Thomas Malthus

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Thomas Robert Malthus

Description de l'image  thomas malthus.jpg.
Naissance
Dorking, dans le Surrey (Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne)
Décès (à 68 ans)
Somerset (Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni)
Nationalité britannique
Champs Pasteur protestant, Économie
Institutions Université de Cambridge, Collège de la Compagnie anglaise des Indes orientales
Diplôme Jesus College (Cambridge)
Renommé pour École classique, Malthusianisme, annonciateur du keynésianisme

Thomas Robert Malthus, né près de Guildford (Surrey) le [1] et mort à Bath (Somerset) le , est un économiste britannique de l'École classique, et également un pasteur anglican.

Contemporain du décollage industriel anglais, il est surtout connu pour ses travaux sur les rapports entre les dynamiques de croissance de la population et la production, analysés dans une perspective « pessimiste », totalement opposée à l'idée smithienne d'un équilibre harmonieux et stable.

Son nom a donné dans le langage courant un adjectif, « malthusien » souvent négativement connoté (désignant un état d'esprit plutôt conservateur, opposé à l'investissement ou craignant la rareté), et une doctrine, le malthusianisme qui inclut une politique active de contrôle de la natalité pour maîtriser la croissance de la population.

Biographie[modifier | modifier le code]

Malthus est né en février 1766 dans le Surrey, sixième enfant sur huit d'une famille aisée. Son père est un ami personnel de David Hume et une relation de Jean-Jacques Rousseau. À partir de 1784, Malthus étudie à Jesus College à l'université de Cambridge où il obtient une chaire en 1793. Il devient pasteur anglican en 1797.

En 1798, il publie sans nom d'auteur Essai sur le principe de population[2], qui connaît un immense succès et déclenche de nombreuses polémiques. Malthus entreprend alors d’approfondir ses recherches et voyage sur le continent, visitant le Danemark, la Suède et la Russie. En 1803, il donne une nouvelle édition, très augmentée, de son Essai et le signe de son nom. Le retentissement est considérable. Dès 1809, la quatrième édition de l'Essai fait l'objet d'une traduction en français, à Genève. En 1823, Pierre Prévost, premier traducteur de Malthus en français, avec son fils Guillaume, fait connaître une cinquième édition en français, plus complète ; une réédition de cette traduction sera effectuée en 1845 par Joseph Garnier.

Il se marie en 1804. La même année, grâce à la protection du premier ministre Pitt, il devient professeur d'économie politique au Collège de la Compagnie anglaise des Indes orientalesHaileybury, dans le Hertfordshire) qui vient d’être fondé pour les agents de la Compagnie. Il occupe ce poste jusqu'à sa mort et aura une influence certaine sur les fonctionnaires anglais affectés en Inde.

Il rencontre David Ricardo pour la première fois en 1811, les deux hommes tiennent ensuite une correspondance abondante qui lui permettra de développer des analyses nouvelles sur la demande. Il compose d’autres ouvrages, notamment Les Principes d’économie politique, publié en 1820.

Il meurt en 1834 et est enterré à l'abbaye de Bath, dans le Somerset.

Malthus et les rapports entre la population et la production[modifier | modifier le code]

Le contexte[modifier | modifier le code]

La lecture d’Adam Smith et de Hume l’attire de bonne heure vers l’économie politique. Il tente d’appliquer les idées de William Godwin, un rationaliste du XVIIIe siècle, influencé par la pensée de Jean-Jacques Rousseau et celle de Condorcet et qui croit à un progrès sans limites. Le pasteur Malthus est chargé de l’aide aux pauvres dans sa commune ; les mauvaises récoltes de 1794 à 1800 engendrent misère et détresse, et frappent son imagination. Il écrit en 1796 un essai sur la crise que subit l’Angleterre, essai qui prend position en faveur de la justice sociale et proposant de développer le système d’assistance publique aux pauvres, mais il ne le publie pas.

Toutefois, le disciple de Godwin va se révolter contre son inspirateur lorsqu’il lit La justice politique (1793). Dans cet ouvrage utopiste, Godwin décrit une société où une population croissante va connaître la prospérité et la justice. Le divorce entre les idées de Godwin et la réalité brutale qu’il observe conduit Malthus à changer radicalement d’analyse. Son Essai sur le principe de population, publié en 1798, est un pamphlet en réaction contre ces idées.

Contre les réformateurs « moraux » qui attribuent au gouvernement la responsabilité des maux de la société, Malthus veut démontrer que ceux-ci viennent en réalité de lois naturelles et inéluctables. Il reprend en cela une idée avancée par Joseph Townsend dans A Dissertation on Poor Laws en 1786 ou par l'italien Giammaria Ortes[3].

