Albert Guérisse

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Albert Guérisse
'Pat O'leary' concentration camp portrait by Brian Stonehouse.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
WaterlooVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Albert-Marie Edmond GuérisseVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Patrick Albert (“Pat”) O‘LearyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Arme
Conflits
Distinctions

Albert Guérisse (1911-1989) est un médecin militaire et un résistant belge. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le nom de Pat O'Leary, il dirigea une filière d’évasion connue sous le nom de réseau Pat O'Leary ou de Pat Line, grâce à laquelle plus de 600 aviateurs anglais et américains ont pu rentrer sains et saufs en Angleterre après que leur appareil eut été abattu au-dessus de la France occupée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

Albert-Marie Edmond Guérisse naît à Bruxelles le 5 avril 1911. Il étudie la médecine à l'Université catholique de Louvain puis à l’Université libre de Bruxelles, en qualité d'élève-médecin militaire. Lieutenant médecin en 1936, il est affecté au 1er Régiment de Lanciers qui est stationné à Spa, près de la frontière allemande.

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Le 10 mai 1940, lorsque les Allemands envahissent la Belgique, il participe à la Campagne des 18 jours. Pendant les combats de Juprelle et de Geluwe sur le canal Albert, il se distingue en allant porter secours aux blessés sous le feu ennemi, ce qui lui vaudra la Croix de Guerre. Le 28 mai 1940, quelques heures après la capitulation de l'armée belge, il choisit de rejoindre les lignes anglaises afin de continuer la lutte. Il parvient le 1er juin à embarquer entre la Panne et Dunkerque sur la chalutier britannique Westward 760 vers l’Angleterre avec les troupes britanniques qui se replient. Le 4 juin, il est renvoyé en France par le navire Batavia II par Brest en vue d’un hypothétique regroupement des forces belges à Poitiers (siège du gouvernement belge). Le 12 juin il est désigné pour le centre d'instruction du service de Santé dans la région des Sables-d’Olonne. Le 15 juin, sur le point d'être fait prisonnier des Allemands, il s'en évade et rejoint le centre de regroupement des blindés dans le sud de la France, à Lunel-Viel. Après la capitulation française, il refuse l'ordre de se laisser constituer prisonnier et rejoint la côte avec quelques officiers belges (les lieutenants Georges Danloy, Freddy Gréban de Saint-Germain, Jacques de Brabant, Nicod et de Jean de Selys Longchamps). Fin juin, ils embarquent à Sète sur un navire charbonnier avec des troupes de la légion tchèque. Arrivé dans la rade de Gibraltar le 27 juin, Guérisse profite de l'occasion de compléter l’équipage d’un navire marchand français (Le Rhin) que son commandant (Péri) compte mettre à la disposition de la marine anglaise.

Au mois d'août, Le Rhin accoste à Barry Docks (en). Péri devient le commandant Langlais et obtient de l’amirauté britannique que le bateau et son équipage naviguent désormais sous le pavillon du Blue Ensign, attribué aux navires commandés par un officier réserviste de la Royal Navy, ceux de la Navy étant sous le White Ensign et les bâtiments commerciaux sous le Red Ensign. C’est ainsi que le lieutenant médecin Guérisse est nommé au grade de lieutenant-commander (capitaine de corvette) de la Royal Navy Volunteer Reserve (RNVR) et détaché au Naval Intelligence Department (en). Avec d’autres membres de l’équipage, il reçoit un entraînement de six semaines d'agent du Special Operations Executive (SOE) pour des missions d’infiltration en territoire ennemi. Ayant à prendre un nom anglais afin de ne pas être reconnu comme Belge en cas de capture, il choisit O’Leary, nom d’un canadien français qu’il avait côtoyé pendant ses études : avec un tel nom à consonance irlandaise, les Anglais lui attribuent d’emblée le prénom de Patrick.

Le Rhin reçoit un armement et prend le nom de H.M.S. Fidelity (en), destiné à des opérations clandestines. Il opérera en Méditerranée et dans l’Atlantique comme mystery-ship, subissant régulièrement des transformations et des changements d’aspect, spécialisé dans les coups de main de sabotage sur les côtes françaises, la dépose et la récupération d’agents du SOE.

Le 26 avril 1941, il reçoit pour mission de débarquer des agents du SOE à proximité de Collioure sur la côte du Roussillon et d'embarquer une quinzaine d'hommes qui devaient quitter la France. L'embarcation dans laquelle il se trouve est repérée par les garde-côtes qui la prennent en chasse et la mitraillent. Le moteur est endommagé et l'équipage est arrêté par les autorités du régime de Vichy. Il se présente sous son identité d'emprunt Patrick O’Leary. Il est successivement emprisonné à Port-Vendres, Marseille, Toulon et enfin Saint-Hippolyte-du-Fort près de Nîmes où de nombreux soldats britanniques sont prisonniers. Il s'évade le 3 juillet en permettant la fuite d'une trentaine de militaires anglais.

