 1719/20 par Enoch Seeman

Sarah est soulagée de revenir en Angleterre. Son mari devient un des proches conseillers du roi et elle se retire à Marlborough House où elle affiche sa petite fille, Henrietta Godolphin, avec l'intention de lui faire faire un mariage arrangé. Elle finit par lui faire épouser Thomas Pelham-Holles, 1er duc de Newcastle en avril 1717. Ses autres petits-enfants feront également des mariages heureux.

Les préoccupations de Sarah pour l'avenir de ses petits-enfants sont brièvement interrompues quand son mari est victime d'une deuxième congestion cérébrale qui le rend aphasique. Sarah passa beaucoup de temps avec lui, l'accompagnant à Tunbridge Wells et Bath. Peu à peu, il se remet de son attaque. Même après son rétablissement, Sarah ouvre son courrier et filtre sa correspondance, craignant que le contenu de ses lettres puisse provoquer une nouvelle attaque[4].

Les relations de Sarah avec ses enfants sont tendues. Alors qu'elle est en bons termes avec Anne, elle s'est brouillée avec ses autres filles Henrietta, Élisabeth et Mary[57]. Après la mort d'Élisabeth de la variole en 1714, Sarah écrit à Robert Jennings, un ami éloigné : Aucun sujet de pensée ne pourra m'empêcher de pleurer, aussi longtemps que je vivrai, celle que j'avais tant de raisons d'aimer[58]. Désespérée à la mort d'Anne en 1716, Sarah garde d'elle sa tasse favorite et une mèche de cheveux. Elle adopte aussi sa plus jeune fille, Diana, qui deviendra sa petite fille préférée[59]. La plus jeune fille de Sarah, Mary, survivra à sa mère mais elles ne se réconcilieront jamais[60].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Marlborough House dans son aspect original : la maison favorite de Sarah à Pall Mall.

John Churchill meurt à Windsor en 1722 et Sarah lui organise des funérailles grandioses[61]. Sa fille, Henrietta, devient duchesse de droit et Sarah l'une des gérantes des biens des Marlborough. Elle utilise son sens des affaires pour gérer la fortune familiale et en répartir les revenus, y compris pour Henrietta[62].

La fortune de Sarah est maintenant considérable et elle se sert de son argent pour investir dans les propriétés foncières. Elle espère ainsi se protéger de la dévaluation de la monnaie. La duchesse douairière achète Wimbledon[63] en 1723 et fait reconstruire le manoir[64]. Sa richesse est si considérable qu'elle espère marier sa petite-fille, Diana, à Frederick de Galles, avec une dot considérable de 100 000 £[65]. Mais Robert Walpole, le premier Lord du Trésor, s'oppose à ce projet[65]. En effet, bien que Whig, il s'est aliéné en soutenant le parti de la paix en Europe. Elle a aussi des doutes sur sa probité[66] et à son tour il se méfie d'elle. Malgré tout, Sarah garde de bonnes relations avec la famille royale et elle est même invitée occasionnellement par la reine Caroline qui essaye d'entretenir son amitié[4].

La duchesse de Marlborough se montre une chef d'entreprise accomplie, chose rare à une époque où les femmes sont exclues de la plupart des choses en dehors de la gestion de leur ménage. Son ami, Arthur Maynwaring, dit d'elle qu'elle est plus douée pour les affaires que n'importe quel homme[64]. Bien qu'elle n'ait jamais réussi à aimer le palais de Blenheim, qu'elle décrivait comme un « grand tas de pierres »[67], elle est très enthousiasme lors de la construction et écrit au duc de Somerset au sujet des nouvelles canalisations : « je crois que ce sera beau. Le canal et le bassin, qui sont déjà prêts, ont l'air très bien. Il y aura un lac et une cascade...ce qui, je pense, sera un bon ajout à l'endroit »[68].

