Mohandas Karamchand Gandhi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mohandas, Gandhi (homonymie), MKG et Bapu.

Mahatma Gandhi

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Mohandas Karamchand Gandhi, en août 1942

Nom de naissance Mohandas Karamchand Gandhi
Alias
« Bapu » (« père »), « Mahatma » (« grande âme »)
Naissance 2 octobre 1869
Porbandar (Gujarat, Inde britannique)
Décès 30 janvier 1948 (à 78 ans)
Delhi (Inde)
Nationalité Indien
Formation
Distinctions
Signature de Mahatma Gandhi

Mohandas Karamchand Gandhi (en gujarati મોહનદાસ કરમચંદ ગાંધી (mohandās karamcaṃd gāndhī), API [ˈmoː.ɦən.aːs ˈkə.rəm.t͡ʃən ˈɡaːn.d̪ʱi ] Écouter), né à Porbandar (Gujarat) le 2 octobre 1869 et mort assassiné à Delhi le 30 janvier 1948, est un dirigeant politique, important guide spirituel de l'Inde et du mouvement pour l'indépendance de ce pays. Il est communément connu et appelé en Inde et dans le monde comme le Mahatma Gandhi (du sanskrit, mahatma : « grande âme ») – « Mahatma » étant toutefois un titre qu'il refusa toute sa vie d'associer à sa personne[1] –, voire simplement Gandhi, Gandhiji ou Bapu (« père » dans plusieurs des langues en Inde).

Il a été un pionnier et un théoricien du satyagraha, de la résistance à l'oppression à l'aide de la désobéissance civile de masse, le tout fondé sur l'ahimsa (« non-violence »), qui a contribué à conduire l'Inde à l'indépendance. Gandhi a inspiré de nombreux mouvements de libérations et de droits civiques autour du monde et de nombreuses autres personnalités comme Albert Schweitzer, Martin Luther King, Nelson Mandela, Steve Biko, le dalaï lama et Aung San Suu Kyi. Ses critiques importantes envers la modernité occidentale, les formes d'autorité et d'oppression (dont l'État), lui valurent aussi la réputation de critique du développement dont les idées ont influencé beaucoup de penseurs politiques.

Avocat ayant fait ses études de droit en Angleterre, Gandhi développa une méthode de désobéissance civile non-violente en Afrique du Sud, en organisant la lutte de la communauté indienne pour ses droits civiques. À son retour en Inde, Gandhi incita les fermiers et les travailleurs pauvres à protester contre les taxes jugées trop élevées et la discrimination étendue et porta sur la scène nationale la lutte contre les lois coloniales créées par les Britanniques. Devenu le dirigeant du Congrès national indien, Gandhi mena une campagne nationale pour l'aide aux pauvres, pour la libération des femmes indiennes, pour la fraternité entre les communautés de différentes religions ou ethnies, pour une fin de l'intouchabilité et de la discrimination des castes, et pour l'autosuffisance économique de la nation, mais surtout pour le Swaraj — l'indépendance de l'Inde de toute domination étrangère.

Gandhi conduisit la marche du sel, célèbre opposition à la taxe sur le sel. C'est lui qui lança également l'appel au mouvement Quit India le 8 août 1942. Il fut emprisonné plusieurs fois en Afrique du Sud et en Inde pour ses activités ; il passa en tout six ans de sa vie en prison.

Adepte de la philosophie indienne, Gandhi vivait simplement, organisant un ashram qui était autosuffisant. Il faisait ses propres vêtements — le traditionnel dhoti indien et le châle, avec du coton filé avec un charkha (rouet) — et était un militant végétarien. Il pratiquait de rigoureux jeûnes sur de longues périodes, pour s'auto-purifier mais aussi comme moyen de protestation, d'influence et de réforme chez autrui[2].

Gandhi est reconnu comme le Père de la Nation en Inde, où son anniversaire est une fête nationale. Cette date a également été déclarée « Journée internationale de la non-violence » par l'Assemblée générale des Nations unies en 2007[3].

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse en Inde (1869-1888)[modifier | modifier le code]

Gandhi, 13 ans, l'année de son mariage, en photo avec son camarade de classe Sheikh Mehtab (à droite) à Rajkot.

Mohandas Karamchand Gandhi est né le 2 octobre 1869 à Porbandar, dans l'actuel État du Gujarat, en Inde. Gandhi est né et a vécu toute sa vie en tant qu'hindou[4], mais dans une famille ouverte aux autres communautés religieuses, qu'elles soient jaïne, musulmane, ou parsie[5].

Il fait preuve de beaucoup d'attachement et de respect envers ses parents. Son père, Karamchand Gandhi, est membre du tribunal du Rajasthan, puis Premier ministre de la petite principauté de Rajkot, ainsi que l'étaient les Gandhi depuis six générations. Gandhi le décrit comme un homme qui, malgré une éducation limitée, est capable de résoudre les problèmes grâce à son expérience. Sa mère, Poutlibai, est la quatrième et dernière femme de son père, dont elle a quatre enfants, Gandhi étant le plus jeune d'entre eux. Il garde surtout d'elle le souvenir d'une femme d'une grande piété, observant de manière stricte ses vœux religieux, notamment le jeûne, et les rites vishnouites. Ainsi, Gandhi naît dans une famille aisée (son père, qui portait des bijoux d'or, peut, par exemple, offrir à son dernier fils un accordéon ; cependant, la maison des Gandhi abritait plusieurs familles qui devaient coexister) ; cela dit, sa famille, issue de la caste des vaishyas (marchands), n'appartient pas aux castes supérieures des brahmanes (lettrés, religieux) et des kshatriyas (guerriers), supériorité qui est d'ordre sacré et cosmique, et non économique[6].

Gandhi est selon ses propres termes un élève médiocre à l'école primaire de Porbandar, devenu ensuite studieux quoique très timide et sensible au collège à Rajkot[7].

En mai 1883, à l'âge de 13 ans, Gandhi est marié par ses parents à Kasturba Makhanji (aussi épelé « Kasturbai » ou connue comme « Ba »), qui a le même âge. Ils auront quatre fils : Harilal Gandhi, né en 1888 ; Manilal Gandhi, né en 1892 ; Ramdas Gandhi, né en 1897 et Devdas Gandhi, né en 1900. À la suite de ce mariage, ses études sont retardées d'une année mais étant bon élève, on l'autorise à sauter une classe, ce qui ne sera pas sans lui poser des problèmes dans sa scolarité[8].

Son père, malade depuis longtemps et qu'il vénère, meurt alors que Gandhi a 16 ans. Il restera marqué par le fait qu'il n'ait pu assister à ses derniers instants parce qu'il passait la nuit avec sa femme. Gandhi pensera toute sa vie que c'est à cause de ce qu'il considérait comme un manque de piété filiale que le bébé qu'ils eurent peu après ne survécut que quelques jours[9].

Gandhi forge pendant cette partie de sa vie des aspects très importants de son éthique et de sa personnalité tels que l'honnêteté, la tolérance, le respect de ses aînés, le végétarisme et surtout le rejet du mensonge et la recherche de la vérité[10].

Il passe l'examen d'entrée à l'université de Samaldas située à Bhavanaga au Gujarat en 1887 mais est complètement dépassé par des exigences qui lui semblent hors de portée[11].

Études en Angleterre (1888-1891)[modifier | modifier le code]

Gandhi étudiant à Londres

Sur le conseil d'un vieil ami de la famille, il décide de partir faire des études de droit en Angleterre, une opportunité qui le remplit d'enthousiasme. Il promet à sa mère en présence de Becharji Svâmi, un moine jaïn et autre conseiller de la famille, de suivre les préceptes hindous et « de ne toucher ni au vin, ni à la femme, ni à la viande »[12]. Sa caste s'oppose à son départ, considérant que la vie dans ce pays ne peut aboutir qu'à une perte de la foi. Gandhi, mettant en avant le vœu fait à sa mère et soutenu par sa famille, décide de partir malgré tout et est condamné à être hors caste par le chef de sa communauté[13].

Gandhi entre donc à l'University College de Londres le 4 septembre 1888 à l'âge de 18 ans pour devenir avocat. Il tente dans une certaine mesure de s'adapter aux coutumes anglaises, en s'habillant comme un gentleman et en prenant des cours de danse, mais il se refuse à manger de la viande chez ses hôtes. Il fréquente par la suite les restaurants végétariens londoniens. Au lieu de s'en tenir simplement à la promesse faite à sa mère, il va au-delà en s'intéressant à la diététique et plus particulièrement au végétarisme. Il rejoint la Vegetarian Society et devient membre du comité exécutif pendant un temps. Gandhi déclara plus tard que cela lui donna une première expérience de l'organisation d'une institution[14].

Certains des végétariens qu'il rencontre sont membres de la société théosophique, fondée en 1875 et dévouée à l'étude des littératures bouddhistes et brahmaniques dans l'espoir de renforcer la fraternité universelle.

Grâce à eux, Gandhi étudie plus attentivement la Bhagavad-Gîtâ, qui le marque profondément, notamment à travers l'idée que le désir est source d'agitation de l'esprit et de souffrance. Il développe dès lors un intérêt pour la religion, qui ne se limite pas à l'hindouisme mais s'étend également aux autres religions comme le Jaïnisme, le bouddhisme, l'islam et le christianisme, dont il retient entre autres l'incitation à réagir par la non-violence; « si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la joue gauche ».

Retour en Inde (1891-1893)[modifier | modifier le code]

Rédacteur juridique[modifier | modifier le code]

Il reprend le bateau pour l'Inde le 12 juin 1891, deux jours après avoir été facilement admis au barreau d'Angleterre et du pays de Galles. Il a en revanche beaucoup plus de mal à exercer son métier : ses études sont restées théoriques ; il n'a encore aucune connaissance du droit indien et sa timidité fait qu'il éprouve des difficultés à s'exprimer en public. Il tente d'abord de s'installer à Bombay où il est admis au barreau mais doit renoncer au bout de six mois, faute de rentrées d'argent suffisantes[15].

Gandhi retourne ensuite à Râjkot travailler auprès de son frère, avocat lui aussi. Il y rédige des requêtes et des mémoires en profitant de la clientèle de son frère.

Premier conflit avec l'autorité britannique[modifier | modifier le code]

À cette époque se produit un incident qu'on connaît par l'Autobiographie de Gandhi[16] et qui jouera un rôle décisif dans sa vie. Son frère Laxmidas, qui avait été secrétaire et conseiller du chef de l'État princier de Porbandar, est accusé, selon les termes de Gandhi, d'avoir donné au prince un « mauvais conseil ». Selon le petit-fils de Gandhi[17], on reprochait à Laxmidas d'avoir fermé les yeux sur un vol de bijoux de la couronne commis par l'héritier du trône, encore mineur. Selon une autre source[18], Laxmidas Gandhi était accusé d'avoir lui-même suggéré ce vol. L'affaire était instruite par l'agent politique du Raj au Kathiawar, Charles Ollivant (en)[17], un fonctionnaire britannique que Mohandas avait rencontré à Londres et qui s'était montré aimable avec lui. Laxmidas, qui professe que seule l'influence compte au Kathiawar, demande à Mohandas d'intervenir en sa faveur auprès d'Ollivant. Mohandas objecte que Laxmidas a des moyens légaux de défense, mais il cède à contrecœur à l'insistance de son frère et se fait recevoir par Ollivant, tout en étant conscient de n'y avoir aucun droit. Il rappelle à Ollivant leur rencontre à Londres et parle en faveur de son frère. Ollivant montre très vite qu'il n'apprécie pas cette démarche : « Votre frère est un intrigant. Je ne souhaite pas vous écouter plus avant. Je n'ai pas le temps. Si votre frère a quelque chose à dire, qu'il fasse une demande par la voie appropriée. » Dans son autobiographie, Gandhi reconnaît que cette réponse était peut-être méritée « mais l'attachement à nos intérêts nous rend aveugles. Je continuai à parler. » Ollivant dit à Gandhi qu'il doit maintenant s'en aller. Gandhi demande à être écouté jusqu'au bout et Ollivant le fait expulser par son domestique. Gandhi, « pleurant et fumant de rage » selon ses propres termes, envoie une lettre à Ollivant, exigeant des excuses sous peine de poursuites. Ollivant répond que Gandhi avait été impoli et que le domestique, en le poussant dehors par les épaules après l'avoir vainement invité à sortir, n'a pas abusé de la force. Il ajoute que Gandhi peut procéder contre lui s'il le désire. Gandhi demande l'avis d'un juriste indien réputé, qui estime que « l'avocat au sang chaud débarqué d'Angleterre » [19] n'aurait pas gain de cause en justice et lui déconseille d'engager des poursuites.

Dans son autobiographie, Gandhi reconnaît qu'il était en faute, mais il soutient que la réaction impatiente d'Ollivant était excessive et que celui-ci était intoxiqué par le pouvoir. Pour le petit-fils de Gandhi[20], la conduite d'Ollivant est de l'arrogance raciale : « Le choc s'avéra toutefois salutaire. Gandhi avait été confronté à une forme d'arrogance raciale qu'il n'avait jamais connue durant ses trois années passées en Angleterre (...) son renvoi par Ollivant avait déclenché un processus qui conduirait, cinquante ans plus tard, à la campagne Quit India. »

Désir de fuir l'Inde[modifier | modifier le code]

Exercer le métier d'avocat au Kathiawar aurait demandé à Gandhi de saluer Ollivant après l'avoir vainement menacé de poursuites judiciaires, idée que Gandhi trouvait insupportable[21].

De plus, il est écœuré par le climat de lutte pour le pouvoir qui règne autour de lui et par l'obligation de devoir s'attirer les bonnes faveurs de la hiérarchie, indienne ou britannique. Non seulement sa querelle avec le « sahib » Ollivant le détourne d'une carrière d'avocat au Kathiawar, mais il se heurte à un fonctionnaire indien qui surclasse le sahib en arrogance[21].

Il saute donc sur l'occasion lorsqu'une société indienne lui propose un contrat d'un an au plus en Afrique du Sud. Il voit là l'occasion à la fois de quitter l'Inde, de voyager et d'acquérir de l'expérience, et s'embarque donc pour l'Afrique en avril 1893.

Gandhi en Afrique du Sud (1893-1915)[modifier | modifier le code]

Gandhi en Afrique du Sud (1895)

À cette période de sa vie, Gandhi est un individu doux, timide et politiquement indifférent. Il lit son premier journal à 18 ans, ne dispose en droit que d'une culture livresque, dont il ignore les aspects commerciaux intéressant les milieux commerçants indiens qui formeront sa principale clientèle[22]. Sans facilités particulières dans l'exercice de sa profession, il est sujet au trac lorsqu'il doit parler au tribunal[23]. L'Afrique du Sud le change de manière spectaculaire, d'une part en lui donnant, par sa réussite professionnelle, l'assurance qui lui manquait jusque-là[22], d'autre part en éveillant sa conscience politique par les témoignages de discrimination envers les Noirs et les Indiens auxquelles il sera confronté dans ce pays.

Diverses anecdotes, rapportées d'abord par Gandhi au titre d'« expériences de vérité », peuvent expliquer l'évolution du positionnement de Gandhi à cette période de sa vie.

L'incident du turban[modifier | modifier le code]

Le journal The Natal Mercury rapporte le 26 mai 1893 que la veille, un Indien est entré dans le palais de justice et a pris place dans la partie du tribunal réservée aux avocats. « Il est entré dans le tribunal sans ôter son couvre-chef ni saluer (salaaming) et le magistrat l'a regardé avec désapprobation. On demanda courtoisement au nouvel arrivant quelles étaient ses occupations et il répondit qu'il était un avocat anglais. Il ne chercha pas à présenter ses références et quand il retourna au banc des avocats, on lui dit calmement que la façon correcte de procéder, avant d'occuper sa position au barreau, était de se faire admettre par la Cour suprême[24]. » Gandhi répond immédiatement à cet article que s'il s'est attiré un regard réprobateur du magistrat en gardant son turban, il en est très peiné et qu'il n'a agi comme il l'a fait que par ignorance des usages en vigueur au Natal. Il ajoute que s'il est retourné au banc des avocats après que le greffier l'avait pris à part pour l'avertir de la nécessité de produire ses références, c'est parce que, le greffier ayant cru pouvoir déroger à la règle pour cette fois, il ne s'attendait pas à ce que le magistrat se montrât moins conciliant[25].

Dans son Autobiographie de 1927, Gandhi dira que, le magistrat lui ayant demandé d'enlever son turban, il avait refusé de le faire et quitté le tribunal. Dans ce récit, Gandhi ne dit pas qu'il avait dû quitter le banc des avocats parce qu'il ne s'était pas accrédité comme tel[26].

N. Sanghavi relève que la version tardive de Gandhi n'est pas en harmonie avec les deux documents d'époque, qui ne permettent pas de conclure à un incident racial[27]. G. B. Singh et T. Watson, auteurs hostiles à Gandhi, font la même remarque[28].

L'incident du train[modifier | modifier le code]

Gandhi a également raconté avoir été victime d'un incident racial dans le train qui le conduisit de Durban (Natal) à Pretoria (Transvaal), quelques jours après son arrivée en Afrique du Sud, et donc fin mai ou début juin 1893. Cet incident semble[29] n'être connu que par les récits qu'en a faits Gandhi. Selon son Autobiographie de 1927[30], Abdulla Sheth, un des Indiens établis en Afrique du Sud pour qui Gandhi va travailler, lui achète un billet de train de première classe pour la première partie du voyage, qui se fera au Natal, et l'avertit qu'au Transvaal, contrairement à ce qui est le cas au Natal, les Indiens ne sont pas autorisés à voyager en première ou en seconde classe. « L'usage, raconte Gandhi, était de payer cinq shillings supplémentaires si on avait besoin d'une literie. Abdulla Sheth insista pour que je commande une literie, mais par obstination et fierté, ainsi que pour épargner cinq shillings, je refusai. » À la gare de Pietermaritzburg (capitale du Natal, et donc toujours dans la partie du trajet où les Indiens peuvent voyager en première classe), un employé du chemin de fer distribue les literies. Gandhi n'en prend pas, disant qu'il a la sienne. Après que l'employé a quitté le compartiment, un passager arrive et toise Gandhi. Gandhi, dans son récit, ne prête aucune parole à ce passager, mais affirme : « Il vit que j'étais un homme de couleur. Cela le dérangeait. » Le passager va alerter des employés de la compagnie et un de ceux-ci dit à Gandhi d'aller dans le fourgon à bagages. Le récit de Gandhi n'indique pas quel motif l'employé alléguait et ne lui fait exprimer aucun propos racial. Gandhi refuse de quitter le compartiment et un policier le fait descendre de force à la gare de Pietermaritzburg. Gandhi passe la nuit à la gare et, le lendemain matin, il envoie des télégrammes au directeur général de la compagnie du chemin de fer et à Abdulla Sheth, qui intervient auprès du directeur général. Celui-ci justifie la conduite des employés (Gandhi ne dit pas par quels arguments), mais donne des instructions pour que Gandhi puisse poursuivre son voyage avec un jour de retard. Cette fois, Gandhi achète le ticket de literie qu'il avait refusé de commander à Durban. G. B. Singh et T. Watson, dans un livre consacré principalement à mettre en doute l'incident du train tel que raconté par Gandhi, se demandent si ses ennuis, au lieu d'avoir la cause raciale que Gandhi prétend, ne provenaient pas en réalité de ce qu'il était en infraction au règlement sur la literie[31].

