Comité international de la Croix-Rouge

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Comité international
de la Croix-Rouge
Image illustrative de l'article Comité international de la Croix-Rouge

Création 1863
Type Organisation humanitaire
Siège Genève
Drapeau de la Suisse Suisse
Budget 1.156 millard CHF ( 2010)
Effectifs 12 500 (effectif moyen du CICR en 2011)
Président Peter Maurer
Personne(s) clé(s) Henri Dunant, Guillaume-Henri Dufour, Gustave Moynier, Louis Appia, Théodore Maunoir
Site web www.cicr.org
Siège du CICR (Genève, Suisse) Visite Street view

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation internationale humanitaire, créée en 1863 par un groupe de citoyens de la ville suisse de Genève, dont faisaient partie Gustave Moynier, Henri Dunant (prix Nobel de la paix en 1901) et Guillaume-Henri Dufour. C'est donc la plus ancienne organisation humanitaire existante. Le CICR s'est vu décerner le prix Nobel de la paix en 1917, 1944 et 1963, le Prix Balzan pour l'humanité, la paix et la fraternité entre les peuples en 1996.

Depuis le début, les membres du Comité, de citoyenneté suisse, sont cooptés ; ils sont aujourd'hui une vingtaine. Comme les autres composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR utilise comme emblème la croix rouge sur fond blanc.

Le CICR, qui a son siège et conserve ses archives à Genève en Suisse, emploie aujourd'hui (2008) environ 12000 personnes à travers le monde. Il dispose d'une présence permanente dans plus de soixante pays et mène des activités dans près de quatre-vingts pays[1].

Le CICR est présidé depuis le premier juillet 2012 par Peter Maurer et son Directeur général depuis 2010 est M. Yves Daccord. Le Comité proprement dit, ou Assemblée, est composé d'une vingtaine de personnalités suisses[2], qui sont chargées de la haute gouvernance du CICR (équivalent du conseil d'administration pour une entreprise privée)[3].

Mission et mandat[modifier | modifier le code]

Toute l'action du CICR est fondée sur la mission suivante, qui est l'expression synthétique de sa nature et de sa spécificité :

« Organisation impartiale, neutre et indépendante, le Comité international de la Croix-Rouge a la mission exclusivement humanitaire de protéger la vie et la dignité des victimes de conflits armés et d'autres situations de violence, et de leur porter assistance. Le CICR s'efforce également de prévenir la souffrance par la promotion et le renforcement du droit et des principes humanitaires universels. »

Créé en 1863, le CICR est à l'origine des Conventions de Genève et du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, dont il dirige et coordonne les activités internationales dans les conflits armés et les autres situations de violence[4].

La vocation du CICR est exclusivement humanitaire, il possède un statut neutre et indépendant. Il intervient dans les situations de conflit armé ou de troubles internes, avec pour mission essentielle de diminuer les souffrances des victimes de ces violences, sans distinction d'appartenance politique, ethnique, religieuse ou sociale. Pour ce faire, il doit être reconnu par toutes les parties au conflit dans les zones où il travaille. D'autre part, il dirige et coordonne les activités internationales de secours du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge là où il existe déjà un conflit.

Le mandat du CICR est reconnu en droit et lui a été confié par la communauté internationale : les Conventions de Genève citent en effet nommément le CICR pour l'accomplissement de diverses tâches humanitaires indispensables en cas de conflit armé. À cela s'ajoutent les statuts du CICR, sur la base desquels l'organisation peut développer ses activités dans les situations de violence interne bien que celles-ci ne soient pas couvertes par les Conventions.

Statut légal[modifier | modifier le code]

Le CICR est généralement considéré comme une entité internationale sui generis, ce qui en fait une entité souveraine non-gouvernementale du droit international public comme l'ordre de Malte et le Vatican.

Selon ses propres statuts, le CICR est une association de droit suisse régie par les articles 60 et suivants du Code civil suisse. Ce statut juridique formel s'accompagne cependant d'un certain nombre de traits qui en font une entité du droit international à part entière. En effet, dès sa création en 1863, les États lui ont accordé une reconnaissance au travers de traités internationaux. Ainsi, son existence est-elle reconnue formellement par les États partie aux conventions de Genève de 1949 et à leurs protocoles additionnels de 1977.

Un certain nombre d'États ont même estimé possible de conclure avec le CICR des accords de siège, à l'image de la Suisse (Accord entre le Comité international de la Croix-Rouge et le Conseil fédéral Suisse en vue de déterminer le statut juridique du Comité en Suisse, ). Ainsi, il dispose de privilèges (essentiellement fiscaux) ainsi que d'immunités dans de nombreux pays.

