V. S. Naipaul

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V. S. Naipaul en 1980

Sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul, plus connu sous la signature V. S. Naipaul, né le à Chaguanas à Trinité-et-Tobago, est un écrivain britannique lauréat du prix Nobel de littérature en 2001.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Trinidad dans une famille d'ascendance hindoue (ses ancêtres provenaient de l'Inde du Nord et ont émigré vers les Antilles afin de remplacer, sur les plantations, les esclaves noirs affranchis à partir de 1834[1]), Vidiadhar Surajprasad Naipaul se rend à l'âge de 18 ans en Angleterre pour suivre des études littéraires. Il obtient une licence de lettres au University College d'Oxford en 1953 et devient ensuite journaliste, collaborant avec plusieurs magazines. Il assure également une chronique littéraire pour la BBC.

Il se consacre ensuite à l'écriture de romans et de nouvelles, mais publie aussi des récits documentaires.

Ses premiers romans se déroulent aux Antilles. Le Masseur mystique (The Mystic Masseur, 1957) et The Suffrage of Elvira (1958) qui ont pour cadre la Trinidad, exposent les ravages causés par des politiciens locaux incultes et cyniques[1]. Le recueil de nouvelles Miguel Street (1959) révèle son talent d'humoriste et de peintre du quotidien dans une série de vignettes inspirées de Rue de la sardine de John Steinbeck. Il y met en scène plusieurs habitants d'un quartier populaire de Port of Spain, illuminés, rusés, attachants ou hauts-en-couleur mais aliénés par la pensée coloniale[1]. Naipaul connaît ensuite un énorme succès avec Une maison pour Monsieur Biswas (A House for Mr. Biswas, 1961), roman biographique inspiré par la figure de son père. Dans La Traversée du milieu (The Middle Passage, 1962), il livre plusieurs brefs aperçus des sociétés postcoloniales britannique, française et néerlandaise aux Caraïbes et de leur dérive vers une américanisation galopante.

Écrivain cosmopolite, Naipaul élargit ensuite son champ d'inspiration géographique, évoquant les effets pervers de l'impérialisme américain et du nationalisme dans le tiers monde, notamment dans Guérilleros (Guerillas, 1975) et À la courbe du fleuve (A Bend in a River, 1979), comparé à l'époque par certains critiques au Cœur des ténèbres (Heart of Darkness) de Joseph Conrad[2].

L'auteur relate ses impressions de voyage en Inde dans L'Inde : un million de révoltes (India: A Million Mutinies Now, 1990) et livre une analyse critique et désabusée de l'intégrisme musulman dans les pays non arabes comme l'Indonésie, l'Iran, la Malaisie et le Pakistan dans Crépuscule sur l'Islam (Among the Believers, 1981) puis Jusqu'au bout de la foi (Beyond Belief, 1998).

Son roman L'Énigme de l'arrivée (The Enigma of Arrival, 1987) et son recueil de nouvelles Un chemin dans le monde (A Way in the World, 1994) sont largement autobiographiques. Dans le premier, Naipaul relate avec le souci d'un anthropologue le déclin puis l'anéantissement d'un domaine du sud de l'Angleterre et de son propriétaire : événement qui reflète l'effondrement de la culture colonialiste dominante dans les sociétés européennes. Le second évoque le mélange des traditions antillaise et indienne et de la culture occidentale que l'auteur découvrit lorsqu'il s'installa en Angleterre. Le recueil Letters Between a Father and Son (1999) replace dans un contexte intime la relation trouble avec son père Seepersad Naipaul, journaliste et auteur de Port of Spain[1].

Les ouvrages de Naipaul n'hésitent pas à pointer les ravages de la corruption politique et de l'aliénation au fondamentalisme dans les États postcoloniaux[1]. Souvent, ses œuvres ont désespéré les tiers-mondistes et la critique littéraire qui lui reprochaient leur pessimisme et leur point de vue conservateur, voire raciste[3]. Edward Said et Derek Walcott les ont même qualifiées de néo-colonialistes[4]. Maintenant, nombreux sont ceux qui ont reconnu leur triste caractère prémonitoire. L'auteur a affirmé, quant à lui, ne s'en tenir qu'à la rigueur de ses observations et à l'authenticité des témoignages recueillis, niant avoir des opinions politiques car « celles-ci sont préjudiciables. »[4]. Il a pourtant parlé de l'ancien premier ministre Tony Blair comme d'un « pirate à la tête d'une révolution socialiste » qui a « détruit toute idée de civilisation en Grande-Bretagne », ayant laissé libre cours à une « insupportable culture de la plèbe. »[5].

En mai 2011, il tient, dans une interview, des propos jugés misogynes : « Les femmes écrivaines sont différentes [...] Je lis un extrait de texte et en un paragraphe ou deux, je sais si c'est de la main d'une femme ou non. Je pense que ce n'est pas à mon niveau. », ajoutant qu'aucune d'elles, y compris Jane Austen, n'a la compétence pour écrire car trop « sentimentales » et empêtrées dans leur condition[6],[7].

