Bombardement de Dresde

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Bombardement de Dresde
Image illustrative de l'article Bombardement de Dresde
Dresde après le bombardement

Date Du 13 février 1945 au 15 février 1945
Lieu Dresde, Allemagne
Victimes Civiles de Dresde
Type Bombardement aérien
Morts 25 000
Auteurs l'armée de l'air américaine et britannique
Ordonné par Arthur Travers Harris
Motif « L'objectif du bombardement de Dresde et d'autres villes de l'Est (y compris de Berlin) était de gêner le passage des troupes allemandes appelées à renforcer le front oriental et de faciliter ainsi l'offensive soviétique[1]. »
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 51° 02′ 00″ N 13° 44′ 00″ E / 51.03333, 13.7333351° 02′ 00″ Nord 13° 44′ 00″ Est / 51.03333, 13.73333  

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
Bombardement de Dresde

Le bombardement de Dresde, qui eut lieu du 13 au 15 février 1945, détruisit presque entièrement la ville allemande de Dresde. Le United States Army Air Forces (USAAF) et la Royal Air Force (RAF) utilisèrent principalement des bombes à fragmentation et incendiaires, provoquant entre 22 700 et 25 000 morts[2].

Raisons de l'attaque de février 1945[modifier | modifier le code]

Bombardiers Avro Lancaster de la RAF.

Les services de renseignements occidentaux étaient arrivés à la conclusion que la Wehrmacht allait déplacer 42 divisions (un demi-million d'hommes) vers le front de l'Est, alors proche de la ville, et les services soviétiques avaient signalé d'importants mouvements de trains sur le centre de triage de Dresde (en fait, des trains de réfugiés fuyant l'avance de l'Armée rouge qui effectuait l'offensive Vistule-Oder). Les états-majors pensèrent que la ville servirait de nœud logistique pour ce transfert[3].

La stratégie allemande faisait de l’ensemble des grandes villes sur le Front de l’Est, die Festungen (« les forteresses »), un rempart. Même sans ce bombardement, la ville de Dresde aurait peut-être partagé le triste sort de Berlin et Breslau, réduites en cendres par l’artillerie et les chars soviétiques.

Une autre théorie avance que ces bombardements furent délibérément conçus par les états-majors américain et britannique en vue de saper une fois pour toutes le moral des troupes allemandes[4].

Il est possible aussi que les États-Unis et le Royaume-Uni aient voulu impressionner l'URSS : ce bombardement a eu lieu quelques jours après la clôture de la conférence de Yalta, et il aurait eu une force dissuasive sur Staline, dans le contexte naissant de la guerre froide. Cette thèse est notamment défendue par Jacques Pauwels [5]. À l'inverse, des études de l'USAF insistent sur les demandes répétées des Soviétiques de bombardements sur les nœuds ferroviaires de l'est de l'Allemagne pour faciliter la progression de l'Armée rouge[6].

Les raids[modifier | modifier le code]

En deux jours, 1 300 bombardiers au total ont largué environ 3 900 tonnes de bombes lors de trois raids.

Impact de l'attaque[modifier | modifier le code]

La manière de considérer ces attaques aériennes varie selon le point de vue. À l'époque déjà, le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels avait utilisé le bombardement de Dresde pour relativiser la responsabilité de l'Allemagne dans la guerre et placer les Allemands dans un rôle de victimes. Au cours de la guerre froide, les préjugés idéologiques empêchèrent une étude objective du déroulement des événements.

Le premier maire communiste de Dresde, après la guerre, Walter Weidauer, considérait en 1946 les attaques comme évitables bien qu'ayant été provoquées par les « fascistes allemands ». Cependant trois ans plus tard, il considérait les puissances occidentales comme seules responsables du bombardement criminel de Dresde qui ne répondait à aucune nécessité militaire. Une hypothèse (défendue entre autres par l'Allemagne de l'Est à partir de 1949) était que les Alliés occidentaux avaient voulu laisser à l'Union soviétique une zone d'occupation détruite.[réf. nécessaire]

Bilan humain[modifier | modifier le code]

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Amas de cadavres après le bombardement. La plupart des corps furent regroupés ainsi afin d'être incinérés sur place, souvent sans même avoir été identifiés, pour éviter les épidémies.