Le CICR dispose du statut d'observateur aux Nations unies depuis la résolution du 45/6 de l'Assemblée générale, «eu égard au rôle et aux mandats particuliers qui lui ont été assignés par les conventions de Genève du 12 août 1949.»

Histoire[modifier | modifier le code]

De 1863 à nos jours, l’histoire du CICR se divise en cinq périodes : la fondation et les premières années de la Croix-Rouge, la Première Guerre mondiale, l’entre-deux-guerres, la Seconde Guerre mondiale et depuis 1945.

Fondation et premières années (1863-1914)[modifier | modifier le code]

Idées naissantes[modifier | modifier le code]

Après avoir lu « Un souvenir de Solferino », un jeune juriste, président de la Société genevoise d'utilité public, nommé Gustave Moynier rencontre Henri Dunant. Ensemble, ils discutent de leurs idées communes à propos des blessés de guerre. Plus tard, ces idées donneront naissance à une association d'aide humanitaire. Celle-ci sera formée de sociétés nationales indépendantes et se chargera de la formation des bénévoles, lorsqu'ils ne devraient pas intervenir sur des champs de bataille. Le 9 février 1863, G. Moynier propose à sa société d’examiner les idées d’Henri Dunant. Genève et toute la Suisse romande approuvent très vite l'idée de charité[5].

Fondation[modifier | modifier le code]

Au cours de la période allant de 1863 à 1914, la vision de Henri Dunant est devenue réalité du fait, d’une part, du rôle toujours plus opérationnel joué par le Comité (voir les articles dans cette section) et, d’autre part, de la création des Sociétés nationales de la Croix-Rouge (du Croissant-Rouge, dans le cas de la Turquie).

Dans l'année de la création de l'association, les fondateurs de la Croix-Rouge se réunissent une première fois le 17 février 1863 sous le nom de « Comité international de Secours aux Blessés. Commission spéciale de la Société en faveur des Militaires blessés durant les guerres » : un premier procès-verbal est signé par Henri Dunant, Théodore Maunoir, Louis Appia, Gustave Moynier et Guillaume-Henri Dufour qui est nommé président de la commission[6].

Le comité organise une conférence internationale qui se tient du 26 au 29 octobre 1863, à Genève[7]. Quatorze gouvernements européens et quelques sociétés philanthropiques sont réunis dans le but « d'examiner les moyens de promouvoir à l’insuffisance du service sanitaire dans les armées de campagne », ainsi que d'officialiser la création de l’association. Aussi, dix résolutions sont prises, lesquelles serviront de base pour les futures sociétés humanitaires.

L'année suivante, le 22 août 1864, la Première Convention de Genève est signée lors d'une nouvelle conférence. Cette Première Convention comporte dix articles et vise principalement à l’amélioration du sort des militaires blessés sur les champs de bataille. Lors de ce rassemblement, vingt-quatre délégués pour seize États sont présents. Douze États au total signent cette Convention. Aussi, il est entendu qu’une Société Nationale de la Croix-Rouge est reconnue, si le gouvernement adhère à cette idée et s’il a préalablement signé la Convention de Genève de 1864.

À partir de la signature de cette Première Convention, le droit international humanitaire se développe d'une façon fulgurante. Au sein du CICR, on compte de plus en plus de Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant Rouge. En effet, elles sont sept en 1864 (le Wurtemberg, la Belgique, la Prusse, le Danemark, la France, l'Oldenburg et l’Espagne) et quarante-cinq en 1914[8].

Tandis que la Croix-Rouge se développe, le droit humanitaire moderne prend corps : des règles acceptées sur le plan international, applicables à tous les conflits, destinées à garantir une assistance aux blessés et aux malades et qui devaient, plus tard, s’appliquer aux prisonniers et aux civils.

Cela n'est pas sans rappeler la première convention du genre, dite « Convention de Brandebourg », signé en 1759 par le Marquis de Rougé.

En plus des Sociétés nationales, la Croix-Rouge ouvre à Bâle, en 1870, sa première Agence Internationale de renseignements et secours de la Croix Rouge. Ces agences s'occupent de relever le noms des blessés et des morts au combat et de les transmettre aux familles. De plus, elles sont chargées de répondre à d'éventuels renseignements, de faire parvenir des envois d'argent et d'assurer la réception et la distribution du matériel de secours. Cette agence est créée durant la guerre franco-prussienne (1870-1871). En 1885, la deuxième ouvre à Vienne, puis petit à petit dans l'Europe entière[9].

