Histoire

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Historia, allégorie de l'Histoire
Peinture de Nikolaos Gysis (1892).

L’histoire est à la fois l’étude des faits, des événements du passé et, par synecdoque, leur ensemble. L'histoire est un récit, elle est la construction d'une image du passé par des hommes et des femmes (les historiens et historiennes) qui tentent de décrire, d'expliquer ou de faire revivre des temps révolus. Ce récit historique n'est pas construit par intuition intellectuelle, mais à partir de sources. L'histoire s'attache avec ces sources à reconstruire plusieurs pans du passé. Au cours des siècles, les historiens ont fortement fait évoluer leurs champs d'intervention et ont aussi réévalué leurs sources, ainsi que la manière de les traiter.

L'histoire, qui n'est pas seulement une réflexion sur le passé, se construit aussi selon une méthode. Celle-ci a évolué au cours du temps, évolution qu'on appelle l'historiographie. La méthode historique s'appuie sur un ensemble de sciences auxiliaires qui aident l'historien à construire son récit. Par delà les époques et les méthodes, et quel que soit le but sous-jacent du travail de l'historien, l'histoire est toujours une construction humaine, inscrite dans l'époque où elle est écrite. Elle joue un rôle social et elle est convoquée pour soutenir, accompagner ou juger les actions des Hommes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire sur le Wiktionnaire.

Le mot « histoire » vient du grec ancien historia, signifiant « enquête », « connaissance acquise par l'enquête », qui lui-même vient du terme ἵστωρ, hístōr signifiant « sagesse », « témoin » ou « juge ». Il a pour origine les Enquêtes (Ἱστορίαι / Historíai en grec) d'Hérodote. Littéralement, le mot ionien Historíai signifie « recherches, explorations », et dérive selon toute vraisemblance de la racine indo-européenne *wid- qui signifie voir, ou savoir pour avoir vu[1].

Le mot est introduit en français au début du XIIe siècle avec le sens de « relation des événements marquants d'une vie, d'un règne » ou de « chronique d'un peuple »[2]. Il prend aussi le sens général d'histoire (au sens de récit), polysémie qu'il a conservé jusqu'à ce jour en français comme en allemand. C'est à partir du XIIIe siècle, comme peut en témoigner l'usage qu'en fait Brunetto Latini dans son Livre dou Trésor, que le terme commence à recouvrir le sens de « récit historique »[3]. On peut noter qu'au Moyen Âge, la forme ordinairement employée du mot était Estoire : ce n'est qu'à partir de la Renaissance que l'on reviendra à la graphie antique[4].

Le mot connaît de nombreuses dérivations. 1213 voit ainsi la première occurrence de historien et de historiographe (emprunt au latin historiographus. Le verbe désuet Historier apparaissant au XIVe siècle, et l'adjectif historique survenant en 1447 (emprunt du latin Historicus, lui-même emprunt du grec historikos. Le diminutif historiette remonte à 1657 (premier emploi par Tallemant des Réaux dans le titre d'un de ses ouvrages)[5]. Le vocabulaire savant du XVIIIe et du XIXe siècle permet ensuite l'apparition d'un vocabulaire plus spécialisé comme préhistoire (en 1872) et anhistorique.

Premiers textes historiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Annales et Chronique médiévale.
Hérodote et Thucydide, musée archéologique de Naples.

Les faits historiques furent conservés pendant longtemps du fait de la tradition orale  : Selon Georges Lefebvre « les premiers historiens, en ce sens, furent probablement des poètes. » [6]. Selon Michel de Certeau : « De même, chez les Merian de Madagascar, les teiarana (anciennes listes généalogiques), puis les tantara (l'histoire passée) forment un « héritage des oreilles » (lovantsofina) ou une « mémoire de la bouche » (tadidivava). » [7].

Avec l'invention de l'écriture apparaît le récit historique, qui est de beaucoup antérieur à la conceptualisation de la discipline historique. Les premières chroniques mésopotamiennes remontent au début du IIIe millénaire av. J.-C et se dégagent de toute influence mythologique à partir du début du millénaire suivant. Il s'agit de renseignements utiles aux dynasties, de listes décrivant année par année les événements d'un règne (celui d'Hammurabi), d'un État (Mari), voire, dans le cas de la chronique synchronique, de plusieurs États (la Babylonie et l'Assyrie). La vocation de ces listes est purement mémorielle et didactique, et elles ne sont pas exemptes d'un certain parti pris  : il s'agit de faire connaître à la postérité sous un jour positif les faits et gestes de son souverain [8].

