Livre audio

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Un livre audio est un livre ou un texte dont on a enregistré la lecture à haute voix ; il peut aussi être issu d’un recours à la synthèse vocale.

Le rapport à la « lecture » se trouve modifié par le recours à l’ouïe, plutôt qu'à la vue, traditionnellement attachée à l’imprimé. Les progrès technologiques (notamment en matière d'enregistrement et de restitution sonore), l’envie de nouveautés et de nombreuses autres qualités (gain de temps, de mobilité et d’encombrement physique de stockage, lecture en communauté, plaisir de l’écoute, rapport décomplexé au texte pour les apprenants...) contribuent à l’essor considérable du livre audio ces dernières années.

Simple d’utilisation, le livre audio séduit différentes catégories d’âge et socio-professionnelles, pour des raisons souvent différentes, voire opposées : unique moyen pour certaines catégories de personnes handicapées (déficients visuels par exemple), confort de lecture pour les plus âgés, mobilité et nouveau rapport à la lecture pour les plus jeunes, gain de temps pour les actifs (utilisation dans les transports et durant les tâches ménagères), plaisir de l’écoute et convivialité...

Dans de nombreux pays (Allemagne, États-Unis, Grande-Bretagne, pays nordiques), le livre audio s’est développé rapidement ces dernières années, et a déjà conquis un large public.

Historique[modifier | modifier le code]

De par la place qu’a prise l’imprimé en France, on peut facilement oublier qu’à l’origine la lecture se faisait à voix haute, et ce dès l’Antiquité. Il faut attendre l’industrialisation de la production du livre, et surtout l’essor de l’alphabétisation de la population pour que le livre imprimé prenne la place qu’on lui connaît aujourd’hui. Mais la tradition orale a survécu, notamment grâce aux enfants[1].

L'écoute d'une lecture de livre est une pratique très courante au XIXe siècle qui voit les écrivains, les feuilletonistes donner lecture de leurs œuvres[2].

Les premiers enregistrements de musique et de langue parlée sont rendus possibles grâce à l'invention du phonographe[3] en 1877 par Thomas Edison qui imagine comme application à son invention des « livres phonographiques » destinés aux personnes aveugles[4].

Le livre audio est d'abord créé au XXe siècle pour la jeunesse (histoires pour les enfants, méthodes de langues pour le parascolaire) et pour un public de mal voyants[1]. En outre, au cours du XXe siècle, bon nombre de pièces et de textes sont lus et enregistrés à la radio (Antonin Artaud, Pour en finir avec le jugement de Dieu, ou les récits d’Hitchcock). Le développement des livres audio se réalise jusque dans les années 1960 qui marquent un certain déclin probablement à cause du format cassette, à l'exception des livres audio de poésie, d'enregistrements historiques ou pour la jeunesse. Depuis les années 1980, le livre audio se développe à nouveau avec la pratique du divertissement en situation de mobilité[2].

Pendant des décennies, les livres audio étaient produits exclusivement par enregistrement de la voix humaine. Les progrès de la synthèse vocale permettent désormais de produire des livres en recourant à cette technique. La synthèse vocale ne peut certes pas égaler la voix humaine pour exprimer des émotions ou des tonalités particulières, mais le recours à la synthèse vocale permet d’obtenir un livre audio beaucoup plus rapidement[5].

Synonymes[modifier | modifier le code]

De tous les synonymes recouvrant cette notion, le terme livre audio semble de loin le plus usité. On écrit des livres audio, et non des livres audios, car l’adjectif audio est invariable.

  • audilivre
  • audiobook (anglicisme)
  • livraphone (provenant de la société du même nom)
  • livre parlant ou parlé
  • livre sonore
  • livre lu
  • livre-à-écouter
  • livre enregistré

Il ne faut pas confondre le livre audio, adaptation d’un livre à un support audio, avec la saga MP3, destinée uniquement au support audio.

Économie[modifier | modifier le code]

Évolution du marché[modifier | modifier le code]

Exemple d'un studio audio des lectures professionnelles

Pendant longtemps, le support privilégié du livre audio a été la cassette audio mais des livres audios circulaient déjà sur disque vinyle. Depuis plusieurs années maintenant on trouve les livres audio sur disque compact (CD) ou sous la forme de fichiers numériques en téléchargement (principalement aux formats MP3, Sixtrid, Audible, Ogg Vorbis, ou encore .m4b -AAC avec chapitres-), qui ont permis une diminution sensible des prix de vente.

Dans l’Union européenne, depuis juin 2009[6], les livres audio sur support physique (CD par exemple) bénéficient du taux réduit de TVA (5,5 % en France en 2011). En revanche, le téléchargement de livres par fichiers numériques, qui constitue une prestation de service par voie électronique, demeure soumis au taux normal de la taxe, conformément au droit communautaire.

Très répandu aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne, en Pologne ou encore en Europe du Nord (plus de 10 % du marché du livre), le livre audio progresse véritablement depuis peu dans les pays francophones. Il représente à l’heure actuelle 0,7 % du marché du livre en France, en progression de 35 % en 2008[7].