Dès le début, le CICR a joué un rôle central dans le domaine humanitaire ; de fait, l’action menée en vue du développement du droit humanitaire est restée inséparable des activités déployées sur le terrain en faveur des victimes.

Membres du Comité international de la Croix-Rouge[modifier | modifier le code]

Louis Appia est l’un des cinq membres fondateur du Comité international de secours aux militaires blessés qui devient en 1876 le Comité international de la Croix-Rouge. En octobre de la même année Appia propose que tout le personnel volontaire qui travaille sur le champ de bataille porte des brassards blancs afin de se différencier des autres. Le général Guillaume-Henri Dufour, membre fondateur comme Appia du Comité, complète l’idée du brassard blanc en y ajoutant une croix rouge. Ainsi, la croix rouge sur fond blanc, à l’inverse du drapeau Suisse devient le symbole du CICR. L’activité de Louis Appia se distingue surtout par un grand nombre de voyages lors de congrès et de conférences au cours desquels il milite pour la convention de Genève et le travail du Comité international. Il propose l’idée que les sociétés de la Croix-Rouge nationale devraient également travailler en temps de paix à l’aide aux victimes des catastrophes naturelles ainsi que des épidémies et à la prise en charge des réfugiés.

Théodore Maunoir se lie d’amitié avec Louis Appia. Il participe activement aux réunions du CICR jusqu’à sa mort en 1869, au cours des réunions du Comité Maunoir met en évidence l’importance que le grand public soit aussi sensibilisé aux idées d'Henri Dunant et pas seulement les dirigeants politiques et militaires afin de produire un mouvement de masse. Il est le premier membre des cinq fondateurs du Comité à disparaître, il doit donc être remplacé. C’est le politicien genevois Louis Micheli de la Rive qui le succède. En raison de son décès, son action n’a eu aucune conséquence importante sur le développement du Comité. Au contraire de son ami Louis Appia et du président Gustave Moynier.

Du 26 au 29 octobre 1863 a lieu une conférence internationale afin de mettre en œuvre concrètement les propositions de Dunant. Toutefois, des différences entre les délégués apparaissent mais malgré cela Maunoir réussit à l’aide d’un discours persuasif à empêcher un échec retentissant de la conférence[10].

Première mission internationale[modifier | modifier le code]

Le 16 janvier 1864, un conflit éclate entre le Danemark, la Prusse et l’Autriche, au sujet de deux duchés situés à la frontière dano-allemande : c’est la guerre du Schleswig-Holstein. Le Comité international envoie un délégué dans chaque camp, le docteur Louis Appia, qui ira dans le camp allemand, et le capitaine Charles Van De Velde, qui est un représentant des Pays-Bas, qui sera du côté danois. Les délégués ont remarqué que le projet de la Croix-Rouge est réalisable, cependant, cette réalisation est impossible sans un apport de soutiens[11].

Guerre franco-prussienne de 1870-1871[modifier | modifier le code]

Les deux belligérants avaient déjà ratifié la Convention au début du conflit et douze sociétés déclarées neutres vont aider les blessés. C’est la première fois que la société française de secours, créée en 1864, est appelée à agir, contrairement à celles des états allemands qui ont déjà été mises à contribution en 1866. Elle n’est pas suffisamment préparée et les secours s’organisent dans la précipitation[12].

Durant cette guerre, les deux camps ont commis plusieurs violations à la Convention qu’ils avaient pourtant ratifiée, tout en essayant quand même d’observer certains articles de cette dernière. Les Français ont commis plus d’impairs que les Allemands en raison de leur ignorance du Traité. Des brassards portant une croix rouge étaient par exemple distribués aux souffrants afin de leur permettre de fuir les zones occupées. Les Allemands ont quant à eux fait prisonniers des hommes qu’ils auraient dû renvoyer chez eux[13].

