Droit du sol

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Le droit du sol (jus soli en latin) est la règle de droit attribuant une nationalité à une personne physique en raison de sa naissance sur un territoire donné, avec ou sans conditions supplémentaires. Le « double droit du sol » consiste à attribuer la nationalité d'un pays à la personne née sur son territoire et dont un parent y est également né.

Le droit du sol se distingue du droit du sang (jus sanguinis en latin) par lequel les enfants héritent à leur naissance de la nationalité de leurs parents. Ces droits ne sont pas nécessairement exclusifs, ainsi l'attribution de la nationalité française peut se faire par l'un ou l'autre moyen[1].

Ces attributions de nationalité par la naissance sont différentes des procédures de naturalisation par lesquelles un État confère sa nationalité à un étranger.

Historique[modifier | modifier le code]

Le droit du sang a longtemps été le seul, aussi bien en Europe (où il est encore très présent en Europe centrale et orientale) qu'en Asie (par exemple dans le système des Millets) : on appartient à une famille, à une tribu, à un peuple, et pas à un territoire. Il a aussi été le droit romain initial.

Les premières ébauches de droit du sol (partiel) datent de Clisthène, et se développent dans le monde romain lorsque la citoyenneté est élargie à tous les habitants libres de l'Empire, en particulier avec l'édit de Caracalla. Lequel édit n'institue pas le droit du sol, mais procède à l'attribution autoritaire de la citoyenneté romaine, pour tous les résidents de l'Empire, à la date de l'Édit, afin d'accroître les rentrées fiscales[réf. nécessaire] impériales. Le droit du sol n'existera jamais dans l'Empire, la citoyenneté romaine continuant de se transmettre par la filiation, laquelle inclut l'adoption, très utilisée par les romains. Elle peut aussi s'acheter avec transmission à toute sa descendance : Paul de Tarse mentionne dans les Actes des apôtres que c'était ce qu'avait fait son propre père.

C'est, au XVIIIe siècle, l'indépendance des colonies anglaises d'Amérique, puis la Révolution française qui posent les bases d'un droit du sol.

Le droit de la nationalité est le reflet de l'histoire et de l'idéologie migratoire. Le droit du sang prédomine dans les pays d'émigration qui souhaitent maintenir des liens d'allégeance avec leurs expatriés alors que le droit du sol prédomine dans les pays d'immigration. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, dans la plupart des pays européens restés pays d’émigration, le droit du sang (jus sanguinis) fut conservé comme le critère principal d’attribution de la nationalité à la naissance. Par la suite l’immigration de masse qui se développa après la guerre eut pour conséquence que de plus en plus d'enfants d’immigrants de deuxième et troisième génération ne pouvaient accéder à la nationalité que par la procédure complexe de la naturalisation. Avec l'évolution sociale et économique des XIXe et XXe siècles, et surtout les flux migratoires massifs vers les Amériques et vers l'Europe occidentale, le droit du sol se répand progressivement dans ces pays.

Le biologiste et vulgarisateur scientifique Jared Diamond aurait calculé que si l'on remet en question son application depuis 1850, 60 % des Américains et 80 % des Argentins se retrouveraient ne plus avoir automatiquement leur nationalité, ainsi que 25 % des Britanniques et des Français[réf. nécessaire]. Dans la pratique, il est rare qu'une enquête de naturalisation aille au-delà des grands-parents.

Application[modifier | modifier le code]

Carte du monde, avec en bleu les pays appliquant le droit du sol.
Application du droit du sol dans le monde :
  •      Citoyenneté inconditionnelle pour les personnes nées dans le pays
  •      Certaines conditions supplémentaires requises
  •      Droit du sol aboli

Dans sa version stricte (nationalité inconditionnelle pour les personnes nées dans le pays), le droit du sol est en vigueur dans tous les pays du continent américain hormis la Colombie, et seulement dans très peu de pays en dehors de ce dernier (Pakistan, Tanzanie, Swaziland, Fidji, Tuvalu). De nombreux autres pays appliquent ou intègrent des éléments du droit du sol dans leur législation (droit du sol simple ou double).

