Joachim von Ribbentrop

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Joachim von Ribbentrop
Joachim von Ribbentrop, en avril 1938.
Joachim von Ribbentrop, en avril 1938.
Fonctions
Ministre du Reich aux Affaires étrangères
4 février 193830 avril 1945
Chancelier Adolf Hitler
Joseph Goebbels
Gouvernement Cabinet Hitler
Cabinet Goebbels
Prédécesseur Konstantin von Neurath
Successeur Arthur Seyss-Inquart
Ambassadeur allemand en Grande-Bretagne
19361938
Chancelier Adolf Hitler
Prédécesseur Leopold von Hoesch
Successeur Herbert von Dirksen
Biographie
Date de naissance 30 avril 1893
Lieu de naissance Wesel, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Date de décès 16 octobre 1946 (à 53 ans)
Lieu de décès Nuremberg (Allemagne)
Parti politique NSDAP
Conjoint Anna Elisabeth Henkell
Profession Homme d’affaires
Diplomate

Joachim von Ribbentrop (30 avril 1893 à Wesel, en Allemagne – 16 octobre 1946 à Nuremberg, en Allemagne) fut ambassadeur du Troisième Reich de 1936 à 1938 à Londres, puis ministre des Affaires étrangères du 4 février 1938 au 30 avril 1945. Il a été condamné à mort lors du procès de Nuremberg en 1946 pour les quatre chefs d'inculpation suivants : plan concerté ou complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crime contre l'humanité.

Jeunesse et débuts[modifier | modifier le code]

Suivant les affectations de son père, un officier de carrière, le jeune von Ribbentrop passe quatre années à Metz[1], qui était alors la première place forte de l'Empire allemand[2]. Il quitte la ville en 1908, lorsque son père est dégradé pour avoir critiqué le Kaiser Guillaume II. S’ensuit alors une vie errante, entre l’Allemagne, la France, puis le Canada en 1910.

Au Canada anglais, il devient trilingue (allemand, anglais, français), ce qui favorisera sa carrière diplomatique et politique après 1933. Arrivé à Montréal en 1910, Ribbentrop travaille notamment à la construction du fameux pont de Québec, comme « manœuvre affecté aux différentes tâches » en 1912[3]. Ensuite, Joachim von Ribbentrop exerce divers métiers dont celui d'importateur de vins, champagnes et spiritueux. Lorsque la Première Guerre mondiale est déclenchée, en août 1914, il rentre immédiatement en Allemagne en passant par la Hollande et s'engage comme soldat. Il est blessé en 1917.

Joachim von Ribbentrop épouse ensuite Anna Elisabeth Henkell (m. 1920), fille de Otto Henkell. Il devient représentant en vin de champagne pour Pommery, puis rejoint le NSDAP en 1932, où ses liens avec le milieu politique traditionnel sont appréciés. Ribbentrop est nommé l'année suivante Standartenführer-SS. Il est alors l'ami de Heinrich Himmler, mais leur relation se détériore, quand ce dernier tente d'avoir son propre service diplomatique.

Diplomate[modifier | modifier le code]

Lors de la signature du pacte germano-soviétique, Ribbentrop est à la droite de Staline, à l'arrière-plan.
Ribbentrop et Ante Pavelic, en 1941.

En janvier 1933, Ribbentrop organise à son domicile des négociations pour la nomination d'Adolf Hitler comme chancelier ; s'y retrouvent Hitler, Franz von Papen, le chancelier démissionnaire, et Oskar von Hindenburg, le fils du président Hindenburg. En 1935, Ribbentrop devient ministre sans portefeuille et conseiller officieux de Hitler pour les affaires étrangères, parce qu'il parlait couramment le français et l'anglais et qu'il se prévalait de connexions internationales. Il accroît son influence en prenant systématiquement le parti le plus extrême, le seul que voulait entendre Hitler, ce qui revient à marginaliser le ministre des Affaires étrangères en titre, Konstantin von Neurath. Ce dernier, pour tenter de le discréditer, interdit aux services de son ministère de corriger les fréquentes fautes de syntaxe de son rival, dans ses notes adressées à Hitler, en vain. En juin 1935, il négocie, sur un coup de bluff, un accord naval germano-britannique permettant au Troisième Reich d’accroître sensiblement sa flotte : pour cela, il affirma à John Simon, secrétaire au Foreign Office, que si les propositions allemandes n'étaient pas acceptées dans leur intégralité, il repartait immédiatement. Il permit ainsi à la Kriegsmarine d'atteindre 35 % du tonnage de la Royal Navy en navires de surface et 45 % pour les sous-marins. Il devint à ce moment le spécialiste du Parti nazi pour la diplomatie et augmenta son influence sur Hitler.

