Opération Mondscheinsonate

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Le centre-ville dévasté

L'Opération Mondscheinsonate (« Sonate au clair de lune » en allemand) fut le nom donné par l'armée de l'air allemande au raid de bombardement de Coventry dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940, au cours du Blitz. Le nom de l'opération est dû à la pleine lune qui régnait pendant cette même nuit.

Lors du bombardement, 449 bombardiers larguèrent 450 tonnes de bombes. La ville fut très endommagée (4.330 logements détruits), 568 de ses 320.000 habitants furent tués et 723 blessés[1]. La cathédrale Saint-Michel de Coventry commença à brûler vers 20h. Bien que l'incendie aurait pu être combattu, il a été ravivé par de nouveaux bombardements plus tard dans la nuit et finalement, la cathédrale fut complètement détruite. Elle n'a pas été reconstruite depuis et ses ruines sont toujours visibles aujourd'hui.

Selon certains historiens reprenant un communiqué allemand de l'époque, ce raid contre une ville médiévale aurait été une riposte contre le bombardement du centre historique de Munich par des avions anglais six jours plus tôt[2].

Une légende raconte que Winston Churchill aurait pris la décision de laisser bombarder la ville pour préserver le secret de la découverte du mode de cryptage utilisé dans les communications de l'Axe, seuls des enfants étant évacués sous prétexte de camps de vacances. En réalité, Winston Churchill a bien eu l'information d'un bombardement dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940 mais il n'en connaissait pas le lieu. On pensait à l'époque que le bombardement toucherait la banlieue de Londres.

Plus tard, une expression apparait pour parler de la technique utilisée par la Luftwaffe pour détruire les villes ennemies, la coventrisation (En référence au nom de la ville).

Trame de fond[modifier | modifier le code]

Au commencement de la Seconde Guerre mondiale, Coventry était une ville industrielle d'environ 238 000 habitants. Comme la plupart des villes industrielles des West Midlands, elle contenait beaucoup d'industries sidérurgiques. Dans le cas de Coventry, cela comprenait des automobiles, des bicyclettes, des avions et depuis 1900, des usines de munitions. D'après les mots de l'historien Frederick Taylor : « Coventry.... était de fait, d'après le peu de loi pouvant exister à ce sujet, une cible légitime pour un bombardement aérien ».

Pendant la Première Guerre mondiale, grâce à l'état d'avancement de l'industrie de la machine-outil, pouvant être employée à des fins militaires et grâce à des industries telles Coventry Ordnance Works, il a été supposé que Coventry fut un des centre de fabrication de munitions les plus importants du Royaume-Uni, qui a par exemple fabriqué 25 % de tous les avions produits durant la guerre[3].

Comme de nombreuses villes des West Midlands anglais, qui ont été industrialisées durant la Révolution industrielle, le développement industriel s'est produit avant que les règlements de zonage entrent en vigueur et que les usines de petite et moyenne taille soient construites dans les mêmes rues que les maisons des travailleurs et des commerces du centre ville. Toutefois, il y avait déjà durant l'entre-deux guerres de grands quartiers, d'habitations privées et à loyer modéré, relativement isolées des constructions industrielles résultant de leur construction après que les règlements de zonage eurent acquis force de loi.

Après le Rotterdam Blitz, le RAF Bomber Command fut autorisé à attaquer des cibles allemandes à l'est du Rhin le 15 mai 1940; le ministre de l'Air autorisa le maréchal de l'Air Charles Portal à attaquer des cibles dans la Ruhr, comprenant des installations pétrolières et autres cibles industrielles civiles participant à l'effort de guerre allemand, comme les hauts-fourneaux (auto-éclairants la nuit) [4],[5]. Le motif sousjacent était d'attirer les forces aériennes allemandes loin du front français[6]. Winston Churchill expliqua la rationalité de cette décision par une lettre de ses homologues français datée du 16 mai 1940 : « J'ai examiné aujourd'hui avec le Cabinet de Guerre et tous les experts la requête que vous m'avez faite la nuit dernière et ce matin pour plus d'escadrons de combat. Nous sommes tous d'accord avec le fait qu'il est préférable d'attirer l'ennemi sur cette île en frappant ses points vitaux, et ainsi d'aider la cause commune[7] ». À cause des sites britanniques de bombardement inadéquats, les frappes ayant suivi « ont eu l'effet de raids de terreur sur les villes et les villages »[6]. En dépit des attaques britanniques sur les villes allemandes, la Luftwaffe ne commença à attaquer les cibles militaires et économiques dans les îles Britanniques seulement 6 semaines après que la campagne de France fut conclue[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. The City of Coventry, Adrian Smith, 2006, IB Tauris
  2. Walter J. Boyne, Air Warfare: An International Encyclopedia, vol. I, ABC-CLIO, 2002, p. 155.
  3. Jeffrey Haydu, "Between craft and class: skilled workers and factory politics in the United Kingdom", p. 126
  4. Hastings 1979, p. 6
  5. Taylor 2005, Chapter "Call Me Meier", p. 111
  6. a, b et c (en) Horst Boog, Germany and the Second World War, vol. VII : "The Strategic Air War in Europe and the War in the West and East Asia, 1943–1944/5", Oxford University Press, 2006, p. 362.
  7. National Archives 15 May 1940 CAB 65/13/9