Il rejoint à Marseille une ligne d'évasion mise en place en janvier 41 par le capitaine Ian Garrow qui a déjà pu rapatrier une centaine de militaires britanniques restés sur le territoire français après la capitulation. Tous les membres du réseau sont des résistants français. Garrow a installé à Lille une cellule de recherche et d'acheminement vers la zone non-occupée, établi à Marseille et Perpignan des centres d'hébergement et organisé une filière par les Pyrénées, vers Barcelone puis Gibraltar ou Lisbonne. L'amirauté britannique est interrogée par radio sur le sort de O'Leary : du fait qu'il parle couramment le français et qu'il a bénéficié d'une formation par le SOE, Garrow souhaite le garder pour adjoint. Il en est informé, par un message à la BBC : « Adolphe doit rester ». Garrow, recherché par la police confie la direction de l'organisation à O'Leary. De nouvelles filières s'organisent pour évacuer des « colis » vers l'Espagne ou la Méditerranée. Un aviateur abattu dans le Nord peut ainsi être évacué par l'Espagne en douze jours. En octobre, Garrow est capturé par la milice de Vichy. Londres confirme O'Leary dans sa fonction de chef du réseau.

À partir de ce moment, l'organisation va se développer : les aviateurs abattus sont de plus en plus nombreux, et comme beaucoup de militaires britanniques sont en prison ou en camp d'internement, des plans d'évasion groupée sont étudiés. Le réseau va étendre son activité jusqu'au sud de la Belgique et au grand duché de Luxembourg. Son chef doit déléguer le recrutement de nouveaux agents à des responsables locaux, ce qui facilite l'introduction des traîtres.

En février 1942, sur ordre de Londres, il passe les Pyrénées et rejoint Gibraltar pour recevoir des ordres du MI9 (Military Intelligence). Début avril, il est de retour en France, déposé clandestinement avec un opérateur-radio par un chalutier sur la côte, il reprend son activité de chef du réseau. En mai, procès de Garrow qui est condamné à dix ans de prison. En juillet, O'Leary apprend par radio qu'il est décoré par les britanniques de l'Ordre du Service distingué (DSO). Jusqu'à l'occupation en novembre 1942 de la zone libre par les Allemands, plusieurs embarquements d'aviateurs sont organisés sur la côte méditerranéenne (Canet-Plage, calanques de Cassis...). Ensuite, ce ne sera plus possible vers Gibraltar que par le passage des Pyrénées et la traversée de l'Espagne. La Gestapo resserre son emprise autour du réseau. En décembre, les Britanniques demandent le retour de Garrow à Londres. Grâce à un uniforme de gardien de contrebande que O'Leary et Nancy Wake lui font parvenir dans sa cellule du camp de prisonniers de Mauzac (Dordogne), Garrow s’échappe le 8 décembre et sera rapatrié vers l'Angleterre. O'Leary poursuit l'extension du réseau, récupérant des aviateurs jusqu'au nord de la France et en Belgique.

En janvier 1943, il apprend qu'il est proposé pour la Médaille du Courage polonaise. En février, la filière est infiltrée et trahie par le Français Roger Le Neveu dit « Le légionnaire ». Le 2 mars, O'Leary est arrêté dans un bar de Toulouse. Pour prévenir les membres du réseau et les britanniques du MI9, il s’arrange pour que l’un des plus jeunes membres du réseau, Fabien de Cortes, avec qui il a été arrêté, parvienne à s'évader du train qui les transporte vers la prison. Soumis à la torture, O'Leary ne parle pas. La Gestapo ne le connait que sous sous son identité de Canadien Français, officier de la Royal Navy, et jusqu'à la fin de la guerre, personne de son entourage ne connaîtra sa véritable identité de médecin militaire belge. La filière d'évasion sera reprise par Marie-Louise Dissart sous le nom de réseau Françoise. D'octobre 41 à mars 43, la filière rapatriera vers l’Angleterre plus de 400 aviateurs abattus, britanniques, américains et polonais et quelque 50 agents des services secrets anglais, ainsi que des rescapés de Saint-Nazaire et de Dieppe.

Le 16 octobre 1943, catégorisé Nacht und Nebel, c'est-à-dire destiné à disparaître, il est déporté au camp de concentration de Mauthausen. Le 20 juin 1944, il est transféré au camp de Natzwzeiler Struthof (Alsace) d'où il parvient, via un prisonnier de guerre, à faire passer un message qui parviendra en Angleterre, faisant savoir que « Pat est vivant en Allemagne ». Il assiste à l’arrivée au camp de quatre agents féminins du SOE : Andrée Borrel, Vera Leigh, Diana Rowden et Sonia Olschanezky, qui sont toutes exécutées et brûlées au four crématoire. Après la guerre, O'Leary et Brian Stonehouse témoigneront du sort de ces femmes lors des procès pour crimes de guerre nazis. Le 4 septembre 1944, il est transféré au Camp de concentration de Dachau. Le 4 octobre, il est affecté à l'Außenkommando de Bad Tölz. Le 12 janvier 1945, il est ramené au camp de Dachau. Il participe à la création du Comité international clandestin avec les représentants des 16 nationalités présentes, qui le choisissent comme Président. Le 29 avril, le camp de Dachau est libéré par le 157e Infantry (en) de la 45e division d'infanterie de l'armée américaine. À la demande des Américains et avec leur aide, O’Leary assure le commandement du camp pendant une dizaine de jours avant d'être rappelé le 9 mai à Londres, via Paris.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