Naipaul est reconnaissable pour un style singulier, alliant le réalisme documentaire à une vision satirique du monde. Moraliste et tourmondiste éloigné des modes littéraires, l'écrivain se saisit au plus près du réel et donne à sa matière historique et ethnique une forme romanesque qui perpétue la tradition des Lettres persanes dans le besoin d'exprimer, avec l'approche d'un conteur, les disparités culturelles et politiques d'une société mondiale marquée par l'instabilité et le chaos[8]. Il a aussi été rapproché de Conrad pour sa peinture de l'effondrement des empires coloniaux[8].

Naipaul a reçu plusieurs prix littéraires, dont le Hawthornden Prize en 1964, le prix Booker en 1971 et le T.S. Eliot Award for Creative Writing en 1986. Docteur honoris causa de plusieurs universités, il fut anobli par la reine Élisabeth en 1990[9]. Il a obtenu en 2001 le prix Nobel de littérature, « pour avoir mêlé narration perceptive et observation incorruptible dans des œuvres qui nous condamnent à voir la présence de l'histoire refoulée. »[8].

Sir V. S. Naipaul est membre de la Literary Society.

Son frère Shiva Naipaul, son neveu Neil Bissoondath et son cousin Vahni Capildeo sont également écrivains [8].

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Une maison pour Monsieur Biswas. Trad. Louise Servicen. Paris : Gallimard, 1964.
  • Un drapeau sur l’île. Trad. Pauline Verdun. Paris : Gallimard, 1971.
  • Crépuscule sur l’islam : voyage au pays des croyants. Trad. Natalie Zimmermann et Lorris Murail. Paris : Albin Michel, 1981.
  • Guérilleros. Trad. Annie Saumont. Paris : France loisirs, 1981.
  • À la courbe du fleuve. Trad. Gérard Clarence. Paris : Albin Michel, 1982.
  • Dis-moi qui tuer. Trad. Annie Saumont. Paris : Albin Michel, 1983.
  • Mr. Stone. Trad. Annie Saumont. Paris : Albin Michel, 1985.
  • L’Inde brisée. Trad. Bernard Géniès. Paris : Christian Bourgois, 1989.
  • Le Retour d’Eva Peron. Trad. Isabelle di Natale. Paris : 10/18, 1989.
  • Une virée dans le sud. Trad. Béatrice Vierne. Paris : 10/18, 1989.
  • L’Énigme de l’arrivée. Trad. Suzanne Mayoux. Paris : Christian Bourgois, 1991.
  • L’Inde : un million de révoltes. Trad. Béatrice Vierne. Paris : Plon, 1992.
  • Le Masseur mystique. Trad. Marie-Lise Marlière. Paris : UGE, 1994.
  • La Traversée du milieu.Trad. Marc Cholodenko. Paris : Plon, 1994.
  • Miguel Street. Trad. Pauline Verdun. Paris : UGE, 1994.
  • Un chemin dans le monde. Trad. Suzanne Mayoux. Paris : Plon, 1995.
  • Dans un État libre. Trad. Annie Saumont. Paris : 10-18, 1998.
  • Jusqu’au bout de la foi. Trad. Philippe Delamare. Paris : Plon, 1998.
  • Semences magiques. Trad. Suzanne V. Mayoux : Plon.
  • La Moitié d’une vie. Trad. Suzanne V. Mayoux. Plon : 10/18, 2001.
  • Pour en finir avec vos mensonges. Trad. Isabelle di Natale et Béatrice Dunner. Paris : Anatolia/Le Rocher, 2001.
  • Le Masque de l’Afrique. Aperçus de la croyance africaine. Trad. Philippe Delamare. Paris : Grasset, 2011.
  • Le Regard et l’Écrit. Trad. Philippe Delamare. Paris : Grasset, 2013.
  • Jusqu’au bout de la foi. Paris : Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 2013.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Naipaul sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 18 octobre 2012.
  2. Biographie de V. S. Naipaul sur le site de l'Académie suédoise.
  3. Note biographique consacrée à V.S. sur Fluctuat.net
  4. a et b Article de The Atlantic
  5. (en) Geoffrey Wheatcroft, « V S Naipaul: Scourge of the liberals », The Independent, Londres,‎ 4 août 2001 (lire en ligne)
  6. (fr) Actua Litté.com, « La crise de misogyne du Nobel Naipaul contre les auteures », consulté le 7 août 2011.
  7. (fr) Le Courrier international, « V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature 2001, mysogyne. », consulté le 7 août 2011.
  8. a, b, c et d Notice de l'œuvre de V. S. Naipaul sur le site de l'Académie suédoise
  9. London Gazette : n° 51981, p. 2, 30-12-1989