Wole Soyinka

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Wole Soyinka

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Wole Soyinka en 2008.

Activités dramaturge, romancier, poète, essayiste
Naissance 13 juillet 1934 (80 ans)
Abeokuta, Drapeau du Nigeria Nigeria
Langue d'écriture Anglais
Genres théâtre, roman, récit autobiographique, poésie, essai
Distinctions Prix Nobel de littérature (1986)

Wole Soyinka, né à Abeokuta le 13 juillet 1934, est un écrivain nigérian. Il est le premier auteur africain et le premier auteur noir lauréat du prix Nobel de littérature, qu'il reçoit en 1986.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études aux universités d'Ibadan et de Leeds, Soyinka travaille au Royal Court Theatre de Londres. Par la suite, il fonde plusieurs troupes théâtrales au Nigéria dont « 1960, Masks drama troupe » et occupe de nombreux postes universitaires à Ibadan, Ife et Lagos. En 1952, Soyinka crée l'association « The Pyrate » à l'université d'Ibadan afin de combattre la mentalité coloniale. En 1962, il oppose au célèbre concept de négritude, fondé par Léopold Sédar Senghor, le concept de tigritude à propos duquel il dira « qu'un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. »[1]. Il participe à une conférence controversée sur le sujet au sein de l'université Makerere (Ouganda), en 1962. L'auteur est emprisonné au Nigéria entre 1967 et 1969 pour avoir soutenu le mouvement d'indépendance du Biafra[2]. Après sa libération, il reste au Nigéria et enseigne aux départements d'art dramatique d'Ife et Ibadan. Il voyage aussi à travers le monde pour mettre en scène ses pièces, donner des conférences et éditer des magazines littéraires comme Transition. En 1994, il est contraint à l'exil après avoir été condamné à mort par le gouvernement de Sani Abacha. Il ne peut rentrer au pays qu'après la mort du dictateur, en 1998[1]. Il est également l'un des cofondateurs du Parlement des écrivains et le président de la Communauté africaine de la Culture[réf. nécessaire].

Le 25 septembre 2010, il annonce la création de son parti, le Democratic Front for a People's Federation (DFPF, Front démocratique pour une fédération des peuples)[3], en vue des élections générales, prévues soit en janvier 2011, soit en avril 2011[4].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Soyinka s'est essayé à toutes les formes d'écriture. Il rend compte de la complexité du continent africain dont il restitue, sur le plan littéraire, la grandeur ancestrale et « l'âme noire ». Son œuvre, polymorphe et occidentalisée, est essentiellement rédigée en anglais et s'inspire des mythes et du folklore yoruba dont il est issu. L'auteur a souvent recours à l'analepse et recherche dans sa prose un certain symbolisme[5]. Parfois fragmentaire et sensible à l'expérimentation, son style s'enrichit d'intrigues remarquablement construites et mêle légende, fantaisie et noirceur[5]. D'un pessimisme historique profond, ses textes tournent essentiellement autour du thème de la liberté bafouée et du concept de « viol des nations »[6].

Ses productions théâtrales combinent généralement la tradition du spectacle africain à l'art classique et moderne du théâtre occidental. Parmi ses pièces les plus connues, on compte notamment Le Lion et la perle (1958) qui dépeint la vie de villageois ordinaires sur un mode humoristique, La Danse de la forêt (1960), écrite en l'honneur de l'indépendance nigériane, la comédie Les Tribulations de frère Jéro (1960), La Route (1965) qui met en parallèle accidents de voiture et forces divines et la satire politique La Récolte de Kongi (1965). Suivent Un sang fort (1966) qui prend pour figure centrale le bouc émissaire, Fous et spécialistes (1970) qui évoque la guerre du Biafra, Bacchae (1973), transposition en Afrique des Bacchantes d'Euripide, La Métamorphose de Jero (1973) et La Mort et l'écuyer du roi (1975). Opera Wonyosi (1981) s'inspire de L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht.

Soyinka est aussi l'auteur de nombreux recueils de poésie et de romans comme Les Interprètes (1965), satire féroce de la société nigériane pleine d'humour et d'ironie. Une Saison d'anomie (1973) revisite quant à lui le mythe d'Orphée dans le cadre des massacres commis au Biafra durant les années 1960. On doit également à l'auteur un récit autobiographique : Aké (1982) et quelques études critiques telles que Mythes, littérature et le monde africain (1976) dans laquelle il expose ses théories artistiques et revient sur sa conception de la littérature africaine.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Prix Nobel de littérature[modifier | modifier le code]

Wole Soyinka a été le premier auteur africain et la première personnalité noire à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1986. L'Académie suédoise salue ainsi un « écrivain qui met en scène, dans une vaste perspective culturelle enrichie de résonances poétiques, une représentation dramatique de l'existence. »[6]. À propos de cette récompense, il déclare : « Il y a des gens qui pensent que le prix Nobel vous rend insensible aux balles, pour ma part, je ne l'ai jamais cru »[1].