Algérie[modifier | modifier le code]

Depuis le 25 août 2004, l'Algérie reconnaît partiellement le droit du sol (mais cela s'apparente en fait à un « droit du sang par les femmes », étant entendu que le droit du sang en Algérie était jusque là un « droit du sang par les hommes exclusivement ») : la nationalité algérienne peut être attribuée à un enfant né en Algérie de mère algérienne et de père non algérien.

Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, depuis le 1er janvier 2000, un droit du sol a été introduit dans le code de nationalité. Les enfants d'étrangers nés sur le territoire allemand, de parents étrangers également nés en Allemagne et y ayant vécu de façon durable, sont allemands à leur naissance [2]. Ils peuvent conserver une éventuelle autre nationalité[3].

Belgique[modifier | modifier le code]

Un enfant né en Belgique de parents étrangers est belge si les parents font, avant qu'il n'ait atteint l'âge de douze ans, une déclaration réclamant pour lui l'attribution de la nationalité belge. Les parents doivent avoir leur résidence principale en Belgique durant les dix années précédant la déclaration.

Brésil[modifier | modifier le code]

Un enfant né au Brésil est brésilien[4].

Canada[modifier | modifier le code]

Un enfant né au Canada est canadien.

Danemark[modifier | modifier le code]

Un enfant né au Danemark de parents étrangers est danois s'il a habité le Danemark les dix-neuf premières années de sa vie.

Espagne[modifier | modifier le code]

Outre les enfants dont un parent est espagnol, un enfant né en Espagne est espagnol si l'un des parents est né sur le territoire espagnol (double droit du sol) ou si aucun de ses parents ne lui transmet une nationalité[5].

France[modifier | modifier le code]

En France, le droit de la nationalité est régi par le code civil depuis 1803[1].

Le principe d'attribution de la nationalité française (celle que l'on obtient à la naissance) depuis la loi de 1889[6], ce que Patrick Weil appelle l'« usage républicain »[7], est le double droit du sol : est français celui ou celle qui est né sur un territoire français dont un parent est également né sur un territoire français[8]. De plus, l'enfant d'un Français est français, quel que soit son lieu de naissance (droit du sang).

Toutefois, un enfant né et ayant vécu au moins cinq ans en France de parents tous deux nés à l'étranger peut devenir français à sa majorité s'il a sa résidence habituelle en France[9]. Cette reconnaissance de nationalité française a été subordonnée de 1993 à 1998, date d'application des lois Pasqua-Debré à une demande préalable, elle est désormais automatique (sauf refus par l'intéressé[10]), ou à partir de l'âge de 13 ans si ses parents en font la demande et si l'enfant réside en France depuis l'âge de huit ans[11],[10].

Le double droit du sol s'appliquait jusqu'en 1993 aux enfants d'une personne née dans une ancienne colonie française. Depuis 1993, seuls les enfants de parents nés en Algérie avant 1962 (alors département français et non une colonie) sont concernés[12],[13].

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIVe siècle, chacun dépend d'une seigneurie, dirigée par le seigneur. Celui qui n'y est pas né est un aubain ; en tant qu'étranger, ses biens reviennent à sa mort au seigneur, au nom du droit d'aubaine. En 1315, le roi de France Louis X le Hutin publie le 3 juillet un édit qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc », c'est-à-dire libre. Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Ainsi, les sujets passent de l'autorité du seigneur au roi, ceux qui appartiennent au royaume étant appelés « regnicoles » et les autres « étrangers » ; toutefois, les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français dès leur naissance[14].

Le 23 février 1515, un arrêt du Parlement de Paris, en matière d'héritage, introduit partiellement le jus soli (droit du sol) dans le droit français : indépendamment de l’origine des parents, qui tous deux peuvent donc être étrangers, la naissance en France donne la capacité d'hériter, sans disposer de la totalité des droits de la « naturalité ».

