Autriche-Hongrie

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Autriche-Hongrie
Österreichisch-Ungarische Monarchie (de)

Osztrák–Magyar Monarchia (hu)

18671918

Drapeau
Pavillon marchand
Blason
Armoiries

Hymne : Gott erhalte

Description de cette image, également commentée ci-après

L'Autriche-Hongrie en 1913.

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle, Union personnelle, Double monarchie
Capitale Vienne
Langue Allemand, hongrois,
et neuf langues minoritaires
Religion Catholique romaine
Monnaie Florin (1867-92)
Couronne (1892-1918)
Démographie
Population 1914 52 800 000 hab.
Superficie
Superficie 1908 676 615 km2
Histoire et événements
Compromis de 1867
Congrès de Berlin : occupation de la Bosnie-Herzégovine
Alliance avec l'Allemagne contre la Russie
Annexion de la Bosnie-Herzégovine
Déclaration de guerre à la Serbie
Avènement de Charles Ier (IV)
Dissolution
Traité de Saint-Germain
Traité de Trianon
Empereur-roi
1867-1916 François-Joseph Ier
1916-18 Charles Ier

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L’Autriche-Hongrie, couramment mais improprement appelée « Empire austro-hongrois », son nom exact étant « Double monarchie austro-hongroise », est, de 1867 jusqu’en 1918, un État d’Europe centrale, constitué de l’Empire d'Autriche et du Royaume de Hongrie, unis par la maison de Habsbourg-Lorraine et liés par un « compromis austro-hongrois » (en allemand Ausgleich, en hongrois Kiegyezés). Les territoires régis au sein de cette structure étatique comprennent trois entités :

Au milieu du XIXe siècle, les empereurs d’Autriche se trouvent exclus de leurs zones d'influence traditionnelles, l’Italie (1860) puis l’Allemagne (1866). Le nouveau projet politique de François-Joseph consiste alors à conforter son assise en associant les élites hongroises au pouvoir. Ce compromis est accepté par l’aristocratie hongroise car il pérennise ses privilèges féodaux dans ce pays. En 1867, François-Joseph Ier, déjà empereur d’Autriche, est couronné roi de Hongrie à Budapest. Autocrate conservateur mais pragmatique, il s'appuie sur les facteurs de cohésion que sont la monarchie et sa bureaucratie, l’Église catholique, l’aristocratie et l’armée. Son petit-neveu lui succède en 1916 sous les noms de Charles Ier d’Autriche et Charles IV de Hongrie.

L’empire habsbourgeois est devenu ainsi une « double monarchie », expression que l’Autriche-Hongrie possède en propre. L’aigle à deux têtes est un symbole bien antérieur à la constitution de cette double monarchie, mais lui convient parfaitement. On emploie aussi l’expression « monarchie danubienne ». Un tout petit affluent du Danube, la Leitha, proche de Vienne, mais séparant alors le domaine de la couronne impériale autrichienne de celui de la couronne royale hongroise, sert à l’esprit frondeur des Viennois pour surnommer le premier Cisleithanie (« en deçà de la Leitha »), et le second Transleithanie (« au-delà de la Leitha »). Ce sont des expressions non officielles, mais qui finissent par être employées par l’administration.

Ce compromis politique avec les Hongrois lèse les intérêts des autres peuples de la « Double Monarchie », slaves (Tchèques, Slovaques, Polonais, Ukrainiens, Slovènes, Croates, Serbes) ou latins (Italiens, Roumains). À l’issue de la Première Guerre mondiale, cet empire éclate, éclatement que le traité de Saint-Germain confirme au nom du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » formulé dans le dixième des quatorze points du président américain Woodrow Wilson.

Les décisions majoritaires des assemblées représentatives de ces peuples constituées lors de la défaite, remplacent en décembre 1918 la « Double-Monarchie » par sept « États-nations ». Certains sont nouvellement indépendants : la Tchécoslovaquie ou le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, future Yougoslavie, formé par la réunion des Slaves du Sud d’Autriche-Hongrie, de Serbie et du Monténégro. Un autre, la Pologne, est ressuscité après plus de 120 ans de disparition. Deux pays latins déjà existants sont simplement agrandis aux dépens de l’empire : l’Italie et la Roumanie.

Ces profonds changements sont officialisés durant les deux années suivantes par la signature des traités de Saint-Germain et du Trianon qui consacrent la fin de l’Empire, l’interdiction pour les Habsbourg de résider en Autriche, mais aussi l’interdiction pour les Allemands d’Autriche, ainsi exclus du fameux « Droit des peuples », de s’unir à la République de Weimar. L’Autriche elle-même devient une république, tandis que la Hongrie reste officiellement un royaume, à la tête duquel est instaurée une régence. Le territoire de la Hongrie est réduit au tiers central de la Grande Hongrie (où les Magyars sont très majoritaires) et laisse une partie des populations hongroises hors de ses nouvelles frontières.

Une double monarchie à la population multiethnique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chronologie de l'Autriche-Hongrie.

La genèse d'une monarchie : les Habsbourg en Europe centrale[modifier | modifier le code]

Succédant à l’empire d'Autriche, la dénomination officielle d’Autriche-Hongrie apparaît en 1867, mais désigne un État déjà constitué dès la première partie du XVIIIe siècle. C’est la dernière forme politique qu’ont prise les possessions de la dynastie impériale des Habsbourg-Lorraine. Cet État regroupe deux entités.

D’une part la couronne de Hongrie comprend le royaume de Hongrie proprement dit, constitué en 1000 et restauré en 1699 lors de la reconquête de la Hongrie sur l’Empire ottoman, en incluant les régions minières slovaques, et ses vassaux le royaume de Croatie-Slavonie et la principauté de Transylvanie.

D’autre part, un ensemble austro-bohême datant de 1526 est consolidé lors des guerres de Trente Ans (1618-1648) et de succession d’Autriche (1740-1748). Ce second ensemble sert de base à la création de l’empire d’Autriche en 1804[1].

Les possessions des Habsbourg en 1867[modifier | modifier le code]

L’Empire comprend en 1867 les régions suivantes (présentées ici avec leur date de rattachement à l'Empire et leur situation actuelle approximative) :

Les États héréditaires[modifier | modifier le code]

Les « possessions héréditaires » des Habsbourg sont :

Autres territoires[modifier | modifier le code]

Le compromis de 1867[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Compromis austro-hongrois.