L'histoire en Grèce antique conserve certains de ces aspects en développant parallèlement des préoccupations littéraires et scientifiques comme en témoignent les œuvres d'Hérodote, de Thucydide et de Polybe. Hérodote (-484 ou -482, -425) est un savant grec qui parcourt durant sa vie l'Égypte actuelle et le Moyen-Orient, allant jusqu'à Babylone. Dans ses Enquêtes, il veut faire œuvre de mémorialiste et raconte des événements récents, les guerres médiques, « afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes ». Il se place donc dans une perspective historique qui fait qu'on a pu le qualifier de « père de l'histoire »[9].

Si Hérodote est vu comme l'initiateur du récit historique, c'est Thucydide (vers -460 - vers -400) qui le premier a posé la méthode historique, dans le sens d'une recherche de « vérité » dans le récit, et non plus simplement de « mémoire ». Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, il s'attache à relater les causes de la guerre, les faits déclencheurs, puis il raconte chronologiquement cette guerre, restant au plus près des événements, afin de donner un portrait fidèle de ce conflit qu'il considère être fondamental dans l'histoire du monde et qu'il veut expliquer aux générations futures. Il a également une vision profondément rationnelle des faits, ne voyant pas dans l'enchaînement de ceux-ci l'intervention des dieux mais la conséquence des actions des hommes.

Peu d'œuvres historiques grecques ont été conservées après celle de Thucydide : aussi bien les œuvres de Timée, d'Ephore de Cumes, rédacteur en -340 de la première histoire du monde, que celles des « historiens d'Alexandre » ne nous sont parvenues autrement que de manière fragmentaire. La principale étant celle de Polybe : son histoire en cinquante livres, ayant l'ambition de traiter l'histoire du monde antique de -220 à -150, avec comme point de repère l'ascension de la république romaine. La méthode de Polybe, tout comme celle de Thucydide, se veut rigoureusement rationnelle et « pragmatique » : il interroge les survivants, se rend sur les lieux des événements décrits etc. De cette œuvre très vaste, qui anticipe sur les grandes synthèses historiques modernes, un tiers, tout au plus, a survécu.

Avec l'avènement de l'Empire romain, la discipline historique tend à perdre de son indépendance et à ne devenir qu'un moyen au service d'une fin politique (chez Tite-Live) ou morale (chez Salluste). « Dans l'ensemble les Romains s'intéressaient plus aux mérites littéraires de leurs livres d'histoire qu'à rapporter avec précision ce qui s'était réellement produit[10]. ». Cette tendance de la discipline a pu être qualifiée d'« histoire pragmatique »[11].

Il revient finalement à Lucien de Samosate d'écrire le seul traité historiographique qui ait été conservé de l'Antiquité, Comment l'on écrit l'histoire. Dans cette critique sévère des historiens de son temps, il écrit notamment : « La tâche de l'historien, il n'y en a qu'une ; dire les choses telles qu'elles se sont passées[12] », et « l'historien ne saurait écrire à la manière des rhéteurs : ce qu'il a à dire a déjà été dit et sera dit par d'autres, car ce sont des faits accomplis ; il faut simplement les mettre en ordre et les exposer ; il n'a pas à chercher ce qu'il doit dire, mais comment il le dira[13] ».

S'ils réduisent l'histoire à un rang d'auxiliaire de la théologie, les auteurs chrétiens tiennent néanmoins cette discipline en grande estime, et lui permettent de survivre à la disparition de l'empire romain d'Occident. En témoignent les œuvres d'Eusèbe de Césarée, d'Isidore de Séville, ou de Bède le vénérable. Parallèlement se maintient une histoire séculière sous la forme de chroniques, telle que celle d'Eginhard.

Champs et périodisation[modifier | modifier le code]

Selon les époques et le rôle qu'a tenu l'histoire au cours des siècles, les champs d'études de l'historien ont fondamentalement évolué. Ainsi, la « civilisation » et la guerre ont longtemps été les principaux objets de cette réflexion historique qui se présentait comme une « mémoire de l'humanité »[14]. Les objets de l'histoire sont donc au départ centrés sur l'histoire militaire, l'histoire politique et l'histoire religieuse. L'histoire voit progressivement son champ s'élargir vers l'histoire diplomatique, l'histoire sociale, l'histoire culturelle ou encore l'histoire économique. Plus récemment, elle a porté son attention d'une part vers des objets uniques, des réalités distinctes, dans une démarche individualisante, et d'autre part vers la corrélation entre phénomènes historiques et phénomènes environnementaux tels que les changements climatiques, les séismes ou les éruptions volcaniques majeures et leurs suites.