Le conflit tourne très vite à l’avantage des Allemands. Des centaines de milliers de Français sont faits prisonniers. Le Comité international trouve le moyen de venir en aide à ces prisonniers. On décide de créer deux organismes distincts mais gérés par le CICR. L’Agence internationale sert d’intermédiaire aux donateurs d’argent destiné aux blessés des armées. Le Comité international de secours pour les prisonniers de guerre reçoit notamment de l’argent pour les prisonniers français et allemands. Cette société formée pour cette circonstance s’appelle la Croix-Verte et est dirigée par le docteur Christ-Socin. Elle apportera espoir et aide à plusieurs centaines de milliers de personnes. De plus, le CICR édite une liste des prisonniers de guerre qui est une source d’informations pour tous les Français et Françaises qui n’ont plus de nouvelles de leurs proches. Cette guerre connaît alors un élan de solidarité et d’entraide internationale jusqu’alors inconnu. Des collectes sont organisées et du matériel sanitaire est envoyé. De plus, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique qui ne sont pas engagés dans le conflit mettent en place des ambulances pour les blessés français ou allemands. La Suisse participe aussi à ce mouvement et envoie des médecins comme le docteur Roussel de Genève[14].

Néanmoins, malgré ce bilan plutôt positif, à la fin de la guerre, beaucoup veulent réviser la Convention de 1864 et remettent en question les sociétés actives durant le conflit. Cette volonté est plus marquée dans les pays germanophones, dû au fait que les Français respectèrent moins bien qu’eux le Traité durant la guerre de 1870. Moynier écrit un texte pour tenter de défendre l’utilité de la Croix-Rouge. Il met notamment en opposition la bonne préparation des sociétés allemandes et le désordre de leurs homologues françaises. Il affirme que les organisations ont été profitables aux soldats en dénonçant toutefois l’ignorance des français[15].

En 1874, la Russie soumet un projet de conférence visant à « codifier l’ensemble des lois et coutumes de la guerre sur terre. »[16], menaçant ainsi le Traité de 1864. Il mentionne par exemple que les blessés et les souffrants devraient être considérés comme prisonniers de guerre, contredisant ainsi l’article 6 de la Convention. Grâce à Moynier, qui défendra le Traité de 1864, ce dernier ne sera pas modifié. La conférence, qui a lieu à Bruxelles, démontre en outre que les États sont plus préoccupé par les manœuvres et techniques militaires que par le sort de leurs soldats. Néanmoins, conscient de la nécessité de réviser certaines parties de la Convention sans pour autant en modifier les principes fondamentaux, le juriste propose de tenir une convention de révision, qui n’aura lieu qu’en 1906[17]. Face à ces attaques, le Comité international affichera donc une attitude plus précautionneuse dans les guerres qui suivirent celle de 1870. Moynier essaiera aussi d’affirmer l’appellation de « Croix-Rouge » et le comité prendra par ailleurs le nom de « comité international de la Croix-Rouge » (CICR) en 1875[18].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale a marqué le « passage à l’âge adulte », tant pour le CICR que pour la Croix-Rouge en général. Intervenant sur une échelle encore jamais imaginée, les Sociétés nationales ont mis à disposition des volontaires pour les services d’ambulances et autres activités menées derrière les lignes de front, tandis que le CICR étendait son action de protection des prisonniers de guerre.

Le CICR a ouvert l’Agence internationale (AIPG)– un bureau central pour les listes de prisonniers et l’envoi de colis d’articles de secours. Il a aussi étendu son action afin d’inclure les messages destinés aux civils (très nombreux à se trouver derrière les lignes ennemies et coupés de leurs proches).

Dans le cadre de son action visant à s’assurer que le droit humanitaire reste adapté aux nouvelles réalités, le CICR a lancé un appel en février 1918, demandant aux belligérants de cesser d’utiliser des gaz toxiques.

Entre-deux-guerres (1918-1939)[modifier | modifier le code]

La guerre de 14-18 est alors décrite comme celle qui « mettrait fin à toutes les guerres ». L’accent est mis sur la paix qu’il faut préserver et la Croix-Rouge commence à s’organiser dans cette voie.

Cependant, les événements vont démontrer le contraire. Les blessures mal cicatrisées de la Première Guerre mondiale, les désastres financiers et la montée du nationalisme engendrent un certain nombre de conflits dans lesquels le CICR déploie ses activités, aussi bien en Europe que dans des pays lointains – en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

