Jean Cavaillès

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Jean Cavaillès
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Naissance
Décès
(à 40 ans)
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Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
dialectique du concept, critique du logicisme, critique du formalisme radical, critique de l'analyse transcendantale (c.q. de l'analyse réflexive); notions-clefs: acte (opération) et sens, sens posant et sens posé d'un acte, abstraction thématique (thématisation), abstraction paradigmatique (idéalisation), le logique, enchaînements rationnels, événement et pari, nécessité des enchaînements vs. historicité et probabilité des événements
Influencé par
A influencé
Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, Jean Gosset, Jacques Bouveresse, Gilles Gaston Granger, Jacques Derrida, Jean-Toussaint Desanti, Suzanne Bachelard, Albert Lautman, Tran Duc Thao, Jules Vuillemin, Jean Ladrière, Jean Hyppolite, Paul Ricœur, Hourya Benis Sinaceur, Gerhard Heinzmann, Dominique Lecourt, Louis Althusser, Michel Foucault, Michel Fichant, Dominique Pradelle, Elisabeth Schwartz, Michael Hallett, Tommy Murtagh, Thomas S. Kisiel, Knox Peden, Santiago Ramirez, Carlos Álvarez, Herman Roelants, Henri Maldiney, Jan Sebestik, Aurelia Monti Mondella, Renato Jacumin, Yvon Gauthier, Paul Cortois, Jaromir Danek, Edouard Morot-Sir, Henri Mougin, Paul Labérenne,Pierre Dugac, Alain Michel, Claude Imbert, Baptiste Mélès, Jacques Lautman, Alya Aglan, Jean-Pierre Azéma, Fabienne Federini, Nicole Racine, Benoît Verny, Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Pierre-Yves Canu, Jean Ogliastro, Laurent Douzou, Jean-Jacques Szczeciniarz, Jean-François Braunstein, Pierre Cassou-Noguès, W.N.A. Klever, Brendan Larvor,...
Fratrie
Distinctions

Jean Cavaillès, né le à Saint-Maixent (Deux-Sèvres) et fusillé le à Arras (Pas-de-Calais), est un philosophe et logicien français, héros de la Résistance.

Cofondateur au début de l'Occupation du mouvement Libération-Sud puis du mouvement Libération-Nord et son hebdomadaire clandestin, Libération, il crée en Zone occupée, tout en enseignant en Sorbonne, et dirige à partir d'avril 1942 le réseau d'espionnage et de sabotage Cohors. Torturé au cours de sa détention à Paris, il ne livre aucun nom. Son œuvre sur les fondements des mathématiques, inachevée, est éditée après guerre à l'initiative de son ami Claude Chevalley et a un impact déterminant sur Nicolas Bourbaki ainsi que la recherche développée au sein de l'École normale et du collège de France à partir de la notion de mathématiques structurales.

« Je suis spinoziste. Il faut résister [...][1] »

— Principe éthique énoncé par Jean Cavaillès et fondé sur le concept d'effort pour persévérer dans l'être.


Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance à l'ombre des armes (1903-1920)[modifier | modifier le code]

Issu d’une longue lignée huguenote et camisarde originaire de l'Albigeois, Jean Cavaillès, fils et, par sa mère, petit fils d’officier, nait à Saint Maixent, 31 rue Anatole France, ville où son père, le lieutenant Ernest Cavaillès (), est professeur de géographie à l’EMI[2], l'École militaire d'infanterie. Son parrain est le frère aîné de ce père, Henri Cavaillès ( – 1951), professeur de géographie humaine à la faculté de lettres de l'université de Bordeaux puis à l'École supérieure de commerce de Bordeaux qui publiera trois monographies à usage scolaire[3]. C'est pourtant de son grand père maternel, Jean Laporte, capitaine major au Grand Trois, qu'il tient son prénom.

Il grandit avec sa sœur aînée Gabrielle dans les principes d'un certain rigorisme protestant hérités d'un arrière grand oncle du côté paternel, le missionnaire Eugène Casalis, auxquels se mêle un patriotisme qu'entretiennent les souvenirs de la catastrophe de 70. En 1911, son petit frère de quatre ans, Paul, meurt de typhoïde. Le frère et la sœur conserveront indéfectiblement des liens affectifs très étroits.

Il fait ses études primaires au gré des affectations de son père, Pau, Marmande, Mont-de-Marsan, où celui ci est trésorier du bureau du recrutement[4]. Durant la guerre, ses études secondaires se poursuivent à Bordeaux alors que le capitaine Cavaillès est engagé dans la campagne d'Allemagne[5].

C'est là que le il retrouve son père, détaché en tant qu'officier de liaison auprès de l'armée américaine pour une mission de trois semaines au sein de la section franco américaine[4], laquelle coordonne les opérations de débarquement du corps expéditionnaire. Ernest Cavaillès est en effet un peu théoricien de la guerre moderne[6] et il présente l'avantage d'être anglophone[7]. Pour l'adolescent, les deux dernières années de lycée, 1918 1920, se passent à Bayonne, où le désormais chef de bataillon Cavaillès reçoit le commandement du bureau de recrutement[4].

Normalien agrégatif (1920-1928)[modifier | modifier le code]

Le , Ernest Cavaillès est fait chevalier de la Légion d'honneur[5]. Il est affecté au « vieux château », le ministère de la guerre à Paris, dans le service chargé du recrutement et de la mobilisation. La famille s'installe rue de Bourgogne.

Brillant, le bachelier Jean Cavaillès est accepté en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand pour la rentrée 1920. Durant les vacances de l'été 1921, il découvre en famille l'Allemagne. Il obtient sa licence de philosophie en deux ans mais khâgne ne lui convient pas. Après un premier échec, c'est seul qu'il prépare le concours d'entrée à l'École normale supérieure, section Lettres. Il est reçu premier en 1923.