La suite du voyage, telle que nous la connaissons par Gandhi, est marquée par d'autres incidents analogues.

Les incidents du turban et du train ont été décrits par plusieurs biographes comme un tournant de sa vie et ils lui servirent ensuite de catalyseur pour son militantisme. C'est en étant témoin direct de l'intolérance, du racisme, des préjugés et de l'injustice contre les Indiens d'Afrique du Sud que Gandhi commence à réfléchir au statut de son peuple et à sa propre place dans la société. Gandhi réagit par de premières protestations. Ainsi, il écrit une lettre à la direction des chemins de fer du Transvaal et obtient que les Indiens « convenablement habillés » puissent voyager en première et en seconde classe[32],[33].

Gandhi durant la guerre des Boers (2e rang, 3e en partant de la droite).

Lutte légaliste contre des projets de loi défavorables aux Indiens[modifier | modifier le code]

À la fin de son contrat, Gandhi se prépare à rentrer en Inde. Cependant, lors d'une fête d'adieu en son honneur, il remarque un article de journal selon lequel des membres de l'assemblée du Natal préparent une loi (Franchise Amendment Bill) retirant le droit de vote aux Indiens (voir Indiens d'Afrique du Sud (en)). Selon le récit que Gandhi donnera plus tard dans son Autobiographie[34], c'est lui qui alerte ses hôtes, car les Indiens, même aisés, se considèrent comme incompétents en politique. Maureen Swan note cependant que l'autobiographie de Gandhi est très romancée et qu'en réalité, tout indique que, dès avant l'arrivée de Gandhi en Afrique du Sud, les Indiens de la classe aisée étaient conscients de leurs intérêts politiques en tant qu'Indiens[35]. Les hôtes de Gandhi lui demandent de rester pour les aider comme juriste à combattre ce projet de loi. Il fait circuler plusieurs pétitions, adressées au gouvernement du Natal et au gouvernement britannique. Bien qu'incapable d'empêcher le vote de la loi, sa campagne permet d'attirer l'attention sur les difficultés des Indiens en Afrique du Sud.

À la prière de ses partisans, il accepte de rester dans la région pour continuer à défendre les droits des Indiens, mais, pour garder son indépendance, il refuse que ses actions politiques soient rémunérées. Il demande donc qu'on lui assure des revenus à titre d'honoraires pour des causes privées, ce que font une vingtaine de marchands. Il loue une maison de deux étages au bord de la mer à Durban : c'est pour lui une question de prestige et il veut lutter contre un préjugé selon lequel les Indiens sont avares[36]. Il fonde en 1894 le Natal Indian Congress, prenant lui-même le poste de secrétaire. Cette organisation transforme la communauté indienne en une force politique homogène, publiant des preuves de la ségrégation britannique en Afrique du Sud : limitation de l'immigration indienne au Natal (Immigration Law Amendment Bill, Immigration Restriction Act de 1897[37]) et plus tard au Transvaal[38], loi imposant aux Indiens de donner leurs empreintes digitales pour obtenir un permis de circuler (Black Act)[39].

Pendant plus de dix ans, les actions de Gandhi contre les lois de discrimination envers les Indiens seront menées par des moyens traditionnels et tout à fait légaux : pétitions au pouvoir et appels à l'opinion par voie de presse[40].

Émeute organisée contre Gandhi et l'immigration indienne[modifier | modifier le code]

En juin 1896, Gandhi séjourne quelques mois en Inde, d'une part pour amener sa femme et ses enfants vivre avec lui au Natal et d'autre part pour inciter des avocats indiens à venir y exercer leur profession. Il est en outre mandaté par des dirigeants de la communauté indienne du Natal pour faire connaître en Inde les griefs des Indiens vivant en Afrique du Sud. Son voyage est payé par le Natal Indian Congress[41].

En Inde, il publie une brochure exprimant les doléances des Indiens d'Afrique du Sud; il y dit notamment qu'au Natal, les employés du chemin de fer peuvent traiter les Indiens comme des bêtes[42]. La brochure fait du bruit en Inde[43], ce qu'on apprend au Natal par une dépêche de l'agence Reuters en date du 14 septembre 1896. Au vu du résumé de la brochure donné par cette dépêche, la presse du Natal s'indigne contre Gandhi, mais concède très tôt que le résumé caricature la brochure[44].

Un second ordre de faits contribue à tourner certains esprits contre Gandhi. À cette époque, quatre lignes maritimes dont les propriétaires sont indiens apportent chacune, quatre fois par an, 300 ou 400 Indiens en Afrique du Sud, ce qui donne à des Blancs le sentiment d'être envahis[45]. Le bateau qui ramène Gandhi en décembre 1896, et qui appartient à son ami Abdullah, est accompagné d'un autre bateau qui, lui, appartient à une compagnie dont la firme d'Abdullah est l'agent. Ces bateaux transportent à eux deux environ huit cents passagers[46]. Gandhi est vu comme organisant l'invasion[47]. À cela s'ajoute qu'au mois d'août, la Tongaat Sugar Company avait essayé de faire venir au Natal des ouvriers qualifiés indiens qui recevraient des salaires très inférieurs au cours du marché du travail. Des ouvriers blancs s'y étaient opposés par des meetings massifs, dénonçant la rapacité des capitalistes et la concurrence déloyale des ouvriers indiens qui, selon eux, acceptaient de vivre dans des conditions indignes pour supplanter les Blancs. Le projet avait été abandonné, mais la colère se rallume maintenant contre Gandhi[48].

Pendant que les deux bateaux sont en quarantaine, une réunion publique est tenue à l'hôtel de ville de Durban. Devant un auditoire de 2.000 personnes, formé principalement d'artisans, des agitateurs exigent le renvoi en Inde de tous les passagers candidats à l'immigration [49]. Les autorités sympathisent avec les mécontents et cherchent à faire pression sur les arrivants en prolongeant leur quarantaine et en les invitant à retourner chez eux aux frais du Natal, mais, encouragés par Gandhi, les passagers restent fermes. Les autorités, n'ayant aucun moyen légal de refuser l'entrée à des sujets britanniques, décident de les laisser accoster[50].

Quand Gandhi débarque le 13 janvier 1897, il est attaqué par une foule de Blancs et de Noirs. La presse sud-africaine, selon laquelle ces Noirs ont été amenés par les meneurs blancs, dénonce l'irresponsabilité de ces derniers, compte tenu notamment des sentiments mutuels peu amicaux des Noirs et des Indiens[51]. Les émeutiers menacent de lyncher Gandhi, mais il est protégé par les autorités[52],[53]. Une première indication des valeurs qui donneront forme à ses futures campagnes est son refus de porter plainte contre ses assaillants, en précisant que c'était un de ses principes de ne pas résoudre des problèmes personnels devant une cour de justice[54].

Participation à la deuxième Guerre des Boers[modifier | modifier le code]

Au début de la deuxième Guerre des Boers, en 1899, Gandhi déclare que les Indiens doivent soutenir l'effort de guerre s'ils veulent légitimer leur demande de citoyenneté. Il organise un corps d'ambulanciers volontaires de 300 Indiens libres et de 800 coolies indiens, appelé le Indian Ambulance Corps, une des rares unités médicales qui secouraient les Sud-africains noirs. Gandhi lui-même est porteur de civière à la bataille de Spion Kop[55]. Il est décoré à cette occasion. Malgré tout, à la fin de la guerre, la situation des Indiens ne s'améliore pas, et continue même à se détériorer.

Gandhi et sa femme Kasturba (1902).

Influence de Ruskin et de Tolstoï[modifier | modifier le code]

En 1904, après avoir fondé le journal Indian opinion, la lecture de Unto This Last de John Ruskin l'influence profondément et pousse Gandhi à changer radicalement de vie dans les années qui suivent. Il rachète peu après l'établissement Phoenix, qui devient la Tolstoï farm, nommé en l'honneur de l'écrivain, où tous les rédacteurs du journal participent aux travaux agricoles et reçoivent le même salaire sans distinction de métier, de nationalité ou de couleur de peau. Il commence la pratique du jeûne, arrête de consommer du lait, coupe ses cheveux lui-même et nettoie ses latrines (travail réservé aux intouchables en Inde) et incite sa femme et ses amis à faire de même[56]. En 1905-1906, la réputation de compétence et d'intégrité de Gandhi en font l'homme de loi privilégié des marchands gujarati, ce qui assure une activité soutenue au prospère cabinet d'avocat qu'il dirige. Cela lui permet de disposer de confortables revenus de l'ordre de 5 000 livres par an, et démontre que son mépris ultérieur du confort matériel, « plus qu'une attitude « naturelle », est chez Gandhi un choix délibéré »[22].

Loi d'enregistrement[modifier | modifier le code]

En 1906, le gouvernement du Transvaal vote une nouvelle loi demandant l'enregistrement de toute la population indienne. Lors d'une rencontre de protestation à Johannesburg le 11 septembre 1906, Gandhi met en pratique pour la première fois sa méthodologie du satyagraha (attachement à la vérité), ou protestation non violente, dont il avait exposé la théorie en 1904[57]. Il appelle ses compagnons indiens à défier la nouvelle loi et à subir les punitions qui en résulteraient au lieu de résister par la violence. Il s'inspire en cela des préceptes, de son ami indien Shrimad Rajchandra, un ascète jaïn avec lequel il correspond jusqu'à la mort de celui-ci, et que l'on[Qui ?] considère comme son gourou en matière de non-violence[58].

Ce plan est adopté, ce qui mène à une lutte de sept ans au cours de laquelle des milliers d'Indiens et de Chinois sont emprisonnés (incluant Gandhi lui-même en de nombreuses occasions), fouettés ou même abattus pour avoir fait grève, refusé de s'enregistrer, brûlé leur carte d'enregistrement ou avoir résisté de manière non violente. C'est durant cette période que Gandhi entame une correspondance avec Léon Tolstoï, où ils échangent leurs vues sur la non-violence et la politique globale jusqu’à la mort de l’écrivain russe[59]. La désobéissance civile culmine en 1913 avec une grève des mineurs et la marche des femmes indiennes.

Bien que le gouvernement sud-africain réprime les manifestants indiens avec succès, l'opinion publique réagit violemment aux méthodes extrêmement dures employées contre les manifestants asiatiques pacifiques. Finalement le général Jan Christiaan Smuts est forcé de négocier un compromis avec Gandhi. Les mariages non chrétiens redeviennent légaux et une taxe de trois livres qui représentait six mois de salaire, imposée aux indiens qui voulaient devenir des travailleurs libres (c'est-à-dire les coolies), est abolie[33].

Participation à la répression de la rébellion zouloue[modifier | modifier le code]

En 1905, le gouvernement du Natal est confronté à de grosses difficultés financières et décide d'augmenter les impôts, aussi bien ceux des Blancs et des Asiatiques que ceux des Noirs (Zoulous)[60]. En janvier et février 1906, quand la nouvelle taxe est collectée à travers tout le pays, des Noirs se rebellent : c'est la rébellion zouloue, appelée aussi rébellion de Bambatha. Après que les troubles ont causé la mort de trois Blancs (un fermier et deux policiers)[61], le gouvernement décrète la loi martiale le 10 février 1906[62]. Les révoltés sont bientôt des milliers.

Article détaillé : Rébellion de Bambatha.

Un bon nombre de Noirs, toutefois, désapprouvent la rébellion. C'est par exemple le cas du leader zoulou John Dube, qui estime que les Noirs doivent provisoirement faire abstraction de leurs griefs (légitimes, selon lui) pour aider le gouvernement à réprimer la révolte[63].

Gandhi, qui en novembre 1905 avait réclamé pour les Indiens du Natal « un entraînement complet à un véritable service militaire[64] », plaide en mars 1906 pour que le gouvernement permette une participation indienne à la répression de la révolte zouloue[65]. Puisque les Indiens n'ont pas reçu d'instruction militaire, ils feraient un service non armé[66].

En avril, s'adressant aux Indiens pour les exhorter à former un corps d'ambulanciers, Gandhi insiste pour que toute considération de justice soit écartée : « Ce n'est pas à nous de dire si la révolte des Cafres est justifiée ou non. (...) Comme nous le montre le cas des douze Cafres [exécutés comme coupables du meurtre de deux policiers], toute justice que nous pourrions chercher ne nous viendrait finalement que du gouvernement local[67]. » Le Natal Indian Congress offre les services des Indiens au gouvernement[68]. En mai, Gandhi décrit la rébellion comme menaçant l'Afrique du Sud tout entière et argue que si les Indiens restent à l'écart dans un tel danger, ils feront mauvaise impression[69]. En réponse à certaines critiques auxquelles la presse a fait écho, Gandhi reconnaît que les Indiens ne sont pas indifférents à l'estime que peut leur valoir le fait de se tenir « épaule contre épaule avec leurs compagnons colons » et à l'amélioration de leur statut légal qui peut en résulter, mais il proteste que leur offre de soutien au gouvernement est inconditionnelle et inspirée par le seul sentiment du devoir[70]. Fin mai, le gouvernement accepte la formation d'un corps de vingt brancardiers indiens[71]. Gandhi fait campagne pour que les Indiens qui ne vont pas au front aident financièrement les soldats gouvernementaux[72]. Il soutient aussi qu'à l'avenir, il ne faudra pas en rester à un corps de brancardiers, mais obtenir la constitution d'un corps permanent de volontaires indiens armés, qui recevront chaque année un entraînement militaire. Il y aura peu de risques de se battre, car les guerres sont rares : la dernière rébellion des Cafres date de plus de vingt ans. L'entraînement sera une sorte de pique-nique annuel, qui rapportera aux Indiens santé, perfectionnement moral (comme d'apprendre à obéir sans discuter), respect de la part des Blancs et, vraisemblablement, avantages politiques. De toute façon, avantages politiques ou non, c'est un devoir[73].

Le corps de bancardiers entre en fonctions le 26 juin 1906[74]. Il est dirigé par Gandhi, qui a le titre de sergent-major[75]. Dans un récit des activités du corps qu'il publie à cette époque, Gandhi mentionne les diverses tâches assignées à ses hommes : approvisionnement en eau à partir d'un ruisseau voisin, désinfection du camp, tenue du registre d'infirmerie, transport des soldats britanniques blessés et, en deux circonstances, soins à des Noirs : tout d'abord, trois ou quatre Indiens sont requis pour panser des Noirs rebelles qui ont été fouettés et, plus tard, les brancardiers sont chargés de transporter un Noir loyaliste sur qui un soldat a tiré par erreur. Dans ce dernier cas, une vingtaine de Noirs loyalistes sont désignés pour aider et guider les brancardiers; c'est à ce sujet que Gandhi exprime la seule appréciation morale sur des Noirs qu'on trouve dans ce récit : « Les Noirs dont nous disposions se révélèrent très indignes de confiance et très obstinés. Sans une attention constante, ils auraient tout de suite lâché le blessé, et ils semblaient n'avoir aucun souci de leur compatriote souffrant[76]. »

Les chefs rebelles se rendent le 14 juillet 1906[77] et le corps de brancardiers est dissous le 19[78].

Dans une lettre du 31 juillet 1906, Gandhi prône de nouveau la formation d'un corps permanent de volontaires indiens. Il précise cette fois que le service qui semble convenir le mieux aux Indiens est celui de brancardiers et d'infirmiers. Il ajoute qu'en accomplissant ce service, les Indiens devraient être armés pour leur propre défense[79].

En juillet 1906, le Gaelic American (en)et l'Indian Sociologist (en) qualifient la conduite de Gandhi de méprisable[80].

Le 4 août 1906, Gandhi répond à des protestations qui se sont élevées en Angleterre contre la dureté avec laquelle la rébellion zouloue a été réprimée. Il mentionne les peines très sévères infligées par les Britanniques aux Égyptiens qui se sont révoltés lors de l'incident de Denshawai (en) et conclut qu'en comparaison, il n'y a pas de quoi s'indigner contre les autorités du Natal[81].

Plus tard, Gandhi expliquera son engagement dans le camp gouvernemental par la certitude qu'il avait alors du caractère bienfaisant de l'empire britannique[82]. Plusieurs auteurs[83] ont d'ailleurs noté que, dans ses récits tardifs de sa participation à la répression, Gandhi donnera de sa conduite et de la conduite des soldats blancs envers les Noirs rebelles une description que ses textes contemporains de la révolte ne confirment pas. Dans son Autobiographie de 1927, par exemple, il dira que « son cœur était avec les Zoulous[84] » et qu'à son grand plaisir, la tâche principale[85] ou même la seule tâche[86] de son corps de brancardiers était de soigner les Zoulous. Alors que, dès avant la constitution du corps de brancardiers, il avait pressé le Indiens de réagir face à l'extension de la révolte[87], il dira dans son Autobiographie qu'en arrivant au front, il n'avait rien vu qui pût justifier le mot « rébellion ». Et lui qui, en 1906, avait montré les Noirs sous un jour peu sympathique, il peindra dans son Autobiographie un touchant tableau de l'affection mutuelle entre Noirs et Indiens, mise en contraste avec l'odieux racisme des Blancs : « [L'officier de santé] nous dit que les Blancs ne voulaient pas servir d'infirmiers aux Zoulous blessés, que les plaies de ceux-ci suppuraient et qu'il était à bout de ressources. Il salua notre arrivée comme un don du ciel à ces gens innocents (...). Les Zoulous furent ravis de nous voir. Les soldats blancs regardaient à travers la clôture qui nous séparait d'eux et essayaient de nous dissuader de soigner les plaies. Et comme nous refusions de les écouter, ils devinrent enragés et lancèrent des flots d'injures indescriptibles aux Zoulous[88]. »

Hermann Kallenbach[modifier | modifier le code]

En 1906, Gandhi fait à Johannesburg la connaissance d'Hermann Kallenbach (en), riche architecte juif allemand[89] passionné de culturisme, qui sera un de ses plus fidèles amis et compagnons de combat. À cette époque, qui est aussi celle où Gandhi oppose son vœu de chasteté à son épouse, les deux hommes cohabitent[90]. En 1995, dans une communication non publiée, James D. Hunt signala que la correspondance entretenue par les deux hommes dans leur jeunesse manifestait la nature, selon lui, clairement homoérotique mais non homosexuelle de leurs relations. Thomas Weber, dans un livre de 2004[91], fit écho à la communication de Hunt. Cette question vint à la connaissance du grand public en 2011, quand Joseph Lelyveld, dans une biographie de Gandhi intitulée Great Soul: Mahatma Gandhi and His Struggle with India, publia des extraits de la correspondance privée[92] de Gandhi avec Kallenbach. Plusieurs médias ou historiens[93] ont interprété ces lettres comme révélatrices d'une histoire d’amour homophile ou homosexuelle entre les deux hommes de 1908 à 1915, histoire poursuivie par correspondance après le retour de Gandhi en Inde. Lelyveld rejette cette interprétation, considérant que les mots d'amour échangés relèvent plutôt du mysticisme et qu'à cette époque Gandhi avait déjà prononcé son vœu de chasteté du brahmacharya. Graham Smith, dans un article du Mail Online, signale que Gandhi, sans qu'on sache bien ce qu'il entendait par là, écrivit dans cette correspondance que la vaseline et le coton lui rappelaient constamment Kallenbach[94]. Cette polémique est telle que deux États de l'Inde (dont Gujarat son État natal) ont interdit la publication de ce livre[95] mais le gouvernement indien qui préparait une loi punissant de prison les insultes envers le « père de la Nation » a finalement renoncé à cette mesure[96].

