Alliance anglo-portugaise

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L'alliance anglo-portugaise (Anglo-Portuguese Alliance), ou alliance luso-britannique (aliança luso-britânica) est une alliance diplomatique et militaire entre le Portugal et l'Angleterre (puis le Royaume-Uni), complétée par une série de traités commerciaux. Inaugurée en 1373, elle est mise en activité à la bataille d'Aljubarrota en 1385 et scellée par le traité de Windsor en 1386. Activée et renforcée au fil des siècles, elle est la plus ancienne alliance diplomatique et militaire encore en vigueur au monde actuellement[1] [2].

L'alliance, qui plonge ses racines dans le Moyen Âge, a globalement servi les intérêts des deux pays. Elle a soutenu l'intégrité territoriale du Portugal, favorisé la domination anglaise puis britannique de l'Atlantique et de l'Inde, permis l'accélération des échanges commerciaux entre l'Angleterre et le Portugal, ouvert des bases navales des Açores aux Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, etc. Au-delà des déséquilibres conjoncturels liés aux histoires respectives du Royaume-Uni et du Portugal, les deux puissances sortent globalement gagnantes de cette longue alliance, qui reste relativement équilibrée, et a été entretenue volontairement des deux côtés.

Cette alliance a joué un rôle majeur dans l'histoire européenne en incitant le Royaume-Uni à s'engager militairement contre les invasions napoléoniennes dans la péninsule ibérique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les liens entre le Portugal et l'Angleterre sont très anciens. Les bases de l'alliance sont posées officieusement par un traité commercial signé par les deux puissances en 1294 dans le cadre du grand commerce atlantique d'Europe du Nord. Les premiers contacts diplomatiques entre les deux puissances sont noués en 1373, sous le règne du roi Ferdinand Ier de Portugal. Une dizaine d'années plus tard, pendant la guerre luso-espagnole de 1383-1385, Jean Ier de Portugal, maître de l'ordre militaire d'Avis, signe une alliance offensive avec Richard II d'Angleterre. Des archers anglais prennent une part décisive dans la bataille d'Aljubarrota, menée contre la Castille (1385). À la suite de ce conflit, le roi du Portugal Jean Ier délaisse les traditionnelles alliances matrimoniales espagnoles pour épouser une aristocrate anglaise, Philippa de Lancastre (1360-1415), avec laquelle il fonde l'importante dynastie d'Avis. Un pacte d'assistance, d'entraide et d'amitié perpétuelle entre le Portugal et l'Angleterre est scellé en mai 1386, avec le traité de Windsor. Cette alliance militaire luso-anglaise constitue la plus ancienne alliance militaire au monde en vigueur à ce jour (elle a encore été réactivée tout au long du XXe siècle).

L'aide des Anglais à la dynastie d'Aviz naissante et le traité de mai 1386 ouvrent la voie à une coopération spéciale avec l'Angleterre, qui constitue la pierre angulaire de la politique étrangère portugaise pendant plus de 500 ans. Dès 1387, l'Anglais Jean de Gand, duc de Lancaster, fils d'Edouard III, et père d'Henri IV d'Angleterre, débarque en Galice avec une armée afin de s'imposer comme prétendant au trône de la Castille avec le soutien du Portugal. Il n'obtient pas le soutien de la noblesse de Castille et retourne en Angleterre avec une compensation financière importante de la part de son rival à la succession. Jean Ier de Portugal assure, avec l'appui de mercenaires anglais, l'indépendance de son royaume qu'il fait reconnaître par la Castille en 1411.

Suite à la bataille d'Aljubarrota, Jean de Gand laisse sa fille Philippa de Lancaster (Filipa en portugais) épouser Jean Ier en gage de l'Alliance anglo-portugaise. Par cette union, célébrée en 1387, les deux époux donnent naissance à la génération "sublime" chantée par Luis de Camões, qui conduit le Portugal vers son Âge d'Or, avec les découvertes maritimes. Philippa introduit à la cour du Portugal la tradition anglo-normande d'une éducation aristocratique pour ses enfants. Elle y impose une réforme de l'étiquette, de la hiérarchie nobiliaire et une morale rigoureuse. Elle soutient les intérêts économiques anglais. Déjà très actifs, les échanges traditionnels entre les deux partenaires prennent alors leur envol. Les deux nations échangent morue, textile, vin, mais aussi liège, sel et huile portugais.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Pendant les 150 ans qui suivent, le Portugal s'élève au rang de première puissance maritime et militaire européenne d'envergure mondiale. Le pays est un modèle d'organisation et de continuité politique, et prend pied sur les cinq continents. Il a les moyens de son indépendance et de ses ambitions : les flottes et les armées portugaises dominent l'Atlantique Sud et l'océan Indien, battent les flottes égyptienne et turque à plusieurs reprises, interviennent contre l'avancée musulmane en Éthiopie et entreprennent la conquête des plus grandes cités-États d'Orient. Le Portugal dispose d'un vaste arsenal et de techniciens hautement qualifiés. Il produit et vend ses propres navires et ses propres armes, qu'il exporte aux quatre coins du globe. Les expéditions vers l'Orient, qui relèvent d'un monopole d’État, rapportent jusqu'à 800 % de bénéfices[3]. L'allié anglais n'est jamais sollicité militairement.