L’institution est surtout confrontée de plus en plus souvent à des conflits internes, avec un nombre croissant de victimes civiles. Les bases juridiques dont elle a besoin lui font défaut et malgré tous ses efforts pour que les gouvernements adoptent de nouvelles lois visant à protéger les civils, ce vide juridique aura des conséquences catastrophiques après 1939.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'action de la Croix-Rouge est controversée. On lui reproche d'une part sa passivité et son aveuglement face aux barbaries nazies, et d'autre part sa collaboration active avec le régime nazi. À partir de l'été 1942, les dirigeants du CICR ont pris conscience du génocide juif[19]. Mais le CICR « n'a pas pris le risque suprême de jeter en faveur de ces victimes tout le poids de son autorité morale ». La crainte de compromettre les activités dont le CICR pouvait effectivement s'acquitter en faveur des prisonniers de guerre a certainement joué un rôle, ainsi que des motifs moins avouables tel que défendre les intérêts de la Suisse et que certains de ses membres n’auraient pas été exempts d’antisémitisme. D’autres, enfin, souhaitaient préserver leur bonne entente avec la Croix-Rouge allemande qui, depuis longtemps, avait exclu les juifs de tous les postes de responsabilité pour les remplacer par des sbires à la solde du régime. Au printemps 1942, ces derniers annonçaient au siège genevois que toute recherche portant sur des prisonniers en camps de concentration et des disparus “non aryens” ne serait plus traitée. Les inspections de camps étaient rares et donnaient lieu à des mises en scène de la part des responsables des sites concentrationnaires. L’exemple le plus frappant est celui de Theresienstadt, où le délégué du CICR se laissera aller à admirer cette “ville offerte aux juifs” par le Führer, d'après le titre alternatif de Theresienstadt, un film de propagande que les nazis firent tourner[20] par Kurt Gerron.

En réponse aux critiques, « le CICR a mandaté le professeur Jean-Claude Favez pour mener une enquête indépendante sur son action en faveur des victimes des persécutions nazies et lui a donné libre accès à ses archives relatives à cette période; dans un souci de transparence, le CICR a également décidé d'ouvrir aux historiens ses dossiers d'archives de plus de 50 ans ; ayant pris connaissance des conclusions de l'ouvrage du professeur Favez, le CICR a reconnu ses manquements passés et exprimé ses regrets à ce propos. » [19]

Plus encore que l'absence de dénonciation publique, c'est la timidité des démarches confidentielles qui pèse dans ce bilan. Il ressort de ce bilan que l'action du CICR en faveur des victimes civiles du nazisme a été un échec, ce que le CICR reconnaît clairement[21],[19].

Pendant l'hiver 1941-42, un certain nombre de médecins et d'infirmières suisses partirent par ailleurs en mission humanitaire sur le Front de l'Est, notamment à Smolensk, sous les auspices de la Croix-Rouge suisse, et avec la bénédiction des autorités allemandes. Ces médecins et ces infirmières furent déployés dans les hôpitaux militaires allemands, pour faire face à un afflux massif de grands blessés de guerre. Après la guerre, ces hommes et ces femmes furent accusés d'avoir trahi l'idéal et la neutralité de la Croix-Rouge[22].

Mais en 1944, compte tenu d'un contexte très peu favorable aux actions humanitaires, et d'une situation extrêmement difficile pour la Croix-Rouge en Europe, le CICR a reçu le prix Nobel de la paix, le seul décerné au cours de la période 1939-1945.

Depuis 1945 : quelques pages d'histoire[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale, caractérisée par l'horreur des massacres et la souffrance, s'est achevée sur une démonstration dévastatrice, avec une arme nucléaire dont la puissance semblait à peine imaginable.

Tandis que l'Europe – où la plupart des conflits du XXe siècle plongent leurs racines – s'efforçait d'élever des remparts pour préserver la paix, d'autres régions du monde ont continué de subir les effets des conflits. Certains de ces conflits ont pris des formes nouvelles, avec des combattants pour la liberté, des mouvements de guérilla et des régimes dictatoriaux occupant le devant de la scène.

La conduite des hostilités ayant posé dans les années 1930 et 1940 de nouveaux défis en matière de protection, il est apparu nécessaire d'établir de nouvelles règles juridiques. Les Conventions de Genève ont d'abord été révisées et renforcées en 1949, puis deux protocoles additionnels ont complété le dispositif légal en 1977. Le CICR a aidé à la rédaction de tous ces textes.

Le CICR est sorti quasiment ruiné de la Deuxième Guerre mondiale, et a eu beaucoup de difficultés à récolter des fonds durant les années, voire les décennies, suivantes. Il s'est pourtant efforcé de déployer ses activités dans les principaux conflits qui ont suivi la déflagration mondiale.