De plus, l'histoire est le plus souvent partagée en périodes historiques, qui varient fortement selon les pays et les civilisations. Ces périodes, ou bien – mieux – ces « époques », car le premier terme stipule étymologiquement une histoire cyclique, ont pour double objectif de répondre à une exigence chronologique et de poser des repères, d'indiquer des ruptures qui traduisent un changement d'objet. Les époques et les champs étudiés par l'historien varient aussi, puisque l'état des sources n'est pas le même à toutes les époques. Les historiens de l'École des Annales ont au XXe siècle fait éclater le cadre rigide de l'histoire événementielle en mettant en évidence le concept de longue durée qui rend davantage compte des mouvements lents et fondamentaux des sociétés humaines[15]. L’École des Annales, enfin, considère que l’Histoire n’est pas l’histoire des nations ni des grands hommes mais bien l’histoire de tout ce qui est humain.

Si l'histoire de la terre commence avec la formation géologique de notre planète, et si l'histoire de l'humanité commence avec l'apparition du genre Homo, on limite traditionnellement l'emploi du mot « Histoire » (avec une majuscule) pour les périodes qui nous sont connues par l'intermédiaire de sources écrites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les périodes pour lesquelles de telles sources n'existent pas ont été nommées, quant à elles, préhistoire ou protohistoire. En revanche, les chaires de proto-histoire et de pré-histoire existent au sein de l'Université française : l'historien a « colonisé » ce territoire, notamment sous la direction d'André Leroi-Gourhan, préhistorien français emblématique. Ce dernier rappelle d'ailleurs que la différenciation entre l'archéologue et le préhistorien s'est opérée au XIXe siècle pour des questions d'approches disciplinaire. Sur le plan technologique, les chercheurs en histoire du genre humain s'accordent à reconnaître trois grandes « révolutions techniques » bouleversant profondément les modes de vie antérieurs :

Méthode[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Méthodologie historique.

La méthodologie historique s'intéresse à deux problèmes :

  • Comment l'historien mène son enquête ?
  • Une fois les résultats de sa recherche rassemblés, comment écrit-il l'histoire ?

Recherche des sources[modifier | modifier le code]

Fragment de papyrus, IIe siècle Papyrology Rooms, Sackler Library, Oxford

Le passé humain n'est jamais saisi directement par l'historien[16]. Ainsi, traces[17], archives, témoignages et documents sont les matériaux et les objets de la discipline historique qui ne permettent ni expérimentation, ni observations immédiates[18]. Il existe une extrême diversité de nature de ces traces. Il est d'usage d'opérer une distinction entre sources écrites et non écrites, les premières ayant été pendant longtemps utilisées exclusivement. L'histoire a connu une réflexion sur l'élargissement de la notion de sources[19]. Elles ne se limitent pas aux sources narratives c'est-à-dire à celles qui rendent compte directement de ce qui s'est passé (les chroniques médiévales ou un article de journal par exemple). L'historien bénéficie aussi d'un réservoir plus important : les sources documentaires. Celles-ci regroupent l'ensemble des documents dont le but premier n'était pas de renseigner sur l'histoire. Ainsi les rôles de la taille n'avaient pas d'intention historienne, mais peuvent nous permettre d'approcher la hiérarchie des fortunes sous l'Ancien Régime.

Cependant, ces traces, ces sources deviennent documents par une construction de l'historien et résultent d'une sélection et d'un questionnement particulier. Ainsi, Henri-Irénée Marrou propose la définition suivante pour le document historique : « Est un document toute source d'information dont l’esprit de l’historien sait tirer quelque chose pour la connaissance du passé humain, envisagé sous l’angle de la question qui lui a été posée[20]. »

Avant de se lancer dans la lecture des sources, l'historien réfléchit sur les documents qui pourraient répondre à la question historique qu'il se pose. La question déterminera les sources. Antoine Prost, dans ses Douze leçons sur l'histoire parues en 1996, résume cette idée par une belle image : « L'historien ne lance pas son chalut au hasard, pour voir s'il prendra des poissons, et lesquels » L'éventail des sources à disposition ne cesse de croitre. Si, pendant longtemps, la recherche s'est appuyée sur les traces écrites, l'historien fait aujourd'hui feu de tout bois. Lucien Febvre écrivait : « L'histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire sans documents écrits s'il n'en existe point. Avec tout ce que l'ingéniosité de l'historien peut lui permettre d'utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. [...] Toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail d'historien, ne consiste-elle pas dans un effort constant pour faire parler les choses muettes »[21]. Afin de comprendre l'évolution des paysages et des structures agraires, Marc Bloch a étudié les cadastres du XIXe siècle. De même, l'archéologie fournit des données inédites par rapport aux sources traditionnelles.