Combat pour l'indépendance de l'Inde (1915-1945)[modifier | modifier le code]

Gandhi et Kasturba en janvier 1915 après leur retour en Inde.
Article détaillé : Empire britannique.

Lors de son retour en Inde, Gandhi découvre qu’il ne connaît pas son propre pays. Il décide alors de le parcourir de long en large, allant de village en village, afin de rencontrer l’âme indienne et connaître ses vrais besoins. En mai 1915, Gandhi fonde un âshram dans la banlieue d'Ahmedabad en Inde et l'appelle Satyagrah Ashram (aussi connu comme l'Ashram de Sabarmati). Là logent 25 hommes et femmes qui font vœux de vérité, de célibat, d'ahimsa, de pauvreté, et de servir le peuple indien[97].

Comme il l'avait fait en Afrique du Sud, Gandhi demande aux Indiens de s'engager dans l'armée pour aider les Britanniques dans la Première Guerre mondiale. Son raisonnement, rejeté par beaucoup, était là aussi que si l'on désirait la citoyenneté, la liberté et la paix dans l'Empire, il serait bon de participer à sa défense.

Il fait des discours lors de réunions du Congrès national indien, et il est introduit en politique par Gopal Krishna Gokhale, qui est un des dirigeants les plus respectés du parti à cette époque.

Il précipite en 1917 l'abolition de l'engagisme des coolies, émigrés indiens qui travaillaient dans des conditions proches de l'esclavage dans les colonies anglaises et françaises. Gandhi avait rencontré pour la première fois des coolies en Afrique du Sud et avait lancé sa première pétition contre l'engagisme en 1894[98].

Champaran et Kheda[modifier | modifier le code]

Gandhi en 1918, au moment des satyagrahas du Champaran et du Kheda.

La première réussite majeure de Gandhi vient en 1918 avec les satyagrahas du Champaran et du Kheda, bien que pour cette dernière, il était impliqué de pair avec Sardar Vallabhbhai Patel, qui agit comme son bras droit et dirige des rebelles.

Au Champaran, un district de l'État du Bihar, il organise la résistance civique pour les dizaines de milliers de fermiers sans terres, pour les serfs et pour les petits propriétaires pauvres qui sont forcés de cultiver l'indigo et autres produits d'exportation au lieu de cultiver la nourriture nécessaire à leur subsistance. Opprimés par les milices des grands propriétaires britanniques pour la plupart, ils ne reçoivent que de maigres compensations, les laissant dans une pauvreté extrême. Les villages subissent des conditions d'hygiène déplorables et l'alcoolisme, la discrimination envers les intouchables et la purdah sont très répandus. Au cours d'une terrible famine, les Britanniques veulent encore augmenter l'une de leurs taxes, ce qui rend la situation désespérée.

À Kheda, au Gujarat, le problème est identique. Gandhi y établit un ashram, regroupant un grand nombre de partisans et de volontaires de la région. Il y mène une étude détaillée sur les villages, rendant compte des atrocités et des terribles conditions de vie. Gagnant la confiance des villageois, il dirige le nettoyage des villages, la construction d'écoles et d'hôpitaux et encourage les dirigeants locaux à condamner et éliminer les problèmes sociaux décrits plus haut.

Le pic de la crise vient quand il est arrêté par la police pour « trouble à l'ordre public », et il lui est demandé de quitter la province. Des centaines de milliers de personnes manifestent autour de la prison, des commissariats et des palais de justice demandant sa libération, ce que la justice accorde à contrecœur.

Gandhi mène des grèves et des manifestations contre les grands propriétaires qui, sous la direction du gouvernement britannique, signent un accord donnant plus de compensations et plus de contrôle sur la production aux fermiers pauvres, ainsi qu'une annulation de la taxe jusqu'à la fin de la famine. Si pour Gandhi les gains matériels de la victoire sont minimes, le fait que les paysans aient acquis une conscience politique est inestimable[99].

C'est à partir de cette époque que Gandhi est baptisé par le peuple Bapu (père) et Mahatma (Grande âme). Au Kheda, Patel représenta les fermiers et obtint la même victoire.

La célébrité de Gandhi s'étend alors à l'Inde entière.

Non-coopération[modifier | modifier le code]

En mars et avril 1919, Gandhi organise un Satyagraha pour protester contre le Rowlatt Act. Des heurts ont lieu entre les troupes de Gandhi et les autorités. Du 10 au 12 avril, des Indiens qui ont répondu à l'appel de Gandhi commettent des meurtres, des incendies et des pillages au détriment de civils européens dans la ville d'Amritsar, au Pendjab[100]. Le 13 avril, les autorités britanniques font tirer, après sommations[réf. souhaitée], sur des Indiens qui, bravant l'interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes, se sont amassés par milliers dans cette même ville d'Amristar. C'est ce qu'on appelle le massacre d'Amritsar.

Article détaillé : massacre d'Amritsar.

Gandhi critique à la fois les violences du Royaume-Uni et celles des Indiens. Il écrit une résolution où il présente ses condoléances aux victimes civiles britanniques et condamne les émeutes. Elle est acceptée malgré un début d'opposition du parti, après que Gandhi expose sa position lors d’un discours émouvant où il met en avant son principe que toute violence est maléfique et ne peut pas être justifiée[101].

En 1921, Édouard VIII, qui était alors Prince de Galles, visite l'Inde. D'après ses souvenirs, publiés en 1947, Gandhi et ses suiveurs usèrent d'intimidation et de soudoiement pour dissuader la population d'assister aux apparitions publiques du prince; ils répandirent le bruit que la police avait ordre de tirer sur les indigènes et que la nourriture traditionnellement offerte aux pauvres lors des visites princières serait empoisonnée[102]. Le 19 novembre 1921, à Bombay, des Parsis, des Chrétiens et des Juifs qui reviennent d'avoir salué le prince, sont attaqués par des non-coopérants[103]. Ceux-ci tuent deux Européens, un Américain (William Francis Doherty) et deux Parsis. Parmi les émeutiers, cinquante-trois sont tués[104]. Le nom de Doherty nous est connu notamment par Harry Hubert Field, selon qui Gandhi essaya de payer la veuve de Doherty pour qu'elle ne publie pas le fait aux États-Unis[105].

C’est après ces massacres que Gandhi se concentre sur l'indépendance, ce qui devient la Swaraj, c'est-à-dire une indépendance complète, aussi bien individuelle, spirituelle que politique en devenant le dirigeant exécutif pour le Parti du Congrès en décembre 1921. Sous sa direction, le congrès est réorganisé avec une nouvelle constitution, mentionnant le but de la Swaraj. L'adhésion au parti est ouverte à tous ceux qui sont prêts à payer une participation symbolique. Une hiérarchie de comité est établie pour améliorer la discipline, transformant un parti élitiste en une organisation de masse, de dimension et de représentativité nationale.

Gandhi jeûnant en 1924, et la jeune Indira Gandhi, fille de Nehru, qui deviendra Premier ministre de l'Inde.

Gandhi étend son principe de non-violence au mouvement Swadeshi et sa politique de boycott aux marchandises étrangères, spécialement les produits anglais. Lié à cette politique, il demande que le khadi (vêtement fait maison) soit porté par tous les Indiens au lieu des textiles britanniques. Riches ou pauvres, hommes ou femmes, doivent filer chaque jour afin d'aider le mouvement d'indépendance[106].

Cette stratégie inculque discipline et attachement, afin d'éliminer les moins motivés ou les plus ambitieux. Elle permet aussi d'inclure les femmes au mouvement, à une époque où ce genre d'activité n'était pas considéré comme « respectable » pour les femmes. Gandhi appelle de plus au boycott des institutions judiciaires et scolaires, à la démission des postes gouvernementaux et au rejet des titres et honneurs britanniques.

La « Non-coopération » bénéficie d'un grand succès, augmentant l'enthousiasme et la participation de toutes les couches de la société indienne. Au moment où le mouvement atteint son apogée, il s'arrête brusquement à la suite de violents affrontements dans la ville de Chauri Chaura, dans l'Uttar Pradesh, en février 1922. Craignant que le mouvement ne tourne à la violence, et convaincu que cela ruinerait toute son œuvre, Gandhi arrête la campagne de désobéissance civile[107].

Gandhi est arrêté le 10 mars 1922, sous l'inculpation de subversion. Le 12 mars, il prononce un discours devant le tribunal. Selon le texte de ce discours publié dans Young India (23 mars 1922), il déclare : « Il m'est impossible de me dissocier des crimes diaboliques de Chauri Chaura ou des atrocités insensées de Bombay et de Madras. [L'Avocat général] a tout à fait raison de dire qu'en tant qu'homme tenu à une conduite responsable, en tant qu'homme bien pourvu d'instruction et d'expérience de ce monde, j'aurais dû connaître les conséquences de chacun de mes actes. Je savais que je jouais avec le feu. J'ai couru le risque et si j'étais libéré, je referais la même chose »[108]. C. Sankaran Nair[109], dans son livre Gandhi and Anarchy, publié en cette même année 1922, fait ce commentaire : « Un homme qui dit que s'il était libéré, il se conduirait de même tout en connaissant les conséquences de ses actes, n'est pas un chef sûr[110] ». Gandhi est condamné à 6 ans de prison. Il ne fait que deux ans et est libéré en février 1924 après une opération de l'appendicite. Sans la personnalité unificatrice de Gandhi, le parti commence à se diviser pendant qu'il est en prison. Deux factions apparaissent, une menée par Chitta Ranjan Das et Motilal Nehru favorise la participation du parti aux organes législatifs, l'autre mené par Chakravarti Râjagopâlâchâri et Sardar Vallabhbhai Patel s'y oppose.

De plus la coopération entre hindous et musulmans, qui avait été forte pendant la campagne de non-violence commence à s'étioler. Gandhi essaye bien d'atténuer ces différences à travers divers moyens, incluant un jeûne de trois semaines en automne 1924, mais avec un succès limité[111].

Le Swaraj et la marche du sel (satyagraha)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Marche du sel.
Gandhi pendant la marche du sel.

Gandhi reste en dehors de toute agitation durant la plus grande partie des années 1920, préférant résoudre les différends entre le parti Swaraj et le Congrès national indien, et multipliant les initiatives contre la ségrégation des intouchables, l'alcoolisme, l'ignorance et la pauvreté.

Il retourne sur le devant de la scène en 1928. L'année précédente le gouvernement britannique a nommé une nouvelle commission pour la réforme de la constitution qui ne comptait pas un seul Indien dans ses rangs. Le résultat est un boycott de la commission par tous les partis indiens. Gandhi appuie une résolution lors du congrès de Calcutta en décembre 1928 demandant au gouvernement britannique à choisir entre l'octroi du statut de protectorat à l'Inde ou faire face à une nouvelle campagne de non-violence pour une indépendance complète.

Gandhi atténue les opinions de plus jeunes comme Subhash Chandra Bose et Jawaharlal Nehru, qui veulent demander l'indépendance immédiate, mais il doit donner un délai d'un an aux britanniques au lieu de deux comme il l'envisageait en compensation[112].

Comme les Britanniques ne répondent pas, le 31 décembre 1929 le drapeau indien est déployé à Lahore. Le 26 janvier 1930 est célébré par le parti du Congrès et par presque toutes les organisations indiennes comme jour de l'indépendance.

Tenant sa parole, Gandhi lance en mars 1930 une nouvelle campagne contre la taxe sur le sel, d'abord par la célèbre marche du sel depuis Ahmedabad vers Dandi du 12 mars au 6 avril 1930. Longue de 400 km, des milliers d'Indiens se joignent à la marche vers la mer afin de ramasser leur propre sel. Les Indiens investissent ensuite pacifiquement les dépôts de sel. Cette campagne est l'une des plus réussie mais l'empire britannique réagit en emprisonnant plus de 60 000 personnes[113].

Gandhi et Nehru en 1929.

Le gouvernement, représenté par Lord Edward Irwin, décide de négocier avec Gandhi. Le Gandhi-Irwin Pact est signé en mars 1931. Le gouvernement britannique accepte de libérer tous les prisonniers politiques contre une suspension du mouvement de désobéissance civile. De plus, Gandhi est invité à une table ronde à Londres comme seul représentant du parti du Congrès. Il séjourne trois mois en Europe. Cette conférence est décevante pour Gandhi et les nationalistes car elle se concentre sur les princes et les minorités indiennes plutôt que sur un transfert de pouvoirs.

De plus le successeur de Lord Irwin, Lord Willingdon, commence une nouvelle campagne de répression contre les nationalistes. Gandhi est à nouveau arrêté, et le gouvernement essaie de détruire son influence en l'isolant complètement de ses partisans.

Cette stratégie est un échec, car en 1932, à la suite de la campagne du dirigeant intouchable Bhimrao Ramji Ambedkar, le gouvernement accorde aux intouchables un statut électoral séparé selon la nouvelle constitution. En protestation, Gandhi fait un jeûne de six jours en septembre 1932, obligeant le gouvernement à adopter un accord plus équitable au travers de négociations avec Palwankar Baloo, le champion de cricket intouchable devenu dirigeant politique.

Cela marque le début d'une nouvelle campagne de Gandhi pour améliorer la vie des intouchables, qu'il appelait Harijans, les enfants de Hari (un des noms de Dieu). Le 8 mai 1933 Gandhi entame un jeûne de 21 jours pour aider le mouvement Harijan[114].

Pendant l'été 1934, trois tentatives d'assassinat ont lieu contre lui.

Quand le parti du Congrès choisit de contester les élections et d’accepter le pouvoir en échange d’un statut de fédération pour l’Inde, Gandhi décide de quitter le parti. Il n'est pas en désaccord avec cette action du parti mais il pensait que s’il démissionnait, sa popularité cesserait d'étouffer les membres du parti, qui comprenait alors aussi bien des communistes, des socialistes, des syndicalistes, des étudiants, que des conservateurs religieux ou des libéraux.

Gandhi ne veut pas non plus devenir une cible pour la propagande britannique en menant un parti qui avait temporairement accepté un accord politique avec le colonisateur[115].

Gandhi retourne à la tête du parti en 1936 avec la présidence de Nehru. Bien qu’il veuille une concentration totale sur la réalisation de l'indépendance plutôt que de spéculer sur le futur de l'Inde, il n’empêche pas le congrès d'adopter le socialisme comme son but.

Gandhi a une confrontation avec Subhas Bose, qui est élu président en 1938. Les problèmes que Bose posait à Gandhi étaient son manque d'implication dans la démocratie et son manque de foi en la non-violence.

Bose gagne un deuxième mandat en dépit de l'opposition de Gandhi mais quitte le Congrès quand les dirigeants démissionnent en masse pour protester contre son abandon des réformes introduites par Gandhi[116].

La Seconde Guerre mondiale et la résolution Quit India[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quit India.
Mahadev Desai (à gauche) lisant une lettre à Gandhi de la part du vice-roi, à Birla House, Mumbai, le 7 avril 1939.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, Gandhi favorise l'offre d'un « appui moral non violent » à l'effort de guerre britannique, mais les autres dirigeants du Congrès sont offensés par l'implication unilatérale de l'Inde dans la guerre, sans la consultation des représentants du peuple. Tous les membres du congrès démissionnent en masse[117].

Après de longues délibérations, Gandhi déclare que l'Inde ne peut pas participer à une guerre ayant pour but la liberté démocratique, alors que cette liberté est refusée à l'Inde elle-même.

Comme la guerre progresse, Gandhi augmente ses demandes pour l'indépendance, écrivant une résolution appelant les Britanniques à quitter l'Inde : Quit India. C’est pour Gandhi et le parti du Congrès la révolte la plus radicale destinée à rejeter les Britanniques hors des terres indiennes[118].

Gandhi est critiqué par certains membres du Congrès et d'autres groupes politiques aussi bien pour ou contre les Britanniques. Certains pensent que s'opposer au Royaume-Uni au moment de cette guerre totale est immoral, d'autres trouvent que Gandhi ne va pas assez loin. Quit India devient le mouvement le plus fort dans l'histoire de la lutte pour l'indépendance[119].

Gandhi et Kasturba à l'Ashram de Sevagram, janvier 1942.

Gandhi et ses partisans disent clairement qu'ils ne participeront pas à l'effort de guerre à moins que l'Inde ne devienne immédiatement indépendante. Dans l'été 1942, Gandhi appelle à une grève générale pour forcer les Britanniques à quitter l'Inde. Il précise que le mouvement ne s’arrêtera pas même si des actes de violence individuels sont commis[120], disant que « l'anarchie ordonnée » autour de lui était « pire que la vraie anarchie ». Il appelle tous les Indiens et membres du Congrès à maintenir la discipline de l'ahimsa, et Karo Ya Maro (faire ou mourir) pour la cause de la liberté ultime. Gandhi et tout le comité dirigeant du Congrès sont arrêtés à Bombay par les Britanniques le 9 août 1942. Des indépendantistes, membres et non-membres du Congrès, lancent une vague de violences contre les Britanniques, détruisent ou endommagent des centaines de bâtiments gouvernementaux, rompent des voies de communication et tuent des employés du Raj. Deux mille cinq cents indépendantistes sont tués ou blessés par la police, plus de soixante-six mille autres sont arrêtés[121].

Gandhi est détenu deux ans dans le palais de l'Aga Khan à Pune. C’est là qu'il subit les deux coups les plus terribles de sa vie personnelle. D'abord son conseiller de 42 ans Mahadev Desai meurt d'un arrêt cardiaque six jours après sa détention. Puis sa femme Kasturba, qui avait toujours été solidaire et engagée auprès de lui, meurt après 18 mois d'emprisonnement d'une crise cardiaque à la suite d'une pneumonie.

Gandhi est relâché le 6 mai 1944 parce qu'il doit subir une opération à cause de sa santé déclinante. Les Britanniques ne veulent pas qu'il meure en prison et soulève ainsi l'Inde entière. Bien que la répression violente du mouvement par les forces britanniques ait amené un calme relatif en Inde à la fin de 1943, Quit India réussit tous ses objectifs. À la fin de la guerre, le Royaume-Uni donne des indications claires annonçant que le pouvoir sera transféré aux mains des Indiens. Gandhi demande alors d'arrêter la lutte à la direction du Congrès et environ 100 000 prisonniers politiques sont relâchés.

La libération et la partition de l'Inde (1945-1947)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partition des Indes.
Gandhi et Lord et Lady Mountbatten, 1947.

Nommé le 24 mars 1947 vice-roi et Gouverneur général des Indes, Lord Mountbatten a la lourde tâche de préparer l'indépendance. Gandhi conseille au Congrès de rejeter les propositions offertes par le British Cabinet Mission en 1946, car il se méfie du regroupement proposé pour les États à majorité musulmane qu'il considère comme un début de partition. Cependant, c’est l’une des rares fois où le Congrès rejette son avis (mais pas son autorité), car Nehru et Patel savent que si le Congrès n'approuve pas le plan, le contrôle du gouvernement passerait aux mains de la Ligue musulmane.