Ce n'est qu'à partir des années 1990 que le CICR a retrouvé un soutien généreux des gouvernements et de la Commission européenne (de loin ses principaux donateurs) ce qui lui permet désormais de se placer dans une perspective d'accroissement de ses activités. Pour mener ses activités en 2008, le CICR a lancé un appel dont le montant dépasse le milliard de francs suisses (600 000 000 euros)[23]. Contrairement à de nombreuses ONG et même à des agences humanitaires rattachées aux Nations unies, le CICR dispose de réserves qui lui permettent d'engager une action dès que les besoins humanitaires sont constatés, sans attendre de recevoir le financement nécessaire. Cette façon de procéder assure non seulement une rapidité de réaction très profitable aux victimes des conflits armés auxquelles le CICR vient en aide, mais aussi l'indépendance de l'institution qui peut de la sorte mener des activités même dans les contextes qui ne sont pas médiatisés et qui par conséquent attirent moins de contributions.

Présidents[modifier | modifier le code]

  • Paul Ruegger (1948-1955)
  • Léopold Boissier (1955-1964)
  • Samuel Gonard (1964-1969)
  • Marcel Naville (1969-1973)
  • Eric Martin (1973-1976)

Présidents par intérim : Édouard Naville (1917-1920), Max Huber (1945-1947), Martin Bodmer et Ernest Gloor (1947-1948), Jacques Freymond (1969)[24].

Emblème[modifier | modifier le code]

Dès sa création en 1863, le CICR est dotée d'un emblème : une croix rouge sur fond blanc. Il s'agit des couleurs inversées du drapeau suisse.

Principes fondamentaux[modifier | modifier le code]

Les activités du CICR sont cadrées par les sept principes fondamentaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.

Humanité[modifier | modifier le code]

La Croix-Rouge se bat contre la souffrance et la mort. Ce principe en est la base et tous les autres en dépendent. Il est apparu grâce à l’envie de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille. L’humanité tend à protéger la vie et la santé de chaque individu et de faire respecter la personne humaine. Cependant, elle ne vise pas seulement la lutte contre la souffrance ou la libération de l’être humain, mais également des buts plus positifs tels que l’affirmation de la personnalité ou la conquête du bonheur. Dans un sens plus large, le sentiment d’humanité pousse chacun à agir pour le bien de ses semblables. De ce fait, la Croix-Rouge favorise la compréhension réciproque, l’amitié, la collaboration et la paix entre les peuples.

Impartialité[modifier | modifier le code]

Ce principe a pour but de ne faire aucune distinction de nationalité, de race, de religion, de condition sociale, etc.L’impartialité se consacre seulement à secourir les blessés suivant leur mesure de souffrances et d’agir selon le degré d’urgence. On peut dire que ce principe comporte deux aspects, le premier consiste en l’effort de l’individu, afin d’être capable de ne pas prendre parti, ainsi qu’être objectif en toutes circonstances. Cependant cet aspect est particulièrement difficile à suivre car cette objectivité risque sans cesse d’être troublée par divers facteurs conscients ou inconscients. Le second, consiste à ne pas juger sous aucune raisons. En résumé, l’impartialité est la qualité de la personne à ne pas prendre parti et ne pas avantager une personne au profit d’une autre par intérêt, sympathie ou antipathie personnelle.

Neutralité[modifier | modifier le code]

Afin que chaque personne lui accorde sa confiance, la Croix-Rouge doit s’abstenir de prendre part aux désaccords, aux combats et batailles autrement dit aux problèmes d’ordre militaires, mais également aux différends d’ordre politique, racial, religieux ou philosophique. Ce principe demande une grande maîtrise de soi ainsi qu’un long apprentissage. La neutralité est un premier pas vers la sagesse et peut être vers la paix. Dans l’enseignement de la Croix-Rouge, ce principe comporte deux significations. Premièrement, il désigne la neutralité dans le domaine militaire, c’est pourquoi les ambulances et les hôpitaux militaires étaient reconnus neutre. Ils étaient également protégés et respectés par les combattants. Dans le terme de neutralité, il faut comprendre que les blessés lors de combats ne sont plus considérés comme des ennemis et que ceux qui les soignent se trouvent au-dessus des batailles. Deuxièmement, on utilise ce terme pour désigner la discrétion de la Croix-Rouge par rapport aux opinions politiques, philosophiques, morales ou religieuse.

Indépendance[modifier | modifier le code]

La Croix-Rouge est indépendante de tous pouvoirs et libre de toute influence. C’est elle qui doit être la dirigeante de ses décisions, de ses gestes et de ses paroles. Elle doit conserver une autonomie qui leur permet d’agir toujours selon les principes de la Croix-Rouge, de se montrer égalitaire envers les humains et de rester universelle.

Unité[modifier | modifier le code]

C’est l’un des plus anciens principes de la Croix-Rouge. Il ne peut exister qu’une seule institution universelle de la Croix-Rouge dans un même pays. Elle doit être accessible à tous et répartir son action humanitaire sur tous les territoires.