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En 1945, il est attaché à l'ambassade britannique à Paris.[réf. nécessaire] En 1946, il est désigné comme membre de la Commission des crimes de guerre des Nations unies au procès de Nuremberg.[réf. nécessaire] Fin octobre, il est démobilisé de la Royal Navy, reprend son vrai nom et rejoint l'armée belge, dans son unité d'origine, le 1er régiment de Lanciers à Spa. En 1947, il épouse Sylvia Cooper-Smith[1]. Il se porte volontaire pour le bataillon belge engagé par l'ONU en Corée. Il s'y distingue en allant chercher sous le feu ennemi un soldat blessé. En 1953, il est désigné comme adjoint au chef du service médical du 1er Corps d'armée, stationné à Cologne (RFA). En 1961, il est désigné Directeur Inter-Forces du service de santé des Forces belges en Allemagne. Il prend sa retraite, avec le grade de Général-major en 1970.

Albert Guérisse meurt à Waterloo (Belgique) le 26 mars 1989, à l’âge de 78 ans[2].

En 1991, un mémorial en l'honneur de Albert Guérisse est érigé à Saint-Hubert[3].

Distinctions honorifiques[modifier | modifier le code]

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Albert Guérisse a reçu 37 décorations de différents pays, notamment :

Citations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Vincent Brome (en), The Way Back: The Story of Pat O'Leary, Companion Book Club,
  • Vincent Brome (en) (trad. Anne Argela et Marcel Jullian), L'Histoire de Pat O'Leary, Amiot-Dumont, coll. « Visages de l’aventure »,
  • Marcel Jullian, "H.M.S. Fidelity" : bateau mystère…, Le Livre contemporain, coll. « Bibliothèque de la mer »,
  • Roger Huguen, Par les nuits les plus longues : Réseaux d'évasion d'aviateurs en Bretagne, Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes,
  • Étienne Verhoeyen, « "Adolphe doit rester"/L'extraordinaire histoire de Pat O'Leary », dans Jours de guerre - Jours de Londres, Bruxelles, Dexia, (ISBN 9782871932697), p. 171-189
  • Heagy (pseudonyme d' Albert Jacquet), Pat O'Leary alias Docteur Guérisse : une belle figure de la Résistance, Pepinster, Thoumsin,
  • (en) Airey Neave, Saturday at M.I. 9. a history of underground escape lines in North-West Europe in 1940-5 by a leading organiser at M.I. 9, London, Hodder and Stoughton,
  • (en) Sherri Greene Ottis, Silent Heroes : Downed Airmen and the French Underground, Lexington, University Press of Kentucky, coll. « Military History », (ISBN 9780813193335)
  • (en) John Nichol et Tony Rennell, Home Run: Escape from Nazi Europe, London, Penguin UK, (ISBN 978-0141024196)
  • (en) Donald Darling, Secret Sunday, London, William Kimber, , 208 p. (ISBN 0 7183 0054 8)
  • (en) J.M. Langley, Fight another day, London, Collins, , 254 p. (ISBN 0 00 211241 8)
  • (en) Helen Long, Safe houses are dangerous, London, William Kimber, , 221 p. (ISBN 0 7183 0551 5)
  • (en) Edmund Cosgrove, The evaders, Toronto-Vancouver, Clarke, Irwin & Company Limited, , 301 p. (ISBN 0 7720 0102 2)
  • (en) Brendan M. Murphy, Turncoat : "The worst traito of the War", San Diego - New York - London, Harcourt Brace Jovanovich, , 301 p. (ISBN 0 15 191410 9)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Guérisse a été l'invité de deux émissions de This Is Your Life (en) (documentaires biographiques télévisés de la BBC), le 28 novembre et le 5 décembre 1963[6].

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.oleary.be/page/about/
  2. François Robert, « Albert Guérisse, l'espion qui venait de chez nous, est mort dimanche », Le Soir, 29 mars 1989 [lire en ligne]
  3. Eric Burgraff, « Un mémorial pour Albert Guérisse. De Dachau à Saint-Hubert », Le Soir, 12 juin 1991 [lire en ligne]
  4. Vincent Brome 1958, p. 9.
  5. Vincent Brome 1958, p. 64.
  6. http://www.bigredbook.info/series9.html