Ernst Hanfstaengl

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Ernst Hanfstaengl

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Ernst Hanfstaengl en 1934.

Nom de naissance Ernst Franz Sedgwick Hanfstaengl
Naissance
Munich (Allemagne)
Décès (à 88 ans)
Munich (Allemagne)
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemagne

Ernst Franz Sedgwick (« Putzi ») Hanfstaengl (né le 2 février 1887 à Munich - décédé le 6 novembre 1975 à Munich) a été le soutien financier d'Hitler aux débuts du NSDAP, avant de devenir le chef du département de la presse étrangère jusqu'en 1937.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ernst Hanfstaengl, surnommé ironiquement « Putzi » alors qu'il mesurait près de deux mètres, est né à Munich, fils d'Edgar Hanfstaengl, riche commerçant en reproductions d'œuvres d'art, et de son épouse Katharine, née Segdwick-Heine. En 1909, Ernst passe une année dans la Garde royale à pied de Bavière. Étant expédié peu après (1911) aux États-Unis, où il reste immobilisé jusqu'en 1921, il ne participe pas à la guerre de 1914-1918. Deux de ses frères perdirent la vie dans le conflit, ce qui ne manqua pas de provoquer chez lui l'impression d'avoir failli à son devoir. Il étudie à l'université Harvard, où il fait usage de ses talents de pianiste pour composer des chansons pour l'équipe de football de l'université. Le 11 février 1920, il épouse Helene Elise Adelheid Niemeyer, fille unique d'un homme d'affaires germano-américain de Brême émigré aux États-Unis. Ils auront un fils, Egon, dont Adolf Hitler sera le parrain, et une fille, Hertha, qui mourut à l'âge de 5 ans.

Premières années dans l'entourage d'Hitler[modifier | modifier le code]

Hanfstaengl rentre à Munich en juillet 1921 sous le couvert d'un document signé par le consul de Suisse à New York. Un an après son retour, il est contacté par Warren Robbins, un ami de Harvard devenu haut fonctionnaire de l'ambassade américaine à Berlin. Celui-ci lui demande d'héberger l'attaché militaire Truman-Smith, envoyé à Munich pour suivre de près le déroulement de l'agitation politique qui sévissait en Bavière à cette époque. Hanfstaengl accepte et offre l'hospitalité au jeune américain. N'ayant toutefois pas le temps de voir toutes les personnalités politiques de Munich, Truman-Smith demande à Hanfstaegl d'assister en tant qu'observateur à une réunion du NSDAP et de lui communiquer ses impressions. C'est ainsi que Ernst Hanfstaengl fit la connaissance du futur dictateur allemand.

Enthousiasmé par les discours d'Hitler, Hanfstaengl s'introduit auprès de lui et l'invite à sa demeure. Hitler accepte et les deux hommes finissent par se lier. C'est ainsi qu'en 1922, Hanfstaengl rejoint l'entourage nazi sans pourtant devenir un parteigenosse (il ne deviendra membre du parti qu'en 1931). C'est probablement pour cette raison qu'il ne reçoit pas à sa charge une fonction définie, même si le rôle qu'il joue dans le jeune NSDAP est de la première importance. En effet, étant issu d'un milieu aisé, il parvient à introduire Hitler dans la haute société bavaroise et permet ainsi la récolte de fonds pour financer le parti. Hanfstaengl contribuera également personnellement : début 1923, il accorde au NSDAP un prêt sans intérêts de 1 500 USD, une véritable fortune à cette époque de crise, pour l'achat de deux presses rotatives. C'est grâce à cette contribution que le journal hebdomadaire du parti, le Völkischer Beobachter, parvient à devenir un quotidien en août 1923.

Hanfstaengl ne partage toutefois pas les vues du rédacteur en chef du journal, le philosophe mystique Alfred Rosenberg, célèbre pour son racisme, son anticléricalisme et son antisémitisme virulent. Hanfstaengl le juge inculte et dangereux, ainsi que la plupart des acolytes de Hitler à cette époque, comme Hermann Esser ou Christian Weber. Dans ses mémoires[1], Hanfstaengl n'hésite pas à qualifier la nomenclature nazie de « chauffeureska », désignant par là les qualités modestes de l'entourage de Hitler. Il se lie toutefois d'amitié avec Hermann Goering et Dietrich Eckart, probablement en vertu de leur esprit davantage ouvert à la finesse et la culture.