Universalité[modifier | modifier le code]

La Croix-Rouge est une institution universelle dans laquelle toutes les sociétés ont les mêmes droits et le devoir de s’entraider. « L’œuvre de la Croix-Rouge doit s’étendre à tous les hommes, dans tous les pays.»

Volontariat[modifier | modifier le code]

La Croix-Rouge est une institution de secours volontaire et désintéressée[25].

Humanitaire et cinéma[modifier | modifier le code]

Les premiers documentaires filmés par la Croix Rouge datent du début du XXe siècle. Thomas Edison réalise ainsi pour la Croix Rouge américaine, entre 1910 et 1914, une série de films sur la tuberculose. Ce sera le début de nombreux reportages filmés sur les désastres humanitaires occasionnés par les guerres[26].

Activités[modifier | modifier le code]

Pour accomplir sa mission, le CICR a articulé ses activités autour de quatre pôles ou programmes :

  • la protection des personnes affectées par un conflit, qu'il s'agisse de prisonniers de guerre, de détenus de sécurité, ou de civils subissant les effets des combats. Les délégués visitent les lieux de détention, s'entretiennent sans témoins avec certains prisonniers de leur choix, puis soumettent leurs constatations et recommandations aux autorités responsables pour que ces dernières assurent des conditions matérielles et psychologiques conformes au droit en vigueur. Pour la population civile, les délégués s'enquièrent de leur situation et d'éventuelles violations commises à leur encontre par les parties au conflit (armée ou rebelles). Le dialogue entre le CICR et les responsables présumés des violations est en principe confidentiel, sauf blocage durable ou violation particulièrement grave, auquel cas le CICR peut choisir de s'exprimer publiquement comme ce fut le cas par exemple avec la Birmanie, dénoncé le 29 juin 2007[27]. Un pan important du travail de protection du CICR vise à rétablir les liens familiaux, dans le cas où une famille a été séparée par les combats : ce rétablissement peut se faire par l'échange de messages Croix-Rouge (formulaire permettant l'échange de nouvelles familiales et acheminé par les délégués du CICR ou les volontaires des Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge), ou la recherche d'une personne portée disparue, que cela soit à l'occasion d'une arrestation, d'un acte de guerre ou d'un déplacement précipité, au cours duquel les enfants perdent le contact avec leurs parents.
  • l'assistance des personnes affectées par un conflit. Là aussi, cela peut concerner la population civile, les détenus, les blessés, les malades, etc. Outre les distributions de nourriture ou de matériel de première nécessité bien connues, le CICR a développé des techniques d'appareillage orthopédique particulièrement adaptées aux conditions précaires prévalant dans les pays en guerre, et forme également des chirurgiens aux pratiques spécifiques de la chirurgie de guerre.
  • la prévention des crimes de guerre et autres violations du droit international humanitaire ( appelé également « droit de la guerre »). Le CICR travaille à cet objectif par la promotion et le renforcement du droit et des principes humanitaires universels, à travers le DIH.. C'est ainsi qu'il est à l'origine en 1864 de la première Convention de Genève, puis des quatre Conventions de Genève en 1949, de leurs deux Protocoles additionnels en 1977, et de leur troisième Protocole additionnel de 2005, qui sont actuellement en vigueur. Le CICR soutient les États qui souhaitent ratifier les traités de DIH ou qui, après la ratification, doivent mettre leur législation nationale en conformité avec le DIH. Il s'agit en premier lieu des Conventions de Genève et de leurs trois Protocoles additionnels, mais également d'autres traités qui protègent les personnes affectées par les conflits, comme le Traité d'Ottawa visant à l'interdiction des mines anti-personnel. Le CICR a également activement promu l'interdiction préventive des armes laser aveuglantes[28] ou l'interdiction, en mai 2008, des armes à dispersion (ou sous-munitions), qu'il s'agisse de leur emploi, de leur production, de leur stockage ou de leur transfert[29].
  • la coopération avec les autres composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge[30]. Il s'agit de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ainsi que des Sociétés nationales, actuellement au nombre de 183 (2007). Dans le cadre de ses prérogatives, le CICR a en effet la responsabilité de reconnaître les Sociétés nationales (ex. Croix-Rouge française, Croissant-Rouge afghan ou, plus récemment, le Magen David Adom israélien et le Croissant-Rouge palestinien, etc.) lorsque celles-ci répondent à une dizaine de critères de base visant à assurer que la Société nouvellement reconnue sera en mesure d'agir dans le respect du DIH, mais aussi des principes fondamentaux et des Statuts du Mouvement. Avant et après leur reconnaissance, le CICR les soutient également dans leur propre pays, afin qu'elles se développent et puissent remplir leur rôle d'auxiliaires des pouvoirs publics et fournir les services humanitaires en fonction des besoins constatés.