Après la défaite de Sadowa en 1866 face à la Prusse, les options fédérales à six (Autriche, Bohême-Moravie, Galicie, Hongrie, Croatie et Transylvanie) ou à trois (Autriche, Hongrie, Croatie) sont abandonnées et, en 1867, l'Empire d'Autriche devient une « double monarchie » (impériale et royale) rassemblant l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie. Le compromis de 1867 est négocié entre Beust, président du conseil de l'Empire d'Autriche, et Andrássy, président du Conseil du Royaume de Hongrie, l'un des héros de la guerre d'indépendance de 1848-1849. Ce compromis fait accepter François-Joseph par les Hongrois, et il est solennellement couronné roi de Hongrie à Budapest.

Les instances pour gérer les affaires communes[modifier | modifier le code]

Dans ce cadre, les affaires communes sont réduites à trois ministères. Les affaires étrangères sont une administration unique commune aux deux états. S'l il y a une armée commune avec un état major commun, il y a toutefois deux armées territoriales : Landwehr en Autriche et Honvéd en Hongrie. le ministère des finances commun gère en plus à partir de 1879 la Bosnie-Herzégovine : il est financé à 70% par la Cisleithanie et à 30% par la Transleithanie.

Les affaires commerciales, douanières et monétaires qui exigent une harmonisation font l'objet de dispositions communes renouvelées tous les dix ans, dans des projets de lois identiques adoptés par les deux parlements. La convention dounière qui fait des territoires autrichien et hongrois un seul territoire douanier est renouvelée sans problème en 1878 et 1887. Elle est remplacée à partir de 1903 par une traitement de faveur avec réciprocité assurée[2].

Les Hongrois ayant rejeté l'idée d'un parlement commun, le contrôle des instances communes est réalisé par deux délégations. Chacun des deux parlements élit un maximun :

  • d'une part de vingt membres désignés par la chambre haute ;
  • d'autre part de quarante membres désignés par la chambre basse.

En Hongrie où le système électoral exclue en fait les nationalités autres qu'hongroise, quatre des quarante délégués de la chambre basse sont croates. Les délégations siègent séparément, communiquent entre elles par écrit et n'ont aucun pouvoir législatif[2].

Carte physique de l'Autriche-Hongrie jusqu'en 1918 (676 249 km2).

Le système né du compromis de 1867 est une tentative de synthèse entre un État fédéré (Bundesstaat) et une fédération d'États (Staatenbund), les hommes d'État de chacune des deux parties de la monarchie développant des lectures différentes :

  • pour les dirigeants de l'Empire d'Autriche il ne peut s'agir que d'un État fédéral, chacun des deux États fédérés n'ayant qu'une autonomie relative ;
  • au contraire, pour les Hongrois, même aux yeux de ceux qui ont négocié le compromis et le soutiennent, l'évolution du système dualiste doit mener à une plus grande autonomie du royaume de Hongrie, voire à ce qui est appelé l'« union personnelle » : deux États indépendants ayant en commun seulement le monarque. Dans cette perspective, les dirigeants magyars de 1867 s'appuient sur les idées nationalistes de 1848, développées autour de Kossuth père puis fils (en), pour obtenir le maximum de concessions de l'Autriche.
Des gouvernements distincts pour l'Empire d'Autriche et le royaume de Hongrie[modifier | modifier le code]

La partie autrichienne de l'empire devient peu à peu une véritable monarchie constitutionnelle, avec un système de représentation bi-caméral qui comprend :

  • une chambre des seigneurs, dont les membres sont désignés par l'empereur ;
  • une chambre des députés, dont les membres d'abord désignés par les diètes provinciales sont progressivement élus au suffrage universel masculin.

Eduard Taaffe, ami personnel de l'empereur, est ministre-président de 1879 à 1893.

Dans la partie hongroise, le pouvoir est exercé par l'aristocratie foncière hongroise qui s'assure le contrôle quasi-exclusif de la chambre des députés, gràce à un système électoral censitaire et un découpage approprié des circonscriptions. Kalman Tisza puis son fils Istvan Tisza sont ministre-président de 1875 à 1890, puis de 1903 à 1905 et de 1913 à 1917. La capitale de l'état restauré fait l'objet d'un plan d'urbanisme ambitieux, de la fusion en 1873 des communes de Buda, Obuda et Pest, à l'inauguration en 1896 de la première ligne de métro continentale et de la place des Héros, pour célébrer le millénaire du royaume[2].

La double monarchie en 1910[modifier | modifier le code]

L’Empire d'Autriche-Hongrie est, après la Russie, le plus grand état d’Europe avec une superficie de 676 249 km2. Il est formé de l'Empire d'Autriche (réduit à la Cisleithanie), du Royaume de Hongrie et de la Bosnie-Herzégovine, qui n'est rattachée ni à l'un ni à l'autre, mais placée sous administration commune en 1878 par le traité de Berlin, et annexée en 1908.

L'organisation politique[modifier | modifier le code]

L'Empire d'Autriche (Cisleithanie)[modifier | modifier le code]
Subdivisions de l'Empire d'Autriche avant 1867.
Subdivisions de l'Autriche-Hongrie après 1867 :
  •      Cisleithanie (Autriche)
  •      Transleithanie (Hongrie)
  •      Bosnie-Herzégovine

L'Empire d'Autriche proprement dit a une superficie de 300 193 km2 pour une population de 28 567 898 habitants (recensement de 1910) ; il est constitué de 17 provinces. Chacune de ces provinces dispose d'une autonomie relative, avec des assemblées provinciales (Landtag) élues dans un premier temps au suffrage par classes, censitaire puis universel. Les habitants de lanque allemande, qui comptent pour 36% da la population totale et élisent 43% des sièges au parlement s'opposent globalement à restaurer un royaume de Bohème autonome, comme le revendiquent les Tchèques[2].

