Alliance anglo-portugaise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'alliance anglo-portugaise entre l'Angleterre (puis la Grande-Bretagne et le Royaume-Uni) et le Portugal est l'alliance la plus ancienne dans le monde encore en vigueur. Elle a été scellée en 1373.

L'alliance qui plonge ses racines dans le Moyen Âge, a globalement servi les intérêts des deux pays (indépendance du Portugal, domination atlantiste et indienne anglais et britannique), bien que beaucoup de Portugais se plaignent que les Anglais et les Britanniques aient profité de leur allié plus faible. Cela ne prévaut qu'à partir du XVIIIe siècle, puisque jusqu'au XVIe siècle le Portugal était l'allié le plus puissant. Les deux pays semblent au cours de cette longue alliance être gagnants. Cette alliance a joué un rôle majeur dans l'histoire européenne en incitant le Royaume-Uni à s'engager militairement contre les invasions napoléoniennes de la péninsule ibérique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'aide des Anglais à la dynastie d'Aviz naissante ouvre la voie à une coopération spéciale avec l'Angleterre, elle a constitué la pierre angulaire de la politique étrangère portugaise pendant plus de 500 ans. En mai 1386, le traité de Windsor scelle l'alliance qui avait été inaugurée officieusement en 1294 (traité commercial), et confirmée à la bataille d'Aljubarrota pour l'indépendance du trône du Portugal laissée vacante à la mort de Ferdinand Ier avec le pacte de perpétuelle amitié entre les deux pays. L'année suivante, Jean de Gand, duc de Lancaster, fils de Edouard III, et père de Henri IV d'Angleterre, débarque en Galice avec une armée afin de s'imposer comme prétendant au trône de la Castille avec le soutien du Portugal. Il n'obtient pas le soutien de la noblesse de Castille et retourne en Angleterre avec une compensation financière importante de la part de son rival à la succession. Jean Ier assure, avec l'appui de mercenaires anglais, l'indépendance de son royaume qu'il a fait reconnaître par la Castille en 1411.

Jean de Gand laisse sa fille Philippine de Lancaster (Filipa en portugais) épouser Jean I en gage de l'Alliance anglo-portugaise. Par cette union, célébrée en 1387, ils devient les parents de la génération "sublime" chantée par Luis de Camões, elle conduira le Portugal vers son Age d'Or, celui des découvertes maritimes. Filipa introduit à la cour du Portugal, la tradition anglo-normande d'une éducation aristocratique à ses enfants. Elle y a imposé une réforme de la cour et une morale rigoureuse. Elle soutient les intérêts économiques anglais, les échanges traditionnels entre les deux partenaires ont pris ainsi leur envol (morue, textile anglais contre vin, liège, le sel et l'huile portugais).

3 juin 1661 : Traité de White-Hall. Renouvellement de l’alliance anglaise par le mariage du roi Charles II Stuart avec l’infante Catherine de Bragance, sœur d’Alphonse VI de Castille. Outre une dot magnifique, la princesse apporte à la couronne anglaise Tanger, Bombay et des comptoirs aux Indes et au Brésil. En contrepartie, l’Angleterre s’engage à défendre le Portugal et ses territoires coloniaux contre toute agression d’un pays tiers, notamment contre les menaces françaises et hollandaises sur les possessions portugaises.

Du XVIIe au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1700 la France déclare la guerre au Royaume-Uni et ordonne au Portugal de fermer ses ports aux navires britanniques, le Portugal a réagi en s’alliant avec le Royaume-Uni et le Pays-Bas en 1703 dans une « Grande Alliance » contre les français et la dynastie espagnole des Bourbons, accédant ainsi à la demande de l’émissaire britannique John Methuen.

En 1703, le traité de Methuen scelle une alliance commerciale avec l'Angleterre : en contrepartie de l'assurance de vendre facilement ses vins à Londres -au détriment des vins français- et de l'appui de la Royal Navy, le Portugal et le Brésil s'ouvraient largement aux produits manufacturés anglais. (exemple de David Ricardo sur les avantages comparatifs est tiré de ce traité)

1762 : À la faveur de la guerre de Sept Ans, la France promet à l’Espagne qu’elle pourrait récupérer à la fin du conflit le Portugal qui vient de rallier le camp de la Grande-Bretagne, mais l’issue malheureuse de la guerre pour l'Espagne et Louis XV, conclue par le désastreux traité de paris, préserve l’indépendance portugaise.

Un des épisodes les plus marquant de cette alliance est l’intervention du Royaume-Uni lors des invasions napoléoniennes au Portugal.