Critique des sources[modifier | modifier le code]

La pratique de l'histoire exige de conserver une attitude critique à l'égard des sources. C'est ce doute permanent qui fait l'une des spécificités de la pratique. Les premiers jalons de cette réflexion sont posés par l'école des moines mauristes et bollandistes au XVIIe siècle. Les historiens de l'école dite méthodique, Langlois et Seignobos reprennent ces « règles », qui concernent principalement les témoignages écrits[22]. Ils distinguent ainsi deux opérations principales de la critique, la « critique interne » et « externe »[23] :

Signature de Saint Eloy (Eligius), financier et ministre de Dagobert Ier ; charte de la fondation de l'abbaye de Solignac ; Jean Mabillon, De re diplomatica)
  • La critique externe porte sur les caractères matériels du document tels son papier, son encre, son écriture, les sceaux qui l'accompagnent. Elle interroge l'authenticité des sources. Ce type de critique nécessite des connaissances en paléographie, en sigillographie, en diplomatique et en épigraphie.
  • La critique interne repose elle sur la cohérence du texte.
    • la « critique de provenance » qui interroge l'origine de la source. L'historien en tire des conclusions sur la sincérité et l'exactitude du témoignage. Le récit d'un historiographe officiel tend ainsi à magnifier le rôle et les qualités de son prince.
    • la « critique de portée » qui s'intéresse aux destinataires du texte. Un préfet peut, dans son rapport au Ministre de l'Intérieur, minimiser les troubles frappant son département de peur que son supérieur le prenne pour un incapable.
    • le classement des sources.

Un exemple de critique externe est qu'une lettre écrite sur papier, dite du XIIe siècle, est certainement fausse car on écrivait sur du parchemin à cette époque tandis que la critique interne démontre qu'une charte de Philippe Auguste datée au bas de 1225 est un faux car ce roi de France est mort en 1223.

La méthode critique se fonde également sur la comparaison des témoignages. Quand ils concordent, c'est l'un des signes de la véracité des faits. Par contre, quand un témoin est contredit par plusieurs autres, cela ne signifie pas automatiquement qu'il ment. Ces autres témoins s'appuient peut-être sur la même source erronée. Une fois les témoignages passés au crible de cet arsenal méthodique, l'historien s'attache à bien interpréter le sens du texte. L'historiographie anglo-saxonne a davantage poussé les historiens à se méfier des conclusions qu'on peut tirer de la lecture d'un texte.

C'est par la réflexion sur les sources que, depuis les années 1980, les sources visuelles se sont imposées à égalité avec les sources écrites. Utilisées par les spécialistes de l'Antiquité (Jean-Pierre Vernant) ou du Moyen Âge (Georges Duby), il a fallu des travaux pionniers comme ceux de Michel Vovelle avec la Révolution française ou Maurice Agulhon et Marianne pour que ces sources deviennent aussi légitimes que l'écrit. Aujourd'hui où il existe une accumulation et une conservation exponentielle de ces images, est apparue la nécessité de jeter les bases d'une histoire générale du visuel incluant l'art et ses spécificités (Laurent Gervereau [24])

Historiographie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Historiographie et Métahistoire.

L'historiographie (1550), littéralement « écriture de l'histoire », est un nom dérivé de l'« historiographe », c'est-à-dire « celui qui écrit l'histoire ». Le nom désignait originellement un ensemble d'ouvrages historiques. Par extension, l'historiographie a désigné l'histoire de l'écriture de l'histoire. Érigée en spécialité de la discipline historique, l'historiographie (allemand Geschichtswissenschaft ou Geschichtsschreibung, anglais historical writing) présente généralement le regard d'un historien sur ses prédécesseurs et sur leur travail.

Plusieurs ensembles cohérents d'ouvrages historiques – ou « historiographies » – existent pour une même période, offrant généralement des points de vue différents sur l'Histoire. Jusqu'à la deuxième moitié du XXe siècle, une « historiographie » revêt souvent un caractère « national », dans la mesure où elle rapporte un point de vue politique sur des événements. Par exemple, il est possible de citer pour le Moyen Âge l'historiographie byzantine et l'historiographie franque : celles-ci présentent très différemment le problème de la querelle des Images qui opposa un temps l'Église romaine et l'Église byzantine à l'époque de Charlemagne.