Le « retard français » en la matière est assez difficile à analyser : appréhension technologique, manque d’équipement, frilosité envers la « lecture sonore », image jugée élitiste au début (beaucoup de « classiques » libres de droit édités à l’origine), mauvaise intégration des qualités du livre audio, manque de titres contemporains ou prix de vente parfois élevés sont quelques explications parfois avancées.

La disponibilité de titres de qualité, accessibles en matière de prix, en vente simultanée (ou presque) à la sortie du livre « imprimé » grand format, ainsi que la multiplication des titres offerts pourraient contribuer à l’essor du livre audio dans les années à venir.

Parallèlement aux circuits commerciaux classiques, existe la distribution de livres audio à des fins non lucratives, notamment par les associations et organismes agissant au service de personnes handicapées.

Meilleures ventes[modifier | modifier le code]

Jusqu'à récemment, les succès du livre audio ne correspondaient pas forcément aux meilleures ventes en grand format (en témoigne le succès de la Contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray). Le marché du livre audio garde ses spécificités (forte importance des documents et de la philosophie) mais l'arrivée des grands éditeurs a rapproché le livre audio du marché du livre classique (succès de la trilogie Millénium ou de la saga Twilight).

Le succès des titres dépend également du circuit de distribution : les titres de "suspense" ou les livres audio érotiques ont tendance à mieux fonctionner en téléchargement, alors que les titres de littérature se vendent mieux en librairie.

Éditeurs[modifier | modifier le code]

Le marché français s’appuie sur différents acteurs historiques issus du marché du disque (Frémeaux & Associés), des spécialistes dans les productions pour personnes déficientes visuelles (Lire dans le Noir et Éditions VDB pour sa branche de livres en gros caractères), des éditeurs audio précurseurs (éditions des femmes, Le Livre Qui Parle, Livraphone, Éditions Thélème, SonoBooK, Sixtrid), et plus récemment les grands noms de l’édition française : Gallimard, Audiolib (coentreprise d’Hachette Livre, Albin Michel et Bertelsmann) et depuis peu Flammarion. Au printemps 2014, les éditions Le Bélial lancent le concept de "livre audio musical" : une oeuvre littéraire (inédite ou pas) est lue par son auteur, avec un habillage musical composé à cette occasion et interprété par des artistes contemporains. Texte et musique ont alors la même importance et "racontent" ensemble la même histoire via un point de vue élargi.

Associations et manifestations[modifier | modifier le code]

Associations agissant au service de personnes handicapées[modifier | modifier le code]

Certaines associations agissant au service de personnes handicapées bénéficient de l’exception au droit d'auteur prévue par la loi DADVSI. Pour ces structures, il existe deux niveaux d’agrément[8] : d’une part l’agrément simple qui donne le droit d’adapter les œuvres et de les communiquer aux personnes handicapées, d’autre part l’habilitation à demander l'accès aux fichiers numériques des éditeurs déposés auprès de la Bibliothèque nationale de France (BNF) investie de cette mission par le décret du 6 février 2009[9].

L’AVH (Association Valentin Haüy) produit des livres audio au format DAISY ; elle bénéficie de l’agrément simple et de l’habilitation à demander l'accès aux fichiers numériques des éditeurs déposés auprès de la BNF[10]. Elle prête gratuitement ces livres audio aux publics empêchés d’accéder aux livres imprimés, soit sur CD, soit en téléchargement dans le cadre du service Éole[11]. Pour sensibiliser le grand public à l’intérêt des livres audio pour les personnes déficientes visuelles, depuis 2010, l’Association Valentin Haüy organise une manifestation en ligne : le livre AudioSolidaire[12]. Il s’agit d’inviter les internautes à enregistrer en ligne un passage d’un livre. Pour le livre AudioSolidaire 2012 (La Délicatesse de David Foenkinos), il y a eu plus de mille personnes qui ont donné leur voix. Pour l’édition 2013, c’est Au bonheur des ogres de Daniel Pennac qui est enregistré par les internautes.

L'Association des donneurs de voix[13] bénéficie de l’agrément simple[10] et produit des livres audio au format MP3 pour les personnes empêchées de lire (handicap visuel et moteur) sur inscription et certificat médical justifiant du handicap.

L'UNADEV (Union nationale des aveugles et déficients visuels), qui bénéficie également de l’agrément simple[10], propose avec lecturesonore un service gratuit de téléchargement de livres audio au format MP3[14].

Autres associations[modifier | modifier le code]

Tatiana de Rosnay, Michel Nougué, Melissa Mourer Ordener, Katharina von Bulow et Pascal Kané assistent au Grand Prix du Livre Audio 2011.

L'association La Plume de paon organise chaque année, depuis 2010, le Grand prix du livre audio dont les membres du jury sont notamment Pascal Kané, Antoine Spire, Michel Nougué, Melissa Mourer Ordener, Katharina von Bulow, Audrey Kumar [15],[16],[17]...