Entre 1946 et 1947, plus de 5 000 personnes sont tuées dans des violences intercommunautaires. Des millions de gens sont déplacés de force afin d’homogénéiser l’implantation des populations selon leurs croyances. Gandhi est viscéralement opposé aux plans qui sépareraient l'Inde en deux pays différents. Beaucoup de musulmans en Inde vivaient aux côtés d'Hindous ou de Sikhs et étaient en faveur d'une Inde unie. Mais Muhammad Ali Jinnah, le dirigeant de la Ligue musulmane, est très populaire dans les États du Pendjab, Sind, NWFP et Bengale Est.

La partition est approuvée par la direction du Congrès comme le seul moyen d'éviter une guerre civile à grande échelle entre musulmans et hindous. Ils savent que Gandhi rejettera catégoriquement cette partition, et il est impossible pour le Congrès d'avancer sans son accord car la popularité de Gandhi dans le parti et dans toute l'Inde est immense. Les collègues les plus proches de Gandhi ont accepté la partition comme meilleure solution et Sardar Patel entreprend de l'en convaincre. C'est un Gandhi dévasté qui donne son accord pour éviter la guerre civile.

Gandhi et Nehru avec des réfugiés de la partition, 1947.

Le jour de l'indépendance, le 15 août 1947, Gandhi ne participe pas aux festivités avec le reste de l'Inde mais reste seul à Calcutta, portant le deuil de la partition et travaillant à l'arrêt des violences. Après l'indépendance, Gandhi se concentre sur l'unité entre hindous et musulmans. Il construit un dialogue avec les dirigeants des deux communautés, travaillant à atténuer les tensions dans le nord de l'Inde et le Bengale.

Malgré la guerre indopakistanaise de 1947, il est troublé quand le gouvernement décide de refuser aux pakistanais les 550 millions de roupies prévus dans les négociations de la partition. Des dirigeants comme Sardar Patel craignent que le Pakistan n'utilise l'argent pour financer la guerre contre l'Inde.

Gandhi est aussi choqué quand des demandes sont faites de déporter tous les musulmans au Pakistan, et quand les dirigeants de chaque communauté expriment leur frustration et l’inaptitude à s'entendre entre eux[122]. Dans une allocution du 12 janvier 1948, il exprime ces motifs de préoccupation et déplore aussi que, depuis l'indépendance, la nouvelle classe politique se montre extrêmement corrompue, au point que la population commence à dire que le gouvernement britannique valait mieux[123]. Il lance son dernier jeûne à Delhi le 13 janvier 1948 à l'âge de 78 ans, demandant que toute violence communautaire cesse définitivement, que le Pakistan et l'Inde garantissent l'égalité dans la sécurité et les droits pour les pratiquants de toutes les religions[124], et que le paiement de 550 millions de roupies soit fait au Pakistan. Gandhi craint que l'instabilité et l'insécurité au Pakistan n’augmente leur colère envers l'Inde, que la violence ne passe la frontière et qu'une guerre civile éclate en Inde à cause de nouvelles tensions.

« La mort serait une glorieuse délivrance pour moi plutôt que d'être le témoin impuissant de la destruction de l'Inde, de l'hindouisme, du sikhisme et de l'islam[124]. »

Après de longs débats passionnés avec ses collègues les plus proches, Gandhi refuse de céder, et le gouvernement doit faire volte face et payer la somme au Pakistan. Les dirigeants de chaque communauté, incluant le Rashtriya Swayamsevak Sangh et le Hindu Mahasabha lui assurent qu'ils renonceront à toute violence et demanderont la paix. Gandhi rompt alors son jeûne en buvant un jus d'orange[125].

Assassinat (1948)[modifier | modifier le code]

Monument commémoratif à Delhi, capitale de l'Inde.

Le 30 janvier 1948, en chemin vers une réunion de prière, Gandhi est abattu par balles près de Birla House, à New Delhi, par Nathuram Godse, un hindou nationaliste qui a des liens avec le groupe fascisant Hindu Mahasabha. Godse tenait Gandhi pour responsable de la partition de l'Inde et par là de son affaiblissement[126].

Jawaharlal Nehru s'adresse en ces termes à la nation à la radio :

« Amis et camarades, la lumière a quitté nos vies, l'obscurité est partout, et je ne sais pas trop quoi vous dire et comment vous le raconter. Notre dirigeant bien aimé, Bapu comme nous l'appelions, le père de la nation, n'est plus. Peut-être ai-je tort de dire cela ; néanmoins, nous ne le verrons plus comme nous l'avons vu toutes ces années, nous ne pourrons plus lui demander conseil ou consolation, et c'est un coup terrible, pas seulement pour moi, mais pour des millions et des millions dans ce pays. »

Selon sa volonté, la plupart de ses cendres furent dispersées dans plusieurs grands fleuves du monde tels que le Nil, la Volga et la Tamise. Deux millions d’Indiens assistèrent à ses funérailles[33].

Le mémorial de Gandhi (ou Samādhi) à Rāj Ghāt à New Delhi, porte l'épitaphe (Devanagari: हे ! राम ou, Rām), qui peut être traduit par « Oh Dieu ». Il est largement accepté que ce furent les derniers mots de Gandhi, bien que certains le contestent[127].

Godse et son complice Narayan Apte sont jugés et condamnés à mort, puis exécutés le 15 novembre 1949.

En mars 2009, des objets ayant appartenu à Gandhi sont vendus en un seul lot aux enchères au prix de 1,8 million de dollars, lors d'une vente controversée et adjugée à un milliardaire indien, Vijay Mallya. Le vendeur, James Otis, a fait savoir qu'il utiliserait le profit de cette vente pour promouvoir la non-violence et le pacifisme[128].

La pensée de Gandhi[modifier | modifier le code]

Foi[modifier | modifier le code]

Pendant une prière à Bombay, septembre 1944.

Gandhi était né hindouiste et pratiqua l'hindouisme toute sa vie, qui inspira la plupart de ses principes. Comme tout hindou traditionnel, il voyait dans toutes les religions autant de chemins possibles pour atteindre la Vérité[129], et refusait de se convertir à une autre foi. Gandhi écrivit un commentaire sur la Bhagavad Gita en Gujarati[130].

C'était un théologien avide et il lut beaucoup sur toutes les grandes religions. Il dit sur sa religion :

« L'hindouisme tel que je le connais satisfait complètement mon âme, remplit mon être entier... Quand le doute m'assaille, quand le découragement me regarde en face, quand je ne vois plus aucune lueur d'espoir à l'horizon, je me tourne vers la Bhagavad Gita, et je trouve un vers pour me consoler; et je commence à sourire immédiatement au milieu d'un écrasant chagrin. Ma vie a été remplie de tragédies et si elles n'ont pas laissé d'effet indélébile sur moi, je le dois aux enseignements de la Bhagavad Gita. »

Gandhi croyait que le cœur de toutes les religions était la vérité et l'amour (compassion, non-violence et éthique de réciprocité). Il critiquait l'hypocrisie, les mauvaises pratiques et les dogmes de toutes les religions et fut un réformateur social infatigable. Ses commentaires sur les différentes religions furent :

« Ainsi, si je ne pourrais pas accepter le christianisme comme parfait ou comme la plus grande des religions, je ne pourrais pas non plus considérer l'hindouisme comme tel. Les défauts de l'hindouisme me sont bien visibles. Si l'intouchabilité pouvait être une partie de l'hindouisme, ce serait une partie pourrie ou une excroissance. Je ne pourrais pas comprendre la « raison d'être »[131] d'une multitude de sectes ou de castes. Quel serait le sens de dire que les Vedas sont des textes sacrés inspirés par Dieu ? S'ils ont été inspirés par Dieu, pourquoi pas la Bible ou le Coran également ? Mes amis chrétiens ont été aussi entreprenants pour me convertir que mes amis musulmans. Abdullah Sheth m'a continuellement incité à étudier l'islam, et évidemment avait toujours quelque chose à dire concernant sa beauté[132]. »

Gandhi et Kasturba visitant Rabîndranâth Tagore à Shantiniketan en 1940.

« Dès que nous perdons la base morale, nous cessons d'être religieux. Il n'y a pas de choses telle qu'une religion effaçant la moralité. L'homme donc, ne peut être menteur, cruel ou dépravé et clamer qu'il a Dieu de son côté. »

« Les paroles de Mahomet sont un trésor de sagesse, pas seulement pour les musulmans mais pour l'humanité entière. »

Plus tard dans sa vie, quand on lui demandait s'il était hindouiste, il répondait :

« Oui je le suis. Je suis aussi un chrétien, un musulman, un bouddhiste et un juif. »

Son hymne religieux préféré était le morceau chrétien Abide with me[133].

En dépit de leur profond respect mutuel, Gandhi et Rabîndranâth Tagore furent impliqués dans des débats prolongés à plusieurs reprises. Ces débats illustraient les différences philosophiques entre les deux plus célèbres Indiens de ce temps. Gandhi s'est consacré à améliorer les conditions de vie des intouchables, les appelant Harijans, le peuple de Krishna. Le 15 janvier 1934, un tremblement de terre toucha le Bihar et causa de nombreuses victimes et dégâts. Gandhi maintint que cela était dû au péché commis par les castes hindoues supérieures de ne pas laisser les intouchables accéder à leurs temples. Tagore s'opposa diamétralement au point de vue de Gandhi, soutenant qu'un tremblement de terre pouvait être seulement créé par des forces naturelles, pas par des raisons morales, aussi répugnante que puisse être la pratique de l'intouchabilité.

Vérité[modifier | modifier le code]

Gandhi a dédié toute sa vie à la découverte de la vérité ou satya. Il essaya de l'atteindre en apprenant de ses propres erreurs et en pratiquant des expériences sur lui-même. C'est notamment le thème de son livre Autobiographie ou mes expériences de vérité.

Gandhi établissait que la plus importante bataille à remporter était vaincre ses propres démons, peurs et insécurités. Il résuma ses croyances quand il dit d'abord « Dieu est vérité ». Il changea ensuite cette déclaration en « la vérité est Dieu ». Ainsi satya (la vérité) dans la philosophie de Gandhi est « Dieu ».

C'est en Afrique du Sud, en luttant pour les droits des Indiens que Gandhi découvrit l'importance du respect de la vérité. « Tel un arbre immense, elle donne d’autant plus de fruits qu’on en prend soin. À l’image d’une mine où plus on creuse en profondeur, plus précieux sont les diamants qu’on y découvre, il est remarquable que plus on explore la vérité, plus nombreux et variés sont les services qu’elle nous fait assumer. »[134]

Simplicité[modifier | modifier le code]

Gandhi filant avec un chapeau de Noakhali, à Birla House, New Delhi, novembre 1947.

Gandhi croyait sincèrement qu'une personne impliquée dans le service social devait mener une vie simple qui l'amènerait au brahmacharya. Sa pratique de l'ascétisme s'inspire de la pensée du philosophe et poète américain Henry David Thoreau[135]. Cette simplicité commença par le renoncement au style de vie occidental qu'il menait en Afrique du Sud. Il appela cela « se réduire soi-même à zéro »; « vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre » tels étaient ses valeurs, son mode de vie, ce qui voulait dire abandonner toute dépense superflue, mener une vie simple et laver ses propres vêtements[136]. En une occasion il renvoya les cadeaux offerts par les indigènes pour son aide à la communauté[137].

Gandhi passait un jour de chaque semaine en silence. Il croyait que s'abstenir de parler lui amenait la paix intérieure. Ceci venait des principes hindous du mauna (en sanskrit, मौन - silence) et shanti (paix). Ces jours-là il communiquait avec les autres en écrivant sur un papier.

Pendant 3 ans et demi, à l'âge de 37 ans, Gandhi refusa de lire les journaux, clamant que les nouvelles tumultueuses du monde lui causaient plus de confusion que son propre trouble intérieur.

Revenant en Inde après son séjour en Afrique du Sud, il abandonna le port de vêtements occidentaux, qu'il associait à la richesse et au succès. Il s'habilla pour être accepté par les plus pauvres en Inde, et il promut l'utilisation de vêtements tissés à la maison (khadi). Gandhi et ses partisans fabriquaient donc les vêtements qu'ils portaient ; ils encourageaient les autres à faire de même dans le but de redonner une certaine autonomie économique à l'Inde rurale, autonomie laminée par la domination de l'industrie britannique qui détenait alors les filatures industrielles. Le rouet fut bientôt incorporé au drapeau du parti du congrès indien.

Gandhi porta le dhotî (équivalent masculin du sari) tout le reste de sa vie, non seulement en signe de simplicité mais aussi parce que cet habit, filé de ses mains, constituait pour lui une garantie de ne pas cautionner l'exploitation d'ouvriers britanniques ou indiens dans des filatures industrielles.

Végétarisme[modifier | modifier le code]

« Jamais je ne consentirais à sacrifier au corps humain la vie d’un agneau. J’estime que, moins une créature peut se défendre, plus elle a droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine[138]. » – Mahatma Gandhi ; sur la photo, avec un veau.

La pratique du végétarisme est fortement ancrée dans les traditions hindoues et jaïnes, et dans sa terre natale du Gujarat la plupart des hindous et sa famille étaient végétariens. Avant de partir étudier pour Londres, Gandhi avait promis à sa mère qu'il ne mangerait pas de viande. Il tint sa promesse et son végétarisme devint une partie intégrante de sa philosophie politique de non-violence. Il écrivit le livre La Base morale du végétarianisme[139] et plusieurs articles sur le sujet, certains furent publiés par la London Vegetarian Society [2] dont Gandhi fit partie, et où il se fit de nombreux amis, tel le président Dr. Josiah Oldfield. Ayant lu et admiré les œuvres de Henry Stephens Salt, le jeune Mohandas le rencontra et correspondit longtemps avec le militant végétarien.

Gandhi passa beaucoup de temps à promouvoir le végétarisme pendant et après son séjour à Londres, voyant sa propagation comme une mission à réaliser[138] ; il en vint ainsi à déclarer « que l'on reconnaît la grandeur d'une nation à la manière dont elle traite ses animaux »[138]. En plus de la dimension éthique du végétarisme il considérait la dimension économique, étant donné que la viande était (et est toujours) plus chère que les céréales, les légumes et les fruits, et aidait ainsi les Indiens qui avaient de faibles revenus. Enfin, la production de viande demande une grande disponibilité de terres et d'eau pour l'engraissement des animaux, et instaure une monoculture qui favorise l'industrie alimentaire et les grands propriétaires terriens plutôt que les productions locales et variées des paysans indiens possédant de petites parcelles de terre cultivable.

Il nota dans son autobiographie que le végétarisme était le début de son profond engagement envers le brahmacharya ; sans un contrôle total sur ses besoins alimentaires il n'aurait pas pu réussir le brahmacharya.

Gandhi avait aussi une très nette tendance au végétalisme, par compassion pour les vaches, déclarant au sujet de son abandon de tout laitage (faisant de lui un végétalien, puisque le « végétarisme indien » exclut les œufs) : « Les considérations religieuses avaient été les plus fortes, quand il s'était agi d'abjurer le lait. L'image des procédés barbares que les govâls de Calcutta employaient pour traire leurs vaches et leurs buffles jusqu'à la dernière goutte de lait, m'avait hanté alors. J'avais eu aussi le sentiment que, de même que la viande n'était pas nourriture humaine, le lait non plus ne pouvait l'être[138]... » ; et, ce faisant : « je me refuse à prendre du lait, les produits dans lesquels entre du lait, et aucune viande. Si ce refus devait signer mon arrêt de mort, mon sentiment est que je n'y devrais rien changer[138]. »

Brahmacharya[modifier | modifier le code]

Le brahmacharya (pureté spirituelle et pratique) est largement associé avec le célibat et l'ascétisme. Le brahmacharya, qui correspond à l'une des quatre périodes de la vie humaine telle que le théorise l'hindouisme, est à rapprocher d'une forme de discipline du corps dont la visée, spirituelle ou religieuse, est le détachement des sens (lesquels entraveraient la libération (moksha) de l'âme). Gandhi concevait le brahmacharya comme un moyen de se rapprocher de Dieu et comme la pierre de fondation de sa réalisation personnelle. Pour Gandhi, brahmacharya signifiait « contrôle des sens en pensée, en mots et en actions »[140]. Ce contrôle passe par l'arrachement à la racine des passions que l'on veut détruire : donc, tout d'abord par la pensée même ; Gandhi considérait – dans la ligne droite de la sagesse hindoue – que celui qui était un vrai pratiquant du brahmacharya ne concevait même plus les passions, non seulement dans son esprit éveillé, mais aussi dans ses rêves, – ces pensées que l'on formule dans le sommeil et que l'on croit incontrôlables[141] : le contrôle de soi conscient passe donc en premier lieu par une maîtrise même de son inconscient, chose qui est explicitée dans la philosophie classique hindoue du Yoga-sûtra de Patañjali.

Dans son autobiographie, il raconte sa lutte contre ses besoins sexuels et les accès de jalousie envers sa femme Kasturba. Il sentait comme une obligation personnelle de rester abstinent afin, d'une part, de pouvoir apprendre à aimer plutôt qu'à rechercher le plaisir, et d'autre part, de cantonner le corps — et plus largement le monde de la matière — au service des aspirations et de la volonté de l'esprit. Cette lutte, d'après ce qu'il expose dans son autobiographie, fut sans relâche, puisqu'à la fin de sa vie, devenu veuf, il partageait régulièrement la couche de sa nièce préférée, Manu, ceci afin d'éprouver la solidité de son vœu passé (ceci fit d'ailleurs scandale à l'époque). Par ailleurs, Gandhi n'eut de cesse toute sa vie d'étendre et d'approfondir les domaines d'application de sa recherche de maîtrise des sens. Outre la maîtrise du désir sexuel, il rechercha également à se détacher du plaisir gustatif : formant régulièrement des « vœux », Gandhi supprimait progressivement tel condiment, tel aliment, ou réduisait toujours plus le nombre d'aliments qu'il pouvait ingurgiter.

[réf. nécessaire]

Non-violence (Ahimsâ)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ahimsâ.

« Alors qu'une bonne action doit appeler l'approbation, et une mauvaise, la réprobation, le fauteur de l'acte, qu'il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié, selon le cas. « Hais le péché, non le pécheur » – c'est là un précepte que l'on applique rarement, s'il est aisé à comprendre ; et c'est pourquoi le venin de haine se répand si vite dans le monde. L'ahimsâ est le fondement de la quête de vérité. Il n'est pas de jour où je ne m'aperçoive, en réalité, que cette quête est vaine, si elle ne se fonde pas sur l'ahimsâ. S'opposer à un système, l'attaquer, c'est bien ; mais s'opposer à son auteur, et l'attaquer, cela revient à s'opposer à soi-même, à devenir son propre assaillant. Car la même brosse nous a peints ; nous avons pour père le même et unique Créateur, et de ce fait les facultés divines que nous recélons en nous sont infinies. Manquer à un seul être humain, c'est manquer à ces facultés divines, et par là même faire tort non seulement à cet être, mais, avec lui, au monde entier. »

— Mahatma Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité[142].