L'historiographie traite les mêmes problèmes que la méthodologie, mais l'approche de ces questions est nécessairement différente : la méthodologie a pour objet l'étude du travail que l'historien réalise en amont pour écrire l'histoire, alors que l'historiographie s'attache au travail fini des historiens. Aussi, l'historiographie a souvent un caractère plus polémique[25]. Enfin, les conclusions des études historiographiques sont généralement à l'origine des changements méthodologiques.

Sens et philosophie de l'histoire[modifier | modifier le code]

Fronstispice de l'Histoire of France de Jean Puget de La Serre, traduction d'Edward Grimeston, 1624
Article détaillé : Philosophie de l'histoire.

L'idée de donner un sens à l'histoire est à proprement parler universelle. On la retrouve à la base de tous les récits dits mythiques, qui sont une manière de domestiquer le temps et d'inscrire l'existence humaine dans un cadre temporel défini.

L'on peut distinguer plusieurs types de philosophie de l'histoire.

La première peut être dite fataliste. Le destin de l'humanité s'explique avant tout par les édits arbitraires d'une puissance supérieure que l'on ne saurait altérer que par des sacrifices. Cette conception est notamment présente chez Hésiode, avec le concept de la Moira.

La seconde est de type cyclique. On la retrouve dans les philosophies orientales, et plus particulièrement dans le bouddhisme. L'on considère ici que l'histoire humaine et naturelle est comparable à la succession des saisons : il existerait ainsi une « grande année », d'une durée incommensurable, découpée en plusieurs époques, et au terme duquel l'on reviendrait au point de départ. Transmises par Bérose, ces conceptions vont être intégrée au Stoïcisme.

La troisième est de type progressiste. L'histoire de l'humanité tendrait vers un progrès ininterrompu. Cette philosophie apparaît dans la culture hébraïque après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, au travers du mythe de la « terre promise », puis devient partie intégrante du message chrétien (en particulier chez saint Jean, et Augustin d'Hippone). La plupart des écoles et doctrines occidentales découlent de cette conception philosophique : libéralisme, marxisme, socialisme, etc.

Une dernière école, moins fréquente, dénie tout sens à l'histoire humaine. Il ne s'agirait que d'une succession d'actions hasardeuses: ainsi, selon William Shakespeare, la vie est « est une histoire — dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, — et qui ne signifie rien… » dans Macbeth[26]. C'est aussi la position de Schopenhauer : « La devise générale de l'histoire devrait être : Eadem, sed aliter »[27].

Histoire et sciences[modifier | modifier le code]

Sciences auxiliaires de l'histoire[modifier | modifier le code]

L'expression « Sciences auxiliaires de l'histoire » désigne l'ensemble des disciplines scientifiques, sociales, littéraires et philologiques qui peuvent permettre l'exploitation ou la critique des sources utiles au travail historique. Au XIXe siècle, un cloisonnement profond sépare l'histoire enseignée et la recherche historique. Cette séparation, déplorée dès 1891 par Ferdinand Lot, attaquée dans le premier numéro des Annales en 1929, est remise en cause au XXe siècle. L'histoire s'adjoint dès lors l'assistance de disciplines autonomes comme autant d'instruments de recherche dans une perspective d'interdisciplinarité. Si l'École des Annales peut à l'occasion adopter une attitude dominatrice par rapports aux autres sciences sociales, des rencontres peuvent émerger et donner naissance à des nouvelles voies de recherche, comme en témoigne le développement de l'anthropologie historique ou le renouveau de la diplomatique[28].

Une discipline scientifique ?[modifier | modifier le code]

L'histoire moderne, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des sciences dites « exactes » ou « dures » mais des sciences dites « sociales » et « humaines », avec la sociologie, l'ethnologie, la psychologie, etc. C'est une science sociale dans le sens où elle s'attache d'abord à l'étude de l'Homme dans les sociétés par un travail d’interprétation, sans pour autant écarter le principe d’impartialité. L'historien cherche à comprendre le passé via une pluralité de perspectives, en regroupant donc des sources variées, en tenant compte de la subjectivité de l'observateur y compris de l'historien lui-même.