En parallèle de son cursus de philosophie à l'ENS, il passe une licence de mathématiques. Il a pour condisciple et ami un autre Gascon, Louis Genevois. Les vacances d'été se passent dans la maison familiale de Pau, 4 boulevard des Pyrénées. C'est la ville natale d'Ernest Cavaillès, où celui ci prendra sa retraite de lieutenant-colonel et où le grand père, Elysée Cavaillès, avait été précepteur chez des négociants de souche valdésienne dont il avait épousé la fille aînée, Jeanne Malan. Le séjour est l'occasion d'excursions vers les sommets pyrénéens. En 1925, le cacique adhère à la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, où il a pour amis Jacques Monod et Charles Le Cœur.

Étape indispensable pour se présenter à l'agrégation, il passe un diplôme d'études supérieures, en mathématiques. Son mémoire, sur les Bernoulli, est dirigée par Léon Brunschvicg. Il est reçu en 1927 quatrième à l'agrégation de philosophie[8]. À l'automne, il entreprend son année de service militaire comme e.o.r. à l'École spéciale militaire de Saint Cyr. Pour le dernier trimestre, il est affecté à Mont de Marsan comme aspirant du 14e régiment de tirailleurs sénégalais, la première arme de son grand père maternel. Son père avait été zouave[2]. Il passe l'été en exercices de manœuvre au camp de Souge.

Philosophie allemande et sociologie (1928-1932)[modifier | modifier le code]

Libéré pour la rentrée 1928, Jean Cavaillès est, en tant que fonctionnaire, affecté à un poste d'agrégé répétiteur à l'École normale supérieure, mais il s'en tient à un service minimal. Il est en effet simultanément embauché, manière de financer des voyages d'études, au poste d'archiviste du Centre de documentation sociale, CDS, par Célestin Bouglé, figure déterminante qui l'ouvre à la sociologie. C'est un centre de documentation au sein même de École normale. Financé par Albert Kahn, il préfigure l'École des hautes études en sciences sociales. Germaniste, Jean Cavaillès est envoyé en 1929 en tant qu'auditeur au deuxième Cours universitaires de Davos, auxquels participent de nombreux autres intellectuels français et allemands attachés au pacifisme et à l'amitié francoallemande, dont Léon Brunschvicg. Il y est témoin du débat historique entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger et en donne un compte rendu assez détaillé[9].

Une bourse de la Fondation Rockefeller, qui a repris le financement du CDS, lui permet au cours de l'année 1929 1930 de mener une étude sociologique sur l'évolution du luthérianisme dans la nouvelle république allemande à travers les mouvements de jeunesse et les associations religieuses. Il lit et rencontre les nouveaux théologiens dialectiques critiques protestants et catholiques tels Erich Przywara, Romano Guardini, Karl Barth, Friedrich Gogarten. Guardini lui fait grande impression. Il envisage, tel Edith Stein ou Gertrude von Le Fort, de se convertir au catholicisme. « Je redeviens tala », écrit il non sans ironie[10]. Il publiera en effet deux ans plus tard un article[11] dans le deuxième volume annuel de la revue œcuménique Esprit peu après que le personnaliste Emmanuel Mounier l'aura fondé et à laquelle collaborera son agrégatif et ami Étienne Borne.

Il multiplie ses séjours en Allemagne, Berlin, Hambourg, Göttingen, Munich et Fribourg, épicentre du néokantisme de l'École de Bade (de). En 1931, il rend visite au philosophe Edmund Husserl[12]. Il assiste à un discours d'Adolf Hitler. Il va aussi écouter Martin Heidegger.

Enseignant thésard (1932-1936)[modifier | modifier le code]

À la rentrée 1932, Jean Cavaillès renouvelle pour trois ans son contrat de « caïman » et prend sa tâche avec plus d'assiduité. Parmi ses agrégatifs, se trouvent entre autres Maurice Merleau-Ponty, Étienne Borne, Jean Gosset, Georges Gusdorf et Albert Lautman, probablement aussi Jean Hyppolite.

De nouveaux voyages en Allemagne lui font observer les progrès du nationalsocialisme. En 1934, il lit Mein Kampf[13].

Entre enseignement en France et voyages en Allemagne, il travaille sur la théorie des ensembles en vue de sa thèse de doctorat sur la philosophie des mathématiques et rencontre nombre de logiciens et de mathématiciens allemands. Il étudie à Tübingen les archives du mathématicien Paul du Bois-Reymond. Abraham Fraenkel l’oriente vers la correspondance entre Richard Dedekind et Georg Cantor. Ce sont des brouillons difficiles à déchiffrer, impossibles pour qui ne maitrise pas le sujet. Le travail d'édition est mené avec Emmy Noether. La publication est faite à Paris mais sans traduction, presque trois ans après la disparition brutale d'Emmy Noether.

La relecture de l'Éthique et de son mos geometricum le conduit sous l'influence de Léon Brunschvicg d'une philosophie à la rigueur mathématique sur la voie d'une mathématique à la profondeur philosophique. À partir de 1935, il ne se départira plus de l'athéisme spinozien.

En 1936, il part à Altona rencontrer les opposants au régime hitlérien[14].

Il enseigne au lycée d’Amiens la philosophie et la littérature de 1936 à 1938. À Amiens, il fait la connaissance de Lucie Aubrac.

Dans la sphère bourbakienne (1937-1939)[modifier | modifier le code]

En 1937, Jean Cavaillès présente en Sorbonne deux thèses rédigées sous la direction de Léon Brunschvicg, Méthode axiomatique et formalisme[15], thèse principale, et Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles[16], thèse complémentaire. La soutenance a lieu le . Ces synthèses critiques l'inscrivent dans la voie des logiciens français initiée par Louis Couturat et brillamment illustrée six ans plus tôt par le regretté Jacques Herbrand mais une voie déjà libérée de tout apriori métaphysique, qu'il soit kantien, platonicien, idéaliste, empiriste.