Le concept de non-violence (ahimsa) et Résistance non-violente a une longue histoire dans la pensée religieuse indienne et a eu de nombreuses occurrences dans des contextes hindouistes, bouddhistes, jaïnistes et judéo-chrétiens. Le concept de non-violence lui-même est une traduction, forgée par Gandhi, du mot sanscrit ahimsa (a : privatif et himsa : nuisance, violence), présent dans les traditions religieuses de l’Inde. Gandhi explique cette philosophie et ce mode de vie dans son autobiographie[143].

« Quelle différence cela fait-il aux morts, aux orphelins et aux sans-abri, que la destruction aveugle ait été amenée au nom du totalitarisme ou au nom sacré de la liberté et de la démocratie ? »

« Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer. »

Lettre de Gandhi à Hitler, dans laquelle il le conjure de ne pas déclencher la guerre et d’atteindre ses objectifs par la non-violence, 23 juillet 1939.

En appliquant ces principes, Gandhi n’hésita pas à les emmener aux extrêmes de sa logique. En 1940, quand l’invasion des îles britanniques par l’Allemagne nazie semblait imminente, Gandhi donna l’avis suivant au peuple anglais[144].

« J’aimerais que vous déposiez les armes que vous possédez comme étant inutiles pour vous sauver, vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et Signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions… Si ces gentlemen choisissent d’occuper vos foyers, vous les leurs laisserez. S’ils ne vous laissent pas partir, vous vous laisserez massacrer, hommes, femmes et enfants, mais vous refuserez de leur prêter allégeance. »

Néanmoins, Gandhi se rendait compte que ce niveau de non-violence requérait une foi et un courage incroyable que peu de monde possédait. Il conseillait donc qu’il n’était pas nécessaire que tous restent non-violents si la violence était poussée à l’extrême :

« Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence[145]. »

« J'aimerais mille fois mieux risquer la violence que risquer l'émasculation de toute une race[146].  »

« Marcher sur le tranchant effilé de l'ahimsâ n'est pas chose facile dans ce monde plein de himsâ. La richesse ne nous y aide pas ; la colère est un ennemi de l'ahimsâ ; et l'orgueil est un monstre qui la dévore. Dans cette observance ferme et acérée de la religion de l'ahimsâ, il faut souvent reconnaître la prétendue himsâ comme la forme la plus vraie de l'ahimsâ[147].  »

« Je répétais à chaque réunion l’avertissement qu’à moins qu’ils sentent qu’avec la non-violence ils avaient une force infiniment supérieure à celle qu’ils possédaient avant, ils ne devaient pas appliquer la non-violence et reprendre les armes[148]. »

Gandhi pensait que la violence était inefficace et ne pouvait qu’initier une chaîne continue de vengeance. Il disait de la loi du Talion :

« Œil pour œil et le monde finira aveugle. »

Gandhi rattachait également la non-violence au féminisme. Il l’explique lors d’un discours pendant la marche du sel : « Appeler les femmes le sexe faible est un mensonge. C’est une injustice des hommes faite aux femmes. Si la non-violence est la loi de nos êtres, le futur est avec les femmes[113]. »

Gandhi puisa une partie de son inspiration dans les écrits de Léon Tolstoï, qui, dans les années 1880 avait vécu une conversion profonde en une forme personnelle d’anarchisme chrétien, ce qui l’avait amené à concevoir un christianisme détaché du matérialisme et non violent. Gandhi a écrit une introduction à Lettre à un Hindou de Tolstoï, écrite en 1908, rédigée en réponse à la violence des nationalistes indiens, et tous deux correspondirent jusqu’à la mort de Tolstoï en 1910. Certains pensent que sans Tolstoï, Gandhi n’aurait peut-être jamais été aussi déterminé à mener une action aussi non-violente qui fit sa gloire. Tolstoï a d’ailleurs lui-même beaucoup fréquenté certains courants orientalistes et a régulièrement correspondu avec des bouddhistes, hindous et baha'is[149].

Euthanasie[modifier | modifier le code]

Gandhi envisageait l'euthanasie comme une forme de la non-violence, de sacrifice, signifiant que la Vie ne peut être valable que si elle est « vivable » :

« On ne commet pas de péché de himsâ [violence] par le seul fait de tuer, mais lorsqu'on tue pour le bien de son propre corps périssable. Toute destruction de vie provoquée par le fait de manger, de boire, etc., est égoïste, et par conséquent himsâ. Mais des hommes la considèrent inévitable et s'y résignent. Détruire, pour donner la paix à des créatures qui souffrent atrocement dans leur corps, ne peut pas être considéré comme himsâ, pas plus que la violence inévitable à laquelle on est contraint pour assurer la protection de ce qui nous est confié[150]. »

«  Beaucoup d'hommes en Inde ont acquis une horreur instinctive de tuer des êtres vivants dans quelque circonstance que ce soit. On a même proposé d'enfermer les chiens enragés et de les laisser mourir d'une mort lente. L'idée que je me fais de la charité me rend cette solution absolument inacceptable. Je ne pourrais souffrir un seul instant de voir un chien, ou d'ailleurs n'importe quelle autre créature, abandonné sans secours à la torture d'une longue agonie. Si dans les mêmes circonstances je ne donne pas la mort à un être humain, c'est parce que je dispose de remèdes moins désespérés. Mais si je tue un chien qui se trouve dans le même cas, c'est parce que je n'ai pas de remède pour le guérir. Si mon enfant était atteint de rage et qu'il n'existât aucun remède permettant d'alléger ses souffrances, je considérerais comme de mon devoir de lui donner la mort. Le fatalisme a des limites. Nous devons nous en remettre au sort uniquement lorsque nous avons épuisé tous les remèdes. L'un des moyens, qui est définitif, de soulager un enfant dans les affres d'une atroce souffrance, est de lui donner la mort[151]. »

Satyagraha[modifier | modifier le code]

Face à face d'un policier et de Gandhi alors qu'il mène la grève des mineurs indiens en Afrique du Sud, 1913.

Le satyagraha (« la force née de la vérité et de l'amour ou non-violence »[152]) est l'aboutissement de cette vérité contre des lois ou des systèmes injustes au travers d'une lutte non violente. Gandhi considère même le satyagraha supérieur à la désobéissance civile ou à la résistance non-violente car le terme implique de servir une cause juste et devenait de ce fait l'arme des forts et non plus l'arme des faibles[153].

Pour lui cette lutte ne doit engendrer aucune souffrance à l'adversaire, s'il y a souffrance c'est au défenseur de la vérité de la subir :

« La recherche de la vérité ne doit admettre qu'aucune violence ne soit infligée à un adversaire, mais qu'il doit sortir de l'erreur par la patience et la sympathie. Parce que ce qui apparaît comme la vérité à l'un peut apparaître comme erreur à l'autre. Et patience signifie auto-souffrance. Donc la doctrine est revendication de la vérité, pas en infligeant des souffrances à son adversaire, mais à soi-même[154]. »

En août 1947, le pasteur noir américain William Stuart Nelson demanda à Gandhi comment il se faisait que les Indiens, qui avaient « plus ou moins réussi à obtenir l'indépendance par des moyens pacifiques », ne parvenaient pas à endiguer les violences intercommunautaires. Gandhi répondit qu'il avait fini par comprendre que, comme beaucoup de ses amis anglais lui en avaient fait la remarque, les satyagrahas dirigés contre le gouvernement britannique n'étaient pas de véritables satyagrahas, mais une simple résistance passive; les Indiens, alors qu'ils prétendaient résister de façon non-violente, avaient la violence dans le cœur; leur résistance passive n'était qu'une arme de faibles, ce qui apparut quand, le pouvoir britannique ayant pris fin, les Indiens se sautèrent mutuellement à la gorge. Toutefois, Gandhi déclarait ne rien regretter, car si sa vision n'avait pas été obscurcie par son illusion sur les satyagrahas, l'Inde ne serait jamais arrivée au point où elle en était[155]. (Dans une lettre du 21 juillet 1947, Gandhi avait même dit que c'était Dieu qui l'avait aveuglé au profit de la bonne cause[156].)

William Borman a noté que l'affirmation de Gandhi sur son absence de regrets revient à dire que la violence peut être une bonne chose, ce qui contredit d'autres déclarations de Gandhi proscrivant la violence de façon absolue[157].

Critique du développement occidental et de son modèle économique[modifier | modifier le code]

Gandhi pouvait admirer les avancées technologiques et le confort économique que donnait la civilisation occidentale moderne, mais pointait également ses lacunes et les nouveaux risques et besoins qu'elle apportait à l'individu. Dans son livre Hind Swaraj or Indian home rule (Leur Civilisation et notre délivrance) où il fait la critique du développement et de la notion même de civilisation telle qu'idéalisée par la Grande-Bretagne et les Occidentaux, Gandhi montre que chaque progrès réalisé d'une part correspond à une aggravation des conditions de vie de l'autre, que la civilisation occidentale a laissé de côté la moralité et la religion, qu'elle crée de nouveaux besoins liés à l'argent et impossibles à satisfaire, qu'elle accroît les inégalités et voue à l'esclavage une grande partie de l'humanité. Pour lui ce type de civilisation est sans issue[158] :

« Cette civilisation est telle que l'on a juste à être patient et elle s'autodétruira. »

Gandhi avec des ouvrières du textile à Darwen, Lancashire, Angleterre, le 26 septembre 1931.

La mécanisation et la mondialisation des échanges est pour lui un désastre pour l'Inde (les filatures de Manchester avaient fait disparaître l'artisanat indien)[159]. Il prend comme exemple des avancées ressenties de manière globalement positive comme le train, les médecins ou les avocats, qui peuvent être selon lui tout aussi néfastes. Le train parce qu'il peut transporter les maladies aussi rapidement que les passagers et peut entraîner la spéculation et les famines[160]. Les avocats parce qu'ils préfèrent trouver une solution juridique à une solution morale à un conflit, prétendent sans raison aucune à des salaires supérieurs aux travailleurs communs, et renforcent la puissance britannique en Inde[161]. Les médecins parce qu'en accordant des soins ils encouragent la négligence et le manque de prévention individuelle, brisent des tabous religieux et font d'énormes profits avec des médicaments hors de prix[162].

Pour Gandhi la civilisation indienne n'a rien à envier à l'occidentale avec sa course au développement économique. L'accès à la richesse pour tous est pour lui impossible et l'individu doit lui-même contrôler ses besoins, ainsi que l'avaient compris les anciens sages indiens :

« L'esprit est un oiseau sans repos ; plus il obtient et plus il désire ; il n'est jamais satisfait. Plus nous satisfaisons nos passions et plus elles deviennent débridées. Nos ancêtres avaient compris cela et placé une limite à nos indulgences. Ils avaient remarqué que le bonheur était surtout une condition mentale[163]. »

«  La justification de la pauvreté volontaire était l'impossibilité que tous fussent riches. Tous pourraient avoir part à la non-possession ; moins on possède, moins on désire. Je ne prêche pas la pauvreté volontaire à un peuple qui souffre de pauvreté involontaire, mais le grave problème économique national pourrait être résolu facilement si tous ceux qui sont riches voulaient bien se soumettre à la pauvreté volontaire[164]. »

Gandhi comprenait les processus économiques comme une force que l'on doit régler par des lois basées avant tout sur la morale et surtout l'harmonie générale entre tous les êtres, et non la laisser « s'auto-régler » par elle-même comme cela se veut dans l'économie de marché, le capitalisme, économie liée à l'offre et à la demande, car, en soi, toute réussite économique est immorale :

« L’art de devenir riche, dans le sens commun du terme, n’est pas seulement l’art d’accumuler beaucoup d’argent pour nous-mêmes, mais aussi celui de découvrir comment notre voisin peut en obtenir le moins possible. En termes exacts, c’est l’art d’établir le maximum d’inégalités en notre faveur[165]. »

Critiquant vivement la « logique » de l'économie de marché, économie réduite à elle-même et comme un pilier incontournable dans les relations internationales (commerciales ou non), Gandhi voyait le refus de bâtir une société équitable mondiale, refus venant de l'Occident et – du fait de la colonisation héritée – du reste du monde, comme une fuite en avant, qui amènerait toujours les plus faibles et démunis dans le gouffre[166], gouffre symbolisé par Gandhi par les famines, ces dernières étant liées soit à la guerre, soit à ce mécanisme économique toujours défectueux, car toujours se refusant à se soumettre à des principes moraux de bien-être universel :

« Si tous les hommes comprenaient l'éternelle loi morale du service à autrui, ils considéreraient comme un péché d'amasser des richesses ; alors il n'y aurait plus d'inégalité de fortune, et par conséquent plus de famine, plus de gens qui meurent de faim[167]. »

On peut donc comprendre que Gandhi se révèle ainsi un grand défenseur des quatre castes sacrées hindous[168], qui pour lui représentent l'essence cosmique de toute société humaine au niveau universel[169] (Brâhmanes/Savants ; Kshatriya/Défenseurs ; Vaïshya/Paysans-Artisans ; Shûdra/Serviteurs) :

« Chacun de nous a des occupations qui lui sont propres. Ces occupations ne sont pas des castes [Jati, litt. « Naissance »] ; elles sont ce que l’hindouisme désigne sous le nom de varna [litt. « Couleur »]. Varna n’a rien de commun avec la caste telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les castes sont une institution humaine, tout juste bonne à être détruite, mais varna est une loi divine. Nous pouvons la négliger et subir les conséquences de cette attitude, mais si nous l’observons nous en tirerons profit. Un menuisier, un forgeron, un maçon, un balayeur, un professeur, un soldat, ont chacun des occupations différentes, mais aucun d’eux n’est supérieur ou inférieur aux autres. Si nous commençons à empiéter les uns sur les autres, nous créons une confusion (sankar) de toutes les varnas. C’est pourquoi, dès que vous enlevez à la loi de varna les cuisants sentiments d’infériorité qu’on y a mis, non seulement elle agit comme loi, mais encore elle fournit une occasion de faire ce pour quoi nous avons le plus d’aptitudes[170]. »

Son attaque des abus dont sont victimes les plus démunis – éboueurs d'Inde ou sans-droits d'ailleurs – ne se dirigea jamais contre la tradition hindoue, ni contre une quelconque sagesse métaphysique d'un peuple, mais contre un type d'injustice qui s'affirme spécialement dans un système où c'est le pouvoir économique qui règne en maître, alors qu'en bon Hindou il pense que c'est le pouvoir moral et spirituel (incarné en Inde par les brâhmanes orthodoxes) qui doit toujours avoir le dernier mot, du moins, dans l'organisation de la société humaine :

« Voler le pauvre parce qu’il est pauvre est spécialement la forme mercantile du vol, consistant à prendre l’avantage des besoins de l’homme pour obtenir son travail ou sa propriété à un prix réduit. Le voleur ordinaire des grands chemins vole le riche, mais le commerçant vole le pauvre[165]. »

Il pensait que le développement des villes ne saurait permettre la vie autonome et non-violente du peuple indien : seule la consolidation de l'autonomie économique et politique des villages pouvait, à ses yeux, contribuer à l'édification d'une société non-violente ; idéal que l'on pourrait voir comme inspiré par la mythologie hindoue, puisque la Déesse Ahimsâ – Non-violence – est l'épouse du Dieu Dharma – Ordre sociocosmique[171]. L'Occident restait pour lui un vecteur de « méchanceté » qui abusa du monde entier, mais il n'en demeurait pas moins certain qu'un jour ou l'autre la Justice triompherait sur la Terre[172].

Idéal d'une société non-violente sans État[modifier | modifier le code]

Membres de la ferme Tolstoï en Afrique du Sud, 1910.

Bien que Gandhi se soit essentiellement consacré, dans les faits, à la lutte pour l'Indépendance puis l'unité de l'Inde, il ne sépara jamais, dans sa pensée, les actions de lutte des actions constructives pour préparer l'organisation durable d'une société non-violente. Il pensait même que les actions constructives constituaient un préalable indispensable à la lutte pour l'indépendance[173]. Sa crainte, en effet était que, une fois arrivée à l'Indépendance, l'Inde soit un pays qui continue à dominer et oppresser son peuple. Selon lui,

« Si, en définitive, le seul changement attendu ne touche qu'à la couleur de l'uniforme militaire, nous n'avons vraiment pas besoin de faire toutes ces histoires. De toute façon, dans ce cas-là, on ne tient pas compte du peuple. On l'exploitera tout autant, sinon plus, qu'en l'état actuel des choses[174]. »

Ainsi, la lutte pacifique de Gandhi s'attaquait aux fondements même du système des castes, en considérant que l'hindouisme, s'il devait survivre, devait se transformer en système sans castes[175]. Il refusait l'objectif de donner aux intouchables un statut politique, pensant qu'il fallait, selon le mot de Nehru à son propos, "dynamiter" le système en s'attaquant à son maillon faible[175]. Dans sa lutte contre les castes, il se distingue ainsi fortement de Bhimrao Ramji Ambedkar, un des leaders des intouchables et Premier ministre de la Justice de l'Inde indépendante, qui ne s'opposait pas seulement au système de castes, mais à l'hindouisme comme philosophie religieuse et sociale[175].

Pétri des écrits de Tolstoï, Gandhi a rapidement intégré à son analyse une critique radicale de l'État. La nature de l'État, selon lui, est essentiellement violente et oppressive ; l'existence d'un État est incompatible avec les principes de vie non-violents[176]:

« L'État représente la violence sous une forme intensifiée et organisée. L'individu a une âme, mais l'État qui est une machine sans âme ne peut être soustrait à la violence puisque c'est à elle qu'il doit son existence. »

C'est pourquoi il développa l'idée d'élaborer, en parallèle des actions de lutte et de désobéissance civile pour obtenir l'Indépendance, un « programme constructif[177] ». C'est à travers la recherche de l'autonomie de chaque village, en dehors de (et contre) toute organisation centralisée qu'une Inde réellement démocratique et non-violente pourrait perdurer après l'Indépendance.

« La véritable indépendance ne viendra pas de la prise du pouvoir par quelques-uns, mais du pouvoir que tous auront de s'opposer aux abus de l'autorité. En d'autres termes, on devra arriver à l'indépendance en inculquant aux masses la conviction qu'elles ont la possibilité de contrôler l'exercice de l'autorité et de la tenir en respect. »

L'échelon retenu pour exercer un tel contrôle est le village, qui exercerait une forme de souveraineté dans un cadre fédéral[178].