L'alliance entre les deux pays n'est réactivée que dans la seconde moitié du XVIe siècle, à la suite d'un problème interne qui dégénère en guerre contre la Castille. Lors de la crise de succession au trône du Portugal de 1580, le roi Antoine Ier entre en conflit avec Philippe II d'Espagne, qui prétend unifier les deux couronnes ibériques. Attaqué frontalement, et abandonné par une partie de sa noblesse, le souverain portugais doit se réfugier aux Açores. Pendant trois ans, il défie l'Espagne et parvient à tenir tête aux armadas envoyées le déloger. En 1583, avec l'envoi massif de troupes espagnoles, il doit quitter l'archipel. Il passe en France, puis il décide de s'exiler en Angleterre sur les conseils de René II de Rohan. Depuis les îles britanniques, il planifie son retour à Lisbonne avec l'aide des Anglais, en échange de privilèges commerciaux au Brésil, aux Açores, et d'une aide dans la lutte anglaise contre la Maison d'Autriche. En 1589, une flotte anglaise commandée par Francis Drake et John Norreys essaye, en vain, de remettre Antoine Ier sur son trône. Le souverain déchu parvient à débarquer à Peniche, mais le pays, occupé militairement, est pacifié depuis une dizaine d'années. La population, effrayée, accueille son retour avec indifférence. La flotte commandée par Drake est frappée par la peste et doit se retirer. Et dom Antoine Ier se heurte à de très forts contingents espagnols à Lisbonne. L'expédition est un échec et le corps d'armée indépendantiste finit par quitter le pays. Antoine Ier fait une dernière tentative de débarquement dans le sud du pays, au large du Cap Saint-Vincent, puis il se retire définitivement en Angleterre, où il meurt désargenté en 1595.

Pendant l'Union des deux couronnes ibériques (1580-1640), le Portugal perd progressivement sa place de première puissance maritime européenne au profit de sa vieille alliée. L'Angleterre, qui s'est dotée d'une flotte puissance, prend pied en Amérique, en Asie et en Afrique. Dans le même temps, l'Empire portugais, mal défendu par les souverains castillans, et attaqué de toutes parts, est sur le recul.

Lors de la Restauration de 1640, Jean IV de Portugal s'appuie sur la vieille alliance anglaise, qu'il réactive, pour lutter contre l'Espagne et les Pays-Bas. Le 3 juin 1661, Portugais et Britanniques signent le Traité de White-Hall. Au terme de ce traité, en 1661, afin de renforcer les liens entre les deux nations, l'infante portugaise Catherine de Bragance, soeur du roi Alphonse VI de Portugal, épouse le roi Charles II d'Angleterre. " Le contrat de mariage est approuvé par le Conseil d'État portugais le 18 août 1661." Outre la dot magnifique apportée par la princesse portugaise, "un traité de paix est signé" par lequel le Portugal offre "la ville de Tanger et l'île de Bombaim (dans les Indes orientales) aux Anglais.[4] " En contrepartie, la flotte anglaise s'engage à défendre le Portugal et ses territoires coloniaux contre toute agression d’un pays tiers, et à porter secours aux territoires et aux comptoirs portugais des Indes, menacés par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Anglais reçoivent aussi des privilèges au Brésil, qu'ils ont dès lors tout intérêt à maintenir sous dépendance portugaise.

Du XVIIe au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1700, dans le cadre de la Guerre de Succession d'Espagne, la France déclare la guerre au Royaume-Uni et ordonne au Portugal de fermer ses ports aux navires britanniques. Le Portugal refuse et réagit en s’alliant avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas en 1703 dans la « Grande Alliance » contre les français et la dynastie espagnole des Bourbons, accédant ainsi à la demande de l’émissaire britannique John Methuen.