Province Capitale Superficie Population
Basse-Autriche Vienne 19 854 km2 3 530 698 hab.
Haute-Autriche Linz 11 994 km2 852 667 hab.
Bohême Prague 51 967 km2 6 774 309 hab.
Bucovine Cernăuți/Černivcy/Czernowitz 10 456 km2 891 364 hab.
Carinthie Klagenfurt 10 333 km2 394 737 hab.
Carniole Ljublijana/Laibach 9 965 km2 525 083 hab.
Comté de Goritz et Gradiska Gorizia/Gorica/Görz 2 927 km2 261 721 hab.
Dalmatie Zara/Zadar 12 863 km2 646 062 hab.
Galicie Lwow/Lviv/Lemberg 78 532 km2 8 022 126 hab.
Istrie Poreč/Parenzo 4 951 km2 403 261 hab.
Moravie Brno/Brünn 22 231 km2 2 610 914 hab.
Salzbourg Salzbourg 7 163 km2 214 997 hab.
Silésie Opava/Troppau 5 153 km2 756 590 hab.
Styrie Graz 22 449 km2 1 441 604 hab.
Territoire de Trieste Trieste/Trst/Triest 95 km2 229 475 hab.
Tyrol Innsbruck 26 690 km2 946 498 hab.
Vorarlberg Bregenz 2 570 km2 145 794 hab.
Le Royaume de Hongrie (Transleithanie)[modifier | modifier le code]

Le Royaume de Hongrie a une superficie de 324 857 km2 et une population de 20 840 678 habitants. Il est constitué :

  • du Royaume de Hongrie proprement dit (282 323 km2), comprenant depuis 1867 la Transylvanie ;
  • du Royaume de Croatie-Slavonie (encore appelé Croatie-Esclavonie), royaume autonome avec pour capitale Agram (ou Zagreb), 42 534 km2 ;
  • du territoire de Fiume (20 km2), qui est directement rattaché au Royaume de Hongrie proprement dit.

Le Royaume de Hongrie possède, contrairement à l'Empire d'Autriche, une structure centralisée. Les comitats, unités administratives de base, sont gérés conjointement par un préfet nommé par l'état et un "alispan" élu par l'aristocratie locale. Le royaume de Croatie-Slavonie dispose d'une administration autonome dirigée par un "ban" nommé par l'état qui est repsonsable devant le "sabor", assemblée élue qui a la capacité de légiférer dans les domaines de l'enseignement et la justice[2].

La Bosnie-Herzégovine[modifier | modifier le code]

Administrée par l'Empire à partir de 1878 et annexée en 1908 sous les auspices du ministre Alois Lexa von Aehrenthal, la Bosnie-Herzégovine a une superficie de 51 199 km2 et une population de 1 898 044 habitants. Elle est constituée de deux provinces :

Comment décider à quelle entité cette province appartiendrait ?

  • À l’Autriche ? Mais la Bosnie-Herzégovine n’a de frontière avec l’Autriche (Cisleithanie) que par la Dalmatie cisleithane, elle-même sans continuité avec le reste de l’Autriche.
  • À la Hongrie, contiguë sur une frontière de plus de 400 kilomètres ? Mais, la Hongrie s’est opposée à l’annexion de 1908.

De plus, les catholiques (Croates) sont minoritaires en Bosnie-Herzégovine et ni la Cisleithanie ni la Transleithanie ne souhaitent augmenter leurs minorités orthodoxes (Serbes), et encore moins englober une minorité musulmane (Bosniaques).

De ce fait, la Bosnie-Herzégovine se retrouve ainsi être la « Troisième entité de la double monarchie » : annexée, elle ne dépend spécifiquement d’aucune de ses deux composantes mais est considérée comme commune aux deux couronnes, qui administrent ensemble tout ce qui ne relève pas des pouvoirs locaux bosno-herzégovins. Les pouvoirs locaux sont surtout confiés à la minorité catholique (croate) et à la majorité musulmane (bosniaque), ce qui mécontente la minorité orthodoxe (serbe) : une situation instable qui explique la constitution de sociétés secrètes comme la Jeune Bosnie (Mlada Bosna) dont faisait partie Gavrilo Princip, l’assassin de l’archiduc François-Ferdinand.

Les populations[modifier | modifier le code]

À la veille de la Première Guerre mondiale, l’Autriche-Hongrie est le troisième État européen par sa population, soit 51 306 620 habitants. L’allemand est langue officielle en Cisleithanie, le magyar en Transleithanie. L’Empire compte quatorze groupes culturels et linguistiques dont six non-slaves. Cependant, au sein de l’armée, l’allemand reste la seule langue du commandement même si les officiers doivent être polyglottes afin d’être compris de leurs hommes.

Les différentes nationalités[modifier | modifier le code]

Les nationalités (se définissant à l'époque, lors des recensements, par la déclaration d’usage de la langue) sont, en 1910, réparties ainsi :

  • Les Allemands sont 12 006 591 (23,4 %), dont 10 millions en Autriche et 2 millions en Hongrie. Le groupe germanique forme une masse compacte dans la zone de l'actuelle Autriche et flanque en Bohême la population tchèque sur trois côtés (sud-ouest, nord-ouest et nord-est), dans les Sudètes.
  • Les Magyars sont (essentiellement en Pannonie et dans l'Est de la Transylvanie), quelque 10 056 315, soit 19,6 % de la population de la Double-couronne.
  • L’élément slave (près de 45 % du total de la population) vit mal sa subordination aux deux précédentes communautés. Quoique sociologiquement disparate, l'élément slave compte pour près de 45 % du total de la population et vit mal sa subordination aux Austro-Allemands (23,4 %) et Magyars (19,6 %), groupes dominants mais globalement moins nombreux. Le sentiment panslave est important chez les Tchèques en Bohême et en Moravie, ainsi que chez les Serbes et les Croates dans les Balkans. Il souffre en Galicie de l'attitude de l'Empire russe face aux Polonais et aux Ukrainiens. Parmi les Slaves occidentaux catholiques, tels les Tchèques et les Slovènes, ont en général un bon niveau de vie et d’instruction, les tandis qu’à l’Est les Ukrainiens et les Serbes, de tradition orthodoxe sont souvent pauvres et illettrés.
  • Les Latins (Italiens au Tyrol du Sud, en Istrie et en Dalmatie, Roumains en Transylvanie, en Hongrie orientale et en Bucovine) représentent quelque 7,8 %.
  • Enfin, 2 313 569 sujets de l'Empire (4,57 %) appartiennent à d'autres cultures ; il s'agit principalement des Juifs (majoritairement de langue yiddish, notamment en Galicie, leur principale zone d'implantation) et des Roms. Parmi les Juifs, la bourgeoisie urbaine d’Autriche et de Hongrie est le plus souvent laïque, instruite et bien intégrée, tandis qu’en milieu rural, notamment en Galicie ou en Haute-Hongrie (actuelles Slovaquie et Ruthénie subcarpathique) les communautés traditionalistes faisant usage de vêtements spécifiques très visibles (caftans, grands chapeaux) mènent une vie très imprégnée par la religion dans des shtetls, séparément des autres populations, et sont souvent l’objet d’intolérances[3]. Les Roms, eux aussi, mènent une vie traditionnelle et nomade, offrant leurs services d’artisans là où ils campent, et victimes eux aussi d’intolérances.