La Constitution de 1791 précisait que sont citoyens français « ceux qui, nés en France d'un père étranger, ont fixé leur résidence dans le Royaume ». Les débats de l'Assemblée constituante montrent la préoccupation des Constituants concernait surtout les enfants de mère française[15].

En 1804, « en rupture avec la tradition », le Code civil, contre le souhait de Napoléon Bonaparte[16],[17], instaure la primauté de la filiation paternelle (droit du sang ou jus sanguinis) : « La nationalité est désormais un attribut de la personne, elle se transmet comme le nom de famille, par la filiation ». Entre 1804 et 1819, lorsqu'un étranger meurt en France, ses biens reviennent à l'État, même s'il a des descendants[14].

Elle est attribuée une fois pour toutes à la naissance, et ne dépend plus de la résidence sur le territoire de la France mais conserve toutefois le droit du sol (jus soli) en obligeant l'individu né d'un étranger à réclamer la nationalité française dans l'année qui suit sa majorité[18]. Toutefois, selon Patrick Weil, « cette rupture avec la tradition n’avait aucune dimension ethnique » mais « signifiait simplement que la nation étant comme une grande famille, on attribuerait dorénavant la nationalité comme d’autres droits personnels (noms, biens) par la transmission par le pater familias » [17],[19].

Le droit du sol a progressivement été réintroduit par des lois en 1851 puis 1889, pour répondre à des besoins croissants en travailleurs (1851) ou en futurs soldats (1889). Selon Patrick Weil, la loi de 1889 « clôt en fait un siècle tout à fait particulier dans l’histoire du droit français de la nationalité : la seule période où la nationalité française ne s’attribue à la naissance que par la filiation ».

La législation actuelle découle de la loi n°98-170 du 16 mars 1998[20] relative à la nationalité.

En 1993, le gouvernement Balladur fait adopter une loi qui prévoit l'obligation de rédiger une lettre de motivation pour devenir Français pour les personnes nées en France de parents étrangers. En 1998, le gouvernement Jospin fait adopter une nouvelle loi prévoyant que l'acquisition de nationalité pour ces personnes ne doit pas nécessiter de manifestation de volonté[14].

Irlande[modifier | modifier le code]

Un enfant né en Irlande dont aucun parent n’est irlandais est irlandais si l’un des parents, durant les 4 années précédant la naissance de l’enfant, est allé légalement en Irlande pendant une période d’au moins 3 ans ou pendant plusieurs périodes dont le total fait 3 ans.

Italie[modifier | modifier le code]

Un enfant né en Italie est italien de naissance si la loi nationale des parents ne prévoit pas l’attribution automatique de la nationalité en cas de naissance à l’étranger.

Luxembourg[modifier | modifier le code]

Le Grand-Duché de Luxembourg, a voté une réforme de la loi sur la nationalité en octobre 2008, qui confirme la transmission de la nationalité par le droit du sang et introduit un double droit du sol : un enfant né sur le territoire luxembourgeois,dont au moins lun parent y est également né, est luxembourgeois.

Maroc[modifier | modifier le code]

Le Maroc ne connaît pas de droit du sol. Si l'enfant d'un parent marocain acquiert sa nationalité (jusqu'en 2004, seul le père marocain transmet sa nationalité à ses enfants[21]), l'enfant de non-Marocains né au Maroc n'en acquiert pas la nationalité à la naissance, mais sa naturalisation est possible.

Portugal[modifier | modifier le code]

Un enfant né sur le territoire portugais et dont les parents sont étrangers est portugais si les parents font enregistrer la naissance au registre civil portugais, à condition que ceux-ci aient résidé au minimum 6 ans dans le pays.