En 1703, les deux pays signent un traité d'alliance et de commerce, le Traité de Methuen, qui renouvelle et renforce leurs liens militaires, financiers et commerciaux. En contrepartie de l'assurance de vendre facilement ses vins à Londres - au détriment des vins français - et de l'appui de la Royal Navy, le Portugal et le Brésil s'ouvrent largement aux produits manufacturés anglais (l'économiste David Ricardo prendra exemple plus tard sur les avantages comparatifs issus de ce traité pour les deux puissances). Par la suite, bien que le Portugal reste une puissance d'envergure mondiale, du fait de la détérioration de ses infrastructures maritimes, des investissements peu productifs de la Couronne, et malgré l'afflux de l'or du Brésil et les mesures du marquis de Pombal, il tend à passer progressivement sous dépendance économique britannique. À partir du milieu du XVIIIe siècle, les intérêts économiques et géopolitiques des deux pays sont inextricablement liés.

Progressivement, avec l'arrivée des Bourbons sur le trône d'Espagne et la signature du Pacte de Famille, l'alliance luso-britannique s'oppose à un bloc franco-espagnol. En 1762, à la faveur de la guerre de Sept Ans, la France promet à l’Espagne qu’elle pourra récupérer à la fin du conflit le Portugal qui vient de rallier le camp de la Grande-Bretagne, mais l’issue malheureuse de la guerre pour l'Espagne et Louis XV, conclue par le désastreux traité de Paris, préserve l’indépendance portugaise.

Un des épisodes les plus marquant de cette alliance est l’intervention du Royaume-Uni dans la péninsule Ibérique lors des invasions napoléoniennes au Portugal.

En 1801, désormais alliée de la France républicaine, l’Espagne envahit l’Alentejo avec l’appui du corps expéditionnaire français du général Leclerc. L'intervention a surtout pour objectif d‘obliger Lisbonne à rompre ses liens privilégiés avec le Royaume-Uni. Après avoir subi les défaites d’Aronche et de Campo-Maior, le Portugal est contraint de demander la paix le 8 juin 1801. Cette guerre est appelée la « Guerre des Oranges » parce que l’avant-garde espagnole victorieuse a offert à son chef, le Premier ministre et généralissime Manuel Godoy, deux branches d’orangers cueillies dans les jardins de la place d’Elvas demeurée au pouvoir des Portugais jusqu’à la fin du conflit. Par la paix de Badajoz, le 6 juin 1801, le Portugal est contraint de se fermer aux Britanniques, de payer une indemnité aux Français, d'importer leurs tissus au détriment des tissus britanniques, et de céder aux Espagnols le district d’Olivença (qu’il ne récupérera jamais, même après les traités de 1815 qui prévoyaient pourtant sa rétrocession par l’Espagne).

En 1804, Napoléon envoie à Lisbonne comme ambassadeur le général Andoche Junot, futur duc d’Abrantès, qui est davantage un homme de guerre qu’un diplomate et qui abandonne son poste dès 1805 pour aller servir dans la Grande Armée victorieuse à Austerlitz.

En novembre 1807, les armées de Junot envahissent le Portugal, qui refuse d'appliquer le blocus continental. Le roi Jean VI de Portugal et les membres de la maison de Bragance partent pour le Brésil avec la Cour sous escorte de la flotte britannique. Comme les Espagnols, les Portugais se révoltent en 1807 contre les occupants français, qui sont chassés en 1811 grâce à l'intervention des Britanniques, commandés par Arthur Wellesley. Pendant toute la durée des opérations, l'armée portugaise est placée sous le commandement de l'Anglais William Carr Beresford, qui est nommé généralissime par le roi portugais, avec le titre de maréchal du Portugal. Rapidement, celui-ci réorganise en profondeur et modernise l'armée portugaise, qui conserve cependant ses propres généraux et officiers. Suite à la victoire anglo-portugaise et au Congrès de Vienne, le roi Jean VI de Portugal préfère rester au Brésil et confie l'administration du Portugal à Beresford. En remerciement pour de son action à la tête des armées anglo-portugaises, le souverain portugais accorde à Wellesley les titres nobiliaires de comte de Vimeiro, de marquis de Torres Vedras, et surtout de Duc de la Victoire, seul titre ducal portugais concédé à un étranger. De son côté, adulé par la population portugaise, Beresford reçoit en récompense les titres de duc d'Elvas et de marquis de Campo-Maior. L'alliance entre le Portugal et le Royaume-Uni est alors à son apogée. Mais elle n'est acceptée par les Portugais que dans un contexte d'équilibre entre les deux puissances. Sept ans après le congrès de Vienne, exaspérés par les excès de l'administration anglaise et l'absence de leur souverain, les Portugais se soulèvent en 1822, expulsent définitivement Beresford et exigent le retour de Jean VI et sa famille à Lisbonne, avec un retour du Brésil au statut de colonie.