Langues (1910) Diffusion Population Pourcentage
Allemand Autriche, Tyrol et les provinces alpines, Bohême et Moravie urbaines (Austro-allemands et Juifs), Silésie, ilôts au Banat, en Galicie, Plaine de Pannonie, Bucovine, Carniole et Transylvanie (Saxons) 12 006 591 23,4
Hongrois Plaine de Pannonie, Slovaquie, Banat, Transylvanie (Magyars et Sicules) 10 056 315 19,6
Tchèque Bohême, Moravie, Silésie 6 442 133 12,5
Slovaque Haute-Hongrie (Slovaquie) 1 967 970 3,8
Polonais Galicie occidentale, villes de Galicie orientale, Silésie 4 976 804 9,7
Ukrainien et Rusyn Marmatie, Galicie orientale, Nord de la Bucovine 3 997 831 7,8
Serbe, croate et bosniaque Est de l’Istrie, Dalmatie, Croatie-Slavonie, Bačka, Bosnie-Herzégovine, Banat 4 380 891 8,5
Slovène Basse-Styrie, Carniole, nord de l’Istrie, Trieste, Fiume 1 350 000 2,4
Roumain Est de la Hongrie, Banat, Transylvanie, Marmatie, Bucovine 3 200 000 6,3
Italien, dalmate, istro-roumain Istrie, Trentin, Trieste, Dalmatie, Fiume 768 422 1,5
Yiddish Tout l’Empire, mais surtout Galicie, Haute-Hongrie, Bucovine, Transylvanie environ 1 000 000 environ 2
Les religions en 1910[modifier | modifier le code]

Places-fortes de la contre-Réforme, l'Autriche et accessoirement la Hongrie ont laissé peu d'espace au protestantisme qui est toutefois resté vivace en Bohême-Moravie et en Transylvanie. En conséquence, plus des trois-quarts des Austro-Hongrois sont en 1910 catholiques d'affiliation (26 millions). L'orthodoxie est présente en Bosnie-Herzégovine, en Hongrie du sud-est, en Galicie orientale, en Transylvanie et en Bucovine. L'islam est présent en Bosnie-Herzégovine. Phénomène tant religieux qu'ethno-culturel, le judaïsme est représenté sous sa forme ashkénaze dans les shtetlesh de Galicie, de Bucovine et de Marmatie, ainsi que dans les métropoles autrichiennes ou hongroises, et sous sa forme séfarade en Bosnie (particulièrement à Sarajevo où il est souvent ladinophone).

Si certains pays sont mono-religieux (en Autriche, Bohême-Moravie, Dalmatie et Croatie il n'y a pratiquement que des catholiques), d'autres se partagent entre trois ou quatre confessions (en Bosnie-Herzégovine, on trouve des catholiques, des orthodoxes, des musulmans et des juifs, en Transylvanie des catholiques, des protestants, des orthodoxes et des juifs…).

Les germanophones et les magyarophones se partagent entre catholicisme (très majoritaire) et protestantisme ; Slovènes, Croates, Tchèques, Slovaques et Polonais sont catholiques ; Ukrainiens et Roumains peuvent être catholiques (de rite grec) ou orthodoxes ; les Serbes sont orthodoxes, et les Bosniaques musulmans. Les Roms enfin sont, pour certains, chamanistes, mais la majorité a déjà adopté l'une des religions des pays où ils vivent.

Toutes ces confessions sont présentes dans la capitale, où se produit un melting-pot culturel propice au développement de la vie intellectuelle et artistique[4], que d'aucuns trouvent admirable[5], tandis que d'autres le trouvaient détestable[6]. Dans une moindre mesure, on retrouve le même melting-pot dans les principales villes de l'Empire, comme en témoignent la littérature, le théâtre, les arts et l'architecture.

Religion Empire Autriche
Hongrie
Bosnie-Herzégovine
Catholiques romains et gréco-catholiques 76,6 % 90,9 % 61,8 % 22,9 %
Protestants (luthériens, calvinistes, unitariens) 8,9 % 2,1 % 19,0 % 0 %
Orthodoxes 8,7 % 2,3 % 14,3 % 43,5 %
Juifs 4,4 % 4,7 % 4,9 % 0,6 %
Musulmans 1,3 % 0 % 0 % 32,7 %

L'évolution de la double monarchie : entre tradition et modernité[modifier | modifier le code]

Une puissance aux riches potentiels dont la cohésion est problématique[modifier | modifier le code]

L'Autriche-Hongrie a globalement développé à la fois son agriculture et son industrie. Cependant, l'évolution de chacune de ses parties est contrastée. La Hongrie reste essentiellement agricole et gouvernée par une aristocratie jalouse de ses privilèges, alors que l'ensemble austro-bohême s'industrialise et se démocratise.

Point de convergence des archaïsmes et des idées progressistes d'une époque, Vienne est en 1900 l'un des principaux phares de la culture européenne.

Le défi majeur de la double monarchie est d'ordre politique. L'Autriche-Hongrie connaît comme les autres états de l'époque les conflits de classes sociales, mais en outre les diverses nationalités demandent leur place à côté des germanophones et des Hongrois, notamment celles qui avaient constitué des états avant d'être intégrées : principalement les Tchèques en Autriche et les Croates en Hongrie.

Economie[modifier | modifier le code]

En 1910, 55% de la population active travaille encore dans l'agriculture, 48% en Cisleithanie et 62% en Transleithanie. La Transleithanie fournit la moitié de la farine nécessaire à la production du pain consommé en Cisleithanie. La propriété des terres est très concentrée en Bohème et en Hongrie, elle est davantage morcelée dans les pays alpins où subsiste une classe moyenne paysanne importante[2].

L'Autriche-Hongrie est devenue la quatrième puissance industrielle en Europe, devançant de peu la Russie[7]. La production aurait triplé en Autriche entre 1880 et 1913, avec en tête la métallurgie et la construction mécanique. Le Ministre-président d'Autriche de 1879 à 1893 Eduard Taaffe met en place une législation sociale relative à la durée du travail et à l'assurance maladie. Les industries se concentrent essentiellement en Basse-Autriche, Bohème ainsi qu'à Budapest côté Hongrie. Elles emploient 23% de la population active[2].