Lien entre la population et volume de production nécessaire[modifier | modifier le code]

Malthus, par Félix Vallotton

Malthus prédit mathématiquement que sans freins, la population augmente de façon exponentielle ou géométrique (par exemple : 1, 2, 4, 8, 16, 32, ...) tandis que les ressources ne croissent que de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, ...).

Il en conclut le caractère inévitable de catastrophes démographiques, à moins de limiter la croissance de la population. Malthus préconise ainsi une régulation volontaire des naissances, la « contrainte morale » : les couples prévoyants, en retardant l'âge du mariage et en pratiquant la chasteté jusqu'au mariage, seraient enclins à n'avoir que le nombre d'enfants qu'ils sont certains de pouvoir entretenir.

Il prône aussi l'arrêt de toute aide aux nécessiteux, en opposition aux lois de Speenhamland et aux propositions de William Godwin qui souhaite généraliser l'assistance aux pauvres.

Les thèses opposées[modifier | modifier le code]

Davantage que d'oppositions à proprement parler, il s'agit de mise en garde contre des visions trop simplificatrices. John Stuart Mill, sans contester l'idée générale de Malthus, signale l'absence de justification de l'allégorie mathématique précise utilisée par celui-ci (voir culte du cargo).

« Certains ont obtenu une victoire facile sur une remarque que M. Malthus avait faite en passant, et avancée principalement en guise d'illustration, selon laquelle on pouvait peut-être supposer que l'accroissement de la nourriture avait lieu selon une proportion arithmétique, tandis que la population croissait selon une proportion géométrique ; alors que tout lecteur honnête sait bien que M. Malthus ne met aucun accent sur cette tentative malheureuse de donner une précision numérique à des choses qui ne la supportent pas, et tous ceux qui sont capables de raisonner doivent bien voir que cette remarque est un ajout superflu à son argument. » — John Stuart Mill, Principes d'économie politique, II, XI, 6.

De nombreux auteurs critiquent aussi des problèmes de méthodologie, par exemple, citant une confusion entre surpopulation absolue et relative.

Ainsi, Malthus « confond deux notions : celles de surpopulation absolue et relative. Or, il y aurait surpopulation absolue par rapport aux subsistances, si la population parvenait à croître jusqu’à être capable de se reproduire au-delà des capacités nutritionnelles des ressources existantes ; il s’agit donc d’une spéculation irréaliste. Par contre, il y a surpopulation relative quand une population existante est privée des ressources qui lui ont permis de croître jusqu’à son état présent »[4].

La théorie face aux observations empiriques[modifier | modifier le code]

Les politiques malthusiennes[modifier | modifier le code]

Les politiques de restriction démographique inspirées de Malthus sont appelées « malthusiennes ». Sa crainte tournait autour de l'idée que la progression démographique est plus rapide que l'augmentation des ressources, d'où une paupérisation de la population. Les anciens régulateurs démographiques (les guerres et les épidémies) ne jouant plus leurs rôles, il imagine de nouveaux obstacles, il décide de mettre un impôt sur la taille des enfants et le poids. De plus, il limite les naissances en offrant des cadeaux (livres, vêtements...) aux couples sans enfants. Ces propositions ne sont appliquées à ce jour, toutes les deux, qu'en République populaire de Chine, qui, du fait de la taille de sa population (1,3 milliards d'habitants) se voit obliger de limiter drastiquement sa démographie en limitant le nombre de naissances.

Le pronostic pessimiste de Malthus a été différé, car le monde a connu une grande augmentation des ressources et des rendements agricoles (révolution verte), de nouveaux moyens d'échanges internationaux des biens de subsistance et le départ d'une partie du trop plein d'individus vers les États-Unis ou les colonies, où les méthodes agricoles modernes créaient de nouvelles ressources. De deux habitants de la planète sur trois en malnutrition en 1950, on est ainsi passé à un sur sept en 2000[5], alors que la planète passait dans le même temps de deux milliards et demi d'habitants à plus de six.

Toutefois, la contrainte naturelle refait surface aujourd'hui (2009) : la révolution verte a induit un appauvrissement des sols et des nappes phréatiques. De plus en plus apparait la perspective d'un épuisement des ressources fossiles à court ou moyen terme, et ce à cause notamment d'un fort accroissement de la production de biens et de services.

Cependant, il est intéressant de comparer deux situations du monde :

1960: 3 milliards d'habitants, 2 milliards souffrant de malnutrition (soit 66 %)[5]. 2000 : 6 milliards d'habitants, 800 millions souffrant de malnutrition (soit 13,3 %)[5].