Le bilan finalement admis est de 25 000 morts maximum (dont 18 000 corps identifiés), établi par une commission d'historiens mandatée par la ville de Dresde en 2004-2010[7].

Des estimations élevées se réfèrent souvent à des déclarations de témoins oculaires qui ne peuvent plus être réexaminées, ainsi qu'à des informations de sources aux motifs divers (parfois négationnistes) :

  • Un document du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de 1946 a donné le chiffre de plus de 305 000 morts. Ce nombre n'était cependant pas le résultat d'investigations propres, mais émanait de rapports basés sur des sources issues des indications de l'administration nazie. [réf. nécessaire]
  • L'ancien officier d'État-major de Dresde Eberhard Matthes, qui avait alors été chargé de travaux de déblaiement, a affirmé en 1992 que, jusqu'au 30 avril 1945, 3 500 cadavres auraient été pleinement identifiés, 50 000 en partie et 168 000 pas du tout. Ces chiffres auraient été communiqués à Adolf Hitler en sa présence. Mais il n'existe aucune preuve écrite qui pourrait confirmer cela et on doute aussi que Hitler ait demandé une telle communication le jour de son suicide. Des journaux (Süddeutsche Zeitung, Die Welt, Frankfurter Allgemeine) ont souvent publié des chiffres difficiles à certifier précisément variant de 60 000 à 300 000 morts.[réf. nécessaire]

La population totale de la ville était de 630 000 habitants à l'époque mais elle comptait aussi des prisonniers ou des réfugiés dont il est difficile de déterminer précisément le nombre. L'évaluation du nombre de morts a beaucoup fluctué. Ainsi, le maximum de 250 000 morts était avancé par les Soviétiques. L'écrivain négationniste britannique David Irving, quant à lui, a fait date en défendant le nombre de 135 000, puis de 200 000 victimes[8], mais en ne s'appuyant que sur un document attribué à un officier de la police de Dresde, le TB 47, dont il était pourtant établi qu'il s'agissait d'un faux[9]. Le chercheur allemand Jörg Friedrich fait état de 40 000 morts[10].

Réactions au bombardement[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande exploitant la destruction de Dresde.

Certains des dirigeants nazis, particulièrement Robert Ley et Joseph Goebbels, voulurent se servir du bombardement pour abandonner la convention de Genève sur le front ouest[réf. nécessaire]. Finalement, le gouvernement nazi ne s'en servit qu'à des fins de propagande.

D'après Frederick Taylor, le ministère de la Propagande de Goebbels fit gonfler le nombre de morts par un facteur 10[11]. Les diplomates allemands firent circuler dans les pays neutres des photographies des destructions, de morts et d'enfants grièvement brûlés. Par coïncidence, le jour précédant le raid, un document du ministère des Affaires étrangères allemandes avait été mis en circulation dans les pays neutres, critiquant Arthur Harris comme le responsable des bombardements de terreur.

Le 16 février, le ministère de la Propagande dirigé par Goebbels publiait un communiqué de presse qui dessinait la ligne générale de la propagande nazie : Dresde n'avait aucune industrie de guerre, n'était qu'une ville de culture et d'hôpitaux. Le 25 février, une nouvelle note paraissait, accompagnée de photos d'enfants brûlés, sous le titre Dresde - Massacre de Réfugiés et indiquant que 200 000 personnes étaient mortes.