La double monarchie constitue un vaste marché intérieur, notamment pour les produits agricoles de Transleithanie. Les produits manufacturés de Cisleithanie commencent à souffrir de la concurrence allemande[7]. Le réseau ferroviaire a été multiplié par 8 entre 1860 et 1900. Il a récupéré son retard par rapport aux autres grands états européens gràce en particulier à l'impulsion de l'état. Trieste est devenu le huitième port européen et voit passer la moitié des exportations de la double monarchie[2].

Politique[modifier | modifier le code]

Répartition ethnique en Autriche-Hongrie (1911) et États proposés pour les États-Unis de Grande-Autriche.

Le dualisme austro-hongrois, issu du Compromis de 1867, a singulièrement tendu la situation en donnant aux aristocrates hongrois le pouvoir de bloquer toute modification constitutionnelle et toute évolution politique de l'Empire. Les aristocrates hongrois craignent de voir voter des réformes (notamment foncières et linguistiques) qui ébrécheraient leur pouvoir absolu. François-Joseph reconnaît qu’il est souhaitable de créer une troisième force, slave, et de rendre au grand-duché de Transylvanie sa Diète. Sollicité pour créer un trialisme en donnant aux Tchèques une part égale, François-Joseph recule à plusieurs reprises, car il se sent lié par le serment prêté lors du sacre de Buda.

Un groupe d’intellectuels réunis autour de l’archiduc héritier et progressiste François-Ferdinand d’Autriche et de son épouse Sophie Chotek, comtesse d’origine tchèque, émettent l'idée de transformer la Double Monarchie en un État subdivisés en plusieurs États autonomes dont les limites suivraient la répartition ethnique sur le territoire austro-hongrois. En 1906, Aurel Popovici conçoit alors l'idée des États unis de Grande Autriche. Cette idée est plutôt mal reçue par les Hongrois, qui dans le cadre de ce redécoupage devraient céder une portion importante de leurs terres et ne sera finalement jamais mise en place.

Article détaillé : États unis de Grande Autriche.

En fait, la « Double monarchie » tolère l’expression des cultures et identités autres qu’allemande ou hongroise, à condition qu’elles ne soient pas les vecteurs du panslavisme, de l’irrédentisme ou du socialisme. Jusqu’en 1917, seule une minorité conteste aux Habsbourg-Lorraine leur statut de souverains légitimes des États sur lesquels ils règnent. La majorité des sujets réclame l’autonomie dans le cadre de l’Empire, et non la sécession.Les sujets autres que germanophones ou magyars revendiquent le respect des langues, des cultures et des religions de chaque groupe, des écoles, une répartition plus équitable des ressources et des impôts, et en Hongrie une meilleure représentation politique.

Les clivages linguistiques et religieux correspondent souvent à des clivages économiques et politiques : ainsi par exemple les orthodoxes (Ukrainiens, Roumains ou Serbes) sont presque partout pauvres et peu instruits, alors que dans les régions où ils sont majoritaires, l’aristocratie, maîtresse des terres, est catholique de langue allemande, magyare ou polonaise, tandis que la bourgeoisie, maîtresse de l’industrie et du commerce, est catholique, protestante ou juive, de langue allemande, magyare ou yiddish. Dans ces conditions, la déclaration d’appartenance à une nationalité, c’est-à-dire l’affirmation d’une langue et d’une culture, vise moins à l’obtention d’une quelconque souveraineté qu'à exprimer des revendications sociales et politiques au sein de l’Empire.

Société[modifier | modifier le code]

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Les situations économiques et sociales, ainsi que la situation des minorités sont différentes en Autriche et en Hongrie.

L’Autriche, avec une bourgeoisie active et un taux de croissance économique avant 1914 équivalent à celui de l’Allemagne, se rapproche des États de l'Europe occidentale. La grande noblesse n'a pas hésité à investir dans les entreprises industrielles (exemple : Skoda) et François-Joseph n’hésite pas à anoblir la grande bourgeoisie, y compris juive, en reconnaissance de ses mérites. D’ailleurs les Juifs austro-hongrois découvriront après 1918 que les « États successeurs » de l’Empire sont (surtout à partir des années 1930) généralement bien moins tolérants à leur égard que les Habsbourg-Lorraine. Un système d’assurances sociales a été créé au profit des travailleurs. Le suffrage est universel et direct depuis 1907 et les nationalités (Roms exceptés) sont proportionnellement représentées au Parlement de Vienne.

Les Slaves, pour leur part, participent davantage à la vie politique de l’Empire en Autriche qu’en Hongrie. Le club polonais au Parlement de Vienne fait souvent varier les majorités, au gré de ses intérêts. Edvard Beneš et Hugh Seton-Watson (journaliste anglais ardent défenseur avec Lord Northcliffe de l’indépendance tchèque), reconnaissent que les Tchèques ont une certaine liberté politique sous l’Empire. Le problème des langues en Bohême se pose dès les élections de 1897 : il s’agit de permettre la mise en place d’un bilinguisme administratif en Bohême, donc de revenir partiellement à une situation antérieure à 1620. À cette réforme en faveur du tchèque s’opposent l’ensemble des partis allemands, dont les pangermanistes, qui organisent une forte agitation, relayée par le Reich, dans le Nord de la Bohême. Ce problème se manifeste par une pratique parlementaire utilisée de nombreuses fois par la suite : l’obstruction parlementaire, qui peut prendre plusieurs formes. Durant la période inaugurée par la mise en place du suffrage universel par classes en 1896 et close par la déclaration de guerre en 1914, les problèmes linguistiques paralysent le fonctionnement institutionnel de l’Autriche, ainsi que celui des partis qui se pensent transnationaux, comme les sociaux-démocrates du Parti social-démocrate d'Autriche.

La Hongrie, en revanche, reste très féodale dans sa structure (un héritage de l’écrasement de la révolution de 1848), et un tiers des terres appartient à moins de 9 000 familles aristocratiques. La vie politique est essentiellement réservée aux Magyars qui ne représentent que 48 % de la population de la Grande Hongrie. Les Slaves et les Roumains n’ont aucun droit politique, par défaut de représentation en application du système électoral hongrois. Les mouvements autonomistes croate, roumain et slovaque se trouvent très ancrés dans la volonté collective de ces populations, du fait des discriminations et des humiliations de la part des aristocrates hongrois qui considèrent Slovaques et Valaques comme « allogènes » alors qu'ils vivent dans leurs terroirs depuis plus de mille ans.