Ces thèses mettent la France sur la carte mondiale de la philosophie des mathématiques en discutant en détail et en profondeur la genèse de la théorie des ensembles et la crise des paradoxes qui en était issue, ainsi que l'évolution des trois grandes écoles ambitionnant de la résoudre, l'intuitionisme, le logicisme et le formalisme. Ce faisant, elles réussissent à ouvrir les épistémologues français aux grandes contributions des mathématiciens et logiciens de l'école allemande de Göttingen et Hambourg, le formalisme hilbertien et la théorie de la démonstration. Elles préfigurent en cela leur dépassement, ou tentative de dépassement, que seront dans l'après guerre les travaux fondateurs du groupe Bourbaki, Claude Chevalley, Charles Ehresmann, Henri Cartan, Jean Dieudonné… et leur projet de reconstruction des mathématiques proprement dites.

Cavaillès est nommé maître de conférences de logique et de philosophie générale à l'université de Strasbourg. Il fréquente les milieux bourbakistes et noue ou renoue des amitiés avec Charles Ehresmann, André Weil et Henri Cartan. Avec la collaboration de ses amis Albert Lautman et Raymond Aron, il fonde chez Hermann une collection consacrée à la philosophie. Quatre volumes de ces Essais philosophiques paraîtront, dont deux à titre posthume :

  • A. Lautman, Nouvelles recherches sur la structure dialectique des mathématiques, 1939,
  • J. P. Sartre, Esquisse d'une théorie des émotions, 1939,
  • A. Lautman, Symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique. Le problème du temps, 1946,
  • J. Cavaillès, Transfini et continu, 1947.

Faits de guerre (1939-1940)[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, le sous-lieutenant de réserve Jean Cavaillès est mobilisé à Bourges au 43e régiment d'infanterie coloniale. C'est un régiment mis en réserve au sein de la 6e division d'infanterie coloniale mais le trentenaire est volontaire pour rejoindre un corps franc de la ligne Maginot.

Il reçoit le grade de lieutenant et le commandement d'une section de « marsouins » stationnée dans la région minière de Forbach, dans le village frontalier de Petite-Rosselle. C'est là que sera également affecté Stéphane Piobetta, un de ses anciens élèves à l’E.N.S. qui sera inhumé à ses côtés dans la chapelle de la Sorbonne. Il s'agit de mener des opérations d'observation au delà du secteur fortifié de la Sarre. Quelques temps plus tard, il est transféré à une vingtaine de kilomètres plus à l'est, à Sarreguemines, qui se trouve en avant de la « ligne aquatique ». La drôle de guerre y connait quelques actions. Il est cité une première fois pour son courage, en janvier 1940.

C'est alors que ses compétences de germaniste lui valent d'être nommé officier du chiffre à l'état major du général de Bazelaire de Ruppierre commandant la 4e division coloniale stationnée en Alsace. Ce sont les « nègres » honnis par une Wehrmacht raciste qui les accusent d'avoir violées les Alemandes durant l'Occupation de la Ruhr et, leur refusant le statut de prisonnier de guerre, les fera fusiller à la première occasion. À la mi mai, la Wehrmacht perçant à Sedan, la division fait mouvement vers la ligne Weygand, sur laquelle s'est repliée l'armée française durant la bataille de Dunkerque. Le 23, elle se jette dans la bataille d'Amiens. Jean Cavaillès reçoit une seconde citation.

Au matin du 10 juin, la division compte plus de morts que de vivants. Jean Cavaillès se trouve à Saint-Rémy-en-l’eau quand, le , il est fait prisonnier et interné dans la citadelle de Cambrai. Six semaines plus tard, le , il monte dans un convoi qui le conduit vers un stalag. Il s'évade par le toit du train déjà parvenu en Belgique et réussit à rejoindre Clermont-Ferrand, où l'université de Strasbourg s'est repliée. L'exploit lui vaut d'être accusé de désertion par un haut dignitaire de l’université[17], qui, comme beaucoup, ne comprend pas l'« étrange défaite ». Il a pourtant été régulièrement démobilisé et en novembre, il participe à la rentrée universitaire à son poste de chargé de cours. Parmi ses élèves, Tran Duc Thao.

De la résistance intellectuelle à la résistance armée (1940-1942)[modifier | modifier le code]

À Clermont-Ferrand, Jean Cavaillès, en cette fin d'été 1940, prend immédiatement[18] contact avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie, qui vient de fonder « La dernière Colonne », groupe d'antivichystes qui fait imprimer et distribue des tracts clandestinement[19]. Quelques semaines plus tard, avant la fin de l'année, il lui présente Lucie Aubrac[20], qui s'est réfugiée avec son mari évadé à Lyon, sorte de capitale de repli en Zone non occupée. Ensemble, ils fondent le mouvement Libération-Sud. Il contribue également au côté de Jean Rochon à la fondation du journal Libération destiné à gagner un plus vaste public. Le premier numéro, rédigé par André Lassagne, Jean Cavaillhès et Raymond Aubrac, paraîtra en Zone libre en juillet 1941.

Le il est nommé à titre provisoire chargé de cours de logique et de philosophie des sciences à la Sorbonne, en zone nord. Il s'installe à Paris au mois d'août[18]. En attendant la rentrée d'octobre[18], il s'emploie à créer une édition de Libération pour la zone nord. Il en est directeur de publication avec Jean Texcier, qui travaille depuis décembre de l'année passée à un projet de journal clandestin. Ce ne sont pas plus de quatre pages ronéotypées que les deux hommes doivent rédigés eux mêmes.

Jean Texcier et son ami René Parodi l'introduisent en tant que représentant de Libération-Sud auprès de personnalités politiques qui, surmontant leur divisions passées, se sont rapprochées à l'occasion de la signature du Manifeste des douze, le 15 novembre de l'année précédente. Ce sont entre autres les cégétistes Louis Saillant et Charles Laurent, le syndicaliste chrétien Gaston Tessier et le socialiste Henri Ribière. En novembre 1941, il les a diplomatiquement convaincu de former un jumeau de Libération-Sud, le mouvement Libération-Nord. Ensemble, ils se retrouvent en décembre pour un premier comité directeur. Au cours des réunions suivantes, l'opposition qu'exprime Jean Cavaillès à l'attentisme, ses interventions favorables à la création d'une armée secrète ne rencontrent pas le soutien d'une majorité préoccupée par la définition d'un projet politique de long terme.