Sur le plan colonial, un contentieux oppose dans la seconde moitié du XIXe siècle le Portugal et le Royaume-Uni à propos de la domination sur l’Afrique dite « méridionale ». Selon un projet cher à son père, le roi Charles Ier de Portugal désire construire un bloc homogène d’influence lusitanienne depuis l’Angola (côte ouest) jusqu’au Mozambique (côte est). Ce projet dit de la « Carte Rose » s’oppose aux ambitions des Britanniques qui souhaitent établir une jonction continue entre Le Caire et Le Cap (selon le projet de Cecil Rhodes). Dans un climat de forte tension, après plusieurs escarmouches en 1889 et un ultimatum anglais, Charles Ier est contraint d’accepter un compromis : il n’y aura pas de « carte rose », et les Britanniques lui offrent, en contrepartie, des compensations territoriales qui sauvegardent très partiellement le prestige impérial d’un pays ayant perdu la plus importante de ses colonies en 1825, le Brésil. Au Portugal même, le recul de la monarchie face au vieil allié anglais provoque un ressentiment durable au sein de la population, et favorise le développement du mouvement républicain, très nationaliste, qui triomphe une vingtaine d'années plus tard. C'est à cette occasion qu'est composé l'hymne national portugais.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Durant le XXe siècle le traité d'amitié anglo-portugais est invoqué à plusieurs reprises.

Il favorise l'entrée du Portugal dans la Première Guerre mondiale aux côtés de son allié britannique. Alors qu'il était plutôt en bons termes avec les puissances germaniques avant le début du conflit, le gouvernement portugais choisit la belligérance en septembre 1914 sous couvert de l’alliance luso-britannique afin de défendre l'intégrité territoriale de ses colonies, de garantir la reconnaissance de la jeune République portugaise proclamée en 1910 et de prendre sa place dans le concert des nations européennes. D'abord opposé à l’engagement des troupes portugaises, le Royaume-Uni recommande dans un premier temps au Portugal de ne rien faire qui soit contraire à sa neutralité. Cependant, en 1915, le besoin de navires de ravitaillement devient tellement urgent que sur demande expresse du Royaume-Uni, le gouvernement portugais réquisitionne les navires allemands mouillant dans les ports portugais et, malgré les tentatives de médiation, l’Allemagne cède à la provocation et déclare la guerre au Portugal le 9 mars 1916.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Salazar, officiellement neutre sous couvert du Pacte Ibérique, maintient en réalité des relations commerciales avec les deux blocs afin d'offrir des débouchés à l'industrie portugaise, et favorise l'effort de guerre britannique. Il fournit quelques métaux rares au régime nazi. Dans le même temps, il permet aux Alliés d'installer une base militaire dans les Açores pour surveiller l'Atlantique et lutter contre les U-Boots. En 1945, à l'annonce de la mort d'Hitler, il fait mettre les drapeaux en berne. La neutralité, l'ambivalence et la politique d'équilibre du Portugal salazariste, fidèle à l'alliance anglaise, mais exprimant une certaine sympathie pour l'Allemagne nazie, restent une énigme historique.

En 1961, après l'invasion de l'Inde des possessions portugaise à Goa, Diu et Daman, le Portugal demande l'aide des Britanniques, mais sa demande est suivie de peu d'effet.

Pendant la guerre des Malouines en 1982, le Portugal offre une nouvelle fois les installations des Açores à la Royal Navy.

Actualité de l'Alliance[modifier | modifier le code]

Les deux pays sont membres de l'Union européenne et de l'OTAN, leurs relations sont donc coordonnées à l'intérieur de ses institutions mais aussi par les anciens traités d'alliance précédemment évoqués.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Le Portugal, l'empire oublié", Magazine L'Histoire, collections, no 63, avril 2014.
  2. « Le Portugal, l'empire oublié », sur histoire.presse.fr (consulté le 23 mai 2015)
  3. Espínola, Rodolfo. Vicente Pinzón e a descoberta do Brasil. Rio de Janeiro: Topbooks, 2001, p.234.
  4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_de_Bragance

Liens externes[modifier | modifier le code]