Un débat existe sur l'objectivité de l'Histoire. Il est notamment apparu quand la découverte des lois de physique par Isaac Newton, en établissant que certains événements naturels peuvent être prévus, posant aux historiens un problème nouveau : celui de la « scientificité » de l'histoire. Comme les sciences dures, la discipline historique implique une analyse rationnelle des faits, et vise à la « vérité ». Plusieurs tentatives de résolutions ont été envisagées ;

- La première, notamment incarnée par le mathématicien français Pierre-Simon de Laplace, voit la discipline historique comme science dure. Si elle ne possède pas de lois comparables à celles des sciences physiques, c'est simplement parce qu'elle n'a pas encore connu son Newton. Dans son Essai philosophique sur les probabilités, Laplace écrit : « tous les événements, ceux mêmes qui par leur petitesse semblent ne pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite aussi nécessaire que les révolutions du soleil[29] ». Cette position est aussi celle de l'historien Fustel de Coulanges pour qui « l’histoire n’est pas un art ; elle est une science pure, comme la physique ou la géologie[30].
- La seconde, représentée par le mathématicien Antoine-Augustin Cournot, fait certes de l'histoire une discipline scientifique, mais une discipline scientifique relative dont le hasard est une composante essentielle. Soit donc le caractère imprévisible de l'histoire cesse d'être, comme chez Laplace, une illusion liée à notre ignorance des lois profondes de l'histoire, pour être appréhendé comme « un fait vrai en lui-même »[31]. Pour Cournot, l'histoire est une suite de séries causales, qui, s'entrecroisant, produisent l'événement. Ainsi, si l'on considère la mort de Pyrrhus Ier causée par la chute d'une tuile, l'on sera dans l'entrecroisement de deux séries causales : la série causale de la tuile, amenée à tomber à un moment précis, sur un lieu précis, et la série causale Pyrrhus présent au moment précis, et au lieu précis. L'avantage de ce système de séries causales c'est qu'il permet de concilier hasard et déterminisme : « de ce que le croisement continuel des chaînes de conditions et de causes secondes, indépendantes les unes aux autres, donne perpétuellement lieu à ce que nous sommes des « chances » ou des combinaisons fortuites, il ne s'ensuit pas que Dieu ne tienne point dans sa main les unes et les autres, et qu'il n'ait pu les faire sortir toutes d'un même décret initial »[32].

Une question que le développement de l'internet remet en exergue est celle de la valeur et de l'accessibilité des sources, officielles ou non ; L'Histoire peut-elle être Open-source se demandait en 2006 Roy Rosenzweig[33]

L'historien[modifier | modifier le code]

Un historien est une personne qui étudie ou communique sur l’histoire. Il a pour tâche de rapporter des faits passés, de les catégoriser, puis d'en proposer une interprétation équilibrée et justifiée par des sources, sous le contrôle du public informé[34].

Antoine Prost, dans Douze leçons sur l'histoire, affirme que : « l'histoire, c'est ce que font les historiens » et que « c'est en faisant de l'histoire qu'on devient historien[35] ».

L'histoire est une discipline qui ne peut se transmettre de façon complète et didactique, elle est un savoir-faire qui s'acquiert de façon progressive, presque artisanalement. La récurrence du vocabulaire artisanal dans les écrits des historiens montre que le métier vient par l'apprentissage, la pratique, l'accumulation et la maîtrise de compétences plus que par un savoir scientifique exhaustif à apprendre. Marc Bloch se définit ainsi comme « un artisan, vieilli dans le métier[36] », François Furet parle d'atelier, l'historien allemand Werner Conze évoque une corporation avec ses maîtres, ses compagnons et ses apprentis[37].

Ces formules paraissent contradictoire chez des historiens qui dans le même temps affirment que l'histoire est une science, dotée de règles de fonctionnement. Mais en fait, il s'agit surtout de souligner que les règles de l'histoire s'acquièrent de façon progressive, par la pratique, et que dans cette pratique aucune règle ne peut être appliquée automatiquement et sans une réflexion aboutie. Le champ lexical de l'artisanat, très fréquent chez les historiens, exprime toute la complexité de l'histoire.

La formation de l'historien est en très grande partie fondée sur deux axes : la connaissance de l'histoire en général (connaissances livresques sur les faits du passé, maîtrise de l'historiographie) et sur des connaissances pratiques (méthodes d'analyse des sources et d'écriture de l'histoire).

Place de l'histoire dans la société[modifier | modifier le code]

Si « du rassemblement des documents à la rédaction du livre, la pratique historique est tout entière relative à la structure de la société[38] », dans les contraintes et les exigences que cela peut impliquer, les historiens ont souvent interrogés ou été confrontés au fondement d'une « mission sociale de l'historien[39] ». Ils ont ainsi souvent dû s'interroger sur les possibles finalités culturelles, intellectuelles ou morales de leur discipline. La question de la place de l'histoire dans les sociétés relève tant de la sociologie, de la science politique, de la philosophie que de l'histoire elle-même et de l'historiographie. Se pose aussi aujourd'hui des questions pédagogiques importantes qui imposent de donner des repères de base et conduisent à une "histoire stratifiée" ("laminated history") : locale, régionale, nationale, continentale, globale.