Il a l'occasion de prendre ses distances en avril 1942 quand Christian Pineau lui confie la direction du réseau de renseignement Phalanx ZO, moitié qui prend le nom de Cohors. Pour l'épauler, il dispose d'une organisatrice remarquable, Suzanne Tony Robert, qui lui a été indiquée et à la rencontre de laquelle il est allé dès septembre 1941. Depuis son château de Forcilles, elle emploie son entregent et son zèle à devancer tous les objectifs pour la région de la Brie, recueil de renseignements sur les entreprises, surveillance des ports fluviaux, observation de l'aérodrome de Villaroche, puis plans de la station radiophonique de Sainte-Assise réquisitionnée par la Kriegsmarine, du central téléphonique de Gretz-Armainvilliers utilisé par la Luftwaffe, interception des codes sousmariniers, transmission des relevés de la gendarmerie[21]. Les secrétaires de mairies fournissent les documents pour imprimer des faux-papiers, cartes d'identité, cartes de travail et coupons de rationnement[22]. A partir de février 1943, des emplois seront fournis aux jeunes gens fuyant le STO[22]. Deux champs de parachutage seront ouverts[22]. Trois châteaux, Coubert, Ivry les Châteaux, Les Agneaux, serviront de dépôts de munitions[22].

Sous l'impulsion de Jean Cavaillès, qui continue d'assurer son enseignement en Sorbonne, le même schéma de développement progressif et autonome se met en place dans de nombreuses régions[18]. A côté de cette activité d'espionnage et de logistique, il recrute des cadres chargés à leur tour de former des groupes de sabotage[22], déraillements et attentats contre des cibles militaires. Cette armée secrète réussit à s'implanter principalement dans trois régions, la Brie, l'Eure et le Nantais[23].

De la prison à la France libre (1942-1943)[modifier | modifier le code]

Jean Cavaillès est arrêté une première fois, par des douaniers français, en août 1942 dans une calanque proche de Narbonne, alors qu'il tente avec Henri Garnier, responsable d'une grande partie du réseau Phalanx en zone non occupée, de monter dans une barque et rejoindre un navire venu de Gibraltar pour les emmener à Londres. Quelques jours plus tôt les deux hommes, à la nouvelle lune, attendaient en vain sur un aérodrome clandestin un Lysander qui avait raté son décollage.

Il est incarcéré à Montpellier puis transféré dans le camp d'internement de Saint Paul d'Eyjeaux, près de Limoges, où il retrouve Christian Pineau, arrêté en septembre au cours d'une autre tentative d'embarquement. La femme de celui ci profite de sa grossesse pour obtenir un droit de visite et lui faire passer quelques livres. Grâce à ceux ci, il rédige là son « testament philosophique », que Georges Canguilhem et Charles Ehresmann publieront en 1947 sous un titre délibérément neutre, Sur la logique et la théorie de la science. Dans le camp, il donne une conférence sur « Descartes et sa méthode ». Le texte de philosophie mathématique utilisé lors de la conférence serait un message codé[24]. La fin de la conférence n'a en revanche rien de crypté. Elle évoque la traversée depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'à la Hollande au cours de laquelle Descartes, menacé par des mariniers, dégaina avec courage et succès et c'est sous un tonnerre d'applaudissements que Jean Cavaillès conclue par un « Il faut toujours savoir tirer l'épée ! »[25].

Il s'évade le dans des conditions restées obscures[26] puis embarque pour Londres, où il arrive le . Il est reçu plusieurs fois par Charles de Gaulle, chef de la France libre auquel il remet la Déchirée, allégorie sculptée par Iché d'une France implorant le secours du ciel. Le , un Lysander le dépose dans un champ aux alentours de Rouen. Muni d'argent et d'un mandat du BCRA, il reprend la direction de Cohors que son adjoint et ancien élève Jean Gosset avait continué d'assurer en son absence. Il consacre ses moyens au renseignement sur les radiophares de la côte. C'est la mission Ramier, qu'il confie à son ami de Normale Yves Rocard, physicien déjà renommé. Il confie en outre à Jean Gosset la direction d'une section Action immédiate, le GRAC pour s'attaquer aux installations de la Kriegsmarine, cible prioritaire des Forces britanniques. Lui même participe à certaines des actions de sabotage, seul ou au sein de groupuscules convaincus, comme lui, que l'action militaire et paramilitaire offensive est plus importante que la propagande.

Cette conviction partagée ne l'est pas par le comité directeur de Libération-Nord, avec lequel Cohors rompt en juillet. Les questions du futur équilibre des pouvoirs préparant l'après guerre y ont pris une place prépondérante au détriment de l'organisation de la Résistance. Sans doute y a-t-il aussi eu des désaccords quant au commandement de divers groupes et quant à la stratégie à suivre.

L'implication clandestine d'un seul homme dans des fonctions parallèles devient écrasante. La multiplication de ses pseudonymes, correspondant à autant d'usages, en témoigne : Marty, Hervé, Chennevières, Bucéphale, Pégase, Carrière, 95078, Benoît, Crillon, Luc. « Là où est le danger, là aussi doit être le chef. » Cependant, Cohors a été infiltré par un service de contre-espionnage de de l'Abwehr, la section III F 3, dite Léopold, du nom de guerre de son chef, un nationaliste flamand. Un agent de liaison capturé, Bernard Filoche dit Michel, a été « retourné » en février 1943, pour de l'argent. Cette trahison permet au SD de mener plusieurs opérations de Funkspiel, ce « jeu de radio » visant à berner le SOE britannique[27].