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Auparavant, il suffisait d'y naître pour en obtenir la nationalité. La Grande-Bretagne a rompu avec cette tradition en 1983, exigeant pour devenir citoyen britannique qu'un des deux parents réside en permanence dans le pays.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Titre 1bis du Code civil sur legifrance.gouv.fr
  2. Riva Kastoryano, «L'Allemagne a adopté le droit du sol mais cela ne suffit pas à faire de ses “nouveaux citoyens” des citoyens à part entière. Etre Allemand aujourd'hui», Libération, 10 janvier 2000.
  3. Plein droit, la revue du GISTI.
  4. « Brésil: Constitution de la République fédérative du Brésil », sur OMPI (consulté le 12 février 2015)
  5. La Lettre de la citoyenneté, n° 91, 2008, voir en ligne.
  6. Noiriel (Gérard), Le creuset français. Histoire de l’immigration XIXe-XXe siècle, Paris, Seuil, (rééd. 2006, Point Histoire), 1988, 451 p.
  7. Weil (Patrick), Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Grasset, 2002, p. 60.
  8. Article 19-3 du code civil.
  9. art. 21-7 du code civil.
  10. a et b http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F295.xhtml#N1016F.
  11. art. 21-11 du code civil.
  12. http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F3068.xhtml#N100D4.
  13. http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-citoyens/etat-civil-et-nationalite/nationalite-francaise/#sommaire_2.
  14. a, b et c François Saint-Bonnet, interviewé par Guillaume Perrault, « Droit du sol, droit du sang : comment peut-on être français ? », Le Figaro, samedi 26 / dimanche 27 octobre 2013, page 17.
  15. BNF Archives parlementaires. 1867-1860, 8-17, 21-33.
  16. « Bonaparte lui-même était favorable au droit du sol estimant que toute personne d’origine étrangère qui avait reçu une éducation française était Français (n’oublions pas qu’il était né 6 mois après l’annexion de la Corse par la France). Il ne fut pas suivi. », Christian Bruschi, «La citoyenneté et la nationalité dans l’histoire», Revues Plurielles, Écarts d'identité - no 75.
  17. a et b Patrick Weil, L’accès à la citoyenneté : une comparaison de vingt-cinq lois sur la nationalité, Nationalité et citoyenneté, nouvelle donne d’un espace européen, Travaux du centre d’études et de prévision du Ministère de l’Intérieur, mai 2002, no 5, p. 9-28.
  18. Christophe Vimbert, La Tradition républicaine en droit public français, Publication univ. Rouen Havre, 1992, p. 34.
  19. « Dans l’Europe du dix-huitième siècle, le jus soli était le critère dominant pour attribuer la nationalité dans les deux royaumes les plus puissants, la France et l’Angleterre. Les individus y avaient été liés au seigneur qui possédaient les terres sur lesquelles ils étaient nés et l’État avait hérité de cette tradition féodale avec laquelle la révolution française rompit. Le jus soli symbolisant cette allégeance féodale, il fut décidé, contre le souhait de Napoléon Bonaparte, que le nouveau Code civil de 1804 n’accorderait la nationalité française à la naissance qu’aux enfants nés d’un père français, que cette naissance ait eu lieu en France ou à l’étranger. Cette rupture avec la tradition n’avait aucune dimension ethnique: elle signifiait simplement que la nation étant comme une grande famille, on attribuerait dorénavant la nationalité comme d’autres droits personnels (noms, biens) par la transmission par le pater familias. », Patrick Weil, L’accès à la citoyenneté : une comparaison de vingt-cinq lois sur la nationalité, op. cit.
  20. Legifrance [1].
  21. Code marocain de la famille.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manby (Bronwen), La nationalité en Afrique, Paris, Karthala & OSF, 2011, 242 p., télécharger le PDF
  • Noiriel (Gérard), Le creuset français. Histoire de l’immigration XIXe-XXe siècle, Paris, Seuil, (rééd. 2006, Point Histoire), 1988, 451 p.
  • Weil (Patrick), Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Grasset, 2002

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]