Histoire et politique[modifier | modifier le code]

Statue de Vercingetorix à Alésia, édifiée avec les traits de Napoléon III.

L'histoire est une composante essentielle de la mémoire collective d'un peuple ou d'une nation. Elle sert de point de référence, de socle commun sur lequel se construit l'identité d'un groupe social. Il est donc évident qu'elle est un enjeu politique important. La maîtrise du passé par le politique est une manière de donner au peuple un corpus de référence construit et utilisable comme point de référence ou objet de rejet. De nombreuses études portant, notamment, sur la vision de l'histoire transmise par les manuels scolaires, montrent cette instrumentalisation du passé à des fins politiques[40].

Le culte des « héros » nationaux est également une façon de mettre en valeur certains pans de l'histoire au service d'une idéologie politique ou plus simplement pour façonner un socle de références culturelles autour desquelles le peuple peut se rassembler. Si l'instrumentalisation de l'histoire est particulièrement visible dans les régimes totalitaires, qui utilisent de façon très forte l'histoire dans leur logique d'emprise sur le peuple (c'est le cas de l'URSS qui pendant la Deuxième Guerre mondiale reprend les symboles historiques et patriotiques russes à son compte), elle est également présente dans des régimes libres qui prennent comme point de référence des « héros » de leur histoire pour accompagner un message politique (de Vercingétorix sous Napoléon III à Guy Môquet avec Nicolas Sarkozy en France)[41].

Le XIXe siècle, durant lequel les nations européennes forgent leur identité moderne, est fréquemment donné en exemple d'instrumentalisation de l'histoire. Les Histoire de France écrites par l'historien Jules Michelet sont données comme en partie responsable d'une vision déterministe des frontières nationales françaises, comme si l'histoire de France était la lente conquête par les régimes successifs de frontières naturelles momentanément rognées par des accidents de l'histoire.

Histoire et mémoire[modifier | modifier le code]

Articles connexes : loi mémorielle et commémoration.