Incarcération et exécution (1943-1944)[modifier | modifier le code]

Jean Cavaillès est arrêté le [23] en pleine rue à Paris, entre Port Royal et Luxembourg. Les agents de la Gestapo qui l'arrêtent connaissent son vrai nom. Il est conduit non loin de là dans un l'hôtel restaurant réquisitionné, le Cayré[28], 4 boulevard Raspail. Y sont amenés en début de soirée six autres membres de Cohors, dont Pierre Thiébaut, Gabrielle Ferrières, la sœur de Jean Cavaillès, et le mari de celle ci, Marcel Ferrières. Ces deux derniers ont été arrêtés dans un appartement du 34 avenue de l'Observatoire par un unique gestapiste alors qu'ils pensaient y rejoindre Jean Cavaillès pour partager, en cette belle soirée d'été, victuailles et documents de liaison. Ceux ci ont pu être brûlés in extremis au cours d'une bagarre[28]. Dans l'hôtel Cayré, la sœur et le beau frère entendent de longues heures durant le supplice infligé dans la pièce qui se trouve au dessus d'eux[28]. Tous les sept sont incarcérés à Fresnes.

Jean Cavaillès est libéré au plus tard un mois et demi plus tard[29], peut être pour les besoins d'une filature. Sa sœur, restée au secret, n'en saura jamais rien.

Il est arrêté de nouveau au plus tôt à la mi novembre[29]. Il est extrait douze fois de la prison de Fresnes pour être interrogé au centre de torture de la rue des Saussaies. Il ne parle pas, cite à ses tortionnaires des philosophes allemands, s'accuse des faits reprochés à ceux de ses subordonnés qui lui sont présentés[23] et Cohors survit. Les deux tiers de ses huit cent membres échappent aux arrestations. Les « pianistes » ont été mis « en sommeil » pour quelques mois. Gabrielle Ferrières est libérée en décembre. Les autres membres arrêtés sont transférés par train le vers camp de Royallieu, à Compiègne. Ils y arrivent le , en attente d'être déportés. Jean Cavaillès est inscrit sur la liste du convoi du 22 janvier[30] en partance pour Trèves puis Buchenwald.

La veille de sa déportation programmée, il est retenu pour « complément d'instruction ». L'« affaire Marty » connaît en effet un revirement. Les recoupements ont permis aux enquêteurs de déterminer que l'énigmatique et introuvable « Daniel », auteur dans la zone nord des sabotages du Groupe d'Action immédiate alias GRAC, n'est autre que Marty. Celui ci ne reconnait qu'une activité de renseignement économique mais s'il est accusé non pas seulement d'espionnage mais aussi de sabotage, il ressort à la justice militaire.

Des personnes influentes interviennent en faveur de Cavaillès, y compris des vichystes, Jérôme Carcopino, en tant que directeur de l'ENS, Marcel Déat[31], qui l'avait précédé au secrétariat du CDS, et le général Bérard[32]. Elles sont trop tardives pour pouvoir aboutir. Le , quatre jours avant l’exécution des membres de l'Affiche rouge, cinq avant l'arrestation de Robert Desnos, une semaine avant celle de Max Jacob, Cavaillès a déjà comparu devant un tribunal militaire allemand et été fusillé sur le champ, dans la citadelle d'Arras. Il est enterré avec onze autres corps[28] dans un carré commun sous une croix de bois portant l'inscription « Inconnu no 5 ». Cette inscription a été rédigée dans un but de damnatio memoriae, puisque les bourreaux connaissaient le vrai nom de leur victime.

Jean Gosset réactivera le réseau, sous le nom d'Asturies, et le réorganisera de façon plus décentralisée mais aussi plus efficace, avant d'être à son tour, en avril 1944, arrêté et déporté.

Un an après la Libération, fin juin 1945, les restes de Jean Cavaillès seront reconnus par sa sœur, grâce à un portefeuille qui avait été archivé[28] sur place par l'autorité allemande, et transférés l'année suivante dans la chapelle de la Sorbonne dans le cadre d'une cérémonie solennelle célébrée le .

Œuvre[modifier | modifier le code]

Travail éditorial[modifier | modifier le code]

Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

Mémoire de diplôme d'études supérieures en mathématiques
Thèses de doctorat soutenues en Sorbonne

Préface[modifier | modifier le code]

« Introduction », in A. Lautman, préf. R. Aron, Nouvelles recherches sur la structure dialectique des mathématiques, Coll. Actualités scientifiques et industrielles. Essais philosophiques, n° 1, Hermann & Cie, Paris, 1939, 58 p.

Articles scientifiques[modifier | modifier le code]

Anthumes
  • Compte rendu, in Die II. Davoser Hochschuhlkurse 17. März bis 6. April / Les IIes Cours universitaires de Davos du 17 mars au 6 avril 1929, p. 65-85, Heintz, Neu & Zahn, Davos, 1929.
  • « Crise du protestantisme allemand », in Esprit, vol. II, p. 306-316, 1933.
Rééd. in Philosophia Scientiae, p. 37-47, Université de Lorraine, Nancy, 1998.
Posthumes
Discussion avec A. Lautman du 4 février 1939.

Essais posthumes[modifier | modifier le code]

Reçu en septembre 1941 à la Revue philosophique alors censurée par le COIACL de Vichy.
Rééd. préf. G. Bachelard, PUF, Paris, 1960, 80 p., rééd. Vrin, Paris, 1976, rééd. 1986, rééd. 1987 (ISBN 2-7116-0117-X).
Rééd. préf. J. Sébéstik (cs), Vrin, Paris, 1997, 158 p. (ISBN 9782711612871).

Recueils posthumes[modifier | modifier le code]

Approche de sa pensée[modifier | modifier le code]

Quelques particularités de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Bien qu'il soit foncièrement impossible de même tenter de résumer ici la signification de l'œuvre de Cavaillès si précocement et si brutalement interrompue, il n'est peut-être pas inutile de rappeler trois points spécifiques sur lesquels Cavaillès s'est montré particulièrement lucide.