La tombe des Marlborough au palais de Blenheim, dessinée par William Kent

Sarah se bat contre ce qu'elle estime être de la prodigalité. Elle écrit à Somerset : « J'ai réduit d'un tiers les écuries gérées par Sir John [Vanbrugh] et il reste encore de la place pour quarante excellents chevaux[68] ». Elle se permet seulement deux écarts à sa ligne de conduite : le tombeau des Marlborough, dessiné par William Kent, et la colonne dorique de la Victoire dans le parc de Blenheim, dessinée par Henry Herbert, 9e comte de Pembroke[69] et achevée par Roger Morris. Cette dernière s'élève à quarante mètres de haut et est richement décorée[70]. Sarah contrôle soigneusement la construction de tous les équipements du château et elle a l'impression qui personne ne fait exactement ce qu'elle veut[71].

Elle vérifie jusqu'au moindre détail de ses plus petites propriétés. Après l'achat de Wimbledon (qu'elle décrit comme « sur de l'argile, une végétation malade, beaucoup d'humidité et... un endroit malsain[72] » et d'Holdenby House, près d'Althorp, elle garde les comptes-rendus détaillés de ses recettes et dépenses pour éviter de possibles malversations de ses agents[64].

Son amitié avec la reine Caroline prend fin quand Sarah lui refuse l'accès à Wimbledon[73]. Elle perd ainsi 500 £ de revenus en tant que Ranger of Windsor Great Park[63]. Elle est tout aussi grossière avec le roi George II, le trouvant « trop allemand »[63]. Ces propos l'éloignent encore plus de la cour. Son statut de persona non grata à la cour contrôlée par Walpole l'empêche de s'opposer à la montée des Tories. Les impôts instaurés par Walpole et la paix avec l'Espagne sont impopulaires dans la classe dirigeante anglaise, permettant au Tories de gagner nombre de soutiens[74].

Sarah, malgré les années, n'a rien perdu de sa beauté et, en dépit de sa baisse de popularité, reçoit de nombreuses propositions de mariage après la mort de son mari. Elle en reçoit même une de son vieil ennemi, Charles Seymour 6e duc de Somerset[75]. Finalement, elle refuse toute idée de remariage, préférant garder son indépendance.

Elle continue à faire appel des décisions de justice qui estiment que les fonds pour la construction de Blenheim doivent venir des Marlborough et non de l'État. Cette mesure la rend encore plus impopulaire car elle peut largement se permettre de le financer. Elle est surprise elle-même par sa peine à la mort de sa fille aînée, Henrieta, en 1733, mais continue de se disputer avec la plus jeune, Mary[57]. Elle vit assez longtemps pour voir la chute de Walpole en 1742. La même année, elle essaie d'améliorer sa réputation en approuvant la publication d'une biographie intitulée An Account of the Dowager Duchess of Marlborough from her first coming to Court to the year 1710. Elle meurt de vieillesse dans sa 85e année, le 18 octobre 1744 à Marlborough House. Elle est enterrée à Blenheim aux côtés de son mari dont le corps est exhumé de l'abbaye de Westminster[76].

Évaluation[modifier | modifier le code]

la duchesse de Marlborough, par Godfrey Kneller

Même si la chute de la duchesse doit être principalement attribuée à une relation trop égoïste avec la reine Anne, c'était une femme vivante et intelligente, qui a loyalement servi les intérêts d'Anne quand elle était encore princesse[77]. La reine était d'une piètre compagnie et Sarah ne la trouvait pas stimulante. Sarah se croyait autorisée à mettre en application ses conseils politiques, qu'Anne les aime ou non, et Sarah se fâchait quand elle ne les appliquait pas[78].

Abigail Masham a aussi joué un rôle clé dans la chute de Sarah. Modeste et retirée, elle a activement défendu la politique tory de son cousin Robert Harley. Malgré la position de la duchesse de Marlborough à la cour, Abigail est devenue rapidement l'ennemie de Sarah et l'a supplantée dans l'amitié d'Anne[79].