Types[modifier | modifier le code]

Livre audio libre et gratuit[modifier | modifier le code]

En parallèle à la distribution commerciale classique, sont apparus un certain nombre d’efforts pour enregistrer et diffuser des livres audio gratuits. Il s’agit soit de textes classiques tombés dans le domaine public, soit d’œuvres contemporaines diffusées sous licence Creative Commons. Le fichier audio lui-même est enregistré par des lecteurs bénévoles, et normalement diffusé sous une licence de type copyleft.

Livres audio au format DAISY[modifier | modifier le code]

Le consortium DAISY (Digital Accessible Information SYstem) créé par un groupe de bibliothèques sonores offrant des services aux personnes déficientes visuelles a mis au point une nouvelle norme de livres audio. Par rapport à un livre audio classique, les livres audio DAISY présentent les avantages suivants :

  • navigation structurée dans le livre (par partie, par chapitre, par section, par phrase, etc),
  • possibilité de faire varier la vitesse de lecture sans distorsion de la voix,
  • pose de signets permettant de revenir à un endroit déterminé,
  • mémorisation de la dernière position de lecture,
  • informations sur le temps écoulé, le temps restant, le titre de l’ouvrage et celui du chapitre courant, etc.

En France, les livres audio DAISY ne font pas l’objet d’une diffusion commerciale ; ils sont prêtés gratuitement par les médiathèques qui offrent des services aux personnes déficientes visuelles.

Livres audio avec mise en scène sonore[modifier | modifier le code]

De nouveaux éditeurs ont ajouté une nouvelle dimension à la voix : l’ambiance et la mise en scène sonore. Cette nouvelle approche accentue l’émotion et l’interprétation du comédien s’en trouve renforcée. Avec l’arrivée des microphones 3D, l’ajout de cette mise en scène sonore prend tout son sens et fait passer du livre audio au cinéma sonore. Ce son holophonique utilisé pour les livres audio emmène l’auditeur au cœur du livre au delà des mots. Bien que les coûts associés à ces nouveaux enregistrements soient plus élevés, la force apportée à l’intensité émotionnelle est réelle, et peut captiver davantage certains auditeurs.

Anecdote[modifier | modifier le code]

On retrouve l'idée théorique du livre audio dès 1650 dans le roman satirique de Cyrano de Bergerac Histoire comique des États et Empires de la Lune :

« À l’ouverture de la boîte, je trouvai dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d’un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillets ni caractères ; enfin c’est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n’a besoin que d’oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage. »

« Lorsque j’eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m’étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre ; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l’arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n’ont qu’à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s’ils sont en humeur d’écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix. »

— Chapitre 7.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jonathan Journiac, « Les livres audio. Aux frontières de la lecture », 7 décembre 2005, Evene.fr
  2. a et b « Valérie Lévy-Soussan, directrice d'Audiolib : "Un livre, ça s'écoute aussi" », sur Lepoint.fr,‎ 29 juin 2009
  3. Les premiers mots prononcés dans le phonographe sont la première stance de Mary Had a Little Lamb.
  4. (en) Matthew Rubery, "Introduction". Audiobooks, Literature, and Sound Studies, Routledge,‎ 2011 (ISBN 978-0-415-88352-8), p. 1–21
  5. De la synthèse vocale dans les collections de la Médiathèque Valentin Haüy
  6. « Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Taux. Livres audio » sur le site de la DGI
  7. Livres Hebdo no 774, 24 avril 2009
  8. L'exception au droit d'auteur en faveur des personnes handicapées sur le site du ministère de la Culture
  9. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=360B7CC5761D640AA9EDCAD893C4504B.tpdjo01v_3?cidTexte=JORFTEXT000020219700&categorieLien=id Décret n° 2009-131 du 6 février 2009 relatif à la désignation de l'organisme dépositaire des fichiers numériques d'œuvres
  10. a, b et c Liste des structures agréées sur le site "Exception au droit d'auteur en faveur des personnes handicapées" du ministère de la Culture
  11. Éole bibliothèque numérique pour publics empêchés d’accéder aux livres imprimés
  12. Le livre AudioSolidaire sur le site de l’Association Valentin Haüy consacré
  13. [ http://www.advbs.fr Site de l'Association des donneurs de voix
  14. [ http://lecturesonore.com Audiothèque en ligne de l'UNADEV]
  15. http://www.europe1.fr/Bibliotheque-Europe1/2eme-Grand-Prix-du-Livre-Audio-613621/
  16. http://magazine.bookdoreille.com/actu-livres-et-voix/vie-litteraire/prix-litteraires/134-la-plume-de-paon-decerne-son-2e-grand-prix-du-livre-audio
  17. http://magazine.bookdoreille.com/actu-livres-et-voix/vie-litteraire/prix-litteraires/281-grand-prix-du-livre-audio-2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]