D'autres bombardements sur l'Allemagne (Berlin et Hambourg lors de l'Opération Gomorrhe) furent aussi très meurtriers[évasif] mais celui de Dresde a plus profondément choqué les esprits, peut-être parce que c'était une ville d'arts et de culture et qu'elle n'avait pas d'intérêt stratégique (pouvant justifier une attaque aussi lourde) si on considère qu'Albertstadt, le fort militaire de Dresde, n'a pas été bombardé[réf. nécessaire]

Certains voient aujourd'hui la destruction de Dresde comme un crime de guerre motivé notamment par le besoin de venger le bombardement de Coventry par la Luftwaffe en novembre 1940, alors que d'autres considèrent que tous les moyens devaient être utilisés pour mettre fin le plus rapidement à la guerre et en définitive, épargner des vies humaines. Quoi qu'il en soit Winston Churchill lui-même s'est désolidarisé de ce bombardement quelques semaines après dans un memorandum adressé à l'état major britannique : « Il m’apparait que le moment est venu de se demander si la question du bombardement des villes allemandes dans le but d'augmenter la terreur ou pour d'autres raisons ne devrait pas être réévaluée... la destruction de Dresde constitue un sérieux doute sur la conduite des bombardements alliés »[12].

Survivants célèbres[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain américain Kurt Vonnegut (1922-2007), qui travaillait comme prisonnier de guerre dans un abattoir de la ville lors du bombardement, en réchappa en se réfugiant dans les caves du bâtiment. De cette expérience éprouvante, il tire son roman Abattoir 5. Un film, Abattoir 5 (titre original : Slaughterhouse-Five), réalisé par George Roy Hill en fut tiré en 1972.

Photos de Dresde fin 1945[modifier | modifier le code]

Les photos sont de Richard Peter, revenu à Dresde en septembre 1945.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Vue du centre-ville après les bombardements.
  1. Ian Kershaw, La Fin, Seuil, Paris, 2012.
  2. (de) Matthias Neutzner, Abschlussbericht der Historikerkommission zu den Luftangriffen auf Dresden zwischen dem 13. und 15. Februar 1945, Landeshauptstadt Dresden,‎ 2010, p. 17
  3. (en) Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, February 13, 1945, HarperCollins, 2004, p. 196.
  4. Comme les villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki furent anéanties par des bombes atomiques (août 1945) par l'aviation américaine et pour la même raison (ce que le général Eisenhower laisse entendre dans ses mémoires d'après-guerre).
  5. Retour sur la destruction de Dresde du 13-14 février 1945
  6. http://www.memoire-net.org/article.php3?id_article=268
  7. Voir [EPUB] Ian Kershaw, La Fin, Seuil, Paris, 2012 (ISBN 9782020803014), note 790, emplacement 12131 sur 16493 ; Rolf-Dieter Müller (de), Nicole Schönherr, Thomas Widera, Die Zerstörung Dresdens 13. bis 15. Februar 1945 – Gutachten und Ergebnisse der Dresdner Historikerkommission zur Ermittlung der Opferzahl, Hannah-Arendt-Institut. Berichte und Studien 58, Göttingen, 2010, (ISBN 978-3899717730), ainsi que, sur le site de la ville de Dresde, Dresdner Historikerkommission veröffentlicht ihren Abschlussbericht
  8. David Irving, La destruction de Dresde, (ISBN 2-9060-2607-7)
  9. Richard J. Evans y consacre un chapitre détaillé, « The bombing of Dresden », dans Lying About Hitler: History, Holocaust, and the David Irving Trial, Basic Books, 2002, 336 p. (ISBN 9780465009992) p. 149-184.
  10. Jörg Friedrich, Der Brand (ISBN 3-5486-0432-3)
  11. « there is good reason to believe that later in March copies of — or extracts from — [an official police report] were leaked to the neutral press by Goebbels's Propaganda Ministry ... doctored with an extra zero to make [the total dead from the raid] 202,040. » ((en)Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, 13 February 1945. éditions HarperCollins, New-York, 2004. (ISBN 0-06-000676-5)).
  12. « British Bombing Strategy in World War Two »
  13. 16 vertus sont représentées : (de) : https://de.wikipedia.org/wiki/Rathausturm_(Dresden)#Rathausturm
  14. (de) : http://www.kprdd.de/Dresden/Bilder/Rathausturm.htm
  15. (de) : https://de.wikipedia.org/wiki/Neues_Rathaus_(Dresden)
  16. Ville de Dresde (de) : http://www.dresden.de/media/pdf/presseamt/Faltblatt_Rathaus.pdf

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]