1801 : Désormais alliée de la France républicaine, l’Espagne envahit l’Alentejo avec l’appui du corps expéditionnaire français du général Leclerc. Une intervention qui a surtout pour objectif d‘obliger Lisbonne à rompre ses liens privilégiés avec le Royaume-Uni. Après avoir subi les défaites d’Aronche et de Campo-Mayor, le Portugal est contraint de demander la paix le 8 juin 1801. Cette guerre est surnommée la « Guerre des Oranges » parce que l’avant-garde espagnole victorieuse a offert à son chef, le Premier ministre et généralissime Manuel Godoy, deux branches d’orangers cueillies dans les jardins de la place d’Elvas demeurée au pouvoir des Portugais jusqu’à la fin du conflit. Par la paix de Badajoz (6 juin), le Portugal a été contraint de se fermer aux Britanniques, dû payer une indemnité aux Français et accepter leurs tissus et céder aux Espagnols le district d’Olivenza qu’il ne récupérera jamais, même après les traités de 1815 qui prévoyaient pourtant sa rétrocession par l’Espagne

1804 : Napoléon envoie à Lisbonne comme ambassadeur le général Andoche Junot, futur duc d’Abrantès, qui était davantage un homme de guerre qu’un diplomate et qui abandonne son poste dès 1805 pour aller servir dans la Grande Armée victorieuse à Austerlitz.

En novembre 1807, les armées de Junot envahissent le pays, opposé au blocus continental, et la maison de Bragance partie trouver refuge au Brésil sous escorte de la flotte britannique. Pourtant, comme les Espagnols, les Portugais se révoltèrent contre les occupants français qui ont été chassés en 1811 grâce à l'intervention des Britanniques. Jean VI préfère rester au Brésil et confia l'administration du Portugal au duc de Beresford.

Sur le plan colonial, un contentieux oppose le Portugal et le Royaume-Uni à propos de la domination sur l’Afrique dite « méridionale ». Selon un projet cher à son père, Charles Ier désire construire un bloc homogène d’influence lusitanienne depuis l’Angola (côte ouest) jusqu’au Mozambique (côte est). Ce projet dit de la « carte rose » s’oppose aux ambitions des Britanniques qui souhaitent établir une jonction entre Le Caire et Le Cap. Dans un climat de forte tension et après plusieurs escarmouches en 1889 et un ultimatum anglais, Charles Ier est contraint d’accepter un compromis : il n’y aura pas de « carte rose » et les Britanniques lui offrent, en contrepartie, des compensations territoriales qui sauvegardent très partiellement le prestige impérial d’un pays ayant perdu la plupart de ses colonies depuis le début du siècle (surtout le Brésil). C'est à cette occasion que fut composé l'hymne national portugais.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Durant le XXe siècle le traité d'amitié a été invoqué à plusieurs reprises.

L'entrée du Portugal dans la Première Guerre mondiale au côté de son allié britannique. Fondamentalement le choix stratégique du gouvernement portugais a été la belligérance sous couvert de l’alliance britannique, pour défendre ses colonies, garantir la reconnaissance de la jeune république et prendre sa place dans le concert des nations européennes. Opposé à l’engagement des troupes portugaises, le Royaume-Uni a recommandé au Portugal de ne rien faire qui soit contraire à sa neutralité. Cependant, en 1915, le besoin de navires de ravitaillement devenait tellement urgent que sur demande expresse du Royaume-Uni, le gouvernement portugais réquisitionne les navires allemands mouillés dans les ports portugais et, malgré les tentatives de médiation, l’Allemagne cède à la provocation et déclare la guerre au Portugal le 9 mars 1916.

Salazar maintient également des relations commerciales avec les deux forces, ce qui bénéficie à l'industrie portugaise. Il a fourni quelques métaux rares au régime nazi et d'un autre côté, il permet aux Alliés d'installer une base militaire dans les Açores pour surveiller l'Atlantique et lutter contre les U-Boots. En 1945, lors de l'annonce de la mort d'Hitler, il fait mettre les drapeaux en berne. La neutralité et l'ambivalence du Portugal restent une énigme historique, plusieurs hypothèses avancées notamment de sa faiblesse militaire face à une invasion hypothétique de son voisin espagnol.

En 1961, après l'invasion de l'Inde des possessions portugaise à Goa, Diu et Daman, le Portugal demanda l'aide des Britanniques (peu d'effet).

Pendant la guerre des Malouines en 1982, le Portugal offre les installations des Açores à la Royal Navy.

Actualité de l'Alliance[modifier | modifier le code]

Les deux pays sont membres de l'Union européenne et de l'OTAN, leurs relations sont donc coordonnées à l'intérieur de ses institutions mais aussi par les anciens traités d'alliance précédemment évoqués.

Liens[modifier | modifier le code]