« L'indépendance doit commencer à la base. Ainsi chaque village sera une république. »

Gandhi, qui avait conscience de la difficulté de parvenir à une telle organisation de la société, rapprochait cet objectif d'une société anarchiste[179] :

« Ce serait un état d'anarchie éclairée. Dans un tel pays, chacun serait son propre maître. Il se dirigerait lui-même de façon à ne jamais gêner son voisin. Par conséquent, l'État idéal est celui où il n'y a aucun pouvoir politique en raison même de la disparition de l'État. »

Du fait de sa critique de l'autorité, des formes d'oppression et d'exploitation ; du fait de sa critique de l'État ; du fait même que Gandhi lui-même reliait fréquemment et explicitement sa philosophie politique à l'anarchisme, certains se sont demandé si Gandhi ne pouvait pas être qualifié d'anarchiste[180]. À la question de savoir s'il était réaliste de vouloir parvenir à une société démocratique non-violente formée de villages fédérés — situation que Gandhi qualifiait d'anarchie — il rétorquait, en 1940[181] :

« Elle [cette société] est réalisable dans la mesure où la non-violence est réalisable [...]. Le stade le plus proche de l'anarchie pure serait une démocratie basée sur la non-violence. »

Cet aspect important de la pensée de Gandhi, avec celui de la critique du mode de développement occidental, fut laissé en friche puisque la question de la partition de l'Inde a occupé en pratique les dernières années de la vie de Gandhi. Pourtant, ces deux dimensions, complémentaires, ne sont pas restées pure théorie.

Le programme constructif que Gandhi avait appelé de ses vœux a été approfondi par Vinobâ, un de ses plus proches disciples. Dans une optique résolument critique et opposée au mode de développement occidental, Vinobâ entreprit de résoudre la question agraire en recherchant, par l'ouverture de fronts inédits de lutte non-violente, à susciter l'autonomie des villages, bases d'une société indienne non-violente.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Pour Gandhi, chacun par ses actions devait être le changement qu'il souhaitait voir dans le monde, souvent cité comme:

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde[182]. »

La vérité, la non-violence et la lutte pour leur succès étaient un tout indissociable et trahir un aspect de cet ensemble était trahir son idéal tout entier.

« C'est une erreur de croire qu'il n'y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C'est comme si vous disiez qu'en plantant des mauvaises herbes on peut récolter des roses[183]. »

En menant une vie simple et proche de la tradition indienne, il appliquait à lui-même l'idéal de vie qui était pour lui le plus bénéfique à l'humanité, très éloigné des critères de développement occidentaux. Hindou profondément croyant, il respectait autant les autres religions qui étaient pour lui des chemins différents vers l'amour et la vérité. Même si le parcours qui menait à cette vérité était long et rempli d'embûches, pour Gandhi, la justice devait toujours triompher :

« Quand je désespère, je me souviens qu'à travers toute l'histoire, les chemins de la vérité et de l'amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela[143]. »

Comme il le notait lui-même non sans humour, maintenir cet idéal était même pour ses amis « l'œuvre d'un fou »[184].

Héritage[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Statue de Gandhi à Pietermaritzburg, Afrique du Sud.

L'anniversaire de Gandhi, déjà fête nationale en Inde, est devenu « Journée internationale de la non-violence » par un vote à l'unanimité de l'Assemblée générale des Nations unies le 15 juin 2007[185].

Time Magazine a nommé Gandhi la Personnalité de l'année en 1930 et Gandhi fut 2e derrière Albert Einstein comme Personnalité du siècle en 1999. Le magazine a désigné le Dalai Lama, Lech Wałęsa, Dr. Martin Luther King, Jr., Cesar Chavez, Aung San Suu Kyi, Benigno Aquino, Jr., Desmond Tutu et Nelson Mandela comme enfants de Gandhi et héritiers spirituels de la non-violence[186].

Le 30 janvier de chaque année, anniversaire de la mort du Mahatma Gandhi, on pratique la Journée Scolaire de la Non-violence et de la Paix (DENIP), fondée en Espagne en 1964.

Gandhi a été nommé en 1937, 1938, 1939, 1947 et 1948 au Prix Nobel de la paix, mais sans jamais l'obtenir. Plus tard, certains membres du comité regretteront publiquement que le prix ne lui ait jamais été accordé. Le président du comité dira, au cours de la remise du prix au Dalaï lama en 1989, que le prix est remis en partie à la mémoire du Mahatma Gandhi. En 1937, Ole Colbjørnsen, député du parlement norvégien, propose le nom de Gandhi à la candidature. La motivation pour cette nomination est rédigée par les membres de la branche norvégienne des « Amis de l'Inde ». Un examinateur du comité, le professeur Jacob Worm-Müller, émet un avis négatif : « C'est un combattant de la liberté et un dictateur, un idéaliste et un nationaliste. C'est souvent un Christ, puis, soudain, un politicien ordinaire. » Jacob Worm-Müller de la Société des Nations ajoutait : « On peut dire qu'il est significatif que son combat bien connu en Afrique du Sud n'était qu'en faveur des Indiens, et non des Noirs, dont les conditions d'existence étaient encore pires. » Le comité Nobel prit en compte les critiques de Worm-Müller et n'attribua pas le prix à Gandhi cette année. Les deux années suivantes, Ole Colbjørnsen propose de nouveau Gandhi, sans plus de succès. En 1947, les tensions dues à la partition de l'Inde ne permettent pas de dégager une majorité de votes pour Gandhi, et en 1948 le comité considère accorder le prix Nobel à Gandhi à titre posthume puis décide finalement de ne pas accorder de prix cette année-là car « il n'y avait de candidats vivants adéquats »[187].

En Inde[modifier | modifier le code]

Gandhi est célébré comme Père de la Nation et son anniversaire le 2 octobre y est commémoré comme le Gandhi Jayanti et est un jour férié.

Le Gouvernement indien accorde chaque année le Mahatma Gandhi Peace Prize à des personnalités ou des citoyens qui se sont distingués. Nelson Mandela, a été l'un des non-Indiens célèbres à le recevoir.

Depuis 1996, le gouvernement imprime sur tous les billets de banque le portrait de Gandhi, ce qui est considéré paradoxal par certains, compte tenu des opinions négatives de Gandhi sur l'accumulation des richesses et le pouvoir de l'argent.

À New Delhi, le Birla Bhavan (ou « Birla House »), où Gandhi a été assassiné est devenu ouvert au public depuis 1973 et est connu comme le Gandhi Smriti (« Souvenir de Gandhi »). Il préserve la pièce où le Mahatma Gandhi vécut les quatre derniers mois de sa vie et une colonne de pierre symbolisant son martyre marque l'endroit exact où il a été abattu.

Partisans et influence[modifier | modifier le code]

Gandhi influença d'importants dirigeants et mouvements politiques.

Le premier fut bien sûr Nehru lui-même qui disait : « Il était clair que ce petit homme compensait son piètre physique par une âme d'acier ou de roc qui refusait de ployer devant la force brute. Malgré son visage peu impressionnant, son pagne, sa nudité, il y avait en lui quelque chose de royal qui forçait à lui rendre obédience... »[188]

Aux États-Unis, Martin Luther King s'est référé spécialement à Gandhi dans sa lutte pour le mouvement des droits civiques américains, et de l'inspiration qu'il lui a apporté pour ses propres théories sur la non-violence[189]. Le militant anti-apartheid et ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, dit lui aussi avoir été inspiré par Gandhi[190] comme l'avait été Steve Biko. D'autres personnalités comme Khan Abdul Ghaffar Khan[191] au Pakistan et Aung San Suu Kyi en Birmanie[192] ont été déclarés héritiers des méthodes de Gandhi.

Plusieurs personnes et organisations ont dédié leur vie à répandre ses idées. Madeleine Slade, fille d'un amiral britannique, décida de tout quitter pour vivre en Inde avec Gandhi. Romain Rolland fut le premier à faire connaître la vie de Gandhi avec son livre Mahatma Gandhi. Lanza del Vasto alla en Inde en 1936 dans le but de vivre avec Gandhi. À son retour en Europe, il décida de propager la philosophie de Gandhi. En 1948, celui que Gandhi avait appelé Shantidas (Serviteur de la Paix) a fondé, dans une optique résolument chrétienne, les Communautés de l'Arche sur le modèle des ashrams gandhiens. Jean-Baptiste Libouban, membre des Communautés de l'Arche, est un des initiateurs du mouvement des Faucheurs volontaires, lequel inscrit ses luttes contre les OGM en plein champs dans une perspective non-violente. José Bové fut également un des disciples de Lanza del Vasto. La création en 1966 du Centre pour la Communication Non-Violente (dont le siège est à Alberqueque, Etas Unis - www.cnvc.org) par le psychologue Marshall Rosenberg s'est faite en référence à Gandhi et au Pasteur Martin Luther-King.

En Inde, un disciple de Gandhi, Vinoba Bhave, entreprit d'approfondir et d'étendre le processus d'émancipation non violente du peuple indien : il se consacra, non sans un certain succès dans certaines régions, à résoudre la question agraire, puis s'employa à promouvoir l'autonomie des villages. En Inde aujourd'hui, Narayan Desai, fils de Mahadev Desai, secrétaire personnel de Gandhi, est peut-être la personnalité dont l'œuvre et la pratique sont les plus proches de celles de Gandhi.

Le magazine pour l'égalité raciale américain The Crisis compara même Gandhi à Jésus en 1922[193]. En Europe aussi des voix se sont élevées pour revendiquer ce double héritage, notamment celle du Dr Albert Schweitzer :

« Quand on me demande quels penseurs modernes ont influencé ma vie et ma philosophie, je réponds invariablement, ces deux noms : le grand auteur Allemand Goethe et l'humble saint hindou Mohandas Gandhi. (...) De même, Gandhi, qui était l'hindou le plus chrétien du siècle, a reconnu qu'il avait eu l'idée d'Ahimsa et de non-violence des commandements de Jésus (...) Chez eux deux, l'éthique de perfection intérieure est gouverné par le principe de l'amour[194]. »

Gandhi a eu de très nombreux admirateurs, outre ceux qui ont prôné la non-violence, on peut citer la photographe Margaret Bourke-White, le général George Marshall. Le musicien britannique, John Lennon, se référait aussi à Gandhi quand il parlait de la non-violence[195]. En 2007, l'ancien vice-président américain et écologiste Al Gore, révéla l'influence que Gandhi avait eu sur lui[196]. Le physicien Albert Einstein disait à propos de Gandhi : « Les générations à venir auront peine à croire qu'un tel homme ait existé en chair et en os sur cette terre »[197].

Critiques[modifier | modifier le code]

Opinions des Dalits[modifier | modifier le code]

Gandhi dans les années 1940.

Certains dalits (ou « intouchables ») et notamment Bhimrao Ramji Ambedkar, ont critiqué la position de Gandhi comme étant « paternaliste », notamment en les appelant harijan, enfants de Dieu. Ambedkar reprochait à Gandhi de ne pas s'attaquer à la racine du problème, qui était selon lui le système des castes dans son ensemble. Si Gandhi adopta une position ambiguë sur cette question complexe[réf. nécessaire], il entreprit à plusieurs reprises des jeûnes pour la défense des intouchables, et tint également sur cette question des positions claires : ainsi, dans une lettre adressée à Charlie Andrews (datée du 29 décembre 1921), il déclara notamment : « Je ne pourrais plus me considérer comme Hindou si l'intouchabilité restait incluse dans l'hindouisme ». Gandhi demeure néanmoins un « héros » pour la grande majorité des dalits[198].

Désobéissance civile et partition des Indes[modifier | modifier le code]

Winston Churchill, qui se réjouira de la partition des Indes (entraînant des millions de morts) en déclarant « finalement nous avons eu le dernier mot »[réf. nécessaire], Churchill qui participa en tant que soldat (en même temps que Gandhi, mais ce dernier en tant que brancardier occupé au soin des Sud-africains noirs laissés pour compte) à la bataille de Spion Kop, avait déclaré en 1931 qu'il considérait « alarmant de voir monsieur Gandhi, un avocat séditieux, qui se fait passer pour un fakir d'un genre bien connu en Orient, grimpant à mi-nu les marches du palais du vice-roi alors qu'il est encore en train d'organiser et conduire une campagne de désobéissance civile, parler d'égal à égal avec le représentant de l'empereur-roi »[199].

Plusieurs membres du mouvement pacifiste international lui reprochent d'avoir feint d'ignorer selon eux que son mouvement de non-violence devait nécessairement déboucher sur des actions violentes et du terrorisme, comme par exemple au cours de l'épisode où la foule de Chauri Chaura tua plusieurs policiers britanniques et mit le feu au commissariat de police.[réf. nécessaire]

Le livre de Katherine Mayo, Mother India, publié en 1927, déclencha une controverse qui servit de catalyseur à un changement de mentalité en Inde.

Article détaillé : Mother India (livre).

Katherine Mayo s'y exprimait comme suit sur l'action de Gandhi : « La doctrine mystique de la guerre spirituelle, de la guerre par la 'force d'âme', qui use d'un langage de haine tout en affichant des théories d'amour, s'était, en toute logique et avec persistance, matérialisée sous forme de boucheries d'êtres humains[200]. »

Dans un livre de 1987, l'écrivain indien Nirad C. Chaudhuri, que Gandhi, à une certaine époque, séduisit par ses belles apparences (« Il n'y avait pas trace, sur son visage, de la répugnante arrogance qui défigure les traits de tout saint homme hindou »), discerne chez lui un « goût insatiable du pouvoir » et une « simplicité de caractère qui le rendait plus tortueux que le pire des escrocs ». Pour Chaudhuri, le culte que les Britanniques vouent à Gandhi est « une imbécillité sans nom et une preuve certaine de la dégénérescence du caractère britannique ». Selon une recension de Geoff Wisner, Chaudhuri estime qu'en faisant appel au nationalisme primitif des masses, Gandhi a nié tout ce que l'Empire britannique a fait pour unifier et civiliser l'Inde et qu'il a ainsi préparé la voie aux émeutes sanglantes et à la partition de l'Inde qui suivirent l'indépendance[201].

L'auteur controversé Koenraad Elst résume dans un livre[202] certaines critiques selon lui formulées encore aujourd'hui contre Gandhi par une partie de l'opinion indienne.

  • Gandhi n'utilisait l'agitation non violente que contre des gens avec qui il partageait certains principes moraux, c'est-à-dire les hindous et les britanniques libéraux. Envers les musulmans, il ne procédait pas par action non violente mais par concessions et démissions, sans jamais négocier une contrepartie équitable. Il trompait ainsi les attentes de ses électeurs[réf. nécessaire] hindous et ne parvenait d'ailleurs qu'à rendre les musulmans plus arrogants. Incapable de tirer la leçon des effets en retour et de la réalité politique, il persévéra dans ces concessions alors qu'elles ne causaient visiblement pas un rapprochement entre hindous et musulmans.
  • Des facteurs, internes et externes, autres que l'action non-violente de Gandhi ont contribué à la libération de l'Inde, tel que les pressions anticoloniales exercées par les États-Unis et l'Union soviétique sur la Grande-Bretagne[203].

Concernant la lettre de Gandhi à Hitler, dans laquelle il le conjure de ne pas déclencher la guerre et d’atteindre ses objectifs par la non-violence, Koenraad Elst considère que le gandhisme ne signifie pas forcément efficacité. Selon lui, les méthodes de Gandhi réussirent à mener à l'indépendance, mais pas à empêcher de diviser l’Empire britannique des Indes avec la création du Pakistan ; la philosophie de Gandhi justifiait cette lettre, et donc soit les deux sont une alternative éthique aux politiques conventionnelles, soit les deux sont inefficaces et ridicules[204].

Pourtant, concernant la non-violence conçue comme arme politique face à des tyrannies basées uniquement sur la force et la violence faisant Droit, Gandhi n'en était pas moins réaliste : devant l'imminence de l'invasion japonaise, il s'effaça de lui-même devant les partisans de la résistance armée, limitant son action à une éventuelle désobéissance dirigée, non contre les envahisseurs, mais contre les maîtres de l'Inde[205].

L'argument qui vise à critiquer Gandhi (qui n'était qu'un membre du Congrès parmi d'autres) avec la partition des Indes (un immense échec pour Gandhi), est tempéré par le prêtre jésuite et spécialiste de l'Inde, Guy Deleury, qui reconnaît que la partition est essentiellement le fruit conjugué de la précipitation (inconséquente et partisane) du britannique Lord Mountbatten (qui décida de la partition et était de toute façon le seul à avoir le pouvoir ou la légitimité politique de l'Empire britannique pour prendre la décision finale sur cette question) et de l'opportunisme politique de la Ligue Musulmane d'Ali Jinnah (parti minoritaire trahissant la confiance que Gandhi leur avait accordé).

Mais avec ou sans Gandhi, la partition aurait eu lieu, puisque Lord Mountbatten ne prit finalement en considération que la volonté de la Ligue Musulmane (création d'un État islamique, Pakistan, et d'un État hindou, Hindustan, État hindou qui ne verra jamais le jour : l'Union indienne est « laïque » mais sans code civil uniforme)[206] ; la Ligue Musulmane (faction minoritaire non représentative des musulmans des Indes qui souhaitaient une Union indienne[198]) avait en effet pour idéologie la conception d'un État islamique[198]. Lord Mountbatten se rangea à la volonté de partition du groupuscule qu'était la Ligue Musulmane pour des raisons qui demeurent encore aujourd'hui inconnues, soit pour « se venger » de la perte de cette colonie britannique qu'était l'Inde, pour mettre à mal le désir du nouvel État laïc tant désiré par les Indiens et le Congrès et leur infliger ainsi un échec idéologique, soit par manque total de discernement politique et d'absence de considération sur les possibilités de guerres civiles et d’embrasements communautaires qu'entraîneraient la création d'un État islamique réservé aux Musulmans et d'un État hindou réservé aux Hindous, alors que les communautés religieuses sont éparpillées sur tout le sous-continent[206].

Écrits[modifier | modifier le code]

Gandhi écrivant à Birla House, Bombay, août 1942.

Gandhi a été un auteur prolifique. Pendant des décennies, il a été le rédacteur principal de plusieurs journaux, des hebdomadaires ou mensuels, dont Harijan en gujarati, en hindi et en anglais ; Indian Opinion, un hebdomadaire en anglais, lorsqu'il était en Afrique du Sud, et Young India, un hebdomadaire en anglais, et Navajivan, un mensuel en gujarati, après son retour en Inde. Navajivan fut aussi publié plus tard en hindi[207]. Il écrivait aussi quotidiennement de nombreuses lettres à des personnalités et des journaux pour défendre sa cause.

Gandhi a aussi écrit plusieurs livres, dont son autobiographie, Une autobiographie ou mes expériences avec la vérité, Satyagraha en Afrique du Sud[208] à propos de la campagne pour les droits des Indiens dans ce pays, Hind Swaraj or Indian Home Rule[209], un pamphlet politique, et une paraphrase en gujarati du livre de John Ruskin Unto This Last[210]. Ce dernier essai peut être considéré comme son programme économique. Il a aussi écrit de nombreux articles sur le végétarisme, les régimes alimentaires et la santé, la religion, les réformes sociales, etc. Gandhi écrivait habituellement en gujarati, mais il révisait lui-même la traduction de ses livres en hindi et en anglais. Seule une petite partie de ses écrits ont été traduits en français[211].