D'abord ambassadeur à Londres en 1936, il y laisse une réputation d'incompétence totale[réf. souhaitée] ; il pensait, à tort, que le roi Édouard VIII, réputé pro-allemand, dirigerait la politique étrangère britannique et vit dans son abdication un complot « judéo-maçonnique ». Il montrait ainsi une méconnaissance marquée du système constitutionnel du Royaume-Uni. Les quelques contacts établis avec des membres de la Chambre des Lords, notamment Lord Lothian, Lord Cecil ou Lord Londonderry, lui firent croire que l'opinion britannique souhaitait une alliance avec l'Allemagne, ce qui était faux : Sir Robert Vansittart, secrétaire permanent du Foreign Office diplomate professionnel et très antinazi, écrivit des mots très durs contre ces Lords qu'il qualifiait d’« amateurs ambulants ».

Il devient cependant ministre des Affaires étrangères en 1938 à la place de Neurath, dont les prises de positions contre la marche à la guerre exaspèrent Hitler. En effet, le chancelier pensait que les contacts qu'il avait établis à Londres lui permettraient d'amadouer la Grande-Bretagne [réf. souhaitée].

Il prépare aussi le terrain diplomatique de l’annexion des Sudètes en traduisant les menaces d'Hitler en termes euphémiques et joue un rôle essentiel dans le rapprochement entre Hitler et Mussolini qui aboutit au Pacte d'Acier signé le 22 mai 1939.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il est l'artisan, avec Viatcheslav Molotov, du Pacte germano-soviétique (de non-agression) signé le 23 août 1939 qui aboutit notamment à la fin de l'année 1939 à la partition de la Pologne entre les deux puissances.

Il est régulièrement critiqué par Goebbels, qui lui reproche de « n'être venu au parti que sur le tard et en quelque sorte par hasard. Son aristocratie aux origines douteuses, le snobisme voyant qui lui avait valu le sobriquet de « Ribbensnob », de même que sa distinction forcée et son attitude hautaine, provoquaient les moqueries des anciens membres du parti »[4].

Au cours de l'automne 1940, alors que la Seconde Guerre mondiale se déroule, il monte le « complot Windsor » pour s'emparer de l'ex-roi Édouard VIII et le remettre sur son trône pour amener la Grande-Bretagne à la paix. Winston Churchill sent néanmoins le danger suffisant pour envoyer le duc de Windsor aux Bahamas comme gouverneur.

Ribbentrop ne pousse pas au déclenchement de la guerre contre l'URSS en 1941, mais ne fait rien pour l'empêcher par servilité vis-à-vis d'Hitler. Selon l'historien Anthony Beevor, juste après avoir remis la déclaration de guerre à l'ambassadeur soviétique Dekanozov, il lui souffle : « Vous ferez savoir à Moscou que j'étais contre cette guerre »[5].

Perte d'influence[modifier | modifier le code]

Au fur et à mesure que la guerre se poursuit, l'influence de Ribbentrop diminue d'autant plus qu'Hitler ne s'embarrasse plus de précautions diplomatiques. De plus, la plupart des personnes qu'il nomme dans les ambassades sont incompétentes. Hitler le marginalise, mais le maintient dans son entourage où il est fréquemment moqué. Ribbentrop aménage un train qui suit tout le temps Hitler dans ses déplacements, pour se montrer avec lui. Cette marginalisation est aussi liée au fait qu'il s'est montré un piètre ministre dans la période 1939-1941, que chacune de ses initiatives ou prédiction a tourné au désastre, et que, dans les faits, son domaine de compétence, les relations extérieures, sont très clairement reléguées à l'arrière plan de la politique allemande durant le conflit[6].

De plus, en 1944, la population du Reich le méprise souverainement pour sa politique qui n'a pas su éviter la guerre[7]. Dans le même temps, par opposition à d'autres dirigeants, qui se réfugient dans le travail bureaucratique, comme Bormann, ou dans l'alcool, comme Ley[8], il s’occupe à travailler sur une analyse tronquée des rapports de force internationaux, affirmant en janvier 1945 à l'ambassadeur japonais que le Reich et le Japon seraient sauvés, s’ils parvenaient à tenir jusqu'à la fin de l'année 1945[8].

À partir du début de l'année 1945, il tente de négocier une paix séparée : au mois de mars, il convoque à Berlin Werner Dankwort, diplomate en poste à Stockholm, pour lui expliquer le sens des négociations de paix qu'il mène : celles-ci sont destinées à donner au Reich le temps nécessaire pour finaliser les nouveaux armements, puisque les alliés occidentaux continuaient à rester fidèles à l'alliance de 1941[9] ; mais cette tentative tourne court, en raison du refus de Hitler à toute négociation[10] et sa propre répugnance à braver ouvertement le dictateur[11].

Il est complètement exclu du complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler, pourtant mené par la classe sociale à laquelle il cherchait à s'identifier.

Tout au long de la guerre, et surtout en son début, a lieu par exemple un violent antagonisme réciproque entre Ribbentrop et le Dr Joseph Goebbels ainsi qu'entre leurs ministères respectifs ; en effet, à de nombreuses reprises durant le conflit ce dernier préconise le renvoi du ministre des Affaires étrangères, considéré comme un « raté »[12].