La vogue des commémorations historiques, accentuée, selon certains dans les années 1980 en ce qui concerne la France, a semblé à certains observateurs constituer un refuge dans un passé mythifié, qui empêcherait la société de regarder l'avenir. Ainsi François Furet dans son ouvrage : « Penser la Révolution française » indique : «La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu'elle a appelé l'Ancien Régime, et comme l'avènement de la civilisation où nous vivons depuis; Dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s'est passé avant elle ; Dans le second, elle inaugure le cours de l'égalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historio-graphique du XIXe siècle » [42] À l'inverse, il est d'usage de considérer qu'on ne peut vraiment préparer l'avenir qu'en connaissant bien l'histoire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire de l'Antiquité, page 1075, article Historiographie grecque, édition PUF sous la direction de Jean Leclant, 2005
  2. « Cy fault l'istoire de Bretons / Et la lignie des Barons » ; Wace, Roman de Brut, v. 1150
  3. Le Trésor « traite dou comencement dou siecle, et de l'ancieneté des vielles istores et de l'establissemnt dou monde et de la nature de toutes coses en some. » Francis J. Carmody (éditeur), Genève, Slatkine Reprints, 1975, p. 17.
  4. Dictionnaire étymologique de la langue française sous la direction d'Oscar Bloch et de Walther von Wartburg, article Histoire, PUF 1932, 2004 pour la présente édition
  5. Dictionnaire étymologique de la langue française sous la direction d'Oscar Bloch et de Walther von Wartburg, articles Histoire, Historier, Historiographe et Historique
  6. Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne, Flammarion, 1971, p. 17
  7. Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, folio Histoire, Gallimard, 1975, p. 17.
  8. Francis Joannè, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne - Chroniques, édition Bouquins, p. 183, 184
  9. Cicéron, De legibusI, 1, 5.
  10. Dictionnaire de l'Antiquité : Mythologie, littérature, civilisation, sous la direction de M. C. Howatson, article « Historiographie », Robert Laffont, collection Bouquins, 1998, pages 508-509.
  11. Georges Lefebvre, La naissance de l'historiographie moderne (1946), Nouvelle Bibliothèque scientifique, Flammarion, 1971, pp. 20-21.
  12. Lucien de Samosate, Comment l'on écrit l'histoire in Œuvres choisies, éd. Le temps des cerises, traduction de Jean Suret-Canale, page 103.
  13. Lucien de Samosate, Comment l'on écrit l'histoire, op. cit., p.  108 ; paragraphe 51
  14. Louis Halphen, Introduction à l'histoire, 1948.
  15. Fernand Braudel, La Longue durée, Annales, 1958.
  16. Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, Seuil, 1978, p. 14
  17. « Pour premier caractère, la connaissance de tous les faits humains dans le passé, de la plupart d'entre eux dans le présent, à d'être selon l'heureuse expression de François Simiand, une connaissance par traces. » Marc Bloch, Apologie pour l'Histoire et le métier d'historien, Armand Colin, 1941, p. 34 classiques.uqac.ca [PDF]
  18. « Comme celle du médecin, la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale. »Carlo Ginzburg, « Traces : Racines d’un paradigme indiciaire », Mythes, Emblèmes, Traces, ‑ Morphologie et histoire, Paris, Flammarion, 1989, p. 154.
  19. « L’histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire, sans documents écrits s’il n’en existe point. Avec tout ce que l’ingéniosité de l’historien peut lui permettre d’utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. Donc avec des mots, des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises herbes. » Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, Paris, Armand Collin, 1953, p. 428
  20. Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Paris, Seuil, 1954, p. 73. Définition à laquelle fait écho la réflexion d'Antoine Prost : « Il n'y a pas davantage de document sans question. C'est la question de l'historien qui érige les traces laissées par le passé en sources et en documents. » Douze leçons sur l'Histoire, op. cit., p. 80-81.
  21. Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, 1959
  22. Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898 ; Charles Seignobos, La Méthode historique appliquée aux sciences sociales, 1901.
  23. Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux Études Historiques, Paris, Hachette, 1898.
  24. Laurent Gervereau (dir.), "Dictionnaire mondial des images", Paris, Nouveau monde, 2006 ; Laurent Gervereau, "Images, une histoire mondiale", Paris, Nouveau monde, 2008
  25. Voir par exemple les « guerres de l'histoire » en Australie.
  26. Macbeth, acte V, scène 5
  27. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, supplément au livre III, chapitre XXXVIII.
  28. Yann Potin et Julien Théry, L’histoire médiévale et la « nouvelle érudition » l'exemple de la diplomatique, Labyrinthe, 1999, n°4, p. 35-39.
  29. Pierre-Simon de Laplace, Essai philosophique sur les probabilités page 32, Christian Bourgois éditeur, Paris, 1986
  30. Fustel de Coulanges, Préface à La Monarchie franque, 1888. »
  31. Antoine-Augustin Cournot, Considérations sur la marche des idées et des évènements dans les temps modernes in « Œuvres complètes » , tome IV, Vrin, Paris, 1973, page 9
  32. Ibid
  33. Roy Rosenzweig, « Can History be Open Source ? Wikipedia and the Future of the Past », The Journal of American History, Vol. 93, n° 1 (juin, 2006), pp. 117-146
  34. Le rôle social de l'historien. Conférence d'Olivier Dumoulin, Notes : Mais qu'est-ce qu'un historien ? C'est celui qui exerce un métier reconnu comme tel par la société mais aussi par ses pairs. Cette identification apparaît au XVIIIe siècle dans les pays anglophones et germanophones. En France, la définition d'une méthode historique à la fin du XIXe siècle est une étape clé (Cf Gabriel Monod et la Revue historique, 1876). Certes, il existe une littérature historique, différente de la production scientifique, que l'on peut qualifier de « métahistorique » (historiographie, nécrologie, compte-rendu de lectures, préfaces ou postfaces...), genre auquel même Gabriel Monod s'est livré (auteur par exemple de 41 nécrologies), mais Olivier Dumoulin distingue ici les publications de l'écrivain et les travaux de l'historien. Voir Juger l'histoire, Jean Pierre Le Crom, in Droit et société, 38/1998 , Dossier : Vérité historique, vérité judiciaire
  35. A. Prost, Douze leçons sur l'histoire, p. 146.
  36. Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, introduction, p. IX.
  37. Cité par Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, p. 146.
  38. Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, Gallimard, folio histoire, 1975, p. 91.
  39. Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Seuil, Point Histoire, 1954, p.  30
  40. Dominique Maingueneau, Les livres d'école de la République (1870 - 1914) : discours et idéologie, Paris, Le Sycomore, 1979, 343 pages.[réf. incomplète]
  41. Christian Amalvi, De l'art et la manière d'accommoder les héros de l'histoire de France, Paris, Albin Michel, 1988, 473 pages.
  42. François Furet : Penser La révolution française, Folio Histoire, Gallimard Paris 1978

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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