Durant sa vie, Sarah a rédigé vingt-six testaments, le dernier seulement quelques mois avant sa mort, et a acheté vingt-sept propriétés. Avec un patrimoine estimé à 4 million de livres investis dans la terre, 17 000 £ de rentes et 12 500 de revenus annuels, elle fait des legs aux ministres Whigs, comme William Pitt, plus tard 1er comte de Chatham, ou Philip Stanhope, 4e comte de Chesterfield. Bien qu'elle soit peu sensible à la pauvreté et encore moins enclin à donner à des œuvres de bienfaisances, elle laisse à ses domestiques des annuités bien au-dessus de la moyenne pour l'époque : sa favorite, Grace Ridley, reçoit ainsi 16 000 £, soit l'équivalent de 1,32 million de livres d'aujourd'hui[80].

Une grande partie de sa succession va à son petit-fils, John Spencer, à condition qu'il n'accepte pas de poste au gouvernement. Il a aussi hérité de ses nombreuses propriétés, notamment Wimbledon Park. Marlborough House est restée vide pendant quatorze ans, à l'exception de James Stephens, un des exécuteurs testamentaires. Après sa mort, elle est devenue propriété des ducs de Marlborough. En 1817, elle devient résidence royale pour les membres de la famille royale britannique. Depuis 1959, la maison abrite le secrétariat du Commonwealth des Nations. Le manoir de Wimbledon est détruit par les flammes en 1785 et Holywell House, à St Albans, la maison où est née Sarah, démolie en 1827. Aujourd'hui encore, la plus grande partie de St Albans porte le nom de Marlborough, grâce à l'influence de Sarah[80].

La façade de Blenheim. Sarah s'est énormément investie dans sa construction.

Sarah meurt, d'après Tobias Smollett, « immensément riche et très peu regrettée par sa propre famille et le monde en général »[76] mais ses efforts pour prolonger l'héritage des Marlborough ne pouvaient être ignorés. Grâce à son influence, elle a réussi à marier des membres de sa famille aux plus grandes dynasties aristocratiques de l'Angleterre. Parmi ses descendants les plus célèbres, on trouve Winston Churchill[Note 3] et Diana Spencer[Note 4].

Prédicats[modifier | modifier le code]

Enfants[modifier | modifier le code]

Les enfants survivants du duc et de la duchesse de Marlborough ont été mariés aux représentants des plus importants familles de Grande-Bretagne[81].

Image Nom Date de naissance Date de mort Biographie
Harriet Churchill octobre 1679 octobre 1679 Mort enfant
HenriettaMarlborough.JPG Henrietta Churchill (plus tard Godolphin), 2e duchesse de Marlborough suo jure 19 juillet 1681 24 octobre 1733 Mariée à Francis Godolphin (plus tard vicomte de Rialton par titre de courtoisie et 2e comte de Godolphin) le 23 avril 1698. Leur fils, William, marquis de Blandford meurt en 1731 ; leur fille, Henrietta se marie à Thomas Pelham-Holles, 1er duc de Newcastle-upon-Tyne ; leur fille, Mary Osborne, épouse Thomas Osborne, 4e duc de Leeds.
AnneChurchillanddaughter.JPG Anne Churchill (plus tard Spencer) 27 février 1683 15 avril 1716 Anne se marie avec le Whig Charles Spencer le 14 septembre 1699. Après la mort de sa sœur, Henrieta, en 1733, son fils, Charles devient 3e duc de Marlborough. Son fils, John est l'ancêtre des comtes Spencers et donc de Diana Spencer. Sa fille, Diana doit se marier à Frederick de Galles, mais le projet échoue et elle épouse John Russell.
John Churchill, marquis de Blandford 13 février 1686 20 février 1703 John, marquis de Blandford était l'héritier du duché de Marloborough. Il est mort sans héritiers en 1703, le duché est donc passé à la fille aînée d'Henrieta à sa mort en 1722.
Elizabeth Churchill (plus tard Egerton) 15 mars 1687 22 mars 1713/14 Mariée le 9 février 1703 à Scroop Egerton, devenu duc en 1720.
Mary Churchill (plus tard Montagu) 15 juillet 1689 14 mai 1751 Mariée à John Montagu, 2e duc de Montagu le 17 mars 1705.
Charles Churchill 19 août 1690 22 mai 1692 Mort enfant