Autres récompenses[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Keffi's Birthday Treat (1954)
  • The Invention (1957)
  • The Swamp Dwellers (1958)
    Publié en français sous le titre Les Gens du marais, suivi de Un sang fort et de Les Tribulations de frère Jéro, Paris, P.J. Oswald, 1971 ; réédition, Paris, Harmattan, 1986
  • The Lion and the Jewel (1959)
    Publié en français sous le titre Le Lion et la Perle, Yaoudé, Édition C.L.É., 1968
  • The Trials of Brother Jero (1959)
    Publié en français sous le titre Les Tribulations de frère Jéro, précédé de Les Gens du marais, et de Un sang fort, Paris, P.J. Oswald, 1971 ; réédition, Paris, Harmattan, 1986
  • A Dance of the Forests (1960)
    Publié en français sous le titre La Danse de la forêt, Paris, P.J. Oswald, 1971 ; réédition dans une nouvelle traduction sous le titre La Ronde de la forêt, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1991
  • My Father's Burden (1960)
  • The Strong Breed (1964)
    Publié en français sous le titre Un sang fort, précédé de Les Gens du marais, et suivi de Les Tribulations de frère Jéro, Paris, P.J. Oswald, 1971 ; réédition, Paris, Harmattan, 1986
  • Before the Blackout (1964)
  • Kongi's Harvest (1964)
    Publié en français sous le titre La Récolte de Kongi, Paris, Éditions Silex, 1988
  • The Road (1965)
    Publié en français sous le titre La Route, Paris, Hatier, 1988
  • Madmen and Specialists (1970)
    Publié en français sous le titre Fous et Spécialistes, Ivry, Éditions Nouvelles du Sud/Centre National des Lettres, 1993
  • The Bacchae of Euripides (1973)
    Publié en français sous le titre Les Bacchantes d'Euripide: Rite de communion, Paris, Éditions Silex, 1989
  • Camwood on the Leaves (1973)
    Publié en français sous le titre Du rouge sur les feuilles de cam, Ivry, Éditions Nouvelles du Sud/Centre National des Lettres, 1992
  • Jero's Metamorphosis (1973)
    Publié en français sous le titre La Metamorphose de frère Jéro, Paris, Éditions Présence africaine, 1984
  • Death and the King's Horseman (1975)
    Publié en français sous le titre La Mort et l'Écuyer du roi, Paris, Hatier, 1986
  • Opera Wonyosi (1977)
  • Requiem for a Futurologist (1983)
    Publié en français sous le titre Requiem pour un futurologue, Ivry, Éditions Nouvelles du Sud/Centre National des Lettres, 1993
  • Sixty Six (1984)
  • A Play of Giants (1984)
  • From Zia with Love (1992)
  • A Scourge of Hyacinths (1992), opéra
    Publié en français sous le titre La Barrière de jacinthes, Genève, Édition Zoé, 1999
  • The Beatification of Area Boy (1996)
  • Document of Identity (1999), pièce radiophonique
  • King Baabu (2001)
    Publié en français sous le titre Baabou roi, Arles, Actes-Sud Papiers, 2005

Romans[modifier | modifier le code]

  • The Interpreters (1964)
    Publié en français sous le titre Les Interprètes, Paris, Éditions Présence africaine, 1979
  • Season of Anomy (1972)
    Publié en français sous le titre Une saison d'anomie, Paris, Belfond, 1987 ; réédition, Livre de poche no 9582, 1993

Recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • A Tale of Two (1958)
  • Egbe's Sworn Enemy (1960)
  • Madame Etienne's Establishment (1960)

Récits autobiographiques[modifier | modifier le code]

  • The Man Died: Prison Notes (1971)
    Publié en français sous le titre Cet homme est mort, Paris, Belfond, 1986
  • Aké: The Years of Childhood (1981)
    Publié en français sous le titre Aké, les années d'enfance, Paris, Belfond, 1984 ; réédition, Livre de poche no 9561, 1993
  • Ibadan: The Penkelemes Years: a memoir 1946-65 (1989)
    Publié en français sous le titre Ibadan, les années pagaille. Mémoires : 1946-1965, Arles, Actes Sud, 1997
  • Isara: A Voyage around Essay (1990)
    Publié en français sous le titre Isara : périple autour de mon père, Paris, Belfond, 1993
  • You Must Set Forth at Dawn (2006)
    Publié en français sous le titre Il te faut partir à l'aube, Arles, Actes Sud, 2007