En plus de ses nombreuses relations, Hanfstaengl est fort apprécié par Hitler pour ses talents de pianiste. Au cours des années qui mèneront le NSDAP au pouvoir, les morceaux de Wagner et de Liszt interprétés par lui viendront souvent apaiser l'esprit fiévreux du futur dictateur. Hanfstaengl composera d'ailleurs plusieurs marches pour le parti, ainsi que la musique du film de Franz Wenzler écrit par Hanns Heinz Ewers s'inspirant de la vie de Horst Wessel, intitulé « L'histoire de Hans Westmar ».

Si Hanfstaengl a vite été conquis par la magie du verbe de Hitler, il avait tout de même quelques sérieuses réserves à l'égard de ses opinions concernant la politique étrangère. Durant toute la période où il fut proche du Führer, il s'employa à le convaincre de l'importance d'une alliance avec les États-Unis. Aux yeux de Hanfstaengl, c'est grâce au rôle déterminant joué par l'Amérique dans la Première Guerre mondiale que la balance avait fini par pencher en faveur des Alliés. Il s'acharna donc à persuader le Führer d'œuvrer pour un rapprochement diplomatique avec les États-Unis, mais celui-ci continua à faire la sourde oreille et conserva sa vision géopolitique strictement continentale inspirée par la pensée du Kaiser et de Clausewitz.

Le putsch de la brasserie[modifier | modifier le code]

Le 8 novembre 1923, Hanfstaengl participe au putsch de la brasserie. Hitler compte sur sa maîtrise de la langue anglaise pour tenir la presse étrangère au courant des événements. Le lendemain matin, en se rendant aux bureaux du Völkischer Beobachter, Hanfstaengl est informé de l'échec cuisant du putsch, provoqué entre autres par la désertion du triumvirat bavarois (von Kahr, von Lossow et von Seisser) durant la nuit. Hanfstaengl décide alors de quitter le pays et de rejoindre l'Autriche. Il ne participe donc pas à la fusillade de la Feldherrnhalle. Aidé par une de ses vieilles connaissances, l'amiral Hintze, Hanfstaengl parvient à Kufstein, au-delà la frontière autrichienne, dans la nuit du 9 novembre.

Hitler, dont l'épaule s'était déboîtée dans la fusillade, se réfugie dans la maison de campagne des Hanfstaengl, à Uffing, non loin de Munich. La femme d'Ernst Hanfstaengl, Helene, s'occupe de soigner Hitler qui, traumatisé par l'échec du putsch, entreprend de rédiger son testament politique. Hanfstaengl va même jusqu'à affirmer que Helene aurait empêché Hitler de mettre fin à ses jours[2]. Le 11 novembre 1923, les forces de l'ordre viennent arrêter Hitler.

L'incarcération de Hitler à Landsberg am Lech permet à Rudolf Hess et à Alfred Rosenberg, tous deux fort peu appréciés par Hanfstaengl, d'agrandir leur influence sur l'ambitieux Autrichien. Cette tournure des événements amène Hanfstaengl à prendre ses distances avec le mouvement nazi. Il reprend ses activités professionnelles et s'abstient de s'impliquer de façon active dans l'organisation du parti. Ce n'est qu'en 1932 que Hanfstaengl remonte sur le devant de la scène, aux côtés d'Hitler, pour participer en tant que chef du département de la presse étrangère aux élections législatives[Lesquelles ?].

L'arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

Ernst Hanfstaengl avec Hitler et Göring, en 1932.

La crise économique de 1929 a pour conséquence de relancer le succès populaire du NDSAP. À la demande du Führer, Hanfstaengl, devenu membre du parti en 1931, accepte le poste officiel de chef du département de la presse étrangère. Il reçoit des bureaux au troisième étage de la Maison brune, à côté du département de Heinrich Himmler. Afin d'amener Hitler à s'intéresser davantage à la politique étrangère, il tente d'organiser une rencontre entre Hitler et Winston Churchill, ce dernier étant de passage à Munich. Cette rencontre n'a cependant pas lieu suite à un caprice d'Hitler. Plus tard, en février 1934, Hanfstaengl profite d'un voyage visant à obtenir la diffusion du film L'histoire de Hans Westmar en Italie, pour rencontrer Mussolini. Sa véritable ambition, partagée par Konstantin von Neurath, est de régler une rencontre entre le chef fasciste et Hitler afin d'améliorer les relations entre l'Allemagne et l'Italie. Le Duce souscrit à la proposition de Hanfstaengl et projette d'inviter Hitler au palais Vendramin Calergi, l'endroit où Wagner avait rendu l'âme. Mais Hitler ne donne pas suite à l'invitation de Mussolini, prétextant un agenda intérieur trop chargé.