Les œuvres complètes de Gandhi ont été publiées par le gouvernement indien sous le nom The Collected Works of Mahatma Gandhi[212] dans les années 1960. Ses écrits font environ 50 000 pages publiées dans un total de 100 volumes. En 2000, une édition remaniée de ses œuvres complètes a déclenché une vive controverse, les partisans de Gandhi accusant le gouvernement de modifications pour des raisons politiques[213].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Journaux de Gandhi

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Autobiographie ou mes expériences de vérité (1929), Presses universitaires de France, 2003. (ISBN 2-130536387), disponible sur wikisource en anglais. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • The Collected Works of Mahatma Gandhi. New Delhi: Publications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Govt. of India, 1994. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le Guide de la santé, trad. et préface Henri Delmas, Éditions Figuière, sans date (1932 ?).
  • Hind Swaraj or Indian Home Rule, Navijan Publishing House, Ahmedabad, 1909, Ouvrage en ligne en anglais. Document utilisé pour la rédaction de l’article trad. franç. : Leur civilisation et notre délivrance, intr. Lanza del Vasto, Paris, Denoël, 1957
  • La Jeune Inde (1919-1922), traduit de l'anglais par Hélène Hart. Introduction de Romain Rolland. Stock, 1924, rééd. 1948.
  • Lettres à l'ashram, Albin Michel, 1948. (ISBN 2-226037039)
  • Méditations, Éditions du Rocher, 2002. (ISBN 2-268043274)
  • Résistance non violente, Buchet Chastel, 1994. (ISBN 2-702014763)
  • Satyagraha in South Africa, 1928. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Tous les hommes sont frères, Gallimard, 1990. (ISBN 2-070325709)
  • Gandhi. La voie de la non-violence, Gallimard, 2006. Extraits de Tous les hommes sont frères. (ISBN 2-07-0305535-X[à vérifier : ISBN invalide])
  • Vie de M. K Gandhi, écrite par lui-même, édition préparée par Charlie Andrews, trad. de Georgette Camille. Préf. de R. Rolland, Rieder, 1931, rééd. 1934.
  • M. K. Gandhi à l'œuvre. Suite de sa vie écrite par lui-même, édition préparée par Charlie Andrews, trad. A. Bernard, Rieder, 1934.
  • Zionism and Antisemitism. The Gandhi Reader: A Sourcebook of His Life and Writings. Homer Jack (ed.) Grove Press, New York: 1956.

Gandhi dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Gandhi, monument à Québec.

Films[modifier | modifier le code]

  • La vie de Gandhi a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par le réalisateur britannique Richard Attenborough en 1982, récompensée par huit Oscars et trois Golden Globe Awards.
  • Dans Lage Raho Munna Bhai, comédie indienne de 2006 son fantôme aide un jeune Indien qui adopte sa philosophie dans la vie moderne.
  • Gandhi apparaît également dans le film Water, drame de 2005 de la réalisatrice canadienne (d'origine indienne) Deepa Mehta, nommé aux Oscars du cinéma 2007, dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ». L'action de ce film se déroule en 1938 et traite du statut des femmes devenues veuves, parfois très jeunes, que la tradition de l'époque n'autorise pas à se remarier, sinon avec le jeune frère du défunt, et qui ne peuvent que vivre le restant de leurs jours recluses et désœuvrées à prier dans des monastères et ne servent qu'à assouvir les désirs sexuels des hindous nantis vivant dans les alentours. Gandhi et le Parti du Congrès souhaitaient, à la même époque, réformer ces pratiques d'un autre âge et permettre aux veuves de se remarier et son personnage apparait donc à la fin de ce film pour un discours sur un quai de gare.
  • La relation conflictuelle que son fils aîné Harilal eut avec lui est dépeinte dans le film Gandhi, mon père, sorti en 2007.
  • La « philosophie » satyagraha de Gandhi est souvent citée vers la fin du film The Great Debaters, réalisé par Denzel Washington.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Le Grand Roman indien de Shashi Tharoor, une œuvre qui mêle le Mahâbhârata et l'histoire de l'Inde depuis le début du siècle, ainsi qu'une description loufoque et critique de Gandhi sous le nom de Ganga Datta.
  • Une référence à Gandhi est faite dans le roman dystopique 1984 de George Orwell (1948). Il mentionne dans Le Livre de Goldstein que « retourner au passé agricole comme le rêvaient certains penseurs du début du XXe siècle n'était pas une solution possible ». Selon le Livre, le progrès et la richesse partagés par tous signifiait la fin d'une société hiérarchique.
  • Gandhi est l'un des principaux personnages du livre Cette nuit la liberté, de Dominique Lapierre et Larry Collins.
  • Dans le conte Le Jour du Jugement Dernier, dans le recueil Les Mémoires de Satan et autres contes loufoques, de Pierre Cormon, Dieu essaie de juger Gandhi lors du jugement dernier mais s'aperçoit que le personnage est plus complexe qu'il n'y paraît.

Musique[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Dans la série des Civilization Gandhi est le dirigeant de la civilisation indienne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Homonymes : Indira et Rajiv Gandhi[modifier | modifier le code]

Le nom de Gandhi, que l'on retrouve à la tête de l'Inde dans les décennies suivantes, est dû au hasard : le premier Premier ministre après l'indépendance, Nehru, avait une fille, Indira, qui épousa Feroze Gandhi (1912-1960), un journaliste et homme politique de religion parsi, sans lien de parenté avec le Mahatma. Elle succéda à son père au même poste. Plus tard, le fils d'Indira, Rajiv, lui succéda puis, à la suite de son assassinat, fut remplacé à la tête du parti du Congrès par son épouse Sonia.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Plusieurs biographes ont entrepris la tâche de décrire la vie de Gandhi. Parmi eux, deux œuvres les plus complètes : D. G. Tendulkar avec son Mahatma. Life of Mohandas Karamchand Gandhi en 8 volumes, et Pyarelal et Sushila Nayar avec leur Mahatma Gandhi en 10 volumes.

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Biographies en français[modifier | modifier le code]

  • Bovy, Marie-Pierre (sous la dir. de). Gandhi : L'héritage, Siloë, 2001. (ISBN 2-84231-171-X)
  • Fisher, Louis. La Vie du Mahatma Gandhi, Belfond, 1983.
  • Frèches, José. Gandhi. Je suis un soldat de la paix, XO Éditions, 2007. (ISBN 978-2-84563-342-1)
  • Jordis, Christine. Gandhi, Gallimard, Folio Biographies, 2006, 372 pages. (ISBN 2-07-030673-9)
  • Lassier, Suzanne. Gandhi et la non-violence, Seuil, 1975.
  • Markovits, Claude, Gandhi, Paris, Presses de Science-Po,‎ 2000, 279 p.
  • Muller, Jean-Marie. Gandhi l'insurgé, Albin Michel, 1997. (ISBN 2-226-09408-3)
  • Payne, Robert. Gandhi : biographie politique, Seuil, 1972.
  • Rolland, Romain. Gandhi, 1924.
  • Jacques Attali. Gandhi ou l'éveil des humiliés - Éditions Fayard, 2007. (ISBN 2213631980)
  • Tagore, Soumyendranath, Gandhi, Clichy (Seine), Gallimard,‎ 1934, 252 p.

Biographies en anglais[modifier | modifier le code]

  • Bhana, Surendra and Goolam Vahed. The Making of a Political Reformer: Gandhi in South Africa, 1893–1914. New Delhi: Manohar, 2005.
  • (en) Joan V. Bondurant, Conquest of Violence : The Gandhian Philosophy of Conflict, Princeton UP,‎ 1988 (ISBN 0-691-02281-X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Chadha, Yogesh. Gandhi: A Life. (ISBN 0-471-35062-1)
  • Chernus, Ira. American Nonviolence: The History of an Idea, chapter 7. (ISBN 1-57075-547-7)
  • Dutta, Krishna and Andrew Robinson, Rabindranath Tagore: An Anthology, Londres, Picador/Macmillan,‎ 1997 (ISBN 0-330-34962-7)
  • Easwaran, Eknath. Gandhi The Man. (ISBN 0-915132-96-6)
  • Rajmohan Gandhi, Patel: A Life, Navajivan Publishing House,‎ 1990 (ISBN 81-7229-138-8) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hunt, James D. Gandhi in London, New Delhi, Promilla & Co., 1978.
  • Lelyveld, Joseph, Great Soul: Mahatma Gandhi and His Struggle with India, 2011
  • Mann, Bernhard. "The Pedagogical and Political Concepts of Mahatma Gandhi and Paulo Freire". In: Claußen, B. (Ed.) International Studies in Political Socialization and Education, Bd. 8, Hambourg, 1996. (ISBN 3-926952-97-0)
  • Rühe, Peter. Gandhi : A Photo biography., 2002. (ISBN 0-7148-9279-3)
  • Sharp, Gene. Gandhi as a Political Strategist, with Essays on Ethics and Politics, Boston, Extending Horizon Books, 1979.
  • Sofri, Gianni. Gandhi and India: A Century in Focus, 1995. (ISBN 1-900624-12-5)

Études sur Gandhi[modifier | modifier le code]