Jean Cavaillès a été vraisemblablement le premier dans la philosophie d'expression française à discerner, sur le plan même de la technique logique et philosophique, certaines des critiques qu'on pouvait adresser au programme du positivisme logique du Wiener Kreis[33], par exemple l'ambition déclarée de réduire la logique de la science à une syntaxe[34]. Cela ne l'empêchait pas de maîtriser et louer les acquis et mérites de cette école.

Il a été le premier à discerner le conflit qui existe entre l'idéal d'une théorie nomologique, complète, proféré par Husserl[35], et les théorèmes d'incomplétude formulés en 1930 par Kurt Gödel[36].

Dans la même idée, il énonce un dilemme, devenu classique, qui se pose pour cette philosophie husserlienne de la logique, dilemme formulé dans les propres termes de celle-ci : si elle veut donner un fondement transcendantal à la logique objective, celle ci ne pourra valoir de manière absolue mais si elle veut donner un fondement absolu et une validité absolue à cette logique, ce fondement ne pourra être transcendantal[37].

Histoire des sciences[modifier | modifier le code]

  • « L'histoire mathématique semble, de toutes les histoires, la moins liée à ce dont elle est véhicule; s'il y a lien, c'est a parte post, servant uniquement pour la curiosité, non pour l'intelligence du résultat: l'après explique l'avant. Le mathématicien n'a pas besoin de connaître le passé, parce que c'est sa vocation de le refuser: dans la mesure où il ne se plie pas à ce qui semble aller de soi par le fait qu'il est, dans la mesure où il rejette autorité de tradition, méconnaît un climat intellectuel, dans cette mesure seule il est mathématicien, c'est-à-dire révélateur de nécessités. Cependant avec quels moyens opère-t-il? L'œuvre négatrice d'histoire s'accomplit dans l'histoire. »[38]
  • « La synthèse que Kant décèle dans la pensée ne réclame aucun divers fourni ou différent mais elle-même, multiplicité par ses moments et son progrès: ce qui est unifié n'est pas préalablement donné comme divers — car comment pourrait-il être donné sinon déjà dans une synthèse? — (…) mais il est le déroulement même des actes en tant que chacun d'eux, s'oubliant et se réalisant à la fois dans une signification, ne peut poser son être propre que comme élément d'un ensemble reconnu pluralité et aussitôt base de départ pour de nouveaux actes. (…) il n'y a pas de sens sans acte, pas de nouvel acte sans le sens qui l'engendre. »[39]
  • « Le développement authentique des mathématiques sous les accidents de l’histoire est orienté par une dialectique interne des notions. »[40]

Philosophie de la connaissance[modifier | modifier le code]

  • « Il n'y a pas une conscience génératrice de ses produits, ou simplement immanente à eux, mais elle est chaque fois dans l'immédiat de l'idée, perdue en elle et se perdant avec elle et ne se liant avec d'autres consciences (ce qu'on serait tenté d'appeler d'autres moments de la conscience) que par les liens internes des idées auxquelles celles-ci appartiennent. Le progrès est matériel ou entre essences singulières, son moteur l'exigence de dépassement de chacune d'elles. Ce n'est pas une philosophie de la conscience mais une philosophie du concept qui peut donner une doctrine de la science. La nécessité génératrice n'est pas celle d'une activité, mais d'une dialectique. »[41]
  • « Prévoir n'est pas voir déjà, nier l'événement en tant que nouveauté radicale, le réduire à du déjà-vu comme manifestation d'une essence permanente. La dialectique de la prévision est celle de l'action réglée : elle comporte à la fois le refus d'abandon au temps qui dominerait et l'insertion dans le rythme de ce temps par quoi quelque chose se passe, à travers une épaisseur nécessaire de durée indépendante de celle de la conscience. Elle suppose le mouvement comme irréductible, donc le risque d'un départ de soi, d'une aventure vers l'Autre, à la fois déjà là et non déjà là, qui peut décevoir bien qu'on l'attende, qui marche à son allure propre. Sa modalité est la probabilité, non la nécessité. »[42]
  • « Connaître le monde, c’est parier — parier que certains actes réussiront, expériences de laboratoire ou techniques industrielles. Le caractère vital, extra-intellectuel, en est profondément aperçu par Borel dans sa description du pari : demandez à un homme de choisir entre un gain à pile ou face et tel pronostic, si la somme est importante pour lui, son choix vous instruira. C’est la loi d’intérêt qui guide : s’insérer dans la nature, vivant au sein du devenir, inventer les mouvements qui réussiront, l’invention elle-même étant partie du devenir, élément d’un dialogue, comme les gestes du corps dans l’escalade. Il semble qu’une explicitation fidèle de l’intention du physicien devrait suivre cette ligne […] L’élaboration mathématique des théories représenterait une coordination systématique de gestes efficaces. »[43]
  • « Le procès expérimental véritable est (…) dans les visées, les utilisations, et constructions effectives d’instruments, tout le système cosmico-technique où son sens se révèle et dont l’unité aussi bien que la relation avec le déroulement mathématique autonome posent le problème fondamental de l’épistémologie physique. »[44]
  • « L’activité même de la conscience, le rapport entre raison et devenir, d’abord opaque, mais partiellement pénétré par elle, se trouvent ici en jeu. Le pari se situe à la ligne de partage entre action pure vécue et spéculation autonome : à la fois élan vers l’avenir, reconnaissance d’une nouveauté radicale, risque, et d’autre part, essai de domination par imposition d’un ordre, établissement de symétries. »[45]

Philosophie des sciences[modifier | modifier le code]

  • « Comprendre [une théorie] est en attraper le geste, et pouvoir continuer. »[46]
  • « Par expérience, j'entends un système de gestes, régi par une règle et soumis à des conditions indépendantes de ces gestes. »[47]
  • « Si la logique transcendantale fonde vraiment la logique il n'y a pas de logique absolue (c'est-à-dire régissant l'activité subjective absolue). S'il y a une logique absolue elle ne peut tirer son autorité que d'elle-même, elle n'est pas transcendantale. »[48]