Le voyage aux États-Unis que Hanfstaengl effectue en juin 1934 sonnera l'heure de sa disgrâce au sein du NSDAP. Alors qu'il part simplement à la vingt-cinquième réunion de la promotion de Harvard, son voyage suscite une vive critique et il est accueilli à New York par une manifestation de gauche désirant son expulsion immédiate. Il parvient toutefois à gagner l'université et participe aux festivités. Au cours de celles-ci, Hanfstaengl se fait photographier en serrant la main à Max Pinansky, ancien étudiant de Harvard, ignorant qu'il s'agissait d'un juif. Cette photographie paraît ensuite dans tous les journaux des États-Unis, ce qui provoque chez Hitler une rancœur profonde à l'égard de Hanfstaengl.

La rupture avec le parti[modifier | modifier le code]

De retour à Berlin, Hanfstaengl critique vivement ce qui s'est déroulé lors de son absence, à savoir la nuit des Longs Couteaux. Il mène sa propre enquête auprès du général Walter von Reichenau et de Sepp Dietrich afin de savoir ce qui s'est réellement passé, mais sans succès. Ces investigations et ses tentatives répétées visant à modérer les convictions politiques du Führer finissent par lui mettre à dos l'ensemble des chefs du parti. Hanfstaengl fait également usage de ses pouvoirs pour éviter certaines exécutions, comme celle d'Ernst Reuter, l'ancien maire socialiste de Magdebourg, ce qui ne plaît pas à l'aile radicale du parti représentée par Rudolf Hess et Joseph Goebbels. Une profonde inimitié naît d'ailleurs entre ce dernier et Hanfstaengl, car Goebbels désire, en tant que chef de la propagande, s'octroyer tout ce qui a trait à la presse étrangère.

En février 1937, Hitler et Goebbels élaborent un mauvais tour à Hanfstaengl afin de faire cesser son comportement jugé trop critique. Ils font mine de vouloir l'envoyer en Espagne, alors en pleine guerre civile, avec pour mission de coordonner les services de presse allemands. Dans l'avion toutefois, le pilote informe Hanfstaengl qu'il a reçu l'ordre de le parachuter au-delà des lignes communistes. Tout cela n'est cependant qu'un coup monté, l'avion ne faisant rien d'autre que quelques tours au-dessus de l'Allemagne. Hanfstaengl est néanmoins pris de panique et, après avoir atterri à Leipzig, il quitte immédiatement le territoire allemand pour se réfugier à Zurich.

Hanfstaengl, agent de Roosevelt[modifier | modifier le code]

Après avoir réussi à faire sortir son fils Egon d'Allemagne, Hanfstaengl se réfugie en Angleterre. Une fois qu'éclate la Seconde Guerre mondiale, il est interné dans différents camps anglais, avant d'être transféré au Canada. Le 30 juin 1942, Hanfstaengl est transmis à Bush Hill, une petite localité près de Washington, afin d'opérer comme conseiller présidentiel en politique et psychologie pour la guerre contre le Troisième Reich. Il tente en vain de faire comprendre que l'exigence de la capitulation sans conditions de l'Allemagne permettra à Hitler de se battre jusqu'au bout. En septembre 1944, lorsque la victoire alliée est assurée, Hanfstaengl est renvoyé dans un camp en Angleterre, sur l'île de Man. La guerre finie, il passe encore six mois dans le camp de Recklinghausen en Allemagne, avant d'être libéré en fin 1946. Il publie Hitler: The Missing Years en 1957.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Ernst Hanfstaengl, Zwischen Weißem und Braunem Haus: Memoiren eines politischen Außenseiters, Munich, Piper Verlag,‎ 1970, 402 p. (ISBN 3492018335)
  2. « Als meine Frau mit fliegender Hast die Treppe zu Hitlers Bodenkammer emporstürmte, trat ihr dieser im Vorraum seines Schlupfwinkels mit gezücktem Revolver entgegen. ‚Das ist das Ende‘, schrie er, ‚Mich von diesen Schweinen verhaften lassen - niemals! Lieber tot!‘ Doch bevor er seinen Worten noch die Tat folgen lassen konnte, hatte meine Frau bereits den wirksamen Jiu-Jitsu-Griff des Polizeimannes aus Boston praktiziert und in hohem Bogen flog der Revolver in ein entfernt stehendes Faß, rasch begraben von einem darin befindlichen Hamstervorrat an Mehl. », Ernst Hanfstaengl, op. cit., p. 6

Les informations contenues dans cet article proviennent de :

  • Ernst Hanfstaengl (trad. Claude Noel), Hitler : les années obscures, Paris, Éditions de Trévise,‎ 1967, 354 p.
  • M. AYCARD et P. VALLAUD, Encyclopédie du Troisième Reich, Paris, Éditions Perrin, 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]