Dans les deux parties de la Monarchie, la noblesse a un grand poids économique, en raison de l’immensité des terres possédées par elle. En 1914 par exemple, moins de 1 % de la population possède 40 % du territoire. Une des revendications des nationalités est la réforme agraire, qui sera partiellement réalisée après le partage de l'Empire. De ce point de vue, les paysans ont pu voir avec espoir la double monarchie s'effondrer. En termes de classes sociales et de politique, la prédominance de l’aristocratie dans la haute administration et au gouvernement fait de la société austro-hongroise une société inégalitaire.

Vie culturelle[modifier | modifier le code]

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Pour l’écrivain autrichien de langue allemande Robert Musil (dans son roman L'Homme sans qualités), qui a dû être officier dans l’armée « cacanienne », l’Autriche-Hongrie était la Cacanie, du préfixe apposé partout K. und K. : Kaiserlich und Königlich (« impérial et royal »).

La terminologie exacte semble avoir été la suivante :

  1. « impérial et royal » pour les services communs (armée, finances, diplomatie) : la KuK Marine était la marine de guerre et la KuK Armee la composante commune des forces terrestres austro-hongroises ;
  2. « impérial-royal » pour les services propres à la Cisleithanie : le souverain y était empereur d'Autriche mais aussi roi de Bohême ;
  3. « royal » pour les services propres à la Transleithanie où le souverain régnait à titre de roi de Hongrie.

Le puissant rayonnement culturel de la monarchie habsbourgeoise à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, a été stimulé notamment par sa richesse multinationale et le dynamisme de sa minorité juive : Hermann Broch, Sigmund Freud, Karl Kraus, Gustav Mahler, John von Neumann, Karl Popper, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Arnold Schönberg, Otto Weininger et Stefan Zweig en étaient issus. Vienne fut peut-être la capitale de la modernité. Son influence s'étendit tout au long du XXe siècle dans le domaine des arts (peinture, architecture, musique, littérature), de la science et le domaine médical, avec l’école psychanalytique, qui révolutionna la perception du monde. Tous ces domaines étaient un facteur d'universalisme dans cet empire, véritable patchwork multinational et multilinguistique marqué par la montée des nationalismes des peuples qui le composaient[8].

Malgré un conservatisme certain, la Cour de Vienne et notamment l’empereur François-Joseph, ont toujours soutenu les artistes contemporains et le groupe de la Sécession, par la commande officielle. Ainsi, entre autres, Otto Wagner participa à la construction du métro de Vienne, en réalisant diverses de ses stations, réalisa l'immeuble de la Caisse d'épargne et de la Poste, et Gustav Klimt se vit confier la fresque du hall d’entrée du Musée d'histoire de l'art de Vienne à Vienne, ainsi que celles de la villa Hermès offerte par François-Joseph à son épouse Élisabeth, dite Sissi, comme résidence privée à Vienne.

Les idées révolutionnaires des artistes viennois au début du XXe siècle ne s’appliquaient en aucun cas à la contestation de l'ordre politique et social organisé par la dynastie des Habsbourg-Lorraine, dont la supranationalité convenait à leur contestation de l'historicisme issu des mouvements nationalistes de la révolution autrichienne de 1848. Aucun d'entre eux ne se réclamait des nationalités dont ils étaient issus. La double monarchie, incarnée par la dynastie, par son absence de référent national, était leur lieu d'expression, assignant à l'art une autre mission que politique.

Il est convenu aujourd'hui de voir cette période comme la décadence d'une société. Ce n'est pas en termes de décadence que les artistes viennois parlaient d'eux-mêmes mais plutôt en termes de renouveau, en s'opposant aux goûts et aux diktats d'artistes quasi officiels comme le peintre Hans Makart, le « Rubens viennois » ou l'écrivain Franz Grillparzer, chantre de l'époque Biedermeier. Si l'édification de l'Opéra de Vienne et du Ring avaient consacré le goût du pastiche architectural dans les années 1870, l'édification et la décoration du Métro, de la Caisse d'Épargne et de la Poste et de bien d'autres édifices publics ou privés surent donner ses bases à l'architecture contemporaine, voire futuriste.

En d'autres termes, cette « querelle des Anciens et des Modernes », de l'art officiel contre l'art nouveau a été extrêmement perceptible dans la Vienne du début du XXe siècle.

Vers l'épreuve de force : l'écueil de la fuite en avant[modifier | modifier le code]

La décomposition de l’Empire ottoman amène l’Autriche-Hongrie à rechercher l’alliance de l’Allemagne pour contrer l’expansionnisme russe et les véléités de rassembler tous les peuples slaves du Sud en un même État. Cette politique l’éloigne de la France et du Royaume-Uni, alors que la double-monarchie partage avec ce dernier le même souci d’équilibre entre puissances continentales européennes.

Les alliances[modifier | modifier le code]

François-Joseph inaugure le Drang nach Osten (expansion vers le sud-est, vers les Balkans). Bien que l’armée russe ait apporté en 1848 un soutien indispensable à la monarchie autrichienne, la politique de François-Joseph s’oppose aux visées de l’Empire russe sur les Balkans dans le cadre du recul de l’Empire ottoman. Ces ambitions antagonistes des deux puissances impériales sont l’une des causes de la Première Guerre mondiale.

L’Empire allemand et l’Autriche-Hongrie, les « Empires centraux », constituent donc une alliance, sous le nom de Duplice (Zweibund), qui devient la Triplice (Dreibund) ou Triple-Alliance quand l’Italie vient rejoindre l’alliance. Toutefois, l’Italie ne souscrit à cette alliance que dans une optique défensive : celle-ci ne doit fonctionner que dans la mesure où l’un des signataires est agressé.

À la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878, le traité de Berlin confie à l’Autriche-Hongrie l’administration de la Bosnie-Herzégovine ottomane. Cette province a une population linguistiquement homogène (on y parle le serbo-croate), mais religieusement composite (on y trouve des musulmans, des chrétiens catholiques que l’Empire va favoriser, et des chrétiens orthodoxes qu’il va étroitement surveiller). La Bosnie-Herzégovine est géographiquement encastrée dans les territoires austro-hongrois. L’Empire annexe ce territoire en 1908, dernière annexion des Habsbourg-Lorraine, malgré l’opposition de la Russie et de la France.