Le CICR dispose d'un statut d'observateur à l'ONU. Il collabore également avec d'autres instances internationales comme l'Union européenne, l'OSCE, l'Union africaine, l'ASEAN, ainsi que les organisations non gouvernementales avec lesquelles il coordonne au mieux ses activités d'assistance sur le terrain pour l'intérêt des bénéficiaires.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Activités du CICR par pays
  2. Le Comité est exclusivement suisse, mais l'immense majorité des employés sont étrangers. Même parmi les expatriés, qui sont un peu plus d'un millier, on compte désormais une majorité de ressortissants d'autres pays que la Suisse.
  3. La composition du Comité en janvier 2008.
  4. La mission du CICR
  5. informations tirées du livre : Pam Brown, Henry Dunant, Ed. Exley Ltd, 1988
  6. [PDF]Séance de la commission du 17 février 1863 Document sur www.icrc.org, relu le 1er novembre 2013.
  7. Résolutions de la Conférence internationale de Genève, 26 au 29 octobre 1863. Article sur www.icrc.org, relu le 1er novembre 2013.
  8. Dictionnaire Historique de la Suisse, Volume 3, Édition Gilles Attinger, Hauterive, Suisse, 2003 (ch. « Croix-Rouge » p. 671-673)
  9. Historiens de la Croix-Rouge, Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, Suisse, 1999
  10. « Gustave Moynier » dans Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Moynier
  11. Durand, Bender et Labarth 1992, p. 49-50
  12. Harouel 1999, p. 15
  13. Harouel 1999, p. 16
  14. Durand, Bender et Labarth 1992, p. 57-58
  15. Harouel 1999, p. 2
  16. Harouel 1999, p. 23
  17. Harouel 1999, p. 23-24
  18. « Résolutions de la Conférence internationale de Genève, 26 au 29 octobre 1863. », Auteur non précisé, http://www.icrc.org/dih.nsf/INTRO/115?OpenDocument , 14 mars 2009, 17h01
  19. a, b et c Allocution du Directeur du droit international et de la coopération au sein du Mouvement en 2002 « Entre histoire et mémoire, le CICR et les camps de concentration et d'extermination nazis ».
  20. « La Croix-Rouge sous le IIIe Reich. Histoire d’un échec».
  21. Déclaration solennelle du Comité à l'occasion de la commémoration de la libération d'Auschwitz-Birkenau
  22. Reinhold Busch: Die Schweiz, die Nazis und die erste Ärztemission an die Ostfront; Schweizer Ärztemissionen im II. Weltkrieg - Teil 1 - Robert Nicole, Bericht über die Schweizerische Ärztemission nach Finnland, Verlag Frank Wünsche, Berlin, 2002.
  23. [PDF] Les données principales de l'appel 2008
  24. « Croix-Rouge » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  25. « Principes fondamentaux de la Croix-Rouge », dans Manuel de la Croix-Rouge Internationale, Genève, onzième édition, 1971, p. 383-384
  26. http://www.redcross.int/FR/mag/magazine2005_2/26-27.html
  27. Myanmar : le CICR dénonce les violations importantes et répétées du droit international humanitaire, communiqué de presse 82/07.
  28. Louise Doswald-Beck, Le nouveau Protocole sur les armes à laser aveuglantes, Revue internationale de la Croix-Rouge no 819, p. 289-319, juin 1996.
  29. Questions-réponses au sujet de la Convention sur les armes à sous-munitions sur le site du CICR.
  30. Les grandes lignes de la coopération sur le site du CICR.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Durand, P. Bender et J-F. Labarth, « La première mission internationale », dans La Croix-Rouge en Suisse romande, Fribourg, Commission régionale des sections romandes de la Croix-Rouge suisse,‎ 1992
  • Jean-Claude Favez, Une mission impossible : le CICR, les déportations et les camps de concentration nazis, Lausanne, Payot,‎ 1988 (ISBN 978-2601030457)
  • Véronique Harouel, Histoire de la Croix-Rouge, France,‎ 1999 (ISBN 978-2130496274)
  • Henri Coursier. La Croix-Rouge Internationale. Que-sais-je ? PUF, 1959, N°- 128p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]