Minute de silence

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En 2007, les supporters et joueurs du Fulham Football Club et du Newcastle United Football Club observent avant un match une minute de silence en mémoire du joueur décédé Jim Langley.

Une minute de silence est un moment de recueillement pendant lequel, debout le plus souvent, on s'abstient de parler en signe d'hommage, pendant une durée assez longue pour s'assimiler à une minute.

Explication[modifier | modifier le code]

Le « silence » dont il est question se comprend dans le sens premier, l'état d'une personne qui s'abstient de parler. La minute de silence montre l'unanimité d'un sentiment, puisqu'elle offre l'opportunité d'un manifestation d'opposition, et que si aucun son ne l'accompagne, l'indifférence même se manifeste par un brouhaha[1]. Mais les minutes de silence sont quelquefois accompagnées de sons, comme celui du glas ou celui de sirènes d'alerte[2], ou, dans les enceintes sportives, d’applaudissements[3].

Le silence des voix est le plus souvent complété par une suspension de l'activité : on s'immobilise, debout, dans une attitude recueillie[4]. Le silence et l'immobilité symbolisent la solidarité avec les morts, qui ne peuvent ni bouger, ni parler[5].

Dans la littérature « une minute de silence », expression marquant plutôt la stupéfaction que le recueillement attestée au XVIIIe siècle, ne signifie pas une minute montre en main, mais un peu plus que quelques instants de silence. Il en va de même pour les modernes célébrations civiques. Par exemple, pendant le jour du Souvenir, la durée de recueillement est, dans la plupart des pays, de deux minutes.

Cette forme, dans laquelle certains ont vu une forme de religion civile[6], remplace la prière dans une société de respect des religions diverses, incluant l'athéisme ou l'agnosticisme. Elle remplace, pour les civils, la sonnerie aux morts des cérémonies militaires.

Afin de convenir d'une telle opération commune à plusieurs pays, on engage, ce que l'on appelle dans le langage diplomatique, un protocole de silence. Les diplomates représentant les pays impliqués font des propositions jusqu'à éventuellement arriver à un accord[réf. souhaitée].

Historique[modifier | modifier le code]

Portugal[modifier | modifier le code]

Le premier exemple connu d'hommage rendu sous forme de temps de silence a été donné par le Portugal à la suite de la mort du baron de Rio Branco, survenue le 10 février 1912. Ministre brésilien des Affaires étrangères, il avait été en 1910 l'un des premiers hommes d'État à reconnaître la République portugaise. Le 13 février, la séance du Parlement portugais fut suspendue une demi-heure, comme il était d'usage ; l'innovation vint des sénateurs, le lendemain, qui restèrent à leurs sièges pour observer dix minutes de silence. Avec le temps, les dix minutes sont passées à cinq, puis à une minute, jusqu'à nos jours[7].

Commonwealth[modifier | modifier le code]

L’armistice signé le 11 novembre 1918 fut fêté avec enthousiasme et de bruyantes manifestations dans les rues. Le journaliste australien et ancien combattant de l'armée britannique Edward George Honey (en) aurait souhaité plus de sobriété et de solennité pour marquer la fin de la Grande Guerre qui avait endeuillé tant de familles. Dans une lettre ouverte au journal London Evening News (en) en mai 1919, il suggéra le principe d'un temps de recueillement silencieux pour célébrer le premier anniversaire de cet armistice dans le Commonwealth. Cette forme laïcisée de la prière pouvait réunir aussi bien croyants de toutes dénominations qu'agnostiques et athée. Il proposa une période de 5 minutes de silence qui fut jugée trop longue, tandis qu'une minute était trop courte[8]. L'homme d'État sud-africain Sir James Percy Fitzpatrick (en) suggéra deux minutes le 27 octobre 1919 à George V, roi du Royaume-Uni, qui rendit ce temps officiel le 7 novembre 1919 pour le jour du Souvenir : deux minutes de silence (symboliquement une pour les morts, une pour les survivants) sont dès lors observées à 11 heures dans tout le pays (heure de l'entrée en vigueur de l'armistice), le 11e jour du 11e mois de chaque année[9].

France[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]

Israël[modifier | modifier le code]

Pologne[modifier | modifier le code]

Le de chaque année, une minute de silence est observée à Varsovie en hommage à l'insurrection de Varsovie. Les sirènes de la ville retentissent et la circulation s'arrête[12].

Turquie[modifier | modifier le code]

Chaque année, le 10 novembre, lors de l'anniversaire de la mort d'Atatürk, les Turcs observent une minute de silence à 9 h 05 et la circulation s'arrête dans les rues[13].

Union européenne[modifier | modifier le code]

Deux minutes de silence furent observées le 15 juillet 2005 à 13 h dans les 25 pays de l'Union européenne à la mémoire des victimes des attentats de Londres du 7 juillet 2005[14]. La France a hésité à proposer le 14 juillet, date de sa fête nationale, jour traditionnel de réjouissance qui pouvait mal se prêter à être partagée[réf. souhaitée].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Comme il est arrivé en France en 2015 Françoise Lorcerie et Benjamin Moignard, « L’école, la laïcité et le virage sécuritaire post‑attentats : un tableau contrasté », Sociologie, vol. 8, no 4,‎ (lire en ligne).
  2. Solène Cordier, « A Brétigny, une minute de silence pour les victimes de la catastrophe », Le Monde, Paris,‎ (présentation en ligne).
  3. (en) Barney Ronay, « How applause is replacing the minute's silence », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  4. attesté, par exemple, dans André Dupont-Sommer, « Adieu à M. Georges Tessier, Secrétaire perpétuel », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nos 111-4,‎ , p. 604-606 (lire en ligne).
  5. Corinne Tyszler, « L'in-ouï du silence », La revue lacanienne, no 3)passage=66-68,‎ (lire en ligne) ; Hélène Rosay-Notz, « Des expressions de la mort », Études sur la mort, no 134,‎ , p. 71-86 (lire en ligne).
  6. Faure 1922.
  7. (pt) « Sabia que o minuto de silêncio foi inventado em Portugal ? », bomdia.eu, 28 décembre 2015, consulté le 31 mars 2016
  8. (en) « New celebration of Armistice Day proposed ».
  9. Ruth Solski, Pourquoi nous portons le coquelicot, S&S Learning Materials, , p. 5.
  10. Paul Faure, « Une minute de silence », Le Populaire, Paris,‎ (lire en ligne).
  11. « Hommage de l'Assemblée aux victimes de l'attentat de Nice et aux militaires morts en Libye », sur europe1.fr, (consulté le 27 juillet 2017).
  12. http://www.liveleak.com/view?i=c37_1375348515.
  13. http://www.herodote.net/Moustafa_Kemal_1881_1938_-synthese-180.php.
  14. « Attentats : Londres honore ses victimes en silence », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).