L’Autriche-Hongrie finit par apparaître agressive. À la suite de l’attentat de Sarajevo (assassinat par un serbe de Bosnie de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire), et bien que la Serbie ait accepté presque toutes les exigences de l’ultimatum austro-hongrois, l'empire décide d'éradiquer la Serbie par la force. Emil Ludwig a montré comment les décisions des empereurs autrichien, russe et allemand, autocrates fortement influencés par l'aristocratie militaire qui les entoure (Hötzendorf en Autriche), ont amené l'enchainement de la déclaration de guerre à la Serbie le , la mobilisation générale de l'armée russe puis la mobilisation de l'Allemagne contre la France, entrainant le continent européen dans la guerre [9].

La Grande Guerre de 1914-1918[modifier | modifier le code]

Il y a une armée commune à l’Autriche et à la Hongrie avec des régiments d’infanterie numérotés à la suite communément. Ensuite, il y a un système de réserve propre à l’Autriche (Landwehr) et un autre à la Hongrie (honvédség), ainsi qu’une organisation de défense territoriale (Landsturm) en Autriche et une autre en Hongrie. La Bosnie-Herzégovine fait l’objet d’une autre organisation avec quatre régiments d’infanterie (Bosnisch-Hercegowinische Infanterie-Regimenter Nr. 1-4), un bataillon de chasseurs à pied (Bosnisch-Hercegowinisches Feldjäger-Bataillon) et des bataillons autrichiens détachés.

L’armée austro-hongroise est le reflet de la disparité de l’Empire. Les Serbes et les Croates sont envoyés en garnison à Vienne ou à Budapest, les germanophones en Bosnie, les Tchèques en Hongrie, les Roumains en Galicie, les Polonais en Transylvanie, les Hongrois en Bohême ou en Bucovine pour tenter d’unifier cet empire multiculturel. La cohésion au combat n’est pas évidente. Un lieutenant de réserve roumain, Octavian Tăslăuanu décrit le début de la guerre dans un régiment honvéd : les officiers supérieurs sont hongrois et ont besoin de traducteurs roumains pour se faire comprendre. Le livre de Liviu Rebreanu et le film « La Forêt des pendus » font état des désertions qui ont pu survenir après l'été 1916 (lorsque la Roumanie rejoint l'Entente). Des soldats tchèques, slovaques, slovènes, serbes ou ukrainiens faits prisonniers par les Russes n’hésitent pas, eux non plus, à former des légions auxiliaires de l’armée russe (l’une d'elles sera utilisée par les généraux russes blancs durant la guerre civile russe, reculera vers l’est jusqu’à Vladivostok et ne sera rapatriée par la voie des mers qu’en 1924).

Au début de la guerre cependant, malgré le rôle ingrat que lui a dévolu l’Allemagne en 1914, l’armée austro-hongroise conserve sa cohésion, grâce à un commandement unique largement germanisé : elle lance seul l’offensive contre l’armée russe, tout en éliminant une armée serbe aguerrie. En 1915 et avec ses alliés, elle repousse l’armée russe et occupe la Serbie. Mais l’Italie, d’abord neutre elle aussi, choisit finalement d’entrer en guerre aux côtés de l’Entente, en signant un traité dont les clauses secrètes prévoient l’attribution du Tyrol du Sud, du Trentin, de Trieste et de la Dalmatie en cas de défaite de l’Autriche-Hongrie.

Monté sur le trône le , Charles Ier d’Autriche-Hongrie sonde les voies de la paix auprès de la France. La négociation entamée au printemps 1917 avec le gouvernement français par l’intermédiaire des princes de Bourbon-Parme, François-Xavier et Sixte, frères de l’impératrice Zita, n’aboutit pas, l’Entente s’étant déjà engagée vis-à-vis de l’Italie, de la Serbie et de le Roumanie.

D’abord victorieuse de l’armée italienne à Caporetto en octobre 1917, l’armée austro-hongroise est finalement défaite à Vittorio Veneto en octobre 1918.

La dissolution de l'Autriche-Hongrie[modifier | modifier le code]

Vers l'émiettement de l'Europe centrale[modifier | modifier le code]

L'Autriche-Hongrie en 1918
Légende :
- en couleurs, l'Empire en 1914 ;
- les traits rouges représentent les frontières de 1920.
Carte de la répartition des diverses nationalités en Autriche-Hongrie (recensement de 1890) avec les frontières de l'Empire en 1914.
Carte de la répartition des nationalités des pays danubiens avec les frontières de 1919, à la suite de l'application des quatorze points du président Wilson.

L’idée de nation comme source de la souveraineté, issue des révolutions américaine et française, avait déjà été exprimée lors de différentes révoltes : transylvaine de 1784 et « Printemps des Peuples » de 1848, notamment les révolutions autrichienne, hongroise et roumaine. Les dirigeants et les assemblées des différentes composantes de l’Empire s’appuient en 1918 sur l’idée de nation comme source de la souveraineté lorsque le président américain Woodrow Wilson, dans ses « quatorze points », propose à l’Europe les principes du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et de l’autodétermination. Le principe de la souveraineté nationale triomphe de l’idée d’un empire supranational dont la souveraineté s’incarnait en une dynastie, les Habsbourg-Lorraine. Il ne le fait ni par révolution sanglante comme en France, ni par une consultation populaire comme lors du rattachement de Nice et de la Savoie à la France en 1860, mais par une juxtaposition de proclamations.

La dislocation de l’Empire austro-hongrois se produit à la fin de la Première Guerre mondiale, aboutissant à un partage du territoire entre sept États :

Ces nouveaux et anciens États sont appelés les « États successeurs » de l’Autriche-Hongrie.

En 1945, la Ruthénie subcarpathique et la majeure partie de la Galicie seront annexées par l’Union soviétique et incorporées dans la République socialiste soviétique d'Ukraine.