Les prévisions pessimistes de Malthus ont été retardées ponctuellement par la révolution industrielle et la révolution verte. Son analyse reste structurellement valide sur le long terme : il est exact que la population est en croissance dans certains pays (7 enfants par femme au Niger[6]) , que les progrès de l'hygiène et de la médecine augmentent la taille de la population, que les ressources renouvelables sur Terre sont limitées, in fine, par l'énergie qu'il est possible d'exploiter, qui elle-même détermine la biomasse. Dans ces conditions, mathématiquement, il ne sera pas possible à la population terrestre d'augmenter sans cesse, et la régulation devra intervenir à un moment ou à un autre, et d'une manière ou d'une autre, la transition démographique étant la moins douloureuse, mais demandant deux ou trois générations. On peut remarquer que deux des pays émergents actuels, Inde et Chine ont eu ou ont encore des politiques malthusiennes (l'Inde offrait dans les années 1960 un poste à transistors aux pères de famille acceptant d'être stérilisés après la naissance de leurs premiers enfants ; la Chine applique en 1979 une politique stricte d'enfant unique à la majeure partie de sa population).

Limites à la théorie de Malthus[modifier | modifier le code]

Si la croissance géométrique théorique de la population est un fait, on a rétrospectivement constaté qu'elle était contrebalancée dans les pays industriels par d'autres phénomènes sanitaires (épidémies), environnementaux (troubles de la fertilité) et sociaux (dont les guerres) plus complexes.

Dans un premier temps, on a constaté que l'amélioration de l'hygiène et des soins a fait chuter la mortalité (mortalité infantile notamment), et augmenter l'espérance de vie en générant une explosion de la population.
Mais, grâce à de nouvelles ressources (charbon, pétrole) et à des progrès techniques, cette explosion démographique, contrairement à ce que redoutait Malthus, n'a pas été limitée par les ressources agricoles. Ainsi, en France, la population a pu doubler en 200 ans, (30 millions en 1810, 62 millions en 2010) alors que la proportion des agriculteurs dans la population active chutait (passant de 67% en part dans la population active en 1789 à moins de 5% de nos jours[7]), sans famines, avec néanmoins deux guerres mondiales et quelques pandémies grippales.

A posteriori est aussi apparue une transition démographique, correspondant à une phase de diminution de la natalité quand la population d'un pays s'enrichit ; les familles ont de moins en moins d'enfants dans certains pays, entrainant dans certains pays une dénatalité (nombre de naissances ne permettant pas de renouveler la population par exemple en Allemagne, Bélarus ou Japon). Ceci amène certains démographes à craindre des crashs démographiques pour ces pays.

La croissance géométrique de la population est donc une réalité théorique qui ne s'est pas encore traduite dans les faits dans les pays industriels. Contrairement à ce que pensait Malthus, avant d'être limitée par la productivité agricole, elle l'a plutôt été par des phénomènes socio-culturels complexes, liés à la culture, à l'enrichissement de la société, aux progrès de la contraception et à des choix d'organisation sociale qui amènent les familles à avoir moins d'enfants ou à ne pas en avoir. Des spécialistes de la reproduction notent aussi depuis quelques décennies, pour des raisons apparemment environnementales, et au moins dans les pays industriels, une diminution de la fécondité naturelle des individus (délétion de la spermatogenèse chez l'homme et moindre fertilité chez la femme).

Un démenti par les faits économiques[modifier | modifier le code]

Si l'analyse de Malthus correspond bien à l'évolution de la population et des ressources par le passé (il s'était entre autres fondé sur de copieuses données concernant les États-Unis, accumulées par Benjamin Franklin), elle devient caduque au moment même où elle est publiée car c'est alors que s'amorce la transition démographique, qui aboutit à une réduction plus ou moins « volontaire » des naissances.

Bien que le modèle de Malthus soit exact (à fécondité maximale, tous les descendants d'une génération ne peuvent survivre), ses prévisions ne se sont pas réalisées. Les éléments nouveaux ont été :

  • la transition démographique : dès 2005, « plus de la moitié de l'humanité est déjà au-dessous du seuil de remplacement » des générations (Gilles Pislon (INED, Six milliards d'hommes). Il faut toutefois noter que dans cette donne :
    • L'humanité est passée dans les années 1960 par une période où deux hommes sur trois souffraient de malnutrition (en 2000, un sur sept)
    • Des pays d'Asie comme l'Inde, la Chine et le Viêt Nam ont officiellement adopté des politiques malthusiennes
  • le fait qu'une partie du trop-plein d'individus émigrerait vers les États-Unis ou les colonies, dont elle tirerait profit.
  • L'utilisation massive des énergies fossiles est venue fausser l'équation sur laquelle Malthus avait basé son raisonnement en :
    • augmentant les ressources énergétiques et les rendements agricoles (révolution verte)
    • permettant des échanges internationaux de biens de subsistance à des coûts de transports extrêmement bas.

mais avec des conséquences environnementales, climatiques, sociales encore difficiles à mesurer.