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cockpit était l'endroit où les Tudor faisaient leurs combat de coqs. Il est reconvertit en résidence et offert par Charles II à Anne, après son mariage avec le Prince George. La maison devient la résidence privée de John et Sarah après l'arrivée d'Anne sur le trône. C'est aujourd'hui le Cabinet Office au 70 Whitehall.
  2. C'était un cas de figure rare : l'héritier du trône est souvent nommé comme régent quand le souverain n'est pas dans le pays
  3. Winston Churchill descend de Sarah par sa fille Anne ; le fils d'Anne est le 5e comte de Sunderland,devenue 3e duc de Marlborough, les ducs suivants descendent donc de lui. Winston est le petit-fils au septième degré par son père, Lord Randolph Churchill.
  4. Diana, princesse de Galles descend de Sarah par sa fille Anne ; le fils d'Anne, John est l'ancêtre des comtes Spencer. Diana est la fille du huitième comte Spencer.
  5. John et Sarah Churchill se sont mariés en secret, probablement dans les appartements de la duchesse d'York à Whitehall, et la date exacte est inconnue.

Références[modifier | modifier le code]

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  5. Field, p. 315.
  6. (en) « Ville de St Albans: Introduction », British History Online / Victoria County History,‎ 1908 (consulté le 19 juillet 2010)
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  14. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Field, p. 54, 55.
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  16. Field, pp. 69, 70, 80–81, 85.
  17. a, b et c Gregg, Anne (1665–1714) ; William alone, 1694 – 1702.
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  19. Field, pp. 99 (Captain General and Order of the Garter); 107 (dukedom).
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  22. Hooke, p. 11.
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  24. (en) « fonction de gardien de la bourse privée », site officiel de la famille royale britannique,‎ août 2007 (consulté le 19 juillet 2010)
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  30. :Field>Field, pp. 111, 112.
  31. Field, pp. 122–123.
  32. Field, pp. 218, 219.
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  35. Bucholz, p. 137.
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  37. (en) « Masham, Abigail, Lady Masham (1670–1734) »
  38. Field, p. 229, 251–5, 265, 344.
  39. Field, p. 238.
  40. Field, 191–192.
  41. Field, pp. 219–220.
  42. Voir Traités d'Utrecht.
  43. Field, pp. 308, 311–14, 317, 322–3.
  44. a et b Field, p. 287.
  45. Add MS 61422 An Account of a Conversation with Her Majesty when it appear'd plainly that she did not intend to keep her promise to the Duchess of Marlborough in letting her resign her employments to her children.
  46. Field, p. 327.
  47. Field, p. 328.
  48. Gregg, Marlborough in Exile 1712–14, p. 615.
  49. Field, p.339.
  50. (en) « Historic Figures: George I (1660–1727) », British Broadcasting Corporation,‎ 2001 (consulté le 04 08 2007)
  51. United Kingdom. Encyclopædia Britannica. 2007. Encyclopedia Britannica Online. Consulté le 13 août 2007.
  52. Whig and Tory. Encyclopedia Britannica. 2007. Encyclopædia Britannica Online. Consulté le 4 août 2007.
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  74. Taylor, Stephen. Walpole, Robert, first earl of Orford (1676–1745). Consulté le 4 août 2007.
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  81. (en) « Family Lineage: Duke of Marlborough », Burke's Peerage,‎ août 2004 (consulté le 6 août 2007)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Frank Beresford Chancellor, Sarah Churchill, P. Allan, Londres, 1932, 304 p.
  • (en) Bonamy Dobrée, Sarah Churchill : duchess of Marlborough, G. Howe, Londres, 1927, 94 p.
  • (en) Ophelia Field, Sarah Churchill, Duchess of Marlborough: the queen's favourite, St. Martin's Press, New York, 2003, 560 p. (ISBN 9780312314668)