  • Catherine Clément, Gandhi, athlète de la liberté, Découvertes Gallimard, Gallimard, 1989. (ISBN 2-07-053071-X)
  • Alexandre Kaplan, Gandhi et Tolstoï (Les sources d'une filiation spirituelle), Imprimerie L. Stoquert, 1949.
  • Milan T. Markovitch, Tolstoï et Gandhi, Librairie ancienne H. Champion, 1928.
  • Mashrouwala Krishôrlâl, Gandhi et Marx, introduction de Vinobâ, préface de Lanza del Vasto, coll. Pensée gandhienne, Denoël, 1957.
  • Jean-Marie Muller, « Gandhi était-il anarchiste ? », Alternative non violente, no 117, hiver 2000/2001, p. 48–53. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marc Semenoff, Tolstoï et Gandhi, coll. Pensée gandhienne, Denoël, 1958.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ''Autobiographie, ou mes expériences de vérité ; M. K. Gandhi.
  2. "Autobiographie ou expériences de vérité", Mohandas Karamchand Gandhi, note de bas de page de Pierre Meile, p.436, ISBN 2-13-037201-5
  3. (en) « General Assembly adopts texts on day of non-violence,... », un.org, ONU,‎ 15 juin 2007 (lire en ligne)
  4. « Les Gandhi étaient des Hindous Vishnouïtes. Mes parents, notamment, étaient enracinés dans leur foi. Ils se rendaient régulièrement au Haveli – le temple (vishnouïte). Ma famille avait même ses temples particuliers. » Autobiographie ou expériences de vérité, Mohandas Karamchand Gandhi, ISBN 81-7234-016-8
  5. « A Râjkot (...), j’acquis certaines notions fondamentales de tolérance envers toutes les branches de l’hindouisme et des religions sœurs. Car mon père et ma mère faisaient une habitude de fréquenter le Havéli comme les temples de Shiva et de Râma, et de nous y emmener ou nous envoyer, tout jeunes encore. Des moines jaïns rendaient aussi souvent visite à mon père, et s’écartaient même de leur chemin pour accepter de manger à notre table – bien que nous fussions non-jaïns. Ils s’entretenaient avec mon père tant de religions que de sujets séculiers. Mon père avait, d’ailleurs, des amis musulmans et parsis qui lui parlaient de leur religion. Il les écoutait toujours respectueusement, souvent avec intérêt. Les soins que je lui donnais me permettaient d’assister fréquemment à ces entretiens. Ces divers éléments concourent à m’inculquer une large tolérance religieuse. » Autobiographie ou expériences de vérité, Mohandas Karamchand Gandhi, ISBN 81-7234-016-8
  6. Frédéric Lenoir, « Gandhi », émission Les racines du ciel avec Christine Jordis, France Culture, 6 janvier 2013
  7. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitres II & V.
  8. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre V.
  9. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre IX.
  10. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre V à X.
  11. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre V à XI.
  12. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, 7e édition Quadrige, p.54
  13. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre XII.
  14. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Première partie, Chapitre XVII.
  15. (en) Judith Margaret Brown, Gandhi : Prisoner of Hope, Yale University Press,‎ 1991, p. 27
  16. M. K. Gandhi, An autobiography or the story of my experiments with truth, ouvrage publié par livraisons de 1925 à 1929; édition Internet des Collected Works, vol. 44, p. 163-164.
  17. a et b Rajmohan Gandhi, Gandhi, sa véritable histoire par son petit-fils, traduction française, Buchet/Chastel, 2008, p. 87.
  18. « The man who knew he was Mahatma », article du journal indien The Pioneer, 29 janvier 2006, consultable sur le site Hindu Vivek Kendra.
  19. « fresh from England, and hot-blooded ». Paul Duchesne, traduction française de B.R. Nanda, Ghandi, Marabout Université, 1968, p. 21, rend « hot-blooded » par « tête chaude ». Françoise Jaouën, traduction française de Rajmohan Gandhi, Gandhi, Buchet-Chastel, 2008, p. 89, le rend par « le sang chaud ».
  20. Rajmohan Gandhi, Gandhi, sa véritable histoire par son petit-fils, traduction française, Buchet/Chastel, 2008, p. 89 et 90.
  21. a et b M. K. Gandhi, An autobiography or the story of my experiments with truth, ouvrage publié par livraisons de 1925 à 1929; édition Internet des Collected Works, vol. 44, p. 165, en ligne.
  22. a, b et c Markovits 2000, p. 126
  23. Markovits 2000, p. 125-126
  24. « An Unwelcome Visitor », The Natal Mercury, 26 mai 1893, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 1, p. 56, note 2, en ligne.
  25. Gandhi, Lettre du 26 mai 1893 au Natal Adviser, publiée par le Natal Adviser le 29 mai 1893, reproduite dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 1, p. 56-57, en ligne.
  26. Mohandas K. Gandhi, An Autobiography or The Story of My Experiments With Truth, 1927 et 1929, réimpr. Boston, Beacon Press, 1957, p. 106. Édition Internet des uvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 170-171, en ligne.
  27. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi: The South African Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 106.
  28. G.B. Singh et Tim Watson, Gandhi under Cross-examination, Sovereign Star, 2009, p. 124-125
  29. John S. Hoyland, They saw Gandhi, New York, 1947, 2e éd. 1953, p. 15, a publié un témoignage de l'employé du chemin de fer qui intima à Gandhi l'ordre d'aller dans le fourgon. G.B. Singh et Tim Watson, Gandhi under Cross-examination, Sovereign Star, 2009, p. 131-133, reproduisent ce témoignage. Ils observent que le Révérend Hoyland n'indique pas le nom de l'employé ni la date de son attestation et en concluent que ce document, qui n'est apparu que plus de cinquante ans après les faits, est suspect.
  30. Édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 173-178, en ligne.
  31. G.B. Singh et Tim Watson, Gandhi under Cross-examination, Sovereign Star, 2009, p. 114.
  32. Rajmohan Gandhi, Gandhi, tr. fr., Buchet/Chastel, 2008, p. 110.
  33. a, b et c Documents audiovisuels et biographie de l'INA sur Gandhi
  34. Partie II, chapitre XVI, intitulé « Man proposes, God disposes », édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 193-194, en ligne.
  35. Maureen Swan, Gandhi, The South African Experience, Ravan Press, Johannesburg, 1985, p. 48. Même opinion chez Jad Adams, Gandhi, Naked Ambition, Quercus, Londres, 2010, p. 50-51.
  36. Rajmohan Gandhi, Gandhi, Sa véritable histoire par son petit-fils, tr. fr., 2008, Buchet/Chastel, p. 114.
  37. Ashwin Desai et Goolam Vahed, Inside Indian Indenture, A South African Story 1860-1914, HSRC Press, 2010, p. 357.
  38. Maureen Swan, Gandhi, The South African Experience, Ravan Press, Johannesburg, 1985, notamment p. 142-143.
  39. (en) Bidyut Chakrabarty, Confluence of Thought : Mohandas Karamchand Gandhi and Martin Luther King, Jr., Oxford University Press,‎ 2013, p. 126-127
  40. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 296.
  41. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 169. Interview de Gandhi dans le Natal Advertiser du 14 janvier 1897, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 2, p. 3, en ligne.
  42. M. Gandhi, The Grievances of the British Indians in South Africa : an Appeal to the Indian Public, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 1, p. 360, en ligne.
  43. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 172.
  44. Gandhi, Memorial to Secretary of State for the Colonies (15 mars 1897), reproduit dans l'édition Inernet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 2, p. 25-26, en ligne. Voir aussi Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 177.
  45. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 176-177.
  46. Rajmohan Gandhi, Gandhi, traduction française, Buchet/Chastel, 2008, p. 123.
  47. Rajmohan Gandhi, Gandhi, traduction française, Buchet/Chastel, 2008, p. 124.
  48. Maureen Swan, Gandhi, The South African Experience, Johannesburg, 1985, p. 65-66.
  49. Gandhi, Memorial to Secretary of State for the Colonies (15 mars 1897), reproduit dans l'édition Inernet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 2, p. 33, en ligne.
  50. Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 181 et 183.
  51. Pour la présence de Noirs parmi les émeutiers et les réflexions de la presse à ce sujet, voir Gandhi, Memorial to Secretary of State for the Colonies (15 mars 1897), reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 2, p. 65-67, en ligne
  52. (en) Wikisource:March 1897 Memorial (Gandhi) : correspondance et articles de journaux relatent l'incident
  53. Maureen Swan, Gandhi, The South African Experience, Johannesburg, 1985, p. 66; Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi : The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, tirage de 2008, p. 181 et 183.
  54. Lettre de Gandhi au procureur général du Natal Harry Escombe, en date du 20 janvier 1897, reproduite dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 2, p. 9-10, en ligne.
  55. Bataille à laquelle Winston Churchill participe par ailleurs comme soldat mais aussi correspondant de guerre, de même que Louis Botha, futur Premier ministre sud-africain, ici en tant que général boer
  56. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, 4e partie, chapitre XVIII-XX.
  57. Article « A New Year's Gift », dans Indian Opinion, 14 janvier 1904; reproduit dans l'édition Internet des Collected Woks of Mahatma Gandhi, vol. 3, p. 396-398. Maureen Swan, Gandhi : The South African Experience, Johannesburg, 1983, p. 117, a attiré l'attention sur ce texte de 1904, qui montre que, contrairement à une idée répandue, l'idée du satyagraha ne germa pas dans l'esprit de Gandhi à l'occasion de la guerre contre les Zoulous ( février - juillet 1906).
  58. (en) Arun Kumar Jain, Faith And Philosophy Of Jainism,‎ 2009 (ISBN 8178357232, lire en ligne), p. 149
  59. (en) Correspondance entre Gandhi et Tolstoï dans Wikisource
  60. James Stuart, A History of the Zulu Rebellion 1906 And of Dinuzulu's Arrest, Trial and Expatriation, Londres, 1913, p. 98-100, consultable sur le site Internet Archive.
  61. James Stuart, A History of the Zulu Rebellion 1906 And of Dinuzulu's Arrest, Trial and Expatriation, Londres, 1913, p. 120-125, consultable sur le site Internet Archive.
  62. James Stuart, A History of the Zulu Rebellion 1906 And of Dinuzulu's Arrest, Trial and Expatriation, Londres, 1913, p. 130, consultable sur le site Internet Archive.
  63. Rajmohan Gandhi, Gandhi, tr. fr., Buchet/Chastel, 1908, p. 160-161 et p. 890, note 12, qui renvoie à E.S. Reddi, Gandhiji : Vision of a Free South Africa, New Delhi, Sanchar, 1995, p. 21, lequel renvoie à André Odendaal, Vukani Bantu, 1984, p. 70.
  64. Gandhi, « An Indian Volunteer Corps », Indian Opinion, 18 novembre 1905, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 11, en ligne.
  65. Gandhi, « A Plea for Indian Volunteering », Indian Opinion, 17 mars 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 124-125, en ligne.
  66. Gandhi, « Indian Volunteering », Indian Opinion, 31 mars 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 146, en ligne.
  67. Gandhi, « The Natal Rebellion », Indian Opinion, 14 avril 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 178-180, en ligne.
  68. Gandhi, « The Natal Rebellion », Indian Opinion, 14 avril 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 178-180, en ligne.
  69. Gandhi, « Our Duty », Indian Opinion, 5 mai 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 202, en ligne.
  70. Gandhi, « Indian Volunteering », Indian Opinion, 12 mai 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 210-212, en ligne.
  71. Gandhi, « Letter to Colonial Secretary » et « Indians and the Native Unrest », Indian Opinion, 9 juin 1906,reproduits dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 253 et 258, en ligne.
  72. Gandhi, « The Natal Rebellion », Indian Opinion, 2 juin 1906, et « Soldiers' Fund », reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 251 et 258-259, en ligne.
  73. Gandhi, « Indian Volunteers », Indian Opinion, 23 juin 1906, et « Should Indians volunteer or not ? », Indian Opinion, 30 juin 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 268-269 et 273-274, en ligne.
  74. Gandhi, « Indian Stretcher-bearer corps », Indian Opinion, 28 juillet 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 277, en ligne.
  75. Gandhi, « Indian Stretcher-bearer corps », Indian Opinion, 21 juillet 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 275, en ligne.
  76. Gandhi, « Indian Stretcher-bearer corps », Indian Opinion, 28 juillet 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 277-281, en ligne.
  77. James Stuart, A History of the Zulu Rebellion 1906 And of Dinuzulu's Arrest, Trial and Expatriation, Londres, 1913, p. 394, consultable sur archive.org, réédité en 2013 par les Presses universitaires de Cambridge.
  78. Gandhi, « Letter to Principal Medical Officer », Indian Opinion, 11 août 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 285, en ligne.
  79. Gandhi, « Letter to Principal Medical Officer », Indian Opinion, 11 août 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 285-286, en ligne.
  80. G.B. Singh, Gandhi, Behind the Mask of Divinity, Prometheus Books, 2004, p. 108 et p. 115, note 6, qui renvoie à Pyarelal, Mahatma Gandhi, vol. 3, Ahmedabad, 1986, p. 592, ref. 50. Voir aussi Nagindas Sanghavi, The Agony of Arrival, Gandhi: The South Africa Years, Rupa Publications, 2006, réimpr. 2008, p. 270.
  81. Gandhi, « Egypt and Natal — a comparison », Indian Opinion, 4 août 1906, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 290, en ligne.
  82. Gandhi, An Autobiography...., 1927, Partie IV, chap. XXIV, éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 323-324, en ligne.
  83. G.B. Singh, Gandhi, Behind the Mask of Divinity, Prometheus Books, 2004, p. 124-131; G.B. Singh et Tim Watson, Gandhi under Cross-examination, Sovereign Star, 2009, p. 167-204; Kathryn Tidrick, Gandhi, A Political and Spiritual Life, I.B. Tauris, Londres et New York, 2006, p. 72-73.
  84. Gandhi, An Autobiography...., 1927, Partie IV, chap. XXIV, éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 324, en ligne.
  85. Gandhi, An Autobiography...., 1927, Partie IV, chap. XXIV, éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 324, en ligne.
  86. Gandhi, An Autobiography...., 1927, Partie IV, chap. XXV, éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 326, en ligne.
  87. Gandhi, « Our Duty », Indian Opinion, 5 mai 1906, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 5, p. 202, en ligne.
  88. Gandhi, An Autobiography...., 1927, Partie IV, chap. XXIV, éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 324-325, en ligne.
  89. Rajmohan Gandhi, Gandhi, tr. f. 2008, p. 158.
  90. Gandhi, Autobiographie, partie IV, ch. XXX, édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 44, p. 336, en ligne. Voir aussi Rajmohan Gandhi, Gandhi, tr. f. 2008, p. 166.
  91. Thomas Weber, Gandhi as Disciple and Mentor, Cambridge University Press, 2004, p. 74.
  92. Correspondance vendue aux enchères par les descendants de Kallenbach.
  93. {{subst:Lien/Conversion automatique|lang=en|trad=Andrew Roberts (historian)|fr=Andrew Roberts}}, Among the Hagiographers - Early on Gandhi was dubbed a 'mortal demi-god'—and he has been regarded that way ever since, 26 mars 2011
  94. Graham Smith, « Indian government spends £700,000 to buy letters which 'prove national hero Gandhi was gay' », Mail Online, 13 juillet 2012, en ligne.
  95. (en) « US author slams Gandhi gay claim », The Australian,‎ 29 mars 2011 (lire en ligne)
  96. (en) « Moily Rules Out Ban on Lelyveld's Gandhi Book », sur outlookindia.com,‎ 4 avril 2011
  97. (en) Claude Markovits, A History of Modern India, 1480-1950, Anthem Press,‎ 2002 (lire en ligne), p. 367-368
  98. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, Cinquième partie, Chapitre XI.
  99. (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, deuxième partie, chapitre XXV.
  100. Michael O' Dwyer, India as I Knew It, Londres, 1925, p. 273-274. Rééd. Mittal Publications, 1988. Cité par G.B. Singh, Gandhi : Behind the Mask of Diviniy, Promeheus Books, 2004, p. 281-282.
  101. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 82
  102. A King's Story : The Memoirs of the Duke of Windsor, New York 1947, p. 171-172.
  103. Selon Harry Hubert Field (H. H. Field, After Mother India, Londres, 1929, p. 39, consultable sur le site archive.org), Gandhi reconnut que ces violences furent commises par des gens que ses paroles avaient échauffés. Field renvoie au livre Gandhi's Letters on Indian Affairs, V. Narayanan and Company, Madras, 1923, p. 104-105.
  104. C. Sakaran Nair, Gandhi and Anarchy, Madras, 1922, p. 240-241, consultable sur le site achive.org; Getrude Emerson, « 'Non-violent Non-cooperation' in India », Asia, 1922, réimprimé dans The Americanization of Gandhi : Images of the Mahatma, New York, 1976, p. 197.
  105. Harry Hubert Field, After Mother India, Londres, 1929, p. 39-46 et 263-265, consultable sur le site archive.org. Selon un récit de Lord Norhcliffe (Daily Mail, Londres, 25 janvier 1922; The Overseas Daily Mail, 28 janvier 1922; cité dans le livre de Field, p. 263-265), les agresseurs de Doherty étaient apparemment tous musulmans.
  106. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 89
  107. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 105
  108. Young India, 23 mars 1922, reproduit dans l'édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 26, p. 380, en ligne. Après les mots « je referais la même chose », une note de cette édition dit : « Ces phrases ne figurent pas dans la transcription officielle »
  109. Magisrat et homme politique indien qui réclamait pour l'Inde le statut de dominion.
  110. C. Sankaran Nair, Gandhi and Anarchy, 2e éd., Madras, 1922, en ligne sur le site archive.org.
  111. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp.131
  112. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 172
  113. a et b (en) Mahatma Gandhi : Film : MAHATMA - Life of Gandhi, The Gandhi National Memorial Fund, GandhiServe Foundation (1928-1931, Part 05 of 14)
  114. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 230-32
  115. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 246
  116. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 277-81
  117. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 283-86
  118. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 309
  119. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 318
  120. Lettre du vice-roi Linlithgow à Amery, résumant un entretien du 17 juillet 1942 entre une envoyée de Gandhi et le secrétaire du vice-roi, dans The Transfer of Power, Londres, Her Majesty's Stationary Office, 1971, vol. II, p. 407-408. Voir Édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 83, p. 128, note 1, en ligne.
  121. Richard L. Johnson, Gandhi's Experiments with Truth: Essential Writings by and about Mahatma Gandhi, Lexington Books, 2006, p. 42. Partiellement consultable sur Google Lives; Rajmohan Gandhi, Gandhi, r. fr., Buchet/Chastel, 2008, p. 640-641.
  122. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 462
  123. Édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 98, p. 220-222, en ligne. Cité par Rajmohan Gandhi, The Good Boatman, Penguin Books India, 1997, partiellement consultable sur Google Livres, p. 423, et par Rajmohan Gandhi, Gandhi, tr. fr., Buchet/Chastel, 2008, p. 853.
  124. a et b (en) Mohandas K. Gandhi, 'Speech on The Eve of The Last Fast', 12 janvier 1948, Harijan, 18-1-1948, p. 523.
  125. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 464-66
  126. (en) R. Gandhi, Patel: A Life, pp. 472
  127. (en) Vinay Lal.‘Hey Ram’: The Politics of Gandhi’s Last Words. Humanscape 8, no. 1 (January 2001):34-38
  128. Les objets de Gandhi adjugés à 1,8 million de dollars, Le figaro.fr, 6/3/2009.
  129. « Ekam sat anekâ panthâ » : « La vérité est une, les sentiers sont multiples. » ; c'est un verset (sûtra) que l'on trouve dans le Véda (« Savoir » en sanskrit), Révélation sacrée faisant autorité pour tout Hindou. http://www.templeganesh.fr/hindouisme.htm
  130. (en) Desai, Mahadev. The Gospel of Selfless Action, or, The Gita According To Gandhi; Navajivan Publishing House, Ahmedabad, 1946, 1948, 1951, 1956.
  131. En français dans le texte, NDT
  132. (en) The Story of My Experiments with Truth
  133. « Beating Retreat weaves soul-stirring musical evening » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26
  134. An Autobiography or the story of my experiments with Truth, M.K. Gandhi, Navajivan Publishing House, p.268)
  135. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p.355
  136. (en) The Story of My Experiments with Truth — An Autobiography, p. 177.
  137. (en) The Story of My Experiments with Truth — An Autobiography, p. 183.
  138. a, b, c, d et e Autobiographie, ou mes expériences de vérité. Mohandas Karamchand Gandhi
  139. (en) memoware.com
  140. (en) The Story of My Experiments with Truth — An Autobiography, p. 176.
  141. Autobiographie, ou mes expériences de vérité ; M. K. Gandhi.
  142. Autobiographie ou mes expériences de vérité, M.-K. Gandhi, traduit de la version anglaise par George BELMONT, présentation et notes de Pierre MEILE, édition revue par Olivier LACOMBE, éditions Prakash Books, ISBN 81-7234-016-8
  143. a et b (en) M.K. Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité, 1927-1929.
  144. (en) Mahatma Gandhi, Non-violence in peace and war, 1942-[1949], Garland Pub, 1972, (ISBN 0-8240-0375-6)
  145. (en) Bondurant, Joan V. (1988). Conquest of Violence: The Gandhian Philosophy of Conflict. Princeton UP. (ISBN 0-691-02281-X), p. 28
  146. Ganesh, p.9.
  147. Young India, 21 octobre 1926.
  148. (en) Bondurant, Joan V. (1988). Conquest of Violence: The Gandhian Philosophy of Conflict. Princeton UP. (ISBN 0-691-02281-X), p. 139
  149. Sur la relation de Tolstoï avec le baha'isme, qu'il voyait comme un courant prônant la non-violence, voir les références suivantes : (en) Tolstoy and the Bahá’í Faith ; et (en) Luigi Stendardo, « "Leo Tolstoy and the Bahá’í Faith" » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26, (Oxford : George Ronald, 1985), (ISBN 978-0-85398-215-5[à vérifier : ISBN invalide])
  150. Young India, 4 novembre 1926.
  151. Young India, 18 novembre 1926.
  152. (en) Gandhi, M.K. The Advent of Satyagraha (chapitre 12 of Satyagraha in South Africa, 1926)
  153. (en) Gandhi, M.K. Letter to Mr —— 25 janvier 1920 (The Collected Works of Mahatma Gandhi vol. 19, p. 350)
  154. (en) Gandhi, M.K. Statement to Disorders Inquiry Committee January 5, 1920 (The Collected Works of Mahatma Gandhi vol. 19, p. 206)
  155. Gandhi, « Talk with Stuart Nelson », Harijan, 31 août 1947; édition Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 96, p. 250-251, en ligne.
  156. Gandhi, « Letter to Kishorelal G. Mashruwala », 21 juillet 1947; éd. Internet des Œuvres complètes de Gandhi, vol. 96, p. 97, en ligne.
  157. William Borman, Gandhi and Non-violence, SUNY Press (= State University of New York Press), 1986, partiellement consultable sur Google Livres, p. 239.
  158. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap VI
  159. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap XIX
  160. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap IX
  161. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap XI
  162. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap XII
  163. (en) Matmah Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule, Navjivan publishing house, Ahemdabas- 380014, chap XIII
  164. Mahatma Gandhi and India's Swarâj, (Modern Book Agency, Calcutta), P.85.
  165. a et b Unto this Last Gandhi.
  166. « http://www.unesco.org/courier/2001_01/fr/doss24.htm » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26
  167. Ethical Religion, M. K. Gandhi (Ganesan, Madras), p.60.
  168. Le Modèle Indou, Guy Déleury, édition Kailash
  169. Lettres à l'Ashram, de M. K. Gandhi : il faut savoir que les castes sacrées, socio-cosmiques ou brahmaniques/védiques, sont les Varna, « Couleurs » en sanskrit, tandis que les « castes » (professionnelles ou autres) sont les Jati, « Naissance » : Gandhi donna toujours sa confiance en cet ordre « métaphysique » des Varna, tandis qu'il voulait que les Jati, (système des jati non-védique qui est apparu tardivement, sous l'Empire Moghol, pour être finalement « officialisé » par l'Empire britannique qui découvrait pendant ce temps l'eugénisme positiviste) soient relativisées dans leur sens premier et philosophique de stricte « Naissance », et non de ségrégationnisme « physique ».
  170. M. K. Gandhi (Discours fait par Gandhi à Travancore et rapporté dans The Epic of Travancore, de Mahadev Desai, Ahmedabad, 1937)
  171. Mythes et Dieux de l'Inde, le Polythéisme Hindou, Alain Daniélou, Flammarion
  172. Lettres à l'Ashram ; M. K. Gandhi.
  173. « L'indépendance, c'est d'apprendre à se diriger soi-même : par conséquent, cela dépend de nous. [...] Maintenant, vous aurez sans doute compris pourquoi notre but ne doit pas être avant tout l'expulsion des Anglais », Leur civilisation et notre délivrance, Denoël, 1957, pp. 116-117.
  174. Tous les hommes sont frères, Paris, Gallimard, 1969, p. 240.
  175. a, b et c Bipan Chandra, Gandhi et Ambedkar : attitudes concernant le système des castes, The Times of India, 13 avril 1994 (fr)
  176. Tous les hommes sont frères, Paris, Gallimard, 1969, p. 246.
  177. cité par S. Lassier dans Gandhi et la non-violence, Paris, Le Seuil, 1970, p. 170.
  178. Democracy : Real and DeceptiveAhmedabad, Navajivan Publishing House, 1961, p. 72.
  179. Tous les hommes sont frères, Paris, Gallimard, 1969, p. 238.
  180. J. Nehru (dans An Autobiography, éd. L'Harmattan) écrivit de Gandhi qu'« il y a en lui quelque chose de l'anarchisme philosophique ». Jean-Marie Muller, dans son article « Gandhi était-il anarchiste ? » paru dans Alternative non-violente, no 117 (les citations de Gandhi que l'on peut lire ici sont extraites de cet article) développe également cette analyse. De même, J. V. Bondurant, dans Conquest of violence, The Gandhian Philosophie of Conflict, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1969, consacre à la question un chapitre intitulé Conservateur ou anarchiste ?
  181. De Harijan, 13 janvier 1940.
  182. (en) Michel W. Potts, Arun Gandhi Shares the Mahatma's Message, India - West [San Leandro, California] Vol. XXVII, No. 13 (1er février 2002) p. A34
  183. Leur Civilisation et notre délivrance, I. Le Congrès et ses membres - La Force brutale, Mohandas K. Gandhi, 1910
  184. Leur Civilisation et notre délivrance, Note préliminaire juillet 1938, Mohandas K. Gandhi, 1910
  185. (en) Nilova Chaudhury, « October 2 is global non-violence day » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26, Hindustan Times, 15 juin 2007.
  186. (en) The Children Of Gandhi. Time (magazine).
  187. (en) Mahatma Gandhi, the Missing Laureate, nobelprize.org, 1/12/1999.
  188. J. Nehru Ma vie et mes prisons, Denoël, Paris, 1952.
  189. (en) COMMEMORATING MARTIN LUTHER KING JR.: Gandhi's influence on King
  190. (en) The Sacred Warrior: The liberator of South Africa looks at the seminal work of the liberator of India
  191. (en) A pacifist uncovered - Abdul Ghaffar Khan, Pakistani pacifist
  192. (en) An alternative Gandhi
  193. (en) How Far the Promised Land ?, Jonathan Seth Rosenberg, 2005, Princeton University Press, (ISBN 0691007063), p.262
  194. (en) Schweitzer's Struggle to Find Life's Meaning
  195. (en) Lennon Lives Forever.rollingstone.com.
  196. (en) Of Gandhigiri and Green Lion, Al Gore wins hearts at Cannes. exchange4media.com
  197. (en) Albert Einstein, « Albert Einstein > Quotes > Quotable Quote - On the occasion of Mahatma Gandhi's 70th birthday », sur http://www.goodreads.com,‎ 1970 (consulté le 8 février 2014)
  198. a, b et c L'Inde, un million de révoltes, V.S. Naipaul, éditions 10/18.
  199. (en) The Hindu, Churchill and Gandhi, Ramachandra Guha, 19 juin 2005 [1]
  200. Katherine Mayo, Mother India, New York, Harcourt, Brace and Co, 1927, p. 353-354.
  201. Nirad C. Chaudhuri, Thy hand, Great Anarch ! India 1921-1952, Londres, 1987. Cité d'après une recension de Geoff Wisner dans Harvard Post, 16 décembre 1988, en ligne.
  202. « Pourquoi j'ai tué Gandhi »; Examen et critique de la défense de Nathuram Godse, Paris, Les Belles Lettres, 2007, p. 225-6 et passim
  203. « Pourquoi j'ai tué Gandhi »; Examen et critique de la défense de Nathuram Godse (p. 162)
  204. Les lettres du Mahatma Gandhi à Adolf Hitler, Koenraad Elst, 15/6/2006
  205. Gandhi et la non-violence, Suzanne Lassier, Maîtres spirituels, Seuil.
  206. a et b Le Modèle Indou, Guy Déleury, éditions Kailash.
  207. (en) http://www.lifepositive.com/Spirit/masters/mahatma-gandhi/journalist.asp
  208. (en) Satyagrapha in South Africa, jamais traduit en français.
  209. Traduit en 1957 chez Denoël sous le titre Leur Civilisation et notre délivrance.
  210. Texte intégral en français sur Wikisource
  211. Voir notamment une Bibliographie de Gandhi sur Wikibooks.
  212. En cours de publication sur Wikisource : s:en:The Collected Works of Mahatma Gandhi
  213. (en) « gandhiserve.org » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographies
Cet article est reconnu comme « article de qualité » depuis sa version du 7 octobre 2007 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.