Recueils de poésie[modifier | modifier le code]

  • Idanre and other poems (1967)
  • A Big Airplane Crashed Into The Earth (ou Poems from Prison) (1969)
  • A Shuttle in the Crypt (1971)
  • Ogun Abibiman (1976)
    Publié en français sous le titre Cycles sombre, recueil français composé à partir de Idanre and other poems, A Shuttle in the Crypt et Ogun Abibiman, Paris, Silex, 1987
  • Myth, Literature and the African World (1976)
  • Mandela's Earth and Other Poems (1988)
    Publié en français sous le titre La Terre de Mandela, Paris, Belfond, 1989
  • Early Poems (1997)
  • Samarkand and Other Markets I Have Known (2002)

Essais[modifier | modifier le code]

  • Towards a True Theater (1962)
  • Culture in Transition (1963)
  • Neo-Tarzanism: The Poetics of Pseudo-Transition
  • Art, Dialogue, and Outrage: Essays on Literature and Culture (1988)
  • From Drama and the African World View (1976)
  • The Credo of Being and Nothingness (1991)
  • The Burden of Memory – The Muse of Forgiveness (1999)

Opéra[modifier | modifier le code]

  • 1994, 1999 (en entier), sur une musique de Tania León, Le Maléfice des jacinthes (A Scourge of Hyacinths) est le premier opéra dont le livret soit tiré d'une pièce de Wole Soyinka

Production théâtrale en France[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le Monde des livres du 2 novembre 2007
  2. Notice biographique portée sur l'édition "La mort et l'écuyer du roi" parue dans la collection Monde Noir en 2002
  3. « Le Prix Nobel Wole Soyinka crée son parti au Nigeria », sur http://www.lemonde.fr/, Le Monde,‎ septembre 2010 (consulté le 24 octobre 2010)
  4. Nigeria : Les élections générales entre janvier et avril 2011, sur afrique.kongotimes.info, consulté le 24 octobre 2010
  5. a et b Article Encarta sur Wole Soyinka
  6. a et b Article de Denise Coussy sur Wole Soyinka in Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, édition Laffont-Bompiani, Paris, 1994, volume 2, page 3031

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) James Gibbs, Ketu H. Katrak et Henry Louis Gates, Jr. (dir.), Wole Soyinka : a bibliography of primary and secondary sources, Greenwood Press, Westport (Conn.), Londres, 1986, 107 p. (ISBN 0-313-23937-1)
  • (en) Biodun Jeyifo (dir.), Perspectives on Wole Soyinka : freedom and complexity, University Press of Mississippi, Jackson (Miss.), 2001, XXII-242 p. (ISBN 1-57806-335-3)
  • (en) Biodun Jeyifo, Wole Soyinka : politics, poetics, and postcolonialism, Cambridge University Press, 2004, XXXIII-322 p. (ISBN 0-521-39486-4)
  • (en) Mpalive-Hangson Msiska, Postcolonial identity in Wole Soyinka, Rodopi, Amsterdam, New York, 2007, XXXVII-176 p. (ISBN 978-90-420-2258-4)
  • (en) K. Rajkumar, Wole Soyinka as a play-writer, Creative Books, New Delhi, 2007, 176 p.
  • Christiane Fioupou, La route : réalité et représentation dans l'oeuvre de Wole Soyinka, Rodopi, Amsterdam, 1994, 390 p. (ISBN 90-5183-731-3)
  • Michèle Lurdos, Côté cour, côté savane, le théâtre de Wole Soyinka, Presses universitaires de Nancy, Nancy, 1990, 133 p. (ISBN 2-86480-399-2)
  • Jean-Jacques Ngor Sene, Mythe et rituel dans la production théâtrale de Wole Soyinka ou La matrice d'une conscience sociale toujours en éveil, Université de Haute-Bretagne, Rennes 2, 1999, 454 p. (thèse de doctorat d'Études anglaises)
  • Alain Ricard, Wole Soyinka ou l'Ambition démocratique, Silex, Paris ; les Nouvelles éd. africaines, Lomé, 1988, 79 p. (ISBN 2-7236-0953-7)
  • Eliane Utudjian Saint-André, Le théâtre anglophone du Nigeria, du Ghana et de la Sierra Leone. Evolution des formes des origines à la fin du XXe siècle, Paris, éditions Karthala, 2007.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Wole Soyinka poète citoyen : Nigéria juillet et novembre 1989, film de Bankolé Bello, produit en 1990 par 5 Continents, la Sept, FR3, BB film and Video, Ateliers de Diffusion Audiovisuelle et 5 Continents, 52' (VHS)

Liens externes[modifier | modifier le code]