Il est démis de ses fonctions lors de la constitution du cabinet Goebbels, le 30 avril 1945 et remplacé par Arthur Seyss-Inquart[13]. Démissionné malgré son souhait[14], il souhaite cependant continuer à jouer un rôle dans le gouvernement qui se met en place dans le Nord du Reich, et définit, dans un courrier non envoyé à Dönitz, comment il voit le futur du continent européen[15]

Au moment de son arrestation, il adresse une lettre à « Mr. Vincent (sic) Churchill » pour le mettre en garde contre le risque de voir le bolchevisme se répandre en Europe.

Jugement et exécution[modifier | modifier le code]

Procès de Nuremberg ; Ribbentrop est assis à l'avant en deuxième position en partant de la droite.

Lors du procès de Nuremberg, il nie toute responsabilité au sujet des camps de concentration. Cependant, il aurait poussé, en septembre 1942, les diplomates allemands en poste dans les pays occupés à accélérer les déportations de Juifs. Ribbentrop se serait plaint auprès des Italiens des lenteurs dans la déportation des Juifs de la zone d'occupation italienne en France. Les diplomates ont joué un rôle important dans l'organisation de la déportation, négociée, comme en France avec le régime de Vichy en juin 1942, lorsque le représentant allemand auprès du régime de Vichy exige de Pierre Laval la déportation de 50 000 Juifs. D'autre part, il fut prouvé pendant le procès qu'il s'empara des biens de certaines personnes dont il avait ordonné la déportation.

Au cours du procès, c'est le procureur français Edgar Faure qui mène le contre-interrogatoire : il lit à l'accusé un extrait d'une lettre de l'ambassade d'Allemagne du 27 juin 1942, adressée au chef de la Sipo en France.

Fiche de détention de Ribbentrop après son arrestation par des soldats américains.

« Le Hauptsturmführer Dannecker m'a indiqué qu’il avait besoin au plus tôt de 50 000 Juifs de la zone libre pour être déportés vers l'Est, et qu'il convenait de soutenir l'action de Darquier de Pellepoix, commissaire général aux Questions juives. »

À gauche, Ribbentrop durant le procès de Nuremberg.

Dans sa réponse, Ribbentrop s'embrouille et se laisse piéger par Edgar Faure. Il commence par nier avoir eu connaissance du travail de ses propres services, avant d'essayer de dire qu'il a tenté de temporiser, ce qui indique qu'il connaissait parfaitement la situation.

En avril 1943, Ribbentrop participe aussi à une conférence entre Hitler et le Hongrois Miklós Horthy durant laquelle ce dernier est informé que les Juifs devaient être exterminés ou envoyés en camps de concentration[réf. nécessaire].

Ribbentrop après son exécution.

Il est condamné à mort lors du procès de Nuremberg en 1946 pour plan concerté ou complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crime contre l'humanité. Il est le premier des condamnés à être exécuté par pendaison dans la nuit du 16 octobre 1946 à 1 h 01.

Ses dernières paroles sur l'échafaud : « Que Dieu protège l'Allemagne. Sur le point de mourir, j'exprime l'espoir qu'elle pourra conserver son unité, et que l'Ouest et l'Est arriveront à s'entendre sur ce point. »

L'exécution est mal préparée par le bourreau en chef de l’US Army, le sergent John C. Woods : « Ribbentrop, qui est le premier à monter sur l'échafaud, met 17 minutes à mourir. Des commentateurs malveillants diront qu'il aura tout manqué, même sa mort ! »

Annexe[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Bloch, Ribbentrop, Plon 1996 pour la traduction française, éditions Perrin 2011
  • (fr) Ian Kershaw, La Fin, Allemagne, 1944-1945, Éditions du Seuil, Paris, 2012, 665 pages, ISBN 978-2-02-080301-4. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il fut élève au lycée Fabert de Metz, où il apprit le français. Joachim von Ribbentrop vivait avec sa famille rue des Trois-Évêchés à Metz-Queuleu (Les Années liberté, 1944-1945, Le Républicain lorrain, Metz, 1994, p. 32).
  2. L’Express, n° 2937, du 18 au 24 octobre 2007, dossier « Metz en 1900 ».
  3. http://www.ledevoir.com/societe/264661/ribbentrop-a-travaille-sur-le-pont-de-quebec
  4. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 336.
  5. Anthony Beevor, Stalingrad
  6. Ian Kershaw, La Fin, p.45.
  7. Ian Kershaw, La Fin, p.203.
  8. a et b Ian Kershaw, La Fin, p.219.
  9. Ian Kershaw, La Fin, p.365.
  10. Ian Kershaw, La Fin, p.366.
  11. Ian Kershaw, La Fin, p.376.
  12. Ian Kershaw, La Fin, p.319.
  13. Ian Kershaw, La Fin, p.457.
  14. Ian Kershaw, La Fin, p.608, note 64.
  15. Ian Kershaw, La Fin, p.4561.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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