Éthique[modifier | modifier le code]

  • « Je suis spinoziste, je crois que nous saisissons partout du nécessaire. Nécessaires les enchaînements des mathématiciens, nécessaires même les étapes de la science mathématique, nécessaire aussi cette lutte que nous menons. »[49]

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Philatélie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Dans le film L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969), d'après le roman de Joseph Kessel (1943), le personnage fictif de Luc Jardie évoque à plusieurs niveaux la figure de Cavaillès :

  • il est chef de réseau, rencontre de Gaulle, meurt au début de l'année 1944 ;
  • il cite la philosophie des sciences de Cavaillès ;
  • Philippe Gerbier lit, durant sa « planque » (à h 6 dans le film), cinq ouvrages publiés « avant la guerre » par Luc Jardie à la NRF, et dont deux ont déjà été aperçus à h 53 : Méthode axiomatique et formalisme, un Essai sur le problème du fondement des mathématiques (ce n'est en réalité que le sous-titre de Méthode axiomatique et formalisme), Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles, Transfini et continu (qui était en réalité un article posthume et non un livre, et ne fut pas publié à la NRF) et Sur la Logique et la théorie de la science (ouvrage dont en réalité le titre est posthume) ;
  • on voit sur la couverture des livres que Luc Jardie est, comme Cavaillès, « Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Licencié de mathématiques, Agrégé de philosophie, Docteur ès lettres » ;
  • sur le point d'être fusillé, Gerbier énonce une idée spinozienne sur l'éternité directement inspirée du paradoxe du continu, qu'il voudrait soumettre à son « patron », Jardie/Cavaillès : si, « jusqu'à la plus fine limite », on continue de ne pas croire que l'on va mourir, alors on ne meurt jamais. Cette pensée articule la pensée spinoziste de l'éternité et la notion mathématique de convergence à l'infini vers une limite.
  • on trouve dans le film également des évocations d'autres membres des réseaux de Cavaillès, entre autres de Lucie Aubrac (Simone Signoret) et de Jean Gosset.

Après sa sortie tardive aux États-Unis (2006), le film avait été classé meilleur film de l'année par les critiques du magazine américain Premiere, de Newsweek, du LA Weekly et du New York Times.

Personnage dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Joseph Kessel, L'armée des ombres, roman, Charlot, 1943
  • Philippe Sollers, La fête à Venise, roman, Gallimard, 1991 (passim)
  • Armand Gatti, La traversée des langages, œuvre de théâtre, 1994–1995 (Théâtre Jean Vilar, Montpellier), et éditions Verdier, 2012 ; L’Inconnu no 5 du fossé des fusillés du pentagone d’Arras, œuvre de théâtre, 1997

Consécrations de lieux publiques[modifier | modifier le code]