Malthus, annonciateur du keynésianisme[modifier | modifier le code]

Fort du scandale provoqué par son Essai, Malthus passe le reste de sa vie à lui donner une apparence moins littéraire et plus scientifique, et à acquérir dans un domaine voisin, mais différent, l'économie, par ses traités et sa correspondance avec David Ricardo, une grande réputation de compétence.

Il en vient ainsi à considérer que la loi des débouchés est fausse :

« …Cependant cette doctrine [NDA : la loi de Say], avec toute l’extension qu’on lui a donnée me semble tout à fait fausse, et en contradiction manifeste avec les grands principes qui règlent l’offre et la demande »[8]

Au contraire, selon Malthus, l'offre ne crée pas forcément la demande, le niveau de la production et celui de la demande ne sont pas nécessairement identiques à cause :

  • du fait que les produits ne s’échangent pas uniquement contre des produits, mais beaucoup s’échangent contre du travail ne se traduisant pas par un bien matériel (comme celui des domestiques), et
  • de l'épargne (se traduisant par le stockage de certains biens).

Un recul de la demande (demande effective) est donc possible avant une baisse de production (voire, paradoxalement, à la suite d'un accroissement de production), ce qui provoquera un recul de l'activité économique. Malthus est un des premiers économistes (Jean de Sismondi développe aussi cette idée à ce moment) à tenter de théoriser les crises dites de surproduction, notion que réfute Jean-Baptiste Say. Cette idée sera reprise et développée par John Maynard Keynes pour analyser la crise de 1929, ce qui fait de Malthus un annonciateur du keynésianisme. Keynes écrira d'ailleurs un essai en 1933 intitulé Robert Malthus, the first of the Cambridge economists (Robert Malthus, le premier des économistes de l'Ecole de Cambridge).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • An Essay on the Principle of Population, as it Affects the Future Improvement of Society with Remarks on the Speculations of Mr. Godwin, M. Condorcet, and Other Writers London, printed for J. Johnson, in St. Paul's Church-Yard, édition anonyme de 1798.

En 1803: Seconde édition largement remaniée et complétée et publiée avec le nom de l'Auteur : An essay on the Principle of Population; or, a view of its past and present effects on human happiness; with an enquiry into our prospects respecting the future removal or mitigation of the evils which it occasions. Elle est traduite en français en 1805 sous le titre: Essai sur le principe de population. En 1806, 1807, 1817 et 1826: nouvelles éditions anglaises avec de légères variations par rapport à la seconde édition.

En 1823: Malthus rédige l'article Population pour le supplément de l'Encyclopedia Britannica. Un long extrait de ce texte fut publié en 1830 sous le titre de A summary view of the Principle of Population.

  • An Investigation of the Couse of the Present High Price of Provisions (1800)
  • Observations on the Effects of the Corn Laws, and of a Rise or Fall in the Price of Corn on the Agriculture and General Wealth of the Country (1814)
  • An Inquiry into the Nature and Progress of Rent, and the Principles by which it is regulated (1815)
  • The Grounds of an Opinion on the Policy of Restricting the Importation of Foreign Corn: intended as an Appendix to (1815)
  • Principes d'économie politique au point de vue de leur application pratique, 1820
  • Définitions en économie politique et mesure de la valeur, 1823

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William Petersen, Malthus, Cambridge, Harvard University Press, 1979.
  2. version originale sur wikisource
  3. Hans Overbeek, Un démographe prémalthusien au XVIIIe siècle : Giammaria Ortes ; Population  : 1970 ; Volume 25, N°3 pp. 563-572
  4. Meillassoux, La Leçon de Malthus…, Paris, ORSTOM- EDI, CEPED, 1991, 15-32
  5. a, b et c Sources : FAO ; How many people can the Earth support ?, de Joel E. Cohen
  6. http://www.gapminder.org/
  7. Voir "L'évolution de la population agricole du XVIIIe siècle à nos jours" de Jean Molinier
  8. Principes d’économie politique de Malthus, cité par Marc Montoussé, Théories économiques, Paris, Bréal, 1999, p.25

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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