La réduction de la Hongrie et le révisionnisme hongrois[modifier | modifier le code]

Le royaume de Hongrie qui couvrait l'ensemble de la plaine hongroise des Alpes aux Carpates est amputé des deux tiers de sa superficie par le traité de Trianon (1920). La Hongrie adopte désormais une politique visant à « réviser » le Traité de Trianon. Gouvernée par Horthy, la Hongrie s’engage par opportunisme aux côtés de l’Allemagne sans en partager l’idéologie ou les desseins. Une révision intervient effectivement grâce à l’aide de l’Allemagne :

La Hongrie récupère alors la moitié des territoires perdus en 1918 (basse-Slovaquie, Ruthénie subcarpathique, Transylvanie du nord et Bacska). À la suite de l'occupation par l'armée soviétique,le Traité de Paris (1947) de 1947 rétablit les frontières de 1920.

Ces pertes sont encore aujourd’hui très mal vécues par une partie de l’opinion hongroise, notamment depuis que le gouvernement de Viktor Orbán prend des positions de plus en plus nationalistes. Malgré l’opposition affichée par les instances de la Communauté européenne, des mouvements politiques tels le Jobbik revendiquent des formules pour rattacher de façon extraterritoriale les populations de langue hongroise vivant dans les États voisins. Parmi ces formules, le rattachement des citoyens « un par un » : à compter de janvier 2011, il n’est ainsi plus nécessaire de résider en Hongrie pour obtenir la citoyenneté hongroise.

De leurs côtés, les populations hongroises de Roumanie et de Slovaquie se sont dotées de leurs propres organisations politiques qui participent à la vie politique de ces pays.

La naissance improbable de la république d’Autriche[modifier | modifier le code]

Malgré le désir exprimé par de nombreux Autrichiens de bénéficier eux aussi du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » en se rattachant à la nouvelle République allemande, l'Entente est résolue à maintenir cet État et consolide son assise territoriale :

  • conservation de la Carinthie partiellement peuplée de Slovènes ;
  • rattachement du Burgenland qui faisait jusque là partie du royaume de Hongrie ;
  • rejet du souhait exprimé par le Vorarlberg lors d’un plébiscite de rejoindre la Confédération suisse (environ 80% pour l’ouverture de négociations en vue d’un éventuel rattachement à la Suisse)[10].

À la suite du bouleversement des frontières et donc des circuits économiques, l'activité économique en Autriche éprouve des difficultés à se rétablir aux niveaux d'avant-guerre. Par conséquent, le chômage reste relativement important ce qui favorise les mouvements sociaux. Un clivage entre le mouvement socialiste qui gère la ville de Vienne, capitale maintenant disproportionnée où vit le tiers de la population, et les forces traditionnalistes dans les provinces est exacerbé par les débordements de part et d'autre des milices armées. La faillite du Credit Anstallt offre l'occasion au chancelier Dollfuss de suspendre le parlement et d'instaurer un régime d'inspiration chrétienne et corporatiste, qui n'emporte pas l'adhésion pour être finalement balayé par Hitler en 1938[2].

L’Autriche est d’abord occupée par les quatre puissances victorieuses de la guerre jusqu'en 1955, puis tenue de se tenir à équidistance des deux blocs, ce qui achève de séparer son destin de celui de l’Allemagne divisée en deux. Elle attire les instances internationales, en particulier l’Agence internationale de l'énergie atomique et le siège de l’OPEP.

Elle a l'opportunité de prendre une nouveau départ basé sur  :

  • le plan Marshall américain, qui finance le tiers des investissements de la reconstruction,
  • ainsi que sur une pratique interne de la cogestion tant entre partis politiques (le Proporz) qu'entre les partenaires sociaux (la Sozialpartnerschaft)[2].

Le souvenir des Habsbourg demeure un facteur identitaire qui se manifeste à travers la mise en valeur du patrimoine historique (palais et trésor impériaux notamment) ou encore à l’occasion des funérailles de l’impératrice Zita (1989) et du dernier archiduc héritier de la couronne, Otto de Habsbourg-Lorraine ().

Annexes[modifier | modifier le code]

Organisation militaire en 1914[modifier | modifier le code]

[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Bérenger, Histoire de l'empire des Habsbourg, Armand Fayard, (ISBN 978-2213022970)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Paul Pasteur, Histoire de l'Autriche, Armand Colin, (ISBN 978-2200355906)
  3. Sabine Hödl, Peter Rauscher, Barbara Staudinger (ed.) Hofjuden und Landjuden. Jüdisches Leben in der Frühen Neuzeit. Philo Verlag, Vienna. 2004. (ISBN 3-8257-0352-5)
  4. Léon Rousset : Autriche-Hongrie in : Fr. Schrader, F. Prudent, E. Anthoine : Atlas de géographie moderne, Hachette, 1889, ch. 28.
  5. Jean-Paul Bled, Histoire de Vienne, Fayard, Paris, 1998 (ISBN 2213599262).
  6. Adolf Hitler, Mein Kampf.
  7. a et b Jean Bérenger, L’Autriche-Hongrie 1815-1918, Armand Colin 2008.
  8. Bernard Michel, Nations et nationalismes en Europe Centrale : XIXe-XXe siècle, Éditions Aubier, , p. 63
  9. Emil Ludwig, Juillet 1914, Payot, (ISBN 2228907731)
  10. Karl Heinz Burmeister, « Vorarlberg » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 23 septembre 2010..

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Béranger, L'Autriche-Hongrie : 1815-1918, Armand Colin, Collection Cursus, 1998.
  • Jean Béranger, Histoire de l'Empire des Habsbourg : 1273-1918, Fayard, Paris, 1990.
  • Christopher Munro Clark (trad. Marie-Anne de Béru), Les somnambules : été 1914, comment l'Europe a marché vers la guerre [« The sleepwalkers : how Europe went to war in 1914 »], Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire », , 668 p. (ISBN 978-2-08-121648-8).
  • Bernard Michel, La Chute de l'empire austro-hongrois : 1916-1918, R. Laffont, Paris, 1991, 322 p. (ISBN 2221069323)
  • François Fejtő, Requiem pour un Empire défunt, Paris, 1988.
  • Carl Schorske, Vienne fin de siècle, Le Seuil, Paris, 1983.
  • Victor-Lucien Tapié, Monarchie et peuples du Danube, Fayard, Paris, 1969.
  • Jean Vidalenc, L'Europe danubienne et balkanique : 1867-1970, Masson, Paris.
  • Max Schiavon, L’Autriche-Hongrie, 1867-1914, Soteca, 2011.
  • (de) Brigitte Vacha, Die Habsburger - Eine Europäische Familiengeschichte, Verlag Styria, Sonderausgabe 1996 (640 ans d'histoire européenne, 512 pages illustrées)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]