  • Des salles de cours portent le nom Jean Cavaillès dans deux lieux où il a lui-même enseigné :
  • Un collège de 500 élèves ouvert en 2004 porte son nom à Figanières dans le département du Var.
  • Une école privée portant son nom fut créée à Sèvres en 1954 par Claire Lejeune[53],[54], grande résistante ayant combattu aux côtés de Jean Cavaillès. Elle dirigea l'école jusqu'à sa retraite en 1993. La même année, l'école est devenue la halte-garderie et le centre de loisirs de Beauregard.
  • Une école maternelle et une école élémentaire publiques portent son nom à Bayonne dans le département des Pyrénées-Atlantiques.
  • Une école maternelle et une école élémentaire publique porte son nom dans la commune du Grand-Quevilly en Seine-Maritime.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. R. Aron, « Préface », in Jean Cavaillès. Philosophie mathématique, p. 14, Hermann, Paris, 1962.
  2. a et b C. Renault, « État des services de M. Cavaillès », 22 avril 1920, in Léonore, LH/454/15, p. 13, Archives nationales, Fontainebleau.
  3. H. Cavaillès, La Transhumance Pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de Gascogne, A. Colin, Paris, 1931, rééd. Cairn, 2004.
    H. Cavaillès, La Houille blanche, A. Colin, Paris, 1946.
    H. Cavaillès, La Route française, A. Colin, Paris, 1946.
  4. a b et c C. Renault, « État des services de M. Cavaillès », 22 avril 1920, in Léonore, LH/454/15, p. 14, Archives nationales, Fontainebleau.
  5. a et b C. Renault, « État des services de M. Cavaillès », 22 avril 1920, in Léonore, LH/454/15, p. 15, Archives nationales, Fontainebleau.
  6. E. Cavaillès, Atlas pour servir à l'étude des campagnes modernes, 1908.
  7. C. R. L. Fletcher & R. Kipling, trad. l. Fabulet & E. Cavaillès, ill. R. Dendeville, Histoire d'Angleterre pour la jeunesse, Delagrave, Paris, 1932.
  8. « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 | Ressources numériques en histoire de l'éducation », sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr (consulté le 21 octobre 2016).
  9. Die II. Davoser Hochschuhlkurse 17. März bis 6. April / Les IIes Cours universitaires de Davos du 17 mars au 6 avril 1929, p. 65-85, Heintz, Neu & Zahn, Davos, 1929.
  10. Lettre à sa sœur du .
  11. J. Cavaillès, « Crise du protestantisme allemand », in Esprit, vol. II, p. 306-316, 1933, rééd. in Philosophia Scientiae, p. 37-47, 1998.
  12. Lettre à sa sœur, in Ferrières 2003, p. 83.
  13. "... souvent pittoresque, quand il n'essaie pas d'être profond - mais diablement long. C'est caractéristique pour ce peuple qu'avant même d'être au pouvoir – ou en retraite comme Napoléon – son chef ait éprouvé le besoin de pondre six cents pages serrées - tout finit par de la pseudo-philosophie." Lettre à sa sœur, 20 février 1934. Cité dans Ferrières 1982, p. 95.
  14. Canguilhem 1996, p. 15.
  15. J. Cavaillès, Méthode axiomatique et formalisme, essai sur le problème du fondement des mathématiques, thèse principale pour le doctorat ès lettres (philosophie), Faculté des lettres de l'Université de Paris, Paris, 1937, 196 p.
  16. J. Cavaillès, Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles : étude historique et critique, thèse complémentaire pour le doctorat ès lettres (philosophie), Faculté des lettres de l'Université de Paris, Paris, 1937, 156 p.
  17. Canguilhem 1996, p. 17.
  18. a b c et d « Notes relatives en particulier au capitaine François Boquet, alias Nicolas Brelot et Nicolas Boucher, à "Renaud" et à Jean Cavaillès », p. 6, in Archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale — Résistance intérieure : mouvements, réseaux, partis politiques et syndicats, cote 72AJ/35-72AJ/89, Archives nationales, Pierrefitte, 2015.
  19. R. Aubrac, Où la mémoire s'attarde, p. 72-76, O. Jacob, Paris, 1996 (ISBN 2738103693).
  20. L. Douzou, Lucie Aubrac, p. 102-109, Perrin, Paris, 2009 (ISBN 978-2-262-02746-9).
  21. F. Bourrée, « Suzanne Tony Robert », in La Résistance en Ile-de-France, AERI, Paris, 2004 (DVD).
  22. a b c d et e « Notes relatives en particulier au capitaine François Boquet, alias Nicolas Brelot et Nicolas Boucher, à "Renaud" et à Jean Cavaillès », p. 8, in Archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale — Résistance intérieure : mouvements, réseaux, partis politiques et syndicats, cote 72AJ/35-72AJ/89, Archives nationales, Pierrefitte, 2015.
  23. a b et c « Notes relatives en particulier au capitaine François Boquet, alias Nicolas Brelot et Nicolas Boucher, à "Renaud" et à Jean Cavaillès », p. 7, in Archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale — Résistance intérieure : mouvements, réseaux, partis politiques et syndicats, cote 72AJ/35-72AJ/89, Archives nationales, Pierrefitte, 2015.
  24. L. Aubrac , cité in André Odru, Maquis et guérilla en Limousin, 1943–1944, p. 16, ANACR de la Corrèze un tonnerre d'applaudissements quand Jean Cavaillès, , 2007.
  25. H. Souplet-Mégy, Journal des praticiens, p. 438, 1946?, cité in Ferrières 2e éd. 182, p. 166.
  26. André Odru, Maquis et guérilla en Limousin, 1943–1944, p. 18, ANACR de la Corrèze, 2007.
  27. A. Aglan, « La Résistance », in A. Aglan & J. P. Azéma, p. 79–136, 2002, op. cité.
    B. Verny, « La chute », in A. Aglan & J. P. Azéma, p. 137–203, 2002, op. cité.
  28. a b c d et e « Gabrielle Ferrières », in Bulletin, n° 283, ADIR, Paris, février 2003.
  29. a et b « Renseignements sur l'activité de Jean Cavaillès en octobre 1943, fournis par Charles-André Julien à Édouard Perroy », in Archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale — Résistance intérieure : mouvements, réseaux, partis politiques et syndicats, cote 72AJ/35-72AJ/89, Archives nationales, Pierrefitte, 2015.
  30. « Convoi du 22 janvier 1944 », Mémorial de l'internement et de la déportation, Compiègne, [s.d.]
  31. M. Déat, Journal inédit, t. IX, p. 70.
  32. Benoît Verny, « La chute », in, A. Aglan & J. P. Azéma, p. 201–202, op. cité.
  33. J. Cavaillès, « L'École de Vienne au Congrès de Prague », 1935.
  34. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 35–43, Vrin, Paris, 1987.
  35. E. Husserl, Logique formelle et logique transcendantale, 1931.
  36. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 70–71, Vrin, Paris, 1987.
  37. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 65, Vrin, Paris, 1987.
  38. J. Cavaillès, « Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles », in Jean Cavaillès. Philosophie mathématique, p. 27–28, Hermann, Paris, 1962.
  39. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 28-29, Vrin, Paris, 1987.
  40. Cité inCanguilhem 1996, p. 25.
  41. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 78, Vrin, Paris, 1987.
  42. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 68, Vrin, Paris, 1987.
  43. J. Cavaillès, « Du collectif au pari », p. 160.
  44. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 41, Vrin, Paris, 1987.
  45. J. Cavaillès, « Du collectif au pari », p. 163.
  46. J. Cavaillès, Méthode axiomatique et formalisme, 1938, éd. Hermann, p. 178, 1981.
  47. J. Cavaillès & A. Lautman, « La Pensée mathématique », Société française de Philosophie, ), cité in Œuvres complètes de philosophie des sciences, p. 601.
  48. J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, p. 65, Vrin, Paris, 1987.
  49. R. Aron, « Jean Cavaillès », in Terre des hommes, 1re année, n° 12, p. 2, 15 décembre 1945, cité in G. Canguilhem, « Inauguration de l'amphithéâtre Jean-Cavaillès à la faculté des lettres de Strasbourg », 9 mai 1967, cité in Vie et mort de Jean Cavaillès, Allia, 1996, cité in Jean-Yves Boursier, Résistants et résistance, l’Harmattan, (ISBN 2-7384-5889-0, lire en ligne), p. 106.
  50. « Jean CAVAILLÈS », Ordre de la Libération, Paris, [s.d.]
  51. Catalogue Yvert et Tellier, t. 1.
  52. Canguilhem 1996, p. 37-48., « Commémoration à la Sorbonne. Salle Cavaillès », .
  53. « Jean Cavaillès, un philosophe en résistance », sur wordpress.com, (consulté le 26 novembre 2018).
  54. Voir Claire Lejeune, La petite espérance, 2 vol., 2001, notamment vol. I, La petite